partie sur le pont de Charmes, partie à un gué voisin ; mab kl
chefs, auxquels le roi avait fait de nouvelles proposilioiii
ne partirent que le 5 janvier. « Les lansquenets, suyvml
9 leurs meschanles et maudites couslumes, et sans qu'il ktf
» fust en façon que ce soit commandé, au desloger de kir
9 quartier et lieux d'environ, au grand regret de H. k
(1) V. Rosières, Stemmata Lotharingûe ac Barri Dueum, (^ 558 v*.
(2) Les 27 octobre et i 1 novembre , Charles III avait âgné d» nances qui prescrivaient aux habitants des campagnes de Iramporlir meubles, leurs grains et leurs vins dans les viHes fcrméM.
» Prince, et à la grande foulle et dommage des poTres Lor-
> rains (qui, en se lamentant, disoyent que ce n'estoitpas » practiquer la promesse qu'on leur aYoit faite, en entrant en » leur pays, qu'on les traiteroit doucement), mirent le feu en » plusieurs villages, granges et métairies. > L'étonnement que témoigne, en cette circonstance, le narrateur protestant de l'expédition a droit de nous surprendre, car les Allemands ne respectaient pas même leurs chefs et ne connaissaient pas les régies de la discipline, ainsi que l'on en peut juger par an fait que nous empruntons à la même source. De Housséfilie, où l'on passa la nuit, c nous devions, dit le narrateur, aller » loger à Rémoville, mais, quelques cornettes de Rittstres
> s'estans avancées et y estans arrivées des premières, ne » voulans point aller plus avant, ni cercher le quartier qui
> leur estoit baillé ailleurs , encores qu'on leur dist que c'es- • toit le village où M. le Prince devoit coueher ce jpur-là, » sans aucun respect ils s'y logèrent ; tellement que la compa-
> gnie et cornette de mondit sieur le Prince y estant arrivée » bien tard , au lieu que nous nous y pensions raffraichir, » nous fûmes contraints de quitter le lieu à ses premiers » hostes;.... de façon qu'après que H. le Prince eust luy- » mesme attendu tout ce temps (une heure et demie) à cheval,
> il nous fallut passer outre et alasmes, presque toujours de » nuict, par les bois, voire par un temps pluvieux et des
> chemins fort fascheux, à trois grandes lieues de là, et » jusques à Hary-la-Tour (stc), où nous arrivasmes crottez » et mouillez. > De ce lieu, l'armée protestante se dirigea vers Neufchâteau, dont la garnison et les habitants gardaient soigneusement les portes et les remparts, passa la Meuse tout prés de cette ville et pénétra, le 11 janvier, sur le territoire français (i).
(1) V. Recveil des choses iour par iouMvenves»eD i*Année coadaite d'Allemagne en France par Monaieur le Prince de Coudé, pour le reita-
Une partie des bandes que Jean-Casimir traînait A sa suite avait été levée dans les petits états qui bordaient la Lorraine du côté du nord-est. Les comtes de Hanau avaient, depuis nombre d'années, embrassé le Luthéranisme, et Tun d*eox I aorait même introduit dans Tabbaye de Stulzbronn, vers Tannée 1 î)50, si Christine de Danemark et le prince Nicolas n'y avaient mis opposition (i). Après la mort de Jacques duc de Deox- Ponts, Charles 111 avait , conformément à Tusage du pays, laissé le comté de Bitche, dont ce prince était détenteur, i sa fille Marguerite -Louise, qui avait épousé Philippe V comte de Hanau. Ce dernier, oubliant ce qu'il devait i Charles, établit le Luthéranisme dans le comté, et le doc de Lorraine fut obligé d*y envoyer des troupes commandées par le comte de Salm, par African d*Haussonville et par Thierry de Schomberg, qui s'emparèrent de Bitche, le II juillet 1571 (2).
Frédéric rhingrave de Salm, qui professait le protestantisme, engagea son parent Jean IX comte de Salm, que nous venons de nommer , à profiter des circonstances critiques on se trouvait la Lorraine pour dépouiller les moines de Senones. Ils commencèrent par commettre des usurpations sur leurs domaines, et Fabbé porta plainte devant Polweiler, grandbailli de Ilaguenau ; mais les deux princes, sans se laisser arrêter par cette procédure , assemblèrent dans Tabbaye ks habitants de la vallée et se firent reconnaître comaie seigneurs. Les religieux avaient pris la fuite. Une bande armée se rendit au prieuré du Moniet, près de Baccarat, où Ton croyait qu'ils s'étaient réfugiés , et Nicolas Saxenat , curé de Domptail, s'étant présenté et ayant voulu engager les protestants i K retirer, ils le massacrèrent sans pitié. Les choses demea-
blissement de 1 Estât du Royaume, et nommément pour U Religion : de; MDLXXVII, pelil in 8".
