SUITE DU RÈGNE DE CHARLES III
Charles III séjourna en France jusqu'en 1562, non sans faire quelques apparitions à Bar-le-Duc , où il se trouvait notamment au mois de septembre 1560. Lorsqu'il rentra dans sa capitale , il refusa , comme la première fois , de prêter le serment accoutumé et de prendre aucun engagement pour l'a- ▼e.nir (1). Il fit ensuite demander un aide extraordinaire aux Etats, qui étaient réunis dans le palais ducal; mais ceux-ci, entra incs par la noblesse, répondirent qu'ils ne voleraient aucun subside tant que Charles n'aurait pas juré de respecter leurs privilèges. Le duc comprit alors qu'il avait fait fausse route, et, après avoir en vain négocié pour obtenir un arrangement qui ne portât pas atteinte à sa dignité , il se résigna au sacrifice que Ton exigeait de lui et annonça que, le 18 mai 1562, il prêterait le même serment que ses prédécesseurs. Il voulut néanmoins constater l'espèce de violence à laquelle il cédait, et ce même jour, entre une heure et deux heures après midi , le procureur-général Bertrand le Hongre
(1) C'est, probablement, dans cette circonstance que fut composé un mémoire intitulé : Discours sur une question, sçavoir si Monseigneur est tenu confirmer à la noblesse de Lorraine les lettres de privilèges octroyées par Messcigncurs les pt édecesseurs de raondict seigneur. M. H. Lepage a publié le Discours dans le Recueil de documents sur l'histoire de Lorraine, t. I, p. 465-479.
t. it. 12
Di
comparait devant Nicolas de Bar, notaire apostolique résidant à Nancy, et déclare que « de nouveau il a esté adverty , et
» depuis le jour d'hier seulement, que le Très-Illustre
» Prince et Seigneur son maistre avoit consenti et s'esloit » condescendu aux importunes requestes et grandes précipi- » talions de ses Estais , de présent assemblez en la ville de ■ Nancy, faire cejourd'huy, sur les cinq ou six heures du » soir, sa nouvelle entrée en ceste dicte ville de Nancy, capi- » taie de son.... Duché de Lorraine, et promis faire lors ser- » ment (ne sçait luy Procureur quel, ny à quelle fin), attendu
> lesdicles importunes requestes et précipitations; toutes
> voyes (toutefois), craignant que ledict serment pourroit » porter quelque promesse et obligation de garder, maintenir » et entretenir les gens desdicts trois Estais dudict Duché de » Lorraine, sçavoir les gens d'Eglise, Nobles el Bourgeois, » ou commun peuple, en leurs anciennes libériez, franchises, » usages et privilèges par eux prétendus, avec promesse d'en » donner Lettres Patentes, el que, soubs prétexte et couleur » dudict serment , qui pourroit estre conçu en termes géné-
> raux, en la forme que dessus ou autre équipolente, M", de
* de la Chevalerie et Nobles Gebvez de ce dict Duché de Lor-
> raine voulussent prétendre se servir de telz quelz privi- » lèges qu'ilz dienf avoir de feus d'heureuse mémoire le Roy » René d'Anjou et Madame Isabeau de Lorraine , sa femme , » Duchesse dudict Duché ; lesquelz prétendus privilèges II, » comme Procureur-Général dudict Duché , dict et maintient
• estre directement préjudiciables el contraires à la souve- » raineté dudict Seigneur Duc et de ses successeurs (t). »
Celte concession n est pas la seule que Charles III fut obligé de faire à la noblesse. Elle obtint une nouvelle confirmation de ses privilèges pendant la session des Etats qui eut lieu au
(I) On trouve une copie de cette protestation dans le ms. n« I, p. f 42T> et suiv.
mois de décembre 1563 (i) ; ce qui autorise à supposer que les gentilshommes avaient eu connaissance de la protestation de Bertrand le Hongre, et redoutaient de voir le duc donner au serment qu'il avait prêté en 1562 une interprétation contraire à leurs intérêts. À la session d'août 1569, les nobles se plaignirent vivement « d'attentats contre leurs privilèges, » par spécial pour retardement de l'exécution d'aucunes » sentences ^données par ceux de la Chevalerie (par le tribu- » nal des Assises), et évocations de leurs causes au conseil (du » prince) ou devant juges désignez, sans les renvoyer par- > devant leurs juges ordinaires >. Charles ne jugea pas à propos de dédaigner les plaintes dout il s'agit (2), et en 1578 il fut contraint, par des remontrances pressantes, d'interdire au procureur-général d'emprisonner à l'avenir les maires ou sujets de « Messieurs de l'Ancienne Chevalerie » (3). Le seul acte de cette époque qui paraisse dirigé contre la noblesse est un édit promulgué, le 30 juillet 1561, par le prince Nicolas, « en l'absence de Madame Tutrice >, édit qui défendait aux gentilshommes de trafiquer (4) ; et encore est-il permis d'admettre que cette prohibition fut demandée par quelques-uns d'entr'eux jaloux de l'honneur de leur ordre.
La condescendance que Charles III montra dès les premières années de son régne inspira au chapitre de Kemiremont le projet de se rendre toul-a-fait indépendant de la Lorraine. L'abbesse Renée de Dintcville représenta a l'empereur Ferdinand I" que l'abbaye et la ville ne relevaient autrefois que de l'empire; que les ducs étaient seulement voués; mais que
(1) V. nu. n° 27 B, pièce F.
(2) V. à la bibl. publ. de 3ancy la copie d'un édit promulgue par Charles III, le 0 août \W9, sur I» remontrance* de» EtaU.
(3) V. ma. n- 27 pièce H.
(i) V. une copie de cette pièce dans le recueil d'anciennes ordonnances formé par Claude-François Reboucher, ms. de la bibl. de M. Beaupré, p. 3fi9 el 370.
peu à peu ils avaient usurpé la plupart des droits appartenant aux abbesses ; qu'ils imposaient des tailles sur les sujets du chapitre, les forçaient à comparaître devant les justices séculières, et accomplissaient fréquemment à Remiremont des actes d'autorité souveraine, contrairement aux prescriptions d'un diplôme que Renée attribuait à l'empereur Henri IV, mais dont la validité était contestée par Charles III. Ferdinand, ajoutant foi à la teneur de celte pièce, remit à l'abbaye, le 5 janvier 1564, des lettres de protection et de sauvegarde, nomma des commissaires pour procéder à une enquête et défendit au duc de Lorraine d'inquiéter les chanoinesses. Ces lettres lui furent signifiées à Nancy, le 19 avril, par Pierre Zoldt, messager juré de la chambre impériale de Spire (1); mais Charles ne tint aucun compte de la défense, et, après des négociations infructueuses, envoya à Remiremont le bailli de Vosge, qui enleva les sauvegardes et armoiries de l'empereur et saisit le temporel de l'abbaye, le 28 mars 4560 (2). Les chanoinesses furent très-irritées de cet acte de vigueur ; néanmoins, comme Ferdinand , tout occupé de la guerre qu'il soutenait en Hongrie contre les Turcs, ne pouvait prêter beaucoup d'attention aux plaintes de Renée de Dinteville, le chapitre résolut de transiger. Le duc exigeant la remise du titre vrai ou apocryphe de l'empereur Henri IV, les chanoinesses déclarèrent, par acte capilulaire du 13 juillet suivant, qu'elles n'en possédaient plus l'original ; toutefois, elles s'engagèrent à ne pas le garder, si par hasard on venait à le découvrir et à n'en faire aucun usage de nature à mécontenter leur souverain (3). Elles avaient obtenu, dés le 8 juin, mainlevée de leurs revenus (4), et l'affaire n'eut pas d'autres suites.
(1) V.lems. n<>1,p.J86et suir.
(2) V. le procès-verbal du bailli, ibid., p. 517 et auiv.
(3) V. la promesse du cfaap., ibid., p. 528ct 529 ; v. ausai p. o23 et sniv.
(4) V. l'acte de main-levée, ibid., p. 530 et 531. V. aussi le» fragments des Mëm. de Thierriat, règne de Charles III, dans le recueil cité.
Renée de Dinteville et le chapitre consentirent même, treize ans plus tard, à céder au duc de Lorraine tous les droits qu'ils possédaient sur les montagnes et pâturages des Chaumes (t), moyennant un cens annuel et perpétuel de quatre cents francs barrois, payable, à la Saint-Martin, par le receveur d'Arches; et, de plus, à condition 4* que les chanoinesses seraient dispensées de verser la somme de sept nulle sept cent deux francs barrois qu'elles devaient pour leur cote dans un don gratuit voté par le clergé ; 2° qu'elles auraient la moitié des fromages que les admodiatcurs des Chaumes étaient tenus de livrer i Gérardmer, à la fête de saint Jean- Baptiste ; 3° enfin, qu'elles ne seraient forcées d'acquitter, comme étant du rang des prélats et de l'Ancienne Chevalerie, aucun impôt pour les vivres cl denrées destinés « à leur défruict ». Apres la conclusion de cette nouvelle transaction, Charles se rendit i Remiremont, prêta le serment accoutumé et fil porter, pendant la procession , la châsse de saint Romaric par quatre des principaux seigneurs lorrains (2).
On ne sait pas trop comment l'empereur Ferdinand considéra le dédain que le duc avait montré pour ses injonctions ; ' il mourut en 1567, et Maximilien II, son fils et son successeur, ne témoigna aucun ressentiment de ce qui avait eu lieu. « Il » eut raison de se taire, dit Chevrier, puisque la Lorraine > était indépendante de I Empire (3) > ; mais ce n'était pas lout-à-fait la question ; il s'agissait de déterminer si l'abbaye et la ville de Remiremont faisaient ou non partie de ce duché , et l'esprit le plus prévenu lie peut contester que les ducs n'aient, pendant le moyen-âge, exercé les fonctions de voué du monastère ; d'où il semble résulter qu'ils n'en étaient pas seigneurs.
Quoiqu'il en soit , l'empereur donna à Charles III lïnves-
(I) C'est le nom que l'on donne aux montagne* couverte de pâturages où Ton nourrit de nombreux troupeaux, pcivlatit Tété. (*) V. Calraet, îbid., col. 134» et 1303.
(3) V. ibid., p. 19U.
titure de Pont à-Mousson , de Blâmont, des seigneuries de Clermont-en-Àrgonne et Hattonchatel , d'Yve et du privilège d'y frapper monnaie, ainsi que du droit de sauf-conduit et juridiction sur les grands chemins de la Lorraine. Maximilien reconnut aussi que le duc avait la garde de la ville de Toul, qu'il devait connaître des duels qui avaient lieu entre le Rhin et la Meuse , et enfln qu'il était légitime propriétaire des enfants de prêtres nés dans le duché. L'acte d'investiture fut dressé à Vienne, le 9 juin 1567, après que le maréchal de Lorraine, Jean IX comte de Salm , eut prêté le serment ordinaire , au nom de son mailre (1).
Charles III avait , peu de temps auparavant , pris part à une affaire qui intéressait le corps germanique , moins , il est vrai , comme membre de ce corps qu'à titre d'auxiliaire. Daniel de Hombourg, archevêque-électeur de Mayence, avait réclamé son aide afin de réduire Erfurt qui venait de se révolter. Un corps de troupes lorraines , conduit par Nicolas comte de Vaudémont, franchit le Rhin, en 4564, et contribua à la prise de celte ville, qui se trouva trop heureuse d'implorer la clémence de l'électeur.
Cinq ans plus tard , Charles III maria sa sœur Renée avec ' Guillaume fils d'Albert III duc de Bavière; l'empereur Maximilien II arrangea cette union, et le contrat, passé à Vienne le 3 juin 4567, fut ratifié par Christine de Danemark et par son fils, le 28 décembre 1569. Le mariage avait été célébré le 21 février précédent , dix mois par conséquent avant la ratification du contrat (2). Cette pièce parait, au premier coup d'œil, à peu près complètement étrangère à l'histoire de
(1) V. Calmel, ibid , col. 4360 el 1361.
