RENÉ 1^' ET 1SA^BLLE
Lorsque le dac Charles II mourut, il espérait avoir pris toutes les précautions nécessaires pour assurer le trône à sa fille Isabelle , et ne croyait pas que le comte de Vaudémont , à peu prés complètement dépouillé de ses états , sans appui et sans ressources, oserait disputer la couronne à René et à son épouse, qui, disposant de forces considérables, comptaient, avec raison, sur Tappui du clergé, de la noblesse et des bonnes villes. Il se trompait cependant , et les craintes que Ton pouvait concevoir ne tardèrent pas à se réaliser. Charles était mort le 25 janvier 4434 , et Isabelle fut aussitôt reconnue comme duchesse. Bien qu'elle fût en réalité seule
souveraine (i) , René prit te (itre de duc de Lorraine et s'achemina vers Nancy. La duchesse douairière et les nobles , qui s'étaient assemblés dans cette ville, allèrent au-devant du prince, et celai*cî, ayant été conduit en cérémonie à la collégiale Saint-Georges, jura de respecter les droits et les privilèges des trois ordres. On dit qu*il abandonna , selon Tusage , son cheval aux chanoines de la collégiale. On a vu que les ducs Jean I*' et Charles II étaient venus , à leur avènement, remercier Dieu dans Tèglise dont nous parlons et avaient donné leurs chevaux au chapitre ; mais il est bien certain que René est le premier duc qui ait fait serment de respecter les privilèges de ses sujets (2). Nous avons rapporté, dans le volume précédent, les heureuses tentatives que Ferri III et lous ses successeurs, jusques et y compris Charles II, avaient faites pour accroître leur autorité aux dépens de celle de TAncienne Chevalerie, et sur la fin du règne de Charles, le pouvoir du prince avait pris un accroissement extraordinaire. Le duc ne jouissait pas toutefois d*une puissance illimitée , et plusieurs circonstances avaient contribué à empêcher la décadence totale de la Chevalerie. Si les ducs , maintenant avec rigueur les règles du droit féodal, avaient obligé les nobles au service personnel en temps de guerre, sans que Tâge et le mauvais état de leur santé fussent admis comme motifs d*excuse; d'un autre côté, les gentilshommes étaient parvenus à mettre obstacle aux anoblissements ; et
(1) Elle avait un seeau particalter, qui était appcnda aux chartes en même temps que celai de René ; v. notamment , au Trésor des chartes, layette ChoêteauMUim , i, n® 31 , les lettres contenant donation de RémerériUe et de trois cents écus k prendre sur les salines de Qi&tcausalins, donation liite par René et Isabelle, le 9 juillet 1158, h Girard d'Harauemiri pour les bons tenrices qu'il leur arait rendus.
(2) Ceit ce qui résulte avec évidence de la protestation faite, le 18 mai 1862, par Bertrand le Hongre, procureur-général de Lorraine. Nous parlerons ph» loin de cette pièce , dont on trouve une copie dans le cartulaôre de la bibl. publ. de Nancy, p. 1^23 et suiv.
Ton comprend combien cela fut utile à la Chevalerie, que les ducs aaraieot asservie bien plus facilement , s*il leur eût été loisible d'accorder les prérogatives de la noblesse aux individus qui se montraient dévoués à leurs souverains ; car, devenus gentilshommes, ces individus auraient, à la longue, introduit dans l'ordre nobiliaire l'esprit dont ils étaient animés. Une institution , dont l'origine se perd dans la nuit des temps , le tribunal des Assises fut aussi d'un puissant secours à l'Ancienne Chevalerie contre les entreprises des ducs de Lorraine. Jamais ils n'osèrent supprimer une juridiction révérée ; et pendant que les rois de France dépouillaient peu à peu les justices seigneuriales de leurs attributions les plus importantes, le tribunal des Assises conservait une grande partie de ses droits et de son autorité. Dés les premières années du règne de Charles II, cette juridiction possédait une organisation complète , et depuis l'année 1390 , peut-être même assez longtemps auparavant , il y avait des sessions régulières des Assises dans les trois bailliages de Nancy, Yosge et Allemagne.
La nécessité où se trouvait Charles II de ménager la noblesse, pour l'empêcher de se déclarer en faveur du comte de Vaudémont, l'engagea à faire quelques concessions sur la fin de sa vie ; mais ces concessions n'étaient rien au prix' de celles que René et Isabelle furent obligés de faire pour attacher plus fortement les nobles à leur fortune.
Le 50 janvier 4451, le duc et la duchesse remirent aux gentilshommes la déclaration suivante, trop importante pour que nous ne la reproduisions pas à peu près dans son entier :
« René filz du Roy de Jérusalem et de Sicile, Duc de Bar » et de Lorraine et Marcbis, Marquis du Pont, Comte de » Gaise, etc. ; Et Nous Isabelle Duchesse, Marchise^ Mar- • qaise et Comtesse des Ducbiés , Marchisie, Marquisie, > Comté et Seigneurie dessusdicts, léale femme et espOuse » de mondict Seigneur dessus nommé , etc. ; Sçavoir faisons
que comme, après le irespas de nostre cher et irés-amé Seigneur et Père Monseigneur Charles, Duc de Lorraine et Marchis (que Dieu pardonne !), il nous a esté remonstré par la Chevalerie dudict Duchié de Lorraine qu*au temps de nostre dict Seigneur et Père, plusieurs nou?elletez soient esté faictes audict Duchié de Lorraine, oultre Tancien usaige et coustume dudict Duchié; Nous désirant le bien, utilité et conservation dudict pays ; voulant aussi entretenir et garder léaulement et bonnement ledict pays en ses anciennes coustumes et usaiges, sans les aulcunement enfreindre, etc. ; et pour ce voulons, et à ce nous consentons, et avons promis en vrayes paroles de Prince et de Princesse, pour Nous , nos hoirs et ayans cause de Nous, Ducs de Lorraine à tousjoursmais, que dès maintenant, pour tout le temps à venir, toutes et quantes fois que Nous et nos dits hoirs et ayans cause. Ducs de Lorraine, et nos officiers, et aultres de par Nous, voudront aulcune chose demander à ladicte Chevalerie dudict Duchié de Lorraine, ou à aulcun ou plusieurs d'eulx particulièrement , leurs hoirs et ayans cause, en quelconque manière que ce soit ou puisse estre ; Nous et nosdicts hoirs et ayans cause. Nous en devons laisser jugier par la Chevalerie native dudict Duchié de Lorraine et aultres nobles flefvez dudict Duchié, leurs pairs, selon Fus et coustume ancienne dudict Duchié, et ez lieux acconstumez.
> Et pareillement si ladicte Chevalerie conjoinctement, plusieurs ou aulcun d*eulx particulièrement , leurs hoirs ou ayans cause, veulent aulcune chose demander à Nous, nos hoirs, successeurs et ayans cause, Ducs de Lorraine, Nous, nos hoirs et ayans cause, nous en devons laisser jugier par ladicte Chevalerie native dudict Duchié de Lorraine et aultres nobles ficfvez dudict Duchié , leurs pairs , selon les us et coustumes anciennes dudict Duchié , et ez lieux acconstumez.
> £i tout ce qoeparladicte Chevalerie sera dict et JQgié par droîcty pour Nous ou contre Noos, pour nos hoirs et ayans cause ou contre eaix ; Nous, nosdicts hoirs et ayans cause^ Docs de Lorraine, les devons tenir fermement, et en estre conteos, sans aller, faire ne souffrir aller au contraire, en quelconque manière que ce soit ou puisse estre.
> El en ottltre , toutes et quantes fois que la Chevalerie dessusdicte conjoinctement , ou plusieurs ou aulcun d*eulx particulièrement, leurs hoirs et ayans cause, prieront et requéreront à Nous , nos hoirs et ayans cause, Ducs de Lorraine, avoir droict et jugelnent par leurs pairs , comme dict est ci-dessus, des desbats et demandes que pourroient • se mouvoir, en tout temps a venir, entre Nous, nos hoirs et ayans cause , Ducs de Lorraine , et ladicte Chevalerie, conjoinctement ou particulièrement, leurs hoirs et ayans cause ; Nous, nos hoirs et ayans cause , Ducs de Lorraine, ne pouvons et ne devons aulcunement refuser à ladicte Chevalerie conjoinctement, ne à plusieurs^ ne à aulcun d*eulx particulièrement, ne à leurs hoirs et ayans cause> ne
à aulcun d'eulx, ledict droict et jugement de leurs susdicts pairs, par la manière que dessus est déclarée.
> Et voulons aussi que tous les appelz des jugemens de ladicte Duchié de Lorraine soient portez pardevant ladicte Chevalerie, ainsi qu*il est accoustumé de faire d'ancienneté, sans qu'aultres juges y puissent entendre y ne avoir aucune congnoissance.
> Et si Nous, nos hoirs, successeurs et ayans cause, Ducs de Lorraine, ou auloun de nos officiers de par Nous, ou aulcun de nos bourgeois ou hommes de poté {poittia»^ sujets directs) , vouloient aulcune chose demander à aulcun ou plusieurs des hommes de ladicte Chevalerie, ou d*aulcun d'eulx ; Nous, ou nos officiers, bourgeois et hommes dessusdîcts, les devons poursuivre pardevant leur justice où ilz seroieni demeurans> par voie de justice , et de là en avant,
— iode ressort en ressort, selon les us et coastumes anciennes dudict pays.
> Et pareillement si ladicte Chevalerie conjoinctement, ou aulcun d'eulx particulièrement, ou leurs bourgeois et hommes de poté, ou aulcun d*euh, Touloient aulcune chose demander ou requérir à Nous, nos officiers , nos bourgeois et hommes de poté, ou aulcun d*eulx , ilz les devroient poursuivre devant leur justice et lieu où ilz sont demeurans, par voie de justice, et de là en avant, de ressort en ressort^ comme dessus est déclaré.
» Et s*il avenoit que desbats et questions se meussent entre Nous et la'dicte Chevalerie , et entre ladicle Chevalerie et Nous^ pour cause de nosdicts bourgeois et hommes de poté , ou pour leurs biens , ou pour leurs bourgeois et hommes de poté , et leurs biens , lesdicts desbals et questions viendroient et seroient jugiez et déterminez par ladicte Chevalerie et aultres nobles fiefvez , leurs pairs, en la manière que dessus est devisée et déclarée.
> Encore voulons que toutes nouvelletez indues et non raisonnables, qui sont esté eslevéez au temps et au vivant de nostre dict Seigneur et Père, soient mises jus et du tout au néant, comme sommes acertenez duement que nostre dict Seigneur et Père les auroit mis jus avant son trespassement, et que ladicte Duchié et pays de Lorraine demeureront doresnavant, et à tousjoursmais, en telles coustumes, liberté, franchise et anciens usaiges, comme ladicte Duchié et pays de Lorraine estoient au vivant de feu de bonne mémoire nostre très-cher Seigneur et Grand-Père Jehan, Duc de Lorraine et Marchis, et de ses prédécesseurs Ducs de Lorraine (dont Dieu ait les âmes !).
9 Et voulons aussi que tous ceulx de la Chevalerie dessusdicte à qui on aurait faict aulcun tort ou grief, au vivant de nostre dict Seigneur et Père^ puissent les faire radresscr
st
par le droict et jugement de leurs pairs , par la forme et manière que dessus est déclarée.
9 Et encore youlons que toutes et quantes fois que ladicte Che?aierie, ou plusieurs ou aulcun d'eulx , ou leurs bourgeois oH hommes de poté, en commun ou en particulier, ou leurs hoirs et ayans cause , prieront et requéreront à Nous, nos hoirs et ayans cause, Ducs de Lorraine et Marchis, ou nos officiers ou aulcun d'eulx, avoir droict et jugement, les nobles par leurs pairs , les bourgeois et hommes de poté par leurs juges, et en appel au ressort de ladicte Chevalerie, de tous desbats ^ questions ou demandes qui poarroient naistre et mouvoir au temps à venir ; Nous, nos hoirs et ayans cause. Ducs de Lorraine et Marchis, ne nos officiers, ne leur pouvons , ne devons refuser aulcunement lesdicts droict et jugement, par la forme et manière ci-dessus déclarée. Toutes lesquelles choses dessusdictes et une chacune d*icelles, Nous, pour Nous, nos hoirs, successeurs et ayans cause. Ducs de Lorraine -et Marchis, avons juré et promis, jurons et promettons par ces présentes, léaulemenl, en bonne foy, et vrayes paroles de Prince et Princesse , tenir et faire tenir, terminer, entretenir et accomplir de poinct en poinct, inviolablement ; sans jamais aller, ne souffrir aller, en quelconque manière que ce soit, à rencontre de la teneur de ces présentes, ne des choses contenues en icelles. Etc. (i) »
Telles furent les concessions réellement exorbitantes que René consentit à faire , pour ménager Taffection et le dévouement de la noblesse. Il contractait ces engagements non seulement pour lui, mais pour ses successeurs, et nous verrons tous les ducs , jusqu'au commencement du XVIP siècle, ju-
(1) Celte déclaration est imprimée en entier, mais avec des fautes gros- I, diDfl Rogévilie, Dict. des ordonn. et des tribunaux de la Lorraine et du BuTois, 1. 1, p. 33-35.
— tarer, en montant sur le trône , de se conformer aux lettrespatentes de René I*'. La noblesse ne se contentait même pas da serment da prince ; ceiai-ci devait donner des lettres expédiées en cinq exemplaires sar parchemin , et revètaes da grand sceau ducal. Une des expéditions était remise an maréchal de Lorraine; trois aux baillis de Nancy , Vosge et Allemagne, et la cinquième était destinée au dac loi-même, qui la confiait au capitaine de ses gardes (i).
René, après avoir pris possession de sa capitale , visita les principales villes du duché de Lorraine , et reçut la soumission de leurs habitants et les hommages de ses vassaux. Il écrivit au clergé de Toul, pour lui faire savoir qu'il le protégerait en toute occasion , et pria Tévèque Henri de Ville de Faider de ses conseils (2). Il convoqua ensuite les Etats- Généraux , lesquels approuvèrent la déclaration faite par la noblesse en 1425, et donnèrent leur assentiment à tout ce qui avait suivi cette déclaration.
Le comte Antoine se hâta de revenir, quand il connut la mort de Charles , et de rentrer dans le château de Vaudémont, dont les Lorrains n'avaient pu s'emparer. Dès le 3S février, il prit le titre de duc et les armes de Lorraine , et ne dissimula plus son projet de disputer à Isabelle la succession de Charles II. Au mois de mars , il se présenta tout-àcoup devant Nancy , avec une escorte respectable , et somma les bourgeois de lui ouvrir leurs portes, comme à leur légitime souverain. On lui répondit par un refus ; il s'y attendait sans doute ; néanmoins , il témoigna beaucoup de ressentiment et c jura par Monsieur sainct Nicolas qu'en feroit » raison premier (avant) le mois de may ». Il prétendait que la déclaration des gentilshommes violait ouvertement le droit ancien ; qu'elle n'avait été motivée que par le désir de réunir
(i) V. Mory d'Elvtnge, Etats, Droits, Usages en Lorraine, p. i2 et iS». (3) V. Benoit, Hist. de Toul, p. 52i.
dans les mêmes mains les dachés de Lorraine et de Bar ; qae les ElaU auraient dû être consaltés avant la déclaration de la noblesse , et que la ratification par eux donnée postérienrement était nulle et sans valeur.
Ces raisons ne touchèrent personne ; les Lorrains admettaient généralement le droit d*Isabelle , et il fallait qu'ils fussent bien persuadés que le duché n'était pas masculin , pour préférer un étranger, tel que René d'Anjou, au neveu de leur dernier souverain , au petit-fils du duc Jean I*'.
Ce n'est pas ici le lieu de rapporter tous les f^its qui se rattachent à la question de savoir si les femmes pouvaient succéder au duché de Lorraine , et nous avons d'ailleurs parlé déjà plusieurs fois de ce sujet. Ainsi, nous avons rappelé qu'aprés la mort de Gérard d'Alsace , la fille de Frédéric II , qui ^ avait épousé Louis comte de Montbéliard et de Ferrette, avait réclamé le duché , probablement comme plus proche parente et héritière du dernier duc de la maison de Bar. Ainsi , on a dit qu'en 1506, une partie de la noblesse , réunie à Colombey, avait déclaré que, d'après l'usage constamment suivi en Lorraine , si le fils d'un duc venait à mourir avant son père , et qu'il laissât des enfants légitimes , garçons ou filles , ces en- (jEints devaient succéder au duché , à l'exclusion de tous autres héritiers, et même de leurs oncles; et les nobles, ne se bornant pas à constater la coutume, avaient pris l'engagement de la faire observer.
Les premiers descendants de Gérard d'Alsace eurent tous des fils qui montèrent sur le trône sans obstacle , et pendant les Xn* , XIIP et XIY* siècles , les filles ne rencontrèrent pas une seule fois l'occasion de faire valoir leur droit ; mais ce droit ne cessait pas d'être reconnu , et nous n'en voulons d'autre preuve que le contrat de mariage de Catherine fille de Mathieu U. Elle fut promise, en 1248, au second fils d'Arnoold m comte de Chiny , et dans les arrangements qui eurent lieu à ce sujet, Catherine s'engagea à ne « riens réclamer
» en rbéritaige de la Dachié, tant que il ait hoir
> niaisle » (i). Dans le siècle suivant, en 1586, Imbelle, fille de Jean l" , épouse Enguérrand sire de Coucy et comte de Soissons, et le contrat contient un article par lequel cette princesse renonce à toute prétention sur le duché de Lorraine, au ^profit de ses frères Charles et Ferri (2) ; renonciation d*autant plus remarquable que , selon toutes les probabilités, Isabelle ne devait jamais se trouver appelée è exercer le droit qi^i lui appartenait.
Sans se prévaloir de ce qui se pratiquait dans les grands fiefe français, puisque la Lorraine était hors des limites de la France, on peut dire qu'un usage universellement reconnu dans les principautés formées par le démembrement du royaume de Lorraine admettait les filles à la succession paternelle. On voit cet usage établi dans le Barrois, qui était politiquement dans la même situation que la Lorraine. Il existait paiement dans le comté de Vaudémonl^ qui se composait, comme nous l'avons dit, du pagus Segintensis détaché de la Lorraine sous le règne de Thierry, fils de Gérard d'Alsace, et dans lequel on devait suivre des usages en tout conformes à ceux du duché. Les filles y succédèrent à leurs pères, sans que les ducs de Lorraine aient manifesté la moindre prétention sur le comté, sans qu'ils en aient exigé le retour à cause de l'extinction de la ligne masculine. Le comte de Vaudémont Henri IV ayant été tué à la bataille de Crécy, en 1346, sans laisser d'enfants, sa sœur Marguerite hérita de ses états, et Anselme ou Anselin de Joinville, qu'elle avait épousé, fut comte de 1546 à 1549. Henri V, fils d'Anselme, n'eut de son mariage avec Marie de Luxembourg que deux fils, morts jeunes, et deux filles : Marguerite et Alix. L'aînée
(1) V. le coDU'at, dans Calœet, Hist., t. 11, preuv., col. ccoduj et cccclxiij.
(2) V. une copie de cet acte dans le cartulaire de la bibl. pobl. de Nancy, p. 157-139.
— Iseut le comlé de Vaudémont; Jean de Boargogoe-Comté, me de Montagu, et Pierre de Genève , qu'elle épousa Fun après Tautre, jouireot tous deux de cette principauté; enfin, Marguerite, étant devenue veuve une seconde fois, se maria en troisièmes noces avec Ferri de Lorraine, comme on la ra-
conté précédemment. €e qu*il y a de plus curieux c'est que le fils de Ferri, le comte Antoine, qui devait ses états à l'union de son père avec l'héritière de Vaudémont, fut le premier à soutenir que la loi salique était en vigueur en Lorraine comme en France.
Les mêmes principes régissaient tous les pays voisins. Dans le duché de Brabant, les filles succédaient à leur père. Dans le comté de Luxembourg, elles jouissaient aussi de ce droit. Conrad II étant mort sans enfants , dans la première moitié du Xil* siècle, ce fut Hcnri-l'Âveugle fils d'Ermenson, tante de Conrad, qui devint maître de la couronne ; et Henri lui-même n'ayant eu qu'une fille, appelée Ermenson, comme son aïeule^ la princesse se mit paisiblement en possession du Luxembourg. Des faits exactement semblables se sont passés dans les comtés de Salm, de Chiny, de Montbéliard, et il est inutile d'insister davantage sur ce point.
Tous ces principes, tous ces exemples étaient plus que suffisants pour persuader un homme impartial et désintéressé ; mais il aurait fallu d'autres arguments pour agir sur l'esprit du comte de Vaudémont. Le dernier historien de René d'An* joa (I) a tracé en ces termes le portrait d'Antoine : « C'était
> un prince né sous la tenle^ familier avec les périls, et dont » la fierté et le bonheur égalaient Taudace. Ses exploits, ton-
> jours couronnés die succès, lui avaient fait donner le sur-
> nom ii Entrepreneur, il était , du reste , d'un caractère
> élevé, généreux et plein de droiture, ami des pauvres et
> grand justicier; mais une fois convaincu de la bonté de sa
(1) M. de Quatrebarbes, OEuvres complètes du roi René, t. I,p. xiv.
> cause, rien ne pouvait lui faire abandonner son droit. » Quoiqu'il y ait, à notre avis^ et la suite du récit le démons trera, beaucoup à rabattre sur les éloges que cet historien décerne au comte de Vaudémont, on doit avouer que le fils de Ferri a possédé, à un haut degré, la fermeté et la force de caractère qui conviennent à un souverain.
René d'Anjou, inquiet de l'attitude que le comte de Vaudémont avait prise , résolut de le forcer à se soumettre ou à s'âoigner. Le comté étant un fief du Barrois, le duc dépêcha vers son compétiteur les baillis de Bar et de Saint-Mihîel, pour le sommer de reconnaître René en qualité de seigneur suzerain, et de lui remettre, sous peipe de commise, toutes les places du comté (1) , « qui estoit tenu en fief des ducs de 9 Bar, de tel temps qu'il n'estoit mémoire du contraire > (2). Une première sommation faite le 11 avril n'ayant eu aucun résultat, on en fit une seconde le 15. Les envoyés de René, s'étant présentés devant le château de Vaudémont, demandèrent qu'on leur en ouvrit la porte pour parler à Antoine luimême ; mais Gérard de Pfafiènhofen , gouverneur de la forteresse, leur déclara que son maître était parti depuis plusieurs jours pour se rendre auprès du duc de Bourgogne , qui étail alors en Flandre, et que si on voulait lui donner, à lui Gérard, un sauf-conduit, il irait trouver le comte et lui exposerait la demande de René. La proposition ne fut pas agréée , et, le 14 mai, le duc écrivit à Antoine pour lui annoncer que, s'il ne se hâtait de remplir son devoir de vassal, les hostilités allaient commencer.
Antoine n'ayant fait aucune réponse , le duc de Lorraine entra dans le comté avec une benne armée , s'empara de divers châteaux que son ennemi était parvenu à reprendre, et vint, le V juin, assiéger la ville de Vaudémont. Gérard de
(i) Plusiean de ces places étaient déjà occupto par les Lorrains. (2) y. Calmet, Notice, t. 11, col. 736.
