FERRI I" (1205-1206). FERRI II
Lorsque Simon II eut résolu de s'enfermer dans l'abbaye de Stulzbronn, pour y passer en paix le reste de ses jours, son frère Ferri, seigneur de Bitchc, se fit reconnaître comme duc de Lorraine, et sa prise de possession parait n'avoir rencontré aucun obstacle. Mais on n'est pas d'accord sur la question de savoir combien de temps a duré le règne de ce prince ; plusieurs historiens ont même prétendu que Ferri 1*', quoiqu'il figure sur la plupart des listes de nos ducs, n'a jamais été maître de la Lorraine; d'autres auteurs n'ont pas voulu se prononcer; d'autres enfin, et il est juste de reconnaître que ce ne sont pas les plus accrédités, ont tranché la question en faveur de Ferri I", et sou-
tenu qu'il avait régné deux années environ. Ce problème historique présente aujourd'hui de grandes difficultés, à cause du petit nombre de chartes remontant aux années 1205 et 1206. On trouve, il est vrai, dans la chronique d'Albéric, à Tannée 1193, un passage qui ne laisserait prise à aucune objection, s*il fixait la date d*une manière plus précise. Ce chroniqueur assure que . Thiébaut I*', comte de Bar, parvint, à force d'adresse, à mettre en possession du duché de Lorraine son gendre Ferri, fils aine de Ferri de Bitche (1). Mais résulte-t-il de ce texte que Ferri de Bitche, héritier naturel da duché, n'ait pas régné quelque mois, un an, et même plus, avant que le comte de Bar Tcût engagé à faire une renonciation en faveur de son fils f Nous ne le pensons pas. Il est évident que Simon II n*a pu songer à transmettre directement le duché à son neveu, et Ferri de Bitche, après avoir tant guerroyé pour s'assurer un apanage convenable, n'aurait pas, selon toutes les apparences, vu de sang froid un arrangement qui devait avoir pour résultat de le dépouiller. Il semble, au reste, que, dès la seconde moitié du XIIP siècle, on ne savait plus ce qui s'était passé lors de l'avènement de Ferri I" ; car, si la généalogie de saint Arnould, rédigée en 1261, ne compte pas Ferri parmi les ducs de Lorraine (2), Ferri III, dans une charte de l'année 1296, suppo'^.e formellement que ce prince avait régné et lui donne le titre de duc (3). Il est aussi qualifié de la même manière dans une inscription en vers latins, que l'on voyait
(1) Per ejusdem (Theobaldi comitis) industriam, gêner ipsiua FridericuB de Bittes, Friderici de Bittes filins, dncatum obtinuit patmi ducis Simonis.
(2) V. cette généalogie, dans Calmet, Hist., t. I, Pr.^ col. 75-80.
(3) ... Fridericus, Dei gratia dux Lothoringiee et Marchio... noverit igitur... quod progenitores mei Simon et Mathaeus duces Lotharing^œ... claustrum quoddam infra montana quse dicuntnr Stuscelbronn. . . in proprio allodio fundaverunt. . . Preedium. . .quod a manu Friderici dncis^ filii Mathœi ducis, prsecesserat. . . V. le titre, dans Calmet, Hist., t. II, Preuves f col. dxlg dxliv.
aatrefois dans Tabbaye de Stulzbronn. Mais elle n'était pas contemporaine de Ferri, et Ton ne peut la faire remonter plus haut que les premières années du règne de Ferri 111, puisqu'elle rappelle la sépulture de Mathieu II (1). Enfin, Ferri de Bitche prend le titre de duc, au mois d'août 1206, dans la charte par laquelle ^il céda à l'abbaye de Bouxières le droit de vaine pâture sur le ban de GhampigneuUes (2). D'un autre côté, Ferri 11 prit le même titre dans le diplôme qui servit, en quelque sorte, de contrat de mariage entre son filsThiébautetGertrude, fille d'Albert, comte de Dachsbourg, au mois de septembre de cette année (3) ; et dans une autre charte concernant l'abbaye de Moyen-Moutier, et datée également de 1206 (&). La conclusion à tirer de toutes ces mentions, en apparence contradictoires, est la suivante : Ferri de Bitche a pris possession de la Lorraine, immédiatement après l'abdication et la retraite de son frère, et il a gouverné le duché pendant une partie de l'année 1205 et les huit premiers mois de l'année 1206 ; mais, comme ce prince était déjà avancé en âge, et que son fils Ferri 11 était capable de régner lui-même, le comte de Bar, qui aimait mieux, sans doute, avoir pour voisin son gendre que le père de celui-ci, engagea Ferri !•' à céder ses états à son fils. Il resterait à examiner une question secondaire, et à déterminer si le duc se dépouilla coipplètement ou consentit à partager son autorité ; les documents nous manquent pour
(1) V. cette épitaphe, dans Calmet, Hist,, t. I, Preuves, col. 578, Voici les vers qui concernent Ferri I"»" :
Hic circamsepti, virtutum flore sepulti,
Sunt, qui hune conventum fundarunt. Monumontum
In medio dici débet comitis Friderici
De Bittis pridem. Lotharum dux fuit idem
^2) V. ce titre, Hist., t. II, Preuves, col ccccxvij.