(2) v. Drbentlidje SfcfcÇretybuno, ter #odfoett, tic toi geljalten ift rcorben fotrcÇ #emn SBtlfjem ^falt^graf fceim Vttyin mit t>em groeulein éïenatta «g>ert$oflinn aufe Suttrtngcn, bcn2i gebr. 1568 (1569); Slugfrurg, UlÇart, 1568 (1569),
in f» , fiçurcs sur bois.
notre pays; toutefois, on y trouve une clause qui mérite d'étré signalée ; car elle prouve que, malgré le testament de René II, on regardait les femmes comme habiles à posséder le duché de Lorraine. Le contrat porte que la princesse renoncera aux successions paternelle et maternelle, au profit de Charles III et de ses descendants à l'infini , mais à condition que si la postérité de ce dernier vient à manquer, Renée et ses descendants pourront réclamer la Lorraine et le Bar rois. Le 5 mars 1569, la princesse donna la renonciation indiquée dans le contrat, et on y rencontre les mêmes expressions que dans cet acte lui-même (1). Quelques années plus tard , Dorothée, seconde fille de François Ier, épousa Eric duc de Brunswick- Wolfenbuttel ; le contrat de mariage , dressé le 30 novembre 1575, contient une clause semblable à celle dont nous avons parlé, et la renonciation que Dorothée signa , le 21 décembre , est conçue dans les mêmes termes que la renonciation de la duchesse de Bavière (2). Ajoutons , pour achever d'établir que le droit des femmes n'était pas mis en doute pendant la seconde moitié du XVI- siècle, que dans la transaction conclue, le 21 novembre 1562, entre Charles, Renée et Dorothée d'une part, et le comte de Vaudémont d'autre part, relativement à la succession du duc Antoine, le comte reconnaît, de la manière la plus formelle, qu'il ne peut élever la moindre prétention sur la Lorraine et le Barrois, si ce n'est après la. mort de son neveu et de ses nièces et en cas d'extinction complète de leur postérité ; aveu qui emportait l'exclusion non seulement de Nicolas et de sa famille, mais encore du duc de Guise et de ses descendants (3).
Charles donna à ses sœurs des dots considérables , et on
(1) V. des copies du contrat et de la renonciation dans le ms. n° 1, p. 549 et suiv., 573 et suiv.
(2) V. des copies de ces deux actes itid., p. 773 et suiv., 789 et suiv.
(3) V. une copie de cette transaction ibid., p. 16*3 et 1644.
ne voit pas qu'il ait demandé aux Etats aucun aide extraordinaire pour payer les sommes qu'il avait promises. L'ordre qu'il avait, nous ne dirons pas introduit , mais maintenu dans l'administration des finances, et les mesures qu'il avait prises dans le but d'augmenter, par des moyens honnêtes, les revenus domaniaux lui permirent de s'acquitter, sans imposer aux Lorrains des charges nouvelles. Une des mesures qu'il adopta pour atteindre son but Tut de révoquer, dès le 27 juin 45*61 , les aliénations faites par ses prédécesseurs, par sa mère et par le prince Nicolas, et de supprimer les pensions qu'ils avaient assignées sur les recettes domaniales. Il porta également son attention sur l'exploitation des mines des Vosges et parvint, par de sages règlements, à en augmenter le produit (4). II agit de même à l'égard des salines, qui formaient la branche la plus importante de ses revenus , et, non content d'en améliorer l'organisation, il rétablit, en 4563, la saline de Rosières , que le manque de bois avait fait abandonner depuis soixante-dix-neuf ans (2). Comme le doc n'ignorait pas que, grâce à la négligence ou à la bonté de quelques-uns de ses prédécesseurs , beaucoup de rentes et de droits appartenant au domaine avaient été usurpés par divers particuliers, il prescrivit aux chambres des comptes de Nancy et de Bar d'en faire une exacte recherche , et lâcha de terminer par des transactions les difficultés qui existaient entre loi et plusieurs de ses sujets ou des princes voisins.
Il défendit aux ecclésiastiques , aux hôpitaux et aux communautés de vendre, donner ou aliéner leurs immeubles cl de faire des coupes extraordinaires dans leurs forêts, avant d'avoir obtenu l'autorisation du souverain ou celle des seigneurs hauts-justiciers. Le désir qui animait le duc de remé-
(1) V. Calmct, ibid., col. 1394 et 1355.
(2) Une inscription, placée sur le bâtiment de la saline et rapportée par Doro Calroet (ibid., col. 13KB et 1356, note r) , attribue le rétublivcrnent de celte usine à Christine de Danemark.
dier aux abus compromettant la conservation des biens de l'Eglise 1 engagea, en 4584, à publier un édit pour interdire aux étrangers de posséder des bénéfices en Lorraine. Mais cette défense dépassa le but que son auteur se proposait, et éloigna de notre pays des hommes qui l'auraient illustré par leurs vertus et leurs talents. Nous ne ferons pas la même critique d'une ordonnance signée le 29 août 4588, et annulant les lettres qui contenaient des expectatives ou promesses de provisions concernant des abbayes, prieurés, canonicats, prébendes, chapelles et autres bénéfices, et les lettres dé coadjution accordées quoique les titulaires fussent encore parfaitement en état de remplir leurs fonctions (4).
Charles vit accueillir, avec autant de faveur, une ordonnance réduisant à la mesure de Nancy les mesures à grains, qui n'étaient pas au nombre de moins de trente-trois dans le duché de Lorraine et les domaines réunis. La plupart forent apportées à Nancy, et le soin de les examiner et de les réduire fut confié à Balthasar Rennel, auditeur à la chambre des comptes. Le 5 mai 4584, le duc publia, sur le rapport de ce magistrat, l'ordonnance qui supprimait toutes ces mesures locales si gênantes dans les transactions (2). Un autre bienfait pour le commerce fut la convention conclue, le 40 septembre 4564, entre Charles III et le cardinal de Lorraine, et aux termes de laquelle les Lorrains pouvaient circuler dans le temporel de l'évéché de Metz sans acquitter aucun des nouveaux péages, droit qui était garanti par réprocité aux sujets du cardinal (3).
Le duc porta aussi son attention sur les hôtelleries , qui
forent l'objet de deux règlements promulgués les 50 janvier
(1) V. toutes ces ordonnances, et quelques autres qui s'y rattachent , dans Rogéville , Dictionnaire etc., 1. 1, p. 3-5 et 85-87.
(2) V. celte pièce, dans le recueil d'anciennes ordonnances formé par Christ. Reboursel, ms. delà bibl. de M. Beaupré, I* 224 bis-238.
(3) V. Calroet, ibid., col. 1305.
4574 et 27 juin 4586 (1) ; sur l'administration des hôpitaux (2), et sur la répression de la mendicité. Un premier édit, daté du 17 août 1573, ordonna de chasser tous les mendiants étrangers; et un second édit, promulgué le 6 octobre suivant, prescrivit à chaque communauté de nourrir ses pauvres (3).
L'envie de conserver tous les hommes en état de porter les armes , afin de pouvoir réunir , au besoin , des forces imposantes, et la crainte de voir ceux qui prendraient du service au dehors embrasser les doctrines des novateurs décidèrent Charles III à faire afficher, le 3 février 1573, un édit qui interdisait aux Lorrains « de porter les armes hors du pays »; et celte prohibition parut si sage qu'elle fut renouvelée le 14 juillet 1574, le 10 octobre 1580 et le 4 avril 1583 (4).
Une ordonnance du 12 janvier précédent contenait des dispositions bien disparates; elle prononçait certaines peines « contre les femmes et filles diffaméez » , réglait ce qui concerne « la fabrique des églises », et enjoignait d'observer les d manches et fêtes. Cette dernière disposition était dirigée contre plusieurs individus qui professaient secrètement le calvinisme ou le luthéranisme, et que l'on voulait forcer â se déclarer, pour leur appliquer ensuite les dispositions législatives prononçant leur expulsion. C'est aussi la crainte de ces deux hérésies qui engagea Charles à défendre aux magistrats de laisser des inconnus s'établir en Lorraine, et aux artisans de recevoir dans leurs ateliers des compagnons étrangers, sans une permission expresse du souverain (5).
(1) V. te recueil de Reboucher, p. 301-309.
(2) V. le recueil connu sous le nom de Code Goinet, exemplaire de M. Beaupré, f° 55.
(3) V. le recueil de Reboucher, p. 587-389, et la collection d'anciennes ordonnances réunies par M. de ChMeaufort, ms. de la bibl. de M. Beaupré, t. I, f • 169 r°.
(i) V. Chaleaufbrt,t. 1, i*75r»,88i* et 1 30 v°; Reboucher, p. 254300 (5) V. ordonn. du 6 mai 1566, dans Guinct, f 51 v« ; cl ordono. du 27 août 1572, dans Chateaufort, t. 1, f» 65 v\
Le danger devenait plus pressant de jour en jour; notre patrie se trouvait menacée presque sur toutes ses frontières, et le voisinage de Metz n'était pas ce qui inquiétait le moins Charles III. De Tannée 1543, époque de la prise de Gorze et de la fuite de Guillaume Farel, jusqu'à Tannée 1 552 Tordre le plus parfait avait régné à Metz, et, comme leurs alliés de Trêves, de Cologne et de Mayence, les habitants de celte grande cité avaient réussi à comprimer l'hérésie ; mais le protestantisme s'y montra de rechef pour ainsi dire immédiatement après Tarrivée des Français. En 1557, on découvrit une réunion tenue chez un pelletier par des bourgeois qui s'étaient retirés autrefois dans la ville de Strasbourg, et que Ton avait laissé revenir chez eux. On en arrêta plusieurs , que le gouverneur français fit relâcher , dans la crainte de donner de Tombrage aux princes allemands avec lesquels son maître entretenait des intelligences. L'année suivante, un prédicant gascon, nommé Villeroche, parvint à s'introduire dans Metz et séduisit un grand nombre de personnes, enlr'aulres un patricien , le sieur de Clervant , dont l'hôtel devint aussitôt le quartier-général des sectaires. Cette même année, les protestants messins, qui étaient luthériens pour la plupart, changèrent de croyance et adoptèrent la confession calviniste. Leurs imprudences attirèrent enfin l'attention du gouverneur et même celle de François II, qui fit chasser le sieur de Clervant et le ministre Pierre de Cologne; mais le feu de l'hérésie couva sous la cendre, et les novateurs attendirent une occasion plus favorable pour obtenir la liberté de dogmatiser (1).
Toul, qui avait résisté jusqu'en 1552 à tout essai de réforme, ne tarda pas à avoir également ses prédicants , ses conventicules et par suite ses troubles et ses désordres. La garnison de cette ville était en partie composée de protestants, soit
(1) V. Meurisse , Hist. de la naissance , dv progrès et de la décadence de l'hérésie dans la ville de Mcli, p. 123-146.
allemands, soit français, qui répandirent dans la bourgeoisie les doctrines de Luther et de Calvin. En 1554, les chanoines de la cathédrale, voyant l'orage se former, appelèrent le doc-, leur de Sorbonne Paillet, qui prêcha avec plus de zèle que de succès; le calvinisme faisait des progrès chaque jour, et, soutenus par plusieurs officiers de la garnison , les hérétiques ne mettaient pas de bornes à leurs prétentions. L'évêque Tonssaint d'Hocédy jugea alors à propos d'assembler dans la cathédrale les bourgeois catholiques pour leur faire jurer de défendre la religion, même au péril de leur vie, et les magistrats, de leur côté , exercèrent une active surveillance. Elle ne pat prévenir les troubles que Ton redoutait. Le 18 mars 1562, les Calvinistes, auxquels s'étaient joints quatre-vingts ou cent soldats, parcoururent, de nuit, les rues de la ville, renversant et brisant les images dont nos ancêtres avaient la pieuse coutume de décorer les façades de leurs maisons , couvrirent de boue et d'ordures les belles statues qui ornaient le portail de la cathédrale, assaillirent les maisons des chanoines, enfoncèrent les portes et maltraitèrent ces ecclésiastiques , dont quelques-uns étaient d'un ûge avancé. Les catholiques , irrités d'un pareil attentat , prirent les armes , et c'en était fait des réformateurs, si le gouverneur n'eût paru à la tète de ses soldats et n'eût mis fin au désordre. Les hérétiques n'en continuèrent pas moins leurs insultes ; le 25 du même mois, ib pénétrèrent avec violence dans l'église Saint- Vaast et voulurent y faire prêcher un ministre qu'ils avaient amené; mais des femmes jetèrent dans l'édiûce de la paille enflammée, dont la fumée chassa les profanateurs ; les catholiques accoururent dans ce moment, et les protestants se dispersèrent une seconde fois. Le chapitre réussit enfin à obtenir du roi un édit contr'eux; toutefois, cet édit fut révoqué à la suite de la pacification du 19 mars 1563, et, le 6 avril suivant, trois ministres messins vinrent prêcher à Toul et y célébrèrent la cène publiquement. Quelque temps après, Charles [X ordonna de
faire sortir les protestants de la ville, et la bourgeoisie catholique était tellement fatiguée de leur insolence et de leur esprit rerouant, que, pour en être débarrassée plus tôt, elle transporta elle-même leurs meubles hors des murs. Les novateurs refusèrent pourtant de s'éloigner, s'établirent dans les jardins qui environnaient Toul , s'y construisirent des demeures et mandèrent un ministre de Metz. Ils reçurent même, un peu plus tard, la permission de rentrer chez eux, mais i condition qu'ils exerceraient leur culte en secret, et qu'ils s'abstiendraient de toutes démarches et de toutes paroles qui pourraient blesser les catholiques (t).
