SUITE DU RÈGNE DE CHARLES III
La neutralité que le duc de Lorraine observa, comme nous venons de le voir, pendant les premières guerres de religion, ne doit pas faire supposer qu'il regardait avec indifférence la lutte qui ensanglantait l'Europe. Il applaudissait aux efforts tentés pour rétablir la religion catholique dans les pays oà l'hérésie avait triomphé, et s'il ne réclama pas dans ces entreprises une part plus considérable, c'est qu'il en fut empêché par le peu d'élendue de la Lorraine , par le manque d'argent et par les dangers que notre pairie courait ellemême. On répandit toutefois, vers l'année 4578, le bruil que Charles III avait, de concert avec le duc de Guise et Don Juan d'Autriche , gouverneur des Pays-Bas , résolu de faire une descente en Ecosse, pour envahir ensuite l'Angleterre, délivrer Marie Sluart et détrôner Elisabelh. On ajoutait que Don Juan épouserait Marie, et que l'on marierait Jacques fils de cette princesse à une des filles de Charles III; on disait encore que, pour former le noyau de l'armée destinée à cette entreprise, on devait lever en Allemagne huit ou dix mille hommes , sous prétexte de renforcer les garnisons espagnoles qui occupaient plusieurs villes d'Afrique , et que le roi Phi-
lippe II prêterait une flotte pour transporter l'armée sur les côtes de la Grande-Bretagne (1).
Ces projets étaient probablement supposés, mais le moment approchait où Charles III allait se trouver contraint de se mêler des affaires de la France. On avait espéré pendant longtemps que Ton parviendrait à arrêter les progrés du calvinisme; néanmoins, la politique incertaine de Catherine et de ses fils avait tellement augmenté le mal, que Ton ne savait plus quel remède employer. Les princes de la maison de Guise considéraient avec douleur ce déplorable état de choses, et ils décidèrent de ne rien négliger pour conserver la suprématie au catholicisme dans le royaume de saint Louis. Ce n'est pas ici le lieu de rechercher si des motifs moins louables animèrent les princes lorrains, et si l'ambition de monter sur un trône qui devait bientôt devenir vacant eut de l'influence sur leur conduite; mais, quelque soit le jugement que l'on porte sur des hommes aussi recomroandables par leurs talents que par leurs vertus, on est forcé d'admettre que le désintéressement inspira d'abord le duc de Lorraine lorsqu'il donna son adhésion aux projets de ses parents ; et l'aide qu'il leur prêta fut d'autant plus généreux qu'en fournissant au duc de Guise les moyens de se faire reconnaître comme successeur de {lenri III , Charles contrariait les vues de Catherine de Médicis, qui avait, dit-on, formé le dessein de ménager la couronne de France aux enfants de sa fille Claude, épouse du duc de Lorraine.
On prétend que la première idée de la Ligue fut conçue, pendant la tenue du concile de Trente, par le cardinal de Lorraine, qui communiqua ses plans au pape Pie IV et au roi
(1) Papiers de Simancas, série B, liasse 44, n° 114, liasse 45, n° 46, et liasse 47, n° 47, cités par M. Mignet dans le Journal des savants, année 1844, p. 463-463.
d'Espagne. Le cardinal regardait son frère, François duc de Guise, comme naturellement appelé à diriger l'entreprise . et la mort de ce prince, assassiné par Poltrot, obligea de tout ajourner; ce fut seulement vers Tannée 1577 que Ton s'occupa sérieusement d'organiser entre les catholiques français une fédération, qui devait avoir pour résultat de préserver leur patrie d'une subversion complète. Henri duc de Guise fut l'âme de l'association qui s'étendit, avec une prodigieuse rapidité, dans la plupart des provinces du royaume. Les historiens ont signalé comme un des agents les plus actifs de ce prince l'avocat David, dont l'éloquence entraîna bien des personnes et des corporations sur lesquelles on n'avait pas cru pouvoir compter; mais ils auraient bien fait d'ajouter qu'il fut secondé fortement par un jésuite lorrain, le P. Claude-Gérard Mathieu, natif de Gugney. Cet homme infatigable se chargea de faire tous les voyages que demandait la réussite de l'affaire ; il se rendit même à Rome dans ce but et parvint à obtenir pour la Ligue l'approbation du pape Grégoire XIII (4).
Le roi avait d'abord, et pour détourner l'orage, consenti à signer lui-même l'engagement pris par les catholiques, mats au bout de quelque temps sa politique changea ; il favorisa de nouveau les Calvinistes, et les princes lorrains résolurent de prendre des mesures plus efficaces pour obliger Henri 01 à gouverner d'après leurs principes. En 1584, ils se réunirent à Nancy , sous prétexte de visiter Charles III leur parent, et, pour ne donner d'ombrage à personne, ils tinrent secrètement une conférence dans la maison de campagne du sieur de Bassompierre, laquelle était située dans un endroit assez désert, au milieu du vallon de Boudonville. On y compta , outre le duc de Lorraine et les agents du roi d'Espagne , les ducs de Guise, de Mayenne et de Nevers, le cardinal de Guise, le
(1) V. Calmct, Bibl. lorr., suppléai., col. 80 et 51.
baron de Senecey, Rosne, qui fut plus tard maréchal de France , Menneville , Mandreville et quelques autres gentilshommes. Le duc de Guise prit la parole, peignit sous les plus sombres couleurs la situation du royaume et déclara que , à son avis, il fallait se hâter d'employer les forces de l'association catholique pour remédier au mal. Tous les assistants applaudirent à ce discours, et on convint de se réunir une seconde fois, le 31 décembre, dans le château de Joinville. La plupart des personnes qui s'étaient trouvées à l'assemblée de Nancy vinrent à Joinville, et on y vit de plus les ducs d'Aumale et d'Elbeuf, Jean-Baptiste Taxis, envoyé de Philippe II , et François de Ronserolles , représentant du cardinal de Bourbon. Apres une mûre délibération , et considérant que le roi n'avait et n'aurait pas d'enfants, et que le roi de Navarre, premier prince du sang, faisait profession publique de l'hérésie, on se décida à signer un traité (4) composé de vingt-deux articles, et dans lequel il était dit qu'après la mort de Henri III on reconnaîtrait comme roi le cardinal de Bourbon ; que ce prince renouvellerait l'alliance avec l'Espagne, renoncerait à tout rapport avec les Turcs, interdirait en France l'exercice du calvinisme et ferait recevoir les canons et décrets du concile de Trente. Philippe II s'engageait personnellement à payer aux confédérés un subside de cinquante mille écus par mois, tant qu'ils seraient obligés de rester en armes pour obtenir ce qu'ils demandaient, et il promit , nous ne savons trop pourquoi , que le duc de Lorraine garantirait le versement d'une partie de la somme.
Les princes attendaient avant de dévoiler leurs projets qu'ils eussent touché le premier subside du roi d'Espagne ; mais, au mois de mars 1585, il se forma dans plusieurs lieux des rassemblements armés, et le cardinal de Bourbon publia
(1) Ce traité fut également signé, mais plus tard, par les ducs de Mercœur et de Nevers, qui ne se trouvèrent pat à l'assemblée de Joinville.
un manifeste dans lequel il prenait la qualité de premier prince du sang, donnait le titre de lieutenants-généraux de la Ligue aux ducs de Guise et de Lorraine, et faisait connaître les noms des souverains qui devaient prêter aide et secours aux catholiques français. Le duc de Guise s'était rendu à Chàlons, dans son gouvernement de Champagne, dés le 20 mars, et il y réunit une armée de six mille hommes, français, allemands et lorrains. Charles III se déclara alors ouvertement pour les confédérés, leur fournît deux cent mille écus, leur envoya un régiment d'infanterie , commandé par le sieur de Lénoncourt, bailli de Saint-Mihiel, et les encouragea fortement à exécuter le dessein qu'ils avaient conçu de se rendre maîtres des villes de Metz, Toul et Verdun (i). On ne perdit pas de temps en pourparlers, et le capitaine Saint-Paul enleva aussitôt le château de Wirabey, qui faisait partie du temporel de Verdun, et qui était occupé par une garnison française. Le sieur de Lieudieu, commandant à Verdun pour le roi, chargea le capitaine Gargas de reprendre Wirabey. Gargas y réussit, mais Guitaud, un des lieutenants du duc de Guise, et le sieur de Saintignon, bailli de Verdun, s'abouchèrent avec ce capitaine, qui consentit à se joindre aux Ligueurs, a la condition qu'on le maintiendrait dans le commandement. Lieudieu , effrayé de cette défection , tâcha de mettre Verdun à l'abri d'une surprise ; ce fut sans aucun succès ; le 17 avril, les Ligueurs se montrèrent à peu de distance des mors ; le lendemain, ils tirèrent « quelques canonades », et le jour suivant, Guitaud pénétra dans la ville à ('improviste, avec un petit nombre d'hommes déterminés, soit qu'il en eût trouvé les portes ouvertes, soit que les amis qu'il avait parmi les habitants lui en eussent livré une. Lieudieu, prévenu de l'événement, rassemble la garnison, convoque la milice bourgeoise et se dispose à repousser Guitaud , qui, trop faible
(1) V. Calmct,llist., t. II, col. t384-1588.
pour engager an combat dans les rues, s'est retranché dans une vaste maison. On allait en venir aux mains, lorsque Saintignon, que ses infirmités empêchaient de marcher, se fait porter sur une chaise au milieu de la place, et harangue les bourgeois avec tant d'à-propos qu'ils abandonnent le commandant ; les soldats les imitent pour la plupart, et Lieudicu est contraint de se réfugier dans son hôtel , où on l'assiège jusqu'à l'arrivée du duc de Guise, qui ordonne de le laisser partir librement. Celte conquête ne coûta que trois hommes aux Ligueurs : le capitaine Fléville et deux soldats ; un chanoine périt aussi au milieu du tumulte (1).
Le duc, après avoir conûé à Guitaud le gouvernement de Verdun, quitta celte ville et s'avança vers Toul, pendant que ses lieutenants entraient à Méziéres. Les chanoines lui remirent leurs forteresses de Void et de Vicherey, et, peu de jours après, Toul ût sa soumission. Les Ligueurs se trouvèrent ainsi maîtres de tous les pays arrosés par le cours supérieur de la Meuse et d une partie du bassin de la Moselle, et ils interceptèrent complètement les communications entre l'Allemagne et les provinces qui reconnaissaient encore l'autorité du roi. Celui-ci venait de charger Gaspard de Schomberg, comte de Nanteuil , de se rendre auprès de plusieurs princes allemands et de négocier l'envoi d'un secours considérable. Schomberg parvint à gagner Jametz, et le baron de Schélandre, qui commandait dans celle place, lui fournit une escorte fort inutile ; car tous les passages étaient si bien gardés, que l'envoyé français fut obligé de rétrograder et de s'arrêter à Briey. Le sieur de Lénoncourt, averti de celte circonstance, accourut à Briey, arrêta Schomberg, le conduisit à Verdun,
(1) V. Brief et véritable discours de la Guerre et Siège de la Ville et Chasleau de Jametz, le Sieur de Schélandre y commandant ; 1590, in 8°. Ce livret est l'ouvrage d'un protestant nommé Jean de Scoffier.
l'y retint pendant trois semaines et lui enjoignit ensuite de retourner vers le roi (4).
Le duc de Guise désirait ardemment réduire la cité de Metz, « elles Lorrains, dit Jean de Scoffier, avoient cette • affaire en grande recommandation, estimans bien qu'une si » puissante ville, et si avant dans leurs Pais, viendroit bien » à propos pour eslablir leur Roïaume d'Austrasie, qu'ils » avoient imaginé en leurs entendemcns ». Le duc d'Epernon, gouverneur des Trois-Evêchés , se trouvait en France, et ne pouvant ou ne voulant aller s'enfermer dans Metz, il y dépécha deux gentilshommes de confiance, qui parvinrent à y entrer le 22 mai. Ils expulsèrent sur-le-champ les capitaines dévoués à la Ligue ; néanmoins , le duc de Guise, qui avait concentré ses troupes autour de la petite ville d'Elain, et venait d'être renforcé par un corps de six raille reitres et lansquenets, se mit en route le 26 mai, dans la soirée, aGn de tenter un coup de main ; mais il apprit bientôt que ses intelligences étaient découvertes, et que la garnison et les bourgeois calvinistes se tenaient sur leurs gardes. Peu de jours après , les Ligueurs attaquèrent soixante-dix soldats d'élite que le duc d'Epernon avait envoyés, sous la conduite des sieurs de Montmas et de Romefort , pour augmenter la garnison de Metz , et les prisonniers prirent parti avec leurs vainqueurs (2).
Cette action fut, au reste, la dernière de la courte campagne de 4585. L'opinion publique se prononça avec tant de force en faveur de la Ligue, que Henri III, malgré la répugnance qu'il éprouvait, ne jugea pas prudent de prolonger sa résistance et signa, le 7 juillet, la convention de Nemours, où il était dit « qu'il seroit faict un édict perpétuel et irrévo- » cable par lequel tout exercice du calvinisme seroit défendu,
(t)V.ibid.
(S) V. ibid.
» et déclaré qu'il n'y auroit doresnavant dans le royaume » autre exercice de religion que de la caiholicque , aposto- > licque et romaine ». Le roi approuvait ce qui avait été fait par les princes , prélats , seigneurs, villes et communautés. Les gouverneurs généraux et particuliers , ainsi que les officiers royaux, étaient maintenus dans leurs charges, et les chefs de la Ligue obtenaient 4° une indemnité de cent vingtun mille six cent quarante-huit écus, 2° des places de sûreté, dans lesquelles ils pouvaient mettre des commandants et des garnisons de leur choix. Le duc de Guise eut Châlons-sur- Marne, Saint-Dizier, Toul et Verdun, et de plus il fut convenu que la citadelle de cette dernière ville, qui semblait menacer les bourgeois plutôt que l'ennemi, serait rasée, et que le roi donnerait cent mille écus pour en construire une autre. Quoique le duc de Lorraine eût pris bien peu de part à celte première démonstration, il ne laissa pas de figurer dans le traité ; il cautionna Henri , qui lui donna une compagnie de cinquante hommes d'armes et promit de solder dix gendarmes et quinze archers destinés à la garde de Charles 111 (1). Les lansquenets furent reconduits à la frontière et licenciés, mais le roi manifesta l'intention de garder à son service les reilres, pour les employer dans la guerre que l'on allait entreprendre contre les protestants ; malheureusement, il n'avait pas d'argent à leur donner, et les chefs de ces mercenaires : < les sieurs de Schomberg , feltrc-ma- » reschal, Charles comte de Mansfcld , Bassom pierre , Man- • desloc, Ottoplosto et autres », réclamaient impérieusement une somme de cent-vingt mille écus. Le duc de Lorraine vint de rechef au secours du roi et donna aux retires son cautionnement, dont ils voulurent bien se contenter (2).
(1) V., au Trésor des chartes, le Compte sixième rendu à la chambre des comptes de Lorraine, par le sieur Estienne de Poggio, pour les années 1599 et 1600; y. aussi Calmet, ibid., col. 1389 et 1390.
(2) V. Layette Etat» Généraux, Fiefs et Dénombrements, n" 21.
L'approche d'une lutte dangereuse engagea Charles III à redoubler de précautions pour mettre la Lorraine à l'abri de l'hérésie. Le \ 7 décembre \ 585, il prescrivit aux Calvinistes et aux Luthériens d'abjurer dans un délai de vingt jours et d'en apporter l'attestation, ou de quitter le pays immédiatement, avec défense d'y rentrer sous les peines les plus sévères. Us devaient vendre leurs biens dans les deux mois qui suivraient leur départ ; faute de quoi , ces biens seraient inventoriés et saisis par la justice, pour en être disposé par Son Altesse, selon son bon plaisir (t). Plusieurs lorrains prirent, à la suite de cette ordonnance, le parti de s'expatrier, mais ils ne tardèrent pas à s'en repentir et demandèrent l'autorisât ioa de revenir chez eux. Le duc, touché dé leurs sollicitations, permit de rentrer en Lorraine à tous ceux, • tant relaps » qu'autres » , qui auraient fait acte de soumission , et donna main-levée des biens saisis. En même temps, il renouvelle l'injonction de partir contre « ceux qui d'une malice , dureté 9 et désobéissance délibérée, demeurent obstinez en leur » hérésie, et ne sont retournez en l'Eglise, ny ont abjuré » leur erreur, suivant les ordonnances ». Le délai accorde précédemment pour disposer de ses biens meubles était réduit à quarante jours ; on défendait aux protestants de contracter aucune dette ; on leur accordait un délai de trois mois pour recouvrer leurs créances, « et quant à leurs maisons, terres, » héritages et autres choses sorlans nature d'immeubles, ilz » demeuroient saisis et régis par commissaires , les fruietz et » revenuz desquelz néanlmoins appartenoient au Duc et aux » Hauts-Justiciers » (2).
Il ne suffisait pas d'expulser les Calvinistes pour préserver la Lorraine de tout péril ; il fallait encore lever des troupes
(1) V. Rogéville, ibid., I. I, p. K70.
(2) Cette ordonnance, qui est datée du 22 mars 1587 et consent encore d'autres dispositions, est imprimée ibid., p. 870- S72.
nombreuse», afin de couvrir les frontières et d'envoyer des secours aux catholiques français. Les Etats-Généraux, qui avaient, au mois d'avril 4585, autorisé la perception d'un aide extraordinaire de deux écus au soleil sur chaque conduit (1), furent réunis une seconde fois, sur la fin de la même année, et votèrent pour six ans un aide de quatre francs barrois par conduit, lequel aide fut levé par les sieurs de Savigny et de Lénoncourt, députés des Etats, et par Nicolas Gennetaire, commis de Son Altesse (2).
Les princes lorrains, et Charles III en particulier, avaient en maintes fois à se plaindre du duc de Bouillon. Ce dernier, qui faisait profession du calvinisme, avait tenté de l'introduire dans l'évéché de Verdun et dans les contrées voisines ; et la ville de Sédan, capitale de sa principauté, était regardée, avec raison , comme un des boulevards de l'hérésie. On résolut en conséquence de faire, s'il était possible, la conquête de ce petit p*ays, et le soin d'exécuter la décision fut confié à Charles III. Le duc de Bouillon, se doutant de ce qui l'attendait, ne négligeait rien pour prévenir ou écarter le danger. Dès le mois de mai 1585, il avait augmenté les fortifications et la garnison de Jametz, qui était la clé de ses états du côté de la Lorraine, et il avait remis le commandement de la place à Robert de Thin , baron de Schélandre , officier trèsexpérimenté. Au mois de février suivant , un corps d'armée , formé de français et de lorrains, s'avança du côté de Mouzon, et s'empara, le 25, du bourg de Douzy (3). Encouragé par ce premier succès, Charles se disposa à marcher lui-même contre l'ennemi, et, le dernier jour de février, il prescrivit aux
(1) V. Layette EtaU-Gènèraux, il, n° 17.
