‹ Histoire de Lorraine (volume 5)Chapitre 11 sur 23 · BARROIS · texte numérisé non relu

BARROIS

Bailliage de Bar vii"*. ix^. xxxiv (799i)»

Bailliage de Clermont ii"». iiiic. iiiîu. xyjj ÇUSf!).

Bailliage de Bassigny itii^k xix (1019).

Bailliage de Sainct-Mihiel x». t^. Iztî (109M).

Somme toute pour le Barrois. . . . xxv°>. ri (29008).

Somme toute liiî". Ti«. xiivij,

oomprint les finnclMt ,

Ainsi, sous le règne d*Antoine, les duchés de Lorraine et

(1) V., aux archives du dëp. de la Meurthe, le compte da rtnmaiaf de Nancy pour Tannée 1S(2I-1|{22.

(2) V. notamment, aux mêmes archives, le compte des Deuz-de-vîBtdt Nancy pour 1541-1542, et le compte du receveur de la même vîUe

(3) Layette, Etais- Généraux, /, n« 21.

de Bar ne contenaient que cinquante-trois mille six cent trente -sept conduits imposables ; en multipliant ce nombre par six, qui est une moyenne convenable pour le XVP siècle, on obtient trois cent vingt-un mille huit cent vingt-deux habitants ; et si on y joint, comme on le doit , les clergés séculier et régulier, la noblesse et les indigents, on arrive à peine à quatre cent mille âmes (i).

Ce que nous savons relativement à -la population de différentes villes lorraines est entièrement d'accord avec le document officiel dont l'extrait vient d'être produit. Nancy était toujours une petite ville , et son enceinte n*avait reçu aucune augmentation depuis les sièges de 1475 et 1476. Vers Tannée 4540, Mirecourt, chef-lieu du bailliage de Vosge, n'avait que trois cent cinquante feux, c'est-à-dire un peu plus de deux mille habitants (2). Il est bon de rappeler, en passant, que la faiblesse de la population ne peut être attribuée à la misère et à réroigration, qui en est la compagne; la paix fut rarement troublée pendant la seconde partie du règne de René , et pendant les régnes d'Antoine et de François P% et les Lorrains n'eurent pas ou presque pas à souffrir des maux que laiguerre entraine à sa suite. D'un autre côté, Yolcyr affirme que le pays se suffisait à lui-même, et l'historiographe présente, à l'appui de son assertion , un tableau complet des productions de la Lorraine.

Une des causes qui empêchèrent la population urbaine de prendre un grand accroissement fut une déclaration d'Antoine, lequel, pour ne pas mécontenter la noblesse, défendit de recevoir les vassaux de celle-ci dans les villes , à moins qu'ils

(i) Il est bon cependant de faire observer que fréquemment on réunissait deux ou trois familles peu aisées pour former un conduit. Mais aussi un homme opulent payait seul plusieurs cotes.

(2) C'est ce qui résulte d'une lettre du B. P. Fourier, en date du 20 septembre 1620. V., à la bibl. publ. de Nancy, le recueil ras. des lettres duB.,vol. III, t. 11.

ne demeurassent sujets de leurs seigneurs (i). Toutefois, et malgré ces obstacles, plusieurs villes et bourgs virent augmenter considérablement leur importance, et, en 4549, Péleetcur-palatin Louis-le-Pacifique fonda, sur la frontière orientale du duché , Phaisbourg (2) , qui fut plus tard réuni i la Lorraine (3). D'autres villes s'embellirent et améliorèrent leur police; en 4506 , on pava les rues de Pont-à-Housson po«r la première fois (4); -en 4495, on agrandit la place Saint- Epvre de Nancy, et Ton établit au milieu une belle fontaine » environnée d*un bassin de forme hexagone, et surmontée de la statue équestre de René II (5). En 4497, les Qnatre-de-ville , qui étaient, concurremment avec le prérAt, chargés de la police dans la capitale de la Lorraine , mirent è exécution un règlement assez étendu et renfermant des dispositions fort sages , dont quelques-unes sont malheurcosèment tombées en désuétude , sur la taxe du pain , sur b vente et la sophistication des vins, Tachât du blé , de l'avoine, du poisson , des œufs, du fromage et des autres tneftioi/let , la garde des portes , le guet , Tarrosement et le balayage des rues , la surveillance des hètelleries , Tentretien des fortifications, etc. Un des articles du règlement, et ce n*est pas le moioi curieux , concerne le droit de havage perçu par le bourreao sur les denrées que Ton apportait au marché de Nancy , droit dont Tacquittement se constatait au moyen d'une marque è la craie tracée par le maître des hautes-œuvres sur Tépaule des vendeurs. Un autre article confiait aux Quatre-de-ville « le B régime et gouvernement de Thospital Sainct-Juiien », dont ils devaient toucher « les cens et rentes, tant de bled et d*ar-

(1) V. LayeUe EtaU Généraux, II, n» 33 B.

(2) Ou bourg du PthiÎD.

(5) V. Calmet, Notice, t. II, col. 493. (4) V. idem, ibid., col. 224.

(K) V. la continuât, de la chron. de Loir., dans Calmcl, Hitt, t. 10. prcuv., col. cxv.

» gent que d'aultres biens , pour les desparlir à i'usaige des » pauvres, selon la fondation ». Nous ferons remarquer, à celte occasion , que le XVP siècle vit naître bien peu d'hâpi-» taux, et nous ne pourrions guère citer que celui de Blénod*» lés-TouI , doté par Févéque Hugues des Hazards (i) ; maid les anciens hospices furent maintenus et reçurent une organisation plus régulière. On avait même conservé les léproseries construites pendant les siècles précédents, et l'on y enfermait encore les lépreux, dont le nombre était assez considérable (2). EnGn, un troisième article du règlement de 4497 attribuait aux Quatre-de-ville la surveillance des corps de métiers (3). Ces associations avaient fini par embrasser la généralité des arts mécaniques, et même les professions libérales. Il n'est pas jusqu'aux ménétriers qui ne formassent une corporation, et, en 4490^ René II, « sur les plaintes qui lui avoient esté faictes

> des abus glissez dans ses estais et pays par l'ignorance des » temps dans Fart et mestier de joueur de violon et aultres

> instrumens, desquels il arrivoit tous les jours de grands in- * convéniens > , avait établi « ung maistre dudict mestier,

> avec pouvoir de créer des lieutenans particuliers partout où » besoin seroit , pour réprimer les abus et les muicter d'une 9 amende de quarante sous » ; et le même édrt défendait aux joueurs de violon, etc., de jouer san» avoir été hantez (4) par le maître ou un de ses lieutenants , à peine de vingt sous d'amende et de confiscation des instruments , et fixait le droit de han à sept florins du Rhin , moitié pour la corporation , et moitié pour le duc (5).

(1) V. Notice sur le bourg de Blénod-lés-Toal, par M. I*abbé Gaillaume, p. 102.

(2) V. Calmet, Notice, t. II, col. 236.

(3) V. le texte du règlement, dans Lionnois , Hist. de Nancy, t. Il, p. ^9-55.

(i) Haute signifie admis dans le han ou la corporalion. (5) V. Essai chron. sur les mœurs, coutumes et usages aneicos, etc., par M. Richard, p. ii.

— no —

Dans quelques villes, comme Nancy, Bar (i), Sainl-Nicolas, la corporation la plus importante était celle des merciers oo marchands. La plupart n'étaient que des débitants établis à poste fixe, mais plusieurs entretenaient des relations étendues et entreprenaient de longs voyages pour se trouver aux foires de la France, de rAIlcmagne et des Pays-Bas. En 1484, le sire de Vergy fit saisir et « destrousser, entre Chaaion eC

> Beaulne, certains marchans.... de Lorraine, au retour de » la foire de Lion , sous umbre du différend qui estoit entre

> Monsieur de Lorraine et lui , pour raison de la seignenrie « de Bafl*remont * (2). René prit sur-le-champ les mesures nécessaires pour faire rendre à ces négociants non seulement la liberté, mais encore leurs marchandises ; et le duc Antoine, non content de veiller à la sécurité des Lorrains que leurs affaires conduisaient à TEtranger, protégea les commerçants contre une espèce de corsaires plus dangereuse que les voleurs de grand chemin , en fixant Tintérét à cinq pour cent et en prohibant les prêts usuraires (3).

Une partie des marchandises que les Lorrains allaient porter dans les foires étaient des produits de notre pays. Sans revenir sur ce que nous avons dit, dans un chapitre précédent, relativement aux nombreuses verreries des environs de Darncy, nous devons faire observer que ces manufactures ae multiplièrent d*une manière étonnante pendant la première moitié du XVP siècle. Les layettes Darney et les registres des lettres-patentes ne renferment pas moins de vingt pièces an-

(1) On lit dans une ordonnance du 1^' octobre 1520 que U «illede Bar renfermait des u gens mëchaniqucs et marchands publies Uèft-ridMi *t cl puissans «i. V. Rogévillc, ibid., t. I, p. K96.

(2) V. Procès-veii)aui des séances du conseil de régenee dn rai Qiarles VIII. pendant les mois d'août liSi h janvier 1485 , publiés pv M. A. Bcniier, p. li, 188 et 189.

(3) V. sur cette matière une ortJonnance du 1*' avril 1538, daiii b Recueil de C.-F. Reboucher, nis. de la bibl. de M. Beaupré.

torisant l'établissement de verreries nouvelles ou contenant ascensement de verreries déjà existantes, le tout dans la période comprise entre les années 1504 et 1565. D'autres usines de même nature furent créées sur la lisière de la forêt d'Argonne , et les verriers , animés par la concurrence , perfectionnèrent leurs ouvrages et ne se bornèrent plus à fabriquer des objets de peu de valeur. Volcyr a consacré un chapitre entier (le quatrième) de son Traité des singularitez du Parc d'honneur (1) à la description de cette industrie, qui était arrivée à son plus haut point de prospérité* c Les voirrières, dit-il, sont par tous les quantons dudict parc d'honneur, à grosse abondance et diverses espèces de be* songnes , comme premièrement appert es boys d'Argonne, au balliage de Cléremont , près des limites de Champagne en Gaulle, là où Ton faict de plusieurs sortes de voirres fins en la semblance de christallins, et d'autres voirres communs, autant que l'on sçauroit soubhaicter; et pour chose nouvelle veue de nostre temps , au lieu du Pont-à- Mousson , quinziesmc jour de juing ou environ , le maistre voirrier fit présent au prince modérateur dudict parc (2) d'un crucifix mis sur une grande croix de voirre , en grosseur de la cuisse d'ung homme , accoustré si richement de couleur, que l'on estoit aveuglé de la beauté et lueur. Joinct semblablement que, à Raon, au pays de Vosge, et à Saint- Quirin Ton faict des mirouers qui se transportent par toute la chrestienté. Ce que l'on racompte (sic) avoir esté faict au lieu de Bainville surnommé aux mirouers, assis sur la rive de Mezelle, entre Charmes et Bayon (3). > La Lorraine exportait aussi une assez notable quantité de

(1) C'est ainsi que Volcyr désigne souvent la Lorraine.

