‹ Histoire de Lorraine (volume 3)Chapitre 2 sur 11 · THIÉBAUT I · texte numérisé non relu

THIÉBAUT I

Le règne de Thiébaut 1" commença sous les plus heureux auspices ; le prince, jeune encore, était- toutefois assez mûr pour tenir d'une main ferme les rênes du gouvernement, et il possédait ces qualités extérieures, comme ces dons de l'esprit et du corps qui plaisent aux peuples et leur font fermer les yeux sur bien des défauts. Aussi l' avait-on surnommé le bel duc (1). Il avait épousé, en 1206, Gertrude, fille d'Albert comte de Dachsbourg, et, comme elle était l'unique héritière du comte (2), Thiébaut se trouva posséder, du chef de sa femme, une principauté alors très importante, et qui lui donnait pied en Alsace. D'un autre côté, il avait acquis, au même titre, le comté de Metz ; ce qui lui procurait une certaine influence dans la ville et même dans le temporel de l'évêché. Enfin, le 28 juillet 1214 (3), la duchesse Agnès de Bar céda à son fils tout ce qu'elle avait reçu de son mari, et de plus les villes de Longwy, de Stenay et d'Amance, qui formaient sa dot, et dont elle avait été mise en

(1) V. Chevriep, Hist.de Lor,, 1. 1, p. 177. Albéric {Chronic, ad an. 1213) dit, en parlant de Thiébaut : hte dux Theobaldus formosissimuB fuit omnium hominum existentium in illa provincia, vel etiam in mnltis allia.

(2) Albert éUit mort dès Tannée 1211.

(3) Quarta feria anto festum sancti Pétri ad vincula.

possession après la mort du comte Thiébaut (1) ; mais elle se réserva Vasufruit de ces domaines tant qa*elle vivrait. Elle prit aussi, dans un autre acte passé en présence de Tarchevèque de Trêves et de Tévèque de Toul, l'engagement singulier de ne jamais se remarier (2).

Les premières années du règne de Thiébaut furent troublées par la conduite criminelle de Mathieu, oncle de ce prince et évèque de Toul. Mathieu était né vers 1170, de Frédéric de Bitche et de Ludomille, et ses parents, qui avaient une famille nombreuse, et des domaines trop peu étendus pour établir tous leurs enfants d'une manière convenable, à leur gré, le destinèrent à rÉglise dès sa plus tendre jeunesse, sans avoir pris la peine d'examiner s'il avait du goût pour l'état ecclésiastique. A l'âge de six ans, Mathieu était pourvu de deux canonicats, l'un dans la cathédrale de Toul, l'autre dans la collégiale de Saint- Dié, et on voyait auti'efois, dans les archives de cette dernière église, un titre daté de Tannée 1178, où Mathieu était dénommé entre les témoins par ces mots : Mathœus puer eanonicus (3). Dix ans après, il fut, quoique bien jeune encore, nommé archidiacre de la cathédrale de Toul et prévôt de Saint-Dié. Le mérite de Mathieu eut peu de part dans ces élections, où il ne faut voir que l'efTet de l'iniluence exercée par la maison ducale, et le nouvel archidiacre ne tarda pas à prouver qu'il était indigne des hautes dignités auxquelles il venait d'être appelé. A peine sorti de l'adolescence, il séduisit une des religieuses du monastère d'Épinal et en eut une fille, qu'il fit élever en secret. Eudes de Vaudémont, évêque de Toul, étant mort en 1198, Mathieu, dont les écarts n'étaient pas encore publics, se mit sur les rangs pour lui succéder, et^ grâce aux intrigues et aux sollicitations

(1) Le eomte Thiébaut venait de mourir.

(2) V. les deux titres, dans Calmet, Hist,, t. II, col. ecccxxiv et

CCCCXXT.

(3) V. Benoît Picart, Hist. de Toul, p. 430.

mises en œuvre par ses parents, il fut élu. Il parait toutefois que cette élection rencontra une opposition assez vive , et que le prélat ne fat pas mis sans diffîcnlté en possession de son évêché, car rélection avait eu lieu en 1198, et c*est seulement en 1200 qu'il fait commencer son épiscopat dans un titre cité par Dom Calmet (1).

Une fois installé, Mathieu, débarrassé de tout frein, se livra à ses passions sans pudeur ni retenue ; ses mœurs étaient tellement déréglées, que Michel Ërrard, chambellan du duc Thiébaut P', dit que le prélat était le plus « grand paillardcux et c violenteur de garces qui fust en son temps (2) ». De plus, il dilapida, pour fournir à ses profusions, les biens de Févéché, dont il n'était que l'administrateur. Les chanoines, indignés de tant d'audace, et de perversité, s'élevèrent contre Mathieu, et, dès l'année 1202, prièrent le souverain pontife de prononcer la déposition du coupable. Pierre, premier archidiacre de l'église de Toul, se rendit à Rome, exposa les griefs du chapitre, accusa l'évêque de simonie, de dilapidation et de parjure, et offrit d'établir toutes ces assertions et de se soumettre, dans le cas oïL il n'apporterait pas de preuves suffisantes, aux peines canoniques réservées aux calomniateurs. Le pape, qui était partagé entre Tenvie de punir un prélat coupable de tels désordres et le désir de ménager une famille puissante, ordonna à l'archidiacre de porter sa plainte devant un tribunal ou siégeraient le cardinal-évèque de Palestrine, alors légat pontifical dans les pays voisins de la Lorraine, et les abbés de Beaulieu-en-Argonne et de Saint-Benoit-en-Voivre. Ces trois commissaires devaient examiner l'affaire avec attention et réser-

(1) Ibid., col, ceccxiij.

(2) V. les extraits des Mémoires de Michel Errard, dans le Recueil de Mory d^Elvange déjà cité. Nous parlerons plus bas du cham* bellan de Thiébaut.

ver an pape le jugement définitif (1). Ce n'était pas, au reste, une chose facile que de procéder à une enquête coutre Mathieu^ qui était fortement appuyé par le duc Simon II, son oncle, et par ses autres parents ; aussi les commissaires ménagèrent-ils entre Tévêque et le chapitre un accord provisoire, en exigeant de Mathieu la promesse d'être plus circonspect à l'avenir, et lui défendant, sous peine d'excommunication, d'aliéner aucun des domaines formant la manse épiscopale^ L'évêque promit tout ce qu'on voulut et continua à mener le même gcni*e de vie ; aussi, peu de temps après, le doyen du chapitre l'accusa d'avoir, au mépris de son serment, vendu ou donné vingt-deux domaines, en sorte que le revenu de l'évêché, qui s'élevait autrefois à mille livres touloises, était alors réduit presque à rien. Mathieu prétendit que la dilapidation des domaines de la manse épiscopale était le fait du chapitre ; puis il chargea son frère Simon, qui était un des archidiacres de la cathédrale, d'arrêter le doyen, dont les poursuites l'effrayaient, Simon, ayant pris quelques soldats avec lui, s'empara de la personne du doyen, le plaça sur un àne, les pieds liés sous le ventre de l'animal, et le conduisit devant Mathieu. Ce dernier le fit jeter dans un cachot, et ne lui fendit la liberté que par suite des menaces du légat, qui parlait de mettre tout le diocèse en interdit. Bientôt le légat, jugeant l'affaire suffisamment éclaircie, déclara l'évêque suspens de toute fonction ecclésiastique, lui enleva l'administration du diocèse et le frappa d'excommunication. Mais cet homme, endurci

