‹ Histoire de Lorraine (volume 3)Chapitre 11 sur 11 · PREMIÈRES ANNÉES DU XV · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ANNÉES DU XV

Plusieurs traits rapportés dans les chapitres précédents ont dû montrer, quand nous n*en aurions pas fait l'observation expresse, que les désordres et les malheurs de toute nature dont la France fut la victime pendant les règnes de Philippe de Valois, de Jean, de Charles VI et de Charles VII, avaient eu leur contre-coup en Lorraine, et que notre pays avait parfois souffert autant que les provinces voisines. Le relâchement général des liens politiques et sociaux favorisa le retour de cei*tains actes de violence et de brigandage, qui devenaient de plus en plus rares sous les règnes de saint Louis et de ses successeurs immédiats. Au XIV* siècle, les auteurs de ces violences ne respectent plus rien. En 1328, Févêque de Metz, Adhémar de Monteil, faisant la visite de son temporel, fut attaqué à Timproviste dans la petite ville de Saint- Avold par le sire de Roderoack, qui espérait s*emparer de la personne du prélat pour en tirer une grosse rançon. Mais celui-ci, qui ne manquait pas de bravoure, fit une sortie si vigoureuse qu*il mit Tagresseur en fuite et lui prit quatre-vingt-dix soldats (1). Le plus fameux bandit de cette

(1) V. IlisL de MeU, t. II, p. 683.

époque est Pierre de Bar, sire de Pierrefort et de rAvantr-Gtrde. Il fut en guerre, pendant toute sa vie, avec ses voisins et principalement avec la ville de Metz, dont il gênait le commerce par ses courses continuelles. En 1372, clediemaDehe après le Sainct c Sacrement, après le soupper, que les seigneurs et dames (de « Metz) danssoient au Champ à Panne », les gens de Pierre de Bar parurent tout-à-coup, firent main basse sur ceux qui voulurent se défendre, arrachèrent aux femmes leurs bagues, leurs boucles d'oreilles et leurs autres joyaux, et disparurent avant que les Messins fussent revenus de leur stupeur (1). En 1&U, le concile de Constance envoya vers Tantipape Benoit Xill une députation, chargée de Tinviter à renoncer à ses prétentions. La députation, qui devait d'abord voir le roi de France, se composait des évoques d'Évreux et de Carcassonne, de Guillaume Merle doyen du chapitre de Séez, de Benoit Gentien docteur en théologie, etc., et d'une suite d'environ quatre-vingts personnes. Les envoyés venaient de traverser la Lorraine et se trouvaient entre Foug et le bourg de Void, lorqu'ils furent attaqués et faits prisonniers par une troupe de brigands, que commandaient Henri de la Tour écuyer, Chariot de Deuilly, maréchal de Lorraine, et quelques autres. Le chapelain de l'évêque de Carcassonne fut tué, plusieurs personnes reçurent des blessures, et les prélats furent enfermés dans le château de Sancy. Un pareil attentat ne pouvait rester impuni; Henri de Ville, évéque de Toul, lança aussitôt un interdit sur tout le dioc^e ; le roi Charles VI écrivit au duc de Bar de prendre les armes ; le duc de Lorraine mit aussitôt du monde sur pied ; et les troupes de CCS deux princes, réunies à celles des évoques de Metz, Toul et Verdun, assiégèrent le château de Sancy, le prirent et mirent les captifs en liberté. La plupart des défenseurs de la forteresse

II) V. Les Chrofi. de Metz, p. 112.

furent pendus, mais Henri de la Tour et Chariot de Deuilly parvinrent à éviter le châtiment qu*ils avaient mérité (1).

Quelques années auparavant, les environs de Verdun, et principalement les terres du chapitre, avaient tant souffert des courses des aventuriers, et sans doute aussi des seigneurs voisins, que les chanoines, ayant peine à subsister, résolurent d'interrompre l'office divin et de se retirer, les uns d'un côté, les autres d'un autre, pour trouver de quoi vivre (2). Cet état de choses devint réellement intolérable, et, en 1&16, un grand nombre de nobles lorrains et barrisiens créèrent une espèce de confrérie, dont les membres devaient s'aider réciproquement, chaque fois qu'il serait nécessaire. Le cardinal-duc de Bar fut déclaré protecteur de l'association, qui n'était formée que pour cinq ans, mais dont la durée fut prolongée. Les statuts réglaient que les confrères nommeraient^ annuellement, un chef qui prendrait le titre de roi ; ils portaient, comme marque distinctive, un lévrier en métal blanc, sur le collier duquel on lisait les mots: TOVT vng; et ils s'assemblaient, à laSaint-Georgesetàla Saint- Martin, pour examiner la conduite de chacun et prononcer des amendes, s'il y avait lieu. Les confrères étaient tenus de servir à leurs dépens, et les statuts fixaient la quantité de soldats que l'on devait amener, quand on en était requis. Thiébaut de Blâment, Pierre et Philippe de Beaufremont, Eustache de Conflans, Richard des Armoises, Renaud et Érard du Chàtelet, Gobert d'Apremont, Olry de Ludres, Geoffroy de Bassompierre, Jean sire de Rodemack, Edouard de Grandpré, Henri d'Épinal et Jean de Sampigny furent au nombre des premiers confrères, parmi lesquels on est tout étonné de rencontrer Robert de Sarrebriick,

(1) V. Von der Hart, ouv. cité, t. IV, p. 460; Benoiti HisU de Toul, p. 516 et 517.

(2) V. Wassebourg, ibid., f» occdxiij r».

damoiseau de Commercy, on des plus fameux pillards de ce temps (1).

Un des moyens que les ducs de Lorraine employèrent pour mettre fin aux guerres privées, et aux désordres que nous venons de signaler, fut de restreindre, autant que possible, les privilèges de la noblesse. Ils travaillaient en même temps pour eux-mêmes, puisque, en diminuant Tautorité de la Chevalerie, ils augmentaient leur propre puissance. Comme les revenus du domaine suffisaient aux dépenses des ducs, et que ceux-ci n'avaient aucun besoin de demander des subsides, il leur était plus facile de résister aux exigences des nobles et de repousser leurs réclamations. Aussi, voit-on les ducs prendre continuellement plus d'ascendant sur leurs vassaux et les traiter avec moins d'égards. Ferri IV avait prêté à Burnequin de Riste deux mille quatre cents livres de fort et une certaine quantité de grains; l'emprunteur étant mort, en 13/i3, avant d'avoir pu se libérer, Raoul, qui régnait alors, fit vendre au plus offrant, et, après trois criées successives, tous les biens que Burnequin possédait à Lunéville, à Xermaménil, à Blainville, à Moncel et autres lieux (2). Au XIV* siècle les ducs s'occupaient des mariages des nobles, et par conséquent de la transmission de lears biens. « Sur ce que furent faictes maintes et maintes plaintes, « dit Thierriat, que filles de gentilshommes cspousoient ignobles, « ce qu'avoient déjà faict certaines vefves enclaines à paillar- « dise, fut le sieur Duc (Thiébaut II) prié de porter règlement, « et fut à ce subjet dict que : Vefve ou fille de gentilhomme « qui espousera ignoble perdra privilège, rang et noblesse ; que « si sont deux filles de noble qu'héritent de père, mère ou aultre, « et qu'une d'icelles prinst par mariage mary que soit roturier a et ignoble, fiefs, si aulcuns sont, seront à celle qu'aura homme

(1) V. Calmet, Hist., t. II. col. 742-744.

(2) V^idom, Notice, t. II, col. 951.

c de son rang en légitime mariaige (1). » Un autre édit du même duc disposait que la fille de gentilhomme qui refuserait, c en quel temps et à quel âge ce puisse estre », le mari que son père ou son frère lui présenterait, perdrait un tiers de la dot qu'elle devait recevoir (2). Au reste, ces deux ordonnances, tout en consacrant le droit du prince à statuer sur des matières touchant de si près aux privilèges des nobles, étaient peut-être plus favorables que nuisibles à ces derniers, parce qu'elles fortifiaient la discipline intérieure de la famille. Effrayés de la prépondérance du souverain, les membres de la Chevalerie tâchèrent de réformer les abus qui avaient porté atteinte à la considération dont elle avait joui ; un des principaux était la négligence des nobles à s'occuper du jugement des procès, ce qui engageait les hommes des seigneurs à s'adresser aux juridictions ducales. Dans les États de 1390, on régla que : c Tout c gentilhomme possédant fief à luy, et relevant de Monseigneur, « seroit attenu, comme d'ancien usage, à rendre personnelff lement justice en ses terres à ses vassaulx ». Les maires des seigneurs devaient recevoir les plaintes et les renvoyer à ceux-ci, qui décidaient, sauf appel devant le tribunal des Assises (3).

Les affranchissements accordés, pendant le XIII* siècle et le commencement du XIV*, n'avaient pas peu contribué à la décadence du pouvoir des nobles, en diminuant le nombre de leurs vassaux. En effet, ces derniers trouvaient un grand avantage à abandonner les domaines seigneuriaux pour aller s'établir dans les communes, où ils obtenaient sans aucune difficulté le droit de bourgeoisie, avec tous les avantages qui y étaient attachés. En 1392, les membres de la Chevalerie se plaignirent à Charles

(1) V. les fragments des Mémoires ^ règne de Thiébaut II, dans le Recueil cité.

(2) Y. les ex^^aits des Coupures de Boumon, ibid.

(3) V. ibid.

de la facilité que leurs hommes rencontraient à cet ^ard, et le duc, qui avait, sans doute, des raisons graves pour ménager les gentilshommes, promit de ne plus rec6¥oir leurs sujets c en bourgeoisie », à charge de réciprocité (1). Toutefois, quand un individu se mariait dans un lieu qui appartenait pour moitié au duc, et pour moitié à un gentilhomme, il avait droit de choisir son seigneur, quelle que fût d'ailleurs la juridiction dont son épouse était sujette, à condition de payer un cens peu considérable ; mais s'il négligeait de faire son choix « dans Tan >, le mayeur ducal ou celui du gentilhomme pouvait lui c mettre « la verge dé son doyen (ou sergent) sur Tespaule, disant : Ta « es à mondict seigneur » ; et, à partir de ce moment, le nouveau marié était privé de son droit d'option.