PfaffeabofeD et Henri de Fauconcourl , auxquels obéissait la fliroisoa , opposèrent une vigoureuse résistance ; la place était d'ailleurs non moins fortifiée par Fart que par la nature, el René résolut, après quinze jours d'attaques infructueuses, de cooTertir le siège en blocus. Il fit construire près de la ville « deiix forteresses de bois bien fort et très-bien foucellées, » et jnisi gens d'armes dedans en garnison , pour bien gar- B der • (i). Il en confia le commandement à Jacques de Bade, son beau-frère, à Hennemant de Lénonconrt et à Erard du Cbâteleti et avant de décamper, il ravagea la campagne, it arracher les vignes et couper les arbres à fruits.
Pendant ce temps, Antoine achevait ses préparatifs pour entrer en campagne. Son épouse Marie d'Harcourt venait d'accoucher à Jpinville ; mais cette princesse, douée d'une grande énergie, quitta ioinville douze jours après avoir été délivrée, et rejoignit son mari, auquel elle apprit que leur principauté était envahie et dévastée par les Lorrains. Le comte ne perdit pas un instant et ramassa tout ce qu'il put trouver d'aventuriers et de soldats mercenaires. Le duc de Bourgogne^ Philippe-le-Bon , lui fut d'un puissant secours, en permettant au prince d'Orange, au comte de Saint-Fol, au sire de Croy , et à quantité de gentilshommes de suivre la bannière du comte de Vaudémont. Il prescrivit aussi à TouloBgeon maréchal de Bourgogne d'amener à Antoine toutes les forces dont il pourrait disposer. Philippe, qui était en guerre contre le roi de France, voulait empêcher le beaufrére de ce prince de s'affermir en Lorraine, dans la crainte qu'il n'aidât plus tard les Français dans leurs projets sur la Cbaillpagne et la Bourgogne. 11 était sûr , au contraire , de se créer un allié fidèle et utile en. plaçant le comte de Vaudémont sur le trône de Charles IL
a} V. la «hnmique dadtfpi de Saint-Tliiébaut , dans Calinet , Uist., i. Il, preu?., col, ccyij et cevîij.
T. ni.' 2
Antoine, quittant la Flandre, trarersa la Champagne, avec ses auxiliaires, et retrouva, près de Joinville, son époose qm lui amenait plusieurs bandes de mercenaires qa*elle était parvenue à réunir. Un peu plus tard, Toulongeon arriva avec un gros corps de chevalerie bourguignonne et prit le commandement de Tarmée. Elle se composait, selon les uns, de quatre mille chevaliers et de deux mille hommes d*infanterie ; selon les autres, de neuf mille soldais. Antoine et Toulongeon se mirent à ravager le Barrois, dans Tespérance d'obliger René à évacuer le comté de Vaudémont où ses troupes se trouvaient encore.
Sensible aux plaintes et aux souffrances des habitants des campagnes, le duc résolut de marcher contre son adversaire ; mais il attendit, pour s'avancer dans le fiarrois, qu'il eût reçu tous les renforts sur lesquels il comptait. Il avait envoyé des messagers vers ses amis et les avait fait inviter à le rejoindre le plustôt possible. Louis de Bavière, seigneur d'Heidelberg,' lui amena cinq cents cavaliers ; Conrad Bayer de Boppart, évéque de Metz, deux cents ; Robert de Sarrebriick, damoiseau de Commercy, vingt-cinq; Wisse de Conflans et le gouverneur français de Vaucouleurs, Robert de Baudricourt, trois cents ; Jean VI, comte de Salm , trente ; Poirsonnetty, maflre-échevin de Toul, le même nombre ; le comte de Blémont et le sire de Ribaupierre, quarante. Cent cinquante autres avaient été conduits par Jacques de Bade ; enfin Charles VII, appréhendant de voir son beau-frère succomber dans la lutte, avait ordonné à Barbazan, gouverneur de la partie de la Champagne qui obéissait au roi, de se rendre en Lorraîae, avec deux cents lances et beaucoup d'archers. Tous ces cMlingents réunis se montaient à deux mille trois cent soixantequinze hommes. Les gentilshommes de la Lorraine et du Barrois n'avaient pas voulu rester en arriére, et René avait dans son armée deux mille cavalier^ lorrai|s et barrisiens. Les auteurs ne sont pas d'accord sur la quantité des hommes de pied ;
le doyen de Saînt-Thiébaut, après a?oir porté la ea?alerie de René i douie mille hommes , évaluation extrêmement exagérée, assure que ce prince a?ail dix mille fantassins ; ce qui est assez Traîsemblable (i). L*armée lorraine était certainement bien supérieure en nombre à celle du comte et de Toolongeon ; mais cet avantage n'était que d*une médiocre la^)ortance. La cavalerie^ qui constituait, au moyen-âge, la véritable force des armées , présentait des deux côtés à peti prés le même effectif ; et quant à l'infanterie , les archers anglais et les mercenaires stipendiés par le comte , tous gens rompus au métier des armes et à la fatigue , étaient de bien meilleurs soldats que les piétons lorrains et barrisiens, bourgeois , artisans et campagnards , arrachés à leurs occupations et conduits sous les bannières des préyôtés.
Le maréchal de Bourgogne avait essayé de pénétrer dans le comté de Vaudémont et se trouvait à une faible distance de Châtenoy, lorsqu'il apprit que l'armée lorraine s'avançait rapidement à sa rencontre. Le dimanche 1^' juillet, il vint coucher à Sandaucourt, village situé à une lieue de ChAtenoy^ et les Lorrains s'établirent dans les villages voisins. Le lendemain, le maréchal et le comte, craignant d'être attaqués d'un moment à l'antre, rangèrent leurs troupes en bataille ; mais René ne parut pas. Sur le soir, Antoine el Toulongeon assemblèrent leurs principaux officiers et délibérèrent avec eux sur le fMTti que l'on devait prendre. Le comte insistait pour qu'on offrit ou du moins que l'on acceptât le combat. Plusieurs officiers furent d'un sentiment opposé ; ils représentèrent que fermée lorraine était trop nombreuse pour être facilement waeae ; que Ton ne pouvait aller â elle qu'en traversant des haies et des lieux assez difficiles , où l'ennemi aurait tout l'a-
(1) V. la chronique du doyen, ibid. ; v. aussi la chronique de Lorraine, CalmeC, ibid., t. 111, preuv., col. xiv; MonIreleC, t. Il, (^* Ixxij \** dlxiisj.
vanlage ; que (Tailleurs les vivres commençaient à faire défaut, et que les Lorrains, maîtres de la campagne-, De manqueraient pas de surprendre et d*accabler les détachements chargés de ramasser des provisions ; que la prudence commandait de battre en retraite ; mais qu'après s'être reposé on peu de temps en Bourgogne, et avoir réuni de nouveaux soldats, on serait en mesure de tenter une seconde invasion, qui serait probablement plus heureuse.
Le maréchal se prononça en faveur de cette opinion , et, malgré la résistance d'Antoine, ordonna que la retraite continuerait le lendemain. Le 2 juillet, au point du jour, les ennemis décampèrent et se dirigèrent vers la Bourgogne. Ils étaient à peine en marche depuis qnelques heures, lorsqu'ils apprirent que René venait de se mettre à leur poursuite. Toulongeon s'arrêta aussitôt et se prépara au combat* Il était arrivé dans une vaste prairie qui s'étend an sud et à l'ouest du village de Buignéville. Le front de Farmée était couvert par un petit cours d'eau qui se jette dans le ruisseau d'Anger, un des aflSuents du Mouzon, et ses derrières étaient protégés par la forêt communale de Vaudoncourt. Les archers anglais et flamands furent placés sur les deux allés, et ils plantèrent devant eux des pieux qu'ils portaient dans ce but, et qui formèrent une espèce de palissade. La chevalerie bourguignonne voulait combattre à cheval, mais John Ladan, gouverneur anglais de Montigny-le-^Roi , conseilla- de la forcera mettre pied à terre, et Toulongeon donna à tous les cavaliers l'ordre de se conformer à cette prescription, sons peina de mort. On Gt une enceinte avec les nombreux chariots deJiNK gage dont l'armée était suivie, et les points les plus^É^lii furent fortifiés par des retranchements en terre exécutée è la hâte, mais qui suffisaient pour arrêter la cavalerie.
L'ennemi était encore occupé à ce travail, lorsque les Lorrains arrivèrent!. René, après avoir reconnu, pour la forme, fai position de ses adversaires, envoya un héraut pour les dé-
fier et leur offrir le combat. « Je Taccepte », répondit le comte de Yaidëmont. Toutefois, avant de donner le signal, le duc jogea convenable d'assembler son conseil. Les officiers les pliK( eipërimentës conseillaient de ne pas engager une action; ils disaient que fennemi, n'ayant plus de vivresj serait obligé de quitter ses retranchements pour attaquer les Lorrains avec désavantage, ou de continuer sa retraite le lendemain; et que l'on pourrait pendant, qu'il serait en marche, choisir un moment favorable pour le charger. Barbazan et révèque de Mets appuyèrent cet avis, qui était le plus prudent. Mais plusieurs jeunes seigneurs prétendirent qu'il serait honteux pour les Lorrains, qui avaient l'avantage du Bonbre, de n'oser en venir aux mains ; que le maréchal de Bourgogne et le comte de Vaudémont profileraient de la nuit pour s'échapper; qu'une fois en sûreté au delà des frontières de la Lorraine, ils prépareraient, à loisir et avec toute facilité, une seconde expédition, el qu'ils se jetteraient de rechef sur le duché dans un moment où l'on ne serait pas aussi bien disposé à les recevoir. Ces raisonnements spécieux firent impression sur l'esprit de René, lequel, ajoute un chroniqueur, « estoit si avide de combattre qu'il luy sembloit qu'il n'y se- » roit jamais à temps «. I>ésirant néanmoins ne pas choquer Barbazan, dont il respectait la valeur el l'expérience, il en* joignit à Robert de Sarrebriick et au bâtard de Thuilières d'aller reconnaître avec le plus grand soin la position et la force apparente de l'ennemi.
Quand ils se furent acquittés de cette mission, ils revinrent tfîMver René et insistèrent pour que Ton commençât immédlilCMent le combat. Robert surtout fit les plus vives instances. « Ces gens nous fauU assaillir, disait-il; delà première venue » les emporterons. Ils ne sont mye pour nos paiges. > Bar* iMzan essaya de nouveau de faire prévaloir son avis ; mais la plupart des gentilshommes qui entouraient le duc ne voulurent rien entendre ; ils ne traignirent même pas de laisser
voir qu'ils aUribuaieot à un seDlimeot peu hoBorable la prudence du capitaine français. « Quand on a paour des feuilles» » murmuraient-ils, ne fault aller au bois >. « Qui a paour se retire ! » ajouta Jean d'Haussonville. Ces paroles outrageantes excitèrenl Tindignation de Barbazan, qui n'osa plus conseiller à René de se borner à observer Tennemi. « A Dieu ne plaise, » s'écria-t-il, que par ma couardise la maison de Lorraine ait » esté mise à déshonneur! Je veux et entends combattre; et > afin que ne dictes mye que à moy tiegne, moy et mes gens 9 voulons estre des premiers à donner dedans. Sonnez, » trompettes, au nom de Dieu, sonnez subitement! »
René rangea ses troupes en bataille ; il se mit au centre avec révêque de Metz et le comte de Salm ; Barbazan prît le commandement de Taile droite, et Robert de Sarrebrûck celui dé Tafle gauche. Pendant tous ces pourparlers, pendant ces allées et venues, Toulongeon n'avait cessé d'augmenter les fortifications de son camp, dont l'attaque devenait à chaque instant plus périlleuse. Lorsque le comte vit l'année ennemie s'ébranler et traverser le ruisseau , il envoya un héraut proposer une conférence à René d'Anjou. Il est impossible de savoir s'il ne voulait que gagner du temps, afin de rendre l'accès de son camp plus difficile encore , tout en fatiguant les troupes lorraines exposées depuis le matin à l'ardeur du soleil ; ou bien s'il espérait que le duc se prêterait à un accommodement. Quelles que fussent les intentions d'Antoine, René ne devait pas consentir à ce que demandait son adversaire; mais, désirant empêcher l'effusion du sang, il prit le parti de s'avancer entre les deux armées ; Antoine en iiastant de son côté, et ils eurent ensemble une conférenee q«i n'eut pas de résultat ; comme il était facile de le prévoir, puisque le comte réclamait toujours la remise pure et simple du duché de Lorraine, et que René ne pouvait aliéner aucune partie de l'héritage de Charles U.
La conférence terminée, on fit les dernières dispositions
pour le combat. Anloîne, monté sur un petit cheval , parcourut les rangs de son armée, a en remonstrant amya-
> Mement à tous ceulx-là estans quMls se combattissent
> seurement et de bon couraige, disant que ihprenoit sur
> sa dampnacion que sa querelle estoit bonne et juste, et que » le doc de fiar le vouloit sans cause deshériter ; et si avoit
> toosjours tenu le party des ducz Jehan et Philippe de Bour- » gOBgne (i) >. Il arma ensuite chevaliers Gérard de Mari* gay , Mathieu d*Humîéres et quelques autres, et fit distribuer du y/in aux soldats, qui avaient achevé de fortifier leur camp el »e reposaient en attendant Faction.
René,, après avoir également créé des chevaliers, donna le signal de Fattaque. On* n^était plus qu'à une portée d*arbalète des retranchements du maréchal de Bourgogne, lorsqu'un cerf, effrayé du bruit que faisait cette multitude, sortit de la forèl à laquelle le camp était adossé, se jeta au milieu des deux armées, et resta un moment immobile; puis tout-àcoup il se précipita sur les Lorrains , renversa quelques hommes et disparut. Cet incident, quoique irés-nalurel , inspira à beaucoup de soldats une sorte de terreur superstitieuse, et le désordre que le cerf avait mis dans certains rangs leur parut un pronostic de celui qui allait se répandre dans Farmée tout entière. Le comte de Vaudémont, au contraire, y vit ou feignit d*y voir un présage assuré du succès, c Or, frappons » sur eulx, mes amys, s'écria-t-il , et suivons nostre fortune ;
> car ils sont nostres, et Dieu nous monstre signe que la fuyte
> tooniera aujourd*huy du costdde nos ennemys (1). »
As moment où il prononçait ces paroles, les Lorrains abordaient les retranchements des Bourguignons, et leur attaque fui si impétueuse qu'ils culbutèrent une partie des chariots qnî formaient Tenceinte ; mais , au même instant , une dé-
(1) V. MoDstrelet^ ibid., f*» Ixxiv v". (i!) V. idem , ibid.
charge de plusieurs caoeos et oouleuvrines, que TouloogeoD avaieot habilemeol masqués, renversa une foule de lorraias et jeta le trouble dans le reste de Tarmée. Les archers anglais et flamands, protégés par les pieux qu'ils avaient plantés devant eux , faisaient pleuvoir sur les assaillants une grêle de flèches, dont il était impossible de se garantir. L*infanterie lorraine , qui n'avait aucune habitude de la guerre , ne tarda pas à se rebuter et recula. La cavalerie, bien que composée en grande partie de gentilshommes, n*eut pas un meilleur succès ; les chevaux ne réussirent pas à franchir les fossés et les obstacles que les Bourguignons avaient accumulés devant leur camp , et les lances des cavaliers ne pouvaient atteindre des ennemis qui se tenaient à Tabri de leurs palissades. Peu à peu le découragement gagna les Lorrains, et beaucoup abandonnèrent le champ de bataille, c Celuy jour, dit un » chroniqueur cité par Dom Calmet, furent bien gardez plu-
> siours d*estre prins par lors boins chevaulx et par lors es-
> perons que bien les défendont. » Il nomme quelques-uns de ceux qui retournèrent « en leurs hostels, et avec eulx plus » de deux mille hommes d^armes^ et par eulx furent les aul- » très, qui demeuront, morts et plus aisiez à desconfire, » dont ce fut grand dommaige > (1). Jean d'Haussonville, qui avait fait de si vives instances pour qu'on livrât bataille , oe lut pas le dernier à prendre la fuite, et son exemple fut imité par le damoiseau de Commercy. « Les susdicts , fait observer
> Thierriat,.... n'attendirent le second choc , mais bien fu* » rent à val de route dès le premier, dont vint d'estranges
> soupçons (â). > « Mais devoit le damoiseau passer la nuitée » avec certaine Agathe, qu'estdil sienne, et que avoic, ce » disoit-on, promesse de luy que quitteroit la mesiée, et que
> viendroit à tout meshuy en sa ehambrette et couchette, que
(1) V. Calmet, ibid., t. Il , col. 772 et 775.
(2) V. Mémoires , règne de René !«', dtns le recueil cité.
» Takni mieux , ce disoH-elle $ que champ ou n*es(oîeiit 'que
> horions et picques ; et de ee, n*en doutez^ ajoute Boufnon,
> fm gnûde rtÊée^ dont a?înl que disoit-on de certains,
> qo'esloîent peu soucieux de meslées, qcTestoient brarves
> comme li damoiseau de Commercy (1). »
Au momenl où Robert de Sarrebrùck abandonnait lâchement 5es compagnons d*armes^ il rencontra Barbazan, qui tâchait de rétablir le combat. Barbazan n^avait pas oubKé ta jactance du damoiseau , et lui adressa de vifs repfoehes. « Tort ay, i^épondit Robert, ains l'avois promis à ma mie.» » Malgré les efforts de René et du raillant capitaine français^ les rangs des Lorrams s'éclaircissaient de plus en plus. TouhAhgeon, jugeant que Piostani d'achever leur défaite était arriéré, ordoBoa aux cavaliers de reprendre leurs chevaux et de charger l'ennemi. Le comte de Yaudémont se mit lui-méiâe à leur tète et força les débris de Tarmée de René à rétrograder jusqu'au ruisseau. Il y eut en cet endroit une dernière et sanglante mêlée dans laquelle périrent beaucoup de gentilshommes. On compta parmi les morts les comtes de Salm et de Sarrewerden , Henri de Cbàteau-Bréhain et ses <|eux (ils, Warry de Tonnoy , Henri Bayer, Conrad Bayer et Bouillon de Sarley, qui portaient les bannières de Lorraine, de Bar, de i'évèché de Metz et de Salni, Simon Bayer, Henri d'Abon* court , Jean de Villacourt , Gaspard de Sierck , Jean de Ville et son fils, Warry de Savigny, Henri d'Haroué^ Henri de Gironcourt, Guyot de Gondrecourl, Jean de Chambley^ Colin de Nancy, Eudes de Germiny, Jean de Gombcrvaux , Jean de Beaufremonl , Jean d'Haraucourt , Arnould , Aubert et Colin Wisse, Thierry d'Ancy, Jean de Créhangc, le Moine de Marville, et quanUté d'autres, dont les premiers furent tucâà Fattaque du camp, et les seconds sur les bords du ruisseau. La perte la plus ttcheuse fut celle du valeureux Barbazan, qui
ri) V. Coupures, règne de René 1®'^ ^Jans |e même recucii.
firk àâÊ» b Mêlée, après tToir iffofli lool et qii*oa demi mumàrt cTn §èMènA et cTn soldat (I).
Malirë h dércNile pres4|iie conpiéle de soa armée, Keoé CMMûiaait k cooibattre ; il ne poofail croire que Robert de Sorrebrôek , Jeaa d'HaoasonTÎIIe et les genliblioiiiBies qui ataicat pris b foile, aa eommeneemeat de Factioo, se fussent ralirés poor ne pios revenir ; il s'attendait a loat moment à les Toir reparaître et arracher la victoire i renaemi. Il se berçait d'âne vaine espérance ; pen à pen il se trouva resserré dans on cercle infranchissable, et plosieors des gentilshommes qoi raccompagnaient moororent soos ses yeai. L'évèqoe de Metz , Erard du Châtelet , le vicomte d* Arcy , le sire de Rodemack, et quelques chevaliers qoi luttaient encore, furent fiiits prisonniers les uns après les autres ; enfin René, se voyant presque seul, et blessé d'ailleurs au nez, i b lèvre et au bras, se rendit à un nommé Martin Foucars, écuyer du sire d'Enghîen. Ayant mené hors du champ de bataille son prisonnier que Ton n'avait pas reconnu d'abord , sans doute parce que sa riche armure était couverte de sang et de poussière, Martin prévint le comte de Vaudémont de ce qui venait d'arriver, et ce prince l'engagea , par k promesse d'une forte récompense, à conduire le duc dans un taillis voisin, où l'on enverrait des gens sûrs pour le prendre et l'escorter jusqu'à Joinville. Mais dans ce moment survint le maréchal de Bourgogne, qui arracha le prisonnier des mains de Martin Foucars et invita le comte de Vaudémont à poursuivre les Lorrains (S).
(1) Le oorpt de Barbttao fut d*abord inbumé dans Téglise eoUégiale de Vaaeouleiin ; on le transporta ensuite à Saint-Denis , par ordre de Charles VU, et on Tenterra dans le caveau de Charles V , aux pieds du eonoélable de Saneerre. Quelques années après la bataille, René ftt élever, sur oœ colline voisine de Bulgnéville, une chapelle dans layielle on célébrait la messe, tous les lundis , pour le repos de Téime de Barbaan. V. Cabnet, Notice, t. II, col. 727, 728 et 748.
(2) V. dans Vignier, ouv. cité, p. 202-204, une pièce émanant du comte de Vaudémont et relative à cette aAûre.
Malgré sa répiigoaoee à obéir à cette espèce d*orclre, le comte, se mettant à la tète des cavaliers les moins fatigués, suivit les traces de Jean d'Haussonville , du damoiseau et de Robert de Raudricourt, qui se retiraient en assez bon ordre, avec une partie de l'armée lorraine.
Pendant ce temps, les soldats bourguignons, anglais et lia* nands relevaient les blessés et enterraient les morts. Les auteurs varient étrangement sur la quantité de ceux-ci ; il parait néanmoins que Toulongeon n*eut pas à regretter plus de quatre cents hommes ; que le nombre des lorrains tués on morts de leurs blessures a été considérablement exagéré par certains écrivains, et que la perte de René ne dépassa guère douze ou treize cents Itommes. Il est vrai que c'était la fleur de la chevalerie lorraine et barrisienne. Près de cent gentilshommes et beaucoup de soldats furent faits prisonniers et livrés à Toulongeon. Ce dernier, qui avait jusqu'alors commandé l'armée, entendait se réserver les profits de la victoire. Il fit monter le duc à cheval, malgré ses blessures, lui donna une escorte et l'envoya à Châtillon-sur-Seine (i).
(1) On chantait en Lorraine la complainte suivante sur la bataille de
BulgnéyiUe :
L*an mil quatre cent trente et un, Deux jours après le mois de jun> Entre Saussure et Beaufremont, Antoine comte de Vaudémont, Avec le marchai de Bourgongne, Gagnèrent la dure besongne, Où le bon due René fut pris, Avec plusieurs de ses amis.
Plusieurs furent morts sur la place ; Je prie Dieu leur faire grâce.
Mais chascun devroit bien mauldire Ceux qui lâchement s'enfuirent; Car pour eulx endurons grand peine En Barrois et en Lorraine, Dont le noble duc estoit sire.
Or, prions Dieu, noslre sire.
Qu'aux prisonniers soit délivrance, Et aux trespasseï allégeance, Et aux échappez bon couraige De récupérer ce dommaige.