(1) Nous empruntons tous les détails de la procédure à un mémoire publié par M. de la Porte du Theil, dans les Notices et extraits des manuscrits de la bibliot?ièque du roi^ t. III, p. 167 et suivantes ; ce travail est intitulé : Notice de plusieurs lettres anec* dotes du Pape Innocent III, tirées des archives de Saint-Pierre à Rome, concernant le procès de déposition de Maheu (ou Mathieu) de Lorraine, grand Prévôt de Saint-Dié, et Evêque de Toul en 1200 ; et, par occasion. Mémoire historique sur la vie de ce prélat.

dans le mal, n*eut aucun égard au jugement prononcé contre lui, et le chapitre de Toul députa le second archidiacre, Geoffroy, pour demander à Innocent III la confirmation de la sentence. Mathieu, de son côté, envoya à Rome des mandataires pour défendre ses intérêts. Le pape, après les avoir entendus, ainsi que Geoffroy, approuva la conduite du légat, et, par une lettre datée du 7 juin 1205, chargea le premier archidiacre de Paris, le pénitencier de Saint-Victor et Robert de Courzon, alors chanoine de Noyon, de se transporter à Toul et d'exécuter le jugement. Les commissaires pontificaux, après avoir tout examiné par euxmêmes, déposèrent Tévêque et permirent au chapitre de procéder à une élection. Cette sentence n* était pas encore publiée, lorsque Mathieu interjeta appel au Saint-Siège, et dépêcha à Rome son frère Simon pour tâcher d'obtenir de nouveaux délais. Innocent III, obsédé par les sollicitations des princes de la maison de Lorraine, eut Tindulgence de suspendre Texécution de la décision prise par les commissaires, leur prescrivit d'admettre révêque de Toul à purger canoniquement Taccusation d'avoir célébré l'office divin après son excommunication, et consentit même à nommer, quelques jours après, d'autres commissaires pour revoir derechef toute la procédure. Enfin, Mathieu se décida à se rendre lui-même auprès du pape, à la fin de l'année 1206 ou au commencement de l'année suivante. Il plaida artificieusement sa cause, produisit plusieurs faux témoins qui le déchargèrent en partie des accusations formulées contre lui, et, malgré les efforts de l'archidiacre Geoffroy, le souverain-pontife annula toute la procédure, mais déclara, en même temps, que Mathieu était suspect de dilapidation et entaché du crime de parjure, confirma la double interdiction prononcée contre lui et chargea Gauthier, abbé de Saint-Urbain, de l'administration du diocèse. Après une nouvelle instruction, qui traina en longueur et obligea l'archidiacre Geoffroy à faire encore le voyage d'Italie, le pape promulgua une sentence définitive, déposa le coupable,

autorisa les chanoines à le remplacer, et ordonna à Téyêqne de Châlons-sur-Marne et anx abbés de l'IsIe-en-Barrois et de Flabémont de choisir eux-mêmes un évêque, si les chanoines ne terminaient pas Télection quinze jours après en avoir été requis. Cette décision, qui faisait cesser un affreux scandale, fut à peine connue en Lorraine que le chapitre de Toul élut Renaud de Senlis, prélat des plus recommandables. Mathieu, abandonné de tout le monde et même de la plupart des membres de sa propre famille, se hâta d'engager entre les mains de son frère, Ferri II, le ban de Bon-Moutier, qui était une possession de l'église de Toul, et que le duc de Lorraine n'osa pas conserver. Comme on n'avait pas jugé à propos de dépouiller Mathieu de la prévôté de Saint-Dié, il se retira dans cette ville, se fit bâtir une demeure près du cloitre, et y attira la fille qu'il avait eue d'une religieuse d'Épinal. Cette femme, qui se nommait Adèle, était d'une grande beauté ; mais elle avait hénté de tous les vices de son père, et, par un abominable inceste, elle vécut publiquement avec lui. Tant de scandales soulevèrent enfin contre ce misérable ceux qui l'avaient défendu jusqu'alors. Fem, sur qui rejaillissait la honte des débortements de son frère, alla le trouver, et, après lui avoir adressé les plus sanglants reproches, fit enlever Adèle et l'enferma dans le château de Bernstein, en Alsace, dont Thiéhaut, fils de Ferri, était possesseur, à cause de son mariage avec Gertrude de Dachsbourg.

Mathieu, réduit à quitter Saint-Dié, s'enfonça dans les forêts voisines, avec quelques hommes qui lui étaient dévoués. Il passait ses journées à chasser et se retirait ordinairement, pendant la nuit, sur le sommet de la montagne de Clermont ; il y avait là une chapelle, dédiée à sainte Marie Madeleine, et quelques petits b&timents qui en dépendaient; Mathieu y cherchait un asile, avec ses gens, et pouvait, sans attirer l'attention de personne, s'y livrer à tous les excès. Il vécut ainsi pendant plusieurs années et parvint même, on ne sait comment, à obtenir la liberté

de sa fille, qui vint le retrouver et donna de nouveau Texemple de la plus dégradante immoralité. Quoique Renaud de Senlis n*eût pris aucune part à la procédure qui amena la déposition de Mathieu, celui-ci n'aspirait qu'après le moment où il pourrait assouvir sa fureur contre le prélat. Les fréquents voyages que fit Renaud, pendant les premières années de son épiscopat, empêchèrent révoque déposé de réaliser ses coupables projets ; mais une occasion favorable se présenta en 1217. Renaud de Senlis, qui faisait la visite pastorale de son diocèse, vint célébrer dans l'abbaye de Saint-Sauveur la fête de Pâques, qui tombait le 26 mars ; le lundi 27, Tévêque se rendit à Tabbaye de Senones ; il était accompagné de quelques clercs et moines, gens honnêtes et respectables, dont la société lui plaisait beaucoup. Il n'était pas encore arrivé dans le monastère, lorsqu'on y vit entrer deux individus qui demandèrent l'hospitalité; l'un était clerc, l'autre laïc ; tous deux avaient été envoyés par Mathieu pour épier les démarches et les projets de l'évêque. On n'en eut aucune défiance, et ils soupèrent même, le lundi soir, dans la chambre de l'abbé; mais ils disparurent le mardi matin, sans prendra congé. Le même jour, Renaud, après avoir chanté la messe et pris quelque nourriture, se mit en route, s'arrêta un instant dans l'abbaye de Moyen-Moutier, traversa ensuite Étival et se dirigea, en toute hâte, vers l'abbaye d'Autrey, où il comptait passer la nuit. Pour y arriver, on devait suivre, près du hameau de la Bourgonce, un chemin dangereux ; il côtoyait, en effet, le pied d'une montagne tellement abrupte et couverte d'un bois si fourré, qu'un cheval n'aurait pu la gravir que bien péniblement; de l'autre côté, le chemin était bordé par un marais profond, impraticable et dissimulé par d'épais buissons ; la route ell&» même avait à peine la largeur suffisante pour le passage d'une voiture; néanmoins, Mathieu, ne trouvant pas l'endroit assex difficile encore, obstrua, au moyen d'un abattis les deux côtés du chemin, afin que l'on ne pût essayer de fuir, et aposta près

