‹ Histoire de Lorraine (volume 5)Chapitre 16 sur 23 · T. IT · texte numérisé non relu

T. IT

comparait devant Nicolas de Bar, notaire apostoliqae

à Nancy^ et déclare que « de nouveau il a esté adverty , d

depuis le jour d'hier seulement^ que le Très-Illustre

Prince et Seigneur son maistre avoit consenti et s*estoîl condescendu aux importunes requestes et grandes précipitations de ses Estais , de présent assemblez en la ville de Nancy, faire cejourd'huy^ sur les cinq ou six heures du soir, sa nouvelle entrée en ccste dicte ville de Nancy , capitale de son.... Duché de Lorraine^ et promis faire lors serment (ne sçait luy Procureur quel, ny à quelle fin), atteoda Icsdictcs importunes requestes et précipitations; toutes voyes (toutefois)^ craignant que ledict serment poarroit porter quelque promesse et obligation de garder, maintenir et entretenir les gens desdicts trois Estais dudict Duché de Lorraine, sçavoir les gens d'Eglise, Nobles et Bourgeois, ou commun peuple, en leurs anciennes libertés, franchises, usages et privilèges par eux prétendus, avec promesse d*ett donner Lettres Patentes , et que , soubs prétexte et couleur dudict serment, qui pourroit estre conçu en termes généraux, en la forme que dessus ou autre équipolcnte. M", de de la Chevalerie et Nobles fiebvez de ce dict Duché de Lorraine voulussent prétendre se servir de telz quelz privilèges qu ilz dient avoir de feus d'heureuse mémoire le Roy René d'Anjou et Madame Isabeau de Lorraine, sa femme, Duchesse dudict Duché ; Icsquelz prétendus privilèges D, comme Procureur-Général dudict Duché, dict et maintieal cstre directement préjudiciables et contraires à la soave-

raincté dudict Seigneur Duc et de ses successeurs (1). ■

Cette concession n'est pas la seule que Charles III fut obligé de faire à la noblesse. Elle obtint une nouvelle conOrmaliOB de ses privilèges pendant la session des Etats qui eul lies m

(1) On u*ouve une copie de ceUe protestation dant le ms. n* f , p. ilaS

et suiv.

mois de décembre 1563 (i) ; ce qui autorise à supposer que les geotilshommes avaient eu connaissance de la protestation de Bertrand le Hongre, et redoutaient de Toir le duc donner au serment qu'il avait prêté en 4562 une interprétation contraire à leurs intérêts. A la session d*aoât 1569, les nobles se plaignirent vivement < d'attentats contre leurs privilège, » par spécial pour retardement de l'exécution d'aucunes » sentences^onnéez par ceux de la Chevalerie (par le triba-

> nal des Assises), et évocations de leurs causes au conseil (du » prince) ou devant juges désignez, sans les renvoyer par-

> devant leurs juges ordinaires >. Charles ne jugea pas à propos de dédaigner les plaintes dont il s'agit (S)» et en 4578 il fut contraint, par des remontrances pressantes, d'interdire au procureur-général d'emprisonner à l'avenir les maires ou sujets de < Messieurs de l'Ancienne Chevalerie » (3). Le seul acte de celte époque qui paraisse dirigé contre la noblesse est un édit promulgué, le 30 juillet 4564, par le prince Nicolas, < en l'absence de Madame Tutrice >, édit qui défendait aux gentilshommes de trafiquer (4); et encore est-il permis d'admettre que cette prohibition fut demandée par quelques-uns d'cntr'eux jaloux de l'honneur de leur ordre.

La condescendance que Charles III montra dés les premières années de son règne inspira au chapitre de Remiremoni le projet de se rendre tout-à-fait indépendant de la Lorraine. L'abbesse Renée de Dinteville représenta à l'empereur Fer-* dinand \^^ que l'abbaye et la ville ne relevaient autrefois que de l'empire; que les ducs étaient seulement voués; mais que

(«) V. ms. no 27 B, pièce F.

(2) V. à la bibl. pobl. de Nancy la copie d'un édit promulgué par Charles ill, le 6 août 1569^ sur les remontrtneea des Etats.

(3) V. ms. n« 27 B, pièce H.

{i) V. une copie de cette pièce dans le recueil d'andennes ordonnanees fonné par Claude-François Reboucher, ms. de la bibl. de M. Beaupré, p. 369 et 370.

peu à peu ils avaient usurpé la plupart des droits appartenant aux abbesses ; qu*ils imposaient des tailles sur les sujets du chapitre, les forçaient à comparaître devant les justices séculières, et accomplissaient fréquemment à Remiremoni des actes d'autorité souveraine, contrairement aux prescriptioas d*un diplôme que Renée attribuait a Tempereur Henri IY« mais dont la validité était contestée par Charles III. Ferdinand, ajoutant foi à la teneur de celte pièce, rcoilt à l'abbaye, le I> janvier 1564, des lettres de protection et de sauvegarde, nomma des commissaires pour procéder à une enquête et défendit au duc de Lorraine d'inquiéter les chanoinesses. Ces lettres lui furent signifiées à Nancy, le 19 avril, par Pierre Zoldt, messager juré de la chambre impériale de Spire (1); mais Charles ne tint aucun compte de la défense, et, après des négociations infructueuses, envoya à Rémi* remont le bailli de Vosge,qui enleva les sauvegardes et armoiries de Tempereur et saisit le temporel de Pabbaye, le 98 mars iSGO (2). Les chanoinesses furent Irès-irritées de cet acte de vigueur ; néanmoins, comme Ferdinand , tout occupé de h guerre qu'il soutenait en Hongrie contre les Turcs, ne pouvait prêter beaucoup d'attention aux plaintes de Renée de Dinteville, le chapitre résolut de transiger. Le duc exigeant la remise du titre vrai ou apocryphe de l'empereur Henri IV , les ckinoincsses déclarèrent, par acte capitulaire du 13 juillet suivant, qu'elles n'en possédaient plus l'original ; toutefois, elles s'engagèrent à ne pas le garder, si par hasard on venait i le découvrir et à n'en faire aucun usage de nature à mécontenter leur souverain (3). Elles avaient obtenu, dés le 8 juin, mainlevée de leurs revenus (4), et l'affaire n'eut pas d'autres suites.