Le S juillet, Antoine revint avec sa cavalerie; il n*avait po atleiodre les Lorrains, et il fut trés-étonné et très-méconleiit quand il apprit que le maréchal avait fait conduire René dans un des châteaux du duc de Bourgogne; ce qui assurait à Pbilippe-le-Bon tout l'avantage de la bataille de BuIgnéviUe, et le rendait arbitre d*une querelle à laquelle il aurait dû rester entièrement étranger. Antoine fut encore plus irrité quand le maréchal annonça qu'il allait reprendre, avecaes soldats, la route de la Bourgogne, et que ses instructions ne lui permettaient pas de tenir plus longtemps la campagne. Toutes les instances du comte pour obtenir que cette résolution fût changée demeurèrent sans résultat, en sorte que le seul gain immédiat que lui procura la défaite de son adversaire fut la délivrance de Vaudémont. Les lorrains qui U4h quaient eette forteresse n'eurent pas plustot appris la captivité de Benéqu'ils s'enfuirent, sans même prendre le temps d'emmener leurs bagages; et la garnison, prévenue d'une retraite aussi précipitée, ût une sortie, attaqua les moins diligents et les tailla en pièces. En même temps, les soldats qui gardaient Vézelise et divers châteaux du comlé de Vaudémont se hâtèrent de les évacuer et de regagner les terres de Lorraine. Il leur semblait que le comte allait paraître, â la tèle de l'armée victorieuse, et exterminer tous ceux qui ne se seraient pas mis en lieu de sûreté (i).
Telle fut cette déplorable bataille de Bulgnéville, source de tant de calamités pour la maison d'Anjou ; gagnée par René , elle l'eût probablement débarrassé pour toujours d'Antoine et de ses prétentions ; perdue, elle donna à ce dernier une audace nouvelle et lui 6t concevoir des espérances dont la réalisation aurait été bien funeste à notre pays*. Les historiens n'ont
(1) V. MoDslrelet, ibid., fo« Ixxiij v^-Ixxy p*»; Histoire de René d'Anjou, par M. le marquis de VilleoeUTe-TraDi/ t. I, p. .132-157; II. de Quatrebarbes, ibid., p. xxiv-xu; Calmet, Dis^, t. I|, col. 769-774; Chronique de Lorraine, ibid., t. III, preuv., ooL xiv et xt.
pu eoraprendre comment le duc de Lorraine, dont Tarmée était bies sopérieure en nombre , et qui avait des capitaines aussi fcraves qu'expérimentés, avait succombé dès la première bataille. On a cherché à expliquer ce résultat extraordinaire par la trahison supposée de Robert de Sarrebriick et de quelques gentilshommes , qui auraient préféré la dominalmn ifAntoîne à celle d'un prin^ étranger ; mais il n'esi pas nécessaire de recourir à une hypothèse, dénuée de preuves, pour rendre compte de la défaite des Lorrains. La victoire leur échappa à Buignéville par suite de la présomption et de rinexj^rience de la noblesse, défauts qui, dans l'espace de noins d'un siècle , firent perdre aux Français les trois gran-^ des bafkilles de Crécy, de Poitiers «t d'Azincourt, avec lesquelles la bataille de Buignéville eut malheureusement plus d'un trait de ressemblance.
La. nouvelle de la défaite de René répandit l'effrof et la coosterBation dans les duchés de Lorraine et de Bar ; il était peu de famlQes nobles qui n'eussent à pleurer la mort ou la captivité d'un ou de plusieurs de leurs membres ; et les bourgeois el les paysans s'attendaient à voir l'armée d'Antoine et de Toulongeon, dont^ la renommée grossissait la force, saccager les villes et ravager les campagnes. Il ne faut pas croire cependant que la prise de René ait désorganisé le gouvernement; ce prince n'était que le mari de la duchesse / et Isabelle, saisissant aussitôt les rênes du gouvernement, les tint de manière i prouver qu'elle était digne de porter la couronne. Elle assembla le conseil et entrant dans la sàHe, avec ses quatre petits enfants, elle dit aux seigneurs qui le composaient : < Hélas! ne sçay si mon marit est mort ou pris ». « Madame, lui répondirent ceux-ci , ne vous desconfortez
> mye. Monsieur le Duc, en bonne vérité, les Bourguignons
> l'oat pris. Il sera rachepté. N'ayez souci ! A Tayde de Dieu,
> de celle guerre en verrons la fin. Le comte Antpine d'avoir • la Duchié, il en est bien gardé. Tousjours luy ferons
9 la guerre , el bien bref aurez Monsieur vostre marit. > A ces paroles, la duchesse, « ung petit » consolée, s*oecupa, avec ses conseillers, des mesures à prendre pour réparer le désastre de Buignéville. On envoya sur le champ des messages dans les villes , pour défendre aux prévôts et aux habitants de reconnaître d'autre seigneur que René et Isabelle, et de recevoir des ordres ou des propositions d'Antoine ; on prescrivait en même temps aux prévôts de se tenir sur leurs gardes, afin d'éviter toute surprise , et on leur annonçait que Ton travaillait activement à assurer le salut des deux duchés. A cet effet, on réunit et on réorganisa les débris de l'armée vaincue ; on fit de nouvelles levées ; et, peu de jours après une bataille qui semblait devoir ruiner les affaires de René d'Anjou, des troupes plus nombreuses peut-être que celles dont les Bourguignons avaient triomphé, et conduites par des chefs habiles , pénétrèrent dans le comté de Vaudémont et investirent Vézelise. Les diversions tentées par Antoine n'eurent aucun succès, et, après six jours d'attaques, les Lorrains enlevèrent la ville d'assaut et la saccagèrent, pour se venger de tous les maux que l'ambition du comte avait causés à leur patrie. Cet événement et la prise du château de Toullon on Thelod, qui tomba , presqu'en même temps, au pouvoir des lieutenants d'Isabelle (I) , firent comprendre à Antoine que la conquête de la Lorraine était plus diflBcile qu'il ne pensait. Le i" août, il conclut avec la duchesse une trêve qui devait finir à la Saint-Martin (Il novembre). Cette trêve fut prolongée jusqu'au 26 du même mois, et enfin jusqu'au 25 janvier 1433. Le comte, qui avait eu le loisir de ramasser de nouvelles troupes et comptait sept mille hommes sous sa bannière, se disposait à recommencer les hostilités ; mais Isabelle et la duchesse douairière lui demandèrent une entrevue et hii
(1) Ils y trouvèrent la iMumiére aux armes de Lorraine que le comte faisait porter devant lui depuis qu'il avait pris le titre de duc.
présenlèrent, avec laol de force, les malheurs qu^one seconde campagne ne pouvait manquer de causer à la Lorraine et à ses propres états, qu*il consentit à une suspension d'armes de trois mois. Il demanda et obtint que la décision du litige fût abandonnée à Tarbitrage des évéques de Metz, de Toul et de Verdun, d'Erard du Châtelet, et de deux autres gentilshommes dont l'histoire n'a pas conservé les noms ; les arbitres devaient aussi aider la duchesse dans le gouvernement de la Lorraine; ce qui, en apparence du moins, enlevait à la princesse une partie de son autorité. Moyennant ce compro^ rais, Antoine congédia ses soldats et attendit le jugement arbitral (I).
Il était opportun que cet accord permit à la Lorraine de respirer; car Robert de Sarrebruck, Robert de Baudricourl et divers gentilshommes, qui n'avaient pas fait preuve d'un grand courage à la bataille de Buignéville, continuaient à tenir la campagne et commettaient mille ravages, sous prétexte de continuer la guerre contre le comte de Vaudémont, ou de s'indemniser des pertes qu'ils avaient faites (2).
Pendant ce temps, le malheureux duc de Lorraine était promené de prison en prison ; après avoir été successivement enfermé dans les châteaux de Châtillonsur-Seine , de Talent, de Bracon et de Rochefort (près de Dôle) , il fut conduit dans une des tours du palais que les ducs de Bourgogne possédaient à Dijon. Elle a conservé le nom de tour de Bar^ parce que René, qui n'était pas reconnu par Philippe-le-Bon comme souverain de la Lorraine, ne recevait de lui d'autre titre que
celai de duc de Bar. Ce donjon existait bien entier au commencement du XVIII* siècle, et les fortes grilles qui en garnissaient toutes les ouvertures prouvaient avec quel soin
(1) V. Chron. du doyen de Saint-Thiëbaut, dans Calniet, ibid., t. II, lireinr , col. ccix-ccxj ; M. de Quatrebarbes, ibid., p. xxx. (S) V. Chron. du doyen de Saint-Thiébaut, ibid.
Pl^lippe veiHait sur son prisonnier. La cheminée elle-même était fermée au moyen d'une treillis de fer, qui du debpr» ressemblait à une grosse cage d*oiseau (1) ; aussi, les tentatives faites pour faciliter Tévasion du duc de Lorraine furentelle3 complètement infructueuses. Ses compagnons de captivité obtinrent leur liberté, les uns après les autres; Tévèque de Metz conclut un accommodement dès le 4 septembre 1431» et rentra dans sa ville épiscopale , le 22 du même mois (2); son frère, Didier Bayer, vit les portes de sa prison s'quvrir.peu de semaines après, et René employa les premiers deniers que son épouse lui fit parvenir à payer la rançon de quelques-uns des gentilshommes prisonniers. Isabelle, sa mère et les évèques de Metz et de Toul ne négligeaient rien pour procl^er la liberté au duc de Lorraine ; mais Philippe ne voulut d'abord rien entendre. Au mois de février 1432, il vint à DijoQ pour y présider un chapitre de Tordre de la toison d*or, et en remettre les insignes à Toulongeon et à un capitaine flamand qui s'était distingué à Bulgnéville. Il eut un entretien avec René, et, charmé de la douceur et de rafiiBd>ilité de ce prince, il résolut de lui rendre la liberté, après lui avoir arraché les concessions les plus exorbitantes. Rolin de Poligny, chancelier de Bourgogne, négocia avec le captif un* traité provisoire, dont les clauses captieuses pouvaient recevoir différentes interprétations. René était remis en liberté, muis pour un an seulement, et, cette année expirée, il devait rentrer en prison sur la première sommation de Philippe. Pour obtenir une faveur si précaire, il s*engageait à payer une somme de vingt mille saints à' compte sur sa rançon, qui serait fixée plus lard ; à. confier au duc de Bourgogne les villes de Charmes, Bourmont, Châtillonsur-Saône et Clermont-en-
(1) V. Calmel, ibid., 1. 11, col. 773.
(2) Il fut obligé de payer une ranvon de dix mille stiuts, dont chacun valait quinze sous monnaie de Metz. V. Ciiron. du doyen de Sainl-Tbiéluiut , ibid., t. Il , prcuv., col. ccix.
ArgWMie, daos lesquelles Pdilippe placerait des garniscms sokMea par Reoé; à fianeer sa fille Yolande avec Ferri fils du eomle de Vaudémont , et à livrer eomme otages ses deux fils Jean et Louis, qui étaient encore très^jeunes. Et comme si les garanties données au doc de Bourgogne n'étaient pas svflbantest Rodolphe ctfmte de Linange et de Récbicourt, Siiioo ni comte de Sahn, Arnould de Sierck, Erard du Châtdet maréchal de Lorraine^ Jean d'Autel sire d'Apremont, Jean sire de Fénétrange, Ferri de Chambley, Jean d'Haussonftiie, Charles et Gérard d*Haraucourt, Ferri de Parroye^ Ferri de Ludres, Philibert de Brixey, Philippe de Conflans, Jean de Seiat-Loup, Guillaume de Ligniville, Jacques d*HaussoDvilie, Ferri de Savigny, Jean de Pulligny» Thierry Bayer, Simon des Armoises, Arnould de Ville, Colard du Saulcy, Warry de Fléville, Guillaume de Dommariin, Philibert du Châtelet, Philippe de Lénonconrt, Henri Hans et Robert d'Haroué, tous vassaux de René, s'engagèrent, pour le cas où ce prince ne rentrerait pas dans la tour de Bar le I*' mai i435, à se constituer prisonniers à sa place, le i*' juin suivant au plus tard (I).
Le doc de Lorraine était trop impatient de recouvrer sa liberté pour se montrer fort difficile sur les conditions; il consentit à tout ce que demanda le chancelier de Bourgogne, et le traité fut conclu vers le 20 avril pour être exécuté le i*' mai. Dès le 25 avril, on vit arriver à Dijon les deux fils de René conduits par le sire de Fénétrange, Gérard d'Haraoeoort sénéchal de Lorraine, Jacques d'Harancourt bailli de Nancy, Warry de Fléville bailli d'Allemagne, Philippe de Lénoncourt et quelques autres gentilshommes. Le même jour, René fut mis en liberté, et, après avoir embrassé
(i) La kltre des trente vassaux de René (on ignore le nom de Ton é'rmL) a élé pabUée partiellement par M. de Qoatrebarbes, iMd., t. I, p. mil), note i .
ses enfants^ il prit le chemin da Barrois, et logea au château de Bar-le-Duc le i*^ mai. Il se rendit ensuite à Saiot-Nicolasde;Porty pour acquitter un vœu qu*il avaii fait, puis à Tabbaye de Bouxiéres-auv liâmes, ou il rencontra sa belle-mère, Marguerite de Bavière, et le comte de Vaudémont, qui voulut tenir compagnie à René < en signe de grant amour >. Après avoir satisfait sa dévotion, le duc rentra à Nancy et s*occttpa avec application des affaires publiques (i).
Antoine ne perdait toutefois pas de vue Tobjet de son ambition. Vers le commencement de l'année suivante, il engagea René à partir, avec lui, pour Bruxelles, où se trouvait le duc de Bourgogne, et le duc de Lorraine commit Timprudence de constituer Philippe juge de son droit. Celui-ci ajourna sa décision, et voyant que les deux princes montraient une égale ténacité à soutenir leurs prétentions, il crut qu'il viendrait plus (acilemcnt à bout de les accommoder en arrangeant, d*nne manière définitive, le mariage projeté entre Yolande de Lorraine et le fils du comte de Vaudémont. René se prêta volontiers à une pareille négociation, et jura de donner à sa fille une dot de dix-huit mille florins du Rhin et de lui payer, i partir du jour de ses fiançailles, une rente de douze cents florins, rachetable pour la somme de onze mille florins du Rhin. Philippe demanda au duc et à son compétiteur de lui remettre, avant le jour de Noël 1435, tous les titres et éclaircissements qui pouvaient le mettre à même de prononcer en connaissance de cause sur la question de droit , et promit de rendre son jugement au plus tard à la fête de Noël 1454. Cet accord, daté du 13 février 1455 (2), établit en apparence l'harmonie la plus parfaite entre le duc de Lorraine et le comte de Vaudémont. Us revinrent ensemble de Bruxelles ; et le comte s*élant
(1) V. Calmet, ibid., t. II, col. 777-779; M. de Quab-eburbes, ibid., p. xnj-xxxiij.
{3) Il est imprimé dans Calmet, ibid., t. III, preuv., col. dcKlyj-ddiij.
rendu è Metz, les habitants de cette ville, charmés de la conclusion inespérée d*une affaire aussi grave, firent < grant » honneur > à lenr hôte et lui ofirirent « deux cowes de très- > boln vin , cent quairtes d*avoine , et pour vingt fraùcs de » poixon » (i). Antoine et René travaillèrent ensuite de concert à réprimer les brigands qui pillaient les campagnes. Ils les battirent dans deux rencontres et en exterminèrent quantité. Ayant su qu'une troupe de ces malfaiteurs occupait le château d'Affracourt , ils allèrent les attaquer, prirent la ibrteresse d'assaut et firent pendre tous ceux qu'ils y trouvèrent. Us réunirent plus tard leurs troupes à celles de Tévèque de Metz el châtièrent quelques seigneurs , dont les châteaux situés sur les frontières de rAllemagne et des Ardennes étaient devenus des repaires de bandits. René s'empara aussi de la forteresse de Grandpré, refuge d'une autre horde de pillards, et fit démolir le château de Passavant, qui était plusieurs fois tombé au pouvoir d'aventuriers dont les pays voisins avaient eu beaucoup à souffrir (2).
Le soin de rétablir la paix publique et la sécurité n'était pas la seule occupation du duc de Lorraine ; il négocia et conclut, à cette époque, des traités plus ou moins importants, dont le détail ne peut trouver place ici. On doit cependant menlionner ses arrangements avec Conrad Bayer de Boppart évèqae de Metz. On a vu que ce prélat , victime de son attachement aux intérêts de René , avait été pris avec lui à Bulgnéville et obligé de promettre une rançon de dix mille saints (3); le duc, pour l'indemniser de cette perte, lui rendit les villes de Nomeny, Saint-Avold, Baccarat, le ban de
(1) V. Chron. du doyen de Saint-Thiébaut , ibid., t. Il, preuv., col.
eexij.
(2) V. idem, ibid., col. ccxiij et ccxiv.
(3) Le nhit était une monnaie d'or frappée par le roi d'Angleterre Vf, et valant vingt-cinq sous tournois. V. Ducange, Gloss., v®
Mamêia.
Delme et d'autres domaines engagés par les évéqiies de Mets, et n'exigea du prélat, pour la rétrocession , que la somme de quinze mille florins du Rhin , quoique ces villes et ees domaines eussent une valeur bien plus considérable. La coDven» tion est du mois de mai 1435 ; le 8 août suivant, René fil alliance pour sis années avec les habitants de Metz, et Bo«douin de Fléville, abbé de Gorze, reçut le serment des porties contcactantes , dans la ville de Ponl-à-MoussoD où le traité avait été négocié (i).
La tranquillité dont le duc de Lorraine commençai! & jouir ne tarda pas à être troublée de nouveau. Le comte de Vaodémont avait accepté avec empressement les propositiow ftrites par le duc de Bourgogne aui deux compétiteur» , pendant leur séjour à Bruielles ; mais il y avait un point sor lequel Antoine et Philippe n'étaient pas d*accord. Noos vookN» parler de la rançon de René. Le duc de Bourgogne sovteoait que, ayant fait de fortes dépenses pour une qnereNe qoi n'était pas la sienne , cette rançon devait loi appartenir à litre d'indemnité , et que d'ailleurs le doc de Lorraine était le prisonnier de Toulongeon et non celui d'Antoine. Le comte de Vaudémoni ne fut pas convaincu par cette argumentation , et fit rédiger un mémoire dans lequel il essayait de démontrer que sa demande était fondée en droit et en raison. Il eut même , dit-on > le projet de s'adresser au parlement de Parts et de lui soumettre le litige ; toutefois , il craignit de rendre par là le duc de Bourgogne favorable à René d* Anjou (S). Ce dernier serait peut-être parvenu à terminer assez promptement répineuse affaire de la succession en continuant à né^ gocier avec Philippe ; mais, se défiant de l'impartialité du fils
(i) V. Chron. du doyen de Stint-TliiélMut, ibid. Le U«ité eenda entre Conrad et René est imprimé dans Oilmet, ii»id. , t. III, preo?., col. dciNTdadtj.
(2) V. Vignier. oav. dlé, p. 202.
de ieiii-sMi»-P«iir, il tâcha d'obteoir une décision émanant d*uiie antaritë plus haute.
Les éf èques de Metz , de Tout et de Verdun » et les trois geatilsbommes chargés d*a8sister l8al>elle dans le gouverneneal de la Lorraine el de peser, en même temps» les prétentions réelproques des compétiteurs , étaient trop dépendants de Senë pour rendre un jegement qui fût écouté avec respect ptr tout te monde ; aussi n*avaient-ils jamais songé à pro- Mocer une sentence , et après avoir, pour la forme , jeté un eom^d^M sur les titres produits devant eux , ils avaient foit sigDifier, en 1439, an comte de Vaudémont que la question B*étail pas de leur compétence ; qu'elle devait être tranchée par Teraperear, doni les ducs de Lorraine relevaient pour ecfiiiBS fiefs , et q4i*on allait lui en déférer la solution. Antoîoe n'avait pas osé décliner la juridiction impériale ; il se fliittit d*ailieurs que la sentence lui serait fovorable. Sigismonë> qm régnait alors (I) , avait fait citer les deux rivaux à eomparaftre devant lui; mais René, encore enfermé dans la tour de Bar, ne put se présenter, et l'empereur attendit des cîrcoiistances plus favorables (â). L'évéque de Metz et Louis d*Ebirmieourt évèque de Verdun , qui se rendirent à Bàle en IC33, supplièrent les pères du concile d'examiner raffaire deot il s'agit et de rétablir enfin la paix dans le duché. Leur desiaade, appuyée par les ambassadeurs de Charles VII , fut accoelHie par le concile, et Sigismond étant arrivé à Bàle » le 10 octobre, écouta les prélats et jugea que le moment était venu de s'occuper de la Lorraine. Le 22 février 1434, il adressa au comte de Vaudémont des lettres par lesquelles il lui ordonnait de comparaître pour exposer ses raisons et en* tendre prononcer une sentence qui mettrait fin à cette longue
(f ) U élâit encore roi des Romains et no Ait sacré empereur que le «31 lia 1433.
(2) V. Calmet, ibid., t. il, col. 775.
querelle. Comme il appréhendait que le comte ne chercUt quelque prétexte pour se dispenser d'obéir, il lui fit expédier, deux jours après , un sauf-conduit , et le concile , qui était également saisi de la question, en délivra un autre (i). Jean Germain évèque de Nevers , qui était chef de l'ambassade de Bourgogne, fit, par ordre de son maître, des démarches actives pour empêcher Sigismond de donner suite à ses lettres évocatoires ; mais ces démarches furent infroctueuses , et Antoine, craignant qu'un refus de comparaître ne parût one renonciation à ses prétentions, partit pour Bâie et remit à l'empereur, le 23 avril , un acte dans lequel il faisait les réserves les plus expresses en faveur de ses droits et demandait communication des moyens et raisons de son adversaire. Le comte accompagna lui-même les avocats et procureurs qui devaient signifier cette pièce et prit la parole pour exposer l'objet de sa réclamation. L'empereur l'ayant engagé à ne pas continuer, en disant qu*il avait une connaissance suflbante de l'afiiaire et qu'il en conférerait avec son conseil, un des avocats du comte insista pour plaider et développa le système d'Antoine, jusqu'à ce que Sigismond fatigué eut renvoyé celui-ci et ses avocats devant l'évêque de Passau, le comte d'OEltingen et le conseiller aulique Cicala, qui les écoutèrent patiemment. Le lendemain, l'empereur prononça , dans la cathédrale , une sentence provisoire qui adjugeait le duché à la princesse Isabelle, et accordait à René < pour et au nom de sa femme » l'investiture des fiefs relevant de l'empire (â).
Après la cérémonie de l'investiture, le duc revint en Lorraine et, pour témoigner sa joie, donna des fêtes magnifiques dans la ville de Pont-à-Mousson. Plusieurs messins de distinction y accoururent pour prendre part aux joutes qui de-
(!) On trouve ces trois pièces dans Tout, da P. Vignier, p. 204 et (2) V. les protestations d*Antoinc et le jugement de Sigismond, ibid., p. 205-208.