(2) V.,àli bibl. de Nancy, le ma. n° 27 C, pièce 15.
(3) On publia, à cette occasion, un livret intitulé : L'histoire et le discours de la grande défaite des Iléréticques, et la prise de Douzy, exécutée par le capitaine S. Paul.
gentilshommes c de se tenir prêts en armes » (4); toutefois, sur la nouvelle que l'invasion projetée rencontrait des obstacles de plus d'un genre, il resta dans sa capitale, où il eut, ao mois d'avril, une conférence avec le duc de Guise. La guerre continuait sur la frontière. Les protestants se rendirent maîtres de Rocroy, dont le gouverneur fut tué, et firent des coursei dans la partie septentrionale du Barrois ; mais ils furent vigoureusement repoussés par le bailli de Saint-Mihiel. Le duc de Guise reprit Rocroy, le 24 décembre, chassa les Calvinistes de Raucourt et de Douzy, où ils étaient rentrés, et vint bloquer Sédan, au mois d'avril 1587. Le duc de Bouillon demanda alors une suspension d'armes, que son adversaire, préoccupé d'affaires beaucoup plus importantes, s'empressa de lui accorder, et qui fut prolongée jusqu'au mois de janvier 1588. La trêve était à peine conclue, que le duc de Bouilloo quitta Sédan pour aller joindre l'armée protestante qui s'assemblait en Alsace, avec l'intention d'entrer en France. Elle espérait rencontrer, dans la vallée de la Loire, entre Nevers et Orléans, le roi de Navarre, qui jusqu'alors avait soutenu lalutte avec succès dans la Guyenne et les provinces voisines.
Le corps qui sortit de Sédan, le 23 juin, se composait de quatre cents cavaliers et de sept à huit cents arquebusiers. 11 traversa le pays messin, où il commit des brigandages de toute espèce (2), entra en Alsace au mois de juillet et y trouva un rassemblement de protestants français, venus les uns de Genève, les autres de Montbéliard. On vit bientôt arriver les Allemands et les Suisses, et l'armée compta prés de trente mille hommes, selon le calcul de Jean de Scoffier, plutôt porté à diminuer qu'à exagérer les forces de ses coreligionnaires (3). Cependant d'autres écrivains n'évaluent cette
(1) V. le recueil de Reboucher, p. 371.
(2) V. Uist. de HeU, t. III, p. 124 et 125.
(3) V. Bricf et véritable discours etc.
armée qu'à vingt-cinq on vingt-six mille combattants (4). n y avait dix ou onze cornettes de cavaliers français; dix compagnies d'arquebusiers à cheval de la même nation; vingt neuf cornettes de reitrcs; cinquante-une enseignes de suisses, savoir seize de Berne, seize de Zurich, treize de Bàlc, six des Grisons ; cinq mille lansquenets armés de piques et portant des corselets, et quatre mille arquebusiers français divisés en trois régiments. Les protestants avaient de plus dix-neuf pièces de canon, train d'artillerie formidable pour l'époque. Quoique le duc de Bouillon fût regardé comme le lieutenant et le fondé de pouvoirs du roi de Navarre, il n'obtint pas le commandement de l'armée, et on investit heureusement de cette charge le baron de Dohna, seigneur allemand, homme incapable de diriger une armée aussi nombreuse, et qui ne connaissait aucunement le terrain sur lequel il allait porter la guerre (2).
La nouvelle de préparatifs aussi considérables avait répandu la terreur dans toute la Lorraine , et l'on ne supposait pas que le duc fût en état de tenir tète A l'orage. Il n'avait pas perdu un instant pour avertir Henri III de ce qui se passait', et le roi avait ordonné de rassembler, dans les environs de Sens, une armée composée de soixante-huit compagnies de cavalerie, dix mille hommes d'infanterie française, douze mille suisses et quatre mille allemands, avec douze pièces de canon. Il chargea, en même temps, le duc de Guise de réunir dans son gouvernement de Champagne une seconde armée, ou pour mieux dire un corps formé de quelques régiments d'infanterie et de vingtcinq compagnies de cavalerie. Le duc pouvait , avec ces
(1) V. AYertMsement sur le* Evénement notables à U Cour, dan* Ici Mémoire* de la Ligue, t. Il, p. 200. L'aoteur caltinittc de lopmcule intitulé : Armée de* Allemand* el Orage* en France, évalue l'année pro testante è trente-cinq mille homme* ; y. Métn. de la Ligue, ibid., p. 211.
ri) V. ibid.
forces, défendre les frontières de la Champagne ou opérer sa jonction avec Charles III. Ce dernier s'occupait activement de mettre la Lorraine à même de résister aux protestants. Il avait levé à la hâte huit régiments d'infanterie et dix-huit compagnies de cavalerie ; mais ces corps étaient peu nombreux, et on estime que, en y comprenant les troupes que le duc entretenait auparavant , l'armée lorraine proprement dite ne s'élevait qu'à sept mille hommes de pied et quinze cents chevaux (1). Comme Charles comprenait bien qu'il lui fallait une cavalerie plus redoutable, il chargea Georges Chrétien de Chàtenoy « de se transporter en Italie, à l'effet de traiter » avec tels capitaines qu'il trouveroil les plus propres » (2), et il s'arrangea avec le comte Charles de Mansfeld l'afné , qui promit de lui amener douze cents reitres, conduits par quatre capitaines et quatre cornettes (5); et avec un autre colonel allemand, lequel s'engagea à fournir mille reitres, à condition qu'il recevrait onze cents florins par mois, et que le duc payerait, également tous les mois, trois cents florins au liestenant-colonel et aux capitaines, quatre-vingt-cinq aux lieutenants, et quatorze à chaque cavalier (4). Charles avait demandé du secours au roi d'Espagne et à l'évéque de Liège. Celui-ci envoya peu de monde, mais Alexandre Farnèse, duc de Parme et gouverneur des Pays-Bas, prescrivit au marquis de Haurech de se rendre en Lorraine avec deux mille fantassins italiens, quatre cents lances wallones et six ou sept cents chevau-légers (5).
En même temps, le duc de Guise, jugeant que sa présence était beaucoup plus utile en Lorraine qu'en Champagne, joignit ses troupes à celles de son cousin. Les deux armées
(1) V. Avertissement sur les Evènemens notables, ibid., p. 208 et 209
(2) V. le registre des Leltrcs-Palentes pour l'année 1389, f» 331.
(3) V. Layette Etats-Généraux, II, n° 19.
(4) V. Rogéville, ibid., t. Il, p. 73.
(tf) V. Scoflîer, ibid.; Avertissement sur les Evènemens etc., p. 209.
réunies formèrent un lotal de prés de vingt mille hommes, et ces forces auraient suffi pour empêcher les protestants de franchir les Vosges. Malheureusement, elles ne se trouvèrent pas concentrées dans le moment favorable, et Charles fut obligé de faire divers détachements pour garder les places les plus importantes. Le comte de Salm fut posté à Baccarat avec un corps assez nombreux; un autre fut mis sous les ordres d'African d'Haussonville , colonel de l'infanterie lorraine, et des soldats furent disséminés à Sarrebourg, à Saint-Dié et ailleurs encore. Les chanoines de Saint-Dié, que la présence d'une petite garnison ne rassurait pas complètement, décidèrent que six ou sept des plus jeunes d'entr'eux visiteraient fréquemment les corps de garde et feraient des rondes sur les murailles, principalement pendant la nuit, afin de voir si les soldats et les bourgeois remplissaient leur devoir; et le chapitre, considérant qu'une surveillance pareille devait beaucoup fatiguer ceux qui l'exerçaient, les exempta de l'assistance au chœur, tant que le danger n'aurait pas disparu (1).
Le duc de Lorraine avait réservé le gros de son armée pour couvrir Saint-Nicolas-de-Port et Nancy , car on craignait que leur richesse ne tentât les prolestants. La vieille ville de Nancy était à l'abri d'un coup de main ; mais les trois faubourgs qui s'élevaient en dehors de ses murs n'avaient pas la moindre fortification , et comme Charles III mûrissait déjà le dessein, qu'il exécuta l'année suivante, de fonder une cité nouvelle, à côté de l'ancienne, il avait un notable intérêt à conserver les faubourgs Saint-Nicolas et Saint-Thiébaut, lesquels formaient plusieurs rues destinées à figurer dans la ville projetée. En conséquence , on traça une enceinte provisoire autour de ces deux faubourgs , et Ton y travailla avec tant d'ardèur qu'elle fut bientôt < en estât de défense contre la » plus grande armée et mieux arlillée qui l'eust pu assaillir >.
(1) V. Essai chronol. sur les mœurs, etc., par M. Richard, p. lii.
Les protestants entrèrent en Lorraine par la vallée de la Zorn , le 21 août , et marchèrent vers Phalsboorg , qui était occupé par African d'Haussonville. Celui-ci, trop faible pour engager une action , se replia sur Lorquin , après avoir détaché la compagnie du capitaine Des Poignantes pour renforcer la garnison de Blâmont, et envoyé le capitaine Jouvenot à Lunéville avec cent cinquante hommes. Maîtres de Phalsbourg, les ennemis se présentèrent devant Sarrebourg, dont le gouverneur eut la lâcheté de capituler à la première sommation. Ils se divisèrent ensuite en deux colonnes. L'une d'elles se dirigea vers Lorquin, à la poursuite du baron d'Haussonville, et atteignit, près de Saint-Quirin, un régiment d'infanterie qui formait l'arriére-garde. Les Lorrains ne purent éviter le combat, et, malgré la valeur et l'habileté de leur chef, Fouquet de la Routte, dont le nom se retrouvera prochainement sous notre plume, ils essuyèrent un échec, et on leur prit sept enseignes, qui furent portées à Strasbourg (1). Pendant ce temps , l'autre colonne s'était avancée jusqu'à Blâmont et avait essayé, le 50 août, d'enlever la ville par escalade; mais un jeune gentilhomme lorrain. Malhias Klopstein, qui y commandait, fit une si belle défense, que les protestants furent obligés de renoncer à leur projet, après avoir perdu deux cents hommes. Ils passèrent près de Lunéville , qu'ils n'attaquèrent pas , et gagnèrent le village de Damelevière, devant lequel le duc de Guise s'était posté avec une partie de ses troupes. On fut sur le point d'en venir aux mains; toutefois, le duc, qui aimait mieux harceler et fatiguer ses adversaires que d'engager une action dont le succès était douteux, se tint sur la défensive. Les ennemis s'éloignèrent, incendièrent l'abbaye de Belchamp, franchirent la Moselle à Bayon et rejoignirent près d'Haroué
(1) V. Averti», sur les Evénement, p. 209; Epitaptie de Fouquet de la Routte dans l'église de Marsal.
la colonne qui avait poursuivi le baron d'Haussonville, et qui Tenait de traverser la même rivière à Charmes ou dans les environs. Toute l'armée protestante suivit la ligne de collines séparant la vallée de la Moselle de celle du Madon et se logea à Pulligny et dans les villages voisins. Comme cette marche la rapprochait beaucoup de Saint-Nicolas et de Nancy, le duc de Guise, qui n'avait cessé de côtoyer l'ennemi pour l'empêcher de s'étendre dans la campagne et de se procurer aisément des vivres, le duc de Guise, disonsnous, se hâta de réunir ses troupes à celles de Charles III, et les deux princes se rendirent dans le bourg de Pont-Saint- Vincent, situé au confluent de la Moselle et du Madon, et d'où ils pouvaient, avec une égale facilité , se rapprocher de Nancy ou de Saint-Nicolas, dans le cas où l'ennemi aurait menacé l'une de ces deux villes (1). L'armée catholique se mit en bataille sur la rive gauche du Madon, au pied de la haute colline qui domine Ponl-Saint-Vincent (2). Son aile gauche s'appuyait à la Moselle et la droite s'étendait vers Bainville. Le moulin de ce village et celui de Pont-Saint- Vincent servaient comme d'épaulement aux deux extrémités de la ligne. Un corps assez considérable avait été laissé sur la rive droite de la Moselle, entre Chaligny et Messein, pour ôler aux protestants l'envie de traverser la rivière. Le 48 septembre, ces derniers, qui avaient campé à peu de distance, se montrèrent sur les éminences faisant face à la colline Sainte-Barbe, franchirent le Madon et chassèrent les détachements postés dans les deux moulins. L'action allait devenir générale, lorsque le duc de Guise, fidèle à sa prudente tac-
(1) V. Discovrs ample et très-véritable , contenant les plus mémorable» faitz aueoux en l'année mil cinq cens quatre-vingt et sept, tant en l'Armée commandée par Monsieur le Duc de Guyse , qu'en celle des Huguenot?, conduite par le Duc de Bouillon, enuoyé par vn gentil-homme François à la Royne d'Angleterre ; 1588, petit in 8°.
(2) La colline que surmonte l'ermitage Sainte-Barbe.
t. it. 16
tique, ordonna a l'armée de reculer pour occuper une position presque inexpugnable. La cavalerie se rangea en plusieurs lignes sur le plateau, et l'infanterie dans les vignobles qui tapissent la pente de la colKne. On n'avait d'abord vu sur le terrain que les Français et les Allemands; les Suisses parurent enfin, et les chefs de l'armée protestante assemblèrent un conseil de guerre afin de décider s'ils livreraient bataille. Le sieur de Guitry représenta avec chaleur que les confédérés ne rencontreraient jamais une occasion plus favorable pour vaincre leurs adversaires. On en était séparé , disait-il , par un simple fossé, que les éclaireurs avaient sauté sans peine ; la colline n'était pas d'un abord impossible ; l'on avait l'avantage du nombre ; l'armée' prolestante était « fraîche et » gaillarde » ; et si, comme tout le faisait espérer, on remportait la victoire, on serait maître de la campagne et délivré de cette nuée de cavaliers qui n'avaient cessé de côtoyer les colonnes et d'assommer les traineurs. L'opinion de Guitry était peut-être fort sage; « mais Ludovic Rumpf, marescbai » de camp des Reistres, lui fit entendre que s'il passoit le » fossé, il ne suivroit point et ne souffrirait que les siens » allassent à la charge, cependant que l'ennemi se roi t sur la
> montagne. Ce propos mis en avant, il ne se trouva » personne entre les Reistres qui contredisl à l'advis dudit » Rumpf, hors le colonel Clodt qui désiroil en venir aux » mains, remonstranl que si cette occasion se perdoit, il n y » avoit apparence de la pouvoir jamais recouvrer. Aussi la
> noblesse Françoise remoristroil qu'il esloit aisé et facile de » monter la montagne et de défiai rc l'ennemi, qui estott » (disait-elle) desjà demi en fuite ; que si on vouloit faire » devoir, ce jour là esloit la veille de la paix. Mais toutes çes ■ remonslrances ne servoienl de rien (\). »
(1) V. Scoffier, ibid. ; Année des Allemands et Orages en France, p. 212.
Les deux armées demeurèrent en présence Tune de l'autre le reste de la journée; les ducs de Guise et de Lorraine, avaient placé devant leur infanterie un certain nombre d'arquebusiers à cheval , qui tiraillèrent jusqu'au soir ; quand la nuit commença à tomber, les protestants traversèrent de nouveau le Madon , rejoignirent quatre mille suisses et quelques cornettes de retires , qui étaient restés sur la rive droite de cette rivière pour garder l'artillerie et les bagages , et ils allèrent ensemble camper sur le terrain qu'ils avaient occupé la nuit précédente. Les catholiques, de leur côté, quittèrent la colline Sainte Barbe, se retirèrent au delà de la Moselle et se logèrent dans les villages de Maron , Chaligny , Neuves- Maisons, Messein et Chavigny , laissant seulement dans le bourg de Pont-Saint-Vincent le sieur de la Châtre, maréchal de camp, avec sa compagnie d'hommes d'armes et cinq ou six cents arquebusiers (1).
Les confédérés restèrent encore trois ou quatre jours dans le voisinage. Les Allemands et les Suisses, ayant appris que les caves des villages de Maizières et de Vilerne étaient remplies de vin , y accoururent en foule et s'enivrèrent ; La Châtre, instruit de ce désordre , sortit secrètement de Pont- Saint-Vincent et surprit ces pillards ; les soldats français et lorrains « u'eurent pas grand peine à en tuer ce qu'ils vou- » lurent, à quoy ils ne s'espargnoient point, et en amenèrent » infinis prisonniers ; cela n'empescha pas (la friandise du vin » faisant oublier le mal survenu et le danger présent) que le » lendemain ils ne retournassent en plus grand nombre » (2).
Le retard que l'armée protestante mit à continuer son chemin doit, selon les apparences, être attribué aux divisions de ses chefs. < Les François (calvinistes) , rapporte un écri- > vain de la même secte, vouloient, à bon escient, faire la
(1) V. Discovrs impie et très- véritable etc. ; Scoflier, ibid.
(2) V. Diicovrs ample et très-véritable etc.
» guerre en Lorraine et disoient estre telle la volonté du Roy » de Navarre , aûn que ceux qui tant aisément allumoient la » guerre se ressentissent de la pesanteur de ce malheur, et » principalement le Duc de Lorraine, l'un des principaux
> chefs de la Ligue ». Les Allemands et les Suisses, « fost
> pour le voisinage ou autrement », préféraient traverser rapidement le duché pour pénétrer dans la Champagne. Leur avis l'emporta (1) , et Ton se remit en route (2). Le duc de Guise suivit sur-le-champ l'armée ennemie qui se dirigeait vers la Meuse, traversa Toul et Sorcy et harcela continuellement ses adversaires. Il était accompagné du marquis de Ponl-à-Mousson, Gis ainé de Charles III, et de toute la cavalerie lorraine.
Arrivés à la Fauche, les protestants Grent une nouvelle halte qui dura plusieurs jours. Ils venaient d'apprendre que le sieur de Chàlillon , qui cherchait à les rallier avec douze cenls arquebusiers et une cenlaine de chevaux , était cerné dans un village , près de la Molhe , par un corps de ligueurs bien supérieur en nombre. Le comte de la Marck , frère du duc de Bouillon, partit pour dégager Chàlillon et y réussit, en sorte que ce dernier put rejoindre l'armée (3). Elle fut encore renforcée, dans ce moment, par une compagnie de cavalerie, qui était partie de Jametz et avait parcouru le Barrois sans rencontrer d'obstacles (4) , par des gentilshommes français , et même , si nous ne nous trompons , par quelques lorrains. Comme la saison était déjà assez avancée, et que l'on pouvait craindre que le mauvais étal des routes et la crue
(1) tl était partagé par plusieurs calvinistes français , et La Noue fit parvenir à African d'Haussonville uue lettre dans laquelle il déclarait que, ne voulant pas combattre Charles III, il avait refusé de se joindre à l'armée qui allait traverser la Lorraine.