(3) V. ibid,
(4) V. Dom Humbert Belhomme, Hist, Mediani Monasterii, p. 314. On pourrait soutenir que cette charte est de Ferri I«', car lien ne prouve qu'elle soit de son fils.
éclaircir ce point; mais il est, selon nous, incontestable que dès le mois de septembre 1206 Ferri 11 était reconnu comme duc de Lorraine. ^
Une circonstance qui porte encore à penser que Ferri de Bitche a occupé le trône pendant quelque temps, c^est que ses armoiries furent adoptées par nos ducs, qui jusqu^alors n'avaient pas eu d'armes proprement dites, comme nous en avons fait l'observation dans le quatrième chapitre du second livre. On conservait dans le prieuré du Val-de-Liepvre un sceau du duc Thierry et de l'année 1078, mais on n'apercevait que le revers de l'écu. Sur les sceaux de Simon P', le prince porte un bouclier de forme très allongée et très-aiguë ; on n'y voit qu'une espèce de rosace et trois boutons, qui étaient sans doute armés de pointes d'acier. Louis d'Haraucourt prétend que l'empereur Frédéric-Barberousse autorisa le duc Mathieu I" à prendre pour armoiries une aigle, c ainsi qu'est lus et bannière de li susdict < Empereur » ; cependant sur les sceaux de Mathieu, l'écu, également de forme allongée, n'offre aucune trace de cette aigle ; il porte au centre une forte pointe, et de cette pointe partent huit bandes terminées par des fleurons et allant rejoindre la bordure. Ces bandes que l'on retrouve sur plusieurs écus de cette époque figurent les garniture.%en fer, plus ou moins ouvragées, qui servaient à renforcer les boucliers composés de planchettes assez légères. L'écu de Simon II présente quelque chose d'analogue ; il est entouré de gros clous à tête rondes, et dans le champ se trouvent trois rangées de clous semblables, disposés en diagonale. On voit par là que les cinq premiers ducs de Lorraine n'avaient pas d'armoiries ; chose qui ne doit pas étonner, quand on sait qu'au XII' siècle les armoiries n'avaient rien de fixe ni d'arrêté, et qu'elles varièrent encore beaucoup pendant le siècle suivant.
L'abbaye de Stulzbronn possédait un titre de Ferri, seigneur de Bitche, et ce titre était accompagné d'un sceau parfaitement
conservé (1). Ferri était représenté à cheval, couvert d*une armure complète et portant une lance et un bouclier ; sur le bouclier et sur la banderolle qui garnissait la lance, on distinguait la bande chargée de trois alérions, qui figure, comme on sait, dans Fécu de Lorraine. Quels étaient les émaux de ces pièces héraldiques ? C*est ce qu'un simple sceau en cire ne peut nous apprendre. Les mêmes armes se retrouvent sur un sceau de Ferri II, qui fait partie du Trésor des chartes de Lorraine ; et la bande aux trois alérions existe non seulement sur Técu et sur la banderole de la lance, mais encore sur le caparaçon du cheval ; elle se voit aussi sur Fécu du duc Thiébaut I*', fils de Ferri II ; tandis que le sceau de Mathieu de Lorraine, évêque de Toul, frère de Ferri II et oncle de Thiébaut I*', n'offre qu'une aigle éployée regardant à droite ; d'où il résulte que les armes de la maison ducale n'étaient pas encore parfaitement fixées au commencement du XIII* siècle (2).
