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dont il jouissait au moyeu-âge. Le peuple ëCait , depuis nonbre d'années , mécontent de la hauteur et de la morgue des familles patriciennes, auxquelles les charges principales éCaieil dévolues ; il s*empressa en conséquence de se rendre au désir du cardinal , qui destitua sur-le-champ les anciens magistrats cl en créa de nouveaux , dont les fonctions ne devaient pas dorer au-delà d'un an. Henri II ne demeura que peu de joon i Verdun ; il en confia la défense à Tavannes , avec une eonpagnie de gendarmes et douze cents hommes d'infanterie» rentra dans le Luxembourg, prit Ivoy, Montmédy, Chimay, ainsi que d'aulres places de peu d'importance , et retourna ca France sur la fin de juillet (i).
Une des raisons qui le déterminèrent à ne pas pousser plus loin ses conquêtes fut la nouvelle qu'il reçut ea Ahaee de raccommodement que les princes protestants, ses alliés, venaient, à son insu , de conclure avec Tempereur, el il se douta bien dés lors qu'il allait avoir à soutenir une lutte terrible contre Charles V. Ce dernier avait, en effet, résolo de ne pas laisser les trois villes épiscopales entre les maîas du roi de France et faisait, à la hâte, d'immenses préparatifs pour tirer vengeance de l'agression commise par Henri. Celui-ci, de son côté, ne négligeait rien pour mellie Toul, Metz et Verdun en état de résister aux efibrts des Impériaux. D'Esclavolles, gouverneur de Toul, en rasa les hih bourgs, incendia l'église abbatiale de Saint-Hansuy, ainsi que la plus grande partie du monastère, et démolit l'abbaye de Saint-Epvre, parce que ces beaux édifices pouvaient favoriser les approches des assiégeants (2). Le commandant de Verdsa ne respecta pas davantage les monuments voisins des remparts; réglise Sainte-Croix et Fabbaye de Saint-Paul, quf était fermée de murailles et ressemblait à une forteresse, furent dé-
(1) V.Calmel, ibid.,col. iô00-ir>()8.
(2) V. Benoit, ibid., p. 105.
truites jusqu'aux fondements (i). Mais e*est surtoul Mets qvà fit, à cette époque, des pertes irréparables* Dés les premies» jours d'août, le roi avait confié le gouvememeni de celte tille au duc de Guise,^ui la rendit capable de soutenir on siège, Na voulant conserver que le corps même de la phee, il fui obligé de démolir les abbayes de Saint-Amould, SainUClé* ment, Saint-Martin, Saînt-Eloy et Sainl-Pierre-anz^ Arènes; les églises de Saint- Louis et Saint- Jean -aux -Champs , Saint-Julien, Saint-Amand, Saint- André, Sainte Lsareni,; Notre - Dame - aux - Martyrs , Saint - Urbice, Saint -fialrope ^ Sainte-Elisabeth, Sain^Goëric, Saint-Genés, 8aini-Privé# Saint-Ladre, Saint-Fiacre, Saint-Jean, Sainte-Catherine» Saint-Gosme et Saint-Damien ; ainsi .que les faubourgs Sainlr- Arnould, Saint-Clément, des Allemands, Saint-Julien, Saàit^ Martin, Saint-Pierre-aux-Champs, Montigny, la Horgneaox-Sablons et quantité d'autres écarts; et dans rinlérieu» même de la ville, l'abbaye de Pontifroy ou Pont-Thîeffroy, le prieuré des Pucelles, les couvents de l'Obserfanee et ieïAvé Mariay les églises paroissiales Saini-Médard el Saint^Hn laire, etc. Plusieurs des édifices sacrifiés à la sûreté de Mett étaient non moins remarquables par leur magnificence qw par leur antiquité, et les arts perdirent autant que la religioo« ^Comme on ne savait contre quelle ville Tempereur se pnh posait de diriger ses premières attaques, le connétable atait établi son camp prés de Saint-Mihiel, d'où il pouvait-se por-? ter, selon les circonstance, vers Metz, Verdun ou Dam?iller9< Quelque temps après, ayant cru que Charles V marchait vers Luxembourg, il quitta son camp de Saint-Mihiel, occupa les environs de Verdun et fit traTailler une partie de ses troupes aux fortifications de la ville , pendant qa'il asaîè» geait et prenait quelques petites places du Luxembourg. Il ne respectait guère plus le Barrois que le territoire ennemi et
(1) V. Galmet, NoUce, t. Il, ool. 797 et 801.