(2) Le duc Antoine.

(3) V. Cronicque abrégée Par petits vers huytains des Empereurs , Roys et duez Daustrasie : Âuecques le Quinlemier , et singularités du Parc dhonneur, f® xlv.

papier. I^ moulin ù papier de Ville-sur-Saali ea Barroîs (ail dès lu seconde moitié du XIV* siècle, mais ee fut ment vers liîM) que Ton en vit fonclionner en Lorraine. Lb ducs entretenaient à Frouard une papeterie domaniale, qai fournissait à la consommation du palais , de la chambre des comptes, etc. £n il)0O ou i!)01 , des particuliers établinotà Mangonville, prés de Hayon , une manufacture pareille , dam Inquelle s!npprovisionnèrent la chambre des comptes, les se^ crétaircs du prince, etc., lorsque la papeterie de Frouard ml M, détruite par un débordement de la Moselle. Deux aiim pa[)cterirs existaient à lu môme époque, Tune i Baccarat, Faitre ù rxcgney, h peu de distance d'Epinal (I).

Les habitants des Vosges continuaient n exploiter les iamenses forùts de sapins qui couvrent une partie de cette coatrée, et les trains de bois, flottés sur la Meurthe et la HoseUe, parvenaient, ou ropport de Volcyr, « jusqu*à TOcëan sepicih » trionul », grAce à une convention qui, à partir de Tanaée iî>()7, leur permit de traverser la ville de Metz, pour desccadre ensuite à Trêves et à Coblentz (â). La Moselle ei h Meuse servaient de voies de transport pour le commerce do vins renommes que la Lorraine et leBarrois produisaiciil dans 1rs X V^ et Wl* siècles. Les environs de Bar, de P^a} et plusieurs autres cantons jouissaient, sous ce rapport, dTaac réputation méritée; cependant, les vins de Champagne et d^ Bourgogne faisaient, en Lorraine même, une concurrence re^ doutable aux vins du cru, et lorsque la récolte était chc^ nous remarquable au point de vue de la qualité et de la qna^ tité, on prohibait rentrée des vins étrangers, sous peîae

(t) V. llecherchfs sur l'industrie en Lorraine, par M. H. LqMfe, chap. II , des papeteries, dans les Mémoires de TacadëaiM de |M)ur 18S0, p. 4^10.

(2) V. la chron. de Jean le Châtelain, dans Calmet, Hist., I. Il,

col. civ.

— ils —

< de payer vingt sous iouraoiâ pour ehaicuiie i|ieM » intror-j dui(e en fraude (1). 1

Notre pays faisait un grand eemmeree de èéréaics; tQr,> selon Texpression de Volcyr, le sol ilait iisstB fertile pour» foprnir à « Tentretènement el nourritore des habitans €l 4e » leurs voisins ». Il en résultait que dans les années feMiiet, el même ordinaires, on vivait i trés-boii fiiarché. Les tin viéres et les ruisseaux dont la Lorraine el Je Barroit éliienl sillonnés en tous sens, et les innooibrables éti^ngs qui couvraient une partie des terrain^ bas et humides coDtribwiifnt à accroître l'abondance, à cause de la quantité 4e poisions que Ton y péchait. Ce qui faisait dire à Voleyr c que le qna-^ * resme sans foison de marée on passe facilament »• Qoelques ruisseaux contenaient des moulée perlières, qui étaient devenues Tobjet d*un trafic lucratif; « nous adJou(erone, dit le naïf historiographe, que en la rivière de Vottliogne décourant entre Arche et Bruyères, venant dii costé de l'ancienne tour de Perle, se trouvent margarites et unions que Ton nomme perles de bonne apparence et fines. Sem-^ blablement^ par le rapport de gens dignes de créance et foy, en la rivière de Saiile, laquelle passe au travers d|i lac et estang de Lyndre ; sans ce que aux fossez de Nancef en auroient esté prioses et pcrsées subtilement, moyennant Tart et invention du feu bon pèlerin Viateur, plus anoien> secrétaire des roys et ducz dudict parc (2); et en y avoil de la grosseur d*ung pois, lesquelles selon Tadvis des orfèvres lapidaires et maistres ouvriers approchent les crientaies (5). » Ces artistes se servaient aussi, mais senlementi

(1) V. dans Calmet, ibid., t. III, preuv., col. ccclxxxv-cccUxxTÎj, des lettres de René I^r contenant une interdiction de cette nature.

(2) Jean Pélcgrin, chanoine de Toul, mort en 1523. On peut voir aussi, relativement aux perles de la Vologne, Galmet, Notice, t. II, oel. «72.

(3) V. ibid., f« xlvij yo.

poar les ouvrages communs, d'une espèce de calcédoine que Fon rencontrait dans différents lieux (i), et parUculiéremeol auprès de Vaudrevange. Celait également dans les enviroiis de cette petite ville que Ton exploitait une mine d'azur, dont k rapport fut d'abord considérable, malgré la difficulté que présentait Textraction. Cet azur, recherché par les peintres, s'exportait dans des pays éloignés. Le duc Antoine, c à son retour de Gcnne et Venise, rencontra, dit Volcyr, plusieon marchands panny les Alpes et plains (plaines) d'Italie, parlans le langage de son territoire et dommaine; leur deoMSdant ce qu'ils mesnoient à gros fardeaux et paquets et dt quel pays ils estoient, lesquels répondirent qu'ils Iraosportoient de l'azur venant des mynnes de Valderfange, où les habitans parloient communément allemant , rommant M besin, qui est ung langage entremesié des deux précédens; dont se donna merveille, à cause qu'il n'en avoit encores eu la cougnoissance, estant pour lors constitué en jeune aage de adolescence , avec ce qu'il avoit longtemps fait résidence en la court du três-chrestien roi de Franee, Louis XH (2). » C'est, sans doute, l'azur de Vaudrevan^ que l'on employa pour peindre Tinlérieur de quelques églises allemandes, notamment Saint-Géréon de Cologne, et que i'oi voit mentionné sous le nom d'azur (tAilemaigne sur des comptes du XIV^ siècle extraits des archives de Boargagne (3).

Les autres mines que l'on exploitait en Lorraine pendant les siècles précédents , et dont nous avons parlé plus d*ini0 fois, continuaient à fournir des produits assez riches. Sons k règne de Kené II , on ouvrit des galeries nouvelles ei Ton

(1)V. ibid., f»xlvijr«.

(2) V. ibid., P> xUx i*.

(3) Nom avons dit que Vaudrcvange ëtnit le chef-lieu du magne. Les extraits dont nous parlons sont imprimét duii 1^ rendu du congrès archéologii|UC de Dijon, p. 112.

prit des trayaux abandonnés depuis longtemps (1). Le géographe Sébastien Munster, qui écrivait pendant le XVI^ siècle, dit que les mines du val de Liepvre offraient de la galène, du plomb et du métal argentin , desquels on retirait, par la fonte, de l'argent, du plomb noir et du cuivre. De 1528 à 1558, ajoute-t-il, on a tiré de ces lieux sauvages six mille cinq cents marcs d'argent. Il y avait alors dans cette vallée et dans les vallons qui Tavoisinent douze usines pour écraser, laver, fondre, départir et affiner les métaux ; plus de douze cents maisons avaient été construites pour loger les mineurs, et la ville de Sainte-Marie s'était augmentée rapidement (â). Pendant la période de dix années comprise entre 1555 et 1544, le droit que le duc de Lorraine prélevait suk* le produit des mines du val de Liepvre monta, tous frais dédoits, à la somme de vingt-un mille deux cent cinquante franes un gros et quinze deniers barrois (3). La richesse de cette exploitation devint la cause de plus d'une querelle entre Antoine et divers seigneurs alsaciens. L*archiduc Ferdinand , qui fat em-* pereur après Charles V, manifesta même quelques prétentions sur les mines du val de Liepvre, et le duc de Lorraine fut obligé de lui céder une partie des profits par une transaction conclue le 10 mars 1526 (4).

Les exploitations de la Croix, dans le val de Seint-Dié^ n'étaient pas moins abondantes et continuaient à fournir une grande quantité de minerai d'argent. Dans l'espace de sept années, de 1558 à 1545, on apporta à la monnaie de Nancy neuf mille six cent quatre-vingts marcs d'argent pro-

(t] V. Herquel, Historia Sancli-Deodati, cap. 13, dans Calmet, Hist., t. III, preuv., col. exliij.

(2) V. Sébastien Munster, Cosmographia universalis, p. 432 et suit.

(3) V. Très, des ch., layette Val de Liepvre, n<» 46 et 18. Le droit du prince étant égal au dixième, le produit total fut d'enyiron deux eeot douze mille cinq cents francs barrois.

(4) V. Hogéville, ibid., t. H, p. 90.

venant de ces mines » et le droit levé par le prince produiiil de i5t)2 ù iî)39 la somme de qaarante-trois mille oenf eoH huit francs six deniers barrois (1).

Volcyr, qui Tisila les mines des Vosges, fui frappé de la hardiesse des travaux qu il avait fallu exécuter pour la mettre en rapport, et il a consigné dans son livre rexpresiif de son étonnement. < Or est, dit-il, que les mynnes d*argeaC« vers orient assises, es haultz monts de Vosge , après avoir reposé |)ar abondance, peultèlre, d*caues incloses iilecqMi» ou par nonchallance des modérateurs et habitans , l'espiee de mille ans ou plus, ainsi qu^il nous auroit esté dict et hk compté audict lieu , auroient depuis nagucres soDgneoiement esté remises en estât et recouvertes par la sollicitude du feu bon roy de Sicille, René second de ce nom , roman vray monarque souverain , faisant multiplier ei accroîstre les biens de son dommaine, non sans peine, fraiz, mîwiifT, travails et despens; lesquelles, depuis certains temps eo ci» avons esté veoir avec le bon prince d^amour et paix (i)i—et entré -dedans par assez longue distance, où l'en veoitdt merveilleux ouvrages, avccqucs inventions soubz terre d fabricqucs estranges^ par les lieux creux, en forme d*ardMs; décourant Teauc et ruisselant de -toutes parts^ laquelle distille goutte à goutte des haultz rochicrs jusqucs à esire amassée dedans les porches mynniéres , eannales, pays di profondeur cspovenlablc, dont il convient la tirer et espl}ser sans cesse , ou tout TartiGce et structure de si groO préparation et appareil périroit incontinent. Mais au rf gard de tirer ladictc mynnc , et la mener hors des crenS* desdictes montaignes, édifliées en labeur de mynnes, sur pe-^ lis tunibrcaux roullans, les niynncnrs, ouvriers et tireorSy

(1) Le produit total fut par conséquent de quatre cent quatre-vingts francs barrois.