(2) V. Armée des Allemands et Orages en France, p. 212.
(3) V. ibid., p. 213; Scoflier, ibid.
(i) V. Scoflier, ibid.
des eaux De contrariassent la marche de l'infanterie, le duc de Bouillon fit des instances pour que Ton ajournât l'expédition projetée, et pour que les confédérés, au lieu d'envahir nn pays où ils allaient rencontrer une grande résistance, prissent le chemin de ses domaines. Il alléguait que l'armée, après s'y être refaite, serait plus en mesure de continuer la guerre, et il n'était pas fâché de trouver ce prétexte pour mettre sa principauté à l'abri d'une invasion, qu'il regardait comme inévitable. Mats les autres chefs répondirent que l'on s'était trop avancé pour reculer et pénétrèrent dans la province de Champagne (1).
La suite de l'expédition n'appartient pas è l'histoire de Lorraine, et il nous suflit de rappeler que les Allemands, battus dans les affaires de Vimori et d'Aulneau, et délaissés par les Suisses, qui avaient fait un accommodement séparé, prirent, dés le 24 novembre, le parti de retourner dans leur pays. Le b décembre , ils étaient près de Mâcon , toujours suivis par le duc de Guise, et, le 8, ils obtinrent une capitulation qui leur permettait de regagner la frontière par le plus court chemin. Leurs généraux, • jouans entre eux à la » fausse compagnie > , les abandonnèrent , et le duc de Bouillon se sauva dans la ville de Genève, où il mourut peu de jours après. Le départ des chefs fut le signal de la déroule complète des Allemands ; ils se divisèrent en plusieurs bandes, et chacune tâcha de se réfugier en Suisse le plustôt possible ; mais les paysans , qui savaient combien ces étrangers avaient commis de dévastations lors de leur venue, leur tendaient des embuscades et massacraient sans pitié ceux dont ils pouvaient s'emparer. D'un autre côté, le duc de Guise et le marquis de Pont-a-Moussoo>, avec la cavalerie lorraine, marchaient derrière les débris de l'armée protestante et ne lui laissaient le temps de s'arrêter nulle part. Quatre
(J) V. Année d« Allemand*, etc., p. 5M* et «13.
mille fugitifs à peine entrèrent en Suisse, et leur nombre eut encore été bien plus petit si le duc de Savoie ne les avait autorisés à passer dans la Bresse et le Bugey.
Quand la France fut complètement débarrassée de cette armée, dont les projets y avaient répandu une vive inquiétude, le marquis de Pont-à -Mousson et le duc de Guise se dirigèrent vers la Lorraine ; toutefois , comme Charles III n'avait pas beaucoup d'argent pour payer ses soldats, et que Ton n'était pas fâché de faire ressentir aux ennemis de la Lorraine quelques-uns des maux qu'elle avait endurés , les deux princes, après avoir fait occuper Ponl-de-Roide par quelques cavaliers, afin d'empêcher que Ton fût instruit de leur approche, menèrent leurs troupes dans le comté de Monlbéliard, qui avait fourni aux protestants un contingent considérable. Les lieux fortifiés se défendirent, mais les campagnes furent ravagées, et plus de cent villages ou hameaux dévorés par les flammes. Après cette expédition, les soldats disaient « que mesme les chats n'estoient pas échappez • de leurs mains » (i). Nous n'entreprendrons pas de faire l'apologie de pareils excès, et nous rappellerons seulement qu'ils furent commis moins par des lorrains que par des aventuriers, qui louaient alternativement leurs services aux deux partis , et que le marquis de Ponl-à-Mousson et le duc de Guise, « en laschant un peu la bride » à leurs soldats, eurent pour but de faire voir aux ennemis de la Lorraine
(1) V. Scoflier, ibid.; Discovrs ample et très-véritable etc. L'auteur calviniste d'un livret publié peu de temps après le pillage du comté de Montbéliard dit que les soldats enlevèrent le bétail et le mobilier et ajoote : Ce qu'ils ne pou voient emmener fut rendu inuUle ; cor, leurs forces ne correspondant pas à leur rapacité, ils furent contraints d'en laisser au " pais malgré eux ils meslèrent tout l'un parmi l'autre, le froment " avec l'avoine, l'orge avec les lentilles, les poids {tic) avec les vesces ; <• plusieurs y mettoient du sable et de la chaux ; d'autres faisoient leurs " excrémens (sauf révérence) dedans les las desdictes graines.... •»
que, s'ils voulaient éviter des représailles semblables, ils devaient respecter eux-mêmes les territoires qu'ils traversaient.
Certains écrivains ont prétendu qu'une bande de reltres, qui s'était séparée de bonne heure de l'armée protestante, s'était dirigée vers l'Allemagne en passant par le Barrois et le pays messin, et que, pour se venger du duc de Lorraine, elle avait commis nombre de dévastations. Ils ajoutent que, après le pillage du comté de Montbéiiard, le duc de (luise et le marquis de Pont-à-Uousson donnèrent la chasse à cette bande, et que leurs soldats firent encore bien du mal dans plusieurs endroits ; mais les ouvrages du temps ne mentionnent ni courses ni ravages, et il est à peu prés démontre que les écrivains dont nous parlons ont commis quelque méprise (1).
A l'époque où ces faits se seraient accomplis, la Lorraine était occupée ù relever les ruines que les protestants avaient laissées derrière eux. On était néanmoins bien heureux d avoir été débarrassé aussi facilement d'une armée formidable, et que l'on avait craint, un instant, de voir établir eo Lorraine le centre de ses opérations; et Charles III fit frapper une médaille destinée à rappeler le souvenir de la rencontre de Pont-Saint-Vincent. Cette médaille offre au droit la victoire portée sur un nuage, tenant d'une main une palme et de l'autre une couronne; au dessous le bourg dont il s'agit et un pool de trois arches défendu par deux tours, avec la légende ipsa mbi piiFTmi vnms ; au revers, l'écu de Lorraine timbré d'un heaume couronné et ayant pour cimier un aigle essorant, et dans le champ les écussons de Hongrie, Naples, Jérusalem, Aragon, Anjou, Bar, Gueldres, six croix de Lorraine et le millésime 1587 (2).
(1) V. Calitiet. lliat.. t. II, col 1396; H»l de Mctt, p 123.
(2) Le milieu me ne ie voit pas aor ta gravure de cette médaille donné* par Calmet, ihid., monnaie* et médaille*, n- MX.
Le duc de Guise, que Ton regardai!, et avec raison, comme le sauveur de la France, s'était hâté de donner avis au roi d'Espagne de ce qui venait d'arriver, et Philippe II l'avait encouragé à poursuivre l'exécution de ses desseins. Les princes lorrains ne se dissimulaient pas, du reste, qu'ils avaient encore de nombreux obstacles à surmonter. L'armée protestante était vaincue et presque détruite; mais on savait que le roi de France supportait impatiemment l'ascendant du duc de Guise ; qu'il avait donné, bien malgré lui, son assentiment à la Ligue ; qu'il négociait en secret avec le roi de Navarre, et que ses confidents l'engageaient à profiter de la première occasion favorable pour ressaisir toute son autorité et gouverner comme il l'entendrait. Les princes catholiques, voyant la nécessité de conjurer le péril, se réunirent à Nancy, dans les premiers jours de février 1588, et rédigèrent uo mémoire qu'ils adressèrent à Henri III. Ce mémoire, renfermant onze articles, devait obliger le roi à se déclarer définitivement ; si Henri consentait à accepter les propositions qui lui étaient faites, les chefs de la Ligue prenaient, de concert avec lui, les mesures nécessaires à la réalisation de leurs plans; si, au contraire, il rejetait ces propositions, on se croyait assez fort pour agir sans lui et même contre lui. On demandait au roi de se joindre plus ouvertement à la Sainte- Ligue; de faire publier les décrets du concile de Trente; d'établir une juridiction chargée de poursuivre les propagateurs de l'hérésie; de priver de leurs charges et offices le* personnes sur la fidélité et le dévouement desquelles s'élevaient des doutes bien fondés ; d'entretenir en Lorraine et dans les provinces frontières du royaume une armée destinée à prévenir une nouvelle invasion des Suisses et des Allemands ; et, pour subvenir aux dépenses qu'entraînerait l'adoption de ces mesures , de confisquer les biens des hérétiques et de leurs complices , et d'imposer une contribution plus ou moins forte sur les individus qui avaient professé le
calvinisme. Henri III s'empressa d'envoyer à Nancy M. de Belliévre , nn de ses hommes de confiance, afin de chercher quelque accommodement, ou pour mieux dire, dans le bu! d'amuser les princes catholiques, en attendant que Ton pût se débarrasser d'eux. Pendant ce temps, il introduisait des troupes dans les faubourgs de Paris, pour être en état de comprimer toute tentative d'insurrection, et, ayant appris que le duc de Guise se plaignait hautement de ces précautions et disait qu'on voulait le perdre, il lui fit intimer l'ordre de ne pas venir à Paris. Le duc, vivement presse par les catholiques, qui ne comprenaient rien à ses scrupules, partit de Nancy le 5 mai et entra dans la capitale, malgré la défense du monarque.
Peu après eut lieu la journée des barricades, qui rendit le duc maître de Paris et de plusieurs provinces. À la suite de celle affaire, Charles III se déclara ouvertement en faveur de ses parents (4). Sa prudence habituelle et l'incertitude du succès l'avaient empêché jusqu'alors de prendre parti d'une manière tout à fait tranchée; mais il ne crut pas que l'honneur lui permit de rester neutre plus longtemps, et il fut encore confirmé dans sa détermination par le commandeur Moreo, qui vint, de la part de Philippe II, le prier de se joindre aux princes catholiques et lui offrir un subside measuel de vingt-cinq mille écus (2).
On sait que la journée des barricades fut suivie de la convocation des Etats-Généraux dans la ville de Blois, et que le duc et le cardinal de Guise y furent assassinés par ordre de Henri III, le premier le 22 décembre 1588 , et le second le lendemain. L'événement fut connu à Paris dés le 23, dans la soirée, et leséchevins, s'étant réunis sur-le-champ, écrivirent
(1) Il envoya alors au duc de Guise un contingent de quatre .cents lance». V. la pièce citée dans la noie suivante.
(2) V., dans le cartulaire de la bibl. publ., p. 857-864, une note de Claude Bardin, voué de Condé, envoyé de Lorraine près du roi d'Espagne.
aux .différents membres de la maison de Lorraine pour les prévenir du coup qui venait de les frapper. La lettre adressé* à Charles III élait conçue en ces termes : « Monseigneur „ > vous entendrez par la despesche de M. d'Aomale le mal- • heureux acte commis en la personne de Monseigneur de » Guise, ainsi que nous l'avons appris par deux courriers » présentement arrivez. Cette nouvelle nous a resduits en » telle perplexité et affliction que nous ne vous en pouvons » rien représenter. Ce 24" décembre, à minuit, 4588. » Le 16 février suivant, les chefs de la Ligue organisèrent à Paris un gouvernement provisoire , que l'on appela Conseil-général de l'Union, et qui fut présidé par le duc de Mayenne. Les catholiques , bien que déconcertés uu instant par la mort do duc de Guise, n'en poursuivirent pas moins l'exécution de leurs desseins, et la guerre s'alluma dans une grande partie de la France.
Le duc de Lorraine n'avait pas attendu ce moment pour entrer en campagne. On avait décidé, dans rassemblée tenue à Nancy au mois de février 1588, que Charles III tâcherait de conquérir les états du duc de Bouillon , qui était mort à Genève, le 11 janvier précédent, après avoir institué son héritière universelle Charlotte de la Marck sa sœur, et avoir choisi pour exécuteur testamentaire le sieur de la Noue, gentilhomme français aussi habile que valeureux. Le doc de Lorraine avait jugé à propos de licencier la plupart de ses régiments , après la dissolution de l'armée allemande ; tontefois , comme on redoutait une nouvelle invasion des protestants, et que Ton se défiait de la sincérité du roi, il avait conservé quatre mille hommes d'infanterie et mille cavaliers; mais ces forces n'étaient pas suffisantes, et le doc fut obligé de lever d'autres soldats.
Dans le but de maintenir la tranquillité à l'intérieur pendant que les troupes lorraines porteraient la guerre au dehors , Charles prescrivit aux baillis et aux prévôts d'appli-
quer , avec rigueur , les dispositions d'une ordonnance , publiée le 4 janvier, et enjoignant de saisir les biens des
des protestants , el d'emprisonner les personnes qui prendraient les armes ou machineraient contre la Ligue (4). Il songea ensuite à trouver l'argent nécessaire pour conduire à bien l'entreprise dont nous parlons. Sur sa demande, le pape Sixte V lui permit de lever une décime sur les biens ecclésiastiques (2), et les Etats-Généraux, convoqués dans la ville de Nancy, au mois de mai, s'empressèrent d'accorder : 1° un aide extraordinaire de deux écus au soleil sur chaque conduit; 2° un million de francs barrois à payer par le clergé et la noblesse ; 3° le dixième des grains des gagnagt* appartenant aux deux premiers ordres; 4° trots gros par jour de terre « labourée de charrue el ensemencée », deux gros par jour de pré et un gros par jour de vigne ; 5° le dixième des rentes constituées , et 6* le dixième denier du profit des trafiquants (3).
Une portion des sommes énormes que produisirent ces diverses impositions fut remise au due de Guise pour les besoins généraux de la Ligue. Charles versa , le 6 mai , comme caution de Henri III, quatre-vingt-un mille six cents quarante-huit écus d'or, et, le 41 octobre suivant, quarante mille autres écus (4). Il fit encore parvenir au duc de Guise, bientôt après, une somme d'environ quatre-vingt mille écus, el, avec le reste des aides votés par les Etats, il soudoya des régiments étrangers et se procura les munRion> indispensables. Il devait être secondé par un corps de
JjiI partie de \\ collection de M- Norl. (2) V. le même recueil.
.">) V. UycUe Blotê GimtruHx, //, n* 20; Uyelte Staii-Gemeraux, ftefë tt DéwmbrrmenU) n° îï.
(i) V. UvHIe Eiatê Gcnrrm,*. /, n» 47 V. et drwus |t. £m.
troupes espagnoles, que le duc de Parme avait promis de diriger vers Sédan, et ce corps, qui était commandé par un général nommé Narvaez, parut,, en effet, dans les environs de Jametz. Il lança quelques boulets sur la place et reprit immédiatement (1) le chemin des Pays-Bas (2); mais, peu de jours après, Chrétien de Savigny, sieur de Rosne, entra dans la principauté de Bouillon, avec plusieurs régiments d'infanterie et sept ou huit cents chevaux. Il eovoyi un de ses lieutenants, sorte d'aventurier italien nommé Caralchini, ravager le territoire de Sédan, et celui-là, non conleot de remplir sa tâche en conscience, bloqua la ville si étroitement que La Noue, qui s'était mis en route pour venir prendre possession de sa charge, ne put réussir à tromper la vigilarwe des Lorrains et fut obligé de retourner sur ses pas et de s'arrêter à Verdun. Comme il avait des obligations partkolières à Charles III, qui avait répondu de lui lorsqu'il avait été rendu à la liberté, en \ 585, après avoir été cinq ans prisonnier des Espagnols, il jugea convenable de consacrer ses loisirs i la rédaction d'une espèce d'apologie, où il exposait les raison* pour lesquelles il allait combattre son bienfaiteur (3).
Chrétien de Savigny, ayant reçu des renforts, commença le siège de Jametz, place importante malgré le peu d'étendue de son enceinte, et qui menaçait, vers le nord-ouest, la frontière du Barrois-non-mouvant. Comme il craignait d'être troublé par les courses de la garnison de Sédan , il posta dans le bourg de Douzy, à deux lieues au sud-est de cette ville, quatre compagnies de cavalerie commandées par le baron d?
(1) Au moin* en partie.
(2) V. Scoffier, ibid.
(3) Cette apologie porte le titre suivant : Déclaration de Monsieur de b Noue, sur sa prise des armes , pour la iuste défense des Villes de Séu«i et Jametz, frontières du Royaume de France , et soubz ta protection d> sa Majesté ; Verdun, Mathurin Marchant, 1588, petit in 8° de 12 feuille* non chiffrés.
Saareximbourg(i); Antoine de Vize, « Gentilhomme François » et de moïens, fort ami de M, de Guise > ; le sieur de Tilly , et le capitaine Carlo, italien. Deux autres compagnies, sous les ordres des capitaines albanais Jean et Thomas, furent cantonnées à peu de distance, afin de pouvoir, au besoin, secourir les premières. Ces dispositions étaient très-bien entendoes, mais le baron de Saareximbourg, auquel obéissaient les autres capitaines, se garda assez mal , et le gouverneur de Sédan , le sieur de Neuil, « Gentilhomme notable, de valeur et expé- » rience », résolut de profiter de la négligence de ses adversaires pour les surprendre. Le 43 avril, à la nuit, il sortit de la ville , avec quatre cents arquebusiers et quatre-vingts cavaliers, attaqua les Lorrains, en tua plusieurs, mit les autres en fuite et leur enleva une pièce de canon (2).
Quelques jours après, African d'Haussonville fut chargé de remplacer Chrétien de Savigny, et prit, de concert avec le sieur de Lénoncourt, bailli de Saint-Mihiel , les mesures propres à accélérer les travaux du siège ; malheureusement, ces travaux furent extrêmement contrariés par des pluies torrentielles, qui transformèrent les alentours de Jametz en une espèce de lac. Le baron d'Haussonville avait établi son camp sur une hauteur, non loin de la route de Stenay, afin d'éviter les maladies produites par l'humidité et d'empêcher le gouverneur de Sédan de jeter des secours dans la place. Quand les eaux se furent retirées , les Lorrains recommencèrent leurs attaques et donnèrent un assaut. Ils furent -re-
(1) N'est-ce pas plutôt Sachsenberg ?
(2) Ce canon, qui était reste longtemps enfoui dans les constructions de la porte du Ménil, fut retrouvé en 1846, lors de la démolition de la porte, et déposé à l'hôtel de ville. V. le journal LUniven du 3 octobre 18ib\ Quoique l'échec des Lorrains ne fut pas problématique, on ne voulut pas l'avouer ; on le transforma même en victoire, et Pou donna de celle-ci une relation intitulée : Défaite du gouverneur de Séitan; Paris, 1588, peut in 8«.
poussés par Schélandre, qui avait conservé' le commandement, et le baron d'Hausson ville, voulant ménager la vie de ses soldats» convertit le siège en blocus.