▼aïeul avoir lîea; et, comme les chemins n'étaient pas tréssârs , les magistrats de Metz envoyèrent au devant de leurs compatriotes quarante-cinq soldats, chargés de les escorter et de les ramener en toute assurance. Quand les chevaliers messins et leurs gardes furent arrivés dans un bois que traversait la route, ils furent attaqués à Timprovisle- par cent quarante aventuriers que le damoiseau de Commercy avait phcés en embuscade. Les Messins opposèrent une vigoureuse résistance, mais furent enfin contraints de s*enfuir, el les gens de Robert de SarrebrCick en prirent dix-huit et vingtdeux chevaux de selle, qu*ils conduisirent à Commercy. Un pareil attentat causa à Metz une indignation d'autant plus vive, que le damoiseau, dont on connaissait l'esprit malfaisant, recevait une pension de cette ville pour en protéger et en défendre au besoin les citoyens, et on s'occupa immédiatement de chercher les moyens de le châtier d'une manière exemplaire. René se montra tout disposé à y concourir. Depuis la bataille de Bulgnéville, Robert n'avait pas cessé, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre, de faire des courses en Lorraine, et les négociations que la duchesse Isabelle avaient entamées avec lui, pendant la captivité de son mari, n'avaient eu aucun résultat. Tous les princes et toutes les villes qui avoisinaient la Lorraine avaient eu également à souffrir des déprédations de Robert, et montraient un égal empressement à s'en venger. Le duc, ayant réuni des troupes nombreuses, prit le chemin de Commercy, dans les premiers jours de septembre, et fut rejoint par le contingent des Messins. Ce contingent, commandé par Nicole Xappel, Jean Bataille, Jean de Warize, Jean Baudoche le jeune et Jacob de Bénestroff, se composait de deux cent soixante-dix hommes d'armes, de cinq cent vingt-cinq archers et arbalétriers , avec « plusieurs massons et charpentiers et aultres boins compai- > gnons > , qui tenaient lieu de nos soldats du génie. Ils menaient avec eux « trente-cinq chers (chars) tuit chargiez
» do bombardes , engiens et aultres arlillemens, fin, paw el » aultres vivres ». Le siège de Commercy présentai! de grandes difficultés ; le damoiseau n'avait rien négligé pour rendra son château imprenable , et ce château avait une forte garni** son, entièrement formée d*avenluriers. Aussi les confédéféa ne tardècent pas i s'apercevoir qu'ils seraient longtemps de* ▼ant la place. Robert, non content de repousser leurs attaques» fit de fréquentes sorties , afin de détruire leurs travani ; nn jour, il se jeta sur Tennemi , avec deux cents booimet, le poussa, coupa les cordes des machines, enclonadeox bardes et parvint à se retirer, non sans avoir tonteMs perdn beaucoup de monde. Les magistrats de Metz , qui ne sTéUteni pas attendus à une résistance aussi longue, furent obligés d'envoyer deux fois de nouvelles provisions à leur contingenl; « c'est assçavoir, le jour de la Sainct-Gury (Goëric).... quinae » chers luit chargiez, deux cowes (tonneaux) de poure (pou<-
> dre) de bombardes, et deux chers chargiez de traiels, » et les aultres de vivres;... et le jour de feste sainet Re- » mey, douze chers tuit chargiez de vivres, et deux
> cowes de poure de bombardes ». Cependant, les amégés faisaient des progrès continuels , et le damoiseau voyait avee terreur arriver le moment où il allait tomber entre les mnina d'ennemis irrités. Une circonstance imprévue le sauva. Le connétable de France Artns de Richement, se trouvant à Chélonssur-Marne, avec une armée destinée à agir contre les Anglais , fit prier René de lever le siège de Commercy. Le duc, qui ne voulait pas perdre le fruit de tant de travaux exécutés pour enlever la place , se rendit auprès do connétable avec Nicole Xappel ; de là ils vinrent tous trois ensembla à Barle-Duc, et le damoiseau, après avoir fait compter à Artus une somme de vingt mille salots pour acheter sa protection, deuMinda un sauf-conduit qui lui fut accordé. Arrivé k Bar, il se jeta aux pieds du connétable et de René , jura de ne plus commettre aucun acte de brigandage dans la Lorraine,
le Barrois, le Loieraboorg et le pays messm ; de relâcher 4e8 pri§oaiiien qa*il dëteoait, nolammeot le prieur de Belval et le doyen do chapiire de Verdun ; de livrer son château à René poar loot le temps que celui-ci jugerait convenable ; de supporter les frais de la guerre, et de remettre aux confédérés deux cent mille couronnes à titre de dommages-intérêts.
La ftcîlité avec laquelle Robert acceptait des conditions aussi humiliantes aurait dû inspirer quelques doutes sur sa bonne foi. Il ne cherchait, en efiet, qu*un prétexte pour vio-* 1er le traité, et ce prétexte lui fut fourni par les Messins^ qui, avant de partir, incendièrent les maisons ou ils étaient logés. Le damoiseau attendit qu'ils se fussent éloignés, puis déclara que la convention de Bar n'était pas obligatoire pour lui , se Bût à la tète de quinze cents aventuriers et exerça dans 1^ canapagnea de nouvelles déprédations. Le duc de Lorraitie alla trouver une seconde fois le connétable, qui était à Vitry , et le supplia de forcer Robert de Sarrebriick à obser*ver le traité. Ârtus ne put y réussir ; mais le damoiseau quitta le pays, et René, ayant rassemblé ses troupes et invité les Messins à lui envoyer leur contingent , que ceux-ci reftasè-' reot, revint assiéger le château de Commercy. La forteresse tettait encore , lorsque Robert fit agir ses amis et surtout le connétable, qui engagèrent le duc à ne pas pousser les choses pins loin. Un second arrangement Ait conclu, le 15 décembre, et ne (lit guère mieux exécuté que te premier (1).
En promettant de s'abstenir de toute violence contre ses voisins, le damoiseau s^était réservé la faculté de continuer la gyerre contre le comte de Vaodémont , et René n'avait pas jugé i propos de s'y opposer. Cette imprudence, où Ton pouvait voir une hostilité déguisée, excita la colère d'Antoine, qui, n'espérant rien de l'empereur, résolut de recourir à
(i) V. ChroQ. du doyen de Saiiit-Thiébaut , dans Calmet, ibid., t. H, preov , eol. eexvj-ocxix.
Philippe-le-Bon. Dix-huit mois environ s'étaient écoulés depuis le jour où le duc de Lorraine aurait dû rentrer dans sa prison» et Philippe avait refusé de Tinquiéter à ce sujet ; mais, irrité de ce que René s'était adressé à Sigismond et cédant aux sollicitations d'Antoine, il envoya à Nancy le héraut Toison-d'or, qui, après avoir sonné de la trompe à la porte du palais, somma le duc de se rendre immédiatement au chAteau de Pijon. Quoique différentes affaires exigeassent la présence et les soins de René, il n'hésita pas un instant à dégager sa parole, et le 1*' mars 1435, il se présenta devant hi tour de Bar. Il y reprit les occupations qui avaient adouci sa' première captivité ; il avait toujours aimé les lettres et les arts ; non content de les aimer, il les avait cultivés avec succès, et quelques-uns de ses biographes ont cru qu'il avait reçu des leçons de peinture des frères Hubert et Jean Van Eîek. Lorsqu'il fut enfermé dans le donjon qu'il devait habiter si longtemps, il avait fait vœu, s'il obtenait sa délivrance, de «construire, près de l'église du palais ducal.de Bourgogne, nae chapelle dédiée à saint René. Les travaux, continués pendant son absence, touchaient à leur terme lorsque le due de Lorraine se constitua prisonnier, et il peignit les vitraux qui devaient orner les fenêtres de cet édicule; il nécuta également des peinturea du même genre pour l'église du palais et pour celle des chartreux de Dijon, où L'on voyait autrefois ses armes et son portrait. Il augmenta ses connaissances, en parcourant les livres qui composaient la bibliothèque des ducs, et il étudia les langues classiques, le droit et l'histoire (I). Malgré ces occupations sérieuses, René éprouvait dans sa prison un ennui qu'il ne réussissait pas à vaincre. Naturellement apathique, il avait jusqu'alors senti la nécessité de déployer de l'activité et de l'énergie ; mais, rebuté par les difficultés sans cesse renaissantes qu'il rencontrait, et par l'impos-
(I) V. M. de iju«trebarbe8, ibid., p. xj et xxxv-xxxvij.
tibiliié où il se troavaii de reconquérir sa liberté» il se montra à cette époque ce qu'il fut le reste de sa ?ie : brave, généreux, plein de probité, et en même temps ami du repos et des plaisirs, dégoûté des grandeurs et de la puissance. Il ne tarda pas à donner une preuve bien remarquable de ces dispositions, plus C&cheuses encore chez un prince que chez an particulier.
Jeanne II, en laquelle devait s'éteindre la famille de Charles de Duras, avait adopté Louis duc d'Anjou, frère de René, qui avait des prétentions bien fondées sur le royaume de Naples que possédait cette princesse. Louis mourut le 15 novembre 1454, H la reine Jeanne, qui ne lui survécut pas trois mois (1), laissa tous ses états à René, en sorte qu'il obtint presque à la fois le royaume de Naples, le duché d^Anjou et le comté de Provence. C'était plus qu'il n'en pouvait gouverner. Deux provençaux, le baron de Montclar et Vidal de Cabanis, furent chargii d'aller porter ces nouvelles au duc de Lorraine. Vidal se veth dit à Dijon et demanda à être introduit devant le prince. Lorsqu'il entra dansTappartement de René, celui-ci était occupé à peindre une perdrix rouge et ne leva pas les yeux ; « dont fut ledict Vidal fort en souciance, rapporte Thierriat, » et, ne pouvant tenir en place sans que fust interrogé de son
> messaige, se mit à dire : Monseigneur, la bonne royne » Jehanne, nostre très-loyale souveraine,.... à luy Dieu Ta
> appelée. Auquel propos René reprit : Son âme aye Dieu ; » pois se signa et, ôtant sa toque, se prit à dire à haulte • voix le Deprofundië, puis peignit de rechef; de ce ledict » Vidal fut fort esbahi (2). » L'envoyé parvint cependant à se faire écouter, et René le pria d'aller trouver Isabelle et de l'inviter à prendre immédiatement les mesures que réclamaient les circonstances^ et particulièrement à négocier au
(1) Elle mourut le â févner 143».
(2) V. Mémoires, règne de René !<', dans le recueil cite.
plus vite UD traité déflnitif avec le duc de Bourgogne. Mais plus le duc de Lorraine avait intérêt à recouvrer sa liberté, plus Philippe montrait de mauvais vouloir ; les conditioM qu*il proposa étaient réellement inacceptables, et le due ainn mieux rester dans la tour de Dijon que de se soumettre à ce qu*on exigeait de lui. Il donna des instructions détaillées i son épouse, qui, après avoir confié le gouvernement de la Lorraine et du Barrois aux évèques de Metz et de Verdun (I), se disposa à s*embarquer pour le royaume de Naples , administré provisoirement par seize seigneurs, que Jeanne II avait désignée dans son testament. Avant de partir, Isabelle, qui avait besoin d'argent, convoqua les Etats de Provence et de Lorraine. Ces derniers se réunirent au mois de septeatbre, et résolurent de foire tous les sacrifices compatibles avec rhonneur pour obtenir la délivrance de lenr souverain. Les gentilshommes consentirent i payer sa rançon et eatles de plusieurs chevaliers qui avaient été pris à Bulgnévîlle, et que le prince était obligé de racheter. Quelques nobles firent des offres très-^onsidérablês; l'on dit même qne l'un d'eux engagea ses terres et fournit dix-huit mille sa- IntJB (â) ; et les administrateurs de hi Lorraine députèrent au congrès d'Arras, où l'on négociait la paix entre le roi de France et le duc de Bourgogne, des envoyés qui avaient pour mission de feire comprendre René d'Anjou dans le traité qae l'on allait conclure. Toutes les sollicitations de ces envoyés échouèrent contre l'obstination de Philippe, qui, à l'instiga-
(I) Cbevricr (out. eité, t. Il, p. 393) prétend que les évéqnes de Meti et de Verdun ne furent pas seuU chargés du gouvernement de la Lorraine, et qu'on leur adjoignit les trois gentilshommes qui avaient formé, avec eux, une sorte de régence pendant la première captivité de René; nais Qievrier ne cite aucune autorité à Pappoi de oette aaertioo, et nous croyons qu*il se trompe.
(3) V. l'inventaire du Trésor des chartes, layette Eiat^énérauxy /, n9 117; Dissertation historique sur raoeicnnc chevalerie et noblesse de Lorraine, par Bemiann, p. 99, i3S{ et 136.
tm da QMipëliteur de Reoé, déclara* de h maoiére la plus formette qae celui-ci ne serait pas eaoïprâ dans le traité» Bn mène temps, le comte de Vaudémont reconMnença ses poarsiiRes poar obteair im jugemeat. relativement à ses pré» tealîoas sur la Larrafaie, et préseala au doc de Boufgogae aa Dooveaa mémoire sur ce sujet. Le mémaire Ait signifié à Beaéy qai ne voulut pas y répondre et reçut quatre fois asdigaatîoo à comparaître en persoaae devant Philippe (I). Il nfasa de s'y rendre, el le duc donna délsiut contre lui ; mats, comprenant que s'il adjugeait le duché de Lorraine au comte de Vaudémont, sa décision serait considérée comme non aveaae ; que le comte était hors d'état de la faire exécuter, et qae toutes les forces de la Bourgogne y suffiraient k peine , il afsoraa prudemment le jugement définitif de la contesiatlon. Craigaaat, du reste, qu'une évasîoo, plus facile à Dijon que daas on autre lieu, ne lut enlevât l'espérance qu'il nourrissait de tirer de Reoé d'Anjou une énorme rançon, il fit trans* férer ce matheureui prince à Bracon, puis dans diverses forteresses, puis enfin dans le château de Lille, où Philippe pouvail d'aillears avoir aisément , s'il le jugeaii à propos, des eonlerences avec son prisonnier. René, qui n'avait pas été iBStmit des efibrts que l'on avait faits pour sa délivrance, supportait avec chagrin sa captivité, accusait sa famille et ses ministres , et peignait « des oblies d'or ea la chambre où il » tenait prison » , pour montrer qu'il se regardait comme oublié par tout le aiande (9).
Pendant ce temps, la duchesse Isabelle luttait avec courage pour conserver à son mari le royaume que Jeanne lui avait laissé. Elle s'était rendue en Provence au mois de septembre 1435; les Etats avaient voté un subside considérable, qui
(1) On peut voir des copies de deux pièces relatives, à ces procédures àm» le cartabire de Lorraine, p. 245 etaoîv. (9) V. M. de Quairebarbes, ibid., p. slj.
avait permis de presser les préparatifs de l'expédition» et, le 18 octobre, la princesse avait rois à la voile, emmenant avec elle son fils Louis, sa fille Marguerite, et un petit nombre et chevaliers et de soldats lorrains et provençaux. Les ressources d'Isabelle lui suffisaient pour se maintenir, mais elles ne pouvaient la mettre en état de triompher ; en efiet, Alphonse Y, roi d'Aragon et de Sicile, comptait bien des partisans dans le royaume de Naples; et, aussitôt après la mort de Jeanne II, le duc de Sessa avait pris les armes, s'était déclaré en faveur d'Alphonse et l'avait engagé à profiter de la captivité de son rival pour frapper un coup décisif. Le roi d'Aragon , cédant aux conseils de son ambition, s'était hâté de réunir onze galères et dix-neuf grands vaisseaux , et de bloquer par mer la ville de Gaëte, que le duc de Sessa assiégeait du cété de la terre. La chute de cette importante forteresse aurait été fatale aux intérêts de René ; heureusement pour lui, Philippe- Marie Yisconti, due de Milan, qui voyait d'un œil jaloux les progrès de la puissance aragonaise, enjoignit à Biagio Axareto, amiral des Génois, alors soumis au protectorat de ce prince, de voguer vers Gaëte et d'en faire lever le siège. L'amiral génois, dont l'escadre était bien moins nombreuse que celle d'Alphonse, lui livra néanmoins bataille, le 5 août 4435, le vainquit et le fit prisonnier, ainsi que ses deux frères et plus de trois cents chevaliers.
Cette victoire éclatante permit à Isabelle de débarquer à Naples sans obstacle ; elle fut immédiatement reconnue par la majeure partie de la noblesse, par le clergé et par une partie des villes ; mais il fallut combattre pour soumettre les provinces ; le pape Eugène IV envoya à la duchesse de Lorraine un secours de quatre mille hommes , et Michel Attendolo, un des généraux de cette princesse, fit la conquête de la Calabre.
Malgré les soucis de toute nature que lui causait cette laborieuse entreprise , Isabelle ne perdait pas de vue la Lor-
raine ei la délÎTrance de René d'Anjoa. La capiivilë du dnc et Tabsenee de son époase avaient enhardi les pillards, dont les rafages recommencèrent » et on fut obligé de prendre des mesures énergiques pour mettre fin à de pareils désordres. Dès le i9 septembre 1435, Conrad Bayer éfèque de Metz , Louis d'Haraucourt évèque de Verdun , Baudouin de Fiéville ahbé de Gorze, Simon III comte de Salm, Jean sire de Fé- ■étrange, Pierre de Beaufremont et quantité de chevaliers, assemblés c avec les gens des trois estats à Nancy, pour dé-
> libérer tant sur la prinse et détention de Monseigneur, que
> anitres importantes afibires pour l'utilité des duchés de
> Lorraine et de Bar » , jugèrent à propos de s'engager par serment à se soutenir réciproquement « contre toutes voies de « faici » (I). Les deux administrateurs montrèrent beaucoup d'activité. Ils firent assiéger la ville de la Mothe, qui était tombée au pouvoir d*un aventurier que le doyen de Saint- Thiébaut nomme Guillequin d' Agrément; celui-ci se défendit avec courage , et l'on fut réduit à lui donner de l'argent pour le faire sortir du château (2). Ferri de Savigny, maréchal du Barrois , attaqua la forteresse d'Estrepy , dont le châtelain , Charles de Cervelle, petit-fils du fameux Arnauld de Cervelle dit r Archîprètre, avait fait des courses dans le plat-pays, et on s'en empara par composition (3). Au commencement de l'année suivante, une bande de routiers, venant de France, pénétra en Lorraine et s'avança jusqu'auprès d'Epinal. L'évèqqe de Verdun , qui avait quelque goût pour le métier des armes, se mit à la tète d'un corps de lorrains, marcha contre les pillards et les atteignit à Sercœur, sur l'Urbion, entre Epinal et Rambervillers. Us s'étaient retranchés dans les maisons, et
(1) V. Iloventaire da Trésor des chartes, byeUe et numéro cités.
(2) V. la diroD. du doyen, dans Calmet, ibid., col. ccxx.
(3) V. Trésor des chartes, layette Bar-NUey , n* i48 ; layeUe Bd^- Mélange* , n«« 394 et 395 ; v. aussi Calinel, Notice, t. I, col. 4dD et 421
comme (m nt pouvait les y forcer, sans perdre beaoooop de moade, les Lorrains incendièrent le Ttllage ; cinq cents routiers troovérent la mort dans les flammes, et qainse seolement forent faits prisonniers (i).
Une autre bande, bien plus redoutable, s*était montrée en Lorraine dès le mois de décembre 4434; elle était eomnmi* dée par Pothon de Xaintrailles, un des plus valeureux généraux de Charles VII, et complaît prés de quinze cents bomnea d'armes. Ils pillèrent on rançonnèrent quantité de Tillages aux environs de Metz. Un capitaine, appelé le Renffont, qœ cette ville avait pris à sa solde, suivit de prés les soldats de Xaintrailles, enleva ceux qui s'écartèrent et les empêcha de faire plus de mal. Le roi de France n'eut pas honte d'écrire aux magistrats de Metz pour les prier de remettre leurs pri* sonniers en liberté, et on n'osa pas loi refuser leur gràee« Cette bande ne quitta le pays que dans les premiers raoia de l'année 1435 (3). Sur la fin de 1437, trois ou quatre mille brigands connus sous la dénomination i'eêcorehown (écorcheors), et que leurs excès avaient fiit chasser de France, envahirent le Barrois et y vécurent à discrétion pendant quel» ques jours. Les administrateurs des duchés rassemblèrent om petite armée, attaquèrent ces pillards près de Vaubeooirl, en tuèrent ouf en prirent plus de trois cent cinquante et foreirent les autres à se retirer ; mais, an moment où l'on s'y attendait le moinS) ceux-ci revinrent à Vaubecoort et massaerèreul soixante paysans occupés à dépouiller les morts (3). Comme les éeorchenrs étaient encore réputés au service de Charles VII, les administrateurs lui écrivirent pour se plaindre 4le8 violences commises dans le Barrois; et le 30 décembre.
(i) V. Chron. du doyen de Saint-ThiébAot, dint Cthnet, Hîst., t. II, preuv.f col. ccxij.
(2) V. idem, ^., toi ociix et ocn.
(3) V. idmii, ibid., col. cexxfij.
Charles fit expédier des lettres dans lesquelles, après avoir reproché au « bastard de Bourbon, à Louis de Hueil... et à » toas aaltres capitaines > de s'être logés dans le duché de Bar, et d'avoir « illec boutlé feu, occis, meurdry, pillé, robe, » Teançonné plusieurs des hommes et subgects » de René, il leiir défendait d'entrer à Tavenir dans les élats de ce prince, et leur prescrivait d*en faire sortir ceux des routiers qui s'y trouvaient encore (1). Le roi ne pouvait, au reste, faire moins pour René, son beau-frôre ; pour les Lorrains , ses alliés, et pour les Messins , qui soutenaient également ses intérêts et lui fournissaient parfois des secours. Cette année même, Gyiet Bataille, Geoffroy Dex, Jean de Warize et Jean Baudoche le jeune avaient servi dans l'armée française pendant le siège de Montereau-rfaut -Yonne (â).
Tontes ces courses, tous ces ravages furent, comme il arrive ordioairement, suivis d'une maladie contagieuse, qui causa une grande mortalité à Metz et dans certains cantons de la Lorraine, et le nombre des malades était si considérable que Ton reAisait de recevoir dans rhèpital de Metz ceux qui n'étaient pas de la ville même (5).
Malgré les pertes que la Lorraine avait éprouvées depuis quelques années, les administrateurs travaillaient à recueillir l'énorme rançon que l'on s'attendait à payer pour René d'Anîoa ; et comme les contributions volontaires de la noblesse étaient loin d'être suffisantes, le duc envoya aux administrateort l'ordre d'engager les biens du domaine. Les négociations, reprises au mois de mai 1456, faillirent être rompues de nouveau à cause des prétentions de Philippe ; il demandait à son prisonnier, « sans en laisser vaillant ung denier », i^ la
(1) Ces lettres sout imprimées dans Calnict, ibid^, t. Ilf, preiiv., col. cxorij et cxcviij.
(2) V. Qiroo. du doyen, ibid., t. 11, preuv., col. ccxxvj. 1^) V. idem, ibid., col. ccxxxj.
cession de ce qu'il possédait ou pourrait acquérir par succession dans le comté de Flandre ; â"* un million de salots payable en plusieurs termes ; 3 ' la remise provisoire de la ville de Neufcbàteau et du Barrois tout entier. II exigeait de plus que René lui fit hommage pour le marquisat de Pont-à- Mousson, si Ton prouvait que les comtes et ducs de Bar avaient fait un semblable hommage aux comtes de Bourgogne (1) ; qu*on lui livrât con\me otage Jean fils aine du duc de Lorraine, qui devait être gardé , aux frais de celui-ci, dans le lieu qu'il plairait à Philippe de choisir ; que René donnât sa ratification aux arrangements pris par le duc de Bourgogne au sujet du comté de Guise avec Jean de Luxembourg ; qu*il fit rendre la liberté au fils du chancelier de Bourgogne, retena par le damoiseau de Commercy ; et enfin que l'exécution de tous ces engagements fût garantie par le duc de Bretagne, par le comte de Montfort son fils, par Charles d'Anjou, et par les trente gentilshommes qui avaient , une première fois , servi de caution au duc de Lorraine (2).