Le XIV siècle et le premier tiers du XV' nous offrent encore beaucoup d'affranchissements proprement dits, et un plus grand nombre de lieux furent < mis aux assises », comme on disait; ce qui signifiait que les redevances féodales, naturellement arbitraires, recevaient un caractère fixe et régulier. Les habitants d'un village mis aux assises devaient payer, chaque année, à leur seigneur tant de deniers pour leurs maisons, tant pour leurs terres, tant pour leurs bestiaux ; et ces redevances, ordinairement fort légères, s'acquittaient au moment de la tenue des a plaids annaux », que l'on appelait aussi « les assises >, d'où est venu le nom de cette espèce d'affranchissement. Il serait trop long d'énumérer toutes les chartes qui furent accordées à une foule de villes, de bourgs et de villages par les ducs de Lorraine, par les comtes et ducs de Bar et par plusieurs autres seigneurs. Nous ne pouvons cependant nous dispenser d'en mentionner quelques-unes. En 1307, le comte de Bar,

(1) ¥. ibid.; Rogéville, Dict, des ordonn,, t. I, p. 112.

Edouard I", concéda une charte à Vienne-le Chàtel (1). En 1317, Hugues III, comte de Vaudémont, affranchit Châtel*sur-Moselle et Yézelise, qui était la capitale du comté (2). En 1323, Edouard I" donna de nouvelles libertés aux habitants de Stenay (3), et en 1324 eut lieu Taffranchissement de la ville de Commercy et du village de Breuil, qui en est voisin. La charte n'est guère qu'une copie de la Loi de Beaumont, mais le préambule est très-remarquable : « A tous ceulx qui verront et orront « ces présentes lettres, nous Jehans contes de Sarrebruches et < sires de Comarcey, Mahault d'Aspremont sa compaigne et « espouse, contesse des dis lieux, et Jehans leur fils, salut et a vraie foy en Nostre Signor ; Nous créons fermement que toute « puissance vient de Deu Nostre Signor, de cui aussi tuit altre 9 bien viennent, et pour ce cil (ceux) qui ont puissance et «c signoraige suis autrui doicnt culs et leur subjis govcrner par <r voie de raison et de justice et celont Tenseingnement dou « saige. Raisons et justice sont dous (deux) vertus qui font a vivre ceuls qui les maintiennent à honeur et en leur estât, et « les font vivre par mesure, et on suet (on a coutume de) dire : « Qui mesure dure. Et pour que nostre volontey et la volontey « de nos hoirs soit perpétuellement envers nos subjis restrainte « selon raison et mise en certains termes, avons nous etc. (li) » En 1320, le duc Ferri IV mit à la Loi de Beaumont Fresne, Euzcmont (Beauzemont?) et Aulnoy ; en 1335, Raoul confirma les droits des habitants de la Neuville -sous-Répy (5) ; en 1380,

(1) Elle SG trouve dans la mémo collection.

(2] Les deux chartes sont également chez M. Noël.

(3) V. Calmet, Hist,,t. II, col. 454.

(4) V. Hist. de Commercy, par M. Dumont. t. I, p.5ô et 58.

(5) On trouve une copie des lettres do Raoul dans la biblîo' théque du séminaire do Nancy. *

Jean 1" affranchit Sarregaemines (1), et en 1395, Charles II donna des libertés à Fontenoy-le-Château (2). La Loi de Beanmont servit de patron à la plupart de ces chartes, qui en reproduisent les dispositions principales ; mais quelques-unes offrent des particularités assez curieuses. Dans les villes, bourgs et villages affranchis, Tadministration de la justice et la gestion des affaires communales étaient confiées à des corporations élues parles habitants, et doolla composition présentait des différences notables. Pont-à-Mousson était gouverné par un échevin et sept jurés, tenant lieu du maire et des adjoints modernes, et qui étaient obligés de prendre Tavis d*un conseil dans lequel entraient dix-huit bourgeois (3). Dans plusieurs lieux, l'administration gardait des formes tout-àrfait anciennes et en quelque sorte patriarcales. A Vignot, par exemple, la communauté se réunissait pour délibérer sous deux gros arbres qui s'élevaient dans le cimetière, près du portail de Téglise ; et, dans le siècle dernier, quand le maire avait une mesure à proposer, il avait encore coutume de se lever à la fin de la messe et de crier dans réglise : « Trouvez-vous sous le mât ! (&) » Au commencement du XV* siècle, on conservait dans la ville de Toul la coutume de rendre la justice sur la place du marché (5).

Ce n'était guère que dans les villages et dans les villes libres que ces formes primitives étaient restées en usage ; depuis longtemps les ducs de Lorraine^t de Bar avaient mis leur adminis-

(1) La charte de Sarreguemines est dans la collection de M. Noël; Dom Calmet en a publié un extrait dans sa Notice^ t. II, col. 422-424.

(2) La charte de Fontenoy est chez M. Noël.

(3) V. Calmet, ibid., col. 223.

(4) V. idem, ibid., col. 861 et 862.

* (5) V. le traité de 1420, dans Calmet, HisL, t. III, Preuves, col. dcxxxij..

tratioD sur le même pied que l'administratiou française. Dans les deux duchés, on trouvait des maréchaux, qui commandaient Tarmée en Tabsence du souverain ; des sénéchaux, dont les fonctions étaient analogues à celles des sénéchaux français; des baillis ; des prévôts ; des châtelains ; des sergents ; des receveurs-généraux et autres ; des cellériers et des grangers, comptables chargés de conserver les produits des terres domaniales et les cens qui devaient être acquittés en nature, de vendre ces denrées, quand les circonstances étaient favorables, ou d'en livrer certaines parties aux personnes à qui les dues les donnaient, soit à titre de traitement, soit à titre de gratification (1).

Les baillis étaient les officiers les plus importants après le maréchal et le sénéchal ; il y en avait trois dans le duché de Lorraine, qui était divisé en autant de grands baillages : Nancy, Vosge et Allemagne ; le bailli de Nancy résidait dans cette ville, celui de Vosge à Mirecourt, et celui d'Allemagne à Vaudrevange. Nous avons rapporté l'établissement de ces officiers, sans dire quelles étaient leurs attributions; faisons observer ici qu'en Lorraine, ils ne connaissaient pas des affaires criminelles ordinaires, qui étaient jugées en dernier ressort par les communautés et les prévôts, tandis que dans le Barrois les baillis révisaient les sentences prévôtales. En Lorraine, ils étaient compétents à l'égard des crimes et délits oommis par des nobles, et de plus ils présidaient les Assises, juridiction civile d'une nature particulière, que nous avons déjà mentionnée, et sur laquelle nous fournirons plus loin quelques détails. On ne voit dans notre pays aucune trace du ministère public jusqu'à la fin du XIII* siècle ; il fut d'abord exercé par de simples avocats, aux-

ri) V. notamment une charte de Robert, duc de Bar, dan» Calmet, ibid., t. II, Preuves, col. dlj et dlij ; V. aussi Notice ^ t. Il, col. 596.

quels le prince payait un traitement pour donner un avis et soutenir une accusation, quand la chose semblait nécessaire ; deux avocats, Jean de la Fauche et Nicolas d*Andeloty occupaient cet emploi dans le Barrois, le premier en 1321, et le second en 1360 ; à la lin du siècle, en 1392, Jean Millet est qualifié de procureur du duché, et ce titre était porté en li!i20 par Gillet d*Andernay ; il en était sans doute de même en Lorraine, mais on ne connaît pas de proenreur ducal avant le milieu du XV* siècle (1).

Les attributions des justices seigneuriales étaient à peu près les mêmes qu'en France, et nous sortirions de notre sujet si nous voulions exposer en détail leur organisation, leur compétence et leur procédure. La plupart des monastères jouissaient, comme les seigneurs laies, des droits de haute, moyenne et basse-justice ; les plaids-annaux tenus à Jainvilloltc, en l/ii3, par le chambrier de \)abbaye de Saint-Mihiel fournissent de curieux renseignements sur les justices monastiques. Le chambrier de Saint-Mihiel pouvait ouvrir les plaids trois fois par année : le lundi après TÉpiphanie, au mois de mai et à la Saint- Remy. Les habitants, assemblés sous sa présidence, élisaient plusieurs prud'hommes, parmi lesquels le chambrier choisissait le mayeur, qui nommait lui-même Féchevin ou adjoint et le doyen ou sergent. On s'occupait ensuite de la répression des délits forestiers, des contraventions en matière de chasse et de pêche. Le mayeur percevait les cens et les redevances de toute espèce et en rendait compte ; le doyen levait la dime des avoines, et, comme ses fonctions étaient assez lucratives, il devait annuellement deux chapons et cinq aunes de toile ; les faucheurs da village étaient obligés de faucher les prés du seigneur, et les épaves appartenaient à celui-ci. Quand le chambrier venait pré-

(1) V. Justice criminelle des duchés de Loi raine et de Bar, par ^^ Dûment, t. I, p. 14-16 et 25-27.

sider les plaids-annaux, le raayeur le recevait d'une manière honorable, et le cuisinier du chamhrier apprêtait le repas, afin que, si les assaisonnements n*étaient pas convenables, la faute n*en retombât pas sur le majeur ; si le chambrier jugeait h propos de coucher dans le village, on lui fournissait un lit et un coussin, de la bougie pour lui, et de la chandelle pour sa suite; mais, s*il se présentait accompagné d'un chevalier, d'un écuyer, d'un joueur d'instrument et du ribaud, on n'était pas forcé de les héberger (1).