(2) Le duc Antoine.

• estans vesluz de peaux et envelopèz asses UgiéreHient de » certeg habitz et couTerles , la transportent éa forges pro-

> chaînes, où par grant artifice el moyen snbtii est la tran»* » mutation de métaulx feicle avec séparation et mixtion éti* » ccolx (i). * Plusieurs miniatures qoi ornent «i» feniliet d'un graduel ayant appartenu au chapitre de Saint-Dié (â) représentent les travaux dont Volcyr vient de nous donner mi aperçu, et Ton voit, parmi d*autres particularités curieuses,, des chariots remplis de minerai et glissant sur des espèces de rails en bois, première ébauche de nos chemins de fer.

Les exploitations du val de Liepvre et de la Croix n'étaient pas les seules que la Lorraine possédât pédant le XVI* siède; tt existait prés de Lusse des mines de plomb, zinc, cuivre et argent; à Remémont , des mines de plomb et de cuivre ; des gisements des mêmes métaiix près d'Anozel, et enin une mine de cuivre â proximité de Fraize (5). •

On tirait aussi des Vosges diverses espèces de marbres communs, et Volcyr, que nous citerons encore, a consacré à ces minéraux ainsi qu*à différentes pierres que Ton employait dans les arts un chapitre intitulé : c Jaspe, marbre, albâtre, co. » rail, amétiste et autres pierres *. On y lit que c présente- » ment on tasche de polir ces pierres et les mettre en œuvre » plus que oncques, comme il appert par maints ouvrages » somptueux et magnificques qui multiplient de jour en jour,

» pendant le temps de paix et repos , dont certaines tables

» d'autelz, images ou sépultures et jubez, faictz, érigez et

> construictz depuis naguères à Metz, Toul, Verdun, à 9 Bar, Sainct-Mihiel et au Pont-à-Mousson , avecques cer-

(1) V. ibid.,foxUv.

(2) Ce graduel, maintenant déposé à la bibliothèque publique de Saial- Dié, est du XVie siècle.

(5) V. Statistique des Vosges, t. I, p. 804; Recherclies sur Hndustrie en Lorraine, par M. Lcpage, chap. IV, de Texploitation des mhies; dans les Mémoires de racadétnic de Stanislas pour 1851, p. 230 ot soit.

> taines coulonnes de la fontaine da cfaasteaa de Nancey »• L'importance des exploitations métallurgiques avait» depû longtemps, commandé à nos princes de promulguer des or* donnances destinées à établir une police sévère parmi les oa* vriers occupés de l'extraction et du traitement des métaux, et de régler tout ce qui concernait Touverture des nouveaux puits et les droits réciproques des mineurs. René 11, imîlaal Texemple de ses prédécesseurs, publia, le 3 juin 1508, n édit fort étendu, qui résumait, en les complétant, les prescriptions antérieurement en vigueur. Il permettait à toute personne de bonnes vie et mœurs de fouiller et faire travailler, quelle que fût d'ailleurs la nation à laquelle cette personae appartint, mais à condition de professer la religion catholique. La juridiction, « tant sur perçoniers et admodiateurs, que » sur les ouvriers, manans et habitans », fut attribuée à an justicier, qui devait se faire assister, lorsqu'il siégeait, par un échevin et par quelques conseillers choisis parmi les mineurs. La surveillance des exploitations fut coniée à un général. Ceux qui désiraient fouiller devaient piéalablement faire reprise des montagnes , lieux et places qu'ils se proposaient d'ouvrir, et l'on accordait à chacun des repreneurs vingt-huit toises, mesure des mines, tant eo profondeur qu'en largeur à l'entour du lieu qu'il avait dëajgaé pour l'entrée du puits. Si deux fouilleurs se rencontrakal dans leurs excavations, le dernier venu était contraint de ss retirer, à moins qu'il ne fût à la suite d'une veine par loi découverte. Les étrangers qui voulaient travailler dans les mine étaient franchis des tailles et autres impositions; on leur donnait un sauf-conduit pour s'y rendre, y séjourner et s'en retourner, mais ils ne pouvaient user de cette pièce pour se soustraire a l'accomplissement des obligations qn'ib nvaicpl contractées envers les habitants du pays. Les marchands .■|. venaient acheter le plomb et le cuivre extraits des mines (Ni apporter des denrées quelconques étaient francs de gibdics.

passages, etc. Les maisoQs, loges el huiles des mineurs éiaient déclarées exemptes de servitudes et sujétions, et ib prenaient dans les forêts domaniales les bois dont ils ayaient besoin pour leurs constructions. Ceux qui .interrompaient leurs travaux pendant un mois perdaient le bénéfice de leurs concessions, et le justicier pouvait abandonner ces dernières à d*autres exploitants. Les premiers essais de tout nouveau puits devaient être fondus publiquement, afin que chacun fût à même d*apprécier la richesse de la mine. Le dixième du minerai était remis au justicier pour le droit du prince, et on portait l'argent à la monnaie de Nancy, où le mare était payé huit florins d'or ou seize francs barrois.

Telles sont les principales dispositions de Tédit promulgué par René II; il fut trouvé tellement sage que le duc Antoine le confirma, en 4518, et le rendit obligatoire, sauf quelques modifications, dans les mines d*azar de Vaudrevange (1).

Nous ne terminerons pas les paragraphes concernant Tindustrie sans dire un mot de Fialroduction de Timprimerie en Lorraine. Rémond Messein, cité par Chevrier (â), raconte qu'en 1486 un nommé Didier Yirion amena de Paris à Nancy un garçouy qui imprima des vers à la louange de René II, mais qui, n'ayant pas été, encouragé par le duc, prit le parti de retourner en France. Il est difficile de démêler ce qu'il y a de vrai dans ce récit, et nous ferons observer que le registre du trésorier-général pour l'année 4485-4486 (3) présente une mention qui doit avoir servi de base à l'assertion de Rémond Messein. Le trésorier transcrit l'ordre qu'il a reçu de René de payer une gratification « aux com- » paignons qui font les livres en impression prés nostre » hostel de Harecourt à Paris , en don que leur avons

*^*(4) V. Rogéville, ibid., p. 8î)-89.

(2) V. ibid., l. m, p. 517 el 318.

(5) Ce registre est au Trésor des chartes.

> foict pour les veoir besongnor >. On peul admeUre mm »• vraisemblance que les compaignom compoièrent, sons kt yeux du prince, une pièce de vers contenant son éloge, el eeMe version s*éloignepeu de la narration du chroniqueur; sealement les vers auraient été tirés à Paris au lieu de l'être dans la capitale de la Lorraine.

Les annales de la typographie ne s'ouvrent dans notre pays qu'avec la première année du XVI* siècle. Le receveur^ général Georges des Moynes remit, dans le courant de jaîa ou de juillet 1501, « à messirc Pierre Jacobi, imprimeur df*

> mcorant à Sainct-Nicolas, la somme de xx francs, pour • avoir faict cl imprimé les ordonnances des or et monnoye » nouvellement faictes, et ce par ordonnance de Messieurs da » conseil » (1). On ne connaît plus aucun de ces plaeards, mais la bibliothèque publique de Nancy conserve un exemplaire des Hore Virginie Marie ad vtum îuHensiê eeekti^ petit volume in 4® qui sortit, en 4503, de l'atelier de Pierre Jacobi. En 1518, le même typographe mettait au joar le poëme latin dans lequel Pierre de Blarru, chanoine de Saial- Dié, chante la guerre que René 11 avait soutenue contre k puissant duc de Bourgogne (2). Antoine avait voulu, dès VêWnée 1510, c'est-à-dire presque aussitôt après son avèneiaeai» faire imprimer ce porme remarquable (5), et des OMrtik qui nous sont inconnus en avaient fait ajourner h poUîcntion. Vers l'année 1520, l'atelier de Pierre Jacobi passa entre les mains de Jérôme Jacob, qui donna, en 15S5, aa

^ volume intitulé : Le sermon de charité, avec la probatiaa des erreurs de Luther, fait et composé par ffére Illyriqae,

(t) V. Ig registre Hn receveur-général pour lïMD-ItlOl. Il est, le précédent, déposé au Trésor don chartes.

(2) Pétri de Blarrorivo Parliisiani insi^^ne Nanceidos opvs de bello ceiano. Ilac primvm exaratvra climatissinK* nvperriiiic in Ivccm |>etit in P>, de 130 feuillcU.

(5) V.lo compte du trt^oiirr -général pour raiioée 1S10-IKI1.

translaté de latio en françoîs par le polygmphe (Volcyf) hiMÉr ble conseiller, secrétaire et hystorien du noble prince d^Atnoiir régnant au parc d'honneur; et, en 1528» Le IWrti de Jésus, petit ouvrage de piété, dont la mauvaise etécuti<Hi annonce une décadence prématurée de Tart typographique dans notre patrie.

Il est inutile de mentionner d'autres pièces sans importance provenant du même atelier ; mais on doit rappeler que Pierre Jacobi avait, à trois reprises différentes, transporté ses presses dans la ville de Toul , où il publia autant d'édkions de Touvrage sur la perspective (1) rédigé par le chanoine Jean Pélegrin. Nous avons omis de dire que Pierre Jacobi était engagé dans les ordres sacrés; un autre prêtre nommé Manin Mourot avait, dès Tannée 4505, établi dans le vidage de Longeville-devant-Bar*le-Duc une imprimerie (2), dé laquelle sortit, en 4527, une édition du Viat de Salui par Ginllaume Petit. La capitale de la Lorraine ne possédait, à celte époque, aucun atelier typographique; les ducs étaient forcés de faire imprimer leurs ordonnances à Saint-Nicolas, à Longeville, à Metz, à Strasbourg, et c'est par inadvertance que l'ott a regardé comme exécutés à Nancy deux ouvrages de Symphorien Champier, médecin du duc Antoine.

Cest également par erreur qiie l'on a considéré Saint-Dié comme le berceau de la typographie lorraine. Les plus an-^ ciens produits de rimprimerie dans cette ville sont deux édî^ lions d'une introduction à la cosmographie , suivie de ta relation des quatre voyages d'Améric Yespuce (5), toutes

(1) De artificiali perspective.

(2) V. le compte du U'ésoricr-général pour 1505-1806.

(3) Cosmo^aphix introdvclio , cvm qvibusdam geomelriœ «c aitnH uomiae principiis ad caoi rem Decessariis. Insuper quatUior Americi Vcspucij nauigatioaeâ. Vniucrsalis Cosmographie descriptio tam in solîd» quam in plaoo, eis eliam inserUs qiiœ Plholomeo ignola a nuperis roperta snnt ; petit in i'\

deux de Tannëe 4507, et une grammaire en flgures, composée par Pbilesius Vosgesigena et publiée en 4509 (I). L'aatear de la nouvelle histoire de Saint-Dié a signalé comme aotérieur de plusieurs années , et même comme remontant i h fin du XV^ siècle, un petit volume contenant des extraits de Plutarque, de Sénèque et de Pétrarque, et un livrei renfermant 4® la bulle pontificale qui introduisit dans Téglise de Saint-Dié la fête de la Présentation an temple, et â^ Toliiee de celte solennité ; mais de fortes présomptions portent a croire que ces publications sont postérieures en date au premiers produits de Pierre Jacobi, et peut-être mène à rédilion des Hore Virginie Marie (â).