Des conférences eurent lieu à Dijon, au mois de mai 1436, entre les conseillers de Philippe, les commissaires nommés par René, l'archevêque de Toulouse et le comte de Vendôme, que le roi de France avait envoyés en Bourgogne pour offiîr leur médiation, et obtenir un adoucissement aux conditions que Philippe mettait à la délivrance de son prisonnier. Le chancelier Rolin ayant déclaré que ses instructions ne l'autorisaient pas à faire la moindre concession , les représentants du duc de Lorraine refusèrent d'accepter le traité que Philippe proposait , et les conférences furent rompues. René approuva la conduite de ses plénipotentiaires, protesta qu*il aimerait mieux rester captif toute sa vie que d'acheter la
(i) Il s'agit des souverains de la Franche-Comté. (2) Cet ultimatum est imprimé dans Calmct, ibid., t. III, preuT., eol. ccxxij et ccxxiij.
liberté à un prix aussf exorbitant^ et ajouta que le duc de Bourgogne agirait a?ec sagesse en ne montrant pas tant de ri-^ guenr, parce que si lui René venait à mourir en prison^ le duc serait privé de tous les avantages qu'il espérait. Cette réflexion frappa Philippe, qui fut dés lors beaucoup plus accommodant. Les conférences recommencèrent vers Tautomne, et le duc s'engagea, le 8 novembre 1456, à accorder un répil valable jusqu'au 26 décembre suivant. René jurait, c par la
> foid et serment de son corps et en paroles de Roy », de revenir pour ce moment en l'hôtel ducal de Lille, < oultre
> la seconde porte, dedans les quatre murs principaux d'ice- » luy chasteau > ; il devait livrer son fila aine, comme otage ; remettre à son geôlier les villes de Neufchâteau, de Gondrecourt et de Clermont-en-Argonne ; donner les garanties de plusieurs de ses vassaux, comme précédemment ; et entamer, pendant le répit , des négociations pour la conclusion d'un traité définitif (1).
Il arriva dans la ville de Pont-à-Mousson le 25 novembre, s'occupa pendant quelques semaines de l'administration de ses états, et partit pour la Flandre avec les évèques de Metz et de Verdun, Jacques de Sierck, prévôt de l'église d'Utrecht, et on grand nombre de gentilshommes. On jeta enfin. les bases d'un nouvel arrangement, dont les conditions, quoique assez dures , étaient cependant acceptables. Le duc de Lorraine cédait à peu prés tout ce qu1l avait en Flandre , et s'obligeait à payer pour sa rançon quatre cent mille écus d'or, à la taille de soixante-dix au marc de Troyes ; savoir : cent mille écus à la fin de mai 1457, cent mille le 5i mai 1458, el les deux cent mifle autres quand il se serait mis en possession du royaume de Naplei» Comme les finances obérées de René n'inspiraient que peu de confiance à Philippe , celuiti exigea la remise de la forteresse de Prény et de la ville de
1) V^. les leUresdc Philippe, ibid., col. cxxx-cxxxij.
LoDgwy, et se*' réserva de garder, jusqu^à parfeii paiement, les villes de Clermonl et de Neurchàteau. De plus , quaranle vassaux , vingt de Lorraine et Barrois , dix d'Anjou et dix de Provence , cautionnèrent leur souverain et promirent d'aller se livrer comme otages au duc de Bourgogne, si René ne pouvait s'acquitter. Un engagement de même nature fut pris par le fils du duc de Bretagne, qui se réserva toutefois ia faculté de se faire remplacer par dix gentilshommes.
Le duc de Lorraine jura de faire hommage à Philippe pour le marquisat de Pont-à^Mous^on, si le droit réclamé venait à être clairement établi , et de donner «a fille Yolande en ma<riage à Ferri de Yabdémont. Il consentit également à &ire épouser à son fils aîné, le prince Jean, une nièce de Philippe, Marie fille de Charles duc de Bourbon. Ce traité , qui mettait fin à la longue captivité de René d'Anjou, fut conclu à Lille» le 28 janvier 1457 ; le 4 février, le duc de Bourgogne fit expédier des lettres qui constataient la teneur du traité, et, deax jours après , d'autres lettres aux termes desquelles il ^ievait relâcher le prince Jean , qui était gardé à Dijon , aussitôt que René aurait envoyé le cautionnement de plusieurs geniMihommes lorrains et barrisiens, dont il est inutile de reproduire ici les noms. Ajoutons seulement que ces gentilshoounes étaient, à peu fl'exceptions près, ceux qui avaient déjà répondu pour leur souverain en 1432 (i).
Avant de partir, René négocia la délivrance du sire de Rodemack, qui avait été fait prisonnier à Buignéville. Antoiae de Croy, entre les mains duquel il était tombé, voulait une rançon fort considérable, et le duc fut obligé de promettre dix mille écus d'or, payables par moitié en 4437 et en i43ë. Le doyen de Saint-Thiébaut» prétend que Philippe remit i René la moitié de sa rançon, et bien que les cireonstanees de cette remise telles que le doyen les rapporte la rendent tout-
(i) V. Calmet, ibid., t. Il, col. 798-gOO.
à^fail iovraisemblable (1), il parait qu'elle eut lieu réellement. Ce fut le ii février que ces arrangements furent termi* nés, et que « Monseigneur de Bourgpngne quitta sa foy au 9 roy René en Tlsle en Flandre » (2); le diic prit aussitôt le ehemin de la Lorraine et se hâta de réunir, à Pont*à-Mousson, les Etats des deux duchés pour obtenir le Tote d'un aide qoi loi permit dé payer les premiers termes de sa rançon. Il biiaU trouver deux ceni mille écus d*or, et des pays appauvris par la guerre ne pouvaient fournir aisément une aussi forte somme. Les Etats accordèrent deux saints par conduit ou par fai, et les évèques de Metz, de Toul «t de Verdun consenti^ reot à ce qu'on levât un sou par conduit sur tous leurs sujets, fMiqoe ceux-ci fussent complètement étrangers à la Lorrûfle el au Barrois. Les habitants de ce dernier pays avaient déjà payé quelques aides dans des circonstances extraordi- ■aires, mais c'était la première fois que les Lorrains supportMeni on impôt, les revenus du domaine et les autres ressources dont les ducs disposaient ayant jusqu'alors couvert les dépenses (3). L'aide voté par les Etats, les dons de la nobletse, et la contribution que les trois prélats autorisèrent à percevoir dans le temporel de leurs évéchés produisirent la somme que l'on devait au duc de Bourgogne, et qui était éaorme pour le temps; car, un écu d'or de soixante- dix au mare de Troyes valant dix livres dix-neuf sous cinq deniers toaraeb (il s'agit de la livre tournois de 1789), les deux cent mille écus représentent un peu plus de deux millions trois cent quatre-vingt^ouse mille cinq cents livres tournois; et quand on se rappelle quelle était la puissance du
(f) V. la chron. du doyen, ibid., t. Il, preiiv., col. ccxxiv.
(2) V. If. de Quatrebarbcs, ibid., p. xliij.
(3) V. Chron. du doyen de Saint-Thiébaul, ibid. Les archives de Loirenfennatent autrefois une layclte intitulée Rançon du duc René ; on
y trouvait des pièces importantes, qui ont été enlevées et transportées à Piris.
numéraire avant la découverte de rAmérique, ou voit que la rançon de René d'Anjou était véritablement exorbitante (I).
Après avoir ainsi pourvu à Texécution du traité de Lille, le duc de Lorraine chercha à se procurer de l'argent pour faire le voyage de Naples. Comme il ne pouvait demander à ses sujets de nouveaux sacrifices , il eut recours à des emprunts ; Louis d'Haraucourt évèque de Verdun lui pr^ta huit mille florins ; Je roi Charles VII y dont les finances n'étaient pas trés-prospères , lui en donna vingt mille ; le domaine de Louppy fut engagé moyennant dix mille florins , et plusieurs autres terres le furent également pour des sommes plus ou moins considérables (â). René réorganisa ensuite le gouvernement des duchés de Lorraine et de Bar ; le pouvoir exéentif fut confié à révèque de Metz , à celui de Verdun et au sire du Chàtelet, assistés d'un conseil composé de Ferri de Parroye, Jean d'Hatissonville , Warry de Fléville , Jean de Chambley » Baudouin de Fléville abbé de Gorze , Ferri de Savigny et quelques autres gentilshommes. Le duc quitta la Lorraine an printemps et se dirigea vers TAnjou ,. qu'il n*avait pas vu depuis bien des années. Il était accompagné d'un grand nombre de nobles lorrains que l'amour deja gloire entraînait sur les pas de leur souverain , et qui voulaient l'aider à conquérir le royaume de Naples. Au lieu de passer promptement dans ce pays , où la duchesse Isabelle avait peine à résister aux forces du roi d'Aragon, René, dont l'apathie augmentait sans cesse, resta plusieurs mois à Angers et perdit, de la sorte, un temps bien précieux. Des nouvelles fâcheuseis arrivées de Naples le forcèrent enfin à partir. Il abandonna l'Anjou dans les derniers jours de novembre et se rendit en Provence ; il fut accueilli avec des transports de joie, et les Etats réunis à Aix lui accordèrent un don de cent mille florins. Il reçut et donna des
(1) V. LionnotS) Ilbt. de Nancy, t. I, p. ^.
(2) V. Benoit , Origine de la maison de Lorraine , p. 406.
fêtes , dépensa en pore perte son temps et son argent et ne mît à la Toile qa*aa mois d'avril 1458. Son escadre, composée de cinq galères et de deux brigantins et commandée par Jean de Beausset, fut ralliée à Gènes par sept autres galères , et le 9 mai il jeta Tancre dans le port de Naples. Il amenait avec lui des renforts , notamment beaucoup de gentilshommes angevins, provençaux et lorrains; et on remarquait parmi ces derniers les sires d'Haraucourt et de Lénoncourt, qui se distinguèrent dans diverses rencontres.
Le récit de cette guerre est , du reste, tout-à-fait étranger à l'histoire de Lorraine , et nous devons nous borner à rapporter les faits principaux. Philippe-Marie Yisconti ayant rendu la liberté au roi d'Aragon , celui-ci était retourné im-
médiatement dans le royaume de Naples , avait recommencé la guerre avec une nouvelle vigueur et avait conquis quelquesunes des provinces jusqu'alors soumises à René. Le duc de Lorraine se mit en campagne le 9 août , avec une armée de vingt mille hommes, et ne tarda pas à se trouver en présence des Aragonais. Alphonse se souciait peu d'engager une bataille qui pouvait entraîner la ruine de ses espérances. D'un autre côté , le souvenir de fiulgnéville , et des calamités dont cette journée funeste avait été la source , inspirait à René une prudence qui n'était pas dans son caractère. Après s'être observées et injuriées pendant plusieurs jours , les deux armées décampèrent, et René s'empara de quelques places importantes. Pendant qu'il était occupé dans les Abruzzes, son rival, maitre depuis longtemps de la forteresse de Gaëtc^ en sortit à la tèle de quinze mille soldats, se présenta toutà-coup devant Naples et s'empara du château de l'Œuf. Isabelle opposa une vive résistance et donna à son mari le temps d'accourir; Alphonse leva le siège, mais la mort du connétable Jacques Caldora porta au parti angevin un coup mortel. Le lèle des Napolitains commençait à se refroidir; For et les promesses du roi d'Aragon amenèrent des déferions cclalau-
tes, ei René fut obligé de quitter Naples, au mois de décembre 1439, pour aUer visiter les villes qui lui obéissaieal encore , et tâcher de raffermir leur fidélité chancelante. L'Aragonais profila de ce voyage pour bloquer la capitale une seconde fois ; il fut de rechef contraint de se retirer et éprouva même un échec assez grave ; néanmoins , son'compétiteur se vk abandonné , bientôt après , par la plus grande partie de ses soldats , séduits par le nouveau connétable Antoine Caldora, et se trouva fort heureux de pouvoir se réfugier à Napies avec quatre. cents cavaliers. Découragé par ces mauvais succès , il offrit au roi d* Aragon d'abdiquer en sa faveur, si ce prince, qui n'avait pas d'enfants légitimes , voulait adopter Jean de Lorraine, l'afné des fils de René. La proposition fui . rejetée ; les Aragonais s'approchèrent une troisième fois de la ville de Naple» et la resserrèrent de jour en jour davantage. La famine s'y fit sentir, et le duc de Lorraine, désespérant du sueccs , résolut de mettre Isabelle et ses enfants à l'abri de tout danger. Il les fit embarquer sur un navire génois, qui trompa la croisière ennemie et les conduisit heureusement sur les cotes de Provence. Au mois de mai i44â , la position de Naples était des plus critiques ; une femme, dont les enfants mouraient de faim , et qui n'avait pu obtenir du prince un secours qu'elle avait sollicité, découvrit à un partisan du roi d'Aragon un aqueduc abandonné , par lequel on pouvait s'introduire secrètement dans la ville. Deux cent cinquante hommes déterminés y pénétrèrent, en effet, dans la nuit du â au 5 juin. René , averti de leur présence , les attaqua avec vigueur et les tailla en pièces ; mais, au même moment , les Aragonais simulèrent différentes attaques contre les remparts. Trois cents génois qui gardaient la porte Saint- Janvier l'ayant abandonnée sans résistance , les assaillants se précipitèrent en foule dans le quartier voisin ; René allait ce* pendant parvenir a les repousser cl à demeurer maître de la porte , lorsque le roi d'Aragon entra lui-même dans la ville
avec le reste de son artnée.i Le doc de Lorraine fut sur le point d'être pris et n*ettt que le temps de se réfugier dans h château neuf. Puis, profitant do désordre qui suivit le combat, il gagna, non sans difficulté, une galère génoise et débarqua sur la côte de Toscane. Il se rendit à Florence auprès du pape Eugène IV , en fut reçu avec de grands honneurs, et se dingea ensuite vers la ville de Marseille, où il arriva au comroencement de novembre , après avoir refusé les propositions du doge de Gènes, qui lui offrait des secours pour tenter de nooTeaa la conquête de Naples (1),
Au moment où René sortit de Nancy, allant prendre possession d*on royaume qu'il ne devait pas transmettre à ses descendants , le» duchés de Lorraine et de Bar jouissaient d'une IranqBlllité presque parfaite, et tout faisait espérer qu'ellle ne serait plus troublée par la querelle de la succès* sion. On se trompait. Le comte de Vaudémont, qui n'ayait pas approuvé les arrangements pris par le duc de Bourgogne, nourrissait toujours de secrètes prétentions sur l'héritage d'Isabelle. Il s'était imaginé que le duc confierait l'administration de la Lorraine à Ferri de Vaudémont, dont le mariage avec Yolande était arrêté depuis longtemps, et il se flattait de gooremer sous le nom de son fils. Le choix des régents lui causa un violent dépit, qu'il essaya de dissimuler; mais quand le doc se fut éloigné, Antoine demanda aux administrateurs des dommages-intérêts pour les ravages que le comté de Vaudémont avait soufferts. Les administrateurs chargèrent Ferri de Lodres et Charles d'Haraucourt de s'entendre avec Gérard de Pfaffenhofèn , auquel le comte avait confié sa cause. Les arbitres s'occupaient à estimer les dégâts commis par les Lorrains, lorsque les hostilités recommencèrent subitement (an. 1458). Erard du Châtelet, un des trois administrateurs, avait
(I) V. M. de Quatrcbarbes , ibid., p. xliij-Ixvj ; Hist. de René d'Anjou, jpw M. de Villeneare-Trans , 1. 1 , p. 23S-536.
eu persoDnellement quelques démêlés avec Antoine » et Vatttrîn de Thuilières, qui avait pris parti pour Erard , flt des courses sur les domaines du comte. Celui-ci vil ou voulut voir dans cette guerre privée une violation des conventions qui avaient rétabli la paix en Lorraine. Il prit à son service un chef de bande, nommé Forle-Epice ou Fort-d'épice , et lu ordonna d'attaquer le château d'Haroué, qui appartenait i Guillaume de Dommartin , un des soutiens d*£rard du Châtelet. Forte-Epice s*empara de cette forteresse (i), où il troava quantité de provisions de bouche , et enleva également le chAr teau de Xeuilley , qui fut défendu par le sire de Tantonville, dont il était la propriété.
La guerre s'ouvrait heureusement pour le comte ; mais ces hostilités reprises d'une manière aussi intempestive achevé* rent de lui aliéner l'esprit des Lorrains, qui ne lui pardonnèrent jamais d'avoir profité de l'absence de René et d'Isabelle pour porter de nouveau la dévastation dans les campagnes. Les administrateurs, persuadés qu'une rupture était inévitable, résolurent de tâcher de dépouiller de ses états le comte de Vaudémont, tout en évitant avec soin une bataille dont k perte pouvait mettre encore la Lorraine en danger. Ferri de Savigny et Baudouin de Fléville allèrent assiéger le château de Mandres-aux-Quatre-Tours , possession du comte de BIAmont, alors allié d'Antoine. Celui-ci les contraignit à se retirer. Pendant ce temps, les administrateurs prenaient des mesures pour se rendre maîtres du château de Vaudémont, que l'on regardait , avec raison , comme le boulevard du comté, et ils parvinrent à corrompre quelques soldats de la garnison , qui promirent d'aider les Lorrains à escalader les murailles. On réunit à Nancy, sous prétexte de donner k chasse à une bande d'aventuriers qui avait suivi le bâtard de Vertus, un corps de troupes, dont le commandement fut
(I ) Gérard de Praffcnhofeii fut kié dans cette attaque.
confié à Jean d'Haussonviile, sénéchal de Lorraine. Ce dernier se mit en marche comme pour gagner le Barrois , et se présenta à i'improvistc devant la ville de Vaudémont ; mais les soldats sur lesquels on comptait ne purent ou n'osèrent se montrer, et le sénéchal se trouva dans Timpossibilité de rien entreprendre ; toutefois , avant de partir , les Lorrains ravagèrent complètement les environs de la forleresse (i).
Antoine, qui était à Commercy, n'eut pas plustôt connu cette tentative que, prenant avec lui la compagnie de Forte- Epice et les soldats du damoiseau , il poursuivit les agresseurs. Il les rencontra campés entre Ormes et Charmes. Il n*avait guère avec lui que cent hommes d*armes , néanmoins, comme Tobscurité de la nuit ne permettait pas de reconnaître leur petit nombre , il n'hésita pas à attaquer les Lorrains. Ceux-ci , surpris au milieu de leur sommeil , n'opposèrent pour ainsi dire aucune résistance ; plusieurs furent tttés ; quelques-uns se noyèrent dans le l^adon, qu'ils voulurent traverser à la nage ; d'autres furent faits prisonniers, et le vainqueur s'empara du grand étendard de Lorraine , qui fut porté en triomphe et suspendu d^ns l'église de Vézelise. Cet avantage ayant rendu le comte de Vaudémont momentanément maître de la campagne, il en profita pour dévaster les domaines des seigneurs lorrains contre lesquels il éprouvait le plus de ressentiment ; les terres de Jean d'Haussonville furent très-maltraitées ; celles de Ferri de Savigny eurent le même sort^ et le comte incendia le faubourg de la ville d'Ormes. Vers l'automne, il prit à son service des gentilshommes flamands, attirés, sans doute , par l'espérance de remporter une victoire aussi lucrative que celle de Buignéviile, et des chefs de bandes qui lui amenèrent quantité d'aventuriers bourguignons , anglais , picards et allemands. Antoine , se
(1) V. Chronique du doyen de Sainl-Tliicbaut , ibid., col. ccxxixccxxxj.
voyant à la tète d*unc armée nombreuse, la partagea en (r6îs corps pour attaquer ses ennemis de trois côtés à la fois. Les capitaines Forte-Epice et Floquet (1) pénétrèrent dans le bailliage de Vosge, assiégèrent la ville de Mirecourt, qui en était la capitale, la prirent et la livrèrent au pillage. Sur la fin d'octobre^ une seconde colonne , guidée par Antoine de Chabannes comte de Dammartin , traversa les états d^Antoine pour s'avancer jusqu'au cœur de la Lorraine et piller le platpays; mais il semble qu'elle ne put exécuter cette partie de sa mission. En même temps, le comte de Vaudémont, à la tète d'un corps considérable, envahit les districts septentrionaux du Barrois, brûla Dun , Stenay et quelques lieux moins importants , pendant que ses lieutenants enlevaient Rambercourt, Varennes et plusieurs châteaux.
Les administrateurs , sentant l'impossibilité de faire faee i tant d'ennemis, s'adressèrent au roi de France et le prièreBl de protéger les états de son beau-frère. Charles VU , qui avait repris Paris et n'avait plus un aussi grand besoin de ses tronpes, envoya en Lorraine^ sur la fin de l'année, La Htre et dViutres capitaines renommés, avec des forces respectables. L'aspect des affaires ne tarda pas à changer ; les Français, vais aux Lorrains, repoussèrent de toutes parts les bandes d'Antoine, s'emparèrent de Yézelise et de Charmes et oeeopèrent le comté de Vaudémont tout entier. Le capitaine Floquet, qui gardait Mirecourt, témoin de la mine da prétendant, n'attendit pas qu'on vint attaquer cette ville, et ja rendit aux administrateurs moyennant une somme de cinq mille saints, et un cheval de prix dont l'évèque de Metz lui fit présent.
Malheureusement pour la Lorraine , les troupes, on poor mieux dire les bandes qui venaient de la délivrer n'y firent
(1) Robert de Floquc.
pts on long séjour (1). Dés le mois de février 1459, elles gagDéreol les unes le pays messin, les autres TAlsace, dans le but d'y kver des contributions (â). Aussitôt que le printemps fut revenu, les hostilités recommencèrent dans le comté de Vaudémoot ; les troupes que les administrateurs avaient laissées dans les châteaux firent des courses ; les paysans se défendirent, et bien des lorrains furent tués dans différents combats; mais le comté n'en fut pas moins ravagé ; les blés furent fauchés, les arbres fruitiers arrachés, et certains villages complètement détruits. Cette guerre cruelle dura jusqu'au milieu de l'été; enfin, le 15 août, on convint d'une trêve qui ne devait finir que le jour de Pâques {^1 mars) 1440 (5).
Conrad Bayer se félicitait d'avoir, au moyen de cette trêve, rétabli la paix pour quelques mois et donné à la Lorraine et au Barrois le temps de respirer ; il ne se doutait guère qu'au moment où il consacrait tout son temps à l'administration des duchés, il était l'objet d'une dénonciation calomnieuse. Comme il avait dépensé pour le compte de René des sommes énormes, et qu'il avait même été contraint de faire des emprunts â la cité de Metz , il jugea à propos, et on ne peut l'en blâmer, de percevoir de légères taxes à son profit pour récupérer l'argent qa^U avait avancé. On incrimina cette mesure, et un prêtre nommé Vautrin Hazard, curé* de Condésur-Hoselle et ancien secrétaire de René d'Anjou , se rendit à Naples, auprès de oe prinee, et lui fit un tableau tellement mensonger de l'adminis-
(i) M. H. Lepagea publié dans le Recueil de documents sur Thistoire de Lorraine, t. I, p. i29-162, des extraits des u Comptes de Olhin d'Âmance, receveur général de Lorrainne, pour ung an entier commensant au xx?iij jour de décembre mil cccc xxxviij et Hnissant audit xxviij jour de déceoibre mil iiij<: xxxix n. On y trouve des détails curieux sur les aven- Uiricrsqui vinrent alors dans notre pays, et Tindication des sommes qu'on leur solda.