de là les scélérats qui s'étaient attachés à sa fortune. Lorsque révèque et ses compagnons arrivèrent dans ce lieu» ils j furent attaqués à Timproviste ; Etienne, abbé de Saint-Mansuy fut renversé de cheval, dépouillé de ses vêtements et grièvement blessé ; plusieurs autres personnes eurent le même sort; enfin, les satellites de Mathieu se jetèrent sur Tévèque lui-même et Faccablèrent d* outrages. Un jeune homme, appelé Jean, qui était au service de la fille du prévôt, frappa Renaud de trois coups de poignard, un dans la poitrine et deux dans le dos, et le laissa mort sur la route. On assure que ce jeune homme avait reçu d'Adèle Tordre de tuer Tévêque, s'il tenait à rester en faveur auprès d'elle. Les brigands se retiraient, après avoir achevé d'enlever les objets précieux que portaient leurs victimes, lorsqu'ils rencontrèrent Mathieu, qui s'avançait à cheval, et une arbalète à la main. Il leur demanda ce qu'ils avaient fait, et ils le conduisirent dans le lieu où Renaud gisait entièrement nu ; le prévôt, après l'avoir considéré pendant quelques instants, pour s'assurer qu'il était mort, se retira dans les montagnes avec ses complices, au nombre desquels figuraient des clercs, et notamment un prêtre de Saint-Dié nommé Thierry.

Poursuivi par ses remords et par la crainte du châtiment, Mathieu chercha un refuge dans le château de Bilstein, situé en Alsace, et y emporta les dépouilles de l'évêque : les sainteshuiles, le saint-chrême, les sandales, etc. Il resta quelque temps dans ce château, dont le commandant lui était connu. A la Pentecôte suivante, le duc Thiébaut se rendit à Saint-Dié^ pour y passer les fêtes, avec un grand nombre de nobles. Mathieu, ayant conçu quelque espérance d'obtenir son pardon, gagna Saint-Dié, mais secrètement, car il craignait son neveu ; il savait, en effet, que les parents de Renaud de Senlis disaient hautement qi|e le duc de Lorraine avait consenti au meurtre du prélat et couvrait les assassins de sa protection ; il savait également que Thiébaut était fort affligé de ces plaintes et saisirait la première occasion

de prouver qu'elles étaient mal fondées. N*osant donc se présenter devant le duc, et n'ayant aucun asile sûr dans les environs de Saint-Dié, Mathieu se retira sur la montagne de Clermont et y célébra les fêtes, comme il put, avec quelques individus qui Tavaient occompagné, la plupart de ses anciens complices fuyant eux-mêmes, depuis qu'ils le voyaient en danger. Il se hasarda cependant à descendre à Saint-Dié, sous un déguisement, se présenta chez certains individus qui lui étaient attachés, et leur demanda s'il ne ferait pas bien d'aller trouver Thiébaut et d'implorer sa grâce ; on l'en dissuada et on lui apprit que le duc témoignait publiquement sa colère contre lui, et l'intention de lui ôter la vie, s'il le pouvait. Mathieu découragé se réfugia de nouveau sur le Clermont. Le mercredi après la Pentecôte, Thiébaut partit de Saint-Dié et se dirigea de nouveau vers le village de Nompatelize ; arrivé près d'un ruisseau qui coupait la route, il aperçut Mathieu s'avançant à sa rencontre. Le duc furieux dit à Simon sire de Joinville, qui l'accompagnait : a Si vous m'aimez, percez-le de votre lance ». < A Dieu ne plaise, répondit Simon, que je tue jamais un homme d'une aussi haute naissance ! » Thiébaut, arrachant alors la lance des mains du sire de Joinville, courut sur le prévôt, qui se jeta à genoux et lai demanda pardon ; mais le duc, sourd à ses prières, lui perça la poitrine d'un coup de lance et continua son chemin. Des passants trouvèrent le cadavre du prévôt couché dans le ruisseau et le portèrent à Saint-Dié, où on lui refusa la sépulture ecclésiastique ; on le conduisit de là sur le Clermont, et après l'avoir placé dans un cercueil en bois, ou le suspendit entre la voûte et la toiture de la chapelle dont nous avons parlé ; enfiUy on le précipita dans une fosse à loups, que l'on combla en y jetant des pierres et des morceaux de bois. Adèle, fille de Mathieu, méprisée de tout le monde^ épousa un arbalétrier de Gerbéviller, s'exila en Allemagne, avec son mari, et y mourut au bout de peu de temps, après avoir obtenu, non sans peine.

Tassurance qa*elle serait inhumée en terre sainte (1). La vengeance divine s*étendit aussi sur la plupart des autres complices de Mathieu, qui périrent misérablement.

Ces tristes événements ne furent pas les seuls qui empoisonnèrent le commencement du règne de Thiébaut. On a vu que Ferri, père de ce prince, avait aidé le roi des Romains Frédéric II à s*emparer de TÂlsace ; que Frédéric avait engagé au duc de Lorraine la petite ville de Rosheim, et que le roi et le duc avaient vécu en très-bonne intelligence. Cet accord ne dura pas longtemps, et, aussitôt après la mort de Ferri, Frédéric, sans se mettre en peine de payer la somme qu'il devait, reprit la ville de Rosheim, ce qui mécontenta beaucoup Thiébaut I". Le roi pensait-il qu'il avait promis à Ferri une somme trop forte pour les services qu'il en avait reçus ? Faut-il, au contraire, ne voir ici qu'un de ces actes de déloyauté si communs dans la vie de Frédéric? Nous l'ignorons.

Quoiqu'il en soit, Thiébaut ne put se résigner à perdre Rosheim. Il assembla un grand nombre de soldats, confia le commandement de l'infanterie à un seigneur nommé Lambyrin d'Arches (2), que plusieurs généalogistes regardent comme la tige de la maison d'Ourches (3), et lui ordonna de descendre dans la vallée de la Brusch, et de s'y arrêter jusqu'à l'anxivée

(1) V. Richer, CArontc, lib., III. c. 1-4. Michel Errard raconte en partie les mêmes faits, mais avec quelques circonstances différentes.

(2) Lambvrin était comme le maître de l'hôtel dueal, quasi major domns, dit le chroniqueur Richer.

(3) Le sieur d'Ourches, prieur commendataire de Varangéville, qui mourut à la fin du XVI* siècle, prétendait descendre de Lambyrin ; mais la chose semble peu probable, car le château d'Arches et le village d'Ourches sont deux lieux bien distincts, et la prétention de la famille d*Ourche paraît ne reposer que sur une similitude de noms tout à fait fortuite.