La création de Timprimerie de Saint-Dié était dae aa chanoine Gauthier Lud , homme pieux et savant , qui licha d'inspirer à ses confrères Tamour des lettres et de rendre aa culte divin son antique splendeur. Un des moyens qu*îl employa, pour atteindre ce but, fut de faire représenter des espèces de mystères dans Téglise même de Saint-Dié.

Le goût des Lorrains pour ces spectacles était toajoan très- vif; nous mentionnerons plus loin les représeotatioai dramatiques données à Nancy et à Bar-le-Duc, et nous poar rions en citer d^autres qui eurent lieu à Melx en 4486, 4488, 4491, 4498, 4515^ 1514 et 45!20. Un peu pins tard, l'alHblissement des croyances religieuses et Tintroduction da pio* testnniisme dans cette ville ne permettant plus de songer aai mystères, et d'un rutre côté le théâtre moderne étant daa^ l'enfance, on joua a Metz les comédies de Térence dans lev^ langue originale, de même que les Allemands remettent maîa-^

(1) Philcsii Vosgcsigeiue Grammttica figuraU : ocio putes ontioob «le.; in 4*, graT* sur bois.

(2) V. Recherches historiques et bibliogrtphiqaet fur les conaMMSiiientH de Timprimerie en lorraine , et sur ses progrès joiqa*! la fia da Wlfe Kiècle, par M. Beaupré, p. :20-9i ; Nouvelles rtchcrdm de graphie lorraine, i:>00-l9;j<), par le indmc, p. 42-28.

tenant sur la scène les tragédies de Sophocle. It en résultait nécessairement que la plus grande partie des assistants se contentait d'admirer les décorations et les costumes ; toutefois, et quoiqu'il y eût au commencement du XVI^ siècle une décadence fâcheuse dans les études, beaucoup de personnes et même bien des nobles continuaient à apprendre la langue latine. Lorsque le cordelier Jean Glapion vînt à Nancy, en 1521 , prêcher la station du carême à la cour du duc Antoine, ce fut en latin qu'il composa et prononça ses discours ;* preuve incontestable que le prince et les courtisans entendaient celte langue (1).

On Gt en Lorraine, comme ailleurs, des efforts généreux pour raviver les éludes. Dans les dernières amfiées du XV* siècle, la ville de Saint-Dié vit exécuter des travaux scienti^ /iques assez importants; le chanoine Gauthier Lud et Talsacien Matthias Ringmann , plus connu sous le nom de Philesius Vosgcsigena , y établirent une espèce de société littéraire ou d'académie , qui fut certainement la plus ancienne de notre pays (2). Dès Tannée 1475, Jean de Bade archevêque de Trêves et les magistrats de cette ville avaient fondé une université ; mais sa création fut d'un faible secours pour la Lorraine, à cause de la différence des mœurs et du langage. Les jeunes gens qui se destinaient aux professions que nous appelons libérales étaient forcés d'aller chercher des maîtres au loin, ou de puiser toute leur instruction à l'école de praticiens souvent fort ignares. L'exercice de la médecine était, par suite de cet étal de choses, tombé, en plusieurs lieux, entre les mains de charlatans non moins redoutables que les mala-^ dies dont ils voulaient arrêter les ravages, et pour remédier à

(1) V. notre notice sur Volcyr, dans les Mémoires de Tacadéarie de Stanislas pour 18<i8, p. 89 et suiv.

(2) V. Hist. de Saint-Dié, par M. Gravier, p. 202-20i, 906 et 5M)Q; V. aussi dans la traduction latine de Plolémée imprimée à Strasbourg en 1515 une lettre de Jean-Francois Pic de la Mirandole.

cet abus , Tévèquc de Toui Hugues des Hasards inséra daos les statuts synodaux qu'il publia en 1515 la disposition suivante : « Nous deflendons que doresenauant telles gens, soient » hommes ou femmes, ne soient sy hardies d'entreprendre » charge de mcdiciner ou faire acte de cirurgie en noi CM » et éueschc^ sur peinnc d*excommuniinent et d*8ultre amende

• arbitraire, jusques îk temps que ilz seront examinez M » approuuez et admis par nous ou par nostre Oflicial esire

• idoynes et suflisans pour faire leur entrepriuse > (I). Mais si les duchés de Lorraine et de Bar ne coniplaiest

alors qu'un bien petit nombre de savants dignes de ce nom, on y voyait, heureusement, quantité d'artistes en tout genre : architectes (2), peintres, sculpteurs, etc. Ce fut sons les règnes de René H et d'Antoine que l'on termina les grandi édifices religieux entrepris au moyen-âge, et les portions de ces édifices construites les dernières ne sont pas intérieures à celles qui furent élevées dans les siècles précédents. De 1478 à 1483, l'architecte Jean de Ranconval (3) travaillait à la cathédrale de Metz et dressait la flèche pyramidale qui couronne lu tour de la Mutte. Quelques années plus lanli Jacques d'Insming , grand-vicaire de Févèque Henri de Lof* raine, faisait bi\tir, à ses frais, la branche du transept dn côl^ de l'évangile; en 1498, on commençait, par les soins du pitre, l'auirc branche du transept et l'abside qui ne fi

(1) V. f" liij.'

(i) Il ne faut pas oublier de mciilionncr ici un arch'Uecte lorrain Janiin, qui alla s'éiablir à Fontainebleau, tout le régno de FraïK.-oit I*', il travailla dans cette résidence royale. Il eut des detcendanlt, qui excrecrtal la même profession, et dont les plus connus sont Gracieux Jamin, lequel a l)âti, à Fontainebleau , la cour des cuisines terminée en 1609, el FrançHt Jamin, dont la vio te prolon^^ea jusque dant la tecoude moitié da XYIh siècle. V. Bulletin du comité de la langue, de rhitloire et det aria ëe h France , t. Il, p. HH et 270.

(5) Il devait être fils de Henri do Ranconval, raaître-nwçon de k nHi et .Metz, dont nous a\ons parlé précédemment.

achevées qu*co 1l>i9; le chanoine Martin Pinguet supporta les dépenses qu^eotraÎDa rétablissement do jubé, et un artiste strasbourgeois, appelé Valentin BoQchSy peignit tes vhraoi de Tabside et d'autres encore (1). On eihaussait, comme nous Favons dit^ le portail et les tours de la cathédrale de Tool sur les plans de Jacquemin Rogier de Commercer; toaie^ fois , les ressources du chapitre étaient si faibles qoe oe bel ouvrage risquait de demeurer incomplet , lorsque René U fit présent aux chanoines d*une somme considérable > qui permit d'activer les travaux. Grâce à la générosité de ce prioœ^ de Louis XI, du clergé lorrain et de quelques particoliers, on réussit, en 1496, à poser le couronnement des deux tours. Au commencement du XVl' siècle, Tévéque Hector d*Ailly construisit prés de la cathédrale une chapelle destinée à b sépulture des prélats; mais cette chapelle, qui est dans le style de la Renaissance, contraste avec l'édifice aoqoel eUe se trouve maladroitement accolée (2).

Quoique la piété ne Oit plus aussi vive qu'au moyen-Age, on ne se bornait pas à terminer les édifices entrepris depuis longtemps, et on vit élever plusieurs églises nouvelles. C'est ainsi qu'en 1516, Claude Baudoche, patricien de Metz, jetait les fondements de l'église Sainte-Rarbe^ qui était le but d'un pèlerinage très-fréquenté (5) ; Févèque de Toul Hugues des Hazards bâtissait l'église de Rlénod, sa patrie (4); on achevait celle de Yézelise , remarquable par sa belle flèche en charpente et par ses magnifiques vitraux , maintenant mutilés et réunis , un peu au hasard, dans les baies de Tabside et du transept; et les bénédictins de Varangéville f«i^

(1) V: Les chroniq. de MeU, p. 428 et suiv. ; Notice sur la cathédrale de MetZf par M. le comte du Coêllosquet, p. iO-13.

(2) V. Notice historique et descriptive sur la cathédrale de Tool , par M. l'abbé Ballhasar, p. 14 et 15.

(3) V. Meuriise, Ilist. des évesques de Mets, p. 601. (i) V. Calmct, Bibl. lorr., col. 516.

saienl construire Tcglisc de ce prieuré, que Too peut proposer encore aujourd'hui comme un modèle à suivre pour les églises rurales. Mais aucun de ces édifices ne peut soutenir la comparaison avec la basilique de Sainl-Nicoias-de-Port. Le concours croissant des pèlerins et Taugmentation extraordinaire de la population de la ville firent sentir Tinsuffisancede Téglise daM laquelle était déposée la relique de Tévèque de Myre, ei Forgence d'élever un édifice plus vaste et plus en harmonie atech célébrité du pèlerinage. Vers la fin du XV* siècle, Simoa Moycet , prêtre séculier qui était chargé des fonctions de earé à Saint-Nicolas (1), conçut le dessein de rebâtir Tëglise sur un plan gigantesque. Son œuvre commencée, en i48t (â), avec des ressources bornées, fut encouragée par le souverain et par tous les habitants de la Lorraine. René II voulut poser la première pierre de la nouvelle église , et , pour faciliter le transport des matériaux que l'on tirait des carrières de Viteme, il fit empierrer sur une longueur de trois ou quatre lieues la roule qui y conduit. On quêta partout; l'Allemagne, la Bourgogne, la Franche-Comté , les cantons suisses envoyèrent des soames énormes , et la ville de Metz fournit les dalles néeeisaires pour le pavé.

Simon Moycet n'eut pas le bonheur de mettre la demièff* main a l'édifice dont il est cependant le véritable créateur; ^ mourut en 1520 et fut enterré au pied de l'autel de saint N^^^ colas. L'église ne fut complètement terminée qu'en lî»44 (3^ ^

(1) Il était admodialeur de la cure, qui appartenait aux béoédidioi prieuré.

(2) Selon la chronique de Lorraine (dans Calniet, llnt., t. III , prc«nr.« col. civ), et en lii)*» iculement d'après Icpitaphe de Simon Moyoel, oai est gravée sur un des piliers de l'église. Nous préféroua le lénMtignage dt li chronique , parce que Ton voit dans la basilique des vitraux datés de 1801 et des années suivantes, et qu'il était bien difficile qa*une église mam vtfta fût en état d*étre garnie de vitraux (reizi* ans après sa fondatiod.

