W9 VI M
« violes d'Espagne ; ci secondemeol les chanlres de la
» chapelle en nombre de vingt Toix, et dix joueon de
» cornets , gros haultbois ci sacboutes > .
La salle dlionneur, ouverte en grande cérémonie le 9 jut, à une heure après midi, ne fut plus fermée jusqu'au 14 joilld suivant. Tous les matins, à Texception des dimanches et fèm, on y célébrait trois messes, à la dernière desquelles officiaicsi souvent trois prélats mitres ; raprés-diner, on ehantait les vigiles des morts ; immédiatement après la messe et les vigikii on servait sur la table un festin somptueux, comme si le prinor était encore en vie ; Taumônier disait le BenedidU ; les fourriers, panetier, mattre-d'hôtel, échanson , etc., remplissaieai sérieusement leurs fonctions habituelles ; un secrétaire dei commandements et c le médecin en quartier • se tenaient , comme à Tordinaire, derrière le siège ducal ; mais» ausiiléc après la récitation des grâces , TaumAnier distribuait aax pauvres le pain , le vin et les mets qui avaient paru sur la table.
Pendant Texposition de Teffigie, on s'occupait à IranifiMver lu galerie des cerfs en salle funèbre. Les moMocres qui tapissaient les murailles furent enlevés, et d'immenses tentures en drap noir dissimulèrent les parois de la galerie. Des éevsons y furent fixés a peu de distance Tun de laotre, el trsii chandeliers, « chaussez de sarge noire » , et portant chacoa quatre gros cierges de cire blanche, furent suspendus an phfond pour éclairer la salle, qui ne reçut pas d'autre Innûère. Le cercueil y fut amené, placé sur deux tréteaiu et eontcft d\in poélc de toile très-fine et d'un autre en Telonrs noir, < croisé de satin blanc » ; on déposa sur le cercoeil la coaronne, le sceptre, la main de justice et le collier de l'ordre de Saint-Michel , et on