(2)V. Chron. du doyen de Saint-Thiébaut, ibid., col. ccxxxj-ccxxxiv ; Bloostrelet, ibid., foi clij v<* et cliij t^.
(3) V. Chron. du doyen de SaintThiébaut, ibid., coK ccxxxiv.
tration de Conrad Bayer, que le duc, oubliant ce qu'il devait au prélat, donna ordre de l'arrêter. Hazard, de retour en Lorraine, remit Tordre à Guillaume de Dommartin, à Vautrin de Thuilières et à un autre gentilhomme appelé Godard. Ceux-ci engagèrent Conrad à Tenir dans le château d*Amance pour traiter avec eux du remboursement des sommes que René devait encore , ajoutant qu'ils avaient reçu des pouvoirs à cet effet. L'évèque partit sans déflance et arriva au rendezvous, avec Thierry Bayer son frère, Androuin d'Oriocoart châtelain de Nomeny et le mayeur de Vie. La nuit suivante^ et pendant qu'il se livrait au repos, les trois gentilshommes enfoncent la porte de sa chambre , le frappent avec brutalité , le mettent en arrestation, au nom de René, l'entraînent, sans lui donner le loisir de prendre ses vêtements, le font monter sur un mauvais cheval et le conduisent dans le château de Condé-sur-Moselle. Un acte aussi arbitraire, accompli sans aucun respect pour le caractère sacré dont Conrad était revêtu , sans aucun égard pour sa qualité de prince indépendant , sans aucune reconnaissance pour les nombreux services qn'il avait rendus à la Lorraine , un acte aussi arbitraire , disoitt-nQns, excita un sentiment d'indignation presque général. Les administrateurs et leur conseil n'osèrent cependant pas prmidrt snr eux de relâcher le préla*t. Ils firent même tous leurg efiSMia pour imposer à Conrad un traité extrêmement désavantageux. Arrêté le 43 octobre, Tévéque resta en prison dix semaines. Enferme, pendant la saison rigoureuse, dans une chambre où il ne pouvait faire de feu, souffrant et inquiet, il finit par donner son consentement à ce qu'on exigeait de lui, et promit de ne plus élever aucune réclamation au sujet des somme! qu'il avait avancées pour le service de René, et d'abandonner, à titre de gage, aux lieutenants de ce prince les villes et châteaux de Nomeny , Rambervillers , la Garde, Baccarat, ainsi que les sjilines qu'il avait précédemment engagées. Thierry Bayer, Androuin d'Oriocourt et le
mayear de Vie ne furent délivrés qu'après avoir payé une rançon considérable.
Aussitôt que Conrad eut recouvré sa liberté, il écrivit aux magistrats messins pour leur annoncer qu'il se proposait d^aU 1er passer les fêtes de Noël dans leur ville; on lui envoya une eseorte, et dès qu'il fut en sûreté derrière les murs de Metz, il protesta contre la violence qu'il avait endurée et contre le traité qu'il avait été forcé de conclure. Sans s'inquiéter de la protestation de Conrad, les administrateurs voulurent prendre possession des lieux qu'il devait leur remettre^ et notamment de la ville de Baccarat; mais ils rencontrèrent une Tive résistance, et le prélat, se regardant comme délié de sa promesse, donna ordre de repousser la force par la force. Il en résulta des hostilités qui se prolongèrent pendant une partie de l'année 1440. Un traité, ou pour mieux dire une trêve y mit fin en 1441 ; et la duchesse Isabelle étant revenue en Lorraine, au commencement de l'année 1442, Conrad se rendit h Pont-à-Mousson où elle se trouvait, lui fit comprendre que René avail été trompé par des rapporta infidèles^ et obtint une indemnité de vingt-neuf mille florins (1).
Ce n'était pas seulement contre l'évèque de Metz que hfl administrateurs avaient à lutter pendant les premiers mois de 1440; le bâtard de Bourbon s'étant jeté dans le Barrois, ave^
(1) V. idem, ibid., col. ccxxxv; ^ist. de Metz, t. II, p. 639-6il. On conipon la complainte suivante à l'occasion de la captivité de Conrad :
fiencdicite, Domine.
Nostre évesquc est à Condé.
Dieu nous wardc de Goudart Et de messire Waullrin Hazart, Et des villains du vaulx des Faux, Qui ne nous faicent point de roaulx, Et de sire Willaume de Dommartin, ' Qui a faict tout le hutlin, Et de Waultrin de Tullière, Qui regardoit par la verrière. Amen.
une troupe de routiers, s'était emparé du château de là Molbe, situé sur une colline fort abrupte , et faisait des excursions dans tout le pays. Ayant entendu vanter les richesses du bourg de Saint-Nicolas-de-Port, il eut l'audace d'y entrer, avec cinq cents cavaliers , sur la 6n du mois de mars 1441 ; • toutes les bonnes maisons il les fourragea, dit la chronique » de Lorraine, robbant or, argent, joyauli', tasses, goubelleli» » et tout ce de bon qu'il pouvoit, drapz et marchandises. » Plusieurs bourgeois de Jadicte Sainct-Nicolas ilz prindrenl, » etd'aultres marchands de beaucoup de lieux. Puis, quand ilz
> ne reçurent plus que prendre , ilz se sont despariis ; droici » vers Langres leurs chemins ont pris. Les seigneurs de
> Lorraine et toutes gens de guerre^ montez et armez, sont » allez après , proche de Langres se les ont trouvez , ont
> chargé sus ; moult y en eut des prins et des tuez. Sainct
> Nicolas son miracle y a lùonstré ; tous prisonniers et tons B leurs butins ont recouvré. Les prisonniers furent laschez, » et la plupart des biens à Sainct-Nicolas rapportez, dont
> tontes gens louoient Dieu de ceste victoire (i). » Quelque temps auparavant, une autre troupe de pillards,
venanl d'Allemagne et commandée par le sire de Boulay, avait dit irmption dans le temporel de l'évéché de Verdun. Lonis d'Haraucourl venait de permuter cet évèché contre celui de Tout ; cependant, comme il en avait provisoirement conservé l'administration, il voulut en proléger le temporel. A la tète d'un corps de troupes qu'il tira de la Lorraine et du Barrois, il marcha contre les routiers, qui, ne se croyant pas en mesure d'accepter le combat, rétrogradèrent jusqu'au village de Sancy, à deux lieues au nord de Briey. Sur le point d'être atteints^ ils descendirent tous de cheval et se rangèrent en bataille, pensant qu'ils allaient être attaqués d'un moment i l'autre. Mais l'évèque, témoin de leur manœuvre, Gt un dé-
(I) V. la Cliron., dans Calmet, ibid., t. III, preuv., col. xix.
four» 8*empara de leurs chevaux cl se retira. Les aventuriers fort déeootenancés se décidèrent à s'en retourner à pied, et Ton n'enteDdiC plus parler d'eux (i)«
Un eofiemi beaucoup plus redoutable était le comte de Vaudémont, qui» dans son dépit de voir le duché de Lorraine loi échapper» ne cessait de chercher les moyens d'y répandre le trouble et le désordre. Il avait profité de la trêve conclue en i 439 pour réparer le château de Vaudémont et en augmenter les fortifications (â). Aussitôt que la trêve fut expirée, les hostilités recommencèrent. Au mois d'octobre 1440, Antoine assembla ses troupes» et son gendre, le sire de Croy, loi envoya une bande de picards et de flamands, commandée par Simon de Lalain. Ces forces réunies montaient à deux mille hommes d*armes» et à quatre mille fantassins portant des couleuvrines ou des arbalètes. Les administrateurs n'étant pts en état d'opposer à Antoine une armée aussi formidable, il pénétra dans le Barrois et arriva devant la capitale. Le second fils de René, le jeune prince Louis, s'était enfermé dans cette ville pour la défendre; Antoine le défia au combat et le somma d'en choisir le jour et le lieu; mais Louis refusa d'engager une bataille, qui ne pouvait manquer de lui être fmieste, et fit une réponse évasive. Le comte, n'osant assiéger Bar, occupa Longeville , en ravagea les environs , et traversa ensuite le Barrois dans sa largeur. Les aventuriers commirent des excès de toute nature, pillèrent les villages, en incendièrent
(1} V. la chron. du doyen de Saint-Thiébaut, ibid., t. II, preuv., col. ccxxivj el cczxxyij. Le S mars liil, le roi de France défendit, sous peine de confiscation de corps et de biens, u aux compaignies et routtes it soldées par loi de commettre le moindre rarage dans les duchés de Lorraine et de Bar. On trouve une copie des lettres du roi dans les papiers du préadeot le Febvre.
(2) C'est ce que rappelait une inscription composée d'une vingtaine de vert détestables, et que Ton voyait autrefois dans Téglise collégiale (aujoordluii paroissiale) de Vaudémont. Elle est imprimée dans Calmet, ibid., 1. 11, col. 817 et 818, note (o).
T. Ul. 5
plusieurs, tuèrent quantité de malheureux qui essayaient de protéger leurs propriétés et leurs familles, et ne respectèrent ni les églises, ni les choses saintes. Quand ils furent panrenos à Noviant-sur-Moselle, ils s'y arrêtèrent pendant quatre jours pour attendre Farmée lorraine qui les suivait, et qu'ils croyaient disposée à les attaquer. Les administrateurs, qui avaient toujours Buignévitle présent à la pensée, ne votilorent pas, bien qu'ils eussent l'avantage du nombre, en venir aux mains avec le comte de Vaudémont. Celui-ci allait, avant de continuer sa route, brûler Noviant ; mais Tabbé de Gorze, auquel ce lieu appartenait, réussit à le sauver, en faisant présent d'un beau cheval à Antoine, qui se dirigea du côté de la Seille, détruisit encore quelques villages, et s'en retooma par où il était venu, après avoir ainsi dévasté le Barrois el la Lorraine pendant vingt-six jours. Le doyen de Saml-Thiébaut raconte que les soldats du comte ne se rendirent coupa« blés d'aucun désordre pendant leur retraite ; c car c'estoient, > ajoute-t-il, gens de fasson, qui n'estoient point venus pour » piller, mais pour conquerre honnour, sy comme Hz le » monstront bien » (1).-
Malgré les sentiments chevaleresques dont les compagnons d'Antoine faisaient parade^ leur promenade à travers les états de René avait eu des résultats désastreux. Charles YII résolut d'employer sa médiation, et s'il était nécessaire son autorité, pour mettre fin à une 'lutte qui durait depuis neuf années, et menaçait de se prolonger indéfiniment (3), puisque le comte de Vaudémont pouvait sans cesse recruter son
(1) V. U chron. du doyen, ibid. , t. Il, preuv. , col. ocuzvij et ccxxxviij.
(3) La guerre allait recommencer en liil . Les admimttratciirs de Lerraine avaient gagné un habitant de Vaudémont, qui avait promii dlntroduire leurs soldats dans la forteresse ; mais les Lorrains, n'ayant pas fiût asseï de diligence, furent repoussés arec perte, le 22 janvier. V. h ibid., col. ccxxxviij.
armée, en y atliraDt, par Fappàt du pillage, les aventariers sans emploi dont TEarope foarmillait. Au mois de février 4441, le roi parcouru I la Champagne^ avec une armée de vingt mille hommes , soumit quelques places qui ne l'avaient pas encore reeonnu et entra dans les duchés de Lorraine et de Bar. Il visita successiTcment Neufchâleau^ Vaucouleurs et Saim-Hihiel. Tout le monde croyait qu'il allait châtier le damoiseau de Commercy et les bourgeois de Verdun, contre lesquels il était fort irrité ; mais le damoiseau parvint à Tapaiser, en lui faisant hommage pour son château de Commercy, en lui payant vingt-cinq mille saints, en relâchant ses prisonniers et en promettant de ne plus commettre aucun brigandage. Les Verdunois obtinrent aussi leur grâce, en donnant à Charles Vn dix mille saints et deux grosses bombardes (i).
Le comte de Vaudémont fut invité a venir à Saint-Mihielet, moitié de gré, moitié de force, promit de s'en rapporter au jugement du monarque sur l'affaire de la succession. Charles se rendit ensuite à Bar-le-Duc, à Châlons-sur-Marne, puis à Reims, où il arriva dans le courant de mars. Le 27 de ce mois, il prononça une sentence arbitrale par laquelle il était ordonné, après longue et mûre délibération du conseil, que le comte renoncerait, pour lui et pour ses hoirs, à tous les droits qu'il réclamait sur le duché, en lui réservant seulement la fMulté de les faire valoir dans le cas où la postérité de Charles H viendrait à s'éteindre. Le même jour, le comte de Vaudémont et son fils Ferri, qui se trouvaient à Reims auprès du roi et ne conservaient plus aucune espérance de voir leurs projets réussir, déclarèrent, en présence de Charles VII^ des princes du sang et des membres du conseil, acquiescer à la sentence et renoncer à toutes leurs prétentions (2).
(1) V. idem, ibid., col. ccxxxviij et ccxxxix.
(^ V. le cartulaire de Lorraine, p. 257 et suiv. et 1611. I^ sentence arlNtnle est imprimée dans Leibnitz, Codex diplomaticus, t. I, p. 571-375.
Isabelle resta donc en possession paisible du duché de Lorrane ; Antoine parut avoir oomplètement oublié qa'il avail longtemps disputé le trône à celte princesse , el eomme U guerre continuait encore entre la France et rAngleterre, il se mit au service de Charles VII, avec trois mille hommes qu*il avait à sa solde. Quelques bourgeois de Metz voulurent raccompagner, et ils prirent part au siège de Pontoise, qui se défendit jusqu*au mois de septembre. Le comte mourut en 1447 et fut Inhumé dans le chœur de la collégiale de Vaadémool. Marie d'Harcourt^ son épouse, vécut jusqu'en 4476 et reçat la sépulture dans le même lieu. Leurs cendres ont été plus tard réunies à celles des autres princes de leur lamille; et les statues maladroitement restaurées du comte Antoine et de Marie d'Harcourt, placées -sur un sarcophage -moderne, maïs imité du style ogival du XV* siècle, ont obteno un asile dans Pancienne église des cordeliers de Nancy.
Ferri de Vaudémont, qui avait toutes les qualités de son père sans avoir son ambition et sa dureté, épousa Yolande fille de René et dlsabelle. Le duc de Lorraine avait promis une dot considérable, mais il ne savait comment ki trouver, et il pria les magistrats de Metz de lui prêter une somme de Claquante mille florins. Il éprouva un refus, qui le blessa vivement et lui inspira contre les Messins un profond ressentiment qu'il trouva bientôt l'occasion de satisfaire. Ferri , qui se souciait peu de résider dans le petit comté de Vaudémont, s'attacha à la* fortune de son beau-père et l'accompagna dans ses fréquents voyages. En i 470, il était grand-sénéchal de Provence (I), et nous verrons même plus loin qu'il se rendit en Italie.
Le désistement d'Antoine permit aux administrateurs, eafin débarrassés de la guerre étrangère, de prendre des mesures efficaces pour rétablir la tranquillité , et il était bien temps de cicatriser les plaies de notre malheureux pays. Ses habitants
(1) V. PapoQ, Hist. générale de Provence, t. III, p. 4SI.
B^aTaient pas es à souffrir UDH|aeinent da passage ei de Tentrelîen des armées. La maladie eontagieuse qui se déclara en 1438, et enleta TÎngt milte personnes i Melz et dans le pays messio, s'élaii propagée dans plusieurs cantons de la Lorraine el dn Barrois. Elle régnait encore en 1439, et à ce fléau était Tenue se joindre une disette qui dura deux années tout entières (i). D'un autre côté, les dépenses occasionnées par des hostilités sans cesse renaissantes, el la nécessité de payer pour les prisonniers des rançons, souvent fort élevées, obligèrent à établir diverses taxes qui causèrent un grand mécon* mienieBt. En 1440 notamment, on remit au comte de Vaudémoot une somme de cinq milte vieux florins pour ki rançon de Jean et Bernard de Germiny, Andreu de Ville, Vautrin Wisse et antres gentilshommes qui avaient été faits prisonniers, on ne sait dans quelle rencontre (3).
Le prince Louis, marquis de Pont-à-Mousson, était revêtu du titre de lieutenant de René pour le gouvernement des duâiés de Lorraine et de Bar, mais tout le poids des afiieiires reposait sur les anciens administrateurs, et particulièrement sur révèque de Tonl, Louis d*H[araucourt. Ce prélat, sentant combien Fautorité ducale était impuissante pour raffermir la paix et le bon ordre dans un pays depuis si longtemps le théâtre de la guerre, engagea les gentilshommes a former, à l'exemple de leurs pères, une de ces ligues qui avaient eu autrefois tant de succès. Au mois d'août 1441 , Baudouin de Fléville abbé de Gorze, Pierre de Beaufiremont , Jean de Fénétrange, Erard du Qiâtelet , Jacques d'Haraucourt , Ferri de Savigny , Jean d'Hausson ville , Gérard d'Haraucourt , Ferri de Parroye, Warry de Fléville , Ferri de Ludres , Philippe de Norroy , Simon de Saint-Menge , Jean de Lucy , Philippe de Lénon-
(1) V. Les chroniques de la ?illc de Melz» p. 20i el â06. (S) y., au Trésor des chartes, le compte du receveur-général de Lorraine pour iiW.
court , Jacquol de Savigny , Jean de Ligniville , François de Chambley, Colart de Lénoncourt, Philbert da Chàtelet, Co» lart des Armoises, Andreu de Parroye, Jean de SaTigny» Andreu de Ville et quelques autres seigneurs» considérant que « depuis le parlement de trés-excellens Prince et Princesse les Roy et Royne de Hiérusalem et de Secile, Duc et Duchesse d'Anjou, de Bar et de Lorraine...., de leurs pays de par deçà, plusieurs griefs , dommaiges et inconvéniens s'estoient ensuis et venus èsdictes Duchiez de Bar et de Lorraine , et es Seigneuries enciavéez en ioelles , tant par les guerres que sont estez, comme aultrement, au préjudice du bien commung » ; et voulant c relever el mettre sus, et entretenir le bien de paix desdictes Duchieiy Seigneuries , et de tous les subjects d'icelles , oster tonte rigour et malviolence, œuvre de faict et de volonté des ans contre les aultres », ces seigneurs, disons-nous > jurèrent, pour trois années consécutives , de s'adresser au marquis de Pont-à-Housson ou à son conseil chaque fois qu'ils aoraieat quelque différend, et de se conformer à la décision rendue ; de prêter main-forte aux administrateurs pour réprimer les entreprises des perturbateurs de la paix publique , et i c tous oflBciers, baillifs, prévosts et leurs lieutenans des- » dictes Ducbiez et Seigneuries ou faict de l'exécution de » justice » ; de prendre les armes pour contraindre les individus auxquels on reprocherait quelque acte de pillage i indemniser les personnes qui en auraient souffert ; de défeodre c toutes gens et terres d'Eglise , religieux et aultres, tons » leurs domaines, seigneuries , rentes et revenus , tous pèie- » rins, marchands et aultres bonnes gens, ensemble tons > leurs biens, estans, venans , allans et trespassans par l( » dictes Duchiez et Seigneuries » (i).
(1) Le telle du traité de conféilération est imprimé dans Calmet , ibid., t. III, preuv., col. dcivj-dclix.
Oo désirait vivement qae René d'Anjou revint habiter la Lorraine, et on espérait que sa présence achèverait d*y rétablir la tranquillité ; mais il préférait le séjour de la Provence» el il était tout occupé du mariage projeté entre sa flile Marguerite et Charles de Bourgogne , comte de Nevers. Conservant de la rancune contre la maison de Vaudémont , il fit insérer dans le contrat une clause qui appelait au trône de Lorraine les enfants de Marguerite avant ceux d'Yolande , 9é soeur aînée. Antoine se plaignit amèrement de cette clause, où il voyait , avec raison , une infraction à la sentence arbitrale de 4441 ; toutefois, comme Philippe-le-Bon consentait, eniaveur du mariage, à donner quittance à René d'une somme de quatre-vingt mille six cents écus d'or qui lui était due, le duc ne voulait pas faire droit aux réclamations de son ancien compétiteur. Charles VII, qui avait garanti l'exécution de la sentence arbitrale , jugea à propos d'intervenir et prit parti pour le comte de Vaudémont. René ne pouvait entreprendre de résister à la volonté de son beau-frère ; néanmoins, les négociations relatives à cette affaire traînèrent en longueur, et Tunion projetée n'eut pas lieu (i).
' Les fnstances des administrateurs pour que le duc habitât la Lorraine^ au moins momentanément , devenaient de plus en |llns pressantes. Louis d'Haraucourt , qui était chef du conseil et avait la principale autorité , trouvait le poids des affùres trop lourd pour ses forces et désirait en être déchargé. Malgré toutes les mesures qu'il avait prises, les courses des aventuriers recommencèrent en Lorraine dès l'année 1443 ; l'incorrigible damoiseau de Commercy, ayant engagé trois mille routiers à son service, fit une excursion du côté de Metz. Un détachement de cette troupe fut défait par le bâtard de Vergy et par Vautrin de Thuilières ; mais on ne put empêcher les routiers de commettre desdépréda-
(I) V. Calmet, ibid., t. II, col. 826 el 827.
lions daas le pays messin ; ils pillèrent la léproserie de Saint- Privat et parvinrent à entrer dans l'abbaye de Salnt-Glément , où ils s*emparérent des meubles qai ayaieot quelque valeur. Après avoir dépouillé les habitants de plusieurs villages et incendié quantité de maisons, ils se < despartont et • allont à tous les diables d*enfer •, comme s'exprime le doyen de Saint-Thiébaut, interprète de la haine des contemporains contre ces hordes dévastatrices. Au mou de aiai, deux mille bandits , qui reconnaissaient l'autorité du damoiseau, coururent le pays saunois et revinrent par Cheminot ; les villageois s'étaient réfugiés dans Téglise ; ils se défendirent avec courage et tuèrent quelques-uns des agressenrs; ils auraient cependant fini par succomber , si on n'eût prévenu les brigands qu'ils allaient être attaqués par les Lorrains et les Messins réunis. Cette nouvelle décida les routiers à se retirer précipitamment ; mais tant de désordres réveillèrent chez tous les seigneurs voisins le désir de mettre Robert de Sarrebriick dans Fimpossibilité de continuer un pareil genre de vie. Au mois de février 1444, le marquis de Ponl-è- Mousson vint, avec une armée, assiéger le haut-cbàleau de Commercy ; les Messins, qu'il en avait informés /lui envoyèrent aussitôt cent hommes d'armes commandés par Jean Baudoche. Le siège durait depuis quatorze jours, lorscfue le marquis et l'évèque de Toul se décidèrent à conclure avec le damoiseau un traité , qui n'aurait pas été respecté beaucoup plus que les précédents, si au même moment le nuirquis n'eit acheté, pour quarante-deux mille florins du Rhin , le châtenobas appartenant à une autre branche de la maison de Sarrebriick. Il reçut une garùison lorraine^ et Robert se trouva dès lors observé de prés et placé dans l'impossibilité presque absolue de faire des expéditions lointaines (1).
(i) V^. la chron. du doyen, ibid., t. Il, preav., col. cczliv, ccxlvij et ccxiviij ; Histoire de Commercv, par M. Dumont, t. I, p. 2i9, 286, S73 cl 274.