(i) V. le ms. no i, p. i86 et suiv.

(2) V. le procès-verbal du bailli, ibid., p. Si7 ettuîv. (5) V. la promette du chap.,ibid., p. S>28et529; v.auisip. SSSSetMÎv. (4) V. l'acte de main-Icvée, ibid., p. 530 et 53i. V. auflsi les dos Mém. de Thierriat, règne de Qiarles lit, dam le racodl

Renée de Dinteville et le chapitre consentirent même , treise ans plus tacd, à céder au duc de Lorraine tons les droits qu*ib possédaient sur les montagnes et pâturages des Chaumes (1), moyennant un cens annuel et perpétuel de quatre cents francs barrois, payable, à la Saint-Martin, par le recevenr d'Arches; et, de plus, à condition 1"* que les chanoinesses seraient dispensées de verser ta somme de sept mille sept cent deux francs barrois qu'elles devaient pour leur cote dans un don gratnil voté par te clergé ; ^ qu'elles auraient la moitié des fromages que les admodiateurs des Giaumes étaient tenus de livrer à Gérardmer, à la fête de saint Jean*Baptiste ; 3® enfin, qu'elles ne seraient forcées d'acquitter, comme étant du rang des prélats et de l'Ancienne Chevalerie, aucun impôt pour les vivras et denrées destinés « à leur défruict ». Après la eonclusîoD de cette nouvelle transaction^ Charles se rendit à Remiremont, prêta le serment accoutumé et fit porter, pendant la procession , ta châsse de saint Romaric par quatre des principaux seigneurs lorrains (2).

On ne sait pas trop comment l'empereur Ferdinand considéra le dédain que le duc avait montré pour ses injonctions; il mourut en 1567, et Haximilien II, son fils et son successeur, ne témoigna aucun ressentiment de ce qui avait eu lieu, t II

> eut raison de se taire, dit Chevrier, puisque la Lorraine

> était indépendante de TEmpire (3) » ; mais ce n'était pas tout-à-fait la question ; il s'agissait de déterminer si l'abbaye et la ville de Remiremont faisaient ou non partie de ce duché , et l'esprit le plus prévenu ne peut contester que les ducs n'aient, pendant le moyen-âge, exercé les fonctions de voué du monastère ; d*où il semble résulter qu'ils n'en étaient pas seigneurs.

Quoiqu'il en soit , l'empereur donna à Charles III l'inves-

(1) C'est le nom que Ton donne ans montagnes eouTflrtes de pitonget où Ton nourrit de nombreux troupeaux, pendant l'été. Ci) V. Calmet, ibid., oo). 1362 et 1363. (3) V. ibid., p. 190.

lilure de Pont-i-Mousson , de Blàmont, des seignearies de Clermonl-en-Argonne et Hattonchâtel , dTve et du privilège d'y frapper monnaie, ainsi que da droit de sauf-condait et juridiction sur les grands chemins de la Lorraine. Mazimiliea reconnut aussi que le duc avait la garde de la viUe de Tool, qu'il devait connaître des duels qui avaient lieu entre le Rhin et la Meuse , et enfln qu'il était légitime propriétaire des enfants de prêtres nés dans le duché. L'acte d'investiture fal dressé à Vienne, le 9 juin 1567, après que le maréchal de Lorraine , Jean IX comte de Salm , eut prêté le serment ordinaire y au nom de son maître (i).

Charles III avait , peu de temps auparavant , pris part à une affaire qui intéressait le corps germanique , moins , Il esl vrai , comme membre de ce corps qu'à titre d'auxiliaire. Daniel de Hombourg, archevêque-électeur de Hayence, avait réclamé son aide afin de réduire Erfurt qui venait de se révolter. Un corps de troupes lorraines , conduit par Nicolas comte de Vaudémont, franchit le Rhin, en 4564, et contribua à la prise de cette ville, qui se trouva trop heureuse d'implorer la clémence de l'électeur.

Cinq ans plus tard , Charles III maria sa sœur Renée avec ' Guillaume fils d^AIbcrt III duc de Bavière; l'empereur Mazimilieu II arrangea cette union , et le contrat , passé à Vienne le 5 juin 1567, fut ratifié par Christine de Danemark el par son fils, le 28 décembre 1 569. Le mariage avait été célébré le 21 février précédent, dix mois par conséquent avant la ratification du contrat (2). Celte pièce parait, au premier coup d'œil , u peu près complètement étrangère à l'histoire de

(1) V. Calmct, ibid , col. 1560 cl 1361.