il s'empara, grâce à un stratagème^ de Clemiont-eii-ArgoiiBe, où il mit une garnison française.
On eut enfin des renseignements positifs sur les moufe» ments de Tarmée impériale. Elle parut près de Forbach au milieu d'octobre, et, le 19 du même mois, un corps d*inbnlerie et de cavalerie, fort de dix-huit mille hommes, s'approcha de Metz pour reconnaître l'état des fortifications ; mais le dac de Guise fit une sortie si à propos, et l'artillerie incommoda tellement les Impériaux qu'ils furent contraints de se retirer. Le duc n'avait pas, du reste, assez de monde pour engager une action. La garnison ne se composait que de cinq mille hommes d'infanterie, et de sept ou huit cents cavaliers : darmes et chevau-légers. Beaucoup de seigneurs el de tilshommes s'étaient , il est vrai, enfermés dans la plaee comme volontaires, et le duc les forma en compagnies et en tira un grand parti pendant le siège. Comme les magasins de vivres étaient mal fournis, et que Metz renfermait une population plus considérable que de nos jours, le gouvemeir, craignant la famine et les embarras qui pouvaient résulter de l'encombrement, força la plupart des bourgeoise se retirer ca France ou en Lorraine ; il garda seulement un petit nombre d'ecclésiastiques el de religieux, et les gens de métiers dont ta présence était indispensable.
Les ennemis reparurent bientôt, s'établirent dans les villagei voisins de la ville, l'investirent complètement et ouvrirent kf travaux du siège, en attendant l'empereur, qui n'arriva que ta 20 novembre. Les hostilités étaient commencées dcpti> plusieurs jours sur d'autres points.
Albert, margrave de Brandebourg, homme ambitieux cl d'un caractère brutal , avait pris part à la ligue des princes prolestants contre Charles V. Lorsque ceux-ci traitèrent atcc l'empereur , il refusa seul d'être compris dans la-pacificalisi et continua la guerre pour son propre compte ; obligé cependant de battre en retraite devant des forces supérieures, il
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traversa le Rhin et se mit à dévaster les archevécLés de Trêves el de Mayeiice. A l'approche de l'armée impériale, il recula encore el se jeta sur le Luxembourg, puis sur le Lorraine, oîi il coDlinua ses déprédations. Le roi de France, considérant cet uvenlurier comme un utile auxiliaire, lui fournil ce qui lui manquait, ei le margrave, de son coté, rcignil d'éprouver un aèle ardent pour les inlérâls du roi; mais, comprenant que l'on ne pourrait jamais Torcer l'empereur à lui restituer ses états, il enlaniB secrÈiement une négociation avec ce monarque, et I&cha d'amuser Uenri II par de belles promesses jusqu'à ce que l'occasion se préscniiîi de rendre à Charles V un service signalé. En allendont , k margrave et ses troupes vivaient en Lorraine comme en pays conquis, pillant les monastères (1), les bourgs el les villages, dépouillant les voyageurs cl se conduisant, en un mot, comme des voleurs de grand chemin. Les Français virent enfin à qui ils avaient affaire, cl le connétable donna à ses lieutenants l'ordre de traiter Albert en ennemi. Celui-ci, craignant de se voir attaqué par l'armée française, fit déclarer au roi qu'il allait reprendre le chemin de l'Allemagne, mais, au lieu de se diriger vers Trêves, il s'établit dans les environs de Toul, et ses soldats y commirent des désordres intolérables. Le due de Nevers, que le roi avait récemment nommé gouverneur de cette ville, demanda du renfort; el comme le margrave ne faisait aucune démonstration menaçante, le duc prolila de ce moment de refos pour attaquer Pont-à-Mousson , gardé par un détachement espagnol, qui fut forcé de capituler. (Quelques jours après, Albert lit une pointe du côté de Ncufchdteau, puis tourna vers Saint-Nicolas-de-Porl , qu'il voulait, sans doute, abandonner à ses soldats eu guise de paie. Le duc d'Aumale, à la tête de deux compagnies de gendarmerie cl de
(I) V. Ciliiiut, ibiil., t. I, col. 077.