(3) Nous parions de la bâtisse, car le couronnement dca lourt m iM placé i]ue postérieurement, et on faisait eucore des quétea flo 1549 , immî

maison Joil Taire observer que i'ubside eL les oek furent oclicvées longtemps ouparavani. Ce qui le prouve c'est qu'on voit dans l'église des vitraux datés de 1508 et dea anotessuivantes; d'où il Taut conclure que dés l'an 1 530 la coaslrnc- ^ lion de l'édifice était déjà fort avancée. . Le plan esii^à peu prés celui de la basilique latine : une ' nef principale^, accompagnée de deux nek latérales, et Irob absides. Le plan par terre ne permet pas de supposer l'existence d'un transept; néanmoins le transept existe , mais il n'est indiqué que par l'élévation des voûtes ; en ce sens que les nefs latérales s'inlerrompent brusquement, et que la voûte ■ atteint la même hauteur que la nef centrale. L'église n'est pas parfaitement orientée suivant les traditions de l'art catholique, et présente vers le milieu de sa longueur totale un coude tellement prononcé, que l'on ne peut guère admettre que l'architecte ait voulu se conformer A une régie assez souvent observée pendont le moyen-Age. La longueur de l'édjfice est de quatre-vingt-seize méires , et sa largeur de trente-six dans toute l'étendue de l'église, puisque le transept n'est marqué que par l'élévation de la voiîte dans deux travées senlement. La hauteur sous clé est de trente-deux métrés. La basilique de Saint-Nicolas, qui a été construite dans l'espace de soixanle-lrois ans (de 1461 h 1544), est homogène et appartient en entier au style ogival flamboyant. Il est caractérisé ici, comme ailleurs, par la forme des nervures, qui sont en général prismatiques et trés-anguleuses; par l'absence des chapiteaux ; par l'enlacement et la multiplicité des nervures »llonnant les voiitcs, et des meneaux divisant les fenêtres. Toutefois, il faut faire remarquer que les défauts du style flamboyant sont moins choquants A Saint-Nicolas que dans la plupart des églises de la même époque. Le style ogi-

que cela rfeultc d'un diplâroc de l'empereur Charlca Veoniervd danile» >rclii\-es du département de i» MeurllM, fonds de la P ' " '

val tertiaire a conservé ici une sobriété d'ornemenls et urne sagesse que Ton rencontre dans un bien petit nombre d*édifices religieux. Le vaisseau a neuf travées, y compris les deux travées du transept. Dons ces dernières, les piliers supportant la retombée des nervures de la voûte sont d*aM .^ hauteur prodigieuse, qui les fait paraître extrémemenl grèki» Ils sont nus et entièrement cylindriques jusqu'aux deK tiers de leur élévation; mais la partie supérieure de csU du nord est ornée de filets droits , simulant des cannelures ; tandis que celui du sud présente des filets en spirale, qui donnent à cette portion du pilier Fapparence d*une coloDiie torse. Chacune des extrémités du transept est éclairée par deux fenêtres immense^, dans lesquelles le style ogival tertiaire a déployé sa richesse d'ornementation. Elles eoeadrent des rosaces à meneaux variés et du plus bel effet. L*abside principale , de forme eptagone , est percée de cinq fenêtres ou lancettes , qui ont toute la hauteur de l'édifice. Elles sont divisées en deux compartiments par un meneau, qui les rend encore plus sveltes et plus Icgmi. Le portail , quoique d*un goût moins pur et moins eorrcd que les constructions du même genre achevées dans ki siècles précédents , ne laisse pas d'être remarquable ; il eH accosté de deux tours placées sur la première travée des ncfll latérales. La tour méridionale a quatre-vingt-cinq mètres d^ hauteur ; celle du nord est un peu moins élevée , el ItMf^ structure difl*ère à partir du point où elles se dégagent ém massif du portail. Elles sont percées dans leur partie sapérieure de plusieurs baies ogivales de grande dimensioo, séparées par des bandeaux couverts de sculptures, et couroanées d'archivoltes variées. Une corniche assez saillante termÎM les tours , et de nombreux contreforts , ornés de pinacles d de clochetons, les entourent de toutes parts. Derrière la petite abside septentrionale se trouve un bâtiment carré, qui serrait autrefois de baptistère, et dans lequel on voit un aotel décoré

d'un ré(ul)le et de slHlucltes placées daiis (les niches tTune délicatesse surprenante. Au dessus, régne une galerie à jour, surmonlée de trois clodietons également décou^tés à jour el d'un travail exquis. On exposait anciennement dans le cloidKlon central, qui, à vrai dire, est plutôt un tabernacle, le liras renrermant la relique de saint Nicolas. Ce bras, présent de Renë I"' et d'Isabelle sa femme, mérilerail lui-même une deseHplion détaillée; il était en or cl reposait sur une base de vermeil aux armes du donateur , ei la manche ëiait eooverte de camées antiques (1) , de perles el de saphirs (3). La plupart des fenêtres de l'église étaient garnies de vitraux peints; lous ceuK qui subsistent encore sont de la première moilié du XVl* siècle ; ils ont par conséquent les dérauls et les qualités des compositions de celle époqni; ; ]ilus corrects SOHS \e rapport du dessin que les ceuvres des siéclea préeédenls, ils ont moins d'éclat et moins d'harmonie. On dialingue les armoiries des villes, princes, nobles et marebaDdi qui ont donné quelqtieg-unes des verrières, hotammeni l'écuason de Bâie qui figure trois fois sur une des fenàlrea du bascôté septenirional.

On nous adressera, sans donie, le reproche d'avoir parlé trop longuement de l'église de Saint-Nicolas ; mais cette basilique mériiail l'exception dont elle vient d'itre l'objet, parce qu'elle élaii réellement le sanctuaire national de la Lorraine, et ^rce qu'elle peut èlre considérée comme le véritable type des édifices religieux construits dans notre pays sur la fin di| XV* siècle , et pendant la première moitié du XVI*. Nous nous dispenserons par conséquent de rappeler quels fureqt

(I) Le pim benu de ces esniées est lujourd'bui djposé à la bibliothiqne publique de Nancy, il re|tré«enle l'apolhicw d'Adrien al il • été grtvd dans rlconagrnpliie de Visconli.

(2] On peut voir, à ce sujet, un ancien iDreDtftirc du Iréaor d« Sanl-

Nïcotu, inveaUira par nojt publié dtas Im V

SUnidai pour 18W, p. I cl mv.

chez Dous les caractères principaux du style ogival tertiaire, et nous ajouterons seulement que Ton remarque i Sain- Nicolas, comme dans la plupart des églises lorraines, PabscMe du iriforium et du deamhulaiorium^ absence qui coostitae n des caractères propres de notre style architectural.

On voit sur les vitraux de Saint-Nicolas des cai contenant les monogrammes des artistes qui ont cxi verrières ; mais leurs marques sont indéchiffrables ; pensons toutefois pouvoir attribuer une partie de ces ouvrages à des artistes lorrains , car les registres des tables mentionnent plusieurs peintres-verriers qui habilaicil alors notre patrie ; tels sont Simonin de Bar ; Jean de Saial- Nicolas ; Thouvenin de Nancy, et son fils ; François ; GeorfS Millereau, et Nicolas Grasset, qui paraissent avoir résidé dais la même ville ; Jean Paget , et Jean Christophe , lesquels vécurent sous les règnes de René II et d*Antoiiie (t) ; Pierre de Francheville, dont râtelier se trouvait dans le faubourg Saial- Dizier , et qui travailla pour la collégiale Saint-Georgei el réglisc des cordeliers de Nancy (2} ; Petit Jehan de Seusat peintre-verrier de Toul , que ces religieux employéreot (19» Jean, chanoine-régulier de Tabbaye de Lunéville et caiéée Mont ; un nommé Martin , et Panthaléon d*Ochier (Ochey)i qui exécutèrent ou réparèrent certaines verrières de la aC» église (4).

Les peintres proprement dits sont bien plus iioakfVi> que les verriers ; malheureusement les mentions qai 1^ concernent dans les anciens comptes sont tellement abr^M qu'il est ordinairement fort difficile de connaître la nsli^ des ouvrages indiqués dans ces comptes , et même parfob ^

(1) V. Qoelquei notes sur des peintres lorrtins des XV«, XVHstXW siècles, par M. Henri Lepage, p. 80-89. (S) V. le registre du U'èsorier-génénl poor Tannée 1543-1544^ (3) V. le compte du cellérier de Nancy poor rannéo l8li-IHi. (i) V. le compte du eellérifr pour Taonée l8f9-lB7a -

— tr,i — savoir s'il csl queslion d'arlisles ou de décoraleurs ; de même (|ue dans les passages relalirs aux verriers on ne petil pas toujours distinguer les peintres des simples vitriers. Les registres donl il s'flgil rappellent Bertrand Maillet, qui étail mon avant l'auncc 1&81 ; Pierre (îarnier, qualifié de peinlro de René 1[ ; Bernard de Lunëville ; les enlumineurs (ieorges et François Bourcier ; Barlhélemy, qui lit, en 1505, un portrait du pape sniul Grégotre-Ie-Grand pour l'oraioire du prince; Pierrequin Fauterol, qui coloria le tombeau de René dans l'église des CordcJicrs, muis qu'il faut plorer dans une classe plus élevée que celle des décorateurs; et Hugues de ta Fayc, qui dés l'année 1511 est désigné comme peintre dn duc Antoine, et que l'on regarde comme le cher de l'école Tormée sous le règne de ce prince. En i^H, Hugues recevait un gage de deux cents Trancs barrois et dirigeait les travaux que le duc Taisait exécuter dans la palais et dans la collégiale Saint-Georges, il fournissait aussi des cartons aux verriers que nous avons mentionnés plus haut, il mourut en 1!il)9, uu moment où il peignait dans le réfectoire des cordeliers de Nancy une cène, imitée du Tameiix tableau de Léonard de Vinci, et qui lui avait été commandée par Antoine. Le doc, ne voulant pas que cet ouvrage demeurât imparbit, confia le soin de le terminer à Médard Chuppia, qui avait hérité du titre de Hugues de la Paye. Cet artiste, doné d'un talent mnarquable-, était jeune encore en 1S39, et le duc François 1" , qui monta sur le trône quelque temps après t donna cent francs barrois à Médard et pareiHe somme à un antre peintre appelé Claudin Crock, afin de les mettre i même de se rendre en Italie pour se perfectionner (1) ; il parait qu'ils y restèrent cinq ans , et noua ne les relrouvong en Lorraine qu'en ISSO. Claudin Crock appartenait A une famille d'artistes qui travailla pour nos ducs pendant plus de

(I) V. le regwtre du trtMrm'gteJnl pour Vàoaéê UU-lUi.

deux siècles. Jean Crock , le plus ancien que Ton conmbic, était < tailleur et maistre de pourtrailures et yroaifet •• Il habitait la ville de Bar et obtint de René II, en 1488, in lettres-patentes qui Texemptaient de toutes tailles, aides d subsides (1). Il sculpta, en 1505, les statues de saint llauries et de saint Georges pour la collégiale dédiée sous le ToraMr de ce dernier saint, et. Tannée suivante, le tombcas de Charles-lc-Téméraire pour la même église.