(2) V. Drbcntncf;c Scfd^rci^bung ter ^od^jcit, Ne ba gf^Ilm tft iDorbcn tuxàf «^emn SBil^em ^faltjgtaf beim Sl^tn mit km^raenlein ^Renatta «^ertjoginn auf) Suttringeni btnii gebr. 1568 (1569); Sluflfpurfl, % Ul^rt, 4S68 (1569),

in fo , filières mit bois.

notre pays ; toutefois, on y trouve une clause qui mérite d'ètrè signalée ; car elle prouve que, malgré le testament de René II, on regardait les femmes comme habiles à posséder le duché de Lorraine. Le contrat porte que la princesse renoncera aux successions paternelle et maternelle, au profit de Charles III et de ses descendants i l'infini , mais à condition que si la postérité de ce dernier vient à manquer, Renée et ses descendants pourront réclamer la Lorraine et le Barrois. Le 5 mars 1569, la princesse donna la renonciation indiquée dans le contrat, et on y rencontre les mêmes expressions que dans cet acte lui-même (i). Quelques années plus tard , Dorothée, seconde fille de François P', épousa Eric duc de Brunswick- Wolfenbuttel ; le contrat de mariage , dressé le 30 novembre 1575, contient une clause semblable à celle dont nous avons parlé, et la renonciation que Dorothée signa , le 21 décembre , est conçue dans les mêmes termes que la renonciation de la duchesse de Bavière (3). Ajoutons, pour achever d'établir que le droit des femmes n'était pas mis en doute pendant la seconde moitié du XVI* siècle, que dans la transaction conclue, le SI novembre 1562, entre Charles, Renée et Dorothée d'une part, et le comte de Vaudé. mont d'autre part, relativement à la succession du duc An* toine, le comte reconnaît, de la manière la plus formelle, qu'il ne peut élever la moindre prétention sur la Lorraine et le Barrois^ si ce n'est après Is^ mort de son neveu et de ses nièces et en cas d'extinction complète de leur postérité ; aveu qui emportait l'exclusion non seulement de Nicolas et de sa famille, mais encore du duc de Guise et de ses descendants (5).

Charles donna à ses sœurs des dots considérables , et on

(1) V. des copies du contrat et de la renonciation dans le nu. n9 1, p. 549 et suiv., 573 et suiv.

(2) V. des copies de ces deux actes itid., p. 775 et floir., 789 et soiv.

(3) V. une copie de cette transaction ibid., p. 1643 et 1644.

ne voit pas qu'il ait demandé aux Etals aucun aide eKlraordinaire pour payer les sommes qu'il avait promises. L'ordre qu'il avait, nous ne dirons pas introduit , mais maintenQ dais l'administration des finances, et les mesures qa*il avait prises dans le but d'augmenter, par des moyens honnêtes, les revenus domaniaux lui permirent de s'acquitter, sans imposer aux Lorrains des charges nouvelles. Une des mesures qu'il adopta pour atteindre son but fut de révoquer, dès le 37 joia 1561 , les aliénations faites par ses prédécesseurs, par sa mère et par le prince Nicolas, et de supprimer les pensions qu'ils avaient assignées sur les recettes domaniales. D porta également son attention sur l'exploitation des mines des Vosges et parvint, par de sages règlements, à en aogmenter le produit (4). Il agit de même à l'égard des salines, qui formaient la branche la plus importante de ses revenus, et, non content d'en améliorer l'organisation, il rétablit , en 1563, la saline de Rosières , que le manque de bois avait fait abaadonner depuis soixante-dix-neuf ans (2). Comme le dac n'ignorait pas que, grâce à la négligence ou à la bonté de quelques-uns de ses prédécesseurs , beaucoup de rentes et de droits appartenant au domaine avaient été usurpés par divcn particuliers, il prescrivit aux chambres des comptes de Naaqr et de Bar d'en faire une exacte recherche , et tâcha de terminer par des transactions les difficultés qui existaient ealie lui et plusieurs de ses sujets ou des princes voisins.

Il défendit aux ecclésiastiques , aux hôpitaux et aux eoamunautés de vendre, donner ou aliéner leurs immeubles et de faire des coupes extraordinaires dans leurs forêts, avaal d'avoir obtenu l'autorisation du souverain ou celle des seigneurs hauts-justiciers. Le désir qui animait le duc de

(1) V. Calmct, ibid., col. \ZU et 1355.

(2) Tnr inscription, placée sur le bâtiment de la laline et rapportée f^ Dom Calmet (ibid., col. i55*'> et 1550, note r) . attriboe le de cette usine à Christine de Danemark.

dîer aux abus compromettaot la consenration des bieitt de l'Eglise rengagea , en i 584, à publier un édit pour interdire aux étrangers de posséder des bénéfices en Lorraine. Hais cette défense dépassa le but que son auteur se proposait, et éloigna de notre pays des honunes qui l'auraient illustré par leurs vertus et leurs talents. Nous ne ferons pas la même critique d'une ordonnance signée le 29 août 4588, et annulant les lettres qui contenaient des expectatives ou promesses de provisions concernant des abbayes, prieurés, ca-* nonicats, prébendes, chapelles et autres bénéfices, et les lettres dé coadjation accordées quoique les titulaires fussent encore parfaitement en état de remplir leurs fonctions (1).

Charles vit accueillir, avec autant de faveur, une ordonnance réduisant à la mesure de Nancy les mesures à grains, qui n'étaient pas au nombre de moins de trente-trois dans le duché de Lorraine et les domaines réunis. La plupart furent apportées à Nancy, et le soin de les examiner et de les réduire fut confié à Ballhasar Rennel, auditeur à la chambre des comptes. Le ^ mai 4584, le duc publia, sur le rapport de ee magistrat, l'ordonnance qui supprimait toutes ces mesures locales si gênantes dans les transactions (â). Un autre bienfait pour le compierce fut la convention conclue, le 40 septembre 45G4, entre Charles III et le cardinal de Lorraine, et aux termes de laquelle les Lorrains pouvaient circuler dans le temporel de l'évéché de Metz sans acquitter aucun des nou- ' veaux péages, droit qui était garanti par réprocité aux sujets du cardinal (5).