Une des procédures les plus communes en Lorraine pendant le moyen-âge^ le combat judiciaire, commençait à devenir rare au XW siècle ; on ne l'admettait plus que s'il s'agissait d'un crime très-grave, si la peine de mort devait être appliquée, et si l'on n'avait aucun autre moyen de parvenir à la connaissance de la vérité. Le clergé, malgré sa répugnance pour une pratique aussi contraire à l'esprit de l'Église, n'avait pu y rester complètement étranger. En 1333, Jean de Saverne, chanoine de Spire, promit de se trouver à Saint-Dié pour rendre raison à Henri de Fénétrange de l'accusation qu'il avait portée contre lui, et de l'y attendre, autant que le doit un champion, sous peine de deux cents livres d'argent (2). En 1446 et eil 1491, Jean Vinot de Sorcy et Jean Boileau de Noyers-en-Barrois jetèrent leurs gages de bataille contre les curés de cm deux villages, et offrirent de lutter contre eux en champ-clos. Une fois le gage jeté, le tribunal était saisi ; toutefois, s'il n'avait pas encore donné l'autorisation de combattre, on était libre de désavouer les paroles qui avaient amené le conflit et on payait une amende de vingt sous ; mais si l'autorisation était aecordée, on ne pouvait ni refuser de se présenter, ni conclure un arrangement avec son adversaire, sans

(1) V. Hist, de l'abbaye de Saint-MikieL par Dom de l'Isle, p. 173-176.

(2) V. Trésor des eh., l&y Me F enestrange, III, n* 8.

être puni d*une amende assez forte, et qui variait suivant la nature de raccusation (1).

Dans plusieurs lieux, surtout dans les villes et les villages affranchis, le prévôt ne prononçait pas lui-même sur le sort des accusés ; il se bornait à assembler les habitants, sur la place publique, et à leur présenter un rapport verbal sur Taffaire ; le prévenu faisait valoir ses moyens de défense ; ensuite le majeur ou l'échevin recueillait les suffrages, et, s'il y avait doute sur la majorité, ou si la décision ne paraissait pasconforme à la justice, on pouvait recommencer le vote jusqu'à trois fois. Au moyenâge, comme aujourd'hui, une amende plus ou moins lourde punissait celui qui négligeait ou refusait d'assister aux séances de cette espèce de jury (2). Le prévôt était seul chargé de faire exécuter la sentence^ et, quand il ne l'avait pas prononcée luimême, le mayeur lui amenait le condamné. Dans certains endroits, cette remise était accompagné de formalités assez curieuses ; ainsi, à Barbonville, le mayeur conduisait le coupable jusqu'à la porte de la maison seigneuriale, et, après lui avoir fait mettre un bras et une jambe dehors, il criait : c Monsieur le prévôt de Rosières, Monsieur le prévôt de Rosières, Monsieur le prévôt de Rosières est-il ici, ou quelqu'un de sa part ?» Ce magistrat, que l'on avait eu soin de prévenir, se présentait aussitôt, et le mayeur lui livrait le captif, en disant : « Voici, Monsieur le prévôt, un pauvre prisonnier que nous avons condamné à mort, parce qu'il est convaincu de tel crime, lequel nous vous délivrons pour en faire faire l'exécution, duquel nous vous chargeons et nous nous en déchargeons ». La même formalité était usitée dans beaucoup de villes et de villages, avec des variantes qu'il est inutile de rappeler (3). Quelques justices

(1) y. Justice criminelle, etc., t. I, p. 33, 34, et 38-41.

(2) V. ibid., p. 23.

(8) V. ibid., t. II. p. 203-208.

avaient le droit de conserver les dépouilles des condamnés, et remettaient ceux-ci entièrement nus au prévôt qui devait les faire exécuter ; T usage prévalut cependant de leur laisser leur chemise ; on n'obligeait pas non plus les femmes à se dépouiller, et on leur permettait de garder leurs vêtements t pour Thonneur c et la révérence de Dieu, mais sous la réserve que cela ne c pourroit préjudicier aux droicts des justiciers ». On tenait tellement à cette coutume, que la justice de Mojen-Moutier, ayant livré au prévôt, pour Texécuter, un porc qui avait dévoré un enfant, fit des réserves formelles au si^jet de la corde avec laquelle on conduisait le coupable (1).

Au XIV* siècle et plus tard encore, la peine de Temprisonnement était presque inconnue. Quelquefois on était condamné à garder prison dans sa propre demeure, quand le délit semblait léger, ou que l'accusation n'était pas parfaitement établie. Un châtiment fréquemment appliqué était le bannissement pour un temps plus ou moins long. Lorsqu'on était chassé d'une ville, on ne pouvait résider dans les villages qui formaient le ressort de sa justice (2). Une amende, arbitraire ou non, réprimait les délits les moins graves ; mais on admettait souvent les personnes accusées de crimes à se racheter moyennant une amende, et on pourrait citer un grand nombre de ces compositions, qui permirent à des hommes riches d'éviter une condamnation en sacrifiant une partie de leur fortune (3).

L'imperfection de la police, la multitude des enclaves territoriales, qui donnaient à la carte de la Lorraine l'apparence d'un damier, fournissaient bien des facilités pour échapper aux recherches de la justice. Un autre moyen, qui commençait à tomber en désuétude^ consistait à se retirer dans les édifices

(1) V. ibid., p. 218 et 219.

(2) V. ibid., p. 240, 241, 288 et 289.

.(3) V. ibid., p. 247-249.

jouissant' du droit d'asile. Telles étaient la plupart des églises; en 1470, Amould de Montenoy, prévôt de Nancy, ayant arraché de réglise du prieuré Notre-Dame un bourgeois qui y avait cherché un refuge, fut obligé de demander pardon de la manière la plus humble au prieur du monastère (1). Les cathédrales de Metz et de Verdun servirent aussi plusieurs fois d'asile à des criminels, que les magistrats firent garder pendant longtemps sans pouvoir s*en emparer. Les cimetières, ou du moins quelques cimetières, participaient au privilège des églises, et il n'y avait pas jusqu'à des châteaux ou des maisons particulières qui n'eussent le même droit (2). Dans la petite ville d'Arches, la demeure de Jacquet de Jussey avait une franchise de quarante jours ; le criminel qui s'y était réfugié était, pendant ce laps de temps, à l'abri de tout danger, et si, après être sorti de la maison, il parvenait à y rentrer, il était en sûreté pendant quarante autres jours (3).

Il serait fastidieux de donner plus de détails sur la procédure criminelle, et nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit au sujet de la législation civile, car on a trouvé, sous chaque règne, l'indication des principales ordonnances relatives à cette matière. Il est bon toutefois de rappeler ici deux édits publiés dans le cours du XIV" siècle. Le premier, pj omulgué en 1315, par le duc Ferri IV, porta « règlement en le faict « des tabellions, disant que les dicts ne devront prendre créant

(1) La collégiale Saint-Georges jouissait du môme droit, qui était aussi attaché â la maison de Taumônier, un des officiera du chapitre; V. dans la notice de M. Lepage déjà .citée, p. 262 et 263, un extrait des lettres de Raoul fixant les privilèges de ce dignitaire.

(2) Tels étaient les château de (losselming et de la Vau à Germonville: V. Journal historique des communes de la Meurthe, par M. Lepage, art. Gosselming et Germonville, V. aussi, dans le Journal de la société d'archéologie, an. 1855, p. 5-16, un mémoire de M. Lepage sur le droit d^asile en Lorraine*

(3) V. Justice criminelle^ etc., 1. 1, p. 60-63.

« (crant, garantie), obligations, ne aultres hors heures et que « en lieu propre et honneste, à sçavoir que entre soleil levé et ff soleil couchant, et en lieu seur de bruit, ne féru de|tintemens, a batteries cloches et aultres, tellement que les parties ne c peuvent dire n*estre entendu, ni commettre faulte, barat, ne « malengin > (1). Le second, publié en 1391 par Charles II, réglait ce qui concerne la séparation de corps. Il disposait que € la femme qui quitteroit son mary seroit réputée pute, et mary a en puissance de se porter contre icelle, et sa dot eschue au « susdict, en luy donnant le vivre » (2). Il est inutile d'ajouter que la plupart des ordonnances promulguées par les ducs, avec ou sans le concours des États, ne recevaient une application complète que dans les domaines du prince et dans les villes, bourgs et villages affranchis. Mais les villes, dont le nombre avait augmenté avec le temps, prenaient tous les jours une importance plus grande; tandis que les campagnes, pillées et dévastées si souvent, voyaient diminuer leur population avec une effrayante rapidité. Metz continuait à être la cité la plus considérable de notre pays; et les épidémies qui régnèrent en 1390 et en l/i26, et enlevèrent tant de monde dans cette ville (seize mille personnes en 1&26), ne portèrent pas une atteinte durable à sa grandeur et à sa prospérité. Toul et Verdun, sans approcher de leur puissante voisine, étaient des communes peuplées et opulentes; vers Tannée 1325, Toul comptait plus de deux mille bourgeois , qui représentaient une population d*au moins douze mille âmes, à raison de six personnes par famille (3).

Quant aux villes qui faisaient partie des duchés de Lorraine et de Bar, elles étaient encore assez petites, en comparaison de

(1) Y. Thierriat, Mémoires, règne de Ferri IV, dans le Recueil cité.

(2) V. Coupures de Bournon, règne de Charles II , ibid.

(3) V. Benoît, Hist. de Toul, p. 477.

Metz, de Toul et de Verdun. En U/iO, malgré le séjour habituel des ducs, Nancy, quoique soigneusement fortifié, n'avait pas plus de quatre mille habitants. « L*État des revenus du prince es baillages de Nancy et Vosges en Tan IkliO » (1) offre la mention qui suit : « Item doivent chacun an chacun conduit de c Nancy qui sont taillables ij. deniers, qui pevent valoir environ c par an xxiiij * ». Il y avait donc alors à Nancy cent quarantequatre conduits (2) ou feux imposables, qui, multipliés par six, donnent huit cent quatre-vingt-quatorze personnes sujettes & rimpôt ; si Ton y ajoute le clergé séculier, le clergé régulier, les nobles, les serviteurs du prince et les indigents, on doit arriver à peu près au chiffre de quatre mille âmes. Les plus peuplées des villes lorraines et barrisiennes étaient, sans nul doute, Neufchàt«au, Pont-à-Mousson, Bar-le-Duc, Saint-Mihiel, Mirecourt et Saint-Nicolas-4e-Port ; mais on ne connaît pas au juste le nombre de leurs habitants.