(1) V. Calmet, ibidt, t. li, col. 545.
(2^ V. idem, EliM., t. II, col. 1373 cl 1374.
rérent en cet état pendant deux années (de 1571 à 4873). Enfin, l'évèque de Strasbourg, Jean de Handeracheîdt, ménfigea an accommodement ; les moines rentrèrent à Senones , mais furent contraints de céder aux princes de Salm une partie de leurs propriétés, c'est-à-dire cent seize mille arpents de bois, les forges de Framont, des moulins, des fours et des scieries ;; les églises paroissiales devinrent communes anx deux cultes, et la moitié des biens ecclésiastiques fut affectée à Fentretien des ministres de la confession d'Augsbourg. A partir de oe moment, le luthéranisme se répandit avec rapidité dans le yal de Senones et dans les environs ; il y comptait, dn reste, un certain nombre d'adhérents depuis Tannée 1540, époque à laquelle le rhingrave Jean -Philippe avait jugé à propos d'abandonner Tancienne religion (1); et il est même probable que l'incendie de l'abbaye de Saint- Sauveur, arrivé en 1565, fut l'œuvre de quelques sujets du rhingrave (2).
La maison de Salm possédait malheureusement d'autres domaines dans lesquels le protestantisme ne tarda pas à faire des conquêtes. On vit des prédicants à BadonviUer dés l'année 1555; ils tinrent d'abord leurs réunions dans les jardins hors de la ville ; ils s'assemblèrent ensuite dans l'enclos de la halle et finirent par obtenir l'usage de l'église paroissiale, « ayans les heures du service my-partie avec les.... catho-
> liques, mais ce par grâce spécialle, et soubs les conditions
> dont ils furent fort mauvais observateurs ; et par succes- » sion de temps (ils) se rendirent sy puissans et sy hautains,
> que 9 lorsque la messe n'était pas terminée pour l'heure du prêche, ils entraient dans l'église en tumulte, s'asseyaient sur les autels, « défiguroient les images des saincts comme
(i) V. Calmet, Hist. de Tabbaye de Senones, eh. 38 et 39, ms. de la bibl. publ. de Saint-Dié; Hist. de Saint-Dié, par M. Gravier, p. iêMSU. (2) V. Calmet, Hist., t. III, col. 85.
> idollcs risibles et y commettoient plusieurs indignités trop
> longues à déduire » (1).
Les rhingraves établirent aussi le protestantisme à Fénéirange et voulurent séculariser les chanoines de la collégiale » mais ces derniers résistèrent avec persévérance et se retirèrent à Donnelay , qui appartenait au temporel de Metz , et pu ib résidèrent jusqu^cn i68â (â).
Charles employa tour à tour les menaces et la persuasion pour détourner les rhingraves de détruire l'ancien -culte dais leur petite principauté ; ce fut en vain , et le duc fut obligé de se borner à veiller sur ses propres états , où Thérésie tentait continuellement de faire irruption. Quoique les rédacteurs di martyrologe protestant (3) disent qu'entre tous les royaumes et pays de l'Europe la province de Lorraine est celle où Dieu a répandu le moins ses grâces spirituelles, que les magistrats de ce duché sont injustes, et que ses habitants sont idolâtres et si aveugles qu'ils ne veulent pas recevoir les pasteurs que Dieu leur envoie pour les éclairer, le calvinisme se glissa dans plusieurs bailliages de la Lorraine et du Barrois. Dans quelques lieux du bailliage de Nancy , les paysans refusèrent de payer aux seigneurs ecclésiastiques les redevances ordinaires (4).Eb 4579, Charles III établit à Pont-a-Mousson quatre foires» qae chacun reçut Tinvilation de fréquenter, avec toute sûreté poor sa personne, malgré la différence de religion (5); et eetle mesure, qui attira quantité d'étrangers dans la ville» eat poor
(1) V. Certificats de l'Exil et Bannissenent des Ctlvinbles, de la Terre de Salm et Badonvillcr, par M. le prince de Salm en l'ui iittS, copît coUationnéc dans la bibliothèque de M. Tabbé Marchai, curé de Saiâl- Fierre. Comme ceux de Metz, les protestants de b prineipuilé de Sais passèrent, pour la plupart, du luthéranisme au calvinisme.