Ce qui achève de démontrer que les ducs de Lorraine n'avaient pas d'armoiries au XII* siècle, c'est que les branches collatérales de leur maison n'en avaient pas elles-mêmes ; ainsi les comtes de Flandre, successeurs de Thierry d'Alsace, ne portèrent jamais la bande aux trois alénons ; ainsi encore les comtes de Vaudémont, issus de Gérard fils de Gérard d'Alsace, n'eurent aucune armoirie pendant le XII* siècle, et le premier de ces comtes qui ait porté les armes de Vaudémont (burelé d'argent et de sable de dix pièces) est Hugues II, dont l'abbaye de Beaupré possédait un diplôme daté de l'année 1219.
Il faut aussi faire observer que les alérions qui figurent sur les écus des ducs Ferri II, Thiébaut I*', Mathieu II et autres, sont d'une forme bien diflérente de ceux que l'on plaça plus
(1) Ce titre est de l'année 1196.
(2) Y. les sceaux gravés- dans Calmet, ffist., t. II, planche I, n«« 4 et 5, planche II, n^* 6-11.
^ard dans les armes de Lorraine. On remarque des variations pins grandes encore dans les supports et le timbre de l'éca ; à partir de Raoul, les ducs de Lorraine ont, en général, porté une aigle éployée sur leur casque, Le duc Jean I*' avait choisi pour supports de son écus des lions ailés, à bec d*aigle, ou des espèces de griffons ; Charles II avait des lions couronnés ; plusieurs de ses successeurs avaient fait graver sur leur contrc-scel un ange soutenant Técu-plein de Lorraine (1). Au surplus, les timbres et supports sont d*une époque bien postérieure au commencement du XIII* siècle, et nous n*cn avons dit un mot que pour nous dispenser d'y revenir dans la suite.
Le règne de Ferri I*' n'a laissé aucune trace importante dans notre histoire ; ce qui s'explique suffisamment par le peu de temps qui s'écoula entre l'abdication de Simon II et celle de son frère. Il est même bon d'ajouter que l'administration de ce prince comme seigneur de Bitche n'a rien offert que les chroniqueurs aient jugé digne d'entrer dans leurs récits ; on possède toutefois une charte par laquelle Ferri confirma, en l'année 1196, la fondation de l'abbaye de Stulzbronn, qui était le principal établissement monastique de sa principauté (2).
Ferri survécut peu de temps à son abdication et mourut en 1207 ; les dates de ces événements sont même tellement rapprochées l'une de l'autre que, sans les chartes où Ferri II prend le titre de duc en 1206, on serait tenté de croire, malgré le témoignage formel d'Albéric, que la mort de Ferri I" a seule mis fin à son règne. Ce prince avait épousé Ludomille, fille du roi de Pologne Micislas III, et de Gertrude, fille de Bêla II, roi de Hongrie. Leur mariage eut lieu à une date qui nous est incon-
(1) V. Calmât. Hist., t. III, col. xxxvj.
/2) Cette chart col. ccccix-ccccxj
^2) Cette charte est imprimée dans Calmet, Hist., t. II, Preuves
nue, mais certainement avant Tannée 1170 (1), et avant que Micislas III, qui était (ils du roi Boleslas III dit Krzynousty, montât sur le trône de Pologne. Ferri n*eut pas à s'applaudir beaucoup de cette alliance avec un princesse de sang royal ; car Micislas, qui avait succédé à un de ses frères en 1173, se rendit bientôt tellement odieux et méprisable qu'il fut chassé, à l'instigation de Gédéon évèque de Cracovie, et obligé de se retirer dans la ville de Ratibor, en Silésie, où il mourut quelques années après. Ludomille donna à son mari un grand nombre d'enfants, dont huit survécurent à leur père^ savoir : Ferri II ; Thierry d'Enfer ou du Diable, qui fonda le prieuré de Rélange et eut un fils appelé Simon du Diable, que l'on s'accorde à regarder comme la souche de la maison du Châtelet ; Philippe, seigneur de Gerbéviller ; Agathe, abbesse de Remiremont, nommée dans un titre de Saint-Dié, de l'année 1231 ; Judith, femme de Henri II comte de Salm ; Mathieu, prévôt de Saint-Dié et évêque de Toul ; Simon, archidiacre de la même église ; enfin, Henri, dit le Lombard, qui construisit le château de Bayon et fut inhumé dans l'abbaye de Senones (2).