Au centre du bailliage de Vosge s'élevait une ville assez considérable, qui passe pour avoir compté plus de quatorze mille âmes au XV* siècle, et qui appartenait au temporel des évêques de Metz. Il s*agit d'Épinal, dont le nom s*est déjà présenté et reviendra encore bien souvent dans la suite de cet ouvrage. Les bourgeois ne se tenant pas pour satisfaits des privilèges que les évêques de Metz leur avaient accordés à différentes époques (3), demandèrent à Conrad Bayer de Poppart une charte semblable à celles qu'avaient obtenues plusieurs villes voisines ; le prélat répondit par un refus, et la décision du différend fut remise au Souverain-Pontife. Le jugement de celui-ci n'était pas encore rendu, lorsque Conrad, irrité des prétentions de la bourgeoisie, lança un interdit sur la ville. Cette mesure fut impuissante ;

(1) Manuscrit in 4o, sur papier, écriture du temps, au Très, des chartes, layette Etats-Gêneraux, l, n» 66.

(2) Il y en avait cent quarante-neuf on 1441. (S) V. Calmet, Notice, 1. 1, col. 389.

les habitants d*Épinal, s'étant déclarés indépendants, avaient établi une sorte de gouvernement provisoire,etrévêque fut obligé d*aller les assiéger, avec des troupes assez nombreuses et du canon. Ils se soumirent alors, mais se soulevèrent de nouveau quelques années après, et, quoique deux sentences du concile de Baie eussent terminé la seconde insurrection, il resta dans Tesprit des bourgeois un sourd mécontentement, qui éclata plus tard et amena la réunion d*Épinal au duché de Lorraine (1).

La principale cause de Topulence des villes que nous venons de nommer était la prospérité de leur négoce. Metz était regardé comme une des cités les plus marchandes et les mieux pourvues de toute TAllemagne, et un poète messin du XIV siècle parle en ces termes du commerce de sa ville natale :

« Poivre, saffran et ault espice,

ff Boys sendal, et drap d*or tout neuf,

« Porcelaines belles et denes. . .

<r II n*est chose, tant soit saulvage,

« Qu*est à homme nécessitei,

« Sans aultrement faire véage,

t Qu'on ne trouvast en la citei. . .

ff S*il vcult florins, on va au change,

« Où gros tornois on luy aggrée etc. (2). *

Aussi, quand les Messins négociaient un traité avec les princes de leur voisinage, ils avaient bien soin de réserver la liberté du passage pour toutes les denrées et marchandises qui leur étaient

(1) V. idem, ibid., col. 391-393.

(2) Ce poème, daté de 1324, est manuscrit dans la bibliothèque publique de Metz.

destinées, à charge d'acquitter les péages ordinaires (1). Les marchandises qui venaient du midi étaient ordinairement amenées à Bleurville, près de Darney, et les marchands de Metz, de Toul, de Verdun, de Nancy, de Saint-Nicolas avaient contiune de se rendre dans ce bourg pour y faire leurs achats (2).

Des Lombards s'étaient fixés dans plusieurs villes lorraines, notamment à Neufchàteau, à Nancy et à Vaudrevange (3), et nous avons vu que Ton prit le parti de les chasser, à cause de leurs rapines, pendant la minorité de Raoul. Quelques-uns de nos ducs cherchèrent à accroître la prospérité du négoce dans leurs états. En 1399, Charles II ordonne « que si, par cas for- « tuit ou malheur imprévu, tel marchand connu pour honneste c homme et non frauduleux en matière de commerce, se trouTc « hors d'estat de parfournir à ses affaires et en son honneur, il « luy sera fourni de l'espargne de Monseigneur six marcs d'ar-* c gent pour remettre en commerce » (/i). Rogéville rapporte, mais sans donner aucun détail, que Ferri IV avait, en 1323, publié un édit concernant les poids et les mesures (5). Pour engager les vendeurs et les acheteurs à fréquenter les foires et marchés établis dans tous les lieux un peu importants, on accordait une sauvegarde, qui se prolongeait pendant la durée de la foire et le temps nécessaire pour venir et pour s'en retourner. On ne pouvait alors être emprisonné que pour dettes contractées envers le souverain ; on ne devait pas l'être pour sûreté et comme garantie des réclamations adressées au prince dont on était sujet. Des créanciers impitoyables ne se laissaient pas,

(1) V. notamment le traité conclu entre la ville de Metz et Robert duc de Bar, en 1370, dans Calmet, Eist., t. II, Preuv,^ col. dclviij.

(2) V. Calmet, Notice, t. I, supplém., col. 74.

(3) V. idem, ibid., t. II, col. 799.

(4) Y, Coupures de Bournon, règne de Charles II, dans le Recueil cite.

(5) V. Dict. des ordonn.y t. II, p. 48.

il est vrai, arrêter par cette sauvegarde, et c'est ainsi que, vers Tannée 1346, certains bourgeois de Pont-ii-Mousson furent appréhendés au corps par des créanciers du comte de Bar, qui leur firent souffrir la faim et endurer divers mauvais traitements, afin d'obliger le comte à payer ses dettes (1).

Au XIV siècle, on ne voit plus les Lorrains ou les Messins entreprendre de longs voyages dans Tintérèt de leur commerce ; il n'y a que la dévotion qui les conduise hors de leur patrie, et encore les pèlerins deviennent-ils de plus en plus rares. L'évéque de Verdun, Hugues de Bar, mourut en Egypte en 1361 ou 1362; Simon de Sarrebriick, baron d'Anglure et seigneur de Commcrcy, parcourut l'Orient, une trentaine d'années plus tard; il était au Caire en 1395, et un de ses compagnons rédigea une relation de leur voyage, relation qui a été imprimée au commencement du XVIP siècle (2). Jean de Fléville, bailli de Vosge, fît le pèlerinage de Jérusalem vers le même temps que Simon de Sarrebriick (3). Au mois de décembre 1428 , deux Messins, Nicolle Louve et Martin Georges, revinrent de la Palestine ; ils rapportèrent deux pappegays (perroquets), qui furent l'objet de l'admiration générale, et le doyen de Saint-Thiébaut consigna dans sa chronique cet événement extraordinaire. Trois années auparavant, en 1425, on avait examiné à Metz, avec plus 4'étonnement, « un chamois (chameau) ayant deux grosses bosses c cslevées sur le dos; il fut logié à la cour Sainct-Martin, et qui c le voUoit veoir, il paioit un denier » ; enfin, en 1430, les Mes-

(1) V. Calmet, HisL, t. II, col. 453 et 454.

(2) Voici le titre de ce volume, qui est très-rare : Jonmal contenant le voyage faict en Eiertisalem et autres lieux de dévotion^ tant en la Terre saincte qu'en Jîigypte^ par très illustre messire Simon de Sarrehruche, baron d'Anglure, au dioeèse de Troyes, en Cannée 1305, mis en lumière pour la première fois sur le manuscrit trouvé en une bibliothèqua ; Troyes, 1621. La bibliothèque de l'Arsenal possède un exemplaire de ce livre précieux.

(8) V. Lionnois, Hist, de Nancy ^ t. I, p. 634.

sins reçurent dans leur ville « plusieurs Sarrazins du pays ff d*iEg7pte, qui se disoient estre baptisez, et estoient bien en c nombre de cent et cinquante hommes, que femmes et petits c enffans ; et, comme ils disoient, y a voit ung duc et deux cbe- « valiers, et estoient très-laides gens» (1). Ce sont les premiers bohémiens qui aient pénétré en Lorraine.

L'extension que le commerce avait prise dans le duché ao commencement du XIV* siècle avait inspiré aux marchands et aux merciers, comme on disait. Vidée de former une confrérie ou association, qui devait rendre plus facile la défense de leurs intérêts. En 13/il, Raoul, voulant contribuer « à ravancemeat c et à Tamendement » des foires de Nancy, autorisa la confrérie en rhonneur et en « la remembrance de Monsieur sainct a Georges » que venaient d'organiser les merciers de Nancy, de Rosières et de Saint-Nicolas-de-Port. Le duc ordonna qu'ils reconnaîtraient pour leur chef celui d'entre eux qui c le baston « (la bannière) de Monsieur sainct Georges auroit prias et recea, « comme roy ». C'était le chapitre de la collégiale qui désignait le roi parmi cinq candidats élus par les maîtres assemblés, chaque année, dans le cloître. Le roi devait remettre, annuellement, au chapitre, un cierge de sept livres, et chaque maître un cierge de trois quartes ; on était de plus obligé de payer soixante sous de fort et une certaine quantité de cire, quand on entrait dans la confrérie (2). On vit aussi se former vers le même temps quelques confréries ou corporations d'art et métiers. Les « belengiers » ou boulangers et les « corvisiers > ou cordonniers de Nancy s'étaient organisés avant l'année 13/iO; en 13^2, Raoul permit aux maçons, charpentiers, couvreurs, ardoisiers, charrons

(1) y. les Chron. de Metz, p. 145 et 155 et 169.

(2) La charte des merciers se trouve dans un recueil manuscrit d* anciennes ordonnances formé par Claude Reboucher, et appartenant à M. Beaupré ; Y. p. 1 et 2. V. aussi la Notice de M. Lepage sur Saint-Georges, dans le volume cité plus haut, p. 247 et 248.

et ouvriers maniant la hache et le marteau de se réunir en une corporation, qui s'appela c confrérie du cloître de Saint Georges » (1) ; et des associations de même nature furent fondées par les menuisiers et les tonneliers de Nancy, et par les drapiers de Bar-le-Duc (2).

L'industrie ne parait pas avoir fait, au XIV* siècle, les mêmes progrès que le commerce ; cependant, un passage du diplôme par lequel Charles IV éleva Pont-à-Mousson au rang de ville impériale, semble prouver que la fabrication du verre, qui devint si importante dans les siècles suivants, occupait déjà un certain nombre de personnes (3). On n'avait pas alors en Lorraine des ouvriers capables d'exécuter certains travaux difficiles. Lorsque les Messins voulurent, en 1&27, faire couler une énorme cloche destinée à convoquer la bourgeoisie, ils furent forcés de s'adresser à deux étrangers, Jean de Guérie et Jean de Luxembourg, qui s'engagèrent à terminer cet ouvrage, à la satisfaction de la ville ; ff ety eult, disent les Chroniques de Metz j vingt-six soufc flets, et, pour chascun soufflet, deux hommes qui soufflèrent, « six heures sans cesser, et y eult en la fournaise dix-neuf mille « livres de melte (métal, cuivre) et dix-sept cents livres d'estain « de Comuaille, et fut trouvé que la dicte cloche pesoit seize c mille et huit cents livres après la deschéance » (&).