Le sort des protestants messins ne fut pas le même. Timides g cause de leur petit nombre, ils se contentèrent d'abord de se réunir dans l'église Saint-Ladre, à une demi-lieue de la ville; ensuite ils demandèrent, mais inutilement, l'église du Neufbourg, et obtinrent à la fin l'autorisation de construire un temple dans le retranchement de Guise, prés de la porte Sainte-Barbe. Les chanoines de la cathédrale ne négligeaient rien cependant soit pour faire échouer les projets de leurs ennemis, soit pour retenir les bourgeois dans l'ancienne religion. Ils employèrent, à cet effet, Firroin Capicier, récollet renommé pour son éloquence, mais dont les prédications furent assez mal accueillies par des gens qui penchaient en secret pour l'hérésie. Il ne faut pas croire néanmoins que toute la population messine fut pervertie ; jamais les protestants ne furent en majorité, mais leur union, leurs richesses et l'indécision des gouverneurs français , qui voyaient la cour favoriser alternativement les deux partis, augmentaient les forces des Calvinistes et les rendaient plus entreprenants. Ils commencèrent à affluer à Metz 'de toutes parts ; plusieurs pasteurs s'y Axèrent ; on tenait chaque jour des assemblées religieuses et politiques , et les prêches relent is-
(!) V. frnoit, llirt. de Tout, p. U% 6W^6i«, 648, 65? ft
saient de déclamations contre le catholicisme et le clergé. Des prêtres abandonnèrent leur état et se marièrent; la supérieure et cinq religieuses du monastère de Sainte- Madeleine en sortirent dans le même but ; le mailre-écbevin était partisan de la réforraalion , et une partie des Treize avait été choisie parmi les novateurs. Ceux-ci avaient promis, lorsqu'on leur accorda la permission de construire un temple dans le retranchement, de ne former aucune réunion hors de la ville ; mais, encouragés par des succès toujours croissants, ils eurent bientôt des églises dans les environs. Un ex -carme de Baccarat, qui avait pris femme, prêchait à Lorry-devaut-Metz ; un autre carme, marié comme le précédent , s'était établi à Lorry-devant-Ie-Pont ; un curé lorrain , que le célibat avait pareillement fatigué , faisait des prosélytes à Coin-sur-Seille et y supprimait l'exercice du culte catholique ; dans quelques autres villages, des prêtres et des moines apostats travaillaient à anéantir une religion qu'ils avaient longtemps pratiquée. Dans la ville même, les protestants avaient créé des écoles, une espèce de collège, et plusieurs imprimeries, desquelles sortaient des pamphlets incendiaires que les colporteurs répandaient jusque dans les hameaux les plus isolés. Telle était la situation du calvinisme. Les catholiques, qui par leur apathie avaient laissé le mal prendre tant d'accroissement, se réunirent et cherchèrent un remède à ces désordres ; ce fut en vain ; le protestantisme continua à gagner du terrain, et Guillaume Farci, alors âgé de plus de quatre-vingts ans (I), vint à Metz, en 4565, pour visiter l'église dont ses prédications avaient jeté les fondements.
Les villes du temporel : Vie, Albestroff et Marsal, commençaient à être envahies par l'hérésie. Pierre Salçède, bailli
(I) Si Farci est né en 1*89, comme le disent plusieurs biographes, il n'avait alors que soixante- seize ans.
de l'évéché et gouverneur de Marsal, tâchait d'y accréditer les nouvelles opinions. A son retour du concile de Trente, le cardinal de Lorraine, irrité de l'infidélité de son bailli, le destitua et mit des commandants sûrs à Vie , Moyenvic et Albestroff; mais Salcède refusa de livrer Marsal, où il avait introduit une garnison française, et prit Vie et Albestroff. Le roi de France, qui ne connaissait pas le véritable état des choses, se montrait disposé à soutenir l'ex-bailli ; toutefois, l'affaire s'arrangea ; Vie fut restitué au cardinal , et les sujets de l'évéché eurent ordre d'abjurer leurs erreurs ou de s'expatrier (1).
La liberté illimitée dont jouissaient les Calvinistes était loin de les satisfaire ; ils résolurent de profiter des embarras de la France, ensanglantée par la guerre civile, pour proclamer l'indépendance de Metz et l'ériger en république, avec le secours des princes allemands et des villes impériales qui avaient adopté les principes de la réforme. Ils gagnèrent quelques-uns des principaux officiers français, prirent les armes à ('improviste, s'emparèrent de la ville et pillèrent les églises et les monastères ; heureusement , beaucoup de catholiques étaient parvenus a se réfugier dans la citadelle; réunis à une partie de la garnison, ils y firent si bonne contenance que le coup fut manqué, et M. de Vieilleville, étant revenu dans son gouvernement, chassa les officiers et les soldats qui s'étaient associés à la révolte. Ils se hâtèrent d'aller joindre le prince Jean-Casimir, second fils de l'électeurpalatin, qui réunissait une armée pour venir au secours des protestants français. Mais, avant de raconter celte expédition , bien funeste à notre pays, il est nécessaire de rappeler celle qui avait eu lieu cinq années auparavant.
On sait que les Calvinistes, conduits par le prince de Condé et par l'amiral de Coligny, s'étaient insurgés une première
(1) V. MeurLne, ibid., p. 176-280.
•fois en 1562, et que, voyant l'impossibilité de lutter seuls contre toutes les forces du royaume , ils avaient dépêché des émissaires en Allemagne pour engager les princes protestants à leur expédier des renforts. L'amiral chargea D'Andelol, son frère, d aller au devant de l'armée allemande qui s'assemblait sur les bords du Rhin. L'envoyé ne pouvait être mieux choisi , car il entretenait des relations en Lorraine et avait épousé Barbe-Anne fllle de Jean VIII comte de Salm , et veuve de Ballhasar d'Haussonville. Les protestants craignaient beaucoup que Charles III , uni d'intérêt avec les princes de sa maison établis en France , ne voulût mettre obstacle à la marche de l'armée et n'empêchât la jonction des Allemands et des troupes du prince de Condé. Malheureusement , le duc de Lorraine n'était pas en mesure de s'opposer d'une manière efficace au passage de l'ennemi, et se trouvait condamné à rester simple spectateur des événements. D'Andelol, qui ne savait pas quelle était l'intention de Charles, lui adressa, de Francfort, le 12 septembre 1562, une lettre assez peu respectueuse pour lui demander la permission de traverser la Lorraine. « Vous » savez, Monseigneur, disait-il en terminant, que ceulx qui
> se sont rendus nos ennemis mortelz, et avec bien peu d'oc- » casion, au lieu de recevoir les honnestes conditions que » leur avons offertes et offrons formellement, le tout concis»
> tant en nous voulloir laisser vivre en repos de conscience et » suivant les esdietz du Roy, au lieu di voulloir entendre, » occupent et leurs esprilz et leurs forces et générallement » tous leurs moyens à exécuter une extresme diligence et furie » pour confondre les noslres. Je serois de ma part bien ingrat » et malheureux si, en suivant les moyens que lesditz nostres » me dirent leur estre favorables, je ne les ensuy de poinct » en poinct, ne me voullanl dire moins affectionné à les favo- » riser que je tiens les aultres en vollunté et désir de mal » faire ».
Charles ne fut pas dupe de ces protestations hypocrites ;
néanmoins, pour éviter de plus grands malheurs, il accorda la permission de passer sur ses terres (1). Elle fut donnée le 49 septembre, et bientôt après les bandes protestantes traversèrent la partie septentrionale des duchés. Les Calvinistes n'avaient pas même attendu ce moment pour commencer la guerre dans les Trois-Evéchés. Depuis qu'ils avaient résolu d'arracher par la violence ce qu'ils désespéraient d'obtenir par la persuasion, ils désiraient ardemment s'emparer des villes de Metz, Toul et Verdun, qui pouvaient favoriser leurs communications avec l'Allemagne. Metz était si bien gardé que l'on ne pouvait raisonnablement songer à s'en rendre maître ; Toul n'était guère plus exposé, à cause du voisinage de Nancy; mais Verdun courait des risques, d'autant plus que l'hérésie s'était répandue dans divers lieux du temporel, malgré les efforts de Nicolas Pseaume, administrateur de l'évèché. Les Messins, d'un côté, et le duc de Bouillon, de l'autre, faisaient des tentatives continuelles pour entraîner les Verdunois dans l'hérésie. Le baron d'Ornes , le sieur de Neltancourt et d'autres gentilshommes avaient introduit le calvinisme dans leurs domaines, et ne cessaient de faire des entreprises et de commettre des usurpations sur les biens de l'église; ce qui obligea le cardinal de Lorraine, lequel avait conservé le titre d'évéque, de nommer le duc de Guise vicomte et marquis de l'évèché, et de lui attribuer la châtellenie et prévôté de Dieulouard, ainsi que les droits de reprises des fiefs du temporel, pour le mettre à même de supporter les dépenses que ses nouvelles fonctions devaient entraîner. Le duc de Guise accepta, le 13 mai 1562, au moment où le péril devenait imminent. *
Verdun avait pour commandant le sieur de Boucart , qui
(1) L'original de ta lettre de D'Andelot, une autre missive du même u au sieur d'Haussooville, Grand Maître et Gouverneur en Lorraine n, et la minute de la réponse de Charles III sont au Trésor des ch., layette Etats- Généraux, I, n° 8.
t. iv. n
ne faisait pas mystère de ses liaisons avec les protestants. Il apprit, dans les derniers jours d'août, que les nobles dont nous avons parlé réunissaient des soldats et armaient leurs vassaux, sous prétexte de protéger leurs terres contre les bandes allemandes, mais , en réalité, afin de tenter, avec l'aide de ces mêmes allemands, un coup de main sur Verdun ; et, loin d'adopter les mesures nécessaires pour conjurer le danger qui menaçait la ville dont la garde lui était confiée, il plaça dans les postes les plus importants des soldats calvinistes , sur lesquels on ne pouvait compter. Cependant Févéque, plein de confiance dans la miséricorde divine, prescrivit des prières publiques et une procession générale. Le 2 septembre , on intercepta une lettre adressée à un officier de la garnison , et l'on sut que l'ennemi devait, dans la nuit suivante, donner l'escalade à la ville. Pseaume, les principaux membres du clergé et les magistrats allèrent trouver le commandant et le prièrent de permettre à la bourgeoisie d'occuper les portes , concurremment avec la garnison. Boucart refusa d'abord , puis, sur la menace de le dénoncer au roi, consentit à ce que Ton demandait. La précaution n'était pas superflue ; car, vers minuit , et pendant que les femmes et les enfants priaient dans les églises pour le salut de la cité, et que les bourgeois se tenaient sous les armes, prêts à combattre, deux mille calvinistes, munis d'échelles, s'approchèrent de la porte Saint-Victor et essayèrent d'atteindre le haut des murailles. Une décharge de mousqueterie leur ayant fait voir que Ton était sur ses gardes, ils abandonnèrent leurs échelles et s'enfuirent , non sans être vivement poursuivis par une partie de la garnison et de la milice bourgeoise (1). Le gros de l'armée allemande entra en Lorraine du côté de
(1) On faisait, tous les ans, le 3 septembre, une procession générale destinée à conserver le souvenir de cet événement. V. Roussel, Hist. de Verdun , p. 4iô-£49.
Sarrebourg et vint se loger à Baccarat. Les protestants y séjournèrent pendant dix jours, et, malgré les efforts de D'Andelot et des autres chefs, ils y vécurent à discrétion , incendièrent plus de trente maisons et maltraitèrent tellement les bourgeois, que ceux-ci furent obligés de s'enfermer dans l'église et dans le couvent des Carmes (1). D'Andelot prit enfin le chemin de la Champagne, et la Lorraine fut délivrée de ces hôtes incommodes. Ce ne fut pas pour longtemps ; dés Tannée 4563, des bandes qui allaient en France, ou qui en revenaient, traversèrent notre pays, se saisirent du château de Dieulouard et pillèrent la collégiale Saint-Laurent (2).