(2) V. Calmet, Notice, t. I, col. i50-i53; UisU, t. II, col. 9S7.
(3) V. p. 1603, édit. de 1048.
(i) V. Calmet, Hist. de l'abbaye de Scnones, eh. iO. (K) V. un ancien recueil d'ordonnances qui fait partie de la eoUedioa de M. Nocl.
résultat d*y ranimer l'amour des nouTeautés. Dès Tannée 4560, un moine, qui avait prêché le carême à Pont-à-Monssony avait activement travaillé à répandre les erreurs de Calvin et séduit plusieurs des premières familles. On n'av^^ît pas tardé à le bannir, ainsi que ses partisans; mais ceux-ci avaient obtenu, peu de temps après» l'autorisation de rentrer dans leurs demeures. Bien qu'ils eussent abjuré l'hérésie^ le feu avait couvé sous la cendre , et les jésuites » qui enseignaient dans l'université dont nous raconterons bientôt la création , ayant fait jouer par leurs élèves, en 1577, une pièce intitulée CoMn^ cette représentation, où le réformateur n'était pas ménagé, excita des murmures chez beaucoup de bourgeois (i).
Ce furent des marchands allemands et français qui déposèrent les germes de l'hérésie dans la ville de Saint-Nicolasde-Port. Peu après , Louis des Masures, le fade auteur du Chant poiloral^ commença à prêcher en secret le calvinisme , et, quand il eut fait un certain nombre de prosélytes, il appela un ministre , qui vit la foule accourir à ses prédications. On en donnait le signal en tirant un coup d'arquebuse, qui était entendu dans tous les quartiers de la ville , et le mal devint si grand qu'un jour de fête, en 4568, les habitants laissèrent le curé presque seul dans l'église pour aller entendre le discours du ministre. Le curé lui-même ne résista pas au torrent, quitta Saint-Nicolas, se maria et s'établit dans un village du pays messin, où il débita les nouvelles erreurs. Charles III, informé de ces désordres, y remédia promptement, et, par ses ordres, Jean de Savigny se rendit à Saint- Nicolas , avec les arquebusiers à cheval de la garde. A l'approche des soldats , les bourgeois qui se sentaient coupables résolurent de fuir, et plus de soixante familles abandonnèrent leurs maisons avec précipitation ; ce ne fut pas, du reste, pour longtemps ; car on leur permit d'y rentrer, après une
(1) V. Âbrain, Hist. univenitatis mumpootan».
abjuration que Ton ne regarda pas comme sincère. Louis des Masures parvint à gagner Deux-Ponts et devint pasteur k Metz ; mais Jean de Savigny arrêta un étranger nommé Florentin , qui fut pendu ; et, deux ans après , on flt subir le même sort à un ministre languedocien appelé Madoc, que Ton saisit à Lunéville, au moment où il cherchait à gagner Saint-Nicolas (1).
Le commerce étendu que faisait la petite ville de Mattain* court et les voyages de ses habitants dans les pays prolestants ne tardèrent pas a introduire dans ce lieu Thérésie calviniste ; on appelait même communément Mattaincourt la Petite Genève ; toutefois^ les bourgeois, intimidés par ce qui s*ctait passé à Pont-à-Mousson et à Saint-Nicolas, cachèrent tant bien que mal leurs opinions et réussirent à n*ètre pas inquiétés (2).
On vit également des calvinistes à Bar-le-Duc et dans les environs, et on assure qu'ils engagèrent plus d*une discussion avec les ecclésiastiques, auxquels ils reprochaient de partager, relativement au baptême, les erreurs des Anabaptistes (3). Une communauté religieuse de Bar, celle des Béguines, se laissa surprendre par les hérétiques , et quand on eut acquis la certitude que ces filles professaient le calvinisme , on les força à quitter le pays (4). Quelques chanoines de la collégiale de Munslcr embrassèrent le luthéranisme et partirent pour rAllemagne (5); enfin, plusieurs lorrains de divers lieux prirent le même chemin , afin de se soustraire atu disposi-
(1) V. idem, ibid.