La découverte de nouvelles mines dans les montagnes des Vosges accrut la quantité de numéraire existant dans le duché. En 1315, des allemands commencèrent à exploiter à la Croix

(1) V. Coupures de Bonrnon, règne de Raoul* dans le Recueil cité.

(2) y. la Notice sur Salnt-Qeorges^ p. 249.

(3; On trouve un vidimus du diplôme de Charles IV dans les papiers de TUniversité de Pont-à-Mousson qui sont déposés aux archives du département de la Meurthe.

des mines de plomb et d'argent, qui forent d*abord très-riches. L'augmentation des matières métalliques et la nécessité de refondre les anciennes espèces obligeaient les ducs à entretenir plusieurs ateliers monétaires ; il y en avait à Nancy, à Neufchâteau, à Prény, à Sierck; et Thiébaut II, pour engager un nombre sufGsant de monnoyers à se fixer dans le duché, leur accorda des privilèges fort étendus, à l'exemple des princes voisins ; le 2k mai 1307, il affranchit les monnoyers c de toutes c impositions, foraines, commandemens et servitudes, et déclara c qu'ils seroient jurisdiciables en actions respectives par devant c leur prévost en dernier ressort, et en toutes aultres actions c personnelles devant le baillif » (1). Malgré leur activité, les monnoyers ne parvenaient pas à refondre toutes les espèces étrangères qui s'introduisaient en Lorraine. On y voyait circuler quantité de monnaies de tous pays, principalement des pièces françaises de très mauvais aloi ; et, comme les débiteurs ne manquaient pas de donner en payement beaucoup de ces espèces étrangères, sur lesquelles on perdait plus ou moins, Thiébaut II avait ordonné d'acquitter les rentes et les diverses redevances seigneuriales en argent coursable dans le duché (2). Si on détourne ses regards de l'industrie pour les jeter sur Tagriculture, on est étonné de sa décadence, qu'il faut attribuer aux ravages de la guerre et de la peste, à la diminution sensible de la population et à la difficulté de trouver au dehors des débouchés pour l'excédant des produits. A partir du XIV siècle la quantité des terres cultivées cesse de s'accroitre, et 1*00 n'opère plus de défrichements considérables. Comme la culture de la vigne avait pris beaucoup d'extension, on ne brassait plos autant de bière, ni de cervoise ; mais une fabiication dont il est

(1). V Rogéville, ouv. cité, t. II, p. 94 et 95.

(2) 11 paraît avoir révoqué cette ordonnance dans son codicille, oui fut rédigé le 2 mai 1312 ; Y. le texte de cette pièce, dans Hugo, l'raité hist. et crit.^ p. cxij.

pai*lé pour la première fois au XV* siècle est celle du cidre. En U35, dit le doyen de Saini-Thiébaut, « otsy grand habondance c de pommes, tant de dommoises comme de sauvaiges, que « encor y at cent ans qu'il n'y en y ot si grant plantey, et en « fit-on. . . moult de cidre » (1).

Les fréquentes variations des monnaies ne permettent pas de fournir des renseignements bien précis sur le prix des grains et des animaux domestiques. Dans Tarrêt de lk\2j les denrées enlevées à Colart Belpigne, bourgeois de Neufchâteau, et consistant en mille reseaux de froment, mille rezaux d'avoine et cent dix queues de vin, sont estimées deux mille livres tournois ; trente queues de vin, cent reseaux de froment, cinquante reseaux d'orge et d'avoine trouvés chez Colart Fourot sont évalués trois cents livres; cinq chevaux, pris au même, sont estimés cent livres ; un bon cheval coûtait par conséquent environ vingt livres. Le doyen de Saint-Thiébaut dit que <r roussin » donné par le Messin Nicole Louve à l'aventurière qui usurpa le nom de Jeanne d'Arc, valait trente francs monnaie de Metz (1). Les seigneurs lorrains qui cautionnèrent, en l/i20,le duc Charles II, au sujet de ses engagements avec le cardinal de Bar, consentirent, pour le cas où le duc manquerait à sa promesse, à ce que le cardinal fit vendre leurs chevaux, qu'ils estimèrent vingt francs, monnaie messine (3). Dans une déclaration, datée de 1369, les habitants de Vittel fixent de la manière suivante la valeur des bestiaux que Jean de Nomexy leur avait enlevés : deux chevaux, une jument et un poulain, six florins (li); une vache, quatre

(1) V. la Chron, du doyen^ dans Calmet, Hist,^ t. Il, Preuves^ col. ccxig.

(2) V. ibid.

(3) Y. les lettres de ces seigneurs, dans Calmet, ibid., t. III, Preuves t col. dcxxxviij.

(4) Le florin valait à peu près dix francs cinquante centimes do notre monnaie.

florins; une autre vache, cinq florins; quatre chèvres, deux florins ; une génissse , trois florins ; huit c menues bestes, c chièvres et aignez », quatre florins; etc., etc. (1).

Ce ne fut pas seulement sur Tagriculture et sar la richesse de la Lorraine que les malheurs du XIV* siècle exercèrent une fâcheuse influence ; les sciences, les arts et les lettres eurent leur part dans les souffrances de cette époque. Les écoles épiscopales et monastiques, si importantes dans les siècles précédents, se fermèrent les unes après les autres. L*école épiscopale de Toul était la seule qui eût encore de la réputation ; elle fat dirigée pendant quelque temps par Técolàtre Jean de Molan, choisi plus tard pour évêque de cette ville, mais dont Télection ne fut pas confirmée (2). 11 y avait deux chaires pour renseignement du droit, et Tévêque, Jean d*Arzillières, augmenta le traitement des deux professeurs. Les titulaires étaient Albert de Gorze, doyen du chapitre de Saint- Euchaire de Liverdun, et Jean de Triconville, officiai de Toul. Cette école forma, pendant le XIV*" siècle, de bons élèves, entre autres, Thomas de Bourlémont, qui fut évêque de Toul, de 1330 à 1353 (3).

Les universités avaient pris un accroissement extraordinaire, et les étudiants se rendaient par troupes dans les grandes villes où enseignaient les plus célèbres professeurs. Comme l'Université de Paris était la plus renommée et la plus fréquentée de toutes, on comprit la nécessité de fonder dans la capitale de la France des collèges destinés à loger les étudiants pau\Tes des diverses provinces de la Monarchie ou des contrées voisines. La Lorraine, ou pour mieux dire le Barrois eut aussi son collège, qui fat nommé collège de la Marche, à cause de Guillaume de la Marche son fondateur. Guillaume, que Ton qualifie de chanoine de Toul,

(1) M. Richard a publié cette pièce dans un opuscule intitulé : Li grief de Wittel; Y. p. 3 et 4.

(2) V. Benoît, Hist. de Toul, p. 476.

(3) V. idem, ibid., p. 475 et 479.

quoiqu'il n'ait probablement jamais fait partie du chapitre de cette ville, loua par bail emphythéotique à TUniversité de Paris Tancien collège de Constantinople, où il n*y avait plus d'étudiants; il parvint même à Tacquérir, peu de temps après, et fit une fondation pour l'entretien perpétuel d'un principal, d'un procureur et de six boursiers. Cet établissement eut lieu vers l'année 1380 ; et Guillaume, qui avait été deux fois procureur de la nation française, mourut en l/(20 (1). Beufve de Voinville, ainsi appelé parce qu'il était originaire du village de Voinville près Saint-Mihiel, fut exécuteur testamentaire de Guillaume, Non content de veiller avec un soin scrupuleux à l'accomplissement des volontés de son ami, Beufve reconstruisit le collège de la Marche sur la place Maubert, et fonda un traitement pour un chapelain, et six nouvelles bourses pour des étudiants pauvres (2). Telle est l'origine du collège de la Marche, qui a subsisté jusqu'à la Révolution, a toujours été occupé par des Lorrains, et a fourni de la sorte à beaucoup de jeunes gens les moyens de faire de bonnes et solides études, sans qu'il leur en coûtât rien (3). Plusieurs Lorrains et Barrisiens se firent remarquer dans l'université de Paris aux XIV* et XV* siècles ; nous citerons ici François de Saint-Mihiel, élu recteur en 1368; Dominique du Duc, procureur de la nation française en 1370; Pierre de Metz, Nicolas de Vaudémont, Jean de Foug et Louis de Nancy, qui prirent le grade de maître-ès-arts ; Hugues de Vaudémont, Hugues de Verdun, Gilles d'Etain, Nicolas de Gondrecourt, Dominique de Lunéville, Jean de Saint-Mihiel, Jean et Lambert

(1) y. Calmet, Bibl. lorr., col. 632 et 633.

(2) V. idem, ibid., col. 1030 et 1031.

(3) Toul avait aussi un collège dans TUniversité de Paris; mais on ignore comjplètement Tépoque et les circonstances de la fondation de ce collage, qui était presque ruiné au commencement du XV* siècle. V. Du Bonlay, Historta universitcuis parisiensis, t. V, p. 351.

de la Marche, qui tous se distinguèrent par leur savoir, ou par les emplois dont ils furent revêtus (1).

Dans les villes où les écoles épiscopales n'étaient pas tombées tout-à-fait, renseignement était souvent confié à des séculiers. Cest ainsi que les Chroniques de Metz mentionnent, en U26, « ung gentil ruste, nommé maistre Cherbin, leqael alors estoit « maistre et régentoit Tescolle de Sainct-Vyt », c'est-à-dire récole de la paroisse Saint-Victor, qui dépendait de la cathédrale; et, en U27, les mêmes chroniques parlent d'un laïc appelé Wiry d'Ardennes, « qui estoit pour le jour faict escollaiirc < de la grande église de Mets (2) ».