La Noue était parvenu à conclure une trêve avec les capitaines français qui tenaient le parti de la Ligue, et occupaient les cantons de la Champagne les plus voisins de Sédan, en sorte que tout le poids de la guerre retomba, pendant quelque temps, sur le duc de Lorraine. Celui-ci, comprenant la nécessité de faire de nouveaux efforts, prit à sa solde un corps de trois mille lansquenets et confia h conduite du siège au sieur de Lénoncourt, qui traça autour de la ville une circonvallation complète , protégée par neuf forts qu'il garnit d'artillerie. A partir de ce moment, oa n'introduisit plus rien dans Jametz , et la famine commença à s'y faire sentir. Le manque de numéraire n'était pas moins dangereux, et Schélandre, pour y remédier, frappa une monnaie obsidionale, dont les exemplaires sont devenus extrêmement rares, mais dont on connaît cependant trois types différents, que nous nous abstiendrons de décrire (4). Lorsque ses ressources furent complètement épuisées , le gouverneur se retira dans la citadelle, et la ville capitula le 29 décembre 4588 (2). Aux termes de la capitulation, les habitants forent obligés d'abandonner leurs demeures et se réfugièrent les uns à Sédan , les autres à Homagne , a Damvillers , etc. Lénoncourt dirigea ensuite ses batteries contre la citadelle ; néanmoins, comme elle était fortifiée avec beaucoup de soin, elle opposa encore une vigoureuse résistance , et Schélandre ne se décida à livrer la place aux Lorrains que le 24 juillet 4589.
A celte époque , la guerre s'était allumée de toutes parts.
(1) V. Revue numismatique, innée 1836, p. 278 et et planche VU.
(2) On trouve dans la bibl. de M. l'abbé Marchai une copte de* u Articles réglez pour la reddition de JameU ».
Le capitaine Saint-Paul avait pénétré dans la Champagne et s'était emparé de Montfaucon ; cette place fut , il est vrai , reprise par les royalistes, mais le capitaine Soehet, auquel ils en avaient confié la défense, se déclara pour les Ligueurs (4).
Henri III, effrayé des défections dont il recevait , chaque jour, la nouvelle, résolut de faire quelques tentatives pour se réconcilier avec les princes lorrains. Au mois de juin, il pria Charles III de servir de médiateur entre lui et le duc de Mayenne, qui avait hérité de l'autorité du duc de Guise, et, afin de déterminer Charles à l'aider dans cette circonstance critique, il offrit de donner au marquis de Pont-à-Mousson le commandement des troupes étrangères à la solde de la France , ainsi que le gouvernement viager de Metz, Toul et Verdun, avec la promesse que, si le roi n'avait pas d'enfants mâles, ees trois villes et leurs dépendances seraient annexées au duché de Lorraine. Bien que les propositions de Henri dussent avoir pour résultat d'assurer à la maison de Lorraine une prépondérance irrésistible, le duc de Mayenne ne jugea pas à propos de les accepter, parce qu'il craignait probablement que le roi n'eût recours a quelque perfidie pour se dispenser de tenir sa parole, et les hostilités continuèrent.
Charles III, voyant qu'il n'y avait pas moyen de négocier une pacification qui lui aurait présenté de si grands avantages, redoubla d'efforts afin de venger la mort de ses parents , et d'empêcher l'hérésie d'asseoir sa domination en France sur les ruines du catholicisme. Les Etats-Généraux, réunis à Nancy au mois de février 1589, s'étaient associés aux vues du prince et lui avaient accordé, pour subvenir à l'entretien de ses troupes, un aide extraordinaire « de six deniers par franc m de toutes les marchandises qui se vendroient pendant une » année, sauf du sel en détail , des armes, chevaulx , asne»,
(I) V. La défaite des Huguenots en Qiampagne par le sieur de Saint- Paul; Paris, 1389, petit in 8-.
» mulets, légumes, fruicts des arbres, laitage, œufs, volailles, » agneaux , chevreaux , gibier , lard et verre en détail , » papier, parchemin, plumes, encre, écriloires el toute* » sortes de livres ». L'impôt, qui faisait à peu près le dixseptième du prix de la vente , fut élevé au dixième à l'égard des vins vendus au détail, et au même taux environ pour la viande de boucherie. Les Etats réglèrent, en outre, que les roturiers possédant une fortune immobilière de plus de six mille francs barrois verseraient le dixième de leurs revenus, et que chaque conduit, à l'exception des maisons nobles et franches, serait soumis à une cotisation hebdomadaire de deux gros (1).
Ces ressources ne suffisant pas encore, le duc contracta des emprunts considérables. Charles-Emmanuel comte de Tornielle lui prêta quarante-six mille cinq cents écus au soleil. Philippe de Croy el Diane de Dommartin, son épouse, lui fournirent cent-deux mille francs barrois. D'autres particuliers lui avancèrent également des sommes plus ou moi» fortes (2). Au mois de septembre, il chargea Georges Chrétien de Chàtcnoy , conseiller d'état, de se rendre auprès 6c Philippe U (5) pour essayer d'en obtenir quelque argent , car le subside que le commandeur Moreo avait promis, l'anus précédente, de la part du roi d'Espagne se payait très- in exactement. L'envoyé lorrain devait se plaindre du manque de parole de Philippe, représenter que le duc avait supporté, depuis prés de deux ans, des dépenses qui excédaient oV
(1) V. Layette Etats-Généraux , II, n° 21; R ogé ville , ibid., t. I. p. 597 et 598.
(2) V. Calmet, ibid., t. II, col. UU.
(3) Georges Chrétien de Chàtenoy avait déjà été chargé d une négociation auprès de Philippe U relativement à une somme que Charles 111 réclamait, comme provenant de la succession de sa «wir Dorothée dr Lorraine. V. le registre des Lettres-Patentes pour 1589, f» 53t.
beaucoup ses revenus , el demander que les subsides offerts en 4588 fussent soldés sans aucune réduction (4).
Charles III avait formé le projet d'organiser une armée assez nombreuse pour qu'il pût à la fois protéger ses frontières , réduire les villes voisines qui tenaient encore le parti du roi et expédier des renforts au duc de Mayenne. Àu mois d'août , on apprit que Henri III , qui faisait le siège de Paris, venait d'être assassiné, et que le roi de Navarre avait été reconnu comme successeur de ce prince par les Calvinistes , et par ceux des catholiques auxquels leur indifférence en matière de religion avait fait donner le nom de politiques. Cet événement , qui paraissait devoir être funeste aussi bien à la religion qu'à la maison de Lorraine, inspira à Charles les craintes les plus vives ; il prescrivit sur-le-champ à son Gis aîné de marcher vers Paris avec douze cents chevaux et trois mille hommes d'infanterie, et, pour remplacer les troupes dont Use privait de la sorte, il prit à son service plusieurs régiments de lansquenets. Il reçut heureusement quelques secours du duc de Parme, et quatre mille reitres levés pour le compte de la Ligue arrivèrent en Lorraine , vers la même époque , et y séjournèrent assez longtemps ; mais le duc fut obligé de les entretenir, et il lui en coûta plus de soixante mille écus (2).
Charles III n'avait pas attendu ce moment pour tenter de s'emparer de Toul el de Verdun. Une première attaque dirigée contre Toul, dans le mois de janvier 4589, avait complètement échoué. Les Ligueurs furent plus heureux une seconde fois, grâce à la défection d'une partie de la garnison, qui venait d'apprendre la mort de Henri. Ils investirent la ville le 42 août; les assiégés n'ayant fait qu'un simulacre de résistance, le duc leur accorda une capitulation avantageuse et
(1) V., dans le cartulaire de la bibliolh. publ., p. 8*1 et suiv., les instructions remises au sieur Chrétien de Chàtenoy.
(2) V. la même pièce.
confia le gouvernement de la place au sieur de Maillane (I). Les Lorrains se rendirent maîtres de Verdun plus facilement encore. L'évêque Nicolas Boucher était dévoué à la Ligue, et, dès le 7 février, il avait assemblé les trois ordres et leur avait fait prêter le serment suivant : « Nous jurons que nous demeurerons unis pour la conservation de nostre Saincte Foy et Religion Calholicque, Aposlolicquc et Romaine, et pour la défense de celte cité ; nous obligeant d'obéir à ceux qui seroai commis pour commander de prendre les armes en cas de besoin ». Ils annoncèrent ensuite au roi qu'ils observeraient la neutralité, puis ils déclarèrent qu'ils ne voulaient plus de garaison française ; puis eufln ils ouvrirent leurs portes au duc de Lorraine, à condition que ce dernier retirerait ses troupe aussitôt après la conclusion de la paix et ne commettra:: aucune usurpation sur les droits de l'empire, de l'évêque et de la bourgeoisie. Au mois de juin, le gouverneur français de Damvillers essaya d'entrer dans Verdun, mais il rétrognhla quand il sut que les habitants se tenaient sur leurs gardes. Le 27 août, Charles III visita cette ville, engagea les Verdunois à persévérer dans le parti de la Ligue, reçut leurs députés dans la capitale du Barrois, au mois d'octobre, écouta leurs • doléances et promit de leur envoyer une garnison assez farte pour donner la chasse aux soldats du roi de Navarre et de la duchesse de Bouillon, qui faisaient des courses dans les campagnes voisines de Verdun et interceptaient parfois les communications (2).
Le duc de Lorraine désirait ardemment voir la ville de Metz prendre le même parti ; néanmoins, et quoiqu'elle renfermât'un grand nombre de véritables catholiques, cette ville persévéra dans son attachement aux intérêts du roi. Effrayée par la crainte des châtiments que le duc d'Epernon menaçait
(1) V. Benoit, Hist. de Toul, p. 671 et 672.
(2) V. Roussel, Hist. de Verdun, p. *80-482, etpreu?., p. 68-70.
d'infliger à ceux qui se déclareraient pour la Ligue, peu rassurée sur les dispositions des messins faisant professsion des nouvelles doctrines, partagée entre sa haine pour les Lorrains et son éloignement pour l'hérésie, la bourgeoisie catholique fut obligée de céder, et même de payer d'énormes contributions pour subvenir aux frais d'une guerre qui lui était fatale, car si les troupes de Metz ravagèrent les frontières de notre pays, les Lorrains exercèrent souvent de terribles représailles.
Fouquet de la Routte , gouverneur de Marsal , dont nous avons parlé à propos du combat de Saint-Quirin , ne suivit pas l'exemple du duc d'Epernon et embrassa la cause de la Ligue. Quoiqu'il fût originaire du Dauphiné , il s'était définitivement fixé en Lorraine ; il y était seigneur des villages de Blainville-sur-l'Eau, Hénaménil et Crion, et Charles III l'avait décoré du titre de conseiller des guerres. Outre la garnison ordinaire, Fouquet commandait une compagnie de chevau-Iégers ou (far goulets, qui se mirent à battre les routes conduisant à Metz et enlevèrent quantité de marchandises de toute nature. Cette espèce de blocus déplaisait beaucoup aux Messins, qui résolurent de reprendre Marsal. Heureusement pour eux, il y avait dans la garnison de cette ville un caporal italien , appelé Antonio , qui reçut un jour quelques coups de bâton du sergent-major. Il s'en plaignit au gouverneur, qui ne fit que rire de cette correction. L'italien furieux jura de se venger et ne tarda pas à en trouver l'occasion. Fouquet avait chassé de Marsal un sergent, sur lequel il ne pouvait compter ; ce misérable se rendît à Metz et proposa à Roger de Comminges sieur de Soboles, qui commandait en l'absence du duc d'Epernon , de le mettre en rapport avec le caporal italien. L'offre fut agréée avec empressement, et bientôt ce sergent et le caporal Antonio parvinrent à gagner plusieurs hommes de la garnison, qui s'engagèrent à favoriser l'entrée des Messins dans la ville. Le 27
avril , Soboles se mit en marche avec environ doure eenu hommes. Des cavaliers, auxquels il avait fait prendre les devants, se postèrent auprès du pont et arrêtèrent les messagers que les mayeurs des villages avaient dépêchés pour faire connaître à Fouquet l'approche de ses ennemis. Le gouverneur n'avait aucun soupçon de ce qui se tramait contre lui ; il avait fait sortir sa compagnie de chcvau-légers et s'était contenté d'enjoindre aux soldats et aux bourgeois de se réunir au premier signal. Vers minuit, les Messins pénétrèrent dans Marsal , grâce à la connivence de qudques-cn^ des soldats qui occupaient le corps de garde. Après s'être emparés des postes, les Royalistes investirent le logement <k Fouquet. Celui-ci parvint à sortir de chez lui, maïs il fat arrêté un peu après et assassiné par le sergent qu'il avait expulsé et par un soldat nommé Forget. Le sergent-major périt également. On respecta les maisons des bourgeois, et, aprr? avoir enlevé toutes les armes et laissé à Marsal une bonne garnison, sous les ordres de son frère, Soboles reprit le chemin de Metz (4).
La perte de cette place importante causa un grand chagrin à Charles III, qui forma dès lors le projet de l'assiéger ; mai* la Lorraine était trop sérieusement menacée pour que l'entreprise fût exécutable. Le roi faisait faire en Allemagne des levées considérables, et le duc avait trop peu de troupes pour pouvoir à la fois commencer un siège, lequel devait être long et difficile, et repousser les bandes qui se préparaient à traverser notre pays. Le 21 avril , Charles publiait une ordonnance indiquant les précautions à adopter contre l'ennemi , et enjoignant aux paysans de se retirer avec leurs familles , leurs bestiaux et leurs denrées dans les lieux que l'on pouvait défendre ; le 4 juin, il écrivait aux baillis de préparer des vivres pour les troupes suisses, qui allaient combattre en
(i) V. Hist. de HeU} t. III, p. 127-131.
France ; le 7 du même mois , il prescrivait aux baillis de transporter les grains dans les villes et les châteaux ; le 3 juillet, il faisait lever trois gros par conduit, probablement sans l'autorisation des Etats, afin de presser les travaux des fortifications de Nancy, et, le lendemain, il jetait sur le comté de Vaudémont une contribution de trois mille francs barrois pour l'entretien de ses troupes (1).
Les alertes que la Lorraine ne cessa d'avoir pendant Tété de Tannée 4589 n'étaient pas dépourvues de motifs. Vers la fin d'août, le maréchal d'Aumont, qui gouvernait, pour le roi de Navarre, une partie de la Champagne, envahit le Barroismouvant, tenta de s'emparer de Bar-Ie-Duc par un coup de main, le 6 septembre, et commit bien des dévastations dans les environs de cette ville (2). Le maréchal n'attendit pas Charles III, qui s'avançait avec ses troupes ; mais le Barrois ne fut pas plustôt délivré , que le duc fut obligé de courir sur la frontière de l'Alsace, pour surveiller les mouvements d'une armée protestante que le sieur de Sancy avait levée pour le compte du roi, et dont Schélandre, l'ancien gouverneur de Jametz, devait prendre le commandement. Sans lui laisser le temps de pénétrer dans notre patrie, Charles III franchit luimême les montagnes, attaqua les Allemands et les dispersa. Les drapeaux, l'artillerie, les bagages et deux mille cinq cents prisonniers furent les trophées de cette victoire, qui rendit un peu de sécurité à la Lorraine (3).
(1) V. Recueil auth. des anc. ordonn. de Lorraine (publié par François de Neufchàtcau), 1r* partie , p. 33-35.
(2) V. les instructions données à Chrétien de Cbàtenoy ; Calmet , Notice, 1. 1, col. 85. V. aussi, à la bibliothèque publique de Nancy, l'inscription funéraire de deux jeunes gens, deux frères, qui .trouvèrent la mort dans le combat à la suite duquel les soldats du maréchal, déjà maîtres de la ville-haute, furent obligés de se retirer.
(3) V. Bref et véritable discours de l'heureuse victoire qu'il a plu à Dieu de donner a Mgr. le duc de Lorraine sur les reislres et lansquenets ennemis qui estoient advancez en la plaine de Strasbourg pour venir
De retour à Nancy, Charles III reçut une nouvelle affligeante : celle du combat d'Arqués , dans lequel le corps de cavalerie placé sous les ordres du marquis de Pont-à-Mousson avait été rompu et poussé dans un marais, où beaucoup de soldais périrent, sans que plusieurs escadrons qui se trouvai en i à portée fissent le moindre mouvement pour arrêter les Royalistes (4). Charles apprit, vers le même temps, que la mission dont il avait, au mois de septembre précédent, charge le sieur de Châtenoy n'avait pas été infructueuse, et que Philippe II avait fait remettre au négociateur une somme de cent mille écus à compte sur le subside promis par le commandeur Moreo (2).
Les premières semaines de l'année 1590 furent employées aux préparatifs de la campagne qui allait s'ouvrir ; mais oa observa que le duc semblait ne plus avoir la même ardeur. Les partisans de la maison de Lorraine, qui n'avaient rien né gligé pendant l'année 1589 pour ouvrir à cette famille l'accès du trône (3) , avaient rencontré beaucoup de répugnance chez un grand nombre de personnes, et on commençait à penser que, après la mort du vieux cardinal de Bourbon proclamé roi sous le nom de Charles X, la couronne ne passerait pas sans difficulté à un des princes lorrains. Charles III avait Soi par s'imaginer qu'il serait préféré à ses parents, et comme chef de la maison de Lorraine, et comme gendre de Henri II ; il
joindre les troupes du prince de Béarn; Paris, Guillaume Chaudière, 1589, petit in 8°. V. aussi une lettre de Henri IV (du 20 janvier 1590? an sieur de Fresnes, son envoyé en Angleterre, dans le Recueil des lettre* missives de Henri IV, t. III, p. 133 et 13i.
(1) V. Calract, Hist., t. Il, col. 1420.
(2) V., dans le cartulairc de la bibl., p. 8i9 et suiv., les instructif données, le 16 janvier 1591, à Claude Rardin, voué de Coudé.
(3) Ils avaient publié dans ce but plusieurs livrets fort curieux , entr'aulres le suivant : Origine, Généalogie et Démonstration de cosfc excellente et héroïque Maison de Lorraine et de Guise; Paris, Permet. 1389, petit in8o.
espérait au moins que, s'il était lui-même écarté du trône, son fils aîné, Henri marquis de Ponl-à- Mousson, pourrait recueillir l'héritage de son aïeul maternel. Mais quand le duc connut les divisions des princes de la maison de Guise et les prétentions rivales de Philippe II ; quand il vit avec quelle lenteur ce prince fournissait aux Ligueurs les secours qui leur étaient indispensables, il cessa de croire au succès définitif de la cause qu'il avait embrassée, et il ne continua plus la guerre que dans le but d'obtenir un dédommagement pour les pertes . essuyées par la Lorraine. Telle est, du moins, l'opinion de plusieurs écrivains, et si leurs accusations sont fondées, il faut reconnaître que, dans celte affaire, Charles ne fut pas uniquement animé par son zèle pour la religion, et qu'il ne resta pas sourd aux conseils d'une politique ambitieuse et imprévoyante. Ce qui peut encore donner un nouveau poids aux conjectures dont nous parlons, c'est que, dans le cours de l'année 1590, le duc fit diverses démarches pour marier un de ses fils à Charlotte de la Marck , duchesse de Bouillon , princesse protestante à laquelle les traditions de sa famille "n'auraient guère permis d'abjurer le calvinisme (1).