Le duc porta aussi son attention sur les hôtelleries, qui furent l'objet de deux règlements promulgués les 30 janvier

(i) V. toutes ces ordonnances, et quelques autres qui s'y rattachent, dans Rogéville , Dictionnaire etc., 1. 1, p. 5-5 et 85-87.

(2) V. celte pièce, dans le recueil d'anciennes ordonnaDces formé par Christ. Reboursel, ms. delà bibl. de M. Beaupré, f» 2S4 bit-838.

(3) V. Calmet, ibid., col. iZW.

1574 et 27 juin 1586 (1) ; sor l'administratioii des hôpitaux (2), et sur la répression de la mendicité. Un premier édit, daté du 17 août 1573, ordonna de chasser tous les mendiants étrangers; et un second édit, promulgué le 6 octobre suivant, prescrivit à chaque communauté de nourrir ses pauvres (3).

L'envie de conserver tous les hommes en état de porter les armes , afin de pouvoir réunir , au besoin , des forces imposantes, et la crainte de voir ceux qui prendraient du serrice au dehors embrasser les doctrines des novateurs décidèreal Charles III à faire afficher^ le 3 février 1573, on éditqii interdisait aux Lorrains « de porter les armes hors &a pays •; et celte prohibition parut si sage qu'elle fut renouvelée le 14 juillet 1574, le 10 octobre 1580 et le 4 avril 1583 (4).

Une ordonnance du 12 janvier précédent contenait des dispositions bien disparates; elle prononçait certaines peines « contre les femmes et filles diffamées > , réglait ce qai concerne < la fabrique des églises », et enjoignait d'observer les d manches et fêtes. Celle dernière disposition était dirigée contre plusieurs individus qui professaient secrètement k calvinisme ou le luthéranisme, et que l'on voulait forcer i se déclarer, pour leur appliquer ensuite les dispositions législatives prononçant leur expulsion. C*est aussi la crainte de ces deux hérésies qui engagea Charles à défendre aux magistrats de laisser des inconnus s'établir en Lorraine, et aux artisans de recevoir dans leurs ateliers des compagnons étrangers, sans une permission expresse du souverain (5).

(!) V. le recueil de Reboucher, p. 301-509.

(2) V. le recueil connu sous le nom de Gode Goînet, eiemptaire de M. Beaupré, f*> 55.

(3) W le recueil de Reboucher, p. 387-389, et la collection d*i ordonnances réunies par BI. de Chàleaufort, ms. de 11 bibl. de M. pré, t. I, f • 169 r«.

(i) V. Chàteaurorl, 1. 1, (<» 7li r% 88 r^ et i 50 v^ ; Reboudier,p. 2Bi-W. (5) V. ordonn. du G mai 1 )>()(>, dans (luinel, f® 51 v®; et ordoQo. Ai 27 août 1572, dans Chàteaufoi-t, t. I, f» 05 >>.

Le danger devenait plus pressant de joar en jour; notre patrie se trouvait menacée presque sur toutes ses frontières, et le voisinage de Metz n*était pas ce qui inquiétait le moins Charles III. De l'année 1543, époque de la prise de Gone et de la fuite de Guillaume Farel, jusqu'à l'année 1552 Tordre le plus parfait avait régné, à Metz, et, comme leurs alliés de Trêves, de Cologne et de Hayence, les habitants de cette grande cité avaient réussie comprimer Thérésie; mais le protestantisme s'y montra de rechef pour ainsi dire immédiatement après l'arrivée des Français. En 1557, dh découvrit une réunion tenue chez un pelletier par des bourgeois qui s'étaient retirés autrefois dans la ville de Strasbourg, et que l'on avait laissé revenir chez eux. On en arrêta plusieurs , que le gouverneur français fit reljicher , dans la crainte de donner de l'ombrage aux princes allemands avec lesquels son maître entretenait des intelligences. L'année suivante, un prédieant gascon , nommé Villeroche, parvint à s'introduire dans Metz et séduisit un grand nombre de personnes, entr'autres un patricien , le sieur de Clervant , dont l'hôtel devint aussitôt le quartier-général des sectaires. Celte même année, les protestants messins, qui étaient luthériens pour la plupart, changèrent de croyance et adoptèrent la confession calviniste. Leurs imprudences attirèrent enfin raltenlion du gouverneur et même celle de François II, qui fit chasser le sieur de Clervant et le ministre Pierre de Cologne; mais le feu de l'hérésie couva sous la cendre, et les novateurs attendirent une occasion plus favorable pour obtenir la liberté de dogmatiser (1).