de la cavalerie. Lambyrin se conforma à la première partie de ces instructions ; mais, voyant que le duc, retardé par quelques obstacles, ne le rejoignait pas comme il Tavait promis, il céda au désir de tenter seul un coup de main sur la ville de Rosheim, qui n'était entourée que d*un fossé, et probablement de quelques palissades. Il s'en empara sans coup férir. Les habitants, surpris et déconcertés, n'opposèrent aucune résistance et se réfugièrent dans l'église, ainsi que dans le cimetière qui était clos de murs, et où les Lorrains n'allèrent pas les attaquer. Cbevrier prétend même que les bourgeois aidèrent les assaillants à entrer .dans la ville (1); mais c'est une erreur. Tout allait bien jusque là ; malheureusement Lambyrin ne sut pas maintenir parmi ses soldats une exacte discipline ; ils pénétrèrent dans les maisons, les mirent au pillage, s'emparèrent de plusieurs tonneaux de vin et de vivres de toute espèce, et, comme personne ne se présentait pour leur disputer leur conquête, ils quittèrent leurs armes, et se mirent à manger el à boire avec si peu de retenue que la plupart ne tardèient pas à être plongés dans l'ivresse. On les voyait étendus par terre cà et là, et ils n'avaient pris aucune précaution pour être prévenus de l'arrivée de l'ennemi. Un chevalier nommé Otton, qui habitait Rosheim et avait une grande réputation de bravoure, fut témoin de cette scène et forma aussitôt le projet de délivrer la ville. 11 représente aux habitants l'état d'ivresse dans lequel se trouvent les Lorrains, et les engage à faire une sortie et à exterminer ces étrangers. Les soldats de Lambyrin étant presque tous hors d'état de tenir leurs armes et même de s'enfuir, les bourgeois firent main basse sur ceux qu'ils rencontrèrent, et Richer en évalue le nombre à plus de cent vingt. Leur chef et quelques-uns de ses officiers, qui avaient

conservé leur raison, montèrent à cheval avec précipitation et

(1) V. HUt. de Lorr,, t I, p. 181,

s'enfuirent par la porte conduisant à la vallée delà Brusch; d'autres traversèrent le fossé et se réfugièrent sur les montagnes voisines ; d'autres, enfin, appesantis par le vin et affaiblis par leurs blessures, se cachèrent, jusqu'à la nuit, dans les jardins dont la ville était entourée, et se sauvèrent, comme ils purent, au travers des forêts qui couvrent la chaine des Vosges. Les habitants de Rosheim, assurés que l'on ne songeait pas aies attaquer, fouillèrent les maisons et les caves et y massacrèrent, jusqu'au dernier, beaucoup de Lorrains qui y étaient restés. Lambyrin et ses compagnons rejoignirent Tbiébaut, qui n'était plus qu'à peu de distance de Rosheim, et qui> à la nouvelle du désastre que nous venons de raconter, reprit le chemin de ses états (1).

Cet événement s'était accompli soit à la fin de 1213^ soit plutôt dans les premiers moments de l'année suivante, et il fit naitre entre Frédéric II et Thiébaut une inimitié, qui eut pour le second des suites bien funestes. Quoique le duc de Lorraine fût cousin de Frédéric, quoique son père Ferri eût prit hautement parti pour l'héritier des Hohenstauffen, quoique Thiébaut luimême eût entretenu des rapports d'amitié avec le roi Philippe- Auguste (2), on le vit, poussé par son ressentiment contre Frédéric II, soutenir les intérêts d'Otton IV; et, lorsque ce dernier prince s'associa à la ligue formée contre le roi de France, le duc lui amena un contingent assez considérable et se trouva à la bataille de Bouvines parmi les confédérés , tandis que le comte de Bar, Henri II, était dans l'armée de Philippe-Auguste. Quelques auteurs avaient pensé que Thiébaut n'avait pas renoncé à l'alliance du roi de France ; mais le témoignage de Guillaume-

Ci) Richer, Chronic, lib. III, c. 21 et 22.

(2) c Moult grand amour et lovauté furent devers Monsignor c (Thiébaut I*') et 11 roy des François qu'appelons Philippe le c deux. . . > V. Michel Ërrard, recueil cité.

le-Breton est trop positif pour laisser le moindre doate à cet égard (1).

De retonr en Lorraine après la bataille de Bouvines, le dnc dissimula et fit quelques démarches pour se réconcilier avec Frédéric II. Le roi des Romains ayant visité Metz au mois de décembre 121&, Tbiébaut se rendit dans cette ville, et parvint à rentrer en apparence dans les bonnes grâces de Frédéric, dont l'ascendant en Allemagne devenait irrésistible. Le roi ne témoigna aucun ressentiment contre son cousin et même, pour lui donner une marque de confiance, il le chargea, conjointement avec Tarchevêque de Trêves, de prononcer sur une difficulté qui s'était élevée entre les chanoines de la cathédrale de Metz et quelques marchands de la ville de Huy, au sujet des péages que ces derniers ne voulaient pas acquitter. Le duc et Tarchevéque déclarèrent que ces marchands ne devaient pas être exempts des péages, bien qu'ils eussent des maisons dans l'intérieur de la ville, parce qu'ils n'habitaient leurs maisons que momentanément et qu'ils ne faisaient ni guet ni garde, comme les bourgeois (2). Le jugement fut rendu le 29 décembre. Peu de jours auparavant, le duc de Lorraine, qui nourrissait toujours le projet de reprendre Rosheim, et comprenait la nécessité de se faire des alliés en état de le soutenir au besoin, conclut avec Conrad de Scharphennech, évéque de Metz, un traité par lequel ils s'engagèrent à s'entr'aider et à se porter secours contre tout homme vivant^ hormis cependant l'archevêque de Trêves et le

(1) Guillaume en faisant la description de l'armée confédérée, s'exprime en ces termes:

Excitât ex alla Lotharingos parte bilingues Dux SUU8, aurivolis replicantes agmina signis ; Qui, cûm simplicibus soleant..., etc.

Philippidos lib. X, V. 381 et seq., dans le Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XVII, p. 248.

(2) Ce jugement fut ratifié par le roi des Romains ; Y. le texte, dans Meurisse, Eist. des évesqves de Metz^ p. 442 et 443.

comte Henri de Bar. Ils exceptèrent aussi, et en première ligne, le roi des Romains, dont Thiébaut n'aurait pas alors bravé impunément Tautorité (1). En 1216, le duc conclut un autre traité avec Etienne, comte d*Auxonne, auquel il promettait de payer une somme de sept cents livres, monnaie de Besançon. D*après Dom Cnlmet, ce traité aurait eu pour but de régler différentes affaires féodales qui intéressaient les deux princes (2); d*après Chevrier, au contraire, Thiébaut, en promettant sept cents livres à Etienne, voulait en obtenir des secours pour la campagne qu'il méditait depais longtemps (3). Enfin, en 1218, le duc de Lorraine, n'éprouvant plus d'embarras d'aucune espèce, et croyant Frédéric II très occupé au delà du Rhin et hors d'état de veiller sur ce qui se passerait en Alsace, le duc de Lorraine, disonsnous, rassembla des soldats, sous un prétexte quelconque, traversa les Vosges et s'empara de Rosheim, sans aucune difficulté. Il ne s'en tint pas là. Emporté par un imprudent désir de vengeance, il commit de grands ravages en Alsace et attira enfin sur lui tout le poids de la colère de Frédéric. Wolfel, bailli-général d'Alsace, s'était empressé de réunir les forces de la province, et le roi lui-même vint le joindre avec un corps de cavalerie. Thiébaut n'avait que peu de monde à lui opposer, car presque tons les nobles lorrains, qui voyaient le duc courir à sa perte, avaient refusé de lui amener leurs contingents, en sorte qu'il était réduit à ses vassaux directs et aux aventuriers qu'il soldait. Laissant quatre cents hommes dans la ville de Rosheim, qu'il avait, sans doute, fortifiée à la hâte, il franchit de nouveau les montagnes et rentra en Lorraine, où il fut immédiatement suivi par Frédéric ; « et fut Monsignor, ajoute Michel Errard, en c grand pourchas et desconfiture, en tant que faillit estre prins,

(1) Ce traité est imprimé dans Calmet, Hist,j t. II, Preuves^ col. ccccxxiv.