La Lorraine, qui avait été partagée en deux états différents (la Lorraine romaine ou française et la Lorraine allemande), à la suite des différends survenus entre Simon II et son frère Ferri, se trouva ne former de nouveau qu'un seul état, lorsque le seigneur de Bitche monta sur le trône. Ferri, en cédant la Lorraine à son fils aine, ne commit pas la même faute que deux de ses prédécesseurs, et ne donna pas à un de ses fils cadets ce pays de la Sarre, cette Lorraine allemande qui aurait fini par se séparer
(1) Chevrier {Hist. de Lorr., t. I, p. 162) prétend que Ferri épousa Ludomille à la fin de Tannée 1179, mais la chose est impossible, car le petit-fils de Ferri, Thiébaut I*', se maria en 1206, c'est-à-dire seulement vingt-sept ans après.
(2) V. Calmet, Hist., t. I, col. clxj et clxij.
complètement du duché et par devenir un état distinct, si elle avait encore constitué un apanage.
Ferri II avait épousé Agnès, fille de Thiébaut I*', comte de Bar, et Ton a vu que le comte avait puissamment contribué à Tabdication de Ferri I". Le beau-père et le gendre ne vivaient cependant pas en très bonne intelligence. Ils s*étaient brouillés dès Tannée 1202, s'étaient réconciliés et avaient conclu, la même année, une convention par laquelle Ferri s'engageait à aider son beau-père contre tous les hommes qui peuvent vivre et mourir, et renonçait, dans le cas où il enfreindrait le traité, à la dot de sa femme, c'est-à-dire aux villes de Longwy et de Stenay, et à la portion d'Amance appartenant autrefois aux comtes de Bar. Thiébaut promettait, de son côté, de soutenir Ferri dans toutes les circonstances et de lui procurer les moyens d'obtenir le duché de Lorraine, quand la succession de Simon II viendrait à s'ouvrir ; le comte de Bar garantissait néanmoins au comte de Toul la possession de Châtenoy et de Gondreville, que ce dernier tenait à titre d'apanage ; enfin, pour donner à Thiébaut un gage de la sincérité de ses promesses, Ferri consentait à ce que son beau-père mit garnison dans les forteresses d'Ormes et de Gerbéviller (1). Ferri II ne fut pas plutôt maitre de la Lorraine qu'il résolut de se débarrasser de l'espèce de tutelle que Thiébaut voulait exercer, et pour augmenter ses forces, il se ligua avec Bertram évêque de Metz. Le comte de Bar, fort mécontent de ce qu'il appelait l'ingratitude de son gendre, lui déclara la guerre en 1207, prit à sa solde un grand nombre d'aventuriers bourguignons, français ou gascons, et se jeta sur les domaines du prélat. Avant que celui-ci eût pu réunir ses soldats, Thiébaut assiégea la ville de Vie, qui était le chef-lieu du temporel des évèques de Metz, la prit, la détruisit en partie et emmena captifs cent des principaux habitants. Il tourna
(1) Y. Calmet, Hist., t. II, col. 132 et 183.
ensuite ses armes d'an autre côté, sans doute pour éviter la rencontre des troupes de Ferri et de Bertram, et, se rapprochant du Barrois, il attaqua Timportante forteresse de Prénj, s'en empara et en renversa les murailles, sans que le duc de Lorraine osât lui livrer bataille, pour secourir la place (1). L'hiver suspendit le cours des hostilités, qui recommencèrent bientôt avec une nouvelle vivacité. Ferri avait rassemblé ses troupes de bonne heure et se mit le premier en campagne ; pour se venger des ravages que les Barrisiens avaient commis dans les environs de Prény, il dévasta les domaines de Fabbaye de Gorze, dont Thiébaut était le voué ; les moines se hâtèrent d'implorer le secours de ce prince, et le comte accourut avec son armée. Ferri, qui ne l'attendait pas sitôt, se gardait mal ; il fut surpris et complètement battu, le 3 février 1208. Il tomba lui-même, avec ses frères Thierry d'Enfer et Philippe de Gerbéviller, entre les mains de Thiébaut, qui les fit conduire et enfermer dans le château de Bar. Cette défaite livrait la Lorraine à Thiébaut, mais il ne pouvait songer à achever la ruine de son gendre, et tâcha seulement de lui arracher de nombreuses concessions. Ferri ne voulut pas d'abord accepter les conditions qu'on lui proposait ; enfin, las d'être éloigné de ses états, il conclut avec son beau-père^ le 2 novembre 1208, une convention à la suite de laquelle il fut remis en liberté (2).