cinq cents chevau-légers , suivait les mouTements du grave, mais sans intention de Tassaillir. Il venait de se poster sur la hauteur de la Croix-do-Moutiery prés de Lupcourt, lorsqu'Albert parut tout-à-coup, et, après diverses escarmouches , un combat sanglant s'engagea entre les deux partis. Les Français, accablés par le nombre, furent complètement défaits; deux cents gentilshommes restèrent sur le terrain; plusieurs autres furent faits prisonniers, et le doc d*Aumale, blessé de trois coups de pistolet, fut contraint de se rendre. Le margrave, jetant enfin le masque, se déclara poer Fempereur et se mit en marche pour le joindre. Après avoir traversé Nancy , où le prince Nicolas lui Gt un bon accueil afin de ne pas Tirriler, il chassa la garnison française qii occupait Pont-à-Housson , fut rallié près de cette ville par nn corps de deux mille cavaliers que Charles envoyait à sa reo* contre, et campa avec ses troupes sur le mont Siînt- Quentin, vis-à-vis le pont des Morts.
Le sieur de fiourdillon s'avançait , sur l'ordre du roi» avec deux compagnies de gendarmerie pour renforcer le duc d'AiH male, et s*était arrêté, d'après les recommandations de ee dernier, à Blénod-lés-Toul. Il sollicita du régent de Lorraise l'autorisation de faire inhumer, dans le cimetière de la cobmanderie de Saint-Jean, les gentilshommes qui avaient péri pendant le combat de la Croix-du-Moutier, et, la permisiîan ayant é(é donnée avec empressement , ils furent apportés i Nancy et enterrés, les uns dans la chapelle, les autres dans k cimetière. Sur un des flancs de l'abside on lisait, avant la Révolution, l'inscription suivante, consacrée à la mémoire d'an officier français :
t Epytaphc de feu Charles d'Aumale, en son vivant Sér » gneur de Maney et Gidon (guidon) de la Compaignie (k
> Monseigneur d'Aumale, qui mourut' a la rencontre dodit
> Seigneur et du Marquis Albert. 15!)â.
< Entre ces morltf Gentis-hommes Fraoçoys » Dort et rq>ose auprès de ceste pierre
> Charles d*Aumale. 0 passant, qui que soyt,
> Regarde et pense aux hasards de la guerre I » Au combat vint pour bruit et ios acquerre ,
> Où fort bien feit; mais tué fust à l'heure,
> Tant eust de coups ! O ! son corps gist en terre, » Et son esprit au Cyel print sa demeure (i). >
Le récit du mémorable siège de Metz est à peu prés complètement étranger à notre ouvrage, et nous nous contenterons de dire qu'après être restée pendant deux mois devant les murs de cette ville, et avoir épuisé les ressources que l'art militaire fournissait, au XVP siècle, pour l'attaque des places , sans avoir pu ébranler la constance de. la garnison française et de son commandant, qui acheva d'établir sa réputation, Tarmée impériale prit le parti de se retirer. Charles V se rendit à Thionville, dès le V janvier 4553, et le gros de ses troupes décampa le lendemain ; toutefois , le margrave Albert et le duc d'Albe , voulant sauver l'artillerie des assiégeants, ne parlirent que le 42 ou le 43. Ils opérèrent leur retraite du côté de Luxembourg (3). Un corps de soldats allemands , qui se proposait de gagner l'Alsace et la Souabc, traversa la Lorraine et y vécut à discrétion. Arrivés devant Saint-Dié , ils demandèrent qu'on leur en ouvrit les portes, et les chanoines se montraient disposés à ac-
(i) V. Lionnois, Hist. de Nancy, t. I, p. 373 et 37i.