Quels que fussent désormais les projets de Charles III, il n'en fallait pas moins poursuivre la guerre commencée depuis deux ans, et on réunit les Etats-Généraux, au mois de février, pour leur demander des subsides. Le 6, ils octroyèrent : i°un franc barrois par chaque resal de blé moulu dans les villes , six gros par resal moulu dans les campagnes, cinq et quatre gros par resal d'orge moulu dans les villes ou dans les villages ; 2° deux gros par resal d'avoine vendu soit à la halle, soit ailleurs; 3° le dixième denier du vin et de la bière vendus à la feuillée; 4° un droit sur tous les bestiaux exportés, savoir : quatre francs pour un bœuf, trois pour une vache, dix-huit gros pour un porc gras, neuf pour un porc maigre,
(1) V. Calmct, ibid., cul. 1400.
et quatre pour une chèvre ou un bouc; 5° un droit de rioq pour cent sur les draps et toiles d'or et d'argent, sur les étoffes de laine et de soie venant de l'Etranger; 6° un droit de trob pour cent sur les toiles fabriquées en Lorraine et exportée? ; 7° enfin, un aide de trois francs par conduit (1).
Une partie des sommes qui furent perçues à la suite dt vote des Etats fut employée à la solde et à l'entretien des troupes, et une autre aux forliCcalions de quelques villes, particulièrement de Nancy et de la Mothe , dont Charles voulu: faire le boulevard de ses états du côté de la Boulogne (2). Gomme les premiers efforts de ce prince devaient être dirigé? contre les Messins, il publia, le 14 février, un édit « portant » ordre de ne mener vivres, marchandises , ni autres dro- » rées quelconques à Metz et Marsal, mesme de n'avoir aucui » commerce, intelligence, ni fréquentation avec les Bourgeois • et Sujets desdicts lieux, ni d'autres places ennemies de Son » Altesse > (3). Les hostilités étaient déjà commencées, malgré la rigueur de l'hiver. Le 27 janvier il y eut , près d*Ars-la-Quenexy, un combat qui coûta la vie au neveu àt Soboles ; et, le même jour , la garnison de Pont-à-Mousson saccagea le village de Lorry; le 40 février, les Messins sortirent de leur ville -pour secourir les capitaines Paul et Rcnaudin de Flavigny , qui étaient aux prises avec la gamisoB de Boulay. Les Lorrains battirent en retraite; mais le capitaine La Bastide , -qui commandait leurs adversaires, fut emporté par son cheval jusqu'aux barrières et fait prisonnier, après avoir été blessé mortellement d'un coup de mousquet Le 45, les Messins partirent de nouveau pour assiéger le château de Norroy-devanl-le-Ponl. Il fut pris d'assaut , ses
(1) V. RogériUc, ibid., t. I, p. !>98; Recueil de François de Neufcha leau, p. 36. C'est toujours à la première partie du recueil que se rappoi teut nos citations, quand nous n'avertissons pas du contraire.
(2) V. Calmct, Notice, t. I, col. 922.
(3) V. Recueil de François de Ncufch , p. 35.
défenseurs furent passes au fil de l'épéc , et les vainqueurs s'emparèrent des meubles que Ton avait mis dans l'église, comme dans un lieu de sûreté, démolirent le clocher, transportèrent les cloches à Metz et les donnèrent à l'église Sainte- Croix. Le 35, il y eut, près de Bouxières-sous-Froidmont , une rude escarmouche ; les Lorrains eurent le désavantage et furent obligés de se réfugier à Pont-à- Mousson. Les Messins enlevèrent ensuite les châteaux de Goin, de Louvigny et plusieurs autres, notamment celui de Sailly, dont ils massacrèrent la garnison , après lui avoir accordé une capitulation. Maîtres de ces différentes places, ils firent des courses jusqu'aux portes de Pont-à-Mousson, et même bien au delà , dans la direction de Nancy, et les Lorrains, de leur côté, ne ménagèrent pas le pays messin, en sorte que l'on n'entendait parler que de pillages et d'incendies. Le 24 mars, les Royalistes atteignirent à Moyenvic une bande qui revenait de piller les environs de Metz et la défirent complètement; le lendemain, ils allèrent assiéger le château de Bouconville, dont ils ne purent s'emparer, et, quelques jours après, ils firent éprouver un échec à la garnison de Sierck. Au mois d'avril, ils prirent Château- Salins et y laissèrent vingt hommes ; les Lorrains se présentèrent bientôt après devant cette ville, la canonnèrent et forcèrent les vingt soldats à capituler; mais le sieur de Chambley , chef des assiégeants , ayant voulu gagner Nomeny , fut attaqué par les Messins qui s'étaient mis en route pour secourir Château-Salins , et qui le battirent et le firent prisonnier.
Bien quë les pertes éprouvées par les Lorrains eussent été rachetées par divers avantages , Charles III comprit la nécessité de se mettre lui-même à la tète de ses troupes. Il tira de certaines villes une partie des garnisons qu'il y avait placées et marcha vers Metz , avec une armée assez nombreuse. Les châteaux de Mardigny cl de Louvigny furent emportés d'assaut, et les défenseurs de ce dernier pendus aux branches d'un
arbre. Comme les Messins se tenaient enfermés dans leurs murailles, le duc remonta la Seille et parât à l'improviste devant Marsal, dont il commença le siège. Par ses ordres, on lâcha les eaux de l'étang de Lindre ; bientôt après , les marais qui entourent Marsal, et le rendent presque imprenable , se desséchèrent assez pour que les approches devinssent praticables, et les boulets rouges que les Lorrains jetèrent dans la ville incendièrent la provision de bois de la saline, dont les assiégés se servaient en guise de fascines. Après vingt jours d'attaques, Soboles le jeune demanda à traiter, obtint l'autorisation de se retirer à Meiz avec sa garnison , qui était <f environ cinq cents hommes, et fut suivi par plusieurs bourgeois, que le duc avait condamnés au bannissement. Maître de Marsal, Charles III en répara soigneusement les fortifications et fit inhumer les restes de Fouquet de la Routte dans l'église collégiale, où l'on éleva, pour conserver la mémoire de ce brave officier, un monument qui subsiste encore.
Au mois de juillet, le duc et son fils atné , qui était revenu en Lorraine depuis quelques mois, s'approchèrent de Metz, où ils avaient entretenu des intelligences. Soboles avait même fait arrêter et décapiter , le 23 juin , un chanoine de la cathédrale appelé Desmeincs et un gentilhomme nommé D'Arlaise. qu'il accusait , peut-être à tort , d'avoir formé le projet de livrer la ville aux Ligueurs. Les Lorrains étant entrés sans résistance à Moulins , s'emparèrent du grand pont de pierre , sous lequel la Moselle coulait encore à cette époque , coopèrent les arbres des vergers, établirent autour du village une enceinte en terre soutenue par des poutres, et, se jugeant, avec raison, à l'abri d'une surprise, envoyèrent de tous côtés des détachements qui mirent les campagnes à contribution et enlevèrent les grains et les bestiaux des lieux ouverts. Au bout de quinze jours , les Lorrains s'éloignèrent , mais après avoir déclaré qu'ils reviendraient pour épargner aux Messins le soin de faire la moisson et la vendange, et ceux-ci furent
forcés de se tenir sous les armes jusqu'à l'automne, et vécurent dans des transes continuelles tant que les récoltes ne furent pas en sûreté (1).
Une semblable guerre était trop funeste aux deux partis pour se prolonger pendant longtemps. Sans parler de la destruction des récoltes sur pied , du pillage et de l'incendie de plusieurs villages et de nombreuses censés, les Lorrains et les Messins avaient beaucoup souffert dans quelques-unes des rencontres mentionnées plus haut ; quantité de prisonniers avaient été conduits soit à Nancy , soit à Metz , et on assure que les prisons de cette dernière ville n'avaient pas reçu moins de huit cents lorrains. La fatigue générale disposa les esprits à un accommodement, et, le 28 septembre, on convint d'une trêve, qui devait commencer le 1er octobre suivant et se prolonger jusqu'au Si décembre 1591 , c'est-àdire pendant un laps de quinze mois , que l'on jugeait suffisant pour amener une pacification générale (2). Les articles du traité ne sont pas venus jusqu'à nous , mais on peut supposer, sans crainte d'erreur, que chacun conserva ce qu'il avait pris , et qu'il y eut une simple suspension des hostilités. Le sieur de Soboles, qui était de fait gouverneur de Metz, parce que le duc d'Epernon demeurait en France , le sieur de Soboles , disons-nous , affectait presque les dehors de l'indépendance ; néanmoins , il crut nécessaire de prier le roi de Navarre de ratifier la trêve conclue avec Charles III, et Henri, désirant voir une partie des troupes de ce prince occupées dans son propre pays, n'approuva pas la conduite de Soboles et refusa la ratification demandée; toutefois, la paix était devenue tellement indispensable, que l'on ne tint aucun compte de ce refus, et que la tranquillité se rétablit d'ellemême sur la frontière du pays messin.
(1) V. H»t. de Meu, t. III, p. 135-141.
(2) V. Rec. de François de Neufch., p. 38.
Les seuls individus qui profitèrent de la rupture survenue entre Charles et ses voisins Turent les protestants de Metz. Comme le gouverneur avait besoin d'eux, il leur fil des concessions importantes et leur accorda la liberté de tenir leurs prêches dans la ville même, et de remplir les charges municipales et judiciaires , dont on les avait exclus auparavant. Ces droits ne furent reconnus aux Calvinistes qu'au mois de mai 1592, et, dès le 24 août suivant, l'esprit d'envahissement qui les animait se manifesta à l'occasion du renouvellement de la magistrature; car, bien qu'ils fussent en minorité, ils parvinrent à faire entrer huit des leurs dans le conseil des Treize (1).
La trêve signée par Charles III ne rétablit pas immédiatement la sécurité partout, et, le 25 novembre, le duc prescrivit aux baillis de faire transporter dans les villes « les vins, • grains et denrées du plat-pays > (2). La plupart des voisins de la Lorraine avaient pris parti contre elle , les uns par animosilé nationale , les autres par attachement pour l'hérésie. Sainte-Menehould, Châlons-sur-Marne, Langres et plusieurs autres villes de Champagne s'étaient déclarées pour le roi de Navarre, et leurs garnisons faisaient des courses continuelles dans le Barrois-mouvant. Les calvinistes qui tenaient Sédan et les diverses places du duché de Bouillon ne laissaient aucun repos à la partie septentrionale du Barrois et au temporel de Verdun ; enfin , nous pensons pouvoir rapporter au second sémestre de l'année 4590 le passage de deux corps de lansquenets , levés pour le service du roi de Navarre, et que Charles III ne réussit pas à repousser en Alsace. Le premier de ces deux corps, commandé par le baron de Rosslar, saccagea quelques villages et dévastait le temporel de Toul, lorsque le sieur de Deuilly , avec deux
(1) V. Hisl. de BIctz, ibid., p. m et ttf ; tfenrtsse, ibid., p.
(2) V. François de Ncufch., p. 38.
mille reltres, attaqua les Allemands à limprovistc et les contraignit à se jeter en Champagne. L'antre corps menaça la ville de Tonl elle-même ; les lansquenets s'étaient emparés des deux faubourgs et avaient essayé d'attacher le pétard à une des portes ; mais, renforcés par une compagnie que le duc leur envoya, animés par les exhortations du gouverneur et parles discours des ecclésiastiques, les bourgeois firent une si belle défense, que les assaillants abandonnèrent leur dessein et s'éloignèrent, après avoir pillé les faubourgs de la fille et les villages du Toulois (1).
Une des raisons qui empêchèrent Charles III de mettre obstacle au passage de ces deux bandes fut la nécessité où il se trouva d'envoyer en France une partie de son armée. Vers la fin de l'année 4589, et immédiatement après la victoire qu'il avait remportée sur les Allemands dans la plaine de Strasbourg, il avait détaché un corps de troupes asseï considérable, qui se rendit à Lyon, y prit le légat Cajetan et l'escorta jusqu'à Paris, où il arriva dans les premiers jours de janvier, après avoir traversé la Bourgogne. Au mois de juillet suivant, le duc de Lorraine chargea le comte de Chaligny, son cousin, de conduire au duc de Mayenne, qui ne cessait de demander du secours, sept compagnies de chevau-légers et quatre compagnies d'arquebusiers à cbç val ; enfin , au mois d'août, il expédia un contingent de quatre cents chevaux au duc de Parme, qui se proposait d'entrer en France (3).
Les levées d'hommes, et les expéditions militaires dont nous venons de tracer une esquisse, avaient occasionné des dépenses énormes, et, au mois de janvier 4591, le duc prescrivit au sieur Claude Bardin, voué de Condé, maître fies requêtes de l'hôtel, de partir pour l'Espagne, de représenter à Philippe II qu'il devait à Charles quatre cent quatre-vingl-
(!) V. Benoit, liai, de Tout, p. 672 el 673.
quinze mille écus sur les subsides qu'il lui avait promis, et de prier le roi d'accorder au duc pour l'avenir un subside mensuel de quarante mille écus , ajoutant que celte somme devait èire exactement payée. Ce fut seulement au mois de mai, à cause de la longueur du voyage, de la difficulté des communications ou d'autres circonstances, que le négociateur lorrain fut admis à présenter ses observations au roi d'Espagne.. Il insista sur les points indiqués dans l'instruction qui lui avait été remise, et déclara que son maître avait déjà dépensé < deux à trois millions d'or » pour soutenir la cause de l'Union ; que, malgré des sacrifices aussi disproportionnés avec ses revenus, il était disposé à faire de nouveaux efforts ; mais qu'il serait obligé de se détacher de ia Ligue, s'il n'obtenait pas les secours pécuniaires qu'il demandait, ou si le roi ne tenait pas mieux ses promesses (l).
Comme Charles connaissait par expérience les lenteurs de Philippe II, il jugea opportun de se procurer d'autres ressources et convoqua les Etals-Généraux pour le mois de mars. Les trois ordres, dociles aux conseils de la religion et du patriotisme, ne firent entendre aucun murmure, quand les délégués du prince leur représentèrent la nécessité de s'imposer encore. Les Etats accordèrent un aide extraordinaire de douze cent mille francs barrois, pour soudoyer, pendant un an, quatre mille hommes d'infanterie et six cents câvaliers (2) ; et, au mois de juillet suivant, on leva un aide sur le vin, sans que les Etats eussent donné leur assentiment à cette seeonde imposition (3).
Comme on s'attendait aux incursions de l'ennemi et même au passage de quelque armée allemande, le duc adressa, le 5 avril, une lettre circulaire aux baillis, pour leur recom-
(1) V., dans le cartulaire de ta bibl. publ.t p. 857 et suiv., les remontrances de Claude Bardin à Philippe II.
(2) V. Recueil de François de Neufch., p. 30.
(3) V. ibid.,p. 4U.
mander de prendre toates les précautions dictées par la prudence, et de fournir le nombre d'hommes et de charrois nécessaire aux travaux des places que l'on fortifiait (4). Le 40 mars précédent, il avait renouvelé, avec menace de confiscation et d'amendes arbitraires, l'injonction de transporter les denrées dans les villes fermées de murailles (2).
Il s'occupa ensuite du soin de réorganiser son armée , que la campagne précédente avait beaucoup affaiblie. Elle ne comptait plus, sans y comprendre, il est vrai, les troupes détachées en France, que six mille hommes d'infanterie et deux mille chevaux (5) ; mais, grâce aux levées que l'on fit en Lorraine et en Allemagne, elle ne tarda pas à se refaire, et pour le moment de l'ouverture de la campagne elle présentait un effectif considérable. La nécessité d'établir dans les dépenses un ordre parfait avait engagé le duc à retirer au trésorier-général l'administration des fonds destinés à l'armée, et comme les Etats avaient momentanément renoncé ù veiller sur l'emploi des sommes provenant des aides extraordinaires, Charles III avait nommé un trésorier des guerres, le 44 juillet 1589. Nos archives possèdent encore quelquesuns des registres de ce fonctionnaire ; on y trouve les détails à la fois les plus authentiques et les plus curieux sur la composition de l'armée lorraine , et c'est d'après le registre contenant les receltes et les dépenses faites depuis le 4" avril 4591 jusqu'au 50 juin 4592, que nous allons donner un aperçu de la situation de celte armée.
Elle comptait cinq régiments d'infanterie. Les quatre premiers, qui avaient chacun dix compagnies, étaient commandés par les colonels Orfeo Galeani, de Salin le puîné, d'Esne et Iomenes Galeani , qui sont appelés < anciens maistres de
(1) V. ibid., p. 39.
(2) V. ibid.
(3) V. les instructions données a Claude Bardin.
» camp » des régiments d'infanterie. Le cinquième, donl la force n'est pas indiquée, avait pour colonel « le sieur maislre » de camp Joseph Colli >. Charles III entretenait, en outre, deux régiments de lansquenets sous les ordres des colonels Hans-Ludolf de Schonaw et de Thieully (4). Le baron de Sprintzenstem était occupé à lever deux autres régiments de lansquenets, dont l'un devait avoir douze cents hommes; mais nous ignorons si ces deux corps vinrent jamais en Lorraine. Les troupes à cheval se composaient de grosse cavalerie ou gendarmerie, de cavalerie légère et d'arquebusiers, qui tenaient lieu de nos dragons. La grosse cavalerie présentait environ six cent dix lances, divisées en neuf compagnies, de force inégale, guidées par les sieurs de Saint- Georges , de Cirey, de Fontenay, de la Chagne, de Coorcelles, Lélk> Plessis, Sigismondo Sanli, Hugues et de Remenécourt. Ii y avait quatorze compagnies de cavalerie légère , dont une cuirassée. Elles obéissaient aux capitaines d'Haraucourt d'Acraigne, Nicolo Renesi, Thomas Luchise, Jean Goleme. Joseph Colli, Angelo-Maria Crespe, Jean-Baptiste Negri, d'Haussonville, de Cirey, de Romain, de Thilly, de Salin l'aîné, Dragina et Andréas Manessy. Ces quatorze compagnies, dont quelques-unes (deux au moins) étaient formées d'albanais, avaient chacune cent cavaliers. Les quinze compagnies d'arquebusiers à cheval ne comptaient pas plus de sept cent? cavaliers (2) ; elles étaient placées sous les ordres des capitaines La Bastide, de Montignon, François de Failly, Brichanleau, François Hurbal, Geronimo Gatto, Octavio Origon,
(1) Le régiment de Schonaw comptait dix-huit cents hommes ; celui de Thieully, qui avait seulement quatre compagnies, devait être moins nombreux.