Toul, qui avait résisté jusqu'en 1552 à tout essai de réforme, ne tarda pas à avoir également ses prédicants , ses conventicules et par suite ses troubles et ses désordres. La garnison de cette ville était en partie composée de protestants, soit

(1) V. Mcurisse , Hisl. de la naissance, dv progrès et de la décadence de l'hérésie dans la ville de Metz, p. 123-146.

allemands 9 soit français, qui répandirent dans la bourgeoisie les doctrines de Luther et de Calvin. En 1554, les chanoioes de la cathédrale, voyant Porage se former, appelèrent le doe-^ teur de Sorbonne Paillct, qui prêcha avec plus de zèle que de succès; le calvinisme faisait des progrès chaque jour, et, soutenus par plusieurs officiers de la garnison , les hérétiques ne mettaient pas de bornes à leurs prétentions. L'évèqne Toussaint d'Hocédy jugea alors à propos d'assembler dans It cathédrale les bourgeois catholiques pour leur faire jurer de défendre la religion, même au péril de leur vie, et les magislnls, de leur côté , exercèrent une active surveillance. Elle oe put prévenir les troubles que Ton redoutait. Le 18 mars 156â, hs Calvinistes, auxquels s'étaient joints quatre-vingts ou ceat soldats, parcoururent, de nuit, les rueg de la ville, reeversaut et brisant les images dont nos ancêtres avaient la pieuse coutume de décorer les façades de leurs maisons, couvrirent de boue et d*ordurcs les belles statues qui ornaient le portail de la cathédrale , assaillirent les maisons des chanoines , enfoncèrent les portes et maltraitèrent ces ecclésiasliques , dont quelques-uns étaient d*un âge avancé. Les catholiques , irrites d'un pareil attentat, prirent les armes, et c*en était fait des réformateurs, si le gouverneur n*eût paru à la tèle de ses soldats et n'eût mis fin au désordre. Les hérétiques n'en coati» nuérenl pas moins leurs insultes ; le 35 du même mois, ib pénétrèrent avec violence dans l'église Saint- Vaasl el voulurent y faire prêcher un ministre qu'ils avaient amené; raiis des femmes jetèrent dans FédiGce de la paille enflammée, dont la fumée chassa les profanateurs ; les catholiques accoururent dans ce moment, et les protestants se dispersèrent une seconde fois. Le chapitre réussit enfin à obtenir du roi un édil contr^eux; toutefois, cet édit fut révoqué à la suite de la pacification du 19 mars 1565, et, le 6 avril suivant, trois ministres messins vinrent prêcher à Toul et y célébrèrent la cène pi* bliquemcnt. Quelque temps après, Charles IX ordonna de

faire sortir les protestants de la ville, et la boargeoisie catholique était telleroeot faligaëe de leur insolence et de leur esprit remuant, que, pour en être débarrassée plus tôt, elle transporta elle-même leurs meubles hors des murs. Les noYateura refusèrent pourtant de s'éloigner , s'établirent dans les jardins qui environnaient Toul , s'y construisirent des demeures et mandèrent un ministre de Metz. Ils reçurent même , un peu plus tard, la permission de rentrer chez eux, mais è condition qu'ils exerceraient leur culte en secret, et qu'ils s'abstiendraient de toutes démarches et de toutes paroles qui pourraient blesser les catholiques (1).

Le sort des protestants messins ne fut pas le même. Timides à cause de leur petit nombre, ils se contentèrent d'abord de se réunir dans l'église Saint-Ladre, à une demi-lieae de la ville; ensuite ils demandèrent, mais inutilement, l'église da Neufbourg, et obtinrent à la fin l'autorisation de construire an temple dans le retranchement de Guise, près de la porte Sainte-Barbe. Les chanoines de la cathédrale ne négligeaient rien cependant soit pour faire échouer les projets de leurs ennemis, soit pour retenir les bourgeois dans l'ancienne religion. Ils employèrent, à cet effet, Firmin Capicier, récollet renommé pour son éloquence, mais dont les prédications furent assez mal accueillies par des gens qui penchaient en secret pour l'hérésie. Il ne faut pas croire néanmoins que tonte la population messine fut pervertie ; jamais les protestants ne furent en majorité, mais leur union, leurs richesses et l'Indécision des gouverneurs français , qui voyaient la cour favoriser alternativement les deux partis, augmentaient les forces des Calvinistes et les rendaient plus entreprenants. Ils commencèrent à affluer è Metz |de toutes parts ; plusieurs pasteurs s'y fixèrent ; on tenait chaque jour des assemblées religieuses et politiques, et les prêches retentis-

(1) V. Benoit, Elist. de Toul, p. 64S, 6U4M, ftig, 6» et «9.

saienl de déclamations contre le catholicisme et le clergé. Des prêtres abandonnèrent leur état et se marièrent; la supérieure et cinq religieuses du monastère de Sainte- Madeleine en sortirent dans le même but ; le maltre-ëcbeTin était partisan de la réforroation, et une partie des Treiie avait été choisie parmi les novateurs. Ceux-ci avaient promis, lorsqu'on leur accorda la permission de construire un temple dans le retranchement, de ne former aucune réunion bon de la ville ; mais, encouragés par des succès toujours croissants, ils eurent bientôt des églises dans les environs. Un ex-carme de Baccarat , qui avait pris femme, précbait i Lorry-devant-Mctz ; un autre carme , marié comme le précédent , s'était établi u Lorry-devant-le-Pont ; un curé lorrain , que le célibat avait pareillement fatigué, faisait des prosélytes à Coin-sur-Seille et y supprimait Texercice da culte catholique ; dans quelques autres villages, des prêt et des moines apostats travaillaient à anéantir une qu'ils avaient longtemps pratiquée. Dans la ville même. Ici protestants avaient créé des écoles, une espèce de collège, et plusieurs imprimeries, desquelles sortaient des pamphlets incendiaires que les colporteurs répandaient jusque dans ki hameaux les plus isolés. Telle était la situation du calvinisme. Les catholiques, qui par leur apathie avaient laissé le mal prendre tant d'accroissement, se réunirent et cherchèrent m remède à ces désordres ; ce fut en vain ; le protestaotisae continua à gagner du terrain, et Guillaume Farci, alors agi de plus de quatre-vingts ans (I), vint â Metz, en 1565, pov visiter l'église dont ses prédications avaient jeté les fondements.