(2) V. le Siège de MeU par TEmpereur Charles V, En l'an M. D. UI, Où l'on voit comme Monsieur de Guise et plusieurs grands Seigneurs de France, qui estoient dans ladite ville, se sont comportei à la deffencé de h Place ; Paris, Estienne, 1553, in ^ ; Meta, P. ColUgnon, 1068, in 4^ } Epbémërides du Siège etSaillyes de Metz, par le sieur des Chagnati, soldat en la compagnie du cappitaine Yoguedemar ; à la suite des Chron. de la ville de Metz, p. 879-890. V. aussi, sur tous ces événements, Calmets Hist., t. H, col. 1308-1336; Hist. de MoU, t. HI, p. 36-59.
cueillir la requête , lorsque le sieur Reynetle , commandaot pour le duc à Saint-Dié et dans le château de Spitzemberg» congédia les envoyés des Impériaux, qui furent obligés de continuer leur route , non sans avoir déchargé leur colère sur les villages voisins (i).
La Lorraine, malgré sa neutralité, souffrit beaucoop da passage et du séjour des deux armées. La partie de la vallée de la Moselle comprise entre Thionville et Pont-à-Moussoi n*offrait plus guère que des ruines, et on apercevait de toos côtés les traces de Tincendie qui avait dévoré les nombreux villages de cette fertile contrée. Le régent présenta à ce sujet des remontrances a Tempereur, lui rappela la promesse qu'il avait faite de respecter le territoire lorrain et réclama une indemnité. Il reçut beaucoup de belles paroles ; sa demande fut examinée dans le conseil des Pays-Bas, puis renvoyée au conseil provincial de Luxembourg , et l'on n*alla pas plus loin.
L'empereur, regardant , avec raison , la levée du siège de Melz comme un des plus graves échecs qu'eût subis la puissance impériale , ne songeait qu'aux moyens de rentrer ca possession d'une ville aussi importante. Une occasion ftvorable se présenta en 1554, et une conspiration, dans laquelle entrèrent beaucoup de messins, se forma pour livrer la dié à la garnison de Thionville ; mais le complot fut découvert, et le gouverneur, M. de Vieilleville , sortit avec une partie de ses troupes et défit celles de l'empereur qui s'avançaient avee sécurité, car elles comptaient pénétrer dans la place saas coup férir (2).
Le roi de France ne négligeait rien pour affermir sa domination dans les trois évéchés. En 1553, l'évèque Robert de Lénoncourt avait convoqué dans la ville de Melz les étals ds
(1) V. Statistique des Vosges, par MM. Lepage et Charton. t. lit p. i5t et i5!2.
(2) V. llisl. de Melz, îbid., p. 01*07.