(2) Il paraît qu'il y avait encore d'autres compagnies d'arquebusiers à cheval et de cavalerie , mais les renseignements que nous avons recueillis à leur égard ne sont pas assez précis pour trouver place dans notre ouvrage.
d'Haraucourt d'Acraigne , d'Ische, de Vrécourt, Philippe Humbert, de Uauteforge, de Montreuil et Sans-Peur.
Il faut ajouter à ces troupes 1° la garde ducale composée d'une compagnie d'arquebusiers à chef al , commandée par le fils de Fouquet de la Routte, et d'une compagnie de suisses; ¥ les trente-cinq archers du prévôt Thomas Brunesaulx , et vingt-huit arquebusiers à cheval servant d'escorte au sieur de Vélaucourt, capitaine de campagne, c'est-à-dire chef des éclaireurs; 5* un régiment d'infanterie de quinze enseignes , levé par le sieur de Marcosscy , maître de camp , et qui , sans doute, servait en France; 4° diverses compagnies détachées dans les chefs-lieux des bailliages; comme, par exemple, quarante lansquenets et une compagnie d'infanterie qui étaient logés a Vaudrevange et mis à la disposition du sieur d'Anccrville , bailli d'Allemagne; > les garnisons des villes fortifiées. Nous en citerons seulement quelques-unes : Nancy avait reçu cent hommes d'infanterie et vingt arquebusiers à cheval; la Mothe cent hommes; le sieur de Châtiant , capitaine de Rinel , avait une compagnie d'infanterie ; le sieur deGondrecourl, gouverneur de Marsal, dix-huit arquebusiers a cheval et cent-cinquante fantassins ; et le sieur de lléming, capitaine de Phalsbourg , un corps de trois cents lansquenets.
On voit, en jetant les yeux sur les listes d'officiers que nous venons de donner , que beaucoup de ces militaires étaient des étrangers, principalement des italiens, qui s'étaient mis au service du duc de Lorraine , avec des troupes d'aventuriers , soit de leur nation , soit de pays différents. Au nombre des ofliciers italiens qui combattaient dans les rangs de l'armée lorraine, figurait le colonel Orfeo Galcani, que nous connaissons sous le nom d'Orphée de Galéan, et auquel on a longtemps attribué les plans des fortifications de Nancy. Sans parler des lansquenets, Charles III avait pris à sa solde quantité de soldats allemands , notamment des canonnière. Enfin, comme ses états ne présentaient pas les ressources convena-
bles pour la remonte de la cavalerie, il avait fait acheter des chevaux à Strasbourg, à Rastadt et dans plusieurs autres lieai.
Ces préparatifs n'étaient pas inutiles, et la guerre paraissait devoir être poussée avec plus de vigueur en 1591 que les années précédentes. Le roi de Navarre, ayant reçu une grosse somme d'argent d'Elisabeth, reine d'Angleterre, avait prescrit à Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, seigneur plein de hardiesse et d'habileté , et qui fut nommé maréchal de France, l'année suivante , de se rendre en Allemagne, <Ty lever une armée composée de retires et de lansquenets , et devenir le rejoindre , en passant à travers la Lorraine.
La nécessité de tenir ses soldats réunis, pour déjouer, s'il était possible, les projets du vicomte, empêcha le duc d envahir le pays de Bouillon, comme il en avait formé le dessein Sur ces entrefaites, des troupes françaises, commandées pa: le duc de Nevers et par le maréchal d'Aumont, menacerai le Barrois-mouvant , et, pendant que Charles était obligé àt détacher une partie de ses forces pour faire face à ces no«h veaux ennemis , le duc d'Epernou s'avançait du côté de Mej avec une petite armée, malgré la trêve que les Lomios avaient conclue avec le sieur de Soboles (1).
Dans le courant de l'été, le danger parut si pressant, que Charles III , ne s'en rapportant pas aveuglément à ses officiers, voulut se mettre lui-même à la tête de son armée, et confia les fonctions de lieutenant-général au cardinal de Lorraine , son fils , qui administra avec beaucoup de sagesse et de prudence pendant plusieurs mois (2).
(<) V. Calmct, Ilist. , t. II, col. 1408, H26 et H27.
(2) V., à la bibl. publ., dans un recueil ms., non coté, contenue' beaucoup de pièces relatives aux Etats-Généraux, un mandement Ai cardinal u aux commis aux coffres de l'irapost w ; et dans le rccuejî <k Chàteaufort, t. 1, P* 153 r° (bibl. de M. Beaupré), une u ordonnance m n bailli d'Epinal pour l'assurance des places, rechercher les sujets propr» •i à la guerre, battre les grains, et envoyer ouvriers pour les fortilicatieo» n de Nancy • .
Dans l'automne, on vit arriver en Lorraine quatre mille suisses levés par ordre du duc de Mayenne, et un corps de troupes italiennes que le pape Grégoire XIV envoyait au secours des Ligueurs, et qui était commandé par son neveu, le duc de Monte-Marciano. Ce dernier, au lieu de se diriger immédiatement vers Paris , s'était amusé à guerroyer en Dauphiné contre les généraux du roi de Navarre et y avait perdu beaucoup de monde , en sorte qu'il n'avait plus que deux mille hommes d'infanterie et douze cents chevaux , lorsque, après avoir traversé la Franche-Comté, il mit le pied sur le territoire lorrain. C'était néanmoins un précieux renfort, et le duc de Mayenne jugea à propos de venir au devant du duc de Monte-Marciano et des Suisses, qui s'étaient logés dans les environs de Verdun. Charles III s'était également rendu dans cette ville et y conférait avec le duc de Mayenne sur leurs intérêts communs, quand on apprit que le roi de Navarre avait laissé la plus grande partie de son armée dans les plaines de la Picardie et s'avançait à la téte de sa cavalerie, pour opérer sa jonction avec les troupes allemandes qu'amenait le vicomte de Turenne. Celui-ci , n'ayant devant lui que de faibles obstacles, traversa le bailliage d'Allemagne, passa à une demi-lieue de Pont-à-Mousson, assiégea prés de cette ville un château où il rencontra quelque résistance, le prit par capitulation et néanmoins Ût massacrer les soldats qui l'avaient défendu , et un étudiant de l'université qui se trouvait avec eux (i). Turenne ayant rejoint le roi de Navarre avec seize mille hommes, les deux armées vinrent camper devant la ville de Verdun, sous les murs de laquelle les ducs de Lorraine , de Mayenne et de Monte-Marciano avaient établi leur camp. Il y eut des escarmouches assez vives, dans l'une desquelles fut blessé le jeune baron d'Haussonville, fils du gouverneur de Verdun. Il allait même
(1) V. Abram, Hist. univers, mumipontanx.
tomber entre les mains de l'ennemi , lorsque le capitaine de Salin Taîné fit une sortie, à la tète de sa compagnie de chevau-Iégers , et parvint à dégager le baron ; mais les Lorrains furent contraints de battre en retraite, et Salin toimême se vit séparé de ses soldats et ne put regagner la porte. Profitant alors habilement du désordre de ses adversaires, il se mêla parmi eux, n'en fut pas reconnu et réussit à rentrer le soir dans ta ville (1).
Les historiens français disent que le roi de Navarre n'ayani pu chasser les ennemis de leurs positions, ni les forcer à oie bataille, prit enfin le chemin de la Picardie. Les historiens lorrains soutiennent, au contraire, que le duc Charles offrit le combat au roi , qui le refusa et décampa peu de jour* après ("2). Il est bien difficile de démêler la vérité au miiies de ces assertions contradictoires, mais on ne risque guère de se tromper en admettant que les deux partis redoutaient, autant l'un 'que l'autre , une bataille dont la perte pouvait avoir des conséquences désastreuses , et que leur empressement guerrier était feint plutôt que réel.
Le roi, pour récompenser le vicomte de Turenne du service qu'il venait de lui rendre, et pour opposer à Charles Ifl un ennemi capable de lui tenir tête et de l'occuper dans ses états, fit épouser au vicomte Charlotte de la Mnrck, duebesse de Bouillon ; et Turenne , désirant prouver au roi qoe ses espérances étaient bien fondées, surprit, la première nuit de ses • noces, la ville de Stenay, qui appartenait au duc de Lorraine. Cet événement, quoique peu important par luimême, donna beaucoup d'inquiétude à Charles, qui résolut de ne rien négliger pour rentrer en possession de Stenay. Malheureusement, la trêve conclue avec les Messins venait
(1) Mémoires mss. du P. de Salin jésuite cites par Cafaet, ited., col. 1427.
(2) V. idem, ibid., col. 1428; Discours succinct du royage de sa Ithieslé en Lorraine ; 1591 , peut in 8°.
d'expirer, et les hostilités recommencèrent, mais sans animosité, et se prolongèrent presque jusqu'à la fin de Tannée 1594 (1). D'un autre côté, le duc, ne pouvant répondre par un refus aux pressantes demandes des Ligueurs, fut obligé d'envoyer en France un nouveau secours composé de deux compagnies d'arquebusiers à cheval et de sept compagnies de cavalerie légère , qui furent , sans doute , placées sous le commandement de François comte de Vaudémonl , second Ois de Charles III (2). Malgré ces diversions et au milieu d'une saison rigoureuse, ce deruier se mit en campagne pour reprendre Stcnay. Il attaqua d'abord Villefranche, petite place située à peu de distance , cl dont la garnison aurait pu incommoder les Lorrains pendant le siège. Après la reddition de Villefranche, le duc se présenta devant Stenay. Le baron de Comay, auquel Turenne en avait confié le gouvernement, fit une belle défense et repoussa les attaques des assiégeants; les pluies avaient tellement détrempé les terres, que les travaux de ceux-ci s'écroulèrent sur plusieurs points, et Charles fut contraiol de se retirer, âpre* avoir perdu beaucoup de soldats et un de ses principaux ofliciers, l'ancien bailli de Saini-Mihicl, Jean de Lénoncourt, qu'il avait nommé grand-veneur de Lorraine, et qui fut tué d'un coup de canon (3) .
Rebuté par la résistance qu'il rencontrait dans le duché de Bouillon, il tourna ses armes d'un autre côté, pénétra dans la Champagne cl bloqua Sainlc-Menehould. Ayant désiré reconnaître lui-même la ville, il s'avança si près des murailles, que ses gens le supplièrent de ne plus commettre une pareille imprudence; mais il leur répondit : « J'avais les » deux Salin avec moi ■» ; voulant faire entendre par là qu'il ne redoutait rien dans la compagnie de deux officiers aussi
(1) v. Ifet. de M-u, i. m. P Ul
(1) Ce jeune pi-toce était allé combattre en France, a|»re< le retour de ion frère aioé.
(3) V. Calmet, ibid., col. U08.
braves et aussi expérimentés (1). Quelque temps après, ii forma le dessein de surprendre la ville de Langres, où it entretenait probablement des intelligences, et, ayant réussi à dérober sa marche à la connaissance de l'ennemi, il arriva jusque sur le bord du fossé avec une troupe de deux mille hommes d'élite. Le capitaine Bri chameau, qui commandait une compagnie d'arquebusiers à cheval, descendit dans le fossé, le traversa, appliqua une échelle contre une des portes et essaya d'y attacher le pétard. Comme cette opération rencontrait quelque difficulté, de Salin le jeune, colonel d'un des régiments d'infanterie, s'élança sur la même échelle et engagea Brichanteau à mettre le feu au pétard, en lui déclarant qu'il allait se placer lui-même derrière cet artiGce, alin que le capitaine fût à l'abri de tout danger ; mais ces pour parlera attirèrent l'attention d'une sentinelle peu éloignée, qui donna aussitôt l'alarme, en sorte que le duc fut obligé de se retirer, avec beaucoup de précipitation, et revint à Nancy, après avoir laissé son armée au marquis de Poot-à- Mousson.
Celui-ci fut plus heureux que son père, et les Lorrains s'emparèrent successivement de Vassy, la Fauche, Montécbir et Coiffy. A l'attaque de cette dernière place, le colonel de Salin offrit témérairement de monter à l'assaut , bien que la brèche fût à peine praticable, et que les ingénieurs conseillassent d'attendre que le canon eût fait de nouvelles ruines. La hardiesse du colonel fut couronnée de succès, mais ti trouva la mort dans son triomphe et fut tué d'un coup de mousquet. Le marquis regretta vivement ce généreux officier, dont il appréciait la bravoure et la fidélité (2).
(1) Mém. du P. de Salin, ibid., col. 1409.
(2) Les frères De Salin, originaires de Bourgogne, ne s'étaient fixés en Lorraine que depuis Tannée 1580. V. Défaite des Huguenots de Cb»œ pagne par les troupes du duc de Lorraine ; Paris, Chandière ,1592, f*u in 8« ; Calmel, ibid., col. 1409.
La joie que ces événements avaient inspirée à Charles III fut bien tempérée par une défaite qu'un de ses généraux éprouva, vers la On de la campagne. Le maréchal de Barrois, African d'Anglure sieur d'Amblize, avait été chargé d'assiéger la ville de Mouzon , où le vicomte de Tu renne avait mis une garnison assez forte. Le maréchal conduisait, pour cette entreprise, le régiment d'infanterie du colonel d'Esne, le régiment de lansquenets de Schonaw, plusieurs compagnies de cavalerie et d'arquebusiers à cheval, et quelques pièces de canon. Sur ces entrefaites, le vicomte de Turennc, qui avait pris le titre de duc de Bouillon, et que nous appellerons de la sorte à l'avenir, traversa ses états *vec les débris de l'armée allemande qu'il avait amenée au roi de Navarre en 1591, et qui retournait au delà du Rhin. Ayant connu les projets du maréchal, il prescrivit à ses propres troupes de se rassembler dans la petite ville de Beaumont-en-Argonnc , d'où elles seraient en mesure d'inquiéter les Lorrains. D'Amblize, ajournant le siège de Mouzon, se présenta inopinément, le 12 octobre, devant Beau mont, où il n'y avait encore que peu de inonde. Ayant inutilement sommé le sieur de Monligny, gentilhomme picard, qui commandait dans la place, de lui en ouvrir les portes, le maréchal de Barrois ordonna de commencer les approches et de mettre son artillerie en batterie. Le lendemain, il fit jouer deux gros canons que l'on avait apportés de Villefranche pendant la nuit, et il se flattait d'ouvrir en peu d'heures une brèche assez large pour tenter an assaut ; mais le duc de Bouillon s'avança, le même jour, avec trois cents chevaux , introduisit des munitions dans la ville, annonça aux assiégés qu'il allait les délivrer et se logea dans le bourg de Raucourt. Le 14, il reparut avec quatre cents cavaliers et deux cents arquebusiers, au moment même où les Lorrains se préparaient à donner l'assaut. D'Amblize, laissant son infanterie devant la ville pour garder l'artillerie et les kigiges, marcha, avec huit cents chevaux ,
au devant de son adversaire. Le combat ne fut pas long ; te cavaliers lorrains, décimés par les décharges des arquebusier*, furent rejelés sur l'infanterie, qui, découragée par cet échec, attaquée d'un côté par les assiégés, et de l'autre par les soldats du duc de Bouillon, prit la fuite à son tour. Le maréchal d'Amblize et le colonel d'Esoe firent de vains efforts pour rallier leurs troupes. Le premier fut tué d'un coup dr pistolet; le second fut fait prisonnier, ainsi que divers capitaines ; sept cents lorrains restèrent sur le. cbamp de bataille, et quatre cents lansquenets du régiment de Schona-i mirent bas les armes et obtinrent la permission de relou nichez eux, sous la conduite de Nicolas de GranvilHers, sergent-major de ce régiment, à condition de ne pas servir per dant une année contre le roi, la ville de Strasbourg et le dit de Bouillon (1).
Celui-ci , quoiqu'il eût perdu un grand nombre de soldat et qu'il eût été blessé lui-même dans l'action, résolut de tirer parti de sa victoire. Dans les premiers jours de décembre , il fit reconnaître la petite ville de Dun par on de se» lieutenants nommé Noël Bicher. Ce dernier ayant rapport: que la place ne pouvait pas se défendre longtemps , et qw d'ailleurs le gouverneur se gardait assez mal, le duc partit dr Sédan, le 6 décembre, à trois heures après midi, avec le siew des Autels, d'autres gentilshommes et quelques troupes, ei après avoir envoyé aux garnisons de Sédan et de Stenay , qv revenaient de piller l'évéché de Verdun, l'ordre de se trouver à sept heures du soir, dans le village d'Inoi situé entre Stenay
(1) V. Défaite des Lorrains devant Beaumont, te 14 octobre 1391 par Monsieur le Maréchal de Bouillon ; 1592, petit in 8°. En Lorraine jugea nécessaire de dissimuler le rude échec que I on venait d'éprtMTer. et dans ce but on fit imprimer le livret suivant : Discovrs av v ray et rètf assevré de la défaicte des troupes et garnison de Sédan, Stenay et Saîndr Manehould, par Monseigneur d'Amblize, Marcschal du Barrob et *V l'armée de Son Altesse de Lorraine; Av Ponl-a-Movsson, par Estienu Marchant, 1892, petit in 8°.
et Mouzon. Il les y rejoignit, s'avança, à la faveur des ténèbres, jusqu'aux murailles de Dun, renversa la porte et la berse, au moyen du pétard, et pénétra dans la ville-haute. Les Lorrains, réveillés en sursaut, s'armèrent à la hâte, se défendirent avec valeur, tuèrent bien des gens à l'ennemi , mais furent obligés de capituler à la pointe du jour ; tandis que la garnison de la ville-basse y mettait le feu et se retirait, avant môme d'être attaquée (I).
La nouvelle de ce nouveau malheur trouva Charles III occupé à prendre les mesures qu'il jugeait nécessaires pour réparer le désastre de Beaumont. Les Etats-Généraux , convoqués au mois de juillet précédent, avaient accordé un aide extraordinaire de six francs par conduit dans les villes et bourgs (2) ; mais cette imposition parut insuffisante , et les trois ordres furent réunis une seconde fois, le 12 novembre, pour voler un autre subside. Ils décidèrent que, pendant l'année 1593, on percevrait, tous les mois,, une somme de trente francs sur chaque village , sans distinction de ceux qui appartenaient au domaine ducal, au clergé et aux gentilshommes ; que celte somme serait levée par les officiers du prince dans ses domaines, et par les officiers des vassaux dans leurs hautes-justices; que les villes et bourgs payeraient trois francs par conduit , et que les difficultés auxquelles donnerait lieu la perception de l'aide seraient jugées sommairement par les commissaires des deux premiers ordres , assistés de deux conseillers d'état (5). Le clergé, convaincu de la grandeur du péril que le catholicisme courait en France , ne s'était pas
(1) V. Bref discours de ce qui est advenu en la prise de la ville de Dun, sur le Duc de Lorraine , par le Duc de Bouillon , au commencement de Décembre 1392; 1393, petit in 8».
(2) V. Recueil de François de Neufeh. , p. 42.