Claude et Martin Crock, ses enfants, se Grenl un noBfnr des talents divers ; Claude ou Claudin, dont nous venons de parler, cultiva la peinture et fut chargé de nombreuses eoamandes par Antoine ; Martin fut sculpteur, comme son père, et employé aux ouvrages du palais ducal, jusqui sa mort arrivée vers 1542. On doit encore enregistrer ici les noms de Gabriel Salmon de Lunéville et de Georges Gressel, qui M attaché à la maison du prince. Le premier peignît ponr Philippe de GucIdrcS; et le second pour le duc Antoine, qui tai fit exécuter, entr^'autres tableaux, un fcruciflemcnt pour Téglke des clarisses de Pont-à-Mousson (2).

Les productions de ces artistes ont péri presque toaleir d il ne reste guère aujourd'hui que la cène du réfectoire dei Cordeliers, laquelle a subi des restaurations qui lui ôteal lie grande partie de sa valeur, et une peinture murale qac Ffi admire dans Téglise Saint-Epvre de Nancy, mais doit M ignore Tauleur. Elle représente diflerents miracles attriboéià Tintercession de la Sainte Vierge, et rapportés dans le liv>* de Jacques de Yoragine. Elle couvre une des muroilkt'' Fanciennc chapelle de Tlmmaculéo Conception appartcfli*' à la corporation des marchands , et ce fut à leurs frais ^ cette peinture fut faite, ainsi que d'autres qui oraoifl^ les murailles voisines et qui ont été détruites ou défigwtc^

(1) V. le iTgi9U*c des LeUrcs-PatcDtcs pour les années 14M-148B.

(2) V. M. ilenri Lepage, ibid., p. 0-31.

Bien que les peinlrus doni uuus veDous du rapjiolcr k» œuvres fussent des lioraines de iiiériie , aucun ac réussit à acquérir une rdpulalion durable. Le seul artiste du celle époque doDl le nom ait consurvé une véritable pûpuhrilé est le sculpteur Ligicr Richier , qui Qorissail pendant la première D)aiiii5 du XVI' siècle. Il était né à Dagouvillc, près de Saiot-Miliiel, vers la fin du siècle prccédenl, et c'est presque tout ce que l'on connaît de sa biugraptiie, mais quelques-uns de ses ouvrages lui ont heureusement survécu. Le plus remarquable est le sépulcre que l'on voit dans l'église paroissiale de Saint-MihîeJ et que l'on regarde comme un chef-d'œuvre. Hicliior sculpta DU modela pour l'église abbatiale de la même ville un crucifix, une Notre-Dame-de-Pilié, une autre image de la Sainte Vierge portant l'enfant Jésus, un saint Michel, des médailloDS et un jubé, qui ne subsista pas longtemps. La paroisse Notre-Dame de Bar-le-Duc, la collégiale Saint-Maxe, l'église d'Hattonchdtel et qudques antres possédaient aussi des productions de cet artiste célèbre; il travailla également pour le duc Antoine et pour des simples particuliers, qui lui Orent tailler dans leurs maisons des cheminées en pierre d'un goût et d'une délicatesse admirables (i), Richier cul un émule, souvent heureux, dans Mansuy Gauvain, qui sculptait à la fois le bois et la pierre, et qui est même qualilîc de menuisier dans le compte du receveur-général pour l'année 1S09-1S06. Son premier ouvrage Tut la statue de Notre-Dame de Bonsecours , qui orne encore le sanciuairc de l'église de ce nom (2). En 1511, .Antoine lui commanda sa représenlalion pour en décorer l'entrée du palais ducal ; en lbS7, Gauvain exécuta la magaifique fontaine qui se trouvait dans le jardin du même palais; en 1S39, il embellit l'appartement de la duchesse; en 1554 et eD 194S, il fut occupé dans la collégiale Saint-Georges, dans le -palais,

(I) V. Calmel, Bibl. iorr., col. SaS-èX; Holioe, t. ],.col. 78 pt 79. (3) V, k- compte do reccveur'gtaénl pour l'annte III0ti-(B06. . „

et dans Téglise des clarisses de Pont-é-Mousson ; el à celle dernière date, il se faisait aider par son fils, qui parcoaral h même carrière que Mansuy, mais avec moins de succès ei ëe réputation (1).

Les ducs René II et Antoine, qui encouragèrent tous «i artistes» peintres et sculpteurs, ne furent pas moins gènirmi pour les gens de lettres. Ce fut le second de ces princes ^à flt publier le Liber Naneeidos de Pierre de Blarru, dont Tmpression fut dirigée par Jean Basin de Sandaucouri, chawiiM de Saint-Dié. Pierre de Blarru, sur la vie duquel on ne possède que peu de renseignements, était chanoine de la même colégiale, et, malgré l'obscurité qui enveloppe ses aciions, na nom jouira toujours d'un éclat mérité. Cbevricr, ordînamment si prompt à rabaisser la gloire de ses coropatrkHeSp D*api s'empêcher de s'exprimer comme nous : c Quelque faible ^

> soit le poèime dé la Nancéide, j'ose dire, écrit-il, qu'il pasaen » à l'immortalité; deux cent cinquante années semblent garanlir » ce témoignage ; mais Blaru devra cet honneur bien moiaii » son génie, qu'aux noms des héros fameux qu'il a chaaléi,

> et qu'à l'événement mémorable qui forme le sujet de M » poëme (2). > A côté de la Nancéide, qui célèbre la vidais de René II sur les Bourguignons, vient naturellemencal* placer la Rusticiadc, consacrée au récit de la guerre bearo* du duc Antoine contre les paysans de l'Alsace. Ce livre ^ pour auteur un autre chanoine de Saint-Dié, Laurent Pillée* plus connu sous le nom latinisé de Pilladius. Quoique le V^ chanoine n'en fût pas à son coup d'essai (il avait précédemid^^ composé diverses pièces latines qui n'ont pas vu le jour) ^

(i) V. BlaiMuy Gau\-aia (biographie irlistiqae) , par M. Heori liai» le Bulletin de la aocîété d'arehëologie lorraine, t. Il, p. 6f-

(2) V. ibid., t. VIII, p. 38. En 1727, Dom CalAet coMeUlait k nicur CuMon de donner une nouvelle édition de la Naneéide. Ce êtc r^impHmé en 1840» avec une traduction françaiic par 11. deux volumes in K*.

fit corriger son œuvre par un de ses amis, qu'il appelle Çbrôl^ mann, et par un de ses confrères, Jeaa Hecquel oaHferealanus dont nous avons déjà parlé. Les six livres de la Bnstieiade, revus et amendés de la sorte, furent publiés à Metz, e* 1948, par Jean Palier; car il n'existait plus en Lorraine aucun atelier typographique; et comme cette édition élait devenue d'une extrême rareté, Dom Calmet a fait réimprimer le poëme à la fin de sa Bibliothèque lorcaine, dans laquelle il porte sur l'écrit de Pillart un jugement presque semblable à celui que Chevrier prononçait, quelques années plus tord, k l'égard de Pierre de Blarru (I).

Ce dernier et Laurent Pillart n'étaii^nl pas les seuls poètes que le chapitre de Sainl-Dié comptât parmi ses membres ; on y Toyait encore les chanoines Hugues Curbanus cl Jean Basin, dont les noms ont échappé à l'oubli, mais dont les ouvrages n'ont pas eu la même destinée (3).

A côté de CCS littérateurs on doit placer Pierre Gringore , dont la réputation franchit les limites de la Lorraine, oti même, pour parler plus exactement, se forma loin de oolre pays. On igtiore le lieu et l'époque de la naissance du poile; on sait seulement qu'il ?il le jour vers l'année 1460, et il insinue, dans un de ses écrits, qu'il était fils nalurel du comte de Vaudémont, Ferry IL

■ Grand suis fortuit par naissance ;

■ Car Vaudémont..:.. Mnse, de réticence

• Vous faut user. Et siy a basterd,

• Pour moy est-il gloire ou hazardT ■

Il alla de bonne heure s'établir à Paris , et se fit connaître dès l'année 1490, selon quelques biographes, par la pinblication d'un livret intitulé : Les dita et autoritez des sages philosophes. £n 1499, il donne Le chastean de labour,

{)) V. col. 748el749.

(3) V. Calmet, Bîbl. torr., col. 84 et SU,

poëme allégorique sur les tribulations de ta vie , et priMipalement sur les malheurs des geos mariés. Bientôt après, il fait imprimer Le chasteau d*nmour et les Lettres nonrelles de Milan, Avec les rcgretz du seigneur Ludovic. En mèmt temps, nous le voyons diriger un théâtre qu'il alimente de ses productions, et sur lequel il ne refuse pas de paraître lai* même quelquefois, comme Tavaient fait et comme devaieni le faire plus tard d*autres poètes dramatiques. Dans les comptes de l'hôtel-de- ville de Paris, Gringore est qualifié « coaiposî- » tcur, hystorien et facteur de mystères », et les menlioM qui le concernent vont de Tannée 1S02 à 1517. Pendant eeUe période de sa vie, il publia successivement Les abusda monde (1504); Les folles entreprises, qui traictent de pi«sieurs choses morales (1505); L*entreprise de Venise (1509?); L*espoir de paix ; La coqueluche, et La chasse du cerf des cerfz (1510) , diatribe des plus violentes contre le pape Jules II, auquel le roi de France faisait alors la guerre. Ea 1511 et les années suivantes, il fit jouer le Jeu du prince def sotz et mère sotte ; la moralité de L*homme obstiné, nonfdk satire contre le souverain-pontife, et une farce intilalée : Faire vaut mieux que dire. En 1519, il revint en Lorraiaei et le duc Antoine, qui, selon Chevrier, se plaisait à la \ttutt des vers de Gringore (i), lui conféra la charge d'huisiic' d*armes, avec un gage de soixante-douze francs barrois. P^ après, il fut nommé héraut d*armes, avec le titre de Vand^ mont, et devint Tordonnateur des fêtes de la cour. Bien qi^ n*cùt jamais manié Tépée, il montra du courage dans guerre conlre les Rustauds, et il faillit périr devant Savei Le danger qu*il avait couru dans cette circonstance augmeut^^ sans nul doute, son éloigncment pour les Luthériens et doctrines, contre lesquels il venait de publier un factuoa qi*il iniilula Le blazon des Hëréticques, et qui renferme ane riNh

M) V. ibid., p. 89.

talion des hérésies nées pendant hs preraitra siéclea du ehristianisme. Ce fut durant son séjour à Naoey qu'il 4»mposa les Menus propos, Le testament de Lucifer et une tradttetion «n ▼ers des Heures de Nostre-Dame, travail dont l'avait chargé la duchesse Renée de Bourbon. Comblé des faveiiri do princei^ le poète ne quitta plus la Lorraine que pour faire eertaina voyages dont le but précis n'est pas connu, mais qui» selon toutes les apparences, se rattachaient aux r^iports diplomatiques d'Antoine avec ses voisins, ei, malgré sa qualité de héraut d'armes, il continuait a diriger les représentatiouB dra* matiques de la cour. Il mourut au commencement de l'année 1539^ après avoir mis la dernière main à quelques ouvrages de genres bien différents, parmi lesquels nous citerons seulement Les visions de mère sotte et une paraphrfise des psaumes de David (1).