Pendant que les évêques et les chapitres confiaient le soin d'instruire la jeunesse à des maîtres qu'ils se réservaient de surveiller, l'architecture religieuse et les arts qui s'y rattachent tombaient également dans le domaine des séculiers, après avoir été longtemps cultivés avec succès dans les monastères. Désormais ce seront des architectes laïcs qui achèveront les grands édifices commencés dans les siècles précédents, ou traceront les plans des cathédrales et des églises moins considérables que Ton éleva, en si grand nombre, pendant les périodes ogivales secondaire et tertiaire. Dans la première moitié du XIV** siècle, Érard, abbé de Saint-Vanne, essaya de terminer la construction de l'église fondée par les abbés Louis et Guillaume ; pour y réussir plus facilement, il assembla tous les prieurs qui relevaient de Saint-Vanne, et leur persuada de fournir chacun, et jusqu'à ce que les travaux fussent menés à terme, une certaine somme d'argent, du pain, de la viande et du vin pour nourrir deux maçons, ainsi que du foin et de Tavoine pour entretenir les chevaux de deux chariots (3). Ce fut seulement vers la fin du même

(1) V. idem, ibid., t. IV, p. 964; Calmet, ibid., p. xj.

(2) V. p. 146 et 147.

(3) Y. Wassebourg, f» ccccxiv v«.

siècle que Ton mit la dernière main à la cathédrale de Verdun , en construisant l'abside orientale et les voûtes de la nef, et en garnissant les fenêtres de vitraux peints. Toute la dépense de ces travaux fut supportée par Jean Waltrac, doyen de la justice municipale (1).

Dans le XIV siècle, on commença la cathédrale de Metz ; l'édifice dont l'évêque Thierry II avait jeté les fondements, en lOU, n'avait jamais été achevé, et ses proportions étaient d'ailleurs assez mesquines ; en 1327, Adhémar de Monteil conçut le dessein de le reconstruire avec plus de magnificence ; il pria tous les prêtres et tous les chefs des monastères de son diocèse de contribuer par leurs offrandes à cette grande entreprise, et ils se montrèrent tellement généreux que l'on put se mettre à l'œuvre dès l'année 1330. Adhémar, conservant provisoirement l'abside et le transept de l'ancienne église, éleva toute la portion de la nef comprise entre le transept et l'église Notre-Dame-la- Ronde. La cathédrale n'étant pas orientée, la nef rencontrait à peu près à angle droit l'église dont nous venons de parler; mais un des successeurs d' Adhémar, ne se laissa pas arrêter, par cet obstacle ; il fit démolir la partie centrale de Notre-Dame-la-Ronde, et la nef fut prolongée au milieu de ce petit édifice, dont l'abside se trouva former une chapelle sur un des flancs de la cathédrale, et dont le portail resta engagé sur l'autre flanc. Ce fut un architecte laïc, nommé Pierre Perrat, qui construisit l'extrémité inférieure de la nef (2); il avait aussi travaillé à la cathédrale de Verdun et à la belle église des Carmes de Metz, pour l'achèvement de laquelle le duc dé Bar, Robert, alors prisonnier des

(1) V. Wassebourg, f»» ccccliij v« et ccccliv r».

(2) Pierre Perrat est mort eu 1400 ; avant la Révolution, on voyait son tombeau dans la cathédrale, et son épitaphe le (qualifiait: c fi masson, maistre de l'ouuraige de l'esglyse de saians ». V. Notice sur la eathèdrdU dé Metz, par M. le comte Ch. du Coetlosquet, p. 7-9.

Messins, donna une somme considérable (1). Le même architecte fut employé par les évèques de Toul, qui poursuivirent la reconst]*uction de leur cathédrale, commencée dans les premières années du XIII' siècle, et édifièrent le cloître placé sur le flanc méridional de Téglise. Au moment où Ton faisait ainsi disparaître l'œuvre de saint Gérard, on voulut que la nouvelle cathédrale rappelât toujours le souvenir du grand prélat, et, dans les premières années du XIV* siècle, Ferri de Void, doyen du chapitre, établit à ses frais le tombeau de saint Gérard, que Ton admirait autrefois dans la chapelle dédiée à ce saint (2).

Nancy ne vit élever alors qu'une seule église, la collégiale Saint-Georges décrite dans un des chapitres précédents. Ce que nous avons dit a donné une idée du style ogival secondaire, qui présente, au reste, à peu près les mêmes caractères en Lorraine que dans les contrées voisines. Les fenêtres si longues et si étroites au XIII' siècle, s'élargissent d'une manière notable; les colonnes sont groupées en faisceaux ; leurs chapiteaux à tailloirs écrasés sont presque semblables aux chapiteaux du style ogival primitif; mais les bases des colonnes se transforment complètement. La base était composée, au commencement du XIV' siècle, d'un tore aplati reposant sur un socle à profil droit; ce socle, carré, polygonal ou cylindrique, était à un, à deux ou à trois étages, en retraite les uns sur les autres, et unis par des larmiers ; bientôt le larmier se métamorphose en moulure, la moulure en doucine, celle-ci en tore, puis en talon; enfin, ce dernier se rattache à l'étage supérieur du socle, qui prend un profil curviligne. Le triforium^ que l'on rencontre en France dans la plupart des églises importantes, se montre fort rarement

(1) Calmet, Bihl. lorr,, col., 537; Notice, t. 1, col. 862.

(2) V. Lemoine, Diplomatique pratiçtie, p. 8.

en Lorraine, et nous ne pourrions citer d'autre triforium de cette époque que celui de la cathédrale de Metz (1).

Les frais de ces immenses constructions tombèrent en grande partie à la charge des évêques, qui trouvèrent moyen d'associer à leurs entreprises les chapitres, les paroisses et les monastères de leurs diocèses respectifs ; et les souverains firent aussi quelquefois de généreuses offrandes pour la fondation des édifices religieux.

Ordinairement, ils se chargeaient seuls des frais qu'entraînaient rétablissement et l'entretien des fortifications de leui'S châteaux ; mais, s'il s'agissait d'entourer une ville de murailles, il était d'usage d'y faire contribuer tous ceux qui devaient en profiter. Robert, duc de Bar, ayant résolu, en 1368, de faire fortifier la ville neuve de Bar, enjoignit à Jacques le Moine, receveur du duché, et au cellérier Perrin de la Mothe de c faire... « gect sur tous les habitants en icelle neuf ville, et sur tous f aultres qui y tiennent et possèdent héritaiges, sur ung chascun « selon sa faculté et puissance, et les deniers d'iceluy faire conff vertir. . . très-diligemment en iceluy ouvraige. . . , et avec ce « faire faire bons fossez larges et perfonds, par lesdits habic tans » ; le duc ajoute : « et les faictes faire à crouvéez, que c vous ordonnerez à iceulx habitans, et aux habitans de Marc bot, et de Bar la Ville, et dou vaul de Comble, et de la rue c de Veel ; et ad ce les contraindrez de faict, et tous rebelles et c désobéissans ad ce ferez payer pour amende diz solz tournois, € que vous convertirez en iceluy ouvraige (2) ».

Souvent de simples particuliers ne craignaient pas d'entreprendre des constructions très-considérables. Nous avons parlé tout-à-l'heure du doyen Jean Waltrac, qui fit achever la cathé-

11) V. Mémoire sur la classification chronologique des édifices igieuœ du pays measin, par M. Prost.

2\ Les lettres de Robert sont imprimées dans Calmety Hist., Preuves j col. dcxlvij et dcxlvi\j.

(2^ t. II,

drale de Verdun. En 1427, Jean Georges, un des amants de Metz, fit jeter, à ses frais, les fondements d*ane église pour \e^ Mineurs-Observantins ; mais cet édifice faillit n*étre pas achevé, par suite d'une circonstance assez singulière. La même année, on avait vu à Metz un religieux observantin, nommé Jean de Lyon, dont les prédications avaient répandu le trouble danji la ville ; il se décida enfin à partir, tout en annonçant aux Messins la venue prochaine d'un de ses confrères, « qui les sçaueroit trop « mieulx endoctrineir cent mille fois que luy ». En effet, ao mois d'août 1428, arriva un religieux, que l'on appellait Frère Guillaume. Il avait exercé autrefois la profession d'avocat au Parlement de Paris, avait été chassé de cette ville pendant les troubles du règne de Charles VI, et était entré dans les ordres ' avec l'ambition d'obtenir un riche bénéfice. Mais, devinant qu'il n'y pourrait rétwsir « pour la renommée qu'il avoit de suivre c les tavernes », il prit l'habit de Mineur-Observantin, et doué d'une certaine éloquence naturelle, il se mit à déclamer contre le pape, les cardinaux, les prélats et la plupart des ordres religieux, qu'il accusait de relâchement. Il affectait lui-même un rigorisme extraordinaire, qu'il jugeait propre à autoriser ses sorties contre le luxe et la vie somptueuse de certains ecclésiastiques, et h lui concilier la faveur du peuple ; néanmoins ses macérations étaient plus apparentes que réelles ; « car il main- « geoit volluntiers de bons loppins, quand il en avoit, disent « les Chroniques de Metz, ... et de touttes bonnes chairs, vol- « lailles, venoison, et viandes que on luy donnoit ». Il trouva mauvais que l'on eût entrepris de construire la belle église dont il vient d'être question, « et la fist raccourcir de plus de la moi- « tié », disant « qu'elle estoit trop grande, et que c'estoit contre «c Dieu, et que les saincts et les sainctes n'avoient nulles grandes « maisons ne églises, fors que des petits tigurions (1) ». Les

(1) De petites cabanes.

prédications scandaleuses du Frère Guillaume ne tardèrent pas à porter leurs fruits. Il s'était d*abord contenté de vilipender le clergé messin, ajoutant « qu*il ne prisoit rien tous les clercs de ff Mets, et ne voUoit que une demej heure d'espaice pour les

< rendre confus, et que ce n*estoient que maistres cocquairts... « La plus grant partie de la noblesse et haulte bourgeoisie ff ne faisoient que rire » ; mais, bientôt. Frère Guillaume se mit à exciter le peuple contre ceux qui dirigeaient le gouvernement; et c les marchans et gens de mestiers », après avoir insulté les religieux mendiants, < en leur disant injures et vil- « lonnies, de quoy on ne leur en faisoit vengeance ne pugniff tion,. . . commencèrent à faire assemblée peu à peu, tant par ff la ville, comme en allant au sermon, afQn que on n'y pensast c mie. Tant parlèrent ensemble, alloient et venoient qu'ils mirent « sus une très malvaise entreprinse et dangereuse contre les

< seigneurs et gens de paraiges ...» Une conspiration fut découverte en U30; les principaux coupables furent sévèrement punis ; et cette leçon rendit les parages moins avides de nouveautés, et les petits bourgeois moins ardents à ambitionner la puissance et les honneurs (1).