La guerre civile, terminée en 1563, recommença en 1567, et les Calvinistes , se rappelant combien le secours des Allemands leur avait procuré d'avantages, résolurent de soudoyer de nouveaux mercenaires. Le prince de Condé conclut avec Jean-Casimir mentionné plus haut un traité , par lequel ce dernier s'engageait à amener huit mille reitres et huit mille suisses, à condition qu'on lui accorderait le gouvernement des villes de Metz, Toul et Verdun, où il devait entretenir des garnisons exclusivement composées de calvinistes français. La perspective de cette seconde invasion consterna les Lorrains , et Charles III décida que, si Ton ne pouvait la prévenir, on tâcherait au moins d'en atténuer les fâcheuses conséquences. Le 17 octobre, il défendit les réunions illicites et prescrivit à tous ses vassaux de se tenir prêts à marcher (3). On vit bientôt arriver le duc d'Aumale, qui, à la tête de dix mille hommes d'infanterie et de mille cavaliers, était chargé de couvrir la frontière; la joie fut générale, et les chanoines de Metz envoyèrent au duc mille écus , en s'excusant de ne pas donner davantage. La seule vue des troupes françaises avait
(!) V. Calmet, Notice, 1. 1, col. 317.
(2) V. idem, ibid., col. 330.
(3) V. le recueil de Reboucher, p. ÎH4-S16.
engagé Jean-Casimir à retarder son voyage, et son adversaire proûta de ce moment de tranquillité pour disperser on rassemblement de protestants commandé par le baron d'Hausson ville, et pour s'avancer jusqu'auprès de Saverne, afin d'attaquer un corps assez nombreux de calvinistes français, qui, partis de Genève, sous les ordres du capitaine La Coche, comptaient opérer leur jonction avec les Allemands. Cette dernière expédition fut couronnée d'un succès complet : néanmoins, le duc ne put empêcher Casimir de réunir ses troupes à celles du prince de Condé et de l'amiral, qui, n'étant pas en situation de tenir tête à l'armée royale, avaient quitté brusquement les environs de Paris, traversé la Champagne ei le Bar rois et passé la Meuse près de Saint-Mihiel. Casimir s'avançait par la Lorraine allemande, et les deux armées allaient se rencontrer, lorsque le duc d'Aumale , pour y mettre obstacle , fit sauter deux arches du pont de Pont-à- Mousson (i); mais, craignant d'être écrasé par des forces supérieures, il ne sortit pas de la ville, et les Allemands, ayani remonté la vallée de la Moselle, puis celle de la Mearthe, découvrirent un gué que l'on avait négligé de garder. Les prolestants français , après avoir pillé et profané l'église de Vieux-Moutier , qui était, comme on sait, la première église de l'abbaye de Saint-Mihiel (2), pénétrèrent dans le Toulots, incendièrent Tranqueville , saccagèrent les villages qu'ils rencontrèrent, surprirent quelques châteaux et vinrent camper aux portes de Toul. Les chanoines et les bourgeois, effrayes de l'approche de l'ennemi, avaient demandé des secours au duc de Lorraine, et l'on avait fait entrer dans Toul un grand nombre de paysans, en sorte que le prince de Condé, appréhendant de perdre beaucoup de monde s'il hasardait
(1) V. Abram, Historia universitatis mussipontans, ms. de la bibl. jrabl de Nancy, n° 85.
(2) V. De liste, Hist. de la célèbre et ancienne abbayt de Saint-Mtbiet,
une allaquc, s'éloigna dans la direction de Vézelise(i). Le commandant de cette petite ville était Tendu aux Calvinistes et avait promis de la livrer; heureusement, la trahison fut découverte , et le commandant jeté en prison. Ce fut dans les environs de Vézelise que les Allemands joignirent enfin les Français (2); ils s emparèrent du château de Vicherey, essayèrent inutilement de surprendre la forteresse de la Moine, brûlèrent le prieuré de Rinel et entrèrent en France, dans les premiers jours de janvier 1568 (3). La Lorraine ne fut pas toutefois immédiatement débarrassée de la présence de l'ennemi. Une troupe de rcitres, sous les ordres d'Antoine de Croy, avait été laissée dans le château de Vicherey ; elle occupa même Biqucley , et de là fil des courses dans le Toulois et dans plusieurs cantons de la Lorraine. Charles III. attaqua Vicherey , le força et chassa les pillards; mais peu de temps après , parut une nouvelle troupe d'ouvriers évangéliques, qui n'avaient pu partir aussitôt que le prince Casimir. Ils voulurent escalader les murailles de Toul , et ils faisaient déjà les préparatifs nécessaires lorsque le capitaine Du Parge accourut, avec une compagnie de chevau légers et trois compagnies d'infanterie lorraine, et obligea les retires à continuer leur route (4).
Les marches et contre-marches des deux armées protestantes causèrent de grandes pertes à la Lorraine et au Barrois, et le peuple manifesta un tel ressentiment contre les personnes accusées d'avoir entretenu des intelligences avec l'Etranger, que le duc ordonna de les punir avec la dernière rigueur. Le commandant de VézeHse et d'autres individus, convaincus d'avoir trempé dans le complot ourdi pour livrer
(!) V. Benoit, But. de Toul, p. 646.
(2) De Thou (lib. XLII) prétend que tes Allrmands Inversèrent la Hostile à Pool* à- Mousson et rcncontrèrrnt les Frsoraia à peu de distance.
(3) V. (-alxtiol, ibid., col. 941.
(4) V. Benoit, ibid.
celte ville, ou d'avoir fourni des renseignements à l'ennemi, furent pendus et exposés sur les chemins afin de servir d'exemples (4).
Cette sévérité effraya les lorrains qui auraient pu être tentés de former quelques liaisons avec les Calvinistes, mais elle n'épargna pas à la Lorraine une troisième visite des Allemands. La guerre avait encore éclaté en France dans le cours de Tannée 4575, et le prince de Condé s'était rendu auprès de Jean-Casimir, auquel il avait promis, pour la seconde fois, le gouvernement à vie des Trois-Evêchés et des sommes très-considérables. Casimir leva alors une armée, qui se mit en marche vers le milieu du mois de décembre (2); elle était composée de reitçes et de lansquenets et devait être , renforcée par un corps de sept mille suisses et par une bande de calvinistes français, qui s'organisait à Strasbourg. Les Allemands traversèrent la Lorraine dans toute sa largeur et se dirigèrent sur la ville de Charmes ; les Suisses, que les Français avaient ralliés à Moyen, le 30 décembre, opérèrent leur jonction avec leurs alliés, le 1er ou le 2 janvier 4576. Aussitôt après leur arrivée, ils furent passés en revue, € caressez et embrassez l'un après l'autre » par le prince de Condé, Casimir et leurs lieutenants, « et faute d'argent il » fut baillé (aux Suisses) des souliers et du drap pour les
> habiller >. Les jours suivants, l'armée traversa la Moselle, partie sur le pont de Charmes, partie à un gué voisin ; mais les chefs, auxquels le roi avait fait de nouvelles propositions, ne partirent que le 5 janvier. « Les lansquenets, suyram
> leurs meschantes et maudites coustumes, et sans qu'il leur » fust en façon que ce soit commandé, au desloger de leur » quartier et lieux d'environ, au grand regret de M. le
(1) V. Rosières, Stem ma ta Lotharingie ae Barri Ducum, f° 558 v*.
(2) Les 27 octobre et 1 1 novembre, Charles III avait signé des ordonnances qui prescrivaient aux habitants des campagnes de transporter leur* meubles, leurs grains et leurs vins dans les villes fermées.
» Prince, et à la grande foulle el dommage des povres Lor- » reins (qui, en se lamentant, disoyent que ce n'estoit pas
> pratiquer la promesse qu'on leuravoit faite, en entrant en
> leur pays, qu'on les traiteroit doucement), mirent le feu en
• plusieurs villages, granges et métairies. » L'étonnement que témoigne, en cette circonstance, le narrateur protestant de l'expédition a droit de nous surprendre, car les Allemands ne respectaient pas même leurs chefs et ne connaissaient pas les règles de la discipline, ainsi que l'on en peut juger par un fait que nous empruntons à la même source. De Housséville, où l'on passa la nuit, « nous devions, dit le narrateur, aller » loger à Rémoville, mais, quelques cornettes de Rittstres » s'estans avancées et y estans arrivées des premières, ne » voulans point aller plus avant, ni cercher le quartier qui » leur estoit baillé ailleurs , encores qu'on leur dist que c'es-
• toit le village où M. le Prince devoit coucher ce jour-là, » sans aucun respect ils s'y logèrent ; tellement que la compa- » gnie et cornette de mondit sieur le Prince y estant arrivée » bien tard , au lieu que nous nous y pensions raffraichir, » nous fumes contraints de quitter le lieu à ses premiers » hostes;.... de façon qu'après que M. le Prince eust luy- » mesme attendu tout ce temps (une heure et demie) à cheval, » il nous fallut passer outre et alasmes, presque toujours de » nuict, par les bois, voire par un temps pluvieux et des ■ chemins fort fascheux, à trois grandes lieues de la, et » jusques a Hary- la-Tour (sic), où nous arrivasmes crottez » et mouillez. » De ce lieu, l'armée protestante se dirigea vers Neufchàteau, dont la garnison et les habitants gardaient soigneusement les portes et les remparts, passa la Meuse tout près de cette ville et pénétra, le 1 1 janvier, sur le territoire français (I).
(1) V. tteeveil des chose* iour par iour avenves . en l'Année eouduin* d'Allemagne en France |ur Monsieur le Prince de Condt, |>our le resta-
Une partie des bandes que Jean-Casimir traînait à sa suite avait été levée dans les petits états qui bordaient la Lorraine du côté du nord-est. Les comtes de Hanau avaient, depuis nombre d'années, embrassé le Luthéranisme, et l'un d'eux l'aurait même introduit dans l'abbaye de Slulzbronn, vers l'année 4 550, si Christine de Danemark et le prince Nicolas n'y avaient mis opposition (1). Après la mort de Jacques duc de Deux- Ponts, Charles 111 avait, conformément à l'usage du pays, laissé le comté de Bitche, dont ce prince était détenteur, à sa fille Marguerite -Louise, qui avait épousé Philippe V comte de Hanau. Ce dernier, oubliant ce qu'il devait i Charles, établit le Luthéranisme dans le comté, et le duc de Lorraine fut obligé d'y envoyer des troupes commandées par le comte de Salm, par African d'Haussonville et par Thierry de Schomberg, qui s'emparèrent de Bitche, le 41 juillet 1574 (2).
Frédéric rhingrave de Salm, qui professait le protestantisme, engagea son parent Jean IX comte de Salm, que nous venons de nommer , à profiter des circonstances critiques où se trouvait la Lorraine pour dépouiller les moines de Senones. Ils commencèrent par commettre des usurpations sur leurs domaines, et l'abbé porta plainte devant Polweiler, grandbailli de Haguenau ; mais les deux princes, sans se laisser arrêter par cette procédure , assemblèrent dans l'abbaye les habitants de la vallée et se firent reconnaître comme seigneurs. Les religieux avaient pris la fuite. Une bande armée se rendit au prieuré du Moniet, près de Baccarat, où l'on croyait qu'ils s'étaient réfugiés, et Nicolas Saxenat, curé de Domplail, s'étant présenté et ayant voulu engager les protestants à se retirer, ils le massacrèrent sans pitié. Les choses demeu-
blissement de I Estât du Royaume, et nommément pour la Religion : de. ; MDLXXV1I, petit in 8°.
(4) V. Calmet, ibidt, t. 11, col. b'43.
(5) V. idem, Hist., t. Il, col. 1573 et 1374.
rèrcnt en cet état pendant deux années (de 1 571 à 1 573). Enfin, l'évoque de Strasbourg, Jean de Manderschcidt, accommodement ; les moines rentrèrent a Senoncs , mais furent contraints de céder aux princes de Salm une partie de leurs propriétés, c est-à-dire cent seize mille arpents de bois, les forges de Fraraont, des moulins, des fours et des scieries ; les églises paroissiales devinrent communes aux deux cultes, et la moilié des biens ecclésiastiques fut affectée à l'entretien des ministres de la confession d'Augsbourg. A partir de ce moment, le luthéranisme se répandit avec rapidité dans le val de Senones et dans les environs ; il y comptait, du reste, on certain nombre d adhérents depuis Tannée 1540, époque à laquelle le rhingrave Jean -Philippe avait jugé à propos d'abandonner l'ancienne religion (I); et il est même probable que l'incendie de l'abbaye de Saint- Sauveur, arrivé en 1505, fut l'œuvre de quelques sujets du rhingrave (2).