Le prince Louis mourut bien peu de temps après ie siégé de Commercy. René en éprouva un violent chagrin et promit de visiter la Lorraine. Il se trouvait alors dans la ville de Tours 9 où Ton négociait une trêve entre la France et TAnglelerre. Il vint enfin , mais il ne vint pas seul. Charles VU avait une nombreuse armée , composée en grande partie d'aventuriers et de mercenaires qu*il ne savait comment employer, et qu'il ne pouvait licencier sans exposer la France à leurs ravages. Il conçut le dessein de s'emparer des trois villes ëpîscopales de Metz, de Toul et de Verdun, qui devaient, un siècle plus, tard , tomber au pouvoir de Henri II. Et ce qui prouve eombien René d'Anjou comprenait mal ses véritables intérêts, c'est qu'il encouragea, s'il ne la provoqua, une expédition dont le résultat devait être d'amener les Français jusqu'au cœur de la Lorraine et de préparer son asservissement. On a formé bien des conjectures sur les motifs qui le poussèrent à faire la guerre aux Messins. Un chroniqueur lorrain, attaché aux intérêts du comte de Vaudémont, dit que René n'ayant c que vie oiseuse que passoit à faire dixains de
> chapelets que passoit en rubans , ou en oiseaux que plu-
> moit à telle fin qu'eust couleurs de plumes que vouloit
> peindre, li prit en fantaisie de guerroyer et vint s'attaquer » à li Messins que n'en pouvoient > (i) ; mais ces traits satiriques ne doivent pas faire autorité ; il ne faut pas non plus attribuer la détermination du roi de Sicile aux réclamations que les magistrats de Metz lui auraient adressées, pour obtenir le remboursement de sommes considérables qu'ils avaient prêtées soit à René lui-même, soit à quelques-uns de ses prédécesseurs ; on n'est pas autorisé davantage à croire qu'il ait cédé au ressentiment que lui inspirait le refus fait par les Messins de lui confier cinquante mille florins pour constituer
(1) V. ce passage dans les Coupures de Bournoo, règne de René !«', recueil dtë.
la dot d'Yolande ; et la véritable cause de la gaeire dont nous allons parler semble avoir été inconnue à plusieurs de nos historiens, quoiqu'elle soit rapportée par un chroniqueur. A la fin du mois de mars i444, il y eut un immense concours de peuple à Pont-à-Mousson, où Ton publiait de grandes indulgences accordées par le pape Eugène IV. La duchesse Isabelle » qai comptait se rendre en cette ville, prescrivit d'y mener ses bagages. Les Messins, prévenus de la circonstance, s'embusquèrent sur la route , saisirent la garde-robe et les joyaux de la princesse et les emportèrent, pour sûreté, disaient-ils» des sommes qui leur étaient dues. Isabelle fit écrire une lettre aux magistrats de Metz pour demander la restitution de ce qu'on venait de lui enlever ; on lui répondit par un refus, et, dans son ressentiment, elle ne négligea rien pour persuader à René de leur déclarer la guerre et de solliciter les secours du roi de France.
Aussitôt que les deux rois eurent arrêté tout ce qui concernait l'entreprise, Charles fit partir un corps d'armée, sous le commandement de Pierre de Brézé, sénéchal de Poitou, qu'il avait chargé de prendre les villes de Toul et de Verdun. Le roi de France et René se mirent eux-mêmes en route avec une autre armée, qui entra en Lorraine du côté de Damey. Les bourgeois d'Epinal saisirent cette occasion pour se soustraire à l'autorité de Tévèque de Metz, contre lequel ils luttaient depuis longtemps. Ils offrirent à Charles VII de le reconnaître pour leur seigneur. Le roi accepta leur propositioii et, par lettres datées du il septembre, établit à Epinal m bailli , qui devait connaître des sentences rendues par les prévôts et autres officiers de justice (i). Charles et René se-
(1) Par d*aatres lettres des mois de mars 1447 et li49, U éMIà è Epioal uo bailli et quatre gouverneurs, pour statuer sur les appels des jagements rendus par l'échevin, et il interdit au parlement de Paris d'accueillir les appels interjetés contre les sentences du bailli et des gouverneurs, y. Tanatyse de ces trois pièces à la suite des Mémoires de
joarnèrent dans les Tilles de Toul et de Nancy et allèrent en pèlerinage à Saint-Nicolas-de-Port. Pendant ce temps , ils envoyèrent différents détachements se saisir des postes qu'ils jugeaient propres à faciliter les travaux du siège. On espérait que les Messins, rassui^és par la lenteur avec laquelle on s'approchait 9 ne se hâteraient pas de prendre les mesures néeessaires à leur sûreté ; mais on se trompait , et dès que les magistrats eurent la certitude que les préparatifs de Charles et de René étaient dirigés contre la ville, ils la mirent en état de défense. Par leurs ordres, on rasa l'abbaye de Saint-Symphorien, le faubourg du même nom, celui qui s'élevait devant la porte des Allemands, les faubourgs Saint- Tbiébaot, Saint-Arnould et Sainte-Elisabeth; les églises Saint-Thi^ut , Saint-Louis et Notre-Dame-des-Champsj quelques hameaux et quantité de maisons de plaisance, dans lesquels les assiégeants auraient pu se loger. Les Messins coupèrent les arbres, dévastèrent les jardins, construisirent des boulevards devant le pont des Morts el la porte Serpenoise, réparèrent les murs et augmentèrent la profondeur des fossés (1). Rien ne fut négligé pour rendre la résistance aussi longue que possible ; la ville fut approvisionnée pour plusieurs mois; on acheta des munitions de toute espèce; la garde de chacune des tours fut confiée a un des corps de métiers ; les portes furent mises sous la surveillance spéciale des premiers de la eîté, et des vedettes placées dans les lieux convenables.
Ces précautions n'étaient pas inutiles, car, le iS septembre, le duc de Lorraine, le connétable Artus de Richemont et Pierre de Brézé s'approchèrent de Metz , avec une armée de dix mille hommes. La plupart des châteaux et des maino, édit. Leoglet du Fresnoy, in-4o, t. II, p. 598. L'autorité du bailli et des gouTemeun était, du reste, à peu près nominale, et Tadministration resta presqu'entièrement entre les mains des bourgeois.
(1) Plusieurs des églises et des faubourgs mentionnés ne furent détruits (foe dans le mois de septembre, quand le danger devint plus grand.
soDS-fortes que les Messins avaient occupés dans les enTirons tombèrent successivement au ponvoir des assiégeants ; Ars, Aney, Vaux, Jussy, Ciémery, Raucourt, Cheminot» Boaxîè- Tes, Corny , Saint-Biaise, Mardigny, Goin , Lorry-devaot-lo- Pont, Eply, Borny, Jouy, Sainte-Rnffine » Chazelies, Sey» Longevilie , Châtel et Lessy furent enlevés d*assaut on livrés par leurs défenseurs. Tous les villages et hameaox siteés entre la Seilie et la Moselle furent abandonnés par leurs habitants, qui se réfugièrent à Metz. Quelques châteaux situés plus près encore de la ville succombèrent bientAi après ; enfin, le ââ septembre, une colonne française se déploya devant le pont des Morts et tira plusieurs coups de eaMQ sur la place. Ce n'était qu'une fausse attaque, et, le asène jour, un héraut d'armes se présenta devant Mets, y fiit introduit et invita les magistrats à envoyer des députés à Nanqf pour recevoir une communication importante. Nicole Loave et Geoffroy Dex chevaliers , Poinsignon Baudoche, Ttùébaot Louve ei Jacob de Bénestroff furent chargés d'accompagner le héraut et se mirent en route , le 27 septembre. Ils ferent admis devant Charles VU et René d'Anjou , et Nicole Lonve ayant prié les deux rois de lui faire connaître leurs intentions, Jean Raboteau, président au parlement de Paris, prononça un long discours , dans lequel il établit trente-deox propositions différentes, mais toutes relatives aux droits que le roi de France et le duc de Lorraine entendaient revendiquer ; il finit en sommant les Messins d'ouvrir leurs portes aux tronpes françaises et lorraines ei de faire hommage aux denx rois^ comme à leurs légitimes seigneurs. Louve répondit que les Messins ne devinaient pas comment ils avaient encouru la disgrâce du roi de France ; qu'ils n'avaient jamais été ses ennemis , ni les alliés de ses ennemis ; que souvent ils avaient donné asile à des français poursuivis par les Anglais el les Bourguignons ; que des chevaliers messins étaient allés combattre comme volontaires dans les- rangs de l'armée françniw;
que Metz aTait toujours dépeDdo de Tempire ; que c*élait eu an mot une ville libre et impériale , et que Charles VU ne pouvait exiger qu'elle reconnût son autorité ; que les Messins étaient, an reste, disposés à faire les sacrifices compatibles avec leur honneur et leur indépendance, et que si le roi tenait à encrer dans leurs murs , on était tout disposé à le recevoir magnifiqtiement , pourvu que sa suite ne ressemblât pas à one armée. Jean Raboteau répliqua à ce discours et fit observer que les titres et les historiens prouvaient que Metz dépendait du royaume de France ; que les habitants de cette ville avaient eux-mêmes soutenu cette thèse, quand ils avaient vo«la ae soustraire à quelque charge imposée aux sujets de FeMpire ; que la question pourrait être traitée plus tard avec l'empereur ; mais que , pour le moment , le roi voulait une soamiasion pure et simple. Nicole Louve s'écria alors : c Noos vous fkisons à sçavoir, pour et on nom de la cité, » que nous aimerions mieux touz à morir qu'il nous fust > reprocbiés que nous eussimes une fois renoyés la grant » aigle! »
Cette fiére déclaration annonçait que les Messins se propo-» saîent de résister jusqu'à la dernière extrémité. En efiet, quand la première frayeur fut passée, et bien qu'ils eussent fetivt les postes fortifiés qu'ils avaient dans la campagne, ils eeamencèrent à faire des courses de tous côtés. Les aventuriers qui composaient l'armée française se tenaient très-mal sur leurs gardes, et les soldats que la ville de Metz avait pris à sa solde firent, chaque jour, des sorties presque constamment couronnées par le succès. Parfois cependant ils furent repoussés avec perte ; les Français et les Lorrains leur firent même quelques centaines de prisonniers et arrêtèrent, entr'autres, beaucoup de vignerons qui ne pouvaient se résoudre à laisser feire la vendange par l'ennemi. L'été et Tautomne avaient été chauds et secs ; les raisins avaient la plus belle apparence , et, malgré le danger, les pauvres gens sortaient
de Metz , le soir > pour aller cueillir des raisins qu'ils tcqdaieot à haut prix , quand les assiégeants n'étaient pas Tenus interrompre cette lucrative récolte.
On arriva bientôt au cœur de Thiver, et Charles VU» que la longueur de la guerre commençait à fatiguer, parut disposé à conclure un traité dont les conditions seraient acceptaUet. Une nouvelle conférence eut lieu dans la ville de Pont*à- Mousson, le 14 janvier 1445. Nicole et Thiébaat Loave, Geoffroy Dex, Poinsignon Baudoche et Jean de Luxembourg, clerc des sept de la guerre , qui représentaient les Heasios, furent trés-étonnés d'entendre Jean Raboteau reproduire la demandes rejetées précédemment ; il s'adoucit toutefois, nais, comme on n'avait de part ni d'autre les pouvoirs nécessaires pour traiter, on se borna à jeter les bases d'une coûfentiôii provisoire. Les Messins retournèrent chez eux le lendemain , et le conseil de la cité rédigea, sur leurs rapports, une réponse aux propositions faites de la part des deux rois. Il coonprit que, malgré les avantages partiels remportés par les aventariers qu'il avait pris à sa solde , et par ceux des habitants qui les accompagnaient dans les sorties , la ville bloquée rigoureusement finirait par succomber ; on résolut en conséquence d'essayer de corrompre les principaux conseillers de Otaries VII, et d'obtenir ainsi des conditions moins défavorables. L'amiral de France, le grand-maltre-d'hôtel , le grand-écuyer, le chancelier, Jean Raboteau et Pierre de Brézé acceptèreal, dit-on, des sommes considérables et promirent leurs bous offices. Les hostilités se ralentirent sur la fin de janvier et nu commencement de février ; les négociations continuaient , el les ministres du roi de France lui ayant fait observer qu*j| valait mieux recevoir une riche rançon que de continuer une guerre onéreuse, des pleins-pouvoirs furent donnés, le 5 février, à Pierre de Brézé , qui se rapprocha de Metz, afin de conférer plus facilement avec les plénipotentiaires de la cité. Le 22 février, ceux-ci furent appelés à Nancy ; à partir de
ce jour, on omit dans la Tilie assiégée de prendre les minutieuses précautions qui avaient été prescrites tant que le danger avait semblé imminent ; enfin^ le dernier jour du même mois, on conclut un traité définitif. Il stipulait seulement que tout acte d'hostilité cesserait sans retard ; que ce qui s'était passé pendant la guerre devait être considéré comme non avenu; que les prisonniers seraient relâchés de part et d'autre ; que les maisons-fortes et châteaux occupés par les Français seraient évacués, et que les propriétaires pourraient racheter les objets mobiliers qui se trouvaient en la possession des assiégeants; mais les magistrats messins payèrent, à différentes éohéanees, quatre-vingt-quatre mille florins, représentant six millions quarante-huit mille francs de notre monnaie, et offri-* rent ao roi quantité de vaisselle d'or et d'argent. Le 5 mars, un autre traité réconcilia René d'Anjou et ses voisins. Les conditions furent à peu prés les mêmes que celles dont on vient de donner la substance. Il y avait de plus un article important qui concernait les dettes de René et de ses sujets. Cet article disposait que l'on ne demanderait pas les arrérages échus à l'égard des créances qui seraient remboursées avant la Pentecôte, et l'on renonçait également à réclamer les arrérages des autres créances, mais seulement jusqu'au 5 mars. Quant aux obligations ayant plus de trente ans de date, et dont on n'avait jamais acquitté les intérêts, elles furent déclarées nulles, ainsi que celles qui n'avaient pas été constatées par un acte écrit, par un nantissement ou par une hypothèque. On estime que ces clauses procurèrent à René un gain de prés de cent mille florins ou plus de sept millions de francs, et les Messins lui payèrent, en deux fois, une somme de vingt mille florins^ dont le traité ne dit pas un mot. Les assiégés furent aussi contraints de faire des présents à Pierre de Brézé et à bien d'autres personnes ; et si l'on additionne les sommes que la ville de Metz versa ou quitta dans cette circonstance, les cadeaux qu'elle distribua de tous côtés et les pertes
' qu'elle éprouva, sans que sa prospérité eu reçût un coup mortel, on voit quelle était la grandeur de se^ ressources (f ).
Quoique la paix fût faite , beaucoup d'aventuriers français et anglais, placés en garnison dans les châteaux des environs de la ville, refusèrent de partir tant qu'on ne leur aurtll pas remis des rançons plus ou moins fortes. Charles, satisfait de ce qu'il avait obtenu, abandonna ses auxiliaires à la discrélioB des Messins, qui arrivèrent devant les châteaux avec de l'artillerie et sommèrent les aventuriers d'en sortir, en leur disant : « Si briefvement de nos places ne deslogez, premier que demain soit venu serez assiégez •. Il fallut recourir i cette voie de rigueur dans divers lieux; enfin, les étrangm furent obligés de se rendre à discrétion, et quelquefr-mit d'entr'eux furent pendus. Dès le i5 mars les portes de Meta furent ouvertes; trente-cinq mille paysans qui s*y étaient réfugiés en sortirent, le jour même, pour retourner dans leurs habitations ; et si l'on réfléchit que grand nombre d*homiiMi, les femmes, les enfants et les malades ne partirent que pius tard, on comprend quelle multitude d'individus la ville devail renfermer pendant le siège (2).
Charles VU, trouvant très-commode de remplir ses ooflres aux dépens des cités impériales , fit dire aux bourgeois de Toul qu'il voulait, à l'exemple de plusieurs de ses prédéeesseurs, avoir la garde de la ville ; ajoutant qu'il se contenterait, pour tout émolument, d'une pension annuelle de deux mille francs, à condition toutefois que les Toulois lui solderaicm une somme de vingt mille francs représentant les arrérages des dix années précédentes. Jean Collignon, maitre-écheno de Toul, vint se jeter aux pieds du roi cl le supplia de ne pas
(i) V. Les chrooiqucs de MeU, p. 2t9-2i9; Calmet, ibid., t. Il, ool. 833-S37; Relation du siège de Metz en liii, par MM. de Saalcy et Haguenin aine, pa$tim.
(2) y. MM. de Saulcy et Uugucnio , ibid., p. 176 et 177.
élever si haut ses prélentions, attendu que les bourgeois étaîeDi minés par les guerres qui venaient d'avoir lieu. Charles se montra intraitable et envoya Pierre de Brésé assiéger Toul^ avec un corps *de six mille hommes. La première opération du sénéchal fut d'incendier les faubourgs Saint-Epvre el Sainl-Hansuy, et une pareille exécution effraya tellemenl les Tottlois qu'ils ouvrirent leurs portes et consentirent à ce que ie roi exigeait. Ce prince vint leur faire visite, et Tévèque Lonn d'Haraucourt tâcha, mais en vain, d^obtenir quelques concessions. Quand le roi se fut éloigné avec son armée, les boorgeois protestèrent contre le traité qu'on leur avait si durement imposé, et déclarèrent que, leur volonté n'ayant pas été libre, il était nul et sans valeur. Charles VII, qui était au châtean de Looppy , dans le Barrois , venait il'ordonner à Pierre de Brézé d'assiéger Toul une seconde fois, lorsque Louis d'Haraoeourl fit tant d'instances en faveur des habitants de sa TiHe épiscopale, que le roi voulut bien ne pas exiger le paiement des arrérages réclamés par lui et ne demander pour revenir qu'une pension de cinq cents florins (i).
Les Yerdunois ne purent éviter de se placer également sons la garde intéressée de Charles YII ; ils avaient eu reeoors anciennement à ses prédécesseurs , comme on Ta vu dans le tome second, et les prétentions du roi n'étaient pas dénnées d'une sorte de justice. Les bourgeois, pour ne s'ex^ poser à aucun désagrément , consentirent à fournir, quand ils en seraient requis , vingt hommes d'armes et vingt arbalétriers, k payer annuellement une pension de cinq cents livres, et à donner deux cents livres à un gentilhomme qui résiderait dans la ville pour exercer les droits de garde (â).
(1) Celte transaction fut conclue, le 23 mai ; ▼. Benoit, Hist. de Toul, p. 537 et 538.
(S) Ib payéreni de plus U*ois mille florins pour les arrérages ; v. Roussel, HmI. de Verdun, p. 391, et preuv., p. 34-39.
Les entreprises de Charles VU sar les cités impériales de Metz, Toal et Yerdaa irritèrent vivement le roi des Romains Frédéric III. Toutefois , comme ce prince n*élait pas en étal d'en tirer vengeance par les armes, il se borna prademmesl à écrire à Charles pour lui faire observer qu*il ne poavait honnêtement retenir Epinal , fief de Féglise de Metz, elqne les extorsions dont les Messins , les Toulois et les Yerdonois venaient d'être victimes étaient tout-à-fait contraires ao droit des gens. Le roi de France fit une réponse évasive, et raflbm B^alla pas plus loin. René d'Anjou reçut aussi une lettre de reproches au sujet de la part qu'il avait prise à l'expëditkMi contre Metz , mais on ignore quelles raisons il alloua pcmr s'excuser ^i).
Le duc de Lorraine était alors occupé de négociations qoi l'intéressaient bien davantage. Le comte de Saffolfc étail arrivé à Nancy, quelque temps auparavant^ avec aneaoile nombreuse. Il était chargé par le roi d'Angleterre. Henri VI de demander en mariage la princesse Marguerite, qoi aviil dû épouser le comte de Ncvers. René accueillit avec empressement la proposition de Henri, et comme il n'avait pas asses d'argent pour assurer à sa fille une dot digne d'une reine^ il eut recours à un expédient très-ingénieux. Ce fut de lai céder le royaume de Majorque , qui appartenait au roi d'Aragon, et devait être conquis aux frais du roi d'Angleterre.
René accompagna Charles VU dans la ville de ChAkNMsur-Mame, où ils résidèrent ensemble pendant quelques mon. Le roi de France y réorganisa son armée, et le dac de Lorraine y termina deux afifaires d'une haute importance pour M. Il fit rédiger le contrat de mariage de sa fille Marguerite (9),
(1) V. Benoit, ibid., p. 538 et 539.
(2) V. Calmct, ibid., col. 838. On trouve dans les preuves da t. 10, col. ddiz et dclx, une espèce d'attestation relative au eoUtrat, et il en résulter que ce dernier avait été rédigé dans la capitale de la
— SS- CI il conclut, le 6 juillet, avec la duchesse de Bourgogne, à laquelle son mari avait confié les pouvoirs nécessaires, un nouveau traité destiné à mettre fin à la longue série de négociations et d'arrangements qui avait suivi la bataille de Bulgnéville. Le roi de Sicile, dont les coffres étaient habituellement ▼ides, et qui avait donné une autre destination à l'argent recueilli pour payer sa rançon, devait encore a Philippe- le-Bon quatre-vingt mille six cents écus, plus quarante mille écus environ montant de l'amende de vingt écus, par jour , qu'il avait encourue pour cause de retard. Le duc de Bourgogne, ■e voyant pas 'comment il pourrait tirer quelque chose d'un pareil débiteur, consentit à perdre sa créance, à condition eependaat que le duc de Lorraine se chargerait d'acquitter les somoies dues aux garnisons que Philippe avait placées à Prény, LongWy, Neufcbàteau et Clermont-en-Argonne^1).
De Chàlons René se rendit dans la ville de Tours, où fut oélébré le mariage de Marguerite. Le comte de Suffolk épousa la princesse au nom de son maître, et il y eut, à cette occasion, des fêtes magnifiques , dont le récit ne doit pas obtenir place dans cette histoire (2). Après avoir habité, plusieurs semaines, le château de Tours, où se trouvait Charles VH, le roi de Sic3e prit le chemin d'Angers. Il avait toujours beaucoup aimé FAnjou, qui était son pays natal, et rien ne pouvait désormais i'empècber d'y B\et sa demeure ; car les Anglais, qui occupaient encore la plus grande partie de ce duché et une portion do Maine, avaient consenti à se retirer en considération du mariage que leur roi Tenait de contracter avec la fille de René. Isabelle avait suivi son mari dans tous ses voyages et
(t) Le Utile se trouvait, au Trésor des chartes, dans la layette Rançon eu Due Bené. Cette layette a disparu, comme nous Tavons dit.
(2) Plusieurs historiens, notamment M. de Villeneuve (Hist. de René ^Anjoa, t. I, p. 351 et suiv. et 4S(i-45G) et M. de Quatrebarbes (ibid., p, hix-hxj), pensent que le mariage eut lieu à Nancy, et que Marguerite partit immédiatement après pour TAngleterre.
— Sine le quitta plus. Malgré le délabrement de leurs finances, le duc et sa femme vécurent a?ec splendeur dans le château d'Angers; ils y donnèrent fréquemment des fêtes et des tournois et s'entourèrent d'une maison nombreuse, dans laquelle on voit figurer avec surprise une dame appelée Agnès Sorelle, qui n'est autre que la fameuse maîtresse de Charles VII (i).