(2) V. Hédd, La vie du Révérend Père Pierre Fovrier dit vulguremcal le Père de Malaincovr, réformateur et général des Chuioinet-Régulien à» la Congrégation de Notre Sauveur, cl Institvtevr det R^ieuiei dt b G)ngrégation de N. Dame, l^^ partie, p. 36 et 37, édil. in 8».
(3) V. Calmet. Bibl. lorr., col. tiit.
(i) V. idem , Notice, t. 1 , col. 83 et 84, et supplém., col. 58. (3) V. idem, ibid., col. 942.
tioDS des ordonnances qui les concernaient. Noos nommerons seulement, parmi eux, Wolfgang Huscuins, fils d*un tonnelier de Dieuze, qui fut ministre à Strasbourg, mourut professeur de théologie à Berne et laissa différents éerits, lesquels eurent de la réputation dans leur temps (i).
On compta parmi les adeptes des hérésiarques certains membres de TAncienne Chevalerie, notamment Olry du Châtelet, seigneur de Deuilly, qui ne craignit pas de démolir le prieuré de ce nom, d*en employer les matériaux à réparer lea bâtiments de sa basse-cour, et d'ouvrir un prècbe.où il essaya d'attirer les habitants des villages voisins (2). Comme les privilèges dont jouissaient les membres de la Chevalerie engageaient le duc à fermer les yeux sur quelques-unes de leurs entreprises , les nobles qui avaient abandonné le catholicisme s'imaginèrent qu'ils parviendraient à obtenir des concessions plus étendues. Ils se réunirent, en 1564, et présentèrent è Charles III une pétition, dans laquelle ils demandaient qu'il fût permis à eux et à leurs vassaux de professer ouvertement leur culte, sans s'exposer à aucune condamnation; et ils ne* craignirent pas de laisser entendre que les Suisses et divers princes allemands étaient tout disposés à appuyer cette requête, même par la force. En effet, on vit arriver en Lorraine des députes de la reine de Navarre, du prince de Condé, de rélecleur-pala^in, du landgrave de Hesse , du duc de Wurtemberg et du canton de Berne. Les instructions des envoyés étaient uniformes; ils devaient prier le duc de Lorraine d'accorder à SCS sujets la liberté de conscience et les droits qui eo découlent; Charles écouta leurs remontrances, mais refusa de leur donner aucune réponse; il se contenta d'écrire à chacun des princes que nous venons de nommer qu'il ne s'était jamais mêlé des affaires religieuses de leurs états , et qu'il entendait
(i) V. idem, Bibl. loir., col. 680 et 681. (2) V. idem, Notice, t. I, col. 53i.
conserver la faculté de régler chez lui ce qui regardait la religion (1). Il aurait pu ajouter que la législation lorraine, malgré sa sévérité, était bien plus humaine que celle des pays protestants, et que Ton avait déployé chez nous beaucoup moins de rigueur pour protéger et maintenir Tancien culte , que Ton n'en avait employé ailleurs pour établir et consolider le nouveau; car, ainsi que le fait observer Rosières, la Lorraine fut de toutes les contrées de l'Europe celle où il y eut le moins d'exécutions contre les protestants, et la plupart des condamnations dont parlent les historiens furent prononcées pour faits de haute-trahison.
La fermeté que Charles III montra dans cette circonstance intimida les membres calvinistes de l'Ancienne Chevalerie; on sait toutefois quils tinrent plus ou moins secrètement, en 4566, une assemblée dans le bourg de Foug, et que des poursuites criminelles furent dirigées contre ceux qui s'y étaient trouvés (2). Cette affaire et d'autres, qu'il serait superflu de relater, firent comprendre au duc l'importance de ne pas laisser tomber en désuétude les ordonnances de ses prédéeetseurs , et de publier lui-même quelques dispositions supplémentaires devenues indispensables. Il y pourvut par son ëdit du 14 septembre 1572, qui défendait d'assister aux réunions non autorisées, « de faire aucun exercice de la nouvelle reli- » gion au dedans de la Lorraine , et d'aller hors d'icelle ponr » Icdiot exercice ». L'édit promettait une amnistie à ceux qnl s'engageraient à obéir, mais enjoignait aux récalcitrants de sortir immédiatement des duchés de Lorraine et de Bar ; il leur laissait cependant la faculté de vendre leurs biens , par eux-mêmes ou par procureur, dans le délai d'une année; faute de quoi, ces biens devaient être réunis au domaine docal
(1) V. Âbram, ibid.
(2) V. Sutistiquo du département de la Mcurtbe, par M. H. Lepige, t. Il, p. 497.