Il est dit, au commencement de ce traité, que, avec l'aide de Dieu, la guerre qui avait éclaté entre le duc et le comte a fait place à la paix et à la concorde. Le duc s'engage, tant pour lui que pour ses frères et ses vassaux, à ne commettre aucune hostilité contre le comte et ses sujets. Celui-ci se réserve la propriété de tout ce qu'il avait au moment oii la guerre a commencé,
(1) V. Albéric, Chronic, ad an. 1207.
(2) V. idem, ibid., ad an. 1208.
et tontes ces possessions passeront au fils dn comte on à ses héritiers, sans que la dachesse de Lorraine puisse rien réclamer, si ce n*est les villes de Longwy, de Stenay ou d'Amance, dont Thiébaut conservera la jouissance, sa vie durant, mais qui, après son décès, reviendront à la duchesse. Les sujets des deux princes devaient rentrer dans leurs domaines respectifs, sauf à s*indemniser réciproquement des dommages qu'ils s'étaient faits les uns aux autres. Ferri promettait de démolir le château de Romont, dont le seigneur, nommé Thierry, était ennemi dn comte de Bar, et Thiébaut devait tenir garnison dans la forteresse de Châtenoy, tant que cet article ne serait pas exécuté. Il était aussi convenu que si le duc faisait plus tard la paix avec Thierry de Romont, il aurait soin d'y comprendre le comte de Bar. Ferri s'engageait (c'était la clause la plus fâcheuse du traité) à payer à son beau-père deux mille marcs d'argent ; et, comme il était hors d'état de solder immédiatement une somme aussi considérable, il donna les cautions suivantes : Eudes III duc de Bourgogne, Simon, sire de Joinville, Philippe de Florenges, Ferry, comte de Toul, Albéric de Darney, chacun pour deux cents marcs ; Gilon, de Cons (la Grand' ville), Albéric de Rosières, Verric ou Warry de Prény, Simon de Passavant, Simon de Parroye, Simon de Ville, Karlon de Gondreville, Arnold de Volkerange, Arnold de Sierck, chacun pour cent marcs. Si le duc ne pouvait ou ne voulait pas payer, les cautions devaient le faire à sa place, quinze jours après en avoir été averties, ou tenir prison dans une forteresse du comte ; et, en cas de refus, celui-ci avait le droit de s'emparer de leurs domaines. Le traité contenait d'autres clauses qu'il est superflu de détailler; ajoutons seulement que Ferri s'interdisait de marier sa fille Alix avec Vauthier de Vignory, qui était ennemi du comte de Bar, et s'astreignait à prendre parti pour ce dernier dans les luttes qu'il pouvait avoir, qu'il prévoyait peut-être, contre les comtes de Deux-Ponts, de Sarrebruck, de DachsH
bourg, contre Etienne comte d*Auxonne, et contre Simon, sire de Joinville.