La maison de Salm possédait malheureusement d autres domaines dans lesquels le protestantisme ne tarda pas à faire des conquêtes. On vit des prédicants à Badonviller dés l'année 1555 ; ils tinrent d'abord leurs réunions dans les jardins hors de la ville ; ils s'assemblèrent ensuite dans l'enclos de la halle et finirent par obtenir l'usage de l'église paroissiale, « oyans les heures du service my-partie avec les.... calho- » liqoes, mais ce par grâce spécialle, et soubs les conditions » dont ils furent fort mauvais observateurs ; cl par succès-
• sion de temps (ils) se rendirent sy puissans et sy hautains,
• que » lorsque la messe n'était pas terminée pour l'heure du prêche, ils entraient dans l'église en tumulte, s'asseyaient sur les autels, « défiguraient les images des saincls comme
(1) V. Calmet, ITbt. de l'abbaye •> Seooo«, ch. 38 cl 5», im. de la bihl. publ. de Saint-Dit; Hirt. de Saint-Diê, par M. Gravier, p. 2*6454. t2) V. Calmel, Hast., I. III, col. 85.
» idollcs risibles et y commettoieot plusieurs indignitez trop » longues à déduire » (1).
Les rhingraves établirent aussi le protestantisme à Fénétrangc et voulurent séculariser les chanoines de la collégiale , mais ces derniers résistèrent avec persévérance et se retirèrent à Donnelay , qui appartenait au temporel de Metz , et où ils résidèrent jusqu'en 4682 (2).
Charles employa tour à tour les menaces et la persuasion pour détourner les rhingraves de détruire l'ancien culte dans leur petite principauté ; ce fut en vain , et le duc fut obligé de se borner à veiller sur ses propres états , où l'hérésie tentait continuellement de faire irruption. Quoique les rédacteurs du martyrologe protestant (3) disent qu'entre tous les royaumes et pays de l'Europe la province de Lorraine est celle où Dieo a répandu le moins ses grâces spirituelles , que les magistrats de ce duché sont injustes, et que ses habitants sont idolâtres et si aveugles qu'ils ne veulent pas recevoir les pasteurs que Dieu leur envoie pour les éclairer, le calvinisme se glissa dans plusieurs bailliages de Ja Lorraine et du Barrois. Dans quelques lieux du bailliage de Nancy , les paysans refusèrent de payer aux seigneurs ecclésiastiques tes redevances ordinaires (4). En 4579, Charles III établit à Pont-à-Mousson quatre foires, que chacun reçut l'invitation de fréquenter, avec toute sûreté pour sa personne, malgré la différence de religion (5); et cette mesure, qui attira quantité d'étrangers dans la ville, eut pour
(1) V. Certificats de l'Exil et Bannissement des Calvinistes , de la Terre de Salm et Badonviller, par M. le prince de Salm en Tan 1025, copie collauonnéc dans la bibliothèque de M. l'abbé Marchai, curé de Saint- Pierre. Comme ceux de Metz, les prolestants de la principauté de Salm passèrent, pour la plupart, du luthéranisme au calvinisme.
(2) V. Calraet, Notice, t. I, col. 430-i33; Hist, t. Il, col. 957.
(3) V. p. 1603, édil. de 1618.
(4) V. Calmet, Hist. de l'abbaye de Senones, ch. 40.
(5) V. un ancien recueil d'ordonnances qui fait partie de la collection de M. Noël.
résultat d'y ranimer l'amour des nouveautés. Dés Tannée 1 560, un moine, qui avait prêché le carême à Pont -à -Mousson, avait activement travaillé à répandre les erreurs de Calvin et séduit plusieurs des premières familles. On n'avait pas tardé . à le bannir, ainsi que ses partisans; mais ceux-ci avaient obtenu, peu de temps après, l'autorisation de rentrer dans leurs demeures. Bien qu'ils eussent abjuré l'hérésie, le feu avait couvé sous la cendre , et les jésuites , qui enseignaient dans l'université dont nous raconterons bientôt la création , ayant fait jouer par leurs élèves, en 1577, une pièce intitulée Calvin, cette représentation, où le réformateur n'était pas ménagé, excita des murmures chez beaucoup de bourgeois (1).
Ce furent des marchands allemands et français qui déposèrent les germes de l'hérésie dans la ville de Saint-Nicolasde-Port. Peu après , Louis des Masures, le fade auteur du Chant pastoral, commença à prêcher en secret le calvinisme , et, quand il eut fait un certain nombre de prosélytes, il appela un ministre , qui vit la foule accourir à ses prédications. On en donnait le signal en tirant un coup d'arquebuse, qui était entendu dans tous les quartiers de la ville , et le mal devint si grand qu'un jour de fête, en 4562, les habitants laissèrent le curé presque seul dans l'église pour aller entendre le discours du ministre. Le curé lui-même ne résista pas au torrent, quitta Saint-Nicolas, se maria et s'établit dans un village du pays messin, où il débita les nouvelles erreurs. Charles III, informé de ces désordres, y remédia promplement, et, par ses ordres, Jean de Savigny se rendit à Saint- Nicolas , avec les arquebusiers à cheval de la garde. A l'approche des soldats , les bourgeois qui se sentaient coupables résolurent de fuir, et plus de soixante familles abandonnèrent leurs maisons avec précipitation ; ce ne fut pas, du reste, pour longtemps ; car on leur permit d'y rentrer, après une
(1) V. Abrun, HUt. universilatis roussipooUnae.
abjuration que l'on ne regarda pas comme sincère. Louis des Masures parvint à gagner Deux-Ponts et devint pasteur è Metz ; mais Jean de Savigny arrêta un étranger nommé Florentin , qui fut pendu ; et, deux ans après , on fît subir le même sort à un ministre languedocien appelé Madoc, que Ton saisit à Lunéville, au moment où il cherchait à gagner Saint-Nicolas (1).
Le commerce étendu que faisait la petite ville de Mattaincourt et les voyages de ses habitants dans les pays protestants ne tardèrent pas à introduire dans ce lieu l'hérésie calviniste ; on appelait même communément Mattaincourt la Petite Genève ; toutefois, les bourgeois, intimidés par ce qui s'était passé à Pont-à-Mousson et à Saint-Nicolas, cachèrent tant bien que mal leurs opinions et réussirent à n'être pas inquiétés (2).
On vil également des calvinistes à Bar-le-Duc et dans les environs, et on assure qu'ils engagèrent plus d'une discussion avec les ecclésiastiques, auxquels ils reprochaient de partager, relativement au baptême, les erreurs des Anabaptistes (5). Une communauté religieuse de Bar, celle des Béguines, se laissa surprendre par les hérétiques, et quand on eut acquis la certitude que ces filles professaient le calvinisme , on les força à quitter le pays (4). Quelques chanoines de la collégiale de Munster embrassèrent le luthéranisme et partirent pour l'Allemagne (5); enfin, plusieurs lorrains de divers lieux prirent le même chemin , afin de se soustraire aux dispost-
(1) V. idem , ibid.
(2) V. BéUel, La vie du Révérend Père Pierre Fovrier dit vulgairement le Père de Mataincovr, réformateur et général des Chanoines-Réguliers de la Congrégation de Notre Sauveur, cl Instilvtevr des Religieuses de la Congrégation de N. Dame, 1" partie, p. 36 et 37, édit. in 8°.
(3) V. Calmet, Bibl. lorr., col. 041.
(4) V. idem, Notice, t. 1, col. 83 et 84, et supplém., col. 58.
(5) V. idem, ibid., col. 942.
lions des ordonnances qui les concernaient. Nous nommerons seulement, parmi eux, Wolfgang Musculus, fils d'un tonnelier de Dieuze, qui fut minisire à Strasbourg, mourut professeur de théologie à Berne et laissa différents écrits, lesquels eurent de la réputation dans leur temps (4).
On compta parmi les adeptes des hérésiarques certains membres de l'Ancienne Chevalerie , notamment Olry du Chà telet, seigneur de Deuilly, qui ne craignit pas de démolir le prieuré de ce nom, d'en employer les matériaux à réparer les bâtiments de sa basse-cour, et d'ouvrir un prêche où il essaya d'attirer les habitants des villages voisins (2). Comme les privilèges dont jouissaient les membres de la Chevalerie engageaient le duc à fermer les yeux sur quelques-unes de leurs entreprises , les nobles qui avaient abandonné le catholicisme s'imaginèrent qu'ils parviendraient à obtenir des concessions plus étendues. Us se réunirent, en 1504, et présentèrent à Charles III une pétition, dans laquelle ils demandaient qu'il fût permis à eux et a leurs vassaux de professer ouvertement leur culte, sans s'exposer a aucune condamnation; et ils né craignirent pas de laisser entendre que tes Suisses et divers princes allemands étaient tout disposés à appuyer celle requête, même par la force. En effet, on vit arriver en Lorraine des députés de la reine de Navarre, du prince de Condé , de l' électeur-palatin, du landgrave de liesse, du duc de Wurtemberg et du canton de Berne. Les instructions des envoyés étaient uniformes ; ils devaient prier le duc de Lorraine d'accorder à ses sujets la liberté de conscience et les droits qui en découlent; Charles écouta leurs remontrances, mais refusa de leur donner aucune réponse; il se contenta d'écrire à chacun des princes que nous venons de nommer qu'il ne s'était jamais mêlé des affaires religieuses de leurs étals, et qu'il entendait
(1) V. idein, Bibl. lorr., col. 680 et 681.
(2) V. idrtn, Nol»cc, t. I, col. 3ii.
conserver la faculté de régler chez lui ce qui regardait la religion (1). Il aurait pu ajouter que la législation lorraine, malgré sa sévérité, était bien plus humaine que celle des pays protestants, et que Ton avait déployé chez nous beaucoup moins de rigueur pour protéger et maintenir l'ancien culte , que Ton n'en avait employé ailleurs pour établir et consolider le nouveau; car, ainsi que le fait observer Rosières, la Lorraine fut de toutes les contrées de l'Europe celle où il y eut le moins d'exécutions contre les protestants, et la plupart des condamnations dont parlent les historiens furent prononcées pour faits de haule-trahison.
La fermeté que Charles III montra dans cette circonstance intimida les membres calvinistes de l'Ancienne Chevalerie; on sait toutefois qu'ils tinrent plus ou moins secrètement, en 4566, une assemblée dans le bourg de Foug, et que des poursuites criminelles furent dirigées contre ceux qui s'y étaient trouvés (2). Celle affaire et d'autres, qu'il serait superflu de relater, firent comprendre au duc l'importance de ne pas laisser tomber en désuétude les ordonnances de ses prédécesseurs , et de publier lui-même quelques dispositions supplémentaires devenues indispensables. II y pourvut par son édit du 14 septembre 4572, qui défendait d'assister aux réunions non autorisées, < dé faire aucun exercice de la nouvelle reli- » gion au dedans de la Lorraine , et d'aller hors d'icelle pour » ledioi exercice >. L'édit promettait une amnistie à ceux qui s'engageraient à obéir, mais enjoignait aux récalcitrants de sortir immédiatement des duchés de Lorraine et de Bar ; il leur laissait cependant la faculté de vendre leurs biens , par eux-mêmes ou par procureur, dans le délai d'une année; faute de quoi, ces biens devaient être réunis au domaine ducal
(1) V. Àbram, ibid.
(2) V. Suiistkpie du département de la Meurtbe, par M. H. Lepage, t. Il, p. \97.
eu attribués aux seigueurs hauts-justiciers, selon la coodition des personnes (4).
Charles III sa Tait, du reste, qu'il ne suffisait pas de promulguer des ordonnances sévères pour arrêter les progrès des novateurs, et que, pour leur enlever un des principaux sujets de leurs déclamations, il fallait travailler à la réforme des mœurs du clergé. Il y avait beaucoup de relâchement dans la plupart des monastères au commencement du XVI* siècle, et l'imminence du danger n'avait pas suffi pour rétablir partout Tordre et la discipline. La plupart des grandes abbayes ne renfermaient, comme dans le siècle précédent, qu'un petit nombre de moines, et ceux-ci ne faisaient pas, en général , un emploi convenable de leurs revenus. Ainsi, l'abbaye de Senones, qui ne comptait que six religieux en U20, n'en avait que neuf en 1564, et comme la recette excédait la dépense , l'abbé , Jean Durand de Crévic, n avait pas craint d'accorder une prébende à une de ses nièces (2). Le clergé séculier, quoique mieux réglé, ne Tétait pas parfaitement ; et on voyait à Nancy même , sous les yeux des dues, les nouveaux chanoines de la collégiale Saint-Georges donner à leurs confrères des banquets « en tavernes et lieux pu- » blicques > (3).