Les villes du temporel : Vie , Albestroff et Harsal , commençaient à être envahies par l'hérésie. Pierre Salpéde, bailli

(1) Si Farel est né en li89, comme le d»ent plusieun biographes, 3 ii*avait alors que Roixanlc-sciie ans.

de l'évèché et gouverneur de Marsal, tâchait d*y accréditer les nouvelles opinions. A son retour du concile de Trente, le cardinal de Lorraine, irrité de Finfidélité de son bailli, le destitua et mit des commandants sûrs à Vie , Hoyenvic et Albcstroff ; mais Salcéde refusa de livrer Harsal, où il avait introduit une garnison française, et prit Vie et Albestroff. Le roi de France, qui ne connaissait pas le véritable état des choses, se montrait disposé à soutenir rex-bailli; toutefois, l'affaire s'arrangea; Vie fut restitué au cardinal, et les sujets de Févèché eurent ordre d'aqurer leurs erreurs ou de s'expatrier (i).

La liberté illimitée dont jouissaient les Calvinistes était loin de les satisfaire; ils résolurent de profiter des embarras de la France, ensanglantée par la guerre civile, pour proclamer Fiodépendance de Metz et l'ériger en république, avec le secours des princes allemands et des villes impériales qui avaient adopté les principes de la réforme. Ils gagnèrent quelques-uns des principaux officiers français, prirent les armes à Timproviste, s'emparèrent de la ville et pillèrent les églises et les monastères; heureusement, beaucoup de catholiques étaient parvenus à se réfugier dans la citadelle; réunis à une partie de la garnison, ils y firent si bonne contenance que le coup fut manqué, et H. de Yieilleville, étant revenu dans son gouvernement, chassa les officiers et les soldats qui s'étaient associés a la révolte. Ils se hâtèrent d'aller joindre le prince Jean-Casimir, second fils de l'électeurpalatin^ qui réunissait une armée pour venir au secours des protestants français. Mais , avant de raconter cette expédition , bien funeste à notre pays, il est nécessaire de rappeler celle qui avait eu lieu cinq années auparavant.

On sait que les Calvinistes, conduits par le prince de Condé et par l'amiral de Coligny, s'étaient insurgés une première

(1) V. Meurisse, ibid., p. 176-280.

fois en 1562, et que, voyant l'impossîbililé de lutter seub contre toutes les forces du royaume , ils avaient dépêché des émissaires en Allemagne pour engager les princes protestants à leur expédier des renforts. L'amiral chargea D'Andelot, son frère, d*aller au devant de Tarmée allemande qui s*assemblail sur les bords du Rliin. L*envoyé ne pouvait être mieux choisi , car il entretenait des relations en Lorraine et avait épousé Barbe-Anne fille de Jean VIII comte de Salm , el Teove de Baliliasar d*IIaussonville. Les protestants craignaient beaucoup que Charles 111 , uni d'intérêt avec les princes de sa maison établis en France , ne voulût mettre obstacle à la marche de Tarmée et n*empôchàt la jonction des Allemands et des troupes du prince de Condé. Malheureusement , le duc de Lorraine n'était pas en mesure de s'opposer d'une manière e£Bcace an passage de l'ennemi, et se trouvait condamné à rester simple spectateur des événements. D'Andelot, qui ne savait pas quelle était l'intention de Charles, lui adressa, de Francfort, le IS septembre iliGS, une lettre assez peu respectueuse pour loi demander la permission de traverser la Lorraine, c Vons savez, Monseigneur, disait-il en terminant, que ceulx qii se sont rendus nos ennemis mortelz, et avec bien peu d'occasion , au lieu de recevoir les honnestcs conditions qie leur avons offertes et offrons formellement, le tout concistant en nous voulloir laisser vivre en repos de conscience d suivant les esdictz du Roy, au lieu di voulloir entendre, occupent et leurs espritz et leurs forces et générallement tous leurs moyens à exécuter une extresme diligence et farie pour confondre les nostres. Je serois de ma part bien ingrat et malheureux si, en suivant les moyens que lesditx nosim me dirent leur estre favorables, je ne les ensuy de poîad en poinct, ne me voullant dire moins affectionné è les bvoriser que je tiens les aultres en vollonté et désir de mal faire ».

Charles ne fut pas dupe de ces protestations hypocrites;

néanmoins, pour éditer de pins grands malhears^ il accorda la permission de passer sur ses terres (1). Elle fat doniiée le 19 septembre, et bientôt après les bandes prolestantes travers sérent la partie septentrionale des duchés. Les Calvinistes n'avaient pas même attendu ce moment pour commencer b guerre dans les Trois-Evéchés. Depuis qu'ils avaient résolu d'arracher par la violence ce qu'ils désespéraient d'obtenir par la persuasion, ils désiraient ardemment s'emparer des villes de Metz, Toul et Verdun, qui posaient favoriser lears communications avec TAIIemagne. Metz était si bien gardé que Ton ne pouvait raisonnablement songer à s'en rendre maître; Toul n'était guère plus exposé, à cause du voisinage de Nancy; mais Verdun courait des risques, d'autant plus que rhérésie s'était répandue dans divers lieux du temporel, malgré les efforts de Nicolas Pseaume, administrateur de l'évéché. Les Messins, d'un côté, et le duc de Bouillott, de l'autre, faisaient des tentatives continuelles pour entraîner les Verdunois dans l'hérésie. Le baron d'Ornes , le sieur de Nettancourt et d'autres gentilshommes avaient introduit le calvinisme dans leurs domaines, et ne cessaient de faire des entreprises et de commettre des usurpations sur les biens de l'église; ce qui obligea le cardinal de Lorraine, lequel avait conservé le titre d'évêque, de nommer le duc de Guise ▼icomte et marquis de l'évéché, et de lui attribuer la cli&tellenie et prévôté de Dieulouard, ainsi que les droits de re- . prises des fiefs du temporel, pour le mettre à même de supporter les dépenses que ses nouvelles fonctions devaient entraîner. Le duc de Guise accepta, le 15 mai 1562, .au moment où le péril devenait imminent. *