Aux termes de cette convention, le duc de Lorraine fut, ainsi que nous Tavons dit, remis en liberté ; mais ses frères Thierry et Philippe et plusieurs autres prisonniers restèrent encore pendant quelque temps au pouvoir du comte, comme garantie de Texécution de traité. Thiébaut, ne voulant négliger aucune précaution, stipula également que, si le duc, ses frères ou ses sujets venaient à commettre des hostilités contre le Barrois, ou à violer la convention d'une manière quelconque, les villes de Longwy, de Stenaj et d'Amance ne seraient jamais remises à Ferri ; ce qui devait procurer à Thiébaut l'avantage d'avoir marié sa fille sans lui donner de dot. Il exigea aussi que le duc lui cédât momentanément le château de Sierck, et qu'il approvisionnât cette forteresse, ainsi que celle de Châtenoy. Enfin, le duc de Lorraine s'obligea à faire garantir le traité par celui des deux compétiteurs à l'empire d'Allemagne qu'il plairait à Thiébaut de choisir; par Eudes III duc de Bourgogne, et par ceux des vassaux de Ferri II qui, faits prisonniers en même temps que lui, avaient été rachetés, et dont voici les noms : Henri comte de Deux-Ponts, Gilon de Cous, Ferri comte de Toul, Simon sire de Joinville, Hugues de la Fauche, Henri II comte de Salm, Simon seigneur de Parroye, Philippe de Florenges, Milon de Vandières, Albéric de Rosières, Gérard de Alet, Karlon de Gondreville, Albéric de Damey, Olry d'OfiFroicourt, Gérard de Vélacourt (Villacourt), Simon jeune de Parroye , Simon de Ville, Vcrric de Prény, Arnold de Volkerange, Arnold de Sierck, Simon, voué de Metz, Geoffroy d'Alb, Simon de Passavant, Albéric de Volkerange, Valéran de Lenborc (Limbourg?), Jean de Montéclair, Gilon de Bergues, Ferri du Pont de Trêves, Verric de Fontois (Fontet), Tancrède de Bitche, Thierry de Chambley, Olry de Neuviller, Vauthier de Prény et Albert de Parroye. Énumération qui prouve que la principale noblesse de Lorraine accompagnait Ferri dans
son expédition, et avait été faite prisonnière en même temps que
lui (1).
Après avoir juré sur les Saints-Évangiles d'observer le traité onéreux qui venait de lui être imposé, le duc de Lorraine revint dans ses états, réussit, en peu de temps, à acquitter les charges qui pesaient sur lui, obtint la liberté de sesifrères et celle des nobles qui étaient captifs avec eux, et resta en paix pendant quelques années.
Des deux compétiteurs qui se disputaient l'empire d'Allemagne, au moment où Ferri se trouvait prisonnier du comte de Bar, un seul, Otton IV, vivait encore en 1211. Le pape Innocent III, mécontent de ce souverain, qui cherchait à opprimer l'Église et à dépouiller le Saint-Siège, lui suscita un redoutable antagoniste dans la personne du jeune Frédéric, fils de l'empereur Henri VI et de Constance de Souabe, et si tristement fameux depuis sous le nom de Frédéric IL Ce prince, ayant quitté ses états d'Italie, s'avança vers l'Allemagne, où il avait des intelligences, et fut reçu à Constance, à Bàle, à Colmar. Ferri, cousin-issu-de-germain de Frédéric II, et qui espérait, probablement, que l'élévation de celui-ci sur le trône de Germanie augmenterait son propre pouvoir, se hâta d'aller à sa rencontre, avec un grand nombre de nobles lorrains, et lui offrit ses services. Frédéric, qui avait bien besoin du secours d'autrui pour se rendre maître d'un trône que l'empereur Otton IV se préparait à lui disputer, accueillit parfaitement le duc de Lorraine et lui promit trois mille marcs d'argent, plus deux cents marcs pour ses principaux officiers, s'il voulait lui prêter ses troupes ; et, comme il n'avait pas alors d'argent dont il pût disposer, il remit à Ferri, à titre de gage, la ville de Rosheim, située en Alsace, entre Molsheim et Barr, à peu de distance de la frontière lorraine. Frédéric marcha ensuite vers Haguenau, et, comme cette ville, fort impor-
(I) Le texte du traité est imprimé dans Calmet, Hist,. t. II, Preuves, col. ccclzxy-ccclxxviij.
tante à cette époque, était occupée par le seigneur de Loëm* berg, qui tenait le parti d'Otton IV, le roi des Romains chargea le duc d'en faire le siège et continua sa route vers la Basse- Allemagne (1).
Ferri poussa vivement le siège de Haguenau, s'en empara, en remit ensuite les elefs aux officiers du roi des Romains, et gagna ses états pour réduire son beau-frère, Henri II, comte de Salm, qui commettait des violences envers le monastère de Senones. L'abbé Henri avait imploré le secours du duc de Lorraine, et Ferri n'eut qu'à se montrer pour faire rentrer le comte dans le devoir (2).