(3) V. Layette Etatt-Généraux , //, n°» 22 et 33; Rogévillc, ibid. , t. I, p. 598. Les Etats réglèrent, en outre, que les personnes riches acquitteraient un impôt pour chaque domestique qu'elles auraient à leur service.
borné à faire les mêmes sacrifices que la noblesse et le tiers , et, dans Pété de 1592, il avait accordé au duc un don gratuit de cinq cent mille francs barrois à répartir sur huit années, â condition que le souverain-pontife approuverait cette mesure (4).
La session de novembre était à peine terminée, que Charles III signait un mandement pour faire marcher les nobles (2), et prescrivait de lever c un homme en état de » porter les armes par chaque vingt conduits » (3) ; et en même temps, pour reridre moins pénibles aux Lorrains, surtout aux laboureurs, les nombreuses charges qu'on leur imposait, il enjoignait aux baillis et aux prévôts d'exécuter, avec rigueur, une ordonnance qu'il avait publiée, le 29 septembre précédent, « contre les soldatz et gens de guerre » destroussant les voiageurs par les champs, et qui, ayant » prins chevaulx ou bestail en pasture ou ez logis de leurs » hostes, preignent d'eulx argent pour le réachapt » (4). Il avait, dans le même but, chargé le baron d'Haussonville de négocier avec le duc de Piney, délégué à cet effet par le roi de Navarre, une sorte de cartel destiné à prévenir la ruine de la Champagne, du Barrois, du Verdunois et du duché de Bouillon. Les deux partis s'engagèrent à respecter les laboureurs, viguerons, fermiers et marchands, ainsi que les ecclésiastiques, les officiers des eaux-el-forêts, les femmes, les filles et les enfants. Il fut convenu que l'on arrêterait seulement les individus portant les armes, et que l'on ne se permettrait pas la moindre insulte à l'égard des églises, des monastères et des lieux consacrés (5).
(1) V. Rogéville, ibid., p. 240.
(2) V. le recueil de Châteaufort, t. !, f° 221 r«. Le mandement est date du 27 novembre.
(3) Le 30 novembre ; v. Recueil de François de Neufch., p. 43.
(4) V. le recueil d'anc. ordonn. connu sous le nom de Code Guinet, r*123.
(5) V.Calmet, ibid., col. 1430.
On s'attendait généralement à voir le duc de Lorraine entrer de bonne heure en campagne, avec toutes ses forces, afin de tirer vengeance du duc de Bouillon ; et ce qui acheva d'accréditer cette rumeur fut un mandement que Charles adressa, le 9 mars 4593, aux gentilshommes lorrains et barrisiens pour les inviter à marcher, ou en cas d'empêchement à payer chacun une somme de trente écus d'or sol (1). Il avait, en effet, résolu d'assiéger les villes que le duc de Bouillon lui avait enlevées, et il investit d'abord Stenay, dont le gouverneur se défendit vigoureusement ; mais le sieur de la Cour, qui commandait le régiment d'Esne, en l'absence du colonel titulaire fait prisonnier au combat de Beau mont-, entreprit de se loger, en plein jour, dans le ravelin couvrant une des portes de la ville ; il réussit dans cette opération dangereuse, et le gouverneur, désespérant de tenir plus longtemps, demanda et obtint une capitulation. Dun suivit cet exemple ; et la reprise de ces deux places fut le dernier fait d'armes auquel la Ligue ait donné lieu dans notre pays (2). Au mois de mai, le roi de Navarre et Charles lit convinrent que le cartel ou la trêve dont nous avons parlé , et qui devait expirer le 30 juin, se prolongerait jusqu'au 1" juillet! 594 (3).
Si les hostilités languirent pendant l'année 4593, les négociations n'en furent que plus actives ; car on souhaitait ardemment la fin d'une lutte qui durait depuis plusieurs années, et dont rien ne pouvait encore faire prévoir l'issue. Les princes lorrains, après s'être pendant longtemps flattés de voir la couronne de France déférée à l'un d'entr'eux, commençaient à craindre que l'événement ne trompât leurs désirs, et ils s'assemblèrent, au mois d'avril, dans la ville de Reims,
(1) V. le recueil de ChMeaufort, t. I, f*> 229 r°.
(2) Y. Calmet, Notice, t. Il, col. 536.
(3) V. Recueil de François de Neufdi., p. U.
a6n de délibérer sur les mesures que les circonstances commandaient d'adopter. On sait que le duc de Lorraine fui présent aux conférences, mais on ignore quel rôle il y joua (I). Toute l'attention était absorbée par la prochaine ouverture
des Etats-Généraux , que Ton avait convoqués pour procéder à l'élection d'un roi. Ce n'est pas dans l'histoire d'un pays étranger alors à la France que l'on peut entrer dans beaucoup de détails relativement aux Etats de 4593, et il doit nous suffire de rappeler les faits qui se rattachent à notre sujet d'une manière plus directe. Au mois de mai, Charles III chargea le sieur de Bassompierre de se rendre à Paris , afin de veiller à ci que les droits de la branche aînée de Lorraine ne fussent pas oubliés dans les arrangements que l'on préparait, et ce négociateur habile parvint, presque immédiatement , à conquérir une influence qui allait lui devenir biea nécessaire. Il assista , dans l'hôtel du cardinal de Plaisance , légat du pape, aux conférences qui eurent lieu entre les délégués des Etats-Généraux, les princes lorrains et les ambassadeurs espagnols (2); et lorsque ceux-ci proposèrent de déférer la couronne au jeune duc de Guise, lequel aurait épousé l'infante d'Espagne , Bassompierre conseilla au duc de Mayenne , irrité de cette ouverture , de demander un délai de huit jours pour la communiquer au duc de Lorraine, chef naturel de sa maison (3). Quoique ce dernier eût laissé entendre , à diverses reprises , que la couronne de France devait revenir soit à lui-même , comme ainé de sa famille et descendant direct de Charlemagne ; soit à son fils Henri ,
(1) V. Lettre d 'Etienne Bernard maire de Dijon aux échevins de cette ville, dans la Bibliothèque de l'école des chartes, 3* série, 1. 1 , p. 50». Le duc de Lorraine entra à Reims le 28 avril, d'après les Mémoires de Jean Pussot , dont le manuscrit est conservé dans la bibliothèque de cette ville.
(2) V. Lettres d'Etienne Bernard , ibid., p. 513 et 516.
(3) V. Calmet, Ilist., t. Il, col. 1433.
comme représentant du roi Henri II, son aïeul; quoiqu'il eût adopté pour devise la phrase ambitieuse : Et adhuc spet durât avorum, il avait évité, avec la prudence qui le caractérisait, d'afficher hautement des prétentions destinées, sans doute , à être mal accueillies. On pensait même que ses vues étaient tournées d'un autre côté , et qu'il désirait seulement accroître par la guerre et par les traités le territoire de la Lorraine , aGn d'obtenir plus tard le titre de roi d'Auslrasie, que ses sujets lui accordaient déjà dans certaines circonstances (1). Mais il n'eut pas la sagesse de se taire autant qu'il l'aurait dû, et quand il vit les Etats-Généraux disposés à trancher l'importante question qui préoccupait depuis si longtemps les esprits, il fit remettre à Bassompierre une sorte de manifeste destiné à placer en évidence les droits que la branche afnée de la maison de Lorraine croyait avoir sur le trône de France. Quel usage l'envoyé lorrain fit-il de celle pièce ? On ne dit nulle part qu'il en ait donné lecture dans une séance des Etats ; on doit supposer par conséquent qu'il se contenta d'en distribuer des copies aux présidents de l'assemblée et aux membres les plus influents des trois ordres, et cette communication a laissé si peu de traces , que les historiens français ne la mentionnent même pas, bien qu'ils parlent tous des prétentions de Charles.
Quoiqu'il en soit , le manifeste , dû à la plume de Thierry Alix , sieur de Veroncourt et président de la chambre des comptes de Lorraine, est fort curieux, mais malheureusement beaucoup trop étendu pour trouver place dans notre ouvrage, et nous en donnerons seulement l'analyse , telle qu'on la ren-
(1) V. (dans Lionnois , Hist. de Nancy , t. I, p. lYpitaphe du sieur d'Arugotty, grand-chambellan de Charles III, épilaphe qui a figuré dans l'église des Cordelicrs jusqu'à la Révolution; Volcyr, Lhistoire et Recueil de la triumphanle et. glorieuse victoire etc., f°% v v° , Ixxix v° et Ixxx r°. V. aussi, dans le présent volume, p. 23 vers le milieu, un passage d'un autre écrit du n^rac auteur.
contre en téte de la copie du manifeste insérée dans le cartulaire de la bibliothèque de Nancy.
Après avoir fait observer < 1° que la Maison de Lorraine
> n'a jamais dégénéré, ni desvoyé de la vraye foy calho- » lique romaine », Charles III ajoute :
» 2° Qu'elle est issue en droite ligne du roy Pépin, et de » l'empereur Charlemagne, son fils ,
» 3° Et de Guillaume duc de Lorraine , frère de Godefroy » de Bouillon et de Baudouin , roys de Hiérusalem ; à raison » de quoy les ducs de Lorraine ont depuis adjoint à ce tiltre » ducal le royal de Hiérusalem ;
> 4° Que la Maison de Lorraine et celle de Bar, desquelles » il esloit issu , ont tousjours combattu contre les hérétiques » et les Turcs ;
» 5° Qu'il y avoit véritablement en France quelques princes » du sang et de la race de Hugues Capet, mais qu'ils estaient
> tous hérétiques, calvinistes ou portons les armes pour eux,
> et quasi tous enfans de princes hérétiques ;
» 6° Que les enfans des princes hérétiques , posé qu'iceux
> enfans se maintinssent catholiques, sont moins recevables » à la succession publique des couronnes que à l'hérédité » privée des terres propres paternelles, de laquelle lesdits » enfans sont excluds;
» 7° Que en l'eslection d'un roy l'on doit tenir pour » suspecte la religion, ou plustôt hypocrisie, des princes » issus d'une tige ou souche infectée d'hérésie;
» 8° Que la race de Lorraine est héréditairement saine,
> nette , impollue et immaculée d'aucune hérésie sans
> exception;
» 9° Que le même duc Charles devoit estre esleu roy
> parce qu'il estoit descendu directement de la seconde lignée » des roys de France,
» 10° Et, outre cela, héritier et successeur au duché de • Lorraine de Charles duc de Lorraine, frère puisné de
» Lolhaire roy de France; lequel Charles esloit le plus
> proche héritier en ligne masculine de Louys dernier roy,
> lors décédé sans enfans, fils dudit Lolhaire, auquel il de- » Yoil succéder à la couronne, laquelle lui fut levée et em-
> portée par la force;
» 11° Et que celte nouvelle entreprise ou promotion d'un » nouveau roy, cstranger de ladite famille royale mascu- » line, devoit estre pour le moins colorée et aucthorisée par » convocation publique et consentement des trois Estais du
• Royaume; ce qui fut toutesfois négligé et postposé à la » force des armes du roy Hugues Capet ;
» 42° Que les ducs de Lorraine et de Bar se sont sou- » vent alliez par mariage avec la Maison royale de » France;
» 43° Et ont secouru par armes les roy s de France ; » 44° Que les royaumes ne doivent estre perpétuez en » mesmc famille après cinq cens ans, lorsque Testât est sur le
• déclin et décadence, soit de la piété et religion, soit de la
> justice ou des subsides populaires;
» 15° Que le prince de Béarn (Henri IV) et tous les princes » de la Maison de Bourbon estoient esloignez jusques au » vingtième degré du roy Henri III, au lieu que les fils du » duc Charles luy estoient beaucoup plus proches, comme » estans ses nepveux de par leur mère ;
> 16° Et que si les femelles sont excluses par les masles en » la succession du royaume de France, cela se doit entendre » si elles sont en pareil degré, et non si les masles sont plus
> esloignez;
» 17° Que Ton 'devoit considérer la noblesse dudit duc » Charles, descendu de Charlemagne et d'autres roys de » France de la seconde lignée;
• 48° Que Paccession des duchez de Lorraine et de Bar et » autres seigneuries au royaume de France, par l'assomplion » du duc à la dignité royale, apporleroît un grand advantage
» el commodité à la France de l'extension des limites d'icelk » jusque» au Rhin, ou peu près ;
a 49° Que ledit duc cstoit allié par mariages avec plusieurs » princes souverains hors le royaume de France ;
» 20° Qu'il avoit plusieurs grands droicls de propriété en » diverses seigneuries et principautez dedans et dehors le » royaume ;
» 21° À sçavoir au duché de Gueldres et au comté de » Zutphen, » 22° Et au royaume de Sicile ;
• 23° Qu'il luy cstoit deub plusieurs grandes sommes de » deniers par les roys de France , pour cause de mariage ou » autrement;
» 24° Que le comté de Provence luy appartenoit ;
» 25° Et pareillement à luy, ou à ses entons, les comtes ài • Blois et de Soissons et la seigneurie de Coucy ;
» 26° Item, les duchez de Bourbonnois et d'Auvergne, le » comté de Foresls et la baronnie de Beaujolois ;
» 27° Le duché d'Anjou et le comté du Maine ;
• 28° Le comté de Valois ;
> 29° Le duché de Bretagne ;
» 30° Le comté de Montfort-l'Amaulry ;
» 31° Lescomtez de Champaigoe et Brie;
» 52° Le comté de Dreux ;
» 33° Le duché de Bourgongne ;
• 34° Les corniez d'Auxerre et de Nevers ;
» 35° Et les comtez d'Auvergne et de Lauraguaiz;
» 36° El que ce seroit assoupir plusieurs matières de débats » et questions, si on l'eslisoit roy de France, ou à son défaut » le marquis du Pont, son fils aisné (1). »
(1) V. le Cartulaire, p. 869 et suiv. Nous avons récemment donoé oik édition du manifeste dans le Recueil de documents sur l'histoire de Lorraine, t. I.
Cette longue exposition , dans laquelle Charles III mêlait assez imprudemment des réclamations désagréables pour les Français à des raisons qui étaient de nature à lui concilier leurs suffrages, cette exposition, disons-nous, ne parait avoir produit aucune impression sur les membres des Etats-Généraux, et la perspective flatteuse de reculer jusqu'au Rhin les limites du royaume n'était guère capable de séduire dans un moment où la France était déchirée par la guerre civile. Il est probable , au reste , que Je duc ne se faisait pas illusion sur l'accueil que son manifeste devait recevoir; il ne témoigna par conséquent ni surprise, ni colère, quand il apprit que ses prétentions ne semblaient pas fondées; mais il enjoignit à Basso m pierre de se tenir à l'écart et de préparer les voies pour un accommodement avec le roi de Navarre, de la conversion duquel on commençait à parler (1).
On ne dit pas que Charles ait jugé convenable de joindre aux arguments de son envoyé des offres pécuniaires, qui auraient pu lui concilier quelques suffrages; on serait néanmoins tenté de croire qu'il ne négligea pas complètement ce moyen de réussir, quand on se rappelle que les Eiats-Généraux furent convoqués trois fois pendant l'année 1593, et que dans les deux premières sessions, pour le moins, le duc fit demander des subsides. En avril , les trois ordres votèrent un aide extraordinaire d'un franc barrois, lequel devait être levé, tous les mois, sur chaque conduit, pendaut les trois derniers trimestres de l'année , et ils autorisèrent également le prince à percevoir six deniers par franc sur les marchandises vendues, ainsi que le dixième pot de vin (2). Réunis de nouveau en septembre, ils dou-
(1) C'est du moins ce que Bassompierrc raconta plus lard à Elisée d'flaraucourt, qui fut gouverneur de Nancy sous le régne de Henri II. V. Benoit, Réplique aux deux lettres qui servent d'apologie du Traité hist. sur l'origine de la maison de Lorraine, p. 33 et 34.
(2) V. Layette ElaU-Généraux , II, n° 33 ; Recueil de François de Neufch., p. 44.
t. iv. 19
Lièrent l'aide des conduits pour le dernier trimestre (1) ; enfin, ils furent encore assemblés au mois de décembre et accordèrent la prolongation des mêmes impositions pour les mois de janvier, février, mars et avril 1594 (2). Charles III convoqua les Etats pour le 1er mars, et ses commissaires firent observer que, la paix n'étant pas conclue, il était nécessaire de continuer la levée de l'aide extraordinaire pendant le reste de Tannée. Mais les trois ordres^ sachant que l'on se préparait à entrer en négociations et las d'ailleurs de faire des sacrifices, ot voulurent plus entendre parler de l'aide des conduits et consentirent seulement à la perception des six deniers par franc et du dixième pot de vin , à condition que cet impôt ne frapperait que les villes et les bourgs , et que le produit et serait exclusivement consacré aux dépenses des nouTelles fortifications (3). Le 30 avril, le duc promulgua une ordoanance destinée à régulariser la levée de l'aide, et on voit que toutes les marchandises y étaient soumises, à l'exceptas néanmoins des articles suivants : « sel en détail , armes , » chevaulx, asnes, mulets, légumes, pois, febves, lentille?,
> mullots, chenevaulx, fruicts d'arbres et de jardins,
> laictage, beurre et fromages, chappons, poules, poulets, » pinçons , oysons , cochons , animaulx , toutes sortes de » gibiers , lard et verre en détail , parchemin , plumes .
> écritoires , livres , et aultres choses qui , par les
> impositions précédentes semblables , en avoient esté tenues
> franches et exemptes ». En cas de contravention, Cordon* nance menaçait les vendeurs et acheteurs « de confiscation de » tout de l'espèce de la marchandise vendue ou achetée,
» pour laquelle ils se trouveraient avoir défraudé le droict de
(1) V. même layette, même n° ; Recueil de Fr. de N., p. 49 ; RogévtDe, ibid., 1. 1, supplém.» p. 86.
(2) V. la même layette, même n" ; Recueil de Fr. de N., p. 50 ; Rog* ville, ibid.
(3) V. la même layette, même n°; Rogérille, ibid., U I,p. 598 et 599.
» ladicte imposition, ou d'amende arbitraire, selon qu'il ■ escberroit > (4).
Malgré les espérances que l'on avait conçues de voir la tranquillité renaître incessamment, le duc se préparait à pousser la guerre avec vigueur, si la chose devenait indispensable. Il avait, dès le mois de juillet 1593, autorisé Bassorapierre à négocier une trêve avec le roi de Navarre, et les articles, rédigés à Saint-Denis, le 2 août, avaient reçu, onze jours après, l'approbation de Charles III (2); cependant, craignant que cette trêve ne fût pas suiyie de la paix, il enjoignit aux baillis, le 4 mars 1594, de lever un homme sur vingt dans tous les villages (3).