(2) V. ibid., t. II, col. 215.

(3) V. Chevrier, Eisi. de Lor., p. 187.

« et fut sa ville qu*a nom Âmance le sien recours et réconfort, < n*en trouvant autre en ses estats (1) >. Forcer le duc dans cette retraite n'était pas chose facile. Le château d' Amance s'élevait sur un monticule isolé, qui domine le village actuel, situé lui-même au sommet d'une colline escarpée. C'était un octogone irrégulier, dont chacun des angles était défendu par une grosse tour, et au centre se trouvait un donjon, qui pouvait encore opposer une longue résistance, après que la première enceinte aurait été enlevée. Frédéric, n'osant tenter un assaut, se borna à bloquer la forteresse, et comme il craignait d'être attaqué par les forces supérieures qu'auraient pu réunir les alliés de Thiébaut, il invita le comte de Bar, Henri II, et la comtesse de Champagne à venir châtier ensemble leur ennemi commun. On ne sait quels étaient les griefs de Henri contre le duc de Lorraine, mais on connaît ceux de la comtesse. Thiébaut avait eu en effet, l'imprudence de prendre part à la guerre de succession dont la Champagne était le théâtre, et de soutenir Érard de Brienne, qui revendiquait la couronne contre Blanche de Navarre, veuve du comte Thibaut III et mère de Thibaut IV. Cette princesse avait été extrêmement irritée de voir le duc de Lorraine se mêler à une querelle qui ne le concernait aucunement ; toutefois, elle avait fermé les yeux sur cette agression injuste, parce qu'elle désirait d'abord affermir son autorité et celle de son fils ; mais elle avait résolu de s'en venger, et elle s'empressa de saisir l'occasion favorable qui se présentait. Blanche et le comte de Bar prirent le chemin d'Amance avec leurs troupes ; ils approchaient déjà de ce lieu, lorsque le duc de Lorraine, qui ne voulait laisser, à proximité de sa retraite, aucun lieu fortifié où le roi des Romains et ses alliés pussent s'établir, envoya le capitaine Simon, « avec quelque cinquante hommes >, pour brûler la ville, ou plus exactement le bourg de Nancy. « Et li dict

(1) V. le recueil déjà cité*

t capitaine, ajoute Errard, s'acquitta par trop bien de sa misc sion, et ne resta maison qni fast entière et qui ne fust en c flammes dans la ville dudict Nancy, dont fut grandemement c mal à tout chascun. Aucuns blasmaient Monsignor, et n*avoient c pas tort, disant que c*estoit à luy folie et malveillance ; et c avint en oultre que li capitaine Simon ne put oncques rejoinc dre Âmance, mais fut prins à la sortie de Nancy et mis es « prisons (1). » D'après Richer, ce seraient, au contraire, le comte de Bar et la comtesse de Champagne qui, après avoir passé la nuit à Nancy, auraient incendié le bourg, en quittant le lendemain (2). Cette dernière version est plus vraisemblable ; mais comme les deux auteurs sont contemporains, et que Michel Errard donne certains détails qu'il ne se serait pas amusé à inventer, son récit nous parait devoir être adopté de préférence. Quoiqu'il en soit, Frédéric, après avoir opéré sa jonction av«c ses auxiliaires, poussa vivement le siège d' Amance. Thiébaut avait dépéché des hommes de confiance vers ses alliés, pour les prier d'accourir à son secours ; mais il ne recueillit que des refus. L'évêque de Metz avait formellement excepté le roi des Romains, lorsqu'il s^stait engagé à prêter main-forte à Thiébaut contre ses ennemis; le comte d'Auxonne ne lui envoya pas de soldats ; enfin, on vit non-seulement des étrangers, mais même plusieurs seigneurs lorrains se rendre dans le camp de Frédéric II et grossir son armée. Le duc abandonné de tout le monde, continuait cependant à opposer une vigoureuse résistance. Sommé deux fois d'ouvrir les portes du château, il demanda une capitulation honorable, qui ne lui fut pas accordée. Ici encore nous trouvons les historiens lorrains en désaccord. Suivant Richer, Thiébaut, perdant courage à la vue des préparatifs menaçants feits pour enlever la forteresse, en sortit désarmé et vint se

(1) V. Même Recueil des Sistor, des Oaules^ dtc.

(2) V. Chranie., Ub. III, c.

jeter aux pieds de Frédéric (1) ; les lambeaux da texte d*Errard ne s*éloignent pas beaucoup de ce récit, car on y lit que le duc fut forcé de se rendre : mais les mémoires de Bar, cités par Chevrier, disent formellement que la forteresse d*Amance fut prise d'assaut, la garnison passée au fil de Tépée, et le duc enfermé et gardé à vue dans une des tours, que Ton appela depuis la tour de Thibaut (2). Ce qui est certain, c*est que, d*une manière ou d*une autre, Thiébaut tomba au pouvoir de Frédéric, qui lui imposa un traité humiliant, après avoir promis de montrer de rindulgence. On n*a plus le texte du traité ; néanmoins, on en connait les principales dispositions : Thiébaut renonçait à la possession de Rosheim, s'engageait à ne jamais réclamer les trois mille marcs promis à son père, et consentait à ce que la forteresse d'Âmance fut occupée par une garnison allemande (3). Le duc n*eût pas de peine à satisfaire le comte de Bar et certains alliés du roi des Romains ; la comtesse de Champagne seule fut exigeante. Thiébaut, après avoir reconnu qu'il avait manqué à la fidélité qu'il devait, comme ses prédécesseurs, à la comtesse et à son fils, promit de ne fournir personnellement, et de ne laisser fournir par ses vassaux aucun secours à Érard de Brienne et à Philippine son épouse ; pour garantir l'exécution de ces stipulations, il remit entre les mains de Blanche de Navarre deux fiefs que le comte de Bar et Hugues seigneur de la Fauche tenaient de lui, et il consentit à ce que Eudes III duc de Bourgogne fit garder par ses soldats la forteresse de Châtenoj. Cette convention, qui fut conclue le 1" juin, et ratifiée par le roi des Romains et le duc de Bourgogne, ne paraît par fort onéreuse ; mais le premier article, si l'on peut s'exprimer ainsi, renfermait une clause dont les efiTets devaient être bien fâcheux pour

(1) V. Chron., 1. III.

(2) V. ibid.. p. 196-198.

(3) Y. Chevrier, Hist. de Lor., p. 199. Il cite Michel Errard.

les successenrs de Thiébant. Il se reconnaissait vassal de la comtesse de Champagne, comme ses aïeux, dit-il (quoique nous n*ayons jamais vu nulle part que les premiers ducs de Lorraine fussent liés aux comtes de Champagne par un lien quelconque de vasselage), et nous dirons plus loin quelles furent les conséquences de cette stipulation. Enfin, le 3 juin, Thiébaut déclara qu'il déliait de leurs engagements envers lui tous les hommes du comte de Champagne, leur fit remise de Thommage qu'ils lui avaient prêté, à l'occasion de son intervention dans les troubles dont cette province était le théâtre, et s'engagea à rendre, dans la quinzaine, les lettres que ces gentilshommes avaient déposées entre ses mains (1).