Tous ces événements s'étaient accomplis pendant l'année 1212; le commencement de l'année suivante fut signalé par une entrevue célèbre qui eut lieu entre Frédéric II et Louis, fils de Philippe Auguste, roi de France. Ce dernier soutenait le parti de Frédéric, et l'entrevue avait pour but de resserrer les liens qui unissaient les deux princes. Le roi des Romains vint d'abord à Toul, puis, menant avec lui Renaud de Senlis, évêquc de cette ville, Conrad de Scharphennech, évêque de Metz, et Ferri, duc de Lorraine, il se rendit à Vaucouleurs, qui se trouvait sur les limites de la France et de l'empire. Il n'y rencontra pas Philippe Auguste, que des affaires importantes retinrent dans ses états, mais seulement son fils Louis, qui régna plus tard sous le nom de Louis VIII. Ce dernier, au nom de son père, et le roi des Romains conclurent une alliance offensive et défensive, qui aug-
(1) V. Albéric, Chronic, ad an. 1211 et 1212 ; Richer de Senones, Chronic,, lib. III, c. 19 et 20. Dom Calmet a publié (Hist., t. II, Preuves, col. ccccxxj et ccccxxij) les lettres de Frédéric II qui promettent trois mille marcs d'argent au duc de Lorraine ; elles sont datées de Haguenau, le 5« jour d'octobre 1212, et furent par conséquent expédiées quelque temps après Farrangement intervenu entre Frédéric II et Ferri, puisque cet arrangement fut conclu à Colmar ou dans les environs de cette ville.
(2) V. Richer, Chronic, lib. III, c. 6, lib. IV, c. 20.
menta la puissance de Frédéric et le mit en état de détruir complètement, au bout de quelques années, le parti de son com pétiteur (1)
Ferri survécut peu de mois à cette entrevue ; il mourut i ^, Nancy, au commencement d'octobre 1213, et fut inhumé dam
réglise abbatiale de Stulzbronn, entre son père, Ferri I*', et soi grand-oncle, Robert de Florenges. Son épouse, Agnès de Bar resta veuve assez longtemps et ne mourut qu'en 1220. Pour de raisons que nous ne connaissons pas, on ne Tenterra pas auprèi de son mari, et elle reçut la sépulture dans Tabbaye de Beaupré (2). Ferri II laissa six enfants : Thiébaut 1" et Mathieu II qui régnèrent successivement après leur père ; Jacques, un de< plus illustres évèquc de Téglise de Metz ; Renaud, auquel soi père donna la seigneurie de Bitche, mais sans y joindre lei vastes domaines que Ferri I" avait possédés ; Laurette, mariée î Simon de Sarrebriick ; et Alix, qui épousa en premières noces h comte de Kibourg, et en secondes noces Vauthier deVignory. Or a vu que Thiébaut I", comte de Bar, avait d'abord mis obstacle à ce mariage et avait arraché à Ferri II la promesse de n'y donner jamais son consentement; mais il paraît que Thiébaut se montra dans la suite plus traitable, puisque le mariage finit par se conclure.
Les règnes de Ferri I" et de Ferri II, qui furent très-courts, oui laissé peu de traces dans l'histoire de Lorraine. A l'exception de sa guerre malheureuse contre le comte de Bar, Ferri II .. j n'a presque fait aucune action que l'histoire puisse enregistrer ;
c'était cependant un prince qui ne manquait pas de mérite ; mais sa captivité, la nécessité de faire face aux charges qui lui avaient été imposées par le traité de Bar, et le peu de durée de
(1) V. Calmet, Hist., t. II, col. 136.
(2) V. Albôric, Chronic, ad an. 1213 et 1226. Il dit que Ferri II moMTMt post festum sancti Remigii (cette fSte tombe le !«>' octobre). On ne sait sur cruelle autorité Dom Calmet a indiqué le 10 octobre eemme date de la mort d« Ferri.
son règne expliquant suffisamment le silence des chroniqueurs, Ferri était fort pieux, comme la plupart de ses ancêtres, et il a laissé des preuves de sa générosité envers les églises et les monastères; il accorda, notamment, à l'abbaye de Saint-Epvre Texemption du droit de péage dans toute retendue de ses états , et régla, la même année (1211), les droits des voués de cette abbaye (1).
(1) Les deux chartes sont imprimées dans Calmet, Bist,t t. II, Preuves, col. ccccxx et ccccxxj.