Rien que ce qui regarde la réformation de la discipline et des mœurs soit exclusivement dans les attributions de l'Eglise, Charles III trouva le péril si pressant qu'il jugea indispensable de mettre lui-même la main à l'œuvre ; nous avons analysé, plus haut , quelques-unes des ordonnances qu'il publia dans ce but, et nous en mentionnerons ici deux ou trois autres. Comme le moment approchait où une partie des biens ecclésiastiques devait recevoir une destination plus appropriée aux
(1) V. cet édit, dans Rogéville, ib»J., t. I , p. 560 el 570.
(2) V. Calnict , llwt. de l'abbaye de Senones, eh. 37.
(3) V. la notice de M. H. Lepagc sur la collégiale Sau»l-<»n>rge«, dan* le Bulletin de la société d'archéologie lorraine, t. I, p. 179.
besoins de l'Eglise, le duc voulut connaître l'état des domaines qu'elle possédait en Lorraine, et , le 25 septembre 4573, il prescrivit « aux gens ecclésiastiques d'apporter à » MM. de la chambre des comptes déclaration, attestée de » chacun chapitre ou de personnes publicques, de toutes les » rentes et revenus à eux obvenus depuis trente ans, tant » d'acquesl et aumosnes qu'autrement > (i). Le 42 janvier 4583, il promulgua une ordonnance très-sévère contre les « femmes et filles mal faméez d'incontinence », qui fréquentoient les maisons < d'aucunes personnes ecclésiastiques, » chose qui redondoit au scandale public, vitupère de la • qualité et condition desdils gens d'Eglise, et opprobre de » leur Ordre » (2). Cette ordonnance n'ayant pas immédiatement produit les fruits que l'on en espérait, le duc signa, le 44 février 4 600, une seconde ordonnance plus rigoureuse que la première, et qui, pour « retrancher et extirper choses de » si mauvais exemple, comme aussi les grands abus et turpi- » tudes et insupportables malversations en revenant », disposait que « toutes filles et femmes vagabondes et autres qui » s'abandonnoient et se prostituoient publiquement ou en » secret, après informations sommaires et conviction, seroient » battues de verges et foueltéez par les mains du bourreau, » et de suite bannies à perpétuité, et leurs biens acquis et » confisquez à qui il appartiendrait ». Les femmes et filles qui « auroient abusé de leur corps secrètement et en parti- » culier » devaient être pour une première faute punies d'une amende de vingt-cinq francs barrois ; pour la seconde, d'une amende deux fois plus forte, et en cas d'insolvabilité d'un emprisonnement de quinze jours ; pour la troisième, du bannissement temporaire, et pour la quatrième, de la fustigation
(4) V. lo texte de l'ordonnance, dans le recueil de Chàteaafort, t. I, fo83r°.
(2) L'ordonnance est imprimée dans Rogéville, ibid., p. 506.
et du bannissement à perpétuité. Les personnes convaincues
• de produire et prostituer filles et femmes » pouvaient être frappées de châtiments arbitraires, et l'ordonnance menaçait de la strangulalioo et de la confiscation de leurs biens les individus « qui débauchoient ou vendoient femmes
• ou filles » , et les pères et maris qui prostituaient leurs filles ou leurs épouses. Ces dispositions, dirigées moins contre les concubines de certains ecclésiastiques que contre la débauche en général , devaient être publiées de nouveau, chaque année, le jour du samedi-saint (t). Elles avaient été précédées d'un règlement relatif aux filles qui suivaient les troupes, et la lettre de ce règlement, destiné à établir un peu d'ordre au milieu du désordre, contraste singulièrement avec les ordonnances de 1583 et de 1600 ; le duc interdisait à tout soldai de mener une femme avec lui, à moins quelle ne fût son épouse légitime , et prescrivait qu'il y aurait huit femmes publiques et communes dans chaque compagnie ou cornette, équivalant à un faible bataillon.
Un édit contre les blasphémateurs, promulgué le 7 mai i576 (2), se rattachait à l'ensemble des mesures prises par Charles 111 sinon ponr améliorer les mœurs et l'esprit des Lorrains , au moins pour diminuer le scandale et faire disparaître les désordres les plus affligeants.
Il comprenait parfaitement que les décrets et les prohibitions de la puissance séculière n'ont que peu d'efficacité, parce qu'avec de l'habileté ou de l'argent on trouve souvent moyen de les éluder, et il eut soin de faire intervenir, autant que possible, l'autorité religieuse et de donner force de loi aux décisions du concile de Trente, dont les canons lui furent présentés par un des membres de cette assemblée illustre (3).
1) Elle e*t imprimée ibid., p. 907.
(2) Il est imprimé ibid., p. 104-IOt».
3) V. A bran», ibiii.
Il fut secondé, dans son œuvre de réformation, par les évèques de Metz, de Toul, de Verdun , et par un grand nombre d'ecclésiastiques distingués , entr'autres par Jacques Tigeon, chanoine de Metz et célèbre prédicateur. Mais c'est principalement la compagnie de Jésus qui lui fournit des coopérateurs dévoués et infatigables. A peine installés en Lorraine, ils s'occupèrent, avec une ardeur que rien ne put refroidir, à défricher les parties incultes du champ confié à leurs soins. Quoique l'hérésie eût été proscrite à Pont-à-Mousson , comme nous l'avons dit, elle avait jeté de profondes racines dans plusieurs familles de la meilleure bourgeoisie ; les pratiques pieuses étaient complètement négligées ; on ne pouvait s'approcher de la sainte table plus d'une fois par an sans s'exposer à mille désagréments, et les ecclésiastiques, surtout les chanoines de la collégiale Sainte-Croix et les Antonistes, étaient traités avec le dernier mépris. Les choses changèrent de face quelques années après l'arrivée des Jésuites, et la bourgeoisie de Pont-à-Mousson devint, grâce à leurs efforts, aussi catholique qu'elle l'était peu précédemment. Leurs succès ne furent pas moins remarquables à Saint-Nicolas-de- Port ; trois pères qui s'y fixèrent pendant un certain temps ramenèrent au Catholicisme les bourgeois qui l'avaient abandonné ; d'autres jésuites convertirent les calvinistes de Gondrecourt ; enfin, deux pères se rendirent à Sainte-Marieaux- Mines et persuadèrent aux habitants d'abjurer le luthéranisme. Cependant, quelques-uns de ces derniers s'y refusèrent avec opiniâtreté, et reçurent ordre de quitter la ville pour s'établir dans le faubourg, qui n'appartenait pas au duc de Lorraine (1).
Quels que fussent les succès des Jésuites auprès des lorrains séduits par les novateurs, Charles III n'était pas rassuré ; il devinait , en effet , que le péril , un moment
(1) V. idem, ibid.
conjuré, ne tarderait pas à renaître , si on laissait la jeune**aller puiser au dehors, et à des sources empoisonnées pour la plupart v l'instruction qu'elle ne pouvait trouver dans sa patrie. La Lorraine et le Barrois étaient alors presque complètement privés d'établissements scientifiques, et pour remédier au danger d'un semblable état de choses, le due entretint d'abord quelques étudiants dans des universités étrangères (I) , tandis que Warry de Lucy , seigneur de Dombasle, tondait pour les jeunes gens de son pays deux nouvelles bourses dans le collège de la Marche (2). Mais ces bourses et les pensions payées par le prince n'étaient rien pour tant de monde , et il fallut recourir à un remède plus efficace. Pseaume , administrateur de l'évéché de Verdun, avait créé dans cette ville, dès Tannée 1558, une espèce d'université où les Jésuites devaient professer ou faire professer les humanités, la philosophie, la théologie, le droit et la médecine. L'insuffisance des ressources ayant contraint l'évéque à restreindre son plan et à n'établir qu'un collège d'humanités (3) , Charles III reprit , pour son propre compte, les projets de Nicolas Pseaume, et pendant que Gilles de Trêves , doyen de la collégiale Saint-Maxc , dotait à Bar- le- Duc un collège, où la jeunesse devait « estre • instruite et enseignée en toutes moeurs et littératures » (4), le prince se concertait avec le cardinal de Lorraine, administrateur-perpétuel de l'cvèchc de Metz et légat à latere du Saint-Siège dans les duchés de Lorraine et de Bar. Quand ils eurent réglé tout ce qui se rattachait à la fondation de
(I) V. Calmet, Bibl. lorr.. col. 763.
<î) V. idem, Nolicc, I. I, col. 35*.
(3) V. Roustel, H»t. de Verdun, p. imvùj.
(4) Ux lettres- patentes de Ourles III qui autorisent IViablmemeot de ce collège «ml dalécs du 14 janvier 1571 (S) On petit les voir dan. R«jéTiHe, ibid , p. 33K-34I ; v. aussi au Trc». des ch., layrllc Fondât ionM, n 121, une pièce relative ù la créaUon du collège de Bar.
runiversilé nouvelle, ils s'adressèrent au pape Grégoire XIU et le prièrent de concourir à l'exécution d'une entreprise aussi utile. Le souverain-pontife encouragea dans leur dessein Charles et le cardinal et fit expédier, le 5 décembre 1572, une bulle qui donnait à l'université l'institution canonique (1).
Le duc choisit pour siège de cet établissement la ville de Pont-à-Mousson, située à proximité de Nancy, de Metz, de Toul et de Verdun, et dans laquelle on trouvait a bon marché toutes les choses nécessaires à la vie. Il décida que la faculté de théologie, la faculté de philosophie ou des arts et le collège des humanités seraient confiés à la compagnie de Jésus; mais les facultés de droit et de médecine, que l'on n'organisa pas immédiatement, furent réservées à des professeurs laïcs. Il fut stipulé que soixante-dix jésuites résideraient habituellement à Pont -à- Mousson ; on leur assigna, tant pour leur logement que pour leurs cours, la commanderie de Saint-Antoine, et les religieux qui occupaient antérieurement celte magnifique maison furent placés dans l'hôpital Notre-Dame, sur la rive gauche de la Moselle, et reçurent une indemnité suffisante. Pour doter l'université, on préleva mille écus d'or sur les revenus de l'abbaye de Gorze, et on créa une rente de quinze cents écus d'or, à prendre pour un tiers sur la manse épiscopale de Metz, et pour les deux autres tiers sur les abbayes et prieurés des diocèses de Toul et de Verdun, charge dont les monastères eurent permission de s'exonérer en cédant des bénéfices simples d'un revenu équivalent. Charles III, de son côté, accorda des privilèges de toute nature aux maîtres et aux écoliers par lettrespatentes des 7 avril 1579, 20 juillet 1580, 26 juin 4588, 17 février et 15 septembre 1589, 15 mai 1590, etc. (2).
(1) La balle est imprimée dans Calmet, Hist. , t. 111, preuv., col.
dclxxxviij bis-dexcv.
(2) Toute* ces lettres-patentes sont imprimées dans Rogéville, ibid.,
t. Il, p. 499 et suiv.