Verdun avait pour commandant le sieur de Boucart, qui

(1) L*original de la lettre de D'Andelot, une autre missive du même m «a sieur d'Haussonville, Grand Maître et Gouverneur en Lorraine n, et la minute de la réponse de Charles III sont an Trésor des eb., layette Asia» Généraux, /, n» 8.

ne faisait pas mystère de ses liaisons a^ec les protestants. Il apprit, dans les derniers jours d*août» que les nobles dont nous avons parlé réunissaient des soldats et armaient leurs vassaux , sous prétexte de protéger leurs terres contre les bandes allemandes, mais , en réalité, afln de tenter, avec Taide de ces mêmes allemands, un coup de main sur Verdan; et, loin d*adopter les mesures nécessaires pour conjurer le danger qui menaçait la ville dont la garde lui était confiée, il plaça dans les postes les plus importants des soldats calvinistes , sur lesquels on ne pouvait compter. Cependant Fivèque, plein de confiance dans la miséricorde divine, prescrivit des prières publiques et une procession générale. Le 2 septembre , on intercepta une lettre adressée à un officier de la garnison , et Ton sut que l'ennemi devait, dans la nnit suivante, donner Tescaladc à la ville. Pseaume, les principan membres du clergé et les magistrats allèrent trouver le commandant et le prièrent de permettre à la bourgeoisie d*occapcr les portes , concurremment avec la garnison. Boucart refàn d'abord , puis, sur la menace de le dénoncer au roi, consentit à ce que l'on demandait. La précaution n'était pas superfloe ; car, vers minuit , et pendant que les femmes et les enfants priaient dans les églises pour le salut de la cité , et que les bourgeois se tenaient sous les armes, prêts à combattre, danx mille calvinistes, munis d'échelles, s'approchèrent de la porlt âaint-Viclor et essayèrent d'atteindre le haut des murailki. Une décharge de mousqueterie leur ayant fait voir que Toa était sur ses gardes , ils abandonnèrent leurs échelles et s'enfuirent , non sans être vivement poursuivis par une partie de la garnison et de la milice bourgeoise (1). Le gros de l'armée allemande entra en Lorraine du côté de

(1) On faisait, tous les ans, le 5 septembre, une prrrmMion destinée & conserver le souvenir de cet évëneinent. V. Rnniifil, HîlL et Verdun , p. i^'ii9.

Sarrebourg et vint se loger à Baccarat. Les protestants y s^oofnérent pendant dix jours, et, malgré les efforts de D*Andelot et des autres chefs, ils y vécurent à discrétion , ineendièreiit plus de trente maisons et maltraitèrent tellement les boargeois, que ceux-ci furent obligés de s*enfermer dans Féglise eC. dans le couvent des Carmes (1). D'Andelot prit enfin le che* min de la Champagne, et la Lorraine fut délivrée de ces botes incommodes. Ce ne fut pas pour longtemps; dès Taniiée 1563, des bandes qui allaient en France, ou qui en revenaient, traversèrent notre pays, se saisirent do ebàteaade Dieulouard et pillèrent la collégiale Sainl-Laureni (2).

La guerre civile, terminée en 1563, recommença en 1567, et les Calvinistes , se rappelant combien le secours des Allemands leur avait procuré d'avantages, résolurent de soadoyer de nouveaux mercenaires. Le prince de Condé conclat avec Jean-Casimir mentionné plus haut an traité , par leqnel oe dernier s'engageait à amener huit mille reltres et boit mille suisses, à condition qu'on lui accorderait le goavememeni des villes de Metz, Toul et Verdun, où il devait entretenir des garnisons exclusivement composées de calvinistes français. Li^ perspective de cette seconde invasion consterna les Lorrains , et Charles 111 décida que, si l'on ne pouvait la prévenir, on tâcherait au moins d'en atténuer les fâcheuses conséquences. Le 17 octobre, il défendit les réunions illicites et prescrivit à tous ses vassaux de se tenir prêts à marcher (3). On vil bientôt arriver le duc d'Aumale, qui, à la tète de dix mille hommes d'infanterie et de mille cavaliers, était chargé de couvrir la frontière; la joie fut générale, et les chanoines de Metz envoyèrent au duc mille écus , en s*excusanl de ne pas donner davantage. La seule vue des troupes françaises avait

(t) V. Calmet, Notice , 1. 1, col. 317.

(2) V. idem, ibid., col. 330.