Il ne parait pas que depuis son retour en Lorraine Grin-* gore ait rempli le rôle d'acteur dans les représentations doni nous avons parlé; il se bornait à fournir aux comédiens les pièces qu'ils devaient étudier et à surveiller la mise eif scène. Les principales villes lorraines, qui semblent avoir joui rarement de pareils spectacles pendant les règnes des princes angevins, furent dédommagées par René II et par son fils. En 1474, c le jour de karesme prenant », René fit jouer devant lui une moralité, dont nous ne connaissons pas le sujet (2) ; trois ans plus tard, on représenta c le jeu et feste du glorieux sainct Nicolas », devant le duc qui se troo<^ vait alors dans la ville de ce nom^ et il semble que ce mystère fut composé par Jacquemin Berthremin, tabellion à Nancy (5); Tannée suivante (1478), René fut divertj par une faree due à des artistes nomades que les lettres-patentes (4) appellent

(1) V. Pierre Gringore, par M. Henri Lepag«.

(2) V. le registre des Lettres- Patentes pour les années fi73à 1478.

(3) V. le registre du receveur-général pour Tannée 1477.

(4) V. le registre cité plus haut.

poêmç allégorique sur les tribulations de la vie , et principalement sur les malheurs des gens mariés. Bientôt après, il fait imprimer Le chasteau d*amoar et les Lettres noaTelles de Milan, Avec les regretz du seigneur Ludovic. En même temps, nous le voyons diriger un théâtre qu'il alimente de ses productions, et sur lequel il ne refuse pas de paraître luimême quelquefois, comme Pavaient fait et comme devaienl le faire plus tard d*autres poètes dramatiques. Dans les comptes de l*hô(el-de-ville de Paris, Gringore est qualifié « composi- • teur, hystorien et facteur de mystères », et les inentioM qui le concernent vont de Tannée i502 à 4517. Pendant cette période de sa vie, il publia successivement Les abaidu monde (iS04); Les folles entreprises, qui traictent de pl«sieurs choses morales (1 ÎM)5) ; L'entreprise de Venise (1 509?) ; L*espoir de paix ; La coqueluche, et La chasse du cerf des cerfz (1510) , diatribe des plus violentes contre le pape Jules II, auquel le roi de France faisait alors la guerre* En 1511 et les années suivantes, il fit jouer le Jeu du prince des solz et mère sotte ; la moralité de L*homme obstiné, nouvdb satire contre le souverain-pontife, et une farce intitulée: Faire vaut mieux que dire. En 1519, il revint en Lorraioei et le duc Antoine, qui, selon Chevrier, se plaisait à la lectuie des vers de Gringore (1), lui conféra la charge d'huissier d*armes, avec un gage de soixante-douze francs barrois. Pm après, il fut nommé héraut d*armes, avec le titre de Vaodé» mont, et devint Tordonnateur des fêtes de la cour. Bien qui n*eût jamais manié Tépée, il montra du courage dans b guerre contre les Rustauds, et il faillit périr devant Saverae* Le danger qu'il avait couru dans cette circonstance augmenta, sans nul doute, son éloignement pour les Luthériens et leurs doctrines, contre lesquels il venait de publier un bctum qu'il intitula Le blazon des Héréticques, et qni renferme une réAn

(1) V. ibid., p. 89.

lalion des bërésics nées pendant les premiers siècles du chrJi- Ijanisnte. Ce fut durant son ^séjour à Nancy qu'il composa les Menus propos. Le testament du Lucirer cl une traduction en vers des Heures de Nostre-Uatnc, travail dont l'avait chargé la duchesse Renée de Bourbon. Combliî des favcars du prince, le poète ne quitta plus la Lorraine que pour faire certains voyages dont le but précis n'est pas connu, mais (|ui, selon toutes les apparences, se rattachaient aux rapports diplomnliques d'Antoine avec ses voisins, et, malgré sa qualité de héraut d'armes, il continuait à diriger les représentations dramatiquss de la cour. Il mourut su commencement de l'année 1539, après avoir mis la dernière main à quelques ouvrages de genres bien dilféreots , parmi lesquels nous citerons seulement Les visions de mère solte et une poraphrase des psaumes de David (l).

Il ne parait pas que depuis son retour en Lorraine Gringore ail rempli le rôle d'acteur dans les représentations dont nous avons parlé; il se bornait à fournir aux comédiens les pièces qu'ils devaient étudier et à surveiller la mise ca scène. Les principales villes lorraines, qui semblent avoir joui rarement de pareils spectacles pendant les règne» des princes angevins, furent dédommagées par René II et par 900 Itls. £n 147i, ■ le jour de karcsme prenant >, René lit jouer devant lui une moralité, dont nous ne connaissons ptts le sujet (3); trois ans plus lard, on représenta île jeu et Teste du glorieux sainel Nicolas *, devant le duc qui se trouvait alors dans la ville de ce nom, et il semble que ce roysièrc fat composé par Jacquemin Bcrthremin, tabellion à Nancy (3) ; Cannée suivante (t4îd), Hené fut diverti par une farce due h des artiste» nomades que les lettres- pal en les (i) appellent

(1) V. Pierre Griiigoro, p*r M. Henri Lopngf.

(9) V. te registre dra Lellrci-Pmentes pour Ici innéu tinil Ii7it.

(5) V. le rtgùlrc du receveur-génér»! |>oup l'iiniép 1*77.

(t) V. le regitUv dté jAm baat.

< les gallans sans sossy • (souci). Ed 1485, on piystéiie Ait exécuté à Bar-le-Duç; un autre le fut à Saint^Nicolas-de- Port, le 9 mai 1487 (i). La même année, on donna aox babê tants de Nancy un spectacle, qui, sans doute, les intéressa Tivement. René, qui avait acheté des lions, lesmit aux prises avec un sanglier et un taureau dans une arène disposée A cet effet (2).

Les comptes du cellérier de Nancy pour les années 1495, 4496 et 4497 mentionnent, mais avec brièfeté, des représentations de mystères qui eurent lien en ce temps. Le registre du receveur-général pour 4505-4506 rappelle « h > vie de saincte Barbe », qui fut jouée à Nancy, en présence de René II ; et le < registre des renies et revenus apptrtenaiis » à réglise collégiale de Saint-Georges » parle du mystère et la résurrection que Ton mit sur la scène à Nancy, pendant ks fêtes de Pâques de Tannée 4542 (3). Trois années après, ea 45i5, nous voyons établie en Lorraine une troupe dirigée par

< maistre Jehan , dict Songe-Creux » ; et ce comédien el « ses complices » suivent la cour dans les différentes villes où elle réside, et donnent successivement des représentations à Neufchâteau, à Lunéville, à Bar-lc-Duc et A Nancy. Ce ne sont plus seulement des mystères que Ton joue poir récréer le duc et ses courtisans, mais des moralités, telles qne la pièce intitulée Mundus^ Caroj Dœmonia^ et « des farces » vieilles et nouvelles, reboblinées et joyeuses à merveille >• Parmi les mystères qui avaient échappé à Tespèee de priH scription prononcée contre la plupart de ces eompositioni, en peut citer c le jeu de sainct Job », « la vie de saincte Barbe >,

< la vendition de Joseph », « Fimmolation d*isaac, fils d*A-

(1) V. le rcgbtre du reeeveur-gëndral pour 4i86-l487.

(2) V. le néme registre.

(5) Ce registre est déposé aux archives du déporlement de b fonds de Saint-Georges et de la Primatialc.

— 13» — braham ■ (I), et > les irois journéez du jeu el mysièrc de Monsieur saincl Eiienne, pape el mnrlyr, palron de IVglise parociiiale de Snincl-Milijcl ». Celle dernière pièce avoil poar anleur Nicolas Loiivanl (it], prieur diiustral de l'abbaye de Sainl-Mihiel, ëcrlva in de quelque mérite, qui lîL les pèlerinages de Jérusalem e( de Rome, el raconta le premier de ces voyages dans un livre plein d'iulërèl, mais dont le manuscrit est malbcurcuseincnt mutilé.

Le duc Anioine, qui avait attaché à son service le poule (jringore, en lui donnant un titre et des apporniemenis convenables, usa du même moyen pour retenir prés de lui un écrivain dont le nom s'est déjà plus d'une fois présenté sous notre plume. Nicolas Wolquier, plus connu sous la dénomination de Nicol^ Volcyr, était né à Sérouville, près de Briey, vers l'année 14B0. Après avoir commencé ses études dans son pays, il se rendit â Cologne, où il prit le grade de docteur en théologie, puis à Paris, où il devint mal trc-és- aria,

• régent et lecteur public en l'université *. Le duc, ayant entendu parler de la réputation de Volcyr, le choisit pour secrétaire, le 1*' janvier 151ô, et lui conféra, peu de temps après, les Tonctious d'historiographe. Ce prince, qui aimait les lettres, goûtait la facililé et l'esprit de son nouveau secrétaire. Comme il était d'ailleurs ■ deumcnt informé des sens, > prudommie, discrétion, bonne diligence et autres louables

• vertus eslans en la personne de Maistre Nicole Volcyr (5) ■, il l'admit aux réunions littéraires qu'il avait coutume de tenir dans un appartement retiré ; et l'historiographe , à qui la fa-

(I) V. Eludes sur te IbéAlrc en Lorraîae, pir U. Iknri Lepagc, il«M Ira .Uémairea de t'acad^mie de Stanislas pour 16iS, p, 2(U cl uiiv.

(3) Le minuurit, probableraenl autographe, de ce myslèra apparleilllt à M. de tlaliJBl , qai l'a c^dé ï aoe parioiine iiicannue. On trouve uo£ analyse de l'ouvrage de Nicolas Lauvnnt daiii le Précis dca Irarnux de l'acsdëuiie de Slanislos pour les aimées I8S9 ï 1852, p. 338-247.