temporel, leur avait Tait prËler sermeul de lui obëir eu toutes choses, c'esl-à-dire d'exécuter les ordres que Uenrî II !« cliargerail de leur Iransmeltre, et avuit commencé à élever, aux frais du monarque, d'imposantes roriifications autour de Uarsal. Trois années plus tard, François de Beaucaire, successeur de Robert de Lénoncourt, céda au roi toutes ses préteDtions sur Metz, ses hommes, ses vassaux, ses juridictions, son droit de monnayage, etc. ; les chanoines approuvèrent le transport, et les magistrats y donnèrent leur asseniimeal ; bien malgré eux, probablement, car ils devaient comprendre qu'entre les mains de llenri les prétentions de i'évèquc deviendraient des réalités (1). Labandon de ces droits, dont (l'exercice était presque toujours contesté, coûta peu aux évëques; mais ils conservèrent avec soin leur temporel. Bien qu'il y ait eu certaines négociations entamées dans le but de le réiinir au duché de Lorraine, il demeura encore pendant Tort longtemps la propriélé des prélats, qui continuèrent à en recevoir l'investiture des empereurs; et nous avons la preuve que Ferdinand 1", Moximilicn II, Rodolphe, Matthias et Ferdinand II donnèrent cette investiture ou des sauvegardes, en IKS'J, latiS), ib88, 1017 et ICaii, au cardinal de Lorraine, administrateur du temporel de Metz, et aux évé<)UC3 Louis de Lorraine, Charles de Lorraine et Henri de Bourbon. Les choses se passèrent à peu prés de même dans les diocèses de Toul et de Verdun, et, quoique ces villes fussent occupées par det garnisons françaises, on levait des taxes au nom de l'empire sur le temporel des deux évécliés {2).
Le régent demeura spectateur impassible de ces changements, dont les suites furent fatales à notre pays. Nicolas l'avait, au rcsic, aucun moyen ellicace de s'y opposer, et il at- ;ndit des circonstances plus favorables pour tenter do déli-
:i) V. i:«lii]e(, ibid., 1. .
3) V. Calmcl, Noliw, I
vrer la Lorraine d'un voisinage aussi sèoani que odaî des Français. L'em|>ereur, découragé par le mauvais sueeèa du siège de Melz et de la conjuration ourdie en i55i, se souctaîl peu de tourner de nouveau ses armes contre une ville qui paraissait imprenable. D'un autre côté, il voyait d*assez mauvais œil le prince Nicolas, qu'il accusait d*avoir désiré et préparé la déchéance de Christine de Danemark. Enfin, le régeni, loin de se concilier la faveur de Charles V et de son fils, les irrita quelquefois par des démarches imprudentes ; pur exemple, en protestant, au nom de son pupille, contre la ec^ sion que l'empereur fit à Philippe H des royaumes de Napks et de Sicile (1).
On possède peu de renseignements sur TadministFalioB de Nicolas ; on croit toutefois qu'elle fut assez coûteuse, eC ceta n'étonne pas si on se rappelle que, pendant plusieurs années, on guerroya presque continuellement sur les frontières de la Lorraine , et que le régent fut obligé d'entretenir dsi troupes pour faire respecter le territoire des duchés, et donner la chasse aux pillards qui voulaient rançonner les laboureurs. Le besoin d'argent força le prince à réunir les Elali- Généraux, au mois de mars 1a53, et à leur demander un don gratuit , qui parait avoir été accordé sans difficulté (9). Daut leur session de 1558, ils votèrent un aide extraordinaire de six francs barrois par conduit (5), malgré le mécontentenenl que les entreprises du procureur-général causaient aux mnbrcs de l'Ancienne Chevalerie. Les gentilshommes prétntèrent au régent < des articles et griefs > contre ce magistiil, et on doit supposer que Nicolas fut contraint d'abandonaer quelques-unes de ses prétentions (4). L'aide voté dans b
(1) V. Cherrier, ibid., p. i70.
(2) V. Layette Etaiê-Génémux, II, n" 13. (5) V. Layette EtaU-Généraux, I, n^ 2i.
(i) V. la minute des arliclcs et griefs dans le ms. de la MU. puM. àt Nancy n*) 27 B , pièce D ; v. aussi pièce E.