Le grand schisme d'Occident, qui avait partagé la Lorraine comme le reste de la chrétienté, avait favorisé, en relâchant les liens de la hiérarchie, ces tentatives de bouleversement religieux. L'église de Trêves se soumit au pape Urbain VI, qui siégeait à Rome, mais Jean de Vienne, évêque de Metz, le cardinal Jean de Neufchùtel, évêque de Toul, et Liébaut de Gusance, évèque de Verdun, séduit par le cardinal d'Aigrefeuille, reconnurent, en 1379, l'autorité de Clément VII, qui occupait Avignon. La défection fut toutefois bien loin d'être générale ; le Dominicain Bertrand, évêque de Tiflis et suffragant de Metz, plusieurs religieux et prêtres séculiers, et beaucoup de laïcs restèrent attachés

(1) V. Les Chron. de Metz, p. 147, 148, 154-162 et 170-175.

a l'obéissance du pape légitime. Bertrand, ne voulant pas communiquer avec des prélats qu*il regardait comme schismatiques, se retira d'abord auprès de l'archevêque de Trêves. Il revint à Metz, en 1380, avec les ambassadeurs que le roi des Romains y envoyait pour exhorter les habitants de cette ville à obéir au pape Urbain Vt. Bertrand, qui était un des religieux les plus distingués de son ordre, et aussi vertueux que savant, fit tout ce qu'il put pour engager les Messins à abandonner le parti de Clément VII ; mais ses efforts ne furent pas couronnés d'un grand succès (1).

La conduite des habitants de Toul fut bien différente ; ils signifièrent qu'ils ne reconnaîtraient pas comme leur seigneur temporel le cardinal Jean de Neufchâtel, tant qu'il soutiendrait les intérêts de l'antipape, et le roi des Romains écrivit aux chanoines et les somma de nommer un nouvel évêque, en remplacement du cardinal, qu'il considérait comme un intrus. Les chanoines refusèrent de procéder à l'élection et ne répondirent pas même au roi, qui leur déclara la guerre et conseilla aux Toulois d'user de violence pour réduire le chapitre à la soumission. Ceux-ci ne demandaient pas mieux qne d'avoir un prétexte pour vexer Tévêque et les chanoines. Jean de Neufchâtel résidait dans la ville d'Avignon, auprès de Clément VII, et ne pouvait opposer aucune résistance. Les bourgeois attaquèrent son palais de Toul, qui formait une espèce de petite forteresse, s'en emparèrent, le mirent au pillage, le détruisirent entièrement, et firent ensuite subir tant de mauvais traitements aux chanoines, que ces derniers furent obligés de se réfugier à Vaucouleurs. Ils députèrent alors Frédéric de Morhange, abbé de Saint-Léon, vers l'antipape pour lui exposer leur triste situation et le prier d'y porter remède. Clément leur envoya une bulle dans laquelle

(1) V. Hist. de Metz., t. II, p. 582.

il les exhortait à supporter patiemment leurs tribulations, et c'était tout ce qu'il pouvait faire en leur faveur. Ils eurent bientôt de nouveaux embarras ; le roi des Romains irrité de la résistance des chanoines, ordonna au sénéchal de Luxembourg de saisir leur temporel, et le sénéchal fit le siège du château de Void, qui leur appartenait. Dans leur détresse, ils eurent recours au roi de France Charles VI, qui obtint d*abord la retraite des Luxembourgeois, et négocia un accommodement, au terme duquel les chanoines rentrèrent dans leurs maisons; Jean de Neufchàtel conclut aussi un traité avec les bourgeois, qui promirent de reconnaître son autorité temporelle, à condition qu*il ne ferait aucune tentative pour les soumettre au pape d'Avignon, et révêque continua à demeurer dans cette ville, où il prit, en 1394, une grande part à l'élection de l'antipape Benoît XIII (1).

Cette anarchie religieuse dura, en Lorraine, jusqu'en 1409 ; le 25 mars de cette année s'ouvrit le Concile de Pise, qui prononça la déposition de Grégoire XII et de Benoît XIII, et élut, en leur place, Alexandre V, lequel, étant mort peu de temps après, eut pour successeur Jean XXIII. Le cardinal de Bar, Henri de Ville, évêque de Toul, Raoul de Coucy, évêque de Metz, et Jean de Sarrebrûck, évoque de Verdun, se trouvèrent à cette assemblée, où le duc de Lorraine députa Henri Tronic, doyen de réglise Notre-Dame d'Yvoy, et Gersel de Vaudrevange, curé de Chiny (2).

L'extinction du schisme n'était pas le seul but que l'on eût à atteindre ; il fallait aussi réformer certains ordres monastiques, dont les règles n'étaient plus strictement observées. Ainsi, on vit les Bénédictins de Saint-Maximin de Trêves, choisir successivement jusqu'à trois abbés, qui eurent chacun leurs partisans

(1) V. Benoît, Hist. de Toul, p. 495-500.

(2) V. Labbe, Concil., t. XI, seconde partie, col. 2213, 2215 et

et laissèrent dépérir la discipline (1). Le Concile de Constance ayant décrété la réforme de Tordre de saint Benoit, Hermann d'Ogéviller, abbé de Saint-Epvre, qui avait assisté au Concile, rédigea, après son retour, des statuts fort sages, lesqneb reçurent l'approbation de plusieurs prélats. Il convoqua alors (an. 1&22) dans la cathédrale de Toul les abbés de son ordre, qui, s*j étant rendus au nombre de vingt-deux, adoptèrent les statuts de Hermann et s'engagèrent à les faire observer (2). Une seconde assemblée, bien plus nombreuse, car on y comptait près de soixante abbés, eut lieu dans l'abbaye de Saint-Maximin de Trêves, au mois d'octobre de la même année. On arrêta, dans ce chapitre, des règlements importants pour la réforme de l'ordre de saint Benoît, et les abbés s'empressèrent d'établir ces règlements dans leurs monastères^ malgré l'opposition de plusieurs religieux. Ceux de Saint-Mathias de Trêves montrèrent beaucoup de répugnance à embrasser le nouveau genre de vie ; mais le vénérable Jean de Rode, leur abbé, parvint à triompher de cette résistance. On n'avait vu au chapitre de Trêves qu'un petit nombre d'abbés lorrains : quatre du diocèse de Toul, autant de celui de Verdun, et trois seulement de celui de Metz. Les abbés de Saint-Arnould , Saint-Symphorien , Saint-Clément, Saint- Vincent, Saint- Martin, Saint-Avold et Longeville refusèrent d'assister au chapitre et déclarèrent qu'ils entendaient conserver les usages en vigueur dans leurs abbayes. Peu d'années après, l'évêque de Metz, Conrad Bayer de Boppart, fit des eflbrts pour incorporer les Bénédictins de son diocèse à la congrégation de Bursfeld, qui venait d'être établie en Allemagne. Les religieux n'y voulurent jamais consentir. Comprenant toutefois qu'un changement était nécessaire, ils obtinrent du pape, Martin V, l'autorisation d'y procéder eux-mêmes et

(1) V. Brower, Ann. Trev., t. II, p. 264.

(2) V. Benoît, ibid., p. 519 et 520.

adoptèrent les statats de Hermann d*0géviller. En 1&33, Conrad Bayer risita toutes les abbayes du diocèse de Metz et s'assura par lui-même que les statuts de Hermann y étaient en pleine vigueur (1).

Le clergé séculier avait aussi besoin de quelques réformes, et les chanoines des collégiales qui n'étaient pas sous la surveillance immédiate des évêques avaient laissé tomber leurs anciennes règles en désuétude. Les chanoines de Saint-Dié avaient eu pour prévôts, pendant deux siècles, des évêques et des chanoines de Toul, qui avaient maintenu la discipline avec une certaine fermeté; mais, en 1319, le chapitre était parvenu à se soustraire à une pareille suprématie, et la régularité n'y avait rien gagné; caries nouveaux prévôts, tirés du sein même du chapitre, n'eurent pas toujours l'autorité nécessaire pour prévenir ou pour comger les abus. En 1371, une délibération capitulaire interdit aux chanoines et à leurs serviteurs de prendre part à aucune chevauchée avec les gens de guerre ; la peine à encourir par ceux qui contreviendraient à cette défense consistait dans la vsaisie des prébendes et la suspense ecclésiastique (1).

Des cérémonies puériles ou scandaleuses s'étaient introduites jusque dans les cloîtres des cathédrales. On célébrait dans celle de Toul la fête des fous, trop connue pour que nous en parlions en détail. La même église était témoin, le samedi avant la Septuagésime, d'une cérémonie presque aussi ridicule. A l'heure de none, les enfants de chœur, réunis dans le grand vestiaire, organisaient le cortège funèbre de Valleluia (3). Ils portaient un mannequin représentant Yalleluia, et précédés de la croix,

(1) V. Calmet, Hist., t. II, col. 715, 716 et 731.

(2) V. Essai chron., etc., par M. Richard, p. 57.

^3) On sait que l'on ne chante pas YalUluia dans les églises depuis la SeptYiagésime jusqu'à Pâques.

des cierges, de Teaa bénite et de TeDcens, ils iraTeraaieiit le chœur et se rendaient dans le cloître, où ils enterraient le mannequin, en poussant des cris et des gémissements ; ils Tencensaient, Taspergeaient d'eau bénite et reprenaient, dans le même ordre, le chemin du restiaire (1).

Ce n'était pas uniquement contre les premiers efforts de rhérésie et contre le relâchement de la discipline que révise arait à se prémunir ; elle était encore forcée de lutter contre les violences de plusieurs barons. Les patrons, qui percevaient une partie des dîmes, étaient chargés de Tentretien des églises; mais souvent ils les laissaient dépérir, faute de réparations, et refusaient même quelquefois les livres liturgiques indispensables à la célébration de Toffice divin. L*évéque de Toul, Bertrand de la Tour, fut contraint d'ordonner, dans les statuts qa*il publia en 1369, que le patron de chaque église lui fournirait un missel noté, ou un missel sans note et un graduel ; mettant à la charge des paroissiens les autres livres et les ornements (2).