(3) V. U'a letlres de noblesse accordée» à Volcyr, Jani le récure de* LdlnB-Potentei pour lea mate» tBIO k ItiK.

miliarité du bon duc permettait certaines libertés de langage^ appelle cet appartement « nostre chambre secrette, propice à • littérature, tant en latin comme en françois' » (i). Les premiers ouvrages de Volcyr ont peu d'importance, et nous ne les citerons pas même. Nous ne dirons rien non plus de sa rédaction des discours que le cordelier Jean Glapion prononça devant le duc et In cour de Lorraine , pendant le cafèmé de Tannée 1521. Celte rédaction forme un volume In folio, qui est intitulé La cité du cueur divin , et dont Volcyr fit hommage au prince (2). Une fois lancé dans la carrière, Thistoriographe ne s'arrêta plus. Il donna, en 1525, un Tolome, qui est devenu extrêmement rare et qui porte le titre suivant : Le petit recueil du Poligraphe , Instructif : et moral : fafct en latin et françoys : sur les élémentz des lettres : commandemens de la loy : oraison dominicale : et sermon des cendres; Pour deux icunes princes de renom : lequel à cause des translalz d'ung langnige en Taultre : pourra estre vtille et profitable à tous ieunes enfans d'honneur. A ce volume succédèrent rapidement la relation du Batesme nouueau de Nicolas Monsieur, fils de Anthoine, duc de Calabre, de Lorraine et de Bar ; le Traicté nouueau de la désécration et exécution actuelle de Jehan Castellan hérétique ; Le Sermon de Charité, auec les probations des erreurs de Luther, fait et composé par frère Illyrique, translaté de latin en françois par te poligraphe ; puis Lhistoire et Recueil de la triumphanle el glorieuse victoire obtenue contre les séduyctz et abusez Luteriens mescréans du pays Daulsays, ouvrage auquel nous avons fait de si nombreux emprunts dans un des chapitres précédents. Volcyr publia encore, en 1531, la Chronicque abrégée Par petits vers huytains des Empereurs , Roys , et ducs Daustrasie :

(t) V. Lhistoire et reeoeil de la triumphante et glorieuw ndoire aie, 6^ feuillet limiiiBire r®.

(2) Ce précieux volume, qui n conservé m reliure primilîve, le tTMVC maintenant à la bibliothèque publif|ue de Nancy, etbinet dea BMk, a* M.

Aucc(|ues le Quinlernier, et sinplarilez du Parc d'iionncur ; en ll>32, un Irailc île ilévoliOQ, cilé par quelques auteurs, mais dont on ne possède plus un seul exemplaire ; ea 1S3S, une iradiiction française des Scripiorcs de re mililari, savoir ; Flave Végèce René, homme noble et illtislre, du Fait tle guerre et llcur de cheualeric ; Sexle JuJc Froniin, des Strulagèmes; Aelian, de l'Ordre et inslruclion des batailles ; Modeste, des Voeables du fait de guerre; pareiltemenl cxx histoires coneernans le Tait des guerres ; en IS&O, une version du Commentoire de Poul Jovius, des Gestes des Turcs, origine de leur empire , les Vies de tous leurs empereurs, ordre el discipline de la miliee el cbeualerie lurcique ; cntin , la même année, une traduction du livre de maiire Michel Lescot intitulé La Physionomie. Ces productions, et quelques autres qui n'oDl pas vu le jour , prouvent que Vokyr HK^rilait le litre de polygraphe qu'il s'était décerné lui-même ; mais leur extrême rareté n porté un coup mortel à le répulniion d'un auteur digne d'être mieux connu. Plusieurs de ses écrits sont Tort utiles pour l'élude de notre histoire ; la relation de la guerre des KusiBuds est ce que l'on a de plus exact et de plus complet sur cet épisode de nos annales ; le traité des singularitez du Parc d'honneur renferme des renseignement) nombreux sur les produits el l'industrie de la Lorraine pendant la première moitié do XVI* siècle ; en décrivant le bapiéme d'un fds du duc Antoine, Volcyr nous a eonservé te souvenir des cérémonies el des fêles qui accompagnaient le Ijaptêmc des enfants de nos ducs , et ces détails sont d'autant plus précieux que nos chroniqueurs les avaient complètement passés sous silence. Le style du polygraphe a été l'objet de plus d'une critique ; on a dit qu'il manque de précision, de clarté, et qu'il n'est pas toujours exempt de recherche. Il fatlt aussi ajouter que Volcyr cherche trop à faire parade de son érudition ; il l'emploie à temps et à contre temps, il en use et il en abuse ; ses ouvrages fourmitlent. ^ ci(Btion3..c( de di-

gressioDs, qui ralentissent le récit d*une manière râchcose cl rendent fatigante la lecture de livres d'ailleurs estimables.

Cependant , et malgré les défauts du naïf t hyslorien » d'Antoine^ nous regrettons qu*il n'ait pas donné suite au projet qu'il avait conçu de rédiger les annales de la Lorraine. Le temps seul parait lui avoir manqué pour réaliser ce dessein ; car Volcyr se croyait capable de l'exécuter à la satisfaction de ses compatriotes ; et en effet , nonobstant les méprises et 1rs bizarreries que ce livre n'aurait pas manqué de présenter souvent, il aurait offert des secours aux historiens modernes, et il aurait surtout rendu grand service aux contemporains de l'auteur, qui ne possédaient d'autre essai sur l'histoire générale de leur pays que le roman publié par Symphoriea Champier , premier-médecin du duc Antoine, sous lé litre de Recueil ou croniques des hystoires des royaulmes daostrasie, ou franco orientale dite a présent lorrayne. De hiernsaicmi de Cicile; Et de la duché de Bar; Ensemble des sainctc contes et éuesques de loulx; contenant sept Hures tant en latiaqw en françoys (1). Champier, né dans un bourg peu éloigoé de Lyon, ne connaissait pas l'histoire de notre pays, lorfr* qu'il vint s'y établir, et on ne voit pas qu'il ail fait des recherches bien étendues pour éclaircir les diOiGultés qa'U rencontra ; mais son imagination, qui était très-riche, lui liai lieu de science. Il n'entre pas dans le plan de notre travail de faire connaître, même en abrégé, les rêveries du médeeia lyonnais; toutefois, nous devons rappeler qu'il adopta le système qui fait descendre nos ducs de Guilhiume de Bo«logne, de Charlemagne, et même d'Adalbéron, prétendu fib de Clodion-le-Chevelu.

Ce système, quoiqu'absurde, était trop simple pour plaire à Richard de Wassebourg, archidiacre de l'église de Verdun, qui donna 9 en 1546, un gros volume in folio intitulé : Les

(i) Lyon, iSIO, petit in 1".

— 1*5 — aniiqvjlcz de la Gaule Belgicqiie, Royaulme de Frnnee, Austrasie et Lorraine ; etc. ; Avec plusieurs Epithoiues, et gommaires, es vies des Pape^, Empereurs, Roys el princes, clc-, depuis Jules Caesar iusques à présent. Plus hardi que Ctiampjer, Wassebourg ne craignit pas d'assigner à la bmillc ducale une origine plus antique. D'après l'archidiacre, le dictateur Jules César eut une sœur nontinée Germonia, qui épousa Charles loach , fils de Godcrroy roi des Cimbres. Elle Ait mère V d'une fille, qui , après divers événemenls tragiques, épousa un oflicier romain, Salvius Brabo, auquel César abandonna le dislricl des Gaules connu plus lard sous le nom de Braltant ; el i° d'un fils, appelé Loilier, qui fut la tige de nos princes, el dont les étals devinrent le Lolharii rcgnum ou la Lorraine.

On ne trouve guère plus d'érudition et de bon sens dans Les généalogies des irès-illuslres el Irès-puissans princes tes ducz de Lortaine, Marchis , auec le discours des alliances e( traictez de mariage en icelle niaison de Lorraine iusques an duc Françoys, dernier décédé, ouvrage du roi d'armes Emond duBoulay(l); mais les autres livres de ce fécond écrivain sont bien supérieurs à celui-là ; car ils décrivent, pour la ploparl, des événements ou des cérémonies dont l'auteur avait pa être témoin, et l'on y rencontre des renseignements aussi curieux que multipliés sur les règnes d'.^ntoine cl de François. Tel esl le mérite qui recommande La vie el trespes des deux Princes de Paix, le bon duc Anthoine el saige Duc Françoys, premiers de leurs noms. Ducs de Lorraine; Ensemble les Royalles el Irès-cxcelleules cérémonies observées el accomplies à leurs funérailles cl enlerrement (2) ; Le trés-excelleni enterrement du Irès-hault el Irès-iilusire Prince, Claude de Lor-

{i) Mflli, Jean Palier, ISiT, iii i'.

{%) MeU. Jean Palier, 1U7, tielit ir

raine , duc de Guyse et d'Aumalle, pair de France (f) ; et Le catholicque enterrement de feu Monsieur le Reoerendissime et Illustrissime Cardinal de Lorraine (2).

Les mêmes qualités distinguent quelques autres productîoof moins étendaes que les précédentes ; savoir : Le dialogue de Joannes Lud, secrétaire de René II, sur Thistoire de notre pays pendant la seconde moitié du XV* siècle (3); la vie dn duc Antoine par Jean Herquel ou Herculanos, chanoine de Saint-Dié, et les annales de cette église par le même dignitaire (4).

Le clergé lorrain , des rangs duquel étaient sortis quelquesuns des écrivains qui viennent d'être passés en revue, folkmit aussi, à la même époque, deux théologiens estimés : le Père André, franciscain, natif de Neufchâteau, surnommé ie Doc" leur très-ingénieux y et auteur de commentaires sur Boëce et sur le Livre des sentences de Pierre le Lombard (5) ; et Jean Raulin deToul, docteur en Sorbonne, principal du collège de Navarre, puis religieux de Tabbaye de Cluny. Raulin travailla beaucoup à la réforme de Tordre de saint Benoit et laissa quantité d*ouvrages de théologie, que Ton a réunis en six volumes in 8® vers le milieu du XVII* siècle, mais dont la plupart avaient vu le jour précédemment (6).

(1) Paris, 1!S»0, petitinSo.

(2) Paris, 1550, petit in 8". Plusieurs opuscules d'Enond da Boahf sont restés manuscrits, et nous en avons vu dana Ict bibliotbèqoM dt MAI. Beaupré, Afarchal, curé de Saint- Pierre, et do Metz-NobliL

(3) Dom Galmet s*était proposé de faire imprimer cet opuscule dam h seconde édition de son histoire de Lorraine, mais l'écrit de Jeaimei Loi n'a paru que depuis un petit iiomlirc d'années.

(4) L'histoire d'Antoine est imprimée dans l'ouvrage de Dom Caknet, et celle de Saint-Dié dans les Sacrae antiquitatis monumenla de Hugo, L I, p. 17i et suiv.

(5) Ce dernier commentaire a été imprimé è Paris, par Jean Gniieaf in f«. V. Oudin, De scriptoribus Ecclosis antiquis, t. 111, p. 699; Gahnetf Bibl. lorraine., col. i6.

(6) V. Fabricius, Bibiolli. medix et infims klinitalit, t. Ul, p.

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