On a prétendu, mais sans en donner aucune preuve, que le roi des Romains n'avait pas assista au siège d'Amance ; que ce prince était alors en Allemagne, et que Wolfel, bailli-général d'Alsace, avait seul commandé les Allemands pendant la courte campagne dont on a lu le récit. Cette assertion est erronée. Si Frédéric s'était trouvé en Allemagne pendant les mois de mai et de juin 1218, on posséderait certainement des chartes datées de quelque ville de ce pays ; or, M. Pertz n'en a pu recueillir aucune ; on sait, d'ailleurs , par différents diplômes publiés dans les ouvrages de Schœpflin (2), que Frédéric II était en Alsace, durant les mois de janvier, février et mars 1218 ; il était àHayence à la fin de mars, et à Francfort au milieu d'avril.

(1) Le traité conclu entre Blanche et Thiébaut est imprimé dans Calmet, Hist., 2* édition, t. III, Preuves, col. cxxvj ; les ratifications de Frédéric II et du duc de Bourgogne ont été publiées n|r M. Noël {Mémoires pour servir à Vhistoire de Lorraine), n? 6, ^59-62); les lettres par lesquelles Thiébaut quitte les hommes du comte de Champagne se trouvent dans Calmet, Hist,, l^ édit., t. II, Preuves^ col. ccccxxvij et ccccxxviij.

(2) y. Alsatia diplomatica^ 1. 1, p. 833 et suiv. ; Historia Zaringo* BadensiSy t. V, p. 146.

Nous le retrouvons à Wutzbourg, le 12 juillet ; à Wimpfen, le 22 ; à Ulm, au mois de septembre, etc. On ne possède sur rhistoirede ce prince, pendant les mois de mai et de juin 1218, que les renseignements fournis par les chroniqueurs lorrains et les chartes analysées plus haut. Les témoignages des uns et des autres sont trop formels pour qu'on puisse les éluder. Michel Errard, dont nous ne possédons plus, il est vrai, la rédaction primitive, ne parle que de Frédéric, à l'occasion du siège d'Amance, supposant que ce prince y était toujours en personne ; et nous n'avons pas besoin de faire observer combien a d'autorité le rapport du chambellan de Thicbaut, qui, selon toutes les apparences, avait accompagné le duc dans sa campagne d'Alsace, dans sa retraite de Lorraine, et qui, probablement, se trouvait enfermé, avec lui, dans la forteresse assiégée. Richer, qui habitait, à la vérité, l'abbaye de Senones, mais recueillait avec soin, pour les faire entrer dans sa chronique, tous les événements de cette guerre, assure, en plusieurs endroits, que le roi des Romains commanda son armée, entra lui-même en Lorraine, fit le siège d'Amance, etc. (1). Thiébaut, dans les lettres qu'il donna à la comtesse de Champagne, écrit, en propres termes, qu'il a prié le roi des Romains de ratifier leurs conventions (2). Les lettres confirmatives de Frédéric II sont plus positives encore ; il dit que le traité en question a été conclu en sa présence, et il date ses lettres d'Amanet, le 1" juin 1218 (3). Une mention semblable se rencontre dans les lettres d'Eudes III, où l'on voit que le traité a été arrêté en

(1) V. Chronic.y lib. III. c. 23.

(2) ... Et karissimos dominos meos Freder. regem Romanonim iilustrem, Theodor. Treverensem archiepiscopum,... rogavi ut eadem...

(3) ... In nostra çresentia talis pax et concordia intervenit

Actum apud E8manciam,anno gratis milleaimo ducentesimo octavo decimo, Kalendas junii, indictione sezta.

présence du roi des Romains (1) ; enfin, dans la charte par laquelle Thiébaut quitte les hommes du comte de Champagne , il emploie la même formule (2), ce qui ne doit laisser aucun doute sur le fait dont il s*agit.

Richer croit que Frédéric, non content d*imposer au duc de Lorraine des conditions assez dures , l'emmena en Allemagne , où il le retint prisonnier pendant quelque temps : mais le chroniqueur de Senones a commis une erreur, en confondant deux dates assez rapprochées, ainsi que l'établit le récit de Michel Errard. En effet, une fois les différents traités conclus, ratifiés 'et exécutés, Frédéric et ses auxiliaires retournèrent dans leurs états, et Thiébaut , devenu libre , se rendit à Nancy , où il s'occupa immédiatement à reconstruire cette ville, dont les ruines étaient encore fumantes. Plein de dépit et de ressentiment, il prit prcsqu*aussitôt la résolution de violer les conventions d*Amance, et commença par chasser de la forteresse de Châtenoy la garnison qui y avait été placée par le duc de Bourgogne. Ce prince venait de partir pour la croisade, et Thiébaut supposait qu'il ne reviendrait pas sur ses pas pour venger un pareil affront. Le duc de Lorraine aurait bien voulu expulser de même les soldats allemands qui occupaient Amance, mais il n'osa tenter un coup de maiu aussi hardi. Cependant, Frédéric, qui se trouvait à Viirtzbourg au commencement de juillet, avait appris le manque de parole dont Thiébaut s'était rendu coupable ; il avait juré de l'en punir, et, comme ses affaires ne lui permettaient pas d'envahir la Lorraine une seconde fois , il eut recours à une manœuvre déloyale. Il écrivit au duc pour lui faire entendre qu'il était disposé à accorder des conditions plus favorables que celles du traité d' Amance, si Thiébaut consentait à

(1).... In prsBBentia domini régis Romanomm et domini arehiepiscopi Treverensis

(2).... In prœsentia domini régis AUemanniea quittavi....

v^nir près de lui à Wurtzbourg, et à discuter ensemble les dauses d*an nouvel accommodement. Le duc se laissa prendre à ce piège grossier et se mit en route pour l'Allemagne ; c ce que c Monsignor résolut, dit Errard^ dont nous transcrivons le naïf if récit, à rencontre des siens affidez, que conseilloient de rester, ff et estoient les dicts serviteurs moult avisez. Fut li Duc, quand c fut à Tarrivée, grandement festoyé, mais au matin ne put sortir c et fut détenu, et disoit, en sa douleur, à moj qui Tavois suit « (suivi) et qu'estois en sien appartement : Amy, falloit creire : « et n'estions qu'à six avec li : moy, un sien page et quatre de « sa noblesse, que fusmes ainsy détenus. Avint à part nous « grande souciance et soupçon que fust maie intention et vou- « loir, dont Monsignor fut moult féru de crainte et de défiance. « Et avoit grandement raison Monsignor, quand refusoit de c toucher certains mets qu'estoient sur la table es heures d'y « repaistre, et ne vouloit y panre (prendre) que n'eusse veu « moy-mesme l'apprestement et essai, et disoit (à) tout meshuy « qu'avoit grande peur de poison. Que pensoit bien, et « qu'avons eu par trop malencontreusement en expérience, c quand revimmes , et que nous fut octroyée liberté et puissance <r de venir en Lorraine (1). :» Ces particularités sont confirmées par le chroniqueur Richer, qui visita le duc de Lorraine pendant sa captivité à Wiirtzbourg. Philippe de Herbéviller, oncle de Thiébaut, avait profité de l'absence de celui-ci pour molester les religieux de Senones ; et, comme on craignait qu'il ne poussât plus ses entreprises, Henri, abbé de ce monastère, chargea Richer d'aller vers le duc et de lui demander sa protection contre l'ambition de Philippe. Le chroniqueur partit pour s'acquitter de cette mission, car Frédéric forçait ce prince à l'accompagner dans tous ses voyages. Il le faisait manger à sa table et ne lui permettait de se faire suivre que d'un page, qui

(1) V. Michel Errard, recueil cité.

portait son manteau. Quant aux quatre chevaliers qui avaient accompagné le duc, ils étaient obligés .de loger dans les hôtelleries, et le roi leur fournissait le nécessaire, mais il leur était interdit de se présenter à la cour. Richer apprit enfin que Thiébaut était à Wiirtzbourg ; il s'y rendit et le trouva dans YHosterfrank, c*est-àrdire rhôtellerie des Français. Le moine de Senones fut bien accueilli, resta huit jours auprès de son souverain, et après avoir obtenu ce qu'il désirait, revint dans son monastère (1).