D'après le plan primitif, l'uniTereité devait comprendre, oulre les facultés de droit et de médecine, une faculté de théologie, dans laquelle deux professeurs enseigneraient la théologie dogmatique, un troisième la théologie morale, et un quatrième l'Ecriture Sainte; une faculté des arts comptant trois professeurs de philosophie, un de rhétorique et un de mathématiques; enfin, un collège destiné à l'enseignement de la grammaire latine, des humanités et des langues grecque et hébraïque (1). Les difficultés qui assiègent les établissements récents ne permirent pas de réaliser d'abord ce programme dans son entier. On ne possédait pas les fonds nécessaires, et il fallait mettre la commaoderie de Saint-Antoine en état de recevoir l'université ; toutefois, vingt jésuites se rendirent à Pont-à- Mousson dès le mois d'octobre 4574, et ouvrirent provisoirement des classes de grammaire dans une maison située sur la place de la ville neuve, et que l'on nommait le Chateau-d'amour. Le 3 mars 4575, Nicolas Pseaume publia la bulle de Grégoire XIII, et le P. Edmond Hay fut choisi pour recteur. Le célèbre P. Maldonat séjourna à Ponté-Mousson pendant quelque temps pour surveiller les détails de l'organisation, et peu à peu on inaugura les différents cours mentionnés plus haut. Un règlement rédigé en 4G04, et indiquant le rang que les maîtres et les écoliers devaient tenir dans les processions, nous fait connaître, d'une manière précise, la composition de l'université. Les corps et personnes dont elle était formée marchaient dans l'ordre suivant : les élèves de sixième, de cinquième, de quatrième, de troisième, de seconde, de première, accompagnés de leurs maîtres, les élèves de la faculté des arts ou de philosophie, les bacheliers et les mallres-ès-arts, les étudiants en médecine, 'les étudiants en droit, les étudiants en théologie, les bacheliers en médecine, les bacheliers en droit, les bacheliers en
;i) V. U bulle de Grégoirv XIII
théologie, les professeurs de la faculté des arts, les bedeaux de la faculté de médecine, les licenciés en médecine, les docteurs non - professeurs , les docteurs professeurs, le doyen , les bedeaux de la faculté de droit , les licenciés en droit, les docteurs non -professeurs, les docteurs professeurs, le doyen, les bedeaux de la faculté de théologie, les licenciés en théologie, les professeurs non-docteurs (1), les docteurs processeurs et non- professeurs, le doyen, le chancelier de l'université, le recteur, le viceconservateur, le promoteur, les notaires, les questeurs, l'imprimeur, les libraires-jurés, le peintre, le graveur et les appariteurs (2).
L'université de Pont-a-Mousson jeta, presqu'aussitôt après sa création , un éclat extraordinaire. « Les Jésuites, doot » Tordre commençait, dit Chevrier, à devenir le berceau des > grands hommes, envoyèrent en Lorraine l'élite de leur » compagnie, et Charles fit venir des universités étrangères » tous les savants que sa réputation et son or avaient pu dé- » tacher (5). » Le P. Guignard, qui devait être, en 4595, la victime d'une condamnation aussi injuste que barbare, fut uo des premiers professeurs de philosophie de l'université lorraine, et ses savantes leçons contribuèrent à. y attirer des élèves (4).
La faculté de droit n'eut d'abord qu'un seul professeur, l'écossais William Barclay, maître des requêtes de l'hôtel, qui ouvrit son cours en 1578 ; mais le nombre des chaires fut
(1) 11 suffisait d'être licencié pour pouvoir enseigner dans la faculté de Ihéologie.
(2) V. ce règlement, dans Rogévillc, ibid., p. 562 et 563.
(3) Ibid., p. 211.
(4) On lisait sur un des registres de l'université la mention suivante : u Anno Domini 158i, nonum philosophie cursum iniit divœ memoruc h Pater Joannes Guignardus, qui deinde Parisiis, anno Domini 1595, die •t septima Januarii, in crueem actus, tum excussus htercticorum more, m glorioso dedecore, ut sperarous, in cœlum abiit w.
bientôt porté à quatre, et Charles III confia les fonctions de doyen à Grégoire de Toulouse, un des meilleurs élèves de Gujas. Les professeurs de Toulouse étaient fort mal payés, et le duc profita de celte circonstance pour engager Grégoire à s'établir en Lorraine par l'offre d'un traitement de mille écus (4). Malgré le mérite de ce jurisconsulte, sa nomination causa, d'après Chevrier (2), de violents murmures parmi les Lorrains, qui pensaient probablement que l'on aurait pu trouver sans sortir de notre pays un homme capable d'occuper le poste de doyen. Chevrier ajoute queBardin, maître des requêtes de l'hôtel, se donna beaucoup de mouvement pour écarter les obstacles qui s'opposaient à l'installation de Grégoire, et que la Lorraine doit à ce magistrat d'avoir possédé un savant aussi illustre.
Malheureusement, Grégoire avait un esprit inquiet et remuant ; à peine fixé à Pont-à-Mousson, il s'engagea contre les Jésuites dans une interminable querelle, dont l'exposé ne peut trouver place dans cet ouvrage, et qui faillit amener la dislocation de l'université lorraine, peu d'années après sa fondation.
Les cours de médecine commencèrent en 1592, et la faculté ne fut complètement organisée qu'en 1598; elle eut pour premier doyen Charles le Pois, un des meilleurs médecins de la fin du XVIe siècle.
La réunion de ces hommes distingués , la sagesse des principes qui servaient de base à leur enseignement, et la paix dont jouissait la Lorraine firent affluer à Ponl-à-Mousson les étudiants étrangers ; on y venait de France, d'Allemagne, des Pays-Bas et môme de contrées plus éloignées. La présence
(!) V. le discours prononcé par Cabot, recteur et docteur-régent eu la faculté de droit (de Toulouse), dans la séance du conseil général de l'hôtel de ville, le k juillet 1598 ; Bulletin des comités historiques, Histoire, sciences, lettres, t. Ier, p. 75.
(2) V. ibid., p. 212.
de tant d'écoliers, dont plusieurs appartenaient à des familles opulentes, répandit l'aisance dans la ville de Ponl-à- Mousson, qui vit sa population augmenter considérablement pendant les vingt dernières années du XVI* siècle. Cependant, ce concours de gens d'origine et de mœurs si différentes ne laissa pas de donner lieu à quelques désordres, et Charles III fut obligé de promulguer des règlements destinés à y mettre un terme. Le 23 mars 4584, il défendit « à tous » manans et habitans la ville du Pont n'estans de profession • de porter les armes, comme semblablement à tous eseho- » liers et estudians en l'université, de quel estât et conditioo » ils fussent, soit qu'ils fissent profession des facultez des » arts, de philosophie ou théologie, ou de la jurisprudence, - ou aultres facultez, de porter à l'advenir aucunes armes
> défensives ou offensives, après que la cloche qui sonnoit » ordinairement pour la retraite auroit sonné, à peine contre
» les contrevenans , sçavoir : contre les bourgeois de
» vingt francs d'amende et confiscation de leurs armes, et
> pour lesdicts escholiers d'emprisonnement de leurs per- » sonnes et confiscation desdictes armes ». « Les voyes de » faict et desbauches d'aucuns escholiers, mal affectez au bien » de leur estude et repos du publicque », n'ayant pu être complètement réprimées, Charles III ordonna, le 15 février 1587, qu'ils seraient tenus, aussitôt après avoir « prins » logis ez maisons bourgeoises ou au collège des Jésuites,.... » de mettre et de poser les basions à feu qu'ils auraient op- » portez ez mains de leurs hostes ou principal dudict collège, » pour cstre portez par eux au conservateur des privilèges » de ladicte université ou son lieutenant », lequel devait les garder soigneusement et les rendre aux étudiants, quand ils se disposaient a partir. Le duc interdit aussi aux bourgeois et à toutes personnes « d'admettre ni recevoir les escholiers » aux.... jeux publicques, d'escrimes, jeux de paulmes, » danses et aultres telz exercices pendant le sainct service
> divin du saincl jour de dimanche, et aultres Testes solen- » nelles gardéez et commandéez par l'Eglise, à peine d'a- » mende arbitraire et de prison , ou aultres plus grands » chastors, selon que le cas le requerroit, tant contre ceulx » qui les auraient receus , qu'escholiers et aultres contreve- » nans de ceste.... ordonnance » (1).
Le iO janvier de la même année, le duc de Lorraine, voulant porter son ouvrage au point de perfection nécessaire, avait confié la rédaction des statuts de l'université à François de Rosières, grand-archidiacre en l'église cathédrale de Toul et grand-vicaire du cardinal de Vaudémont , évèque de cette ville ; à Nicolas Marius, doyen de la cathédrale de Verdun et grand- vicaire de l'évèque, et à maître Jean Ânnet , docteur en théologie et chantre de l'église cathédrale de Metz. En suite de celte désignation et en vertu d'une bulle de Sixte V, qui avait autorisé les évèques de Melz, Toul et Verdun à composer les statuts de la nouvelle université , les trois commissaires se réunirent à Nancy, et, dès le 24 janvier, publièrent leur travail (2), qui est beaucoup trop élendu pour être inséré dans une histoire générale de Lorraine, et trop semblable aux règlements des universités déjà existâmes pour que son analyse offre un véritable intérêt.
La grande majorité du peuple lorrain applaudit aux efforts de Charles UI pour maintenir la religion catholique , et témoigna sa reconnaissance autrement que par une approbation stérile. Le 6 août \ 569 , le clergé des duchés de Lorraine et de Bar accorda au prince un don gratuit (3), et le 17 août 4572, il fit un nouveau don s'élevant à cinq cent mille francs barrois et payable en six années, « à cause des frais supportez
(1) V. ces deux règlements, dans Rogé ville, ibid., p. 513-515 et îiO-5*5.
(2) V. l'ordonnance de Charles UI et les statuts, dans Rogévillc, ibid., p. 528-539.
(3) V. Layette EtaU-Généraux, Fief» et Dénombt entent* , il0 27.
» par ledict duc Charles contre les hérélicques » (4). Les Etats-Généraux, de leur côté, votèrent libéralement des aides extraordinaires chaque fois que les besoins de l'Etat l'exigèrent ; en 1369, ils consentirent à la levée d'un aide de trois francs sur chaque conduit pendant six ans (2), et en \ 572 ils accordèrent un aide général pour fournir au duc les moyens de mettre ses frontières à l'abri d'une invasion (3).
La conduite de Charles III ne lui procura pas moins d'applaudissements au dehors. On commença à le regarder comme un des plus fermes soutiens de la foi ; la plupart des souverains catholiques s'empressèrent de resserrer leur alliance avec lui, et le duc cultiva soigneusement leur amitié, qui pouvait lui être bien précieuse. Il se lia notamment avec ceux des cantons suisses qui n'avaient pas embrassé le calvinisme; en 4579, il chargea Paul frère du comte de Salm d'une mission prés d'eux; en 4581 , il leur envoya Claude de Reinach, seigneur de Saint-Baslemonl , un de ses conseillers, et, pour * témoigner aux Suisses combien il estimait leur fidélité* il fit lever chez eux une compagnie d'infanterie à laquelle il confia, concurremment avec les arquebusiers à cheval, la garde de sa personne (4).
Le pape Grégoire XIII, qui appréciait, comme tous ses contemporains, le caractère et les talents du duc de Lorraine, le pria de prendre part à un dessein qui devait avoir pour résultat la restauration du catholicisme en Suède. Le roi Jean III travaillait depuis longtemps dans ce but, mais Frédéric II, roi de Danemark, menaçait de proGtcr du mécontentement qu'éprouvait une partie de la nation suédoise pour rétablir, sous son sceptre, l'union des trois royaumes du nord.
(1) V. ibid., 53.
(2; V. Layette Etats-Céncraux, II, n° 14.
(3) V. Layclle Etatt-Généraux, Addilions, n* 41.
(4) V. Hugo, Traite hist. cl cril. sur l'origine et la ficoéalugic de U maison de Lorr., p. 227.
Jean III, que les projets de son ambitieux voisin inquiétaient beaucoup, supplia le pape d'engager Charles III, qui avait, du chef de sa mère, des prétentions sur le Danemark, et le duc de Brunswick Olhon-Henri, lequel venait de rentrer dans l'église catholique, et dont la famille était alliée à la maison de Lorraine, à susciter des embarras à Frédéric, aCn de le mettre dans l'impossibilité de tenter une descente en Suède. Le souverain- pontife s'empressa de faire ce que Jean III demandait, et, le 28 avril 1581, il écrivit au duc de Brunswick, à Christine de Danemark, duchesse douairière de Lorraine, et à Charles III, près duquel devait se rendre Pontus de la Gardie, conûdent et plénipotentiaire du roi de Suède ; mais ce pays est tellement éloigné du nôtre, et Charles avait alors tant de fâcheuses affaires, qu'il ne put rendre à Jean III le service que celui-ci requérait, et on ne voit pas que les lettres de Grégoire XIII aient produit aucun effet (1).
Malheureusement pour la tranquillité de Charles, les rois de France Charles IX et Henri III , qui étaient alliés de fort prés au duc, puisqu'il avait épousé leur sœur, ne lui témoignèrent ni la même amitié, ni la même confiance que les souverains étrangers. En 1565, Charles IX, qui prenait, comme protecteur des Trois-Evéchés, le titre de vicaire du saintempire, cassa une transaction que le duc avait conclue avec révéque de Verdun, pareequ elle était favorable au premier (2). L'année précédente, au mois d'avril , le roi s'était rendu dans la ville de Bar pour être parrain du fils aine de sa sœur, et le grand-aumônier, Jacques Amyot, ne craignit pas de faire ouvrir les prisons de la ville. Cet acte de souveraineté offensa
(1) V. la Suède et le Saint-Siège sous les rois Jean III, Sigismond III cl Charles IX, d'après des documents trouvés dans les archives du Vatican, par Augustin Theiner, trad. franc., t. Il, p. 158-141. L'appendice contient, sous les numéros 22 à 25, les quatre lettres de Grégoire XIII.