session de 1555 ne fut pas assez prodactif pour eoovrir les dépenses que Ton aTaii faites, et, sous prétexte de marquer plus nettement les limites de la Lorraine comme souveraineté indépendante de l'empire, en vertu de la eonventlon de Nuremberg, le prince établit le droit d'entrée et d'issue foraine, qui était un véritable impôt douanier (!)•
Pendant que Nicolas luttait de la sorte contre les difficultés de toute nature qui ne cessaient d'entraver son administration, le jeune duc Charles terminait son éducation à la cour de France et sous les yeux du roi. Il manifesta, dés son enfonce, des dispositions si heureuses et montra une telle application ' au travail , que Henri II le citait comme un modèle à ses propres fils et ne cessait de les engager à imiter le compagnon de leurs exercices et de leurs études. Ses tertus n'étaient pas moins remarquables que ses talents, et il joignait à tant de qualités un extérieur à la fois imposant et agréable, qui en faisait un des représentants les plus distingués de cette famille de Lorraine dont la beauté était devenue proverbiale. En 1558, il était âgé de dix-^ept ans , et la duchesse Christine, qui ne l'avait pas vu depuis six années, sollicita du roi la permission d'avoir une entrevue avec Charles III. Elle se rendit, dans ce but, à Péronne, avec Granvelle évéque d'Arras, et le duc y vint, de son côté, avec le régent et le cardinal de Lorraine. Celui-ci eut quelques conférences avec Granvelle, et ils cherchèrent à poser les bases d'une pacification que les circonstances critiques ou se trouvait l'Europe rendaient plus indispensable que jamais. Les pour-* parlers n'eurent malheureusement pas de résultat immédiat ; la guerre continua pendant l'été de A 558, et le duc de Guise prit Thionville et pénétra dans le Luxembourg. Vers la fin de la campagne, la lassitude engagea les rois de France et d'Espagne à ouvrir des négociations, et ce dernier, ayant eu
(1) V. Mory d'Elvange, Etato, Droits , Usages
en Loirrâiê, p. S7.
occasion d'apprécier rhabileté de Christine de Danemark , h cliargea de défendre les intérêts de la monarchie espagnole dans le congrès qui se réunit vers le milieu d'octobre. Henri désigna cinq plénipotentiaires , et Philippe II adjoignit à h princesse le duc d*Albe, Guillaume prince d*Orange, Roy Gomez et Tévéquc d'Arras. Les conférences , qui eurent Kei d'abord dans Tabbaye de Cercamp , puis a (Hàteau-Cambrésby aboutirent enfin à un traité que l'on signa le 3 avril 15S9. Les dispositions qu'il renferme sont presque toutes ëtrangèm à notre pays , et nous mentionnerons seulement l'article qri ordonnait la restitution de la ville de Stenay. Les troopei impériales l'avaient occupée en 1552; elle était tombée ensuite au pouvoir des Français, ainsi que différentes places di ' Luxembourg, et Henri n'avait pas jugé à propos de s'e» dessaisir, pensant probablement que ce qui est bon i prendre est également bon à garder (1).
On ne peut pas supposer, du reste, qu'il eut le projet de dépouiller Charles 111, car il lui avait fait épouser sa seconde fille, Claude de France, dès le mois de janvier précédent. Le contrat fut signé au Louvre le 19 , et la bénédiction naptiele fut donnée à Charles et a Claude , trois jours après selon k$ uns (2), et le 5 février selon les autres. Il y eut des fêtes soop* tueuses durant huit jours, et pendant ce temps les princa k la maison de Lorraine établis en France tinrent dans leif hôtels table ouverte à tous venants (3).
La princesse reçut de son père une dot de cent mille k^ d'or au soleil, et Charles assura pour douaire à son èftuf^ une rente de trente mille livres. Christine, malgré son allack^
(i) Le traité ne fit aucune mention des villes de Meti, Toal et Vcfd^* qui restèrent au pouvoir du roi.
(2) Celte première date doit être la véritable.
(3) Ronsard composa, à cette occasion, le Chanl pastoral sur les Mp^ de M. Charles duc de Lorraine, et Madame Claude, fille IL do roy; P*^ A.Wcchel, 1!i.i»Jn i:
ment à la maison d'Autriche^ yii ayec plaisir son fils marié à la fille du roi, dans l'espérance que le monarque s'abstiendrait à l'avenir de toute usurpation sur les domaines de son gendre. Elle chercha même à profiter de la conjoncture pour obtenir un règlement définitif des difficultés élevées relativement au Barrois, et demanda, pendant les conférences de Càteau-Cambrésis, que Henri réprimât les entreprises de ses officiers sur les habitants de cette province; qu'il laissât Charles jouir paisiblement des droits souverains dans le Barrois-mouvant , ou qu'au moins il remit la décision des points en litige à des commissaires sur l'impartialité et l'indépen* dance desquels on pût compter (i).