Le roi entra à Paris le 22 du même mois, et les chefs de la Ligue s'empressèrent de traiter avec lui. Le duc de Lorraine, ne voulant pas rester à l'écart , chargea Bassompierre de se rendre auprès du monarque, qui se trouvait à Laon ; des conférences eurent lieu entre le plénipotentiaire lorrain et le sieur de Sancy, premier-maltre-d'hôtel du roi, et ils posèrent, le 31 juillet 1594, les bases d'un arrangement entre les deux princes. Différentes circonstances retardèrent,
11 est vrai, la ratiûcation de cet arrangement; Henri n'en signa les articles que le 16 novembre suivant, au château de Saint-Germain-en-Laye, et encore la convention dont nous parlons était-elle en quelque sorte provisoire ; mais elle fut confirmée par un trajté définitif que le roi ratifia, à Folembray, en décembre 1595, et qui fut signé par Charles III le
12 mars 1596. Toutefois, ce prince avait, dès le 9 octobre
(1) Y. Recueil de Fr. de N., p. 52 et 53.
(2) Le cardinal de Lorraine , évéque de Metz, était compris dans cette trêve. V. Articles accordez entre les Sievrs Députez pour Sa Majesté el le Sievr de Bassompierre, Député pour Monseigneur le Duc de Lorraine, soub le bon plaisir de sadietc Majesté et de son Altesse ; Nancy , Jean Janson, petit in 8*.
(3) V. RogéviUe, ibid., t. II, p. 78.
précédent, prescrit aux baillis de publier que la paix était rétablie (i), et il l'avait fait annoncer, le même jour, dans h capitale de ses états (2).
On sait que Henri IV, animé du désir de terminer la guette le plus promptement possible , accorda aux chefs de la Ligue à peu prés tout ce qu'ils lui demandèrent pour mettre bas les armes , et le duc de Lorraine , qui connaissait les intentions du roi , ne manqua pas d'en profiter. Od doit regretter seulement qu'au lieu de stipuler en sa faveur k paiement d'une somme d'argent, laquelle fut bientôt dissipée, il n'ait pas, comme il aurait pu le faire, exigé que Henri renonçât à son droit de suzeraineté sur le Barrois-mouvant ; ce qui aurait prévenu le retour de difficultés sans cesse renaissantes (3). Les traités de Saint-Germain-en-Laye et de Folembray, reconnaissaient Charles III comme maître des villes de Stenay , Dun et Marsal ; mais le duc s'engageait à rendre au roi Coiffy, Montéclair, Montigny, Villefranche et Jametx, après en avoir retiré toutes les provisions de guerre et de bouche (4). Henri consentait à laisser le gouvernement des villes de Toul et de Verdun, des châteaux de Coiffy, de Montéclair et de Montigny au marquis de Pont-à-Mousson , et à défaut de ce dernier au comte de Vaudémont , son frère cadet. Les officiers de guerre ou de justice en fonctions dans ces places conservaient la jouissance de leurs charges, à condition d'en prendre confirmation du monarque ; et en cas de décès des capitaines qui commandaient sous l'autorité du marquis de Pont-à-Mousson, celui-ci pouvait présenter à Henri deux candidats, dont l'un devait être choisi par le roi. Le doc
(1) V. Recueil de Fr. de N., p. 56.
(2) V. Mémoires de Balihasar GiiUlermo, secrétaire de Charles III, ms. de la biblioth. de Nancy, n° 22.
(3) Rémond Mcasein cité par Chevrier, ibid., p. m et 236.
(4) Le duc Henri acheta Jamctz, quelque temps après, au duc de Montpcnsier, à qui le roi avait remis cette place.
recevait l'assurance que l'on ferait « justice à Messieurs » ses enfaos pour le regard des biens de la succession de la
• feue Reine, leur grand'mére, sans préjudice des droits que
• ledict Seigneur Duc prétendoiC , tant de son chef, que des- » dicts sieurs ses enfans, sur les Duchez de Bretagne et » Anjou, Comtez de Provence, de Mois et de Coucy ». Le roi garantissait • le dot de feue Madame la Duchesse de Lot- » raine », et promettait de faire payer exactement, * et » mesme par préférence à tous autres », les rentes constituées « pour iceluy dot ». Il prenait, en outre, rengagement de solder à Charles III la somme de neuf cent mille écos, tant pour loi rembourser ce qui lut était dû, à cause de sa femme, que pour l'indemniser des perles et des dépenses occasionnées par la guerre; et comme 1 état des finances ne permettait pas dacqoilter immédiatement une somme aussi considérable, Henri IV abandonnait an duc, en se réservant la faculté de rachat, des biens domaniaux jusqu'à concurrence de cinq cent mille écos, sur le pied du denier quarante. Mais le parlement de Paris se chargea de relever le roi d une promesse qu'il était hors d'état de remplir, et quand le traité de Folembray fut vérifié , le 24 décembre 4601 , devant ce corps judiciaire , celui-ci ne se contenta pas de biffer l'article où l'on parlait des prétentions du duc de Lorraine sur les duchés de Bretagne et d'Anjou , sur les comtés de Provence , de Blois et de Coucy; il réduisit à deux cent cinquante mille les neuf cent mille écus portés dans le traité; réduction qui fut utile aux finances , mais non à la réputation de Henri IV , auquel on reprocha, avec raison, de faire supprimer par son parlement des clauses raliliées et devenues obligatoires; en un mot, de se constituer à la fois juge et partie.
Bassompicrre n'oublia pas ses intérêts, lors de la conclusion de la paix. Il représenta qu'il lui était dû cinquante-quatre mille six cents écus qu'il avait prêtés & Henri III ; que, pendant la guerre , les receveurs-généraux de Normandie avaient
perçu les fruits des domaines de Néhon, Saint-Sauveur-le- Vicomte et Saint-Sauveur-Landelin, qui lui appartenaient ; et, pour rîndemniser de ces avances et de ces pertes , Henri IV s'engagea à lui céder la terre et seigneurie de Vauconleors , à condition que Bassompierre verserait, pour la plus-Talae, entre les mains du trésorier de l'Epargne une somme de trente-six mille cent cinquante-huit écus , et qu'il rembourserait les sommes payées par différents particuliers auxquels ce prince avait vendu quelques portions du domaine de Vaucouleurs.
Le cardinal de Lorraine , .les bourgeois de Tool et ceux de Verdun furent compris dans le traité de Folembray (I). Le roi n'avait pas attendu la fin des négociations pour essayer de détacher ces derniers du parti catholique, et, le 27 juillet i 594, il leur avait écrit pour les exhorter à reconnaître le droit de protection que les rois de France revendiquaient soi Verdun et le temporel de l'évèché, c'est-à-dire à ouvrir leurs portes au duc de Bouillon, qui entra effectivement dans b ville ét y introduisit une bonne garnison française , que les bourgeois furent contraints de solder, malgré leurs remontrances (2). #
La conclusion du .traité de Saint-Germain ne rétablit pas immédiatement la tranquillité dans notre pays, et les soldats, que la guerre faisait vivre depuis plusieurs années, et qu'on licencia tout-à-coup, se mirent à parcourir et à piller les campagnes. Charles III fut obligé, pour mettre fin à ces désordres, de conserver dans les villes fortes des garnisons plus ou moins considérables, qui, sous la conduite des bailKs et des prévôts, donnèrent la chasse aux maraudeurs, mais dont l'entretien devint très-onéreux. Le 9 avril 4595, le duc, sans
(1) Les traités de Saint-Germain et de Folembray sont imprimés dan* Calme t, ibid., t. III, preuv., col. ccccl-cccclv.
(2) V. Roussel, Hist. de Verdun, p. ««87.
attendre l'ouverture de la session des Etats-Généraux , qui étaient convoqués pour le 25 du même mois, ordonna de lever un franc par conduit applicable « aux munitions des
* garnisons » ; et, deux jours après, il enjoignit aux habitants d'Epinal de payer seize cent trente francs barrois à la compagnie italienne du sieur Capoforfa, qui occupait cette ville, où elle avait remplace la compagnie du capitaine Meriza (4).
La plupart des pillards dont nous venons de parler continuèrent à tenir la campagne, malgré les mesures que Ion prit conlr'eux, conformément aux prescriptions que le prince avait transmises aux baillis, les 15 février et 7 mars 1595 (2). Le 33 décembre, il adressa aux baillis une ordonnance relative aux courses des gens de guerre licenciés, dans laquelle on rencontre la disposition suivante : c .... Que tous » nossubjects résidons tant ès bourgs, bourgades et villages, ■ capables de porter les armes, aient & s'armer, sçavoir le » dixième d'enlr'eux, duquel vous ferez choix et eslection, » d'une bonne arquebuse à inesche, poudre et fourniment » bien assortis, et les tenir en sa maison, comme aussi les
• autres habitans chascun d'un brin d'estoc, prêts à s'en
» servir et marcher, aux occasions qui s'offriront (3).
Les désordres ayant encore augmenté au commencement de l'année 1596, Charles promulgua, le 40 mars, un édit qui commandait aux baillis de faire armer les hommes capables
(1) V te recueil de Chateaufort, t. I, f*»26i r*, fttf r* et Î78 r°. Les Etal*-(ienéroii\ furent, malgré leur répugnance, obligé* d'accorder un aide citraordinaire, qu'on leva pondant six années (du l#r avril 1590 au 31 mars 1602), et qui produisit deux raillions quatre cent *oi*ante~six mille huit cent huit francs six deniers barrois. V.,au Très, des ch., un registre de la cour des aides qui eonueul les compte» de l'impôt dont il .agit.
(2) V. Recueil de Fr.de N., p. 54.
(3) V. le recueil d ancienne* ordonnances appartenant à M. Noël; ?. aussi Rogévillc, ib.d. , L II, p. 7» ; Bec. de Fr. de p. 57.
de servir (4). Ce n'étaient pas seulement de petites troupes d'aventuriers qui rançonnaient les laboureurs; des bandes fort nombreuses parcoururent la Lorraine et le Barrois pendant toute Tannée 4595 et les premiers mois de 4596. Eo février 4595, deux capitaines lorrains, les sieurs de Louppy et de Tremblecourt, à la tète de quatre ou cinq mille soldats de toutes nations, eurent l'audace de tenter la conquête de la Franche-Comté. Vesoul , Port-sur-Saône et plusieurs autres petites villes se rendirent sans résistance; et Tremblecourt envoya un trompette sommer les habitants <k Besançon de le reconnaître comme protecteur , à b place de Philippe II. On lui répondit par un refus, et bientôt les troupes espagnoles, prenant l'offensive, assiégèrent la ville de Marnay, s'en emparèrent et pendirent aux fenêtres du château les soldats que Tremblecourt y avait laissés. Celui-ci et Louppy se trouvaient alors à Vesoul ; ils l'abandonnèrent, à l'approche des Espagnols , pour s'enfermer dans un château voisin, où ils furent promptement réduits à la dernière extrémité. Louppy fut tué d'un coup de mousquet. Tremblecourt parvint à s'évader et à se réfugier à Remiremoat, chez une de ses parentes, qui était chanoinesse du chapitre; mais le duc de Lorraine ayant donné ordre de saisir cet ai enturier, il voulut fuir et il traversait la Moselle, à la nage, lorsqu'il fut frappé d'une balle (2).
L'attention de Charles III se tourna également sur les Calvinistes, qui profitaient des circonstances pour répandre de nouveau leurs doctrines dans notre patrie, t II se recongnoist » journellement, lit-on dans un règlement publié par le car- » dinal de Lorraine, que quelques libraires résidans tu » Pont-à-Mousson, poulsez d'avarice et de lucre, exposent en
(1) V., dans la collection de M. Beaupré, un recueil d'ordonnances cote B. S1. M. (Bailliage de Saint-Mihiel), P 1er.
(2) V. Calmet, ibid., t. Il, col. 1392 et 1393.
» tente poblicque, ou distribuent secrettcment et en cachette, • tant audict lieu que aillieurs, dans les pays de Son Altesse, » ez district de nostre Légation (1), plusieurs sortes de livres » et libelles prohibez et deiïenduz, et aultres qu'il n'est porté » par l'index des livres censurez faict de l'ordonnance du » concile de Trente. » Pour remédier à cet abus le cardinal défendit, le 30 juillet 4594, 4° aui libraires de mettre aucun volume en vente sans l'avoir préalablement soumis au recteur de l'université , et 2° aux typographes de rien imprimer sans le consentement et l'approbation du même dignitaire ; le tout sous peine de confiscation et d'une amende de cinquante francs barrois, applicable aux œuvres pies; et en cas de récidive, les coupables devaient être « privez de leur estai » (2). En 4595, le duc ayant appris que l'hérésie s'était montrée de rechef sur quelques points, enjoignit, le 23 octobre, « que » cculx de la religion réformée abjureroient leur secte dans » huit jours après la signification (de l'édlt), ou vuideroient le » pays incontinent ». Les calvinistes qui prenaient le parti de renoncer à leurs doctrines étaient contraints de présenter aux baillis un certificat « des Curez et Supérieurs des lieux » où ils faisoient leur résidence, avec protestation de n'y » récidiver » (3).
Satisfait d'avoir terminé d'une manière avantageuse pour lui une guerre dont l'issue avait paru longtemps incertaine, Charles III résolut de rester à l'avenir étranger aux querelles de ses voisins. Comme les hostilités continuaient entre la France et l'Espagne , et que l'on venait en Lorraine faire des enrôlements pour le compte de ces deux puissances, le duc interdit à ses sujets, le 31 mars 4595, de servir è
(1) Le cardinal do Lorraine était légat apoelolique dans tes évéehes d«* Metz, Tou) i*l Ncrduu.
(2) V. le recueil dordoon. de M. Noël.
(3) V. îbid.
l'Etranger (4), et la prohibition Tut renouvelée le 25 octobre 4600 et le 47 février 4603 (2). Nod content d'avoir adopté cette mesure, il publia, le 9 septembre 4595, une déclaratk» de neutralité, qui n'était pas superflue, à cause du voisinage des armées ennemies (3). Le roi de France s'empressa de répondre à cette déclaration d'une manière favorable (4) , et Philippe II adressa à Charles, le 31 janvier 4596, des lettres par lesquelles il reconnaissait la neutralité de la Lorraine (5).
Malgré tous les soins qu'il prit pour cicatriser les plaies de ses états, le duc eut le chagrin de voir les désordres se prolonger sur différents points, et il fut encore obligé en 4o99 (le 26 septembre) de promulguer un édit c prohibitif de » porter aucunes arquebuses ni basions à feu », et prescrivant ■ d'appréhender les voleurs, vagabonds, et aoltres » personnes non avouéez qui se trouveraient és pays de son » obéissance » (6). Quelque temps auparavant, certains cantons de la Lorraine avaient été envahis par une maladie contagieuse, venue probablement à la suite des armées, et Charles lit écrire aux baillis, le 43 novembre 4596, pour leur recommander d'employer contre la contagion des précautions « qui furent probablement efficaces, car le mal ne semble pas avoir reparu l'année suivante (7).
Ce fut vers cette époque que l'on vit à Nancy celui de tous les princes lorrains qui avait pris la part la plus glorieuse i la Ligue. Nicolas, frère puîné du duc Antoine, qui fut régent de Lorraine pendant la minorité de Charles III , et dont nous avons eu souvent l'occasion de parler, s'établit en France, et
(1) V. Rec. de Fr. de N., p. 55.
(2) V. ibid., p. 78 et 80.
(3) V. ibid., p. U.
(4) V. le cartulaire de la bibl. publique , p. 4402.
(5) V. Rec. de Fr. de N», p. 59.
(6) V. ibid., p. 76.
(7) V. ibid., p. 04.
la princesse Louise de Vaudémont , qu'il avait eue de Marguerite d'Egmont, sa première femme, épousa le roi Henri III. Nicolas, s'étant remarié deux fois , eut de sa troisième femme Henri comte de Chaligny , mentionné plus haut ; et de la seconde Philippe-Emmanuel duc de Mercœur, qui naquit à Nancy , le 9 septembre 1558 , et fut baptisé dans la collégiale Saint-Georges, le 45 décembre suivant. Les détails de sa vie n'appartiennent pas à notre ouvrage , et nous nous bornerons à rappeler l'éloge que saint François de Sales faisait de ce prince illustre : « Je dis le duc de Mercœur un des remparts > de la chrestienté , un des protecteurs de la foy , le guidon » du crucifix! » Après s'être arrangé avec le roi, Philippe- Emmanuel quitta la France, vint en Lorraine et se rendit à Vienne en \ 600 , sur l'invitation de l'empereur Rodolphe II , qui lui offrait le commandement de l'armée de Hongrie. Beaucoup de lorrains accompagnèrent le duc (1), lequel, avec vingt mille hommes seulement, entreprit de faire lever le siège de Kanisca, attaqué par soixante mille turcs. Le visir Ibrahim se tint renfermé dans ses lignes, et le manque de vivres obligea les Impériaux à se retirer ; mais cette retraite, opérée en présence d'ennemis trois fois plus nombreux, excita l'admiration de tous les hommes versés dans l'art de la guerre. En 4601 , le duc de Mercœur prit la ville d'Albe-
(1) Plusieurs lorrains s'y étaient rendus des Tannée 1897. V. les petits poèmes d'Alphonse de Rambervillers intitulés : Adieu aux généreux Seigneurs, Gentilshommes et Soldats allant en Hongrie contre le Turc, en 1597; et Stances funèbres sur le Irespas de Messire George, Baron de Boppart, Seigneur d'Albe, Colonel. Lorrain, tué au siège de Bude, en 11)98. V. aussi l'opuscule du même auteur qui porte le titre suivant : Discours de ce qui s'est passé en l'armée des Chrestiens en Hongrie contre le Turc, en la présente annéo 1600 ; Paris, P. Chevallier, peut in 8° de 16 pages. On voit dans les archives de la famille de Widranges des passeports très -honorables donnés par le duc de Mercœur à Claude de Widranges, qui avait servi avec distinction contre les Turcs, on 1600 et MM.
Royale et défll un corps d'armée qui s'était présente pour secourir la place. Ce fut le dernier exploit de cet habile général , qui mourut, à Nuremberg, au mois de février 1602. La nouvelle de cette perte causa en Lorraine une douleur universelle , et le poète Alphonse de Rambervillers s*en rendit l'interprète en donnant, la même année. Les larmes publiques sur le trespas de Philippe Emmanuel de Lorraine , Duc de Mercœur ; avec le Polémologue ou prière guerrière dont ce prince usoit , et le narré de la pompe hnèbre faite à ses obsèques à Nancy (1) ; opuscules où Ton retrouve toutes les qualités qui distinguent les productions de cet écrivain, et tous les défauts qui les déparent.
(1) Pont-à-Mousson, 1602, petit in 4°. Les deux premiers de ces trois opuscules ont été réimprimés dans le volume intitulé : Les dévots éh&cemens du poète chreslien ; Pont-à-Mousson, Melchior Bernard, 1603 petit in 8°.