Michel Errard et Richer ne nous apprennent pas combien de temps dura l'absence de Thiébaut ; mais nous savons qu'elle se prolongea pendant plusieurs mois, et cela résulte d'une expression de Richer ; il dit, en effet, que Frédéric retint longtemps près de lui le duc de Lorraine (2). Cet éloignement, que l'on avait d'abord supporté avec patience, finit par lasser les sujets de Thiébaut ; le bruit se répandit que jamais Frédéric ne relâcherait son prisonnier ; les brouillons s'empressèrent d'accréditer cette rumeur, et divers membres de la noblesse s'entendirent et convinrent de profiter de la captivité de Thiébaut pour déposer ce prince , dont le gouvernement avait soulevé des plaintes nombreuses. Nos vieux historiens n'admettent pas la réalité de la conspiration, qui parait bien extraordinaire au premier coupd'œil, et dont quelques circonstances sont évidemment con- Irouvées. Les doutes augmentent encore quand oi^ observe que la chronique de Richer et les fragments de Michel Errard gardent sur cet événement le silence le plus complet. Néanmoins, le récit de Thierriat, qui s'appuie sur les mémoriaux du temps^ est si bien ordonné que l'on ne peut guère y voir un conte fait à plaisir ; les mêmes faits étaient, d'ailleurs, rapportés dans les Mémoires de Bar et une autre chronique

(1) V. Chronie., lib. Ill, c. 23.

(9) ... Et sic enm enm eo diu detinuit.

manuscrite citée par Chevrier (1) ; enfin^ il est certain que la constitution de la Lorraine et la puissance de la noblesse rendent parfaitement raison de cette conspiration singulière.

Philippe de Gerbéviller, considérant que Thiébaut n* avait pas d*enfants, et que Mathieu second fils de Ferri II était jeune et sans expérience, conçut Taudacieui^ projet de se faire élire duc de Lorraine à la place de son neveu. Il convoqua une assemblée générale de la noblesse ; en d'autres termes , il ouvrit une session des États. On ne sait pas, au juste, quelle fut Torganisation de ces États, et il parait que, sans doute, à cause de Tabsence du prince, on ne les réunit pas dans la forme ordinaire, et qu'ils ne furent pas composés de toutes les personnes qui devaient y assister. Ainsi , nous n'y voyons pas figurer les prélats, notamment révoque de Toul, qui firent partie des états de Lorraine, bien loi^emps avant que les villes y fussent représentées ; et, d'un autre côté, Lambyrin d'Arches, qui n'appartenait pas à l'ancienne chevalerie et devait être exclu des états pour cette raison, non seulement y prit séance, mais y joua même un rôle important.

Malgré ces in*égularités , la réunion des nobles , dans cette occurence critique, ne peut pas être regardée comme un acte de rébellion; elle était tout-à-fait légale, si l'on peut employer cette expression quand il s'agit du XIIP siècle. Ce qui prouve encore que l'assemblée n'avait pas un caractère factieux, c'est qu'aucun membre de la famille ducale ne fit le moindre efibrt pour s'opposer à la convocation ; et l'épouse même de Thiébaut, Gertrude de Dachsbourg, y donna son assentiment. Thierriat fait toutefois observer que la conduite de la princesse déplut à diverses personnes. « Ce qui plus surprint, lit-on dans ses « mémoires, les bons et affidez serviteurs à Monseigneur, c'est < qu'oncques la Duchesse ne parut en porter plainte, mais bien

(1) V. Hist, de Lorr., I, p. 201 et suiv.

< approuver les susdicts desportemens (1). » Au reste, Gertmde vivait mal avec son mari ; Michel Errard, qui avait probablement reçu quelques confidences de son maître, laisse percer le mépris qu'elle lui inspirait ; il ajoute même que la princesse

c moult aimoit esbas d*amoureux et menée , dont ne se

c fit faute (2) ».

Quand la noblesse fut assemblée, les partisans de Philippe de Gerbéviller, pour préparer les esprits aux propositions qui allaient être discutées, répandirent des bruits alarmants et soutinrent de nouveau que jamais le duc ne reverrait ses états. A les entendre, la Lorraine était dans une position des plus difficiles ; le roi des Romains, le comte de Bar, la comtesse de Champagne, irrités de la mauvaise foi de Thiébaut, allaient certainement faire retomber sur le duché tout entier ce qu*il ne fallait imputer qu'à un homme, et prendre des mesures rigoureuses pour assurer, d'une manière efficace, l'exécution des traités d'Amance ; dans des circonstances semblables, la Lorraine avait besoin d'avoir à sa tête un homme ferme et capable de faire face au danger; or, cet homme ne pouvait être que Philippe de Gerbéviller, prince d'un âge mûr, d'une capacité et d'une valeur reconnues, et d'ailleurs un des plus proches parents de Thiébaut, puisqu'il était frère de Ferry IL Les partisans de Thiébaut, de leur côté, faisaient tous les efforts possibles pour empêcher les nobles d'en venir à une mesure aussi grave que l'élection d'un nouveau duc. C'était effectivement une chose sans exemple en Lorraine, et, bien que la noblesse, en se prononçant, après la mort de Gérard d'Alsace, en faveur de Thierry, fils de ce prince, lui eût assuré le trône, on ne peut pas dire cependant qu'une pareille déclaration constituât une élection véritable.

(1) V. les extraits des Mémoires de Thierriat, rogne de Thiébaut I*% dans le Recueil deMory d'Elvange déjà cité.

ÇSi V. le recueil cité.