Avant d'abandonner les duchés de Lorraine et de Bar, qui! ne devait plus revoir, René avait songé à y établir an lieutenant; mais ce fut seulement le i^ juillet i445, et pendant qu'il séjournait en Champagne, qu'il se décida à confier k gouvernement des duchés à son fils Jean, duc de Galabre. Le jeune prince reçut les pouvoirs les plus étendus^ particalièrement ceux de « mettre, instituer et ordonner toutes manières d'officiers, tant mareschaulx, séneschaulx, baitlife, prérosls, * receveurs, chastellains , capitaines, gruyers, sergens et tous aultres officiers, tant sur le faict de la justice, comme
sur le faict de recepte et garde de places ; de disposer
et ordonner de toutes les finances, rentes et revenus desdicts pays, tant du domaine, comme de tous aydes, emprunts, amendes ordinaires, arbitraires et extraordinaires,.... et aultres deniers quelconques; de fiiire tons
mandemens et ensembléez, tant des trois Estats, comme de
gens d'armes ; de faire alliances et confédérations avec
tous princes, nobles et bonnes villes, comme il verroit eatre à faire ;.... de faire battre et forgier monnoyes... >; en on mot, il lui était permis de prendre les mesures que les circon* stances pouvaient requérir. Le duc ne se réservait guère que h c collation et présentation des bénéfices appartenans à son
(1) V. Bibttotbèque de TEcole des Charles, troisième série, 1. 1, p. 901; Agnès Sorelle recevait un traitemeiit de dix livres, d'après an état rehrtif aux H Gages des dames et officiers de lliostel de la Reyne de SicÛe «. Gel état se trouve à la bibl. impériale, suppléro. frança», n9 2340, f» 097.
• paironaige », ainsi que le droit d'aliéner les biens du doimine, « pour don, venditioo» engaîgement ou auitrement », et Ton verra que cette faculté se réduisait alors à peu de chose (i).
Délivré des soucis que lui avaient donnés , depuis quinze aas, les afiaîres de la Lorraine et du Barrois, résidant tranquiUement 'dans son duché d'Anjou, et ensuite dans son comté de Provence» René se livra presque tout entier à son goût pour la littérature et les beaux-arts. < Il estoit bon musicien , dit César Nostradamus , et trés-bon Poëte François et Italien , se délectant singulièrement à lire les belles et naïfves rithmes de nos Poètes Provençaux , leurs vies» mœurs ei eoostnmes ; tellement qu'il a composé en son tems plusieurs beaux et gracieux Romans > comme La conqueste de la douée Mereyj Le mortifiement de vaine plaisance; outre quelques dialogues de divers et rares enseignemens. Mais sur toutes choses , aimoit-il d'un amour passionné la peinture , et avoit la nature douée d'une inclination tant excellente en ceste noble profession , qu'il estoit en bruit et réputation entre les plus excellens Peintres et Enlumineurs de son tems; ainsi qu'on peut voir en plusieurs divers chefsd'œuvres achevez de ses divines et royales mains , sous un labeur merveilleusement exact et plaisant» tant à Avignon ^ Aix, Marseille, et autres villes de Provence , qu'en la Cité
de Lyon et ailleurs ; sa maison estoit le chceur
des Muses, l'escoie des Orateurs, le concours des Poètes, r Académie des Philosophes, le Sacrairc des Théologiens, le Sénat des Sages, l'assemblée des Nobles, les fomentations des bons esprits , le loyer des hommes doctes , la table des pauvres, etc. (2). »
Le prince Jean , qui avait plutôt le caractère d'Isabelle que
(1) V. les letU'es de René, dans Galmet, ibid., col. dclxxxvj-dchxxviij.
(2) V. LUnloire cl Chronique de Provence , p. 6i6.
celui de René , se livrait sérieusement aux soins du gouvernement, et le roi de Sicile, voulant lui témoigner sa satisfaction, lui céda, en novembre i445, « le marquisat du Pont-
• à'Mousson, la Ville et Cité du Pont, et le Bourg, Chastel
• et Donjon de Mousson , avec toute la Prévosté du Pont et > Chastellenie de Mousson » , pour en jouir avec Marie de Bourbon, c sa léale femme et espouse > (i). Une des premières mesures prises par le duc de Calabre eut pour objel la conservation des forêts, que l'on avait fort négligées depuis quelque temps. Il créa, le 20 avril i446, un grand gruyer, auquel il attribua juridiction sur toutes les forêts de la Lorraine et du Barrois. Cet officier, qui réunissait dans sa personne les pouvoirs administratif et judiciaire , tenait, chaque année , six audiences à Nancy on dans le château d'Amance , douze à Dompaire pour le bailliage de Yosge^ et doute à Bar*le-Duc ou à Pont-à-Mousson pour le Barrois ; il y jugeait les affaires forestières , avec l'assistance des gruyers particuliers, des procureurs du prince et des clercs- jurés, qui remplissaient les rôles d'assesseurs , d'accusateurs et de greffiers. Il devait inspecter les bois, avec des commissaires spéciaux , désignés par le duc , et avec les gruyers particuliers , consigner dans des procès-verbaux les résultats de ses visites, et établir des gardes dans tous les lieux où il le jugerait convenable. Son traitement fut fixé à trois cent cinquante francs barrois , payables par moitié à Pâques et à Noël (â).
Les efforts du régent se trouvèrent bientôt paralysés par le manque d'argent ; les Etats n'étaient pas disposée à voter des aides, et les domaines étaient tellement engagés, que les revenus de la Lorraine , qui sous le règne de Charles II s'élevaient à cinquante mille francs barrois, n'étaient plus que de cinq mille francs ; tandis que ceux du duché de Bar étaient
(i) L'acte de cession est imprimé dans Calmei, ibid., col. detx-ddxij. (2) V. Rogéville, Dict. des ordonn., t. I , p. 525.
réduits de près de vingt mille francs à (rois mille. Un pareil état de choses ne pouvait se prolonger sans péril, et le prince Jean représenta avec tant de force à son père la nécessité de chercher un remède efScace, que René se décida, bien malgré lui , à révoquer les aliénations du domaine. Les abus de son administration étaient devenus visibles pour lui^ et dés le iO octobre 1444^ il avait , sur les remontrances de son procoreur-général , et son conseil entendu , déclaré qu'il ne donnerait ou n'engagerait à Tavenir aucun bien domanial , sinon pour cause privilégiée^ frappant par avance de. nullité tout acte contraire aux termes de cette déclaration (i). Malheureusement, pour rétablir les finances^ il ne suffisait pas d'être économe à l'avenir; il fallait encore récupérer ce que l'on avait perdu. Beaucoup de donations avaient été faites légèrement, soit par René d'Anjou, soit par quelques-uns de$es prédécesseurs, et les services qu'elles étaient destinées à récompenser n'ayant jamais paru dignes de la rémunération qu'ils avaient reçue, on devait réunir aii domaine les biens ou les revenus objets de ces aliénations ; mais d'autres actes de même nature avaient eu lieu à la suite de services réels rendus soit au prince, soit à l'état, et l'on ne pouvait, sans une injustice criante , considérer comme non avenues des donations revêtues de la sanction ducale, et qui n'avaient jamais élé, que l'on sache, désapprouvées par les Etats-Généraux. Il y avait donc une distinction imiportante à faire ; néanmoins, Ja nécessité ne permit pas de consulter la justice, et, le 39 décembre 1446, René et Isabelle promulguèrent un édit par lequel ils révoquèrent, annulèrent et abolirent c tous Dons, 9 Transports, Gaigières et aultres Aliénations quelconques, 9 par Eulx et leurs Prédécesseurs faictes jusques alors, pour
(1) On U'ouve un vidimus de cette pièce dans le Trésor des chartes, layette Etats-Généraux du Duché de Bar, u9 \ .
» quelconque cause ou contenu que ce fust > (!)• Cette mesure excita chez tous ceux qu*elle atteignit un senUmeot de colère bien naturel, et le mécontentement pourait afec promptitude dégénérer en révolte; d'autant plus que les individus qui souffraient davantage de Tédit étaient presque tous des seigneurs et des gentilshommes jouissant d'une grande Influence. Mais Jean de Calabre , qui avait autant de fermeté que son père en avait peu, fit si bonne contenance que la noblesse n'osa remuer. Il n'y eut que Jacquemin de Beaumont qui se mit en révolte ouverte; il s'empara du château de Bitche, le vendit au comte de la Petite-Pierre et se retira en France, pour ne pas s'exposer à tomber entre les mains du régent. Celui-ci pria Charles VII de punir Jaoqnemin de Beaumont, qui fut traduit devant le parlement de Paris (â). Bitche fut ensuite assiégé, et le comte de la Petite- Pierre se trouva trop heureux d'en être quitte pour la restitution de la forteresse. Le régent fit exécuter avec rigueur Tédit de son père; et dix.années plus tard, René d'Anjou, qui avait conservé le Barrois quand son fils fut devenu duc de Lorraine, et qui avait eu la faiblesse ou s'était vu forcé d'aliéner encore certaines portions du domaine, prescrivit « aux gens des eomp-
> tes de Bar de faire rendre compte», chaque année, « à ceulz
> qui avoient des engagemens ou donations de son domaine » estant hors de ses mains » (3). On a longuement disserté sur la question de savoir s'il était aliénable dans les deux duchés ; les uns ont admis l'affirmative; d'autres, au contraire» ont pensé que la négative devait être soutenue, et cette dernière doctrine a été récemment sanctionnée par plusieurs
(1) Cet édit , qui est très-long , est imprimé dans le Recueil des anctennés ordonnances de Lorraine , p. 5-9. Il y en a un vidimuê au Trésor des cfa., layette citée, n^ 3.
(2) y. Très, desch., layette Bitsch, DomaiVuf, //, n® 3.
(3) Cette commission, datée du 26 janvier i456 (1iS7), se troure au Très, des ch., layette Etat$ Généraux du Duché de Bar, n* 6.
arrêts des cours soa?eraines. L'examen de la question nous entraînerait trop loin et romprait la suite de notre récit ; nous ne pouvons toutefois nous dispenser de faire observer 1* que les successeurs de René et d'Isabelle ont, fréquemment et aux dépens du domaine, fait des fondations, échanges et ventes, les unes i perpétuité, les autres avec faculté de rachat; ce qui semble indiquer qu'ils ne regardaient pas le domaine comme inalfénaMe; et T que le duc Léopold, en ordonnani le retour des Mens cédés, ne fit pousser les recherches à cet égard que jusqu'au commencement du XVIP siècle ; d'où il résulte que pour Léopold la convention de Nuremberg (1543), qui détacha à peu prés complètement la Lorraine de l'empire, n'avait pas introduit un droit nouveau et des principes ignorés des anciens ducs (i).
Le retrait des domaines avait, malgré son évidente nécessité, beaucoup déplu au généreux roi de Sicile ; et ce prince, à qui son oisiveté causait sans doute quelqu'ennai , s^avisa d'instituer, en 4448, un ordre de chevalerie, dont les insignes pouvaient lai servir à calmer le mécontentement de plusieurs seigneurs que fon venait de dépouiller d'une partie de leurs richesses. L'ordre du Croissant, établi le il août 4448, avait pour patron saint Maurice et ne devait pas compter plus de dnquante membres. Pour voir prononcer son admission , il MIaitètre « duc, prince, marquis, comte, vicomte, ou yssu » d'ancienne chevalerie et gentilhomme de ses quatre ligoéez,
» et sans vilain cas de reproche >. Au moment de sa
réception, on devait jurer, sur les Saints Evangiles, d'entendre quotidiennement la messe, et si Ton en était empêché, de donner « autant, pour l'amour de Dieu, comme on donneroit » à ung chapellain pour dire et célébrer messe », ou de ne pas boire de vin pendant vingt-quatre heures ; de réciter l'office de Notre-Dame, ou de ne pas s*asseoir à table « le jour
(l)V. Rogévnie, ibid.,p. 474.
» ensuivant, aa disner ny aa soupper » ; si Ton ne savait pas l'office de Notre-Dame, de réciter, en place, quinze Paier el aataât A' Ave ; < d*avoir et tenir en toute amour el dilectioD fraternelle les chevaliers, escuyers, le chancelier et aulUres
officiers jurez et incorporez dudict Ordre , comme
propres frères germains de père et de mère ; ... de garder et défendre leur honneur, en Tabsence d*eulz; .... de ne porter armes pour nulles quelconques querelles d'hommes qui vivent, excepté seulement pour son souverain seigneur • et pour le matire de l'Ordre ; c de porter, tous dimanches de l'an et aultres festes commandéez en Saincle Eglise, le croissant sous le bras dextre, tant en armes que dehors, sur peine de donner une pièce d'or pour chascun joor de fesie ; et d'estre obéissant au.... chef dudict Ordre, en tontes el chascune des choses que par luy et aultres de l'Ordre.... seront adviséez, conclues et passéez au bien el honneur de l'Ordre, sans jamais aller à rencontre »w En même temps, ob avertit les récipiendaires d'avoir c singulièremenl regnard, plus qu'à chose qui soit, a Testât de leur conscience...; de révérer et honorer Saincte Eglise et les ministres d'ioelle ; de soustenir le droict des pauvres femmes vefves el des orphelins aussi ; d'avoir tousjours piiié et compassion do pauvre peuple commung ; d'estre, en faicts, en dicis, en paroles, doulx , courtois et amyables à ung chasenn ; de ne mesdire des femmes , de quelque estât qu'elles smeal, pour chose que doive advenir; .... quand ils vouldronl dire quelque chose , d'y penser avant et premier que le dire, afln qu'ils ne soient trouvez en mensonges ; de fuyr lonles compaignies deshonnestes , questions et desbats , le pins qu'ils pourront ; de pardonner volontiers, et ne retenir poini longuement maltalent sur le cœur contre nully.... elc. • On ne pouvait renoncer à faire partie de l'Ordre , si ce n'est pour devenir < gens d'Eglise ou de Religion » ; mais les chevaliers devaient en être exclus s'ils étaient c trouvez non
« pas fermemeot croyaos en la créance de -la Foy Calho- » licqoe » ; s'ils étaieDt « convaincus et atteints véritable- » ment de trahison, prouvée à rencontre d*eulx suffisam- » ment » ; s'ils étaient, c par faulte et lascheté de couraigo,
» et par récréantise et couardise, honteusement fugitifs de
» bataille arrengée à jour nommé, où seroit la personne de » leur souverain seigneur, et ses bannières desployéez » ; s'ils étaient « trouvez portans armes par voye aulcune, directe
m ou indirecte, contre leur souverain seigneur > , ou s'ils
étaient c en compaignie d'aultres, adbérans et consentans,
> confortans ou conseillans de faire machination, conspiration
» ou ligues contre sa personne, ou son estât » ; en6n, s'ils
étaient accusés et convaincus de génocherie et art magique.
Il leur était de plus recommandé c d'estre une fois l'année
» ensemble, au jour de feste de Monseigneur sainct Maurice,
» an Keu que seroit.... advisé, pour tenir le chapitre général,
» et pour adviser et conclure ce que seroit utile et proCtable
> au bien, honneur et augmentation de* l'Ordre », et s'ils ne
poavaient assister à la réunion, de constituer c ung de leurs
• frères et compaignons leur procureur , par procuration
» sceHée du scel de leurs armes , ou aultre scel authenticque
> et approuvé ».
Plusieurs lorrains Cgurèrent parmi les chevaliers de l'ordre di Croissant, mais nous citerons seulement Ferri II comte de Viodémont, Gérard d'Haraucourt seigneur de Louppy, Jean dac de Calabre , Thierry de Lénoncourt bailli dç Vitry , Jean de Fénétrange maréchal de Lorraine, et Gérard de ligoiville, qui furent reçus, les uns après les autres , depuis le li août 1448 jusqu'au 23 octobre 1452 (1). René avait à peine terminé l'organisation de l'pfdre du
(1) Les statuts de TOrdre, la liste des premiers chevaliers , et d*aùtres pièces relatives à la même institution se trouvent dans Calmct, ibid., col. ndi-ccxij.
Croîssant lorsque la guerre recommença entre la France et r Angleterre. En 1448, Charles VU avait repris la ville du Mans et l'avait remise entre les mains du roi de Sicile, à qui elle appartenait; et, l'année suivante, le pillage de Fougères par une bande à la solde du roi d'Angletwre entraîna la rupture de la trêve qui durait depuis plusieurs années. René aurait bien voulu rester neutre ; car il désirait» comme prince français et comme beau-frère de Charles VII, voir la France enfin débarrassée d'ennemis qui l'avaient opprimée et ravagée pendant si longtemps ; et, d'un autre côté , il ne pouvait oublier que sa fille Marguerite avait épousé le roi d'Angleterre, et que tout échec subi par les généraux de ee prince allait aggraver sa position déjà si difficile , augmenter le mécontentement des Anglais , et préparer une révolatioa qui devait se terminer par une catastrophe. Mais le roi de France ne permit pas à son beau-frère de céder à la voix du sang et à son amour pour le repos, et René fut obligé de re* joindre la bannière royale avec son fils, son gendre Ferri de Vaudémont et cinquante lances. Ils prirent une part glorieuse aux deux campagnes à la suite desquelles la Normandie fut réduite au pouvoir de Charles, et, en 4454, ils suivirent en Guyenne l'armée française, qui envahit cette provinee presque sans coup férir (i).
Le prince Jean revint en Lorraine en 4453. Ltf duché ne devait pas tarder à lui appartenir, et la duchesse Isabelle, dont la santé n'avait pu résister à tant de fatigues, de voyages et de chagrins, tomba malade au château d'Angers et moorat le 37 février 1455. c De la perte de sa loyalle compaigne, dit » Bourdigné, fut le noble roy de Sicille si actaint de doeil, » qu'il en cuyda bien mourir, ne jamais, tant comme il fut » en vie, n'oublia l'amour qu'il avoit à elle. Et ung jour, » comme ses privez luy remonstroient, le cuydans consoler,
(1) V. Monstrelel, ibid., f" cxl\ij v<^.
qa*il blioit qu*il eotreoubliasi son dueil et prist réconfort ; le bon seignear, en plorant» les mena en son cabinet, et leur monstra une painetare qae luy mesme avoit faicte, qai estoit ong arc tnrqaoys» duquel la corde estoit brisée, et aadessoubz d'iceiluy estoit escript ce proverbe itaUien : Ateo perleniare plaça non tana; puis leur dist : « Mes amjrSy ceste paincture foict responce à tous vos argumens. Car ainsy que pour destendre un arc, ou en briser et rompre la corde, la playe qu'il a faicte de la sagette qu'il a tirée n'en est de rien plus tost guarie ; aussy pourtant si la ▼le de ma chère espouse est par mort brisée, plus tost n'est pas guarie la playe de loyalle amour dont elle vivante navra mon cneur (!)• »
Aussitôt après la mort d'Isabelle, René remit la Lorraine à 800 fils Jean IL Dans l'acte qui fut rédigé à cette occasion, le roi de Sicile déclarait, de la manière la plus formelle, que le doché était la propriété d'Isabelle, et que son fils en aurait été saisi de droit, si la défunte princesse et lui René ne se
ftisseni réciproquement donné leurs états; c pour ce
» que de droict et de succession maternelle, lit-on dans
> l'acte, iceluy Duché, Princerie, Marchisié, Pays et Sei-
> gnenrie de Lorraine debvroit naturement {nie) compéter et
> appartenir à nostre dict fils, après le trespassement de nos-
> tre dicte Compaigne sa mère, selon la coustume observée
> de toute ancienneté ou dict pays , si ne fust la...
» donation mutuelle faicte entre nous et elle, comme dict » est (2) »
En cédant à son fils le duché de Lorraine, René ne se dépouilla pas du Barrois, et les deux états, qui venaient d'être réunis pendant plus de vingt ans, se trouvèrent séparés de
(i) V. Bourdigné, Hysloire agregatiae des Ânnalles et cronicques Danioa (d'Anjou), (^ cixij r^.
(2) V. le texte de cet acte, dans Calmct, ibid., col. ccxij-ccxiv.
nouveau. L'union n*avail pas été assez longue pour établir entre les duchés, si souvent ennemis l'un de Tautre, des liens indissolubles. En 1461, les Barrtsiens ayant eu une guerre à soutenir contre les habitants de Metz, ceux-ci entrèrent dans le duché de Bar, brûlèrent Gondrecourt-en-Voivre et d'autres villages, sans que les Lorrains fissent le moindre efibri pour repousser les envahisseurs ou pour ménager un accommodement (1). Ce fut dans le Barrois que Marguerite, fille de René et femme du roi d'Angleterre Henri VI, vint chercher un refuge, quand son mari eut été détrôné par le duc d'Yorck. Elle résida, pendant plusieurs années, avec son fils Edouard prmce de Galles, dans le ch&teau de Koaurs près de Saint- Mihiel. Le mécontentement d'une partie des Anglais ayani engagé cette princesse à faire une tentative pour chasser Tosarpateur, Henri VI et le prince de Galles furent vaineos el Cnés, et Marguerite elle-même tomba au pouvoir d'Edouard IV » qui la fit enfermer dans la tour de Londres el la retint prisonnière jusqu'en 1476. Elle revint alors en France et passa le reste de ses jours dans le château de Dampierreî près de Saumur, où son père lui avait ménagé un asile.
Les longs malheurs de Marguerite empoisonnèrent nne partie de la vie de René, qui avait eu aussi le chagrin de perdre successivement la plupart de ses autres enfants. Nous avons mentionné la mort de Louis marquis de Pottt4*Mousson ; deux autres fils et deux filles ne vécurent qu'un petit nombre d'années. La solitude dans laquelle se trouva le -roi de Sicile lui inspira l'idée de se remarier ; < adoncques 9 comme il continueit un dueil, bien que jà feussent deux 9 ans passez, les barons des pays d'Anjou, du Maine et de » Provence tant le pressèrent de prières, dit Bourdigné, » qu'il leur accorda de s'y marier; par ainsi que ils luy tron- » vasscnt quelque vertueuse el noble pucellc qui fust à son
(t) V. Calmct, ibid., t. Il; col. 9ÂS.
> gré ; dont les baroos humblement le mercyérent , luy pro- » mettaot de brief lay en trouver une, espérant par ce le » tirer de la mélencollie qui le tuoit ; car ils veoient bien » qu'il ne povoit plus guëres vivre ainsy (i) >.
Le nouveau mariage de René ne fut pas jugé en I>orraine avec la même indulgence que dans ses propres états, et un de nos chroniqueurs , après avoir rapporté que le roi de Sicile épousa Jeanne de Laval , ajoute : « Mais ne sçait-on pour- » quoy ; car ne fut que pour dire qu*avoit femme légitime....;
> mais avoil par passe temps certaine que l'on nommoit la
> D*Albertaz (â).*Ladicte provençale avoit jeunesse et beauté,
> sçavoit peindre...., et mieulx dire encore que n*avoit • beauté ; et passoit le Roy fort joyeusement la vie avec elle,
> disant fondations, petits tableaux et jolis poupons: La « J)'Albertaz avoit à tel poinct gaigné Tesprit de cestuy....
> prince que trois des siens enfans furent.... légitimez par B M. René (3) , quoiqu*à bien dire ne fust clair que soient de
> hy ; la D'Albertaz ne s'estant laissée faulter (manquer) de
> certaines petites adventures, que faisoient dire grandes.
> médisances et discours ; et M. René sçavoit très-bien ce
> qu'on disoit, mais n'en vouloit rien croire (4). >
(l)V.Boiirdigné, îbid., fo clxij y».
9i Hle appartenait à la maison d'ÂU)ertaz.
(3) Uo fik nommé Jean , dont il sera parlé plus bas , et deux filles , appela Blanche et Madeleine.
(4 Y. Thierriat , Mémoires , règne de René !«■*, dans le recueil cité.