Les abus de la force étaient bien autrement redoutables que les ruses de la cupidité. En 1318, Albert de Thelod arrêta Willaume, abbé de Saint-Epvre, contre lequel il nourrissait noe haine profonde, et lai coupa le nez, une main et un pied. Willaume mourut au bout de peu des jours, et le meurtrier parvint à éviter le châtiment en cédant à Tabbaye une rente de quinze livres destinée à la fondation d*une chapelle, dont les abbés de Saint^Epvre eurent la collation (3). Une vingtaine d'années après, Jean, sire de Ribaupierre prit Bencelin, abbé de Moyen-Moutier, l'enferma dans son château et l'y retint pri-

(1) V. idem, ibid., p. 44 et 45.

(2) V. une note de Dom Calmet, imprimée dans sa vie écrite par Dom Fange, p. 480 et 481.

(3) V. les lettres de Ferri IV relatives à cette affaire, dans Calmet, Hi$t,, t. II, Preuves, col. dlxix et dlxx.

sonnier. Bencelin ne survécut pas longtemps aux mauvais traitements qu'il avait endurés, et le sire de Ribaupierrc en fut quitte presque à aussi bon marché qu'Albert de Thelod. Il fut condamné à payer, tous les ans, dix sous aux religieux de Moyen-Moutier pour l'anniversaire de l'abbé défunt, et il promit de protéger le monastère et ses domaines en toute circonstance ; de se rendre à Nancy, auprès du duc de Lorraine, aux fêtes de Noël, et de suivre une procession, revêtu d'une simple tunique sans ceinture, tête nue et un cierge à la main ; enfin de faire le pèlerinage de Cantorbéry pour invoquer l'intercession de saint Thomas Becket (1).

Malgré toutes ces misères, la religion conservait encore beaucoup d'empire ; on vit môme à cette époque la dévotion à la Sainte Vierge devenir de plus en plus vive. L'évêque Henri de Ville introduisit dans la cathédrale de Toul l'usage de chanter Ave Maria j gratta plena, au commencement de chacune des heures canoniales ; et de la cathédrale cette coutume passa dans toutes les églises du diocèse (2). A la fin du XIV' siècle, Ferri I", comte de Vaudémont et frère de Charles II, avait établi dans \ l'église de Notre-Dame de Sion, qui était le but d'un pèlerinage très-fréquenté, une confrérie en l'honneur de l'Assomption de la Sainte Vierge. Pour entrer dans la confrérie, il fallait être gentilhomme ou franc-bourgeois ; chaque confrère payait tous les ans un florin, et l'on en devait un autre quand l'on était admis. Il y avait, chaque année, une réunion solennelle dans l'église de Sion ; lorsqu'on ne pouvait s'y trouver en personne, on envoyait quelqu'un à sa place ; et les confrères devaient, pendant la huitaine qui précède l'Assomption, porter sur leurs habits une image de la Sainte Vierge en argent, en peinture, ou en broderie, sous peine d'être condamnés à une amende. On

(1) V. Calmet, Hist,^ t. II, Preuves, col. 521 et 522. * C?) V. Benoît, Hist. de Toul, p. 528.

garde encore d^ns Iq Trésor dç$ chartes la liste des premiers membres de cette association pieuse, et Tofty voit figurer les noms des principaux seigneurs Iprrains et 4e leurs femmes (1).

Bien que le nombre des fondations religieusies ait coosidénb» .blement diminué pendant le X(V* siècle, la plupart 4^s ducs de Lorraine et de Bar tinrent à honneur d*en eQectuer quelques* unes. Nous en avons déjà montioiwé plusieurs et nous ne les rappellerons pas ici; mai3 il est bon de signaler un nouvel usage que Ton adopta pour rétablissement des collégiales, et qui avait de l'analogie avec les tontines modernes. Trente, qua* rante, cinquante ou spi^ante ecclésiastiques se réuniasaient et mettaient dans ^ne espèce de fonds commun les biens dont ils pouvaient disposer. Chacun conservait U revenu de son apport et avait le titre et les droits de chanoine. Les parts de ceux qm mouraient les premiers restaient dans la mensQ çanopiale, et les survivants, au nombre dedou^Ps de quinze, etc., selon oe qui avait été régléi formaient déQnitivement le chapitre et partageaient, en autant de prébendps, les revenus de toua les Ûeos destinés à la fondation. C'est de la sorte que la collégiale Saint- Pierre de Bar fut créée, en 1315, pour plus de cinquante chanoines, qui furent ensuite réduits à seize (2).

En 1320, Jean Louviat, bourgeois de Metz, et soa épouse, firent construire Tabbaye de Pontifroy (ordre de Gîteawc) (3). Cinquante ans plus tard, un autre Messin, Bertrand le Hongre, dont la vie fut celle d'un prédestiné, établit les Célestins dans sa ville natale, leur donna un couvent et le dpta d'uQf^ maniero convenable (&). Les Augustins et les Antonistes ou Antonins se

(1) V. layette FimdoÈiona, n^ 62.

(2) V. le titre de fondation, dans Calmet, Hist,, t. II, Preuves^ col. dlxvj-dlxviij .

(3) V. Eist. de MeU, t. II, p. 512.

(4) V. ibid,, p. 564-567.

fUèrent à Bar, sous le règne de Robert. Du reste, pendant que Ton édiliait de nouveaux monastères, les anciens se dépeuplaient. La célèbre abbaye de Senones n* avait plus que six reli«gieu^ en U20 (1). Celle de Moyen-Moutier, qui était aussi bien déohue, servit de refuge, pendant la première moitié du XIV* siècle, à un Dominicain nommé Jean de Bayon, probablement parce qu'il était originaire de ce bourg. A la prière de l'abbé Benoelin, Jean rédigea \ine chronique qui rapporte principalement les faits relatifs à Moyen«Moutier, mais dans laquelle on trouve des documents précieux pour l'histoire de Lorraine (2).

L*abbaye de Remiremont avait achevé de se séculariser. Los chanoinesses décidèrent qu'elles n'admettraient plus parmi elles que des filles issues de familles nobles, et l'antipape Benoit XIll les autorisa, en 139&, à ne recevoir que des filles nobles de quatre quartiers paternels et maternels. Les abbesses appartenaient dès lors aux Maisons les plus distinguées. Pour tenir le chapitre au complet, chacune des dames ou chanoinesses avait le droit de choisir une nièce, qui pouvait être d*une famille étrangère,pourvu qu'elle eût la noblesse requise. Les nièces remplissaient le rôle des novices dans les monastères ordinaires, et succédaient aux chanoinesses qui les avaient élues. Ces dernières ne faisaient plus de vœux d'aucune sorte ; Pabbesse seule continuait à en faire; encore quelques-uny s'en sont-elles dispensées

(1) Y. Calmet, Hist. de Vabhaye de Senones, ch. 31, ma. de la Bibl. pabl. de Saint-Dié.

(2) Il existe plusieurs copies de cette chronique; la plus ancienne, qui date seulement de Tannée 1544, so trouve dans la collection de M. Noël. Les fragments les plus intéressants sont imprimés dans VHistoria Mediani Monasterii de Belhomme, p. 230 et suiv., et dans V Histoire de Lorraine de Dom Galmet, 1^* ôdit., t. II, Preuves^ coL Ix^ et suiv.; 2« édit., t.III| Preuves, col. ccxiij et suiv. »

sous divers prétextes. L'abbesse jouissait des droits les plas étendus, portait la crosse et Taumusse, et prétendait même avoir le privilège de battre monnaie. L*organisation du chapitre offrait les particularités les plus curieuses ; mais ces détails ne peuvent guère trouver place ici, et nous aurons d'ailleurs occasion d'y revenir, quand nous parlerons des tentatives faites pour réfoi^ mer les chanoinesses de Remiremont.

Les fondations charitables, sans être aussi communes qu*aa XIll* siècle, eurent encore de Timportance. L'hôpital Saint- Julien de Nancy fut construit et doté, en 1336, par un prêtre de cette ville, nommé Vernier; il était situé à peu près au milieu de la rue de la Boudière, et Vernier en confia Tadministration aux échevins de Nancy (1) L'hôpital de Pont-Saint- Vincent avait été établi, seize ou dix-huit ans plustôt, par le comte de Vaudémont, Henri 111, et sa femme Isabelle de Lorraine (2). En 1382, le duc Robert cédait et donnait la Maison-Dieu de Bar aux religieux Antonistes, qui venaient de se fixer dans cette ville ; mais il ne dit pas en quelle année cet hôpital avait été fondé (3). Au reste, les lettres de Robert et le testament de Marguerite de Bavière, veuve de Charles II, prouvent que les Maisons-Dieu s'étaient très-multipliées (4). On ne voit pas qu'il en ait été de même des léproseries ; depuis que les misérables, enfermés dans ces établissements, eurent été accusés d'empoisonner les puits pour communiquer leur mal à tout le monde, on n'eut plus pour eux la même charité, ni les mômes égards ; il paraît résulter des

(1) V. le titre de fondation, dans Lionnois, Hist, de Nancy, 1. 1, p. 260 et 261. L'original existe encore ^dans les Archives des hospices civils de Nancy.

(2) V. Calmet, Notice, t. II, col. 824.

(3) V. le titre, dans Calmet, Eist,, t. II, Preuves, col. dclv.

(4) Il y en avait une à Ligny en 1392, mais nous ignorons à quelle époque elle avait été fondée.

termes employés par le doyen de Saint-Thiébaut (1) que les lépreux de Metz furent brûlés vifs comme beaucoup d'autres ; et cette horrible exécution rendit, sans doute, odieux pendant bien longtemps les individus attaqués de lèpre ou de quelque maladie semblable.

(1) V. le texte de cette chronique, dans Galmet, ibid., col. clxx. D'après le doyen, Texécution aurait eu lieu en 1321 ; les Chro^ niques de Metz (Y. p. 119) la reportent, au contraire, à Tannée

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