Lambjrin se fit remarquer parmi ceox qui restèrent fidèles à Thiébaut, et Thierriat lui prête même, à cette occasion, un discours imité de ceux de Tite-Live, et que par conséquent, nous nous dispenserons de rapporter. La harangue de Lambyrin allait engager la noblesse â montrer plus de circonspection et de prudence, lorsque Hugues, comte Lunéville, qui affectait à Textérieur beaucoup de zèle pour les intérêts de Philippe, mais ambitionnait, dit-on, la couronne ducale pour lui-même, prit la parole à son tour. Cétait un homme timide qui avait la réputation de fuir le danger, mais il était adroit, rusé et fertile en expédients. Il conjura rassemblée de ne pas appeler au trône le jeune frère de Thiébaut et de lui préférer Philippe, dont les talents étaient connus de tout le monde. Toutefois, Hugues disposait secrètement les esprits à sa propre élection, et Philippe, craignant que le résultat ne répondit pas à son attente, proposa de suspendre toute décision pendant quinze jours ; il se flattait de regagner par ce moyen le terrain qu'il arait perdu, et le comte de Lunéville ayant consenti à Tajoumement, la noblesse se sépara. Les quinze jours de délai furent employés par les deux candidats à de sourdes manœuvres, dont le but était d'engager les nobles à procéder à une élection ; mais, au moment où l'on allait prendre un parti définitif , on reçut un message de Conrad, évêque de Metz, annonçant le prochain retour de Thiébaut. A cette nouvelle, Philippe, le comte de Lunéville et leurs partisans se dispersèrent et tâchèrent d'ensevelir dans l'oubli tout ce qui venait de se passer (1). Telle est, d'après Thierriat, Thistoire de cette assemblée de la noblesse lorraine que nous n'hésitons pas à ranger parmi les sessions des États. Plusieurs des détails consignés dans les mémoires de Thierriat sont certainement apocryphes ; mais, quant à la réunion des

(1) V. Chevrier, Hist. de Lor., p. 201-216.

nobles et aux projets attribués à Philippe de Gerbéviller et au comte de Lunéville, il est impossible de les révoquer en doute. Nous avons laissé Thiébaut à Wiirtzbourg, où Frédéric le retint assez longtemps, sans vouloir lui accorder la permission ni même lui laisser Tespérance de revoir la Lorraine. Le duc, ne pouvant fléchir lui-même le roi des Romains, chargea Michel Errard d*aller trouver Tévêque de Metz, qui était très-attaché aux intérêts de Thiébaut, et de lui peindre sa triste position. Conrad se rendit aussitôt en Allemagne, s'aboucha avec Frédéric et obtint enfin la grâce du duc de Lorraine. Le roi des Romains consentit à le mettre en liberté, à condition que ce prince lui payerait une somme de douze cents livres de fort; et, comme les finances de Thiébaut étaient en mauvais état, et qu'il ne pouvait solder immédiatement cette somme, Conrad donna sa garantie, au mois de mai 1219 (1). Le duc devint libre au bout de quelques jours et reprit le chemin de la Lorraine ; mais, si on doit ajouter foi au récit de Richer et d'Errard, confirmé, au reste, par ce que l'on sait du caractère du roi, celui-ci n'aurait pas renoncé à se venger de son prisonnier, et nous allons transcrire un passage d'Errard où la nouvelle perfidie de Frédéric est racontée par un témoin oculaire : c Feumes à la prime nuitée recors et raccordei c par certaine jeunesse et agaçante jouvencelle coureuse, comme c que voyons en maints lieux, que li roy des Romains avoit c voirement apprinse et mise en nostre pourchas, et icelle sçut c si bien faire, par belles et agaçantes paroles, que plut à Monc signor (et de faict avoit charmes et gracieusetez que méric toient), et volit icelle souper avec Monsignor, que le volit c benoistement et li fit maintes doucettes caresses ; car oncques c ne fut, que sçache, homme au monde qui fust plus prochain à c faire gracieusetez et douceurs à gentille femelle que ne fut c mon benoist prince. Avint que la susdicte, en ses cajoleries et

(1) V. Benoit Picart, Hist, de M€tg^ épiieopat de Conrad de Scharphennech.

c blandities, glissit en son vin poison subtil que but Monsignor, « et porta langueur qui le conduisit à mort. Et icelle susdicte « femelle ne fut oncques revue, mais bien disparue au lendemain c de la dicte couchée (1). »

Thiébaut continua sa route ; il avait hâte de se retrouver dans ses états pour veiller à leur sûreté et les défendre, au besoin, contre les entreprises de ses voisins. Ceux-ci avaient, en effet, profité de sa longue absence pour construire sur les frontières de la Lorraine des forteresses menaçantes. La comtesse de Champagne avait élevé le château de Montéclair, et le comte de Bar, non content de raser le château de Stenay, qui faisait partie de la Lorraine, avait bâti celui de Foug, dont Thiébaut n*osa demander la démolition (2). Ce prince ne fit plus d'ailleurs que traîner une vie languissante, et il ne put donner presque aucun soin aux affaires publiques. Sur la fin de l'année 1219, il termina, par une transaction, les difficultés que ses prédécesseurs et lui-même avaient eues avec le chapitre de Remiremont. Le duc s'obligea, avec serment et par écrit, à respecter la vie et les biens des sujets du chapitre, reconnut au prévôt le droit de poursuivre et de réprimer les délits, et s'engagea à ne jamais exiger le service militaire, stipulant toutefois que, s'il survenait quelque guerre du côté de Remiremont, le prévôt amènerait les hommes les plus valides et les mieux équipés. Enfin, quant au Val-d'Ajol, qui était un domaine du chapitre, le duc ne s'y réserva d'autres droits qu'un cens composé d'un épervier et de cent sous toulois, pour la garde des forêts, et de plus la moitié de certaines amendes (3).

Thiébaut mourut au commencement de Tannée 1220; son corps fut conduit à Stulzbronn et inhumé dans l'église abba-

(1) V. le recueil cité ; V. aussi Richer., Chron,^ lib. III, c. 23.

(2) V. Albéric, Chronic, ad an. 1218.

(3) V. Calmei, Notice, t. H, col. 300.

tiale (1). Ce prince était, malgré ses défauts, un homme assez remarquable, et, s*il eût vécu plus longtemps, il aurait, sans doute, racheté par un sage gouvernement les fautes de sa jeunesse. Sa valeur était admirée. Animé de Tamour de la justice, il poussait même quelques fois cette qualité jusqu'à la sévérité la plus inflexible. Errard, qui le connaissait bien, dit que Thiébaut ne graciait jamais un coupable qu'il avait condamné ; et on a vu que, malgré les liens du sang, il n'avait pas épargné le meurtrier de Renaud de Senlis. 11 était pieux et fît, comme ses ancêtres, plusieurs fondations religieuses; en 1216, il donna à l'église de Saint-Dié la rue située au midi du cours de la Meurthe; l'année suivante , il accorda aux Templiers certains droits d'usage dans les forêts domaniales, ainsi que la glandée et la paisson pour les animaux qui appartenaient à ces chevaliers, et dans le cas où l'exercice des droits dont il s'agit aurait causé quelque dommage, les Templiers devaient seulement le réparer, mais ne pouvaient être condamnés à aucune amende. Enfin, quand le bailli de Lorraine se rendait à la cour du prince, il était défrayé, ainsi que quatre hommes et quatre chevaux de sa suite (2). Thiéhaut eut cependant quelques démêlés avec le clergé, et, vers l'année 1215, il assiégea, prit et détrusit de fond en comble le château de Bouvron, qui appartenait aux évêques de Toul (3).

Le duc de Lorraine ne laissa pas d'enfants. Michel Errard assure naïvement qu'on avait « noué l'aiguillette » kce prince, qui vécut toujours assez mal avec sa femme, soit que leurs caractères ne fussent pas assortis , soit que le duc la soupçonnât, à tort ou à raison, d'avoir manqué à la fidélité ccmjugale ; et, aussitôt que son mari eut rendu le dernier soupir, Gertrude se

(1) V. Chevrier, Hist. de Lor., p. 217.

(2) V. Calmet. Eist., t. II, col. 219.

(^ V. Benoît, Hist. de Taul, p. 434.

remit en possession de toos les domtines qn*elle avait apportés àla maison de Lorraite, et qoi passèrent pins tard en d'antres mainsy comme on le yerra dans le chapitre suivant.

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