Aussitôt après son mariage, Charles mena son épouse dans les Pays-Bas pour la présenter à Christine de Danemark et au roi d'Espagne, et il se préparait à visiter la Lorraine, dont il se trouvait éloigné depuis si longtemps (3), lorsqu'un événement imprévu l'engagea à prolonger son séjour en France. Henri H, blessé dans un tournois le 28 juin 1559 , était mort le 9 juillet, et le duc ne voulut pas quitter immédiatement la famille royale. Au mois de septembre, il assista au sacre de François H , et ce prince le reconduisit jusqu'à Bar, où il le décora de Tordre de Saint-Michel (3). Après avoir passé quelques jours dans la capitale du Barrois , Charles se rendit à Nancy et refusa d'y faire une entrée solennelle, afin de ne pas prêter le serment que l'on avait exigé de ses prédécesseurs. Elevé à la cour d'un monarque absolu , il ne
(1) V. Calmet, Hist., t. II, col. 1545-1351
(2) 11 y avait fait un court séjour immédiateroent avant son mariage. Cest ce qui résulte d'un cahier déposé aux archives du département de l'Aobe, et contenant la u Dcspence faicte par Bopnaventure MiehaiilC, Secrétaire de Monseigneur le conte de Briemie n, lequel fit le voyage de Paris pour assister au mariage de Charles III. Noos devons la communication deceUc pièce à M. Henri d'Arbois de Jobainville, archiviste de TAube.
(3) V. Chevrier, ibid., p. 177 et 178.
pouvait se résigner a reconnaître à ses sujets des priviléfv qu'il jugeait incompatibles avec les prérogatives d*ua verain. L'omission d'une cérémonie que Ton regardait indispensable causa quelque mécontentement aux hommes^ mais les bourgeois et les paysans ne montrèreM pas les mêmes regrets, et Louis des Masures, conseiller ei secrétaire du jeune prince, se rendit récho de leur satisCMliaB en publiant un petit poëme intitulé : Chant pastoral sur k partement de France et la bienvenue en Lorraine de Monseigneur Charles , duc de Lorraine , et de Madame Claude de France, son espouse (i). La joie qu'ils éprouvaient de vair leur duc résider au milieu d'eux ne fut pas de longue durée. Au commencement de janvier 1560, il fit son entrée i ReBH remont, et, les mains placées sur les chftsses de saint Amë et de saint Remarie , il jura , en présence de l'abbesse Reoée de Dinteville, de respecter les privilèges du chapitre; le 15 du même mois, il visita Saint-Dié, revint à Nancy, puis reprit It chemin de la France , après avoir confié le gouvememeil à Christine de Danemark. Il donna un témoignage de sa recoanaissance au prince Nicolas, son oncle, qui avait adminisirf la Lorraine pendant des temps bien difficiles, et don! les avaient atténué les maux produits par les guerres dont avons parlé ; non content de lui faire présent d'une de cent mille francs barrois , il érigea , en sa Chaligny < en comté princier et le plus seigneurial du » de Lorraine », et unit inséparablement à ce comté lel de Pont-Saint- Vincent, qui en est voisin (2).
(i) SaiDtXicolus-dePorl , Didier Guillemin, i5S9, petit m8«. Dy« cul une seconde édition la même année, Lyon, Jetn de Touraet, m 9*-
(2) V. Hugo, Traité liLsl. et crit. sur Toriginc et la génétlogie et h maison de lorraine, p. 223. Le cardinal de Lorraine donna an pvii Nicolas la seigneurie de Nomeny , que Tempennir Maximilien II én^ marquisat le 9 juin 1 !(67.