(2) V. Calroet, Notice, t. Il, col. VU.
le duc, qui se plaignit vivement à Charles IX, et le roi signa, le 9 mai , un acte dans lequel il déclarait que l'ouverture des prisons ne pourrait être regardée comme préjudiciable à la régale prétendue par son beau-frère, et que l'acte lui-même ne devait porter aucune atteinte aux droits de la couronne de France (i). Cette réserve captieuse indiquait assez que l'on se proposait de susciter à Charles III des difficultés semblables à celles qui avaient troublé les dernières années du règne de son grand-père,- et que l'on avait même renouvelées depuis la mort du duc François Ier. Le 22 juillet 4548, Henri II avait autorisé les régents de Lorraine à jouir des droits régaliens dans le Barrois-mouvant , tant que durerait la minorité de Charles III; mais, le 30 janvier suivant, le parlement de Paris avait ordonné que les régents produiraient les titres sur lesquels Antoine et son fils s'étaient appuyés pour user de ces droits. Christine et le prince Nicolas, comprenant qu'on voulait les amener à procéder devant le parlement pour tirer ensuite contr'eux avantage de cette démarche , avaient refusé de déposer les titres, et obtenu que les prétentions respectives seraient examinées par des commissaires. Ces derniers s'étaient assemblés, aux mois de juin et de juillet 4551 , dans la petite ville de Sainte-Menehould. Les commissaires français soutenaient que la souveraineté du Barrois-mouvant appartenait au roi , et que par conséquent les appels des jugements rendus par les juridictions ducales devaient être portés ou parlement de Paris. Les commissaires lorrains disaient , ou contraire, que la souveraineté n'avait pas cessé de résider dans la personne des comtes et ducs de Bar, et des ducs de Lorraine leurs successeurs; que, à la vérité, certains habitants du Barrois-mouvant avaient parfois interjeté appel devant le parlement de jugements prononcés par les tribunaux de leur pays, mais que Ion pouvait établir par une multitude de
(1) Mémoires de Thierriat cités par Chcvricr, ibid., p. 181 et 182.
pièces conservées aux archives de Bar, et remontant à la période comprise entre les années 1402 et 1555, que les ducs avaient souvent jugé en dernier ressort les procès de la Mouvance ; que beaucoup d'autres affaires avaient été terminées de la même manière par la cour des Grands- Jours de Saint- Mihiel, pendant les XIVe et XV* siècles, et particulièrement en 1585, 1584, 1591, 1596 et 1418; que les baillis de Bar et du Bassigny avaient toujours été appelés , comme les autres, aux sessions de la cour; que le règlement adopté par elle, le 2 mars 1450, pour la forme d'y procéder en cause d'appel, avait été adressé au bailli de Bar comme à celui de Saint- Mihiel, et qu'enfin divers actes, des années 1485, 1498 et 1552, prouvaient que les ducs René H et Antoine avaient continuellement déuié aux habitants du Barrois-mouvant la (acuité de porter les appels devant le parlement de Paris (1).
Les prétentions des deux parties étaient trop absolues pour que les conféreuces eussent un résultat satisfaisant. On laissa les choses dans I état où elles se trouvaient, et, modérant le zèle des baillis de Sens et de Chaumont, qui voulaient lever des contributions sur le Barrois-mouvant, Henri II consentit à ce que la décision du litige fût ajournée. François II, qui désirait mettre fin à ces contestations, proposa à Charles III d'ouvrir de nouvelles conférences ; le duc y donna son assentiment; mais on ne commença à traiter l'affaire qu'en 1565, sous le règne de Charles IX. Les délégués de ce prince reproduisirent les demandes faites autrefois par Henri H , et les commissaires lorrains y opposèrent les mêmes réponses ; ils déclarèrent cependant que, si le roi promettait de laisser porter directement les appels devant le parlement, sans obliger de plaider d'abord devant le bailliage de Sens, comme l'entendaient quelques-uns de ses officiers , Charles III ne ferait plus aucune difficulté au sujet des juridictions. Les
(1) V. Rogévillc, ibid., t. 1, p. 376 et 377.
commissaires français prirent acte de la concession, et l'affaire traîna encore durant plusieurs années (1).
En 1569, le roi, qui, selon Chevrier, ne pouvait pardonner au duc de Lorraine d'avoir voulu rester neutre pendant les premières guerres de religion (2) , souleva de nouveau la question des régales du Barrois, et le duc de Lorraine chargea le chef de son conseil, Pierre du Châtelet, évéque de Toul ; Jean d'Anglure , grand-maître de l'hôtel ; Thierry Alix , président de la chambre des comptes ; Biaise l'Escuyer, lieutenant au bailliage de Saint-Mihiel , et Jacques Bournoo, procureur-général au bailliage de Clermont , de se rendre à Paris pour y défendre ses intérêts. Les conférences eurent lieu, en 1570, devant le roi, la reine-mère, les princes et quantité de seigneurs, de conseillers d'état et de membres du parlement. Les détails de ces pourparlers sont tellement fastidieux que Ton nous approuvera, sans doute, de les omettre (3), et de nous borner à transcrire quelques passages du concordat qu'enfantèrent d'aussi longues négociations. Le 25 janvier 1571, Charles IX , assisté de sa mère, des princes et de plusieurs gentilshommes , et le duc de Lorraine comparurent devant Martin Roussel et Claude Barreau, notaires au Châtelet, et firent la déclaration suivante : c Cest » à sçavoir que , pour pacifier et mettre fin à tous procès et » différends, tant meus qu'à mouvoir, à raison des... droits » de régale et souveraineté , ledicl Seigneur Roy a accordé et » octroyé, accorde et octroyé, pour luy et ses successeurs » Roys de France, audicl Sieur Duc de Lorraine et de Bar. > son beau-frère, que tant luy que tous ses descendans qui » tiendront les pièces cy -après déclaréez, soit inasles ou
(1) V. Calroct, Hist., t. II, col. 1356-1558.
(2) V. ibid., p. 192 et 193.
(3) Le procès- verbal des conférences, dressé par Jacques Bouruoo, a d'ailleurs été publié par M. H. Lepage dans le Recueil de documents sur l'histoire de Lorraine, t. I, p. 49-83.
• femelles, puissent jouir et user librement et paisiblement » de tous droits de régale et souveraineté cz terres du
• Bailliage de Bar, Prévostez de la Marche, Chastillon , » Conflans et Gondrecourt, lenuz et mou vans dudicl Seigneur
• Roy , et dont ledicl Sieur Duc luy en a fait la foy ci » hommage lige, fors toutesfois et excepté que, pour le regard » des sentences et jugemens donnez par le Bailly de Bar ou
> par le Bailly du Bassigny ez dictes terres mouvantes dudicl » Seigneur Roy, les appellations ressort iront immédiatement » en la Cour de Parlemeul de Paris, sinon que pour les » petites causes n'excédantes la somme dont les Juges » Présidiaux ont accoustumé de eonnoistre, lesquelles appel- » talions, soil dudicl Bailly de Bar, ou dudicl Bailly du
• Bassigny, en ce qui est mouvant dudicl Seigneur Roy,
• ressorliront au Bailliage et Siège Présidisl de Sens,
> nonobstant que celles qui provenoient ey-devanl de la » Prévoslé de Gondrecourt res son Usaient auparavant au....
• Bailliage de Chaumonl, dont la connoissanec et ressort luy
» est ostée et attribuée auxdicls Juges de Sens ; El
» moyennant les choses dessusdictes , sont tous lesdicts
> procès et différends, meus et à mouvoir, demeurez et » demeureront terminez et assoupis ; et à l'cntrctenement de » ce présent contract se sont lesdicts Seigneurs Roy et Duc
• volontairement condescenduz , et promis iceluy exécuter
• selon sa forme et teneur.... (t) »
Charles III s'imaginait qu'il allait enfin goûter quelque repos de ce côté, mais il avait compté sans l'esprit tracassier des ofliciers français. Les termes généraux du concordat de V67Î furent soumis à mille interprétations, lesquelles ôlaient toute sa valeur à l'espèce de concession faite par le roi , et le duc
(t) Le concorJat Je 1571 e»4 imprimé intégralement dans Calme! T lltsi., t. III, preut-, col. ccccixxvj-cecciuviij, et dans Rogeullc, ibiri., t. I, p. 73 74.
fut contraint de recourir, à diverses reprises, à Charles IX et à son successeur Henri III, qui, les 15 février 1573, b aoui 1575 et 3 mai 1578, signèrent des lettres- patentes desuoées à préciser les expressions du concordai (1).
Cette occasion ne fut pas la seule où la cour de France montra qu'elle conservait du ressentiment contre le duc de Lorraine. En 1580, François de Rosières, grand-archidiacre de Toul, publia un volume in folio intitulé : Slemmatum Lotharingie et Barri Ducum tomi septem, ab Jntenorr, Trojanarw* reliquiarum ad paludes Maeotidas rege , ad hœc w\w IllustrUsimi, Potentissimi et Serenissimi Caroli III, Ducv Lotharingiœ, tempora, et dans lequel on trouve la reproduction des fables qui couraient alors relativement à la généalogie de la maison de Lorraine, que Ton faisait descendre de Chirlemagne. En 1582, Henri III ordonna d'arrêter cet ecclésiastique et le fil interroger par deux commissaires : Jacques Viart, président à Metz, et Nicolas Brulart, conseiller m parlement de Paris. François de Rosières soutint inutilerocn; qu'il salait borné à copier des auteurs qui étaient entre les mains de tout le monde ; on renferma à la Bastille, et il n'obtint sa liberté qu'après une détention assez longue, et qu'après avoir, à genoux, demandé pardon au roi « d'avoir
» mal et calomnieusement escril plusieurs choses
» contre.... la vérité de l'histoire,.... prenant Dieu à tesmoin » qu'il avoil en cela failli plus par imprudence que par » malice > (2).
Le duc de Lorraine ne manifesta aucune colère an sujet des mauvais procédés des rois Charles IX et Henri III, et il viot
(1) V. ces lettres, dans Rogcviltc, ibid., p. 76-83. On peut consuli* aussi, relativement à toutes ces affaires, le volume du cartulaire des archives qui porte le titre suivant : France pour le$ régales du Barroit.
(2) L'interrogatoire de François de Rosières est imprimé dans CsJmf Hist., 2<»« ediuon, t. VH, col. lxxvij-xcvj. V. aussi col. xcvj-c. Oo o* dire à l'archidiacre qu'il avait mérité le dernier supplice.
même plus d'une fois i leur aide. En 1S<>8, Charles IX avait prié les bourgeois de Toul de se rendre cautions, à la foire de Francfort, pour dix mille écas qu'il devait aux relire» et aux lansquenets licenciés; les bourgeois y consentirent, mais comme leur caution ne fut pas admise , ou que Ion exigea de l'argent comptant, Charles III avança la somme promise par le roi (1). En 1573, il reçut avec magniûcence le duc d'Anjou, depuis Henri III , qui allait prendre possession du trône Je Pologne, ainsi que Catherine de Médicis et les seigneurs dont ce prince était accompagné (2). Enfin , dans le courant de Tannée 1576, il engagea les pierreries et les plus riches joyaux de sa couronne pour le service de Henri III, qui voulait payer les troupes étrangères sans lever de nouvelles impositions. African d'Haussonville , maréchal de Barrois, porta a Paris ces objets précieux , qui forent estimés cent douze mille écus; on obtint la somme, et le doc la laissa 8U roi pour deux années, sans demander aucun intérêt (3).
(1) V. Benoit, îlist. de Toul, p. 055.
(3) \\, dans le recueil de Chateauforl, t. I", f* 86 r> , un arrêté du 6 octobre 1573 qui défend u à tous le» sujets des prévôté* dp vendre aucun n gibier, ni poulaillcs , que le marchand boucher n'ait pris ce qui seroit » nécessaire pour la venue et réception du roi de Pologne «.
(3; V., au Trésor des charte», le Compte sixième rendu à la chamhre de* comptes de Lorraine, à Nancy, par le sieur Estironc de Poggio,.... trésorier et receveur-général des domaines de Son Altesse en France, pour les années 1590 et 1600; v. aussi Catmet. ifcd., I" édit . t. II. col. I."78.