(5) V. le recueil de Reboachef, p. 51i-516.

engagé Jean-Casimir à retarder son Yoyage^ et son adfersaire proGta de ce moment de tranquillité poor disperser un rassemblement de protestants commandé par le baron d^Htufsonvilicy et pour s^avancer jusqu*auprés de Saverne, ait d'attaquer un corps assez nombreux de calvinistes français, qui, partis de Genèfe, sous les ordres du capitaine La Coche, comptaient opérer leur jonction avec les Allemands. Cette dernière expédition fut couronnée d*un succès compkl; néanmoins , le duc ne put empêcher Casimir de rëonir ses troupes à celles du prince de Condé et de Tamiral, qui, n*élaal pas en situation de tenir tête à Tarmée royale , aTaient qaidë brusquement les environs de Paris, traversé la Champagne et le Barrois et passé la Meuse près de Saint-Mihiel. Casimir s'avançait par la Lorraine allemande, et les deux arméei allaient se rencontrer, lorsque le duc d*Aumale , pour j mettre obstacle , fit sauter deux arches du pont de Pont-é- Mousson (1); mais, craignant d'être écrasé par des forces sapérieures, il ne sortit pas de la ville, et les Allemands, ayaal remonté la vallée de la Moselle, puis celle de la Mearthe, découvrirent un gué que Ton avait négligé de garder. Les protestants français , après avoir pillé et profané Féglise de Vieux-Mouticr , qui était , comme on sait , la première égliK de Tabbaye de Saint-Mihiel (2) , pénétrèrent dans le TonUi» incendièrent Tranquevillc , saccagèrent les villages qa*ils reacontrèrent, surprirent quelques châteaux et vinrent cèwifitt aux portes do Toul. I^s chanoines et les bourgeois, éKnjf^ de l'approche de l'ennemi, avaient demandé des secoV au duc de Lorraine, et l'on avait fait entrer dans Tool i> grand nombre de paysans, en sorte que le prince de Coad'i appréhendant de perdre beaucoup de monde 8*il hasii^

(1) V. Abram, Historia univcrsitatis mussipoDlaoc, nu. delà bîbL|^ de Nancy, n9 85.

(2) V. De lislc, Ilist. de la célèbre et aacirDiie abbtyt de p. 212.

une attaque, s*éloigQa dans la direction de Vézeli8e(i). Le commandant de cette petite Yilie était vendu aux CaNinistes et avait promis de la livrer; heureusement, la trahison fut découverte , et le commandant jeté en prison. Ce fut dans les environs de Vëzelise que les Allemands joignirent enfin les Français (2); ils s'emparèrent du château de Vicherey, essayèrent inutilement de surprendre la forteresse de la Mothe, brûlèrent le prieuré de Rinel et entrèrent en Franee, dans les premiers jours de janvier 1568 (5). La Lorraine ne fut pas toutefois immédiatement débarrassée de la présence de Tennemi. Une troupe de reftres, sous les ordres d*AntoiBe de Croy, avait été laissée dans le château de Vicherey; elle occupa même Biqueley , et de là fit des courses dans le Tonlois et dans plusieurs cantons de la Lorraine. Charles m attaqua Vicherey , le força et chassa les pillards; mais peu de temps après , parut une nouvelle troupe d'ouvrière évangé^ tiques, qui n'avaient pu partir aussitôt que le prince Casimir. Ils voulurent escalader les murailles de Toul » et ils faisaient déjà les préparatifs nécessaires lorsque le capitaine Du Pftrge accourut, avec une compagnie de chevau-légers et trois compagnies d'infanterie lorraine, et obligea les retires à continuer leur roule (4).

Les marches et contre-marches des deux armées prolestantes causèrent de grandes pertes à la Lorraine et an Barrois^ et le peuple manifesta un tel ressentiment contre les personnes accusées d'avoir entretenu des intelligences avec l'Etranger, que le duc ordonna de les punir avec la dernière rigueur. Le commandant de YézeHse et d'autres individus, convaincus d'avoir trempé dans le complot ourdi pour livrer

(1) V. Benoit, Ilist. de Toul, p. 646.

(2) De Thou (lib. XLIE) prétend que les AUemandf U^venèrait la MoseUe à Pont- à-Mousson et rencontrèrent les Français à peu de dîstanee.

(3)V. Calmet, ibid., col.921.

(4) V. Benoit, ibid.

celte ville, ou d'avoir fourni des renseigoemenls à l'ennemi, furent pendus et exposés sur les ebemins afin de servir d'exemples (1).

Celte sévérité effraya les lorrains qui auraient po èUt

tentés de former quelques liaisons avec les Calvinbtes,

mais elle n'épargna pas à la Lorraine une troisiénc

visite des Allemands. La guerre avait encore éclaté en France

dans le cours de Tannée 1575, et le prince de Condé s'élaic

rendu auprès de Jean-Casimir, auquel il avait promis, pov

la seconde fois, le gouvernement à vie des Trois-Evèchéi et

des sommes très-considérables. Casimir leva alors une armée,

qui se mit en marche vers le milieu du mois de décembre (S);

elle était composée de reftres et de lansquenets el devait être

. renforcée par un corps de sept mille suisses et par une bande

de calvinistes français, qui s'organisait à Strasbourg. Les

Allemands traversèrent la Lorraine dans toute sa largeur cl

se dirigèrent sur la ville de Charmes ; les Suisses, que les

Français avaient ralliés il Moyen, le 30 décembre, opcrèreal

leur jonction avec leurs alliés, le 1^' ou le 9 janvier 1576.

Aussitôt après leur arrivée, ils furent passés en revue,

c caressez et embrassez l'un après l'autre > par le priaec

de Condé, Casimir et leurs lieutenants, c et faute d'argent 1

» fut baillé (aux Suisses) des souliers et du drap poar le»

> habiller >. Les jours suivants, l'armée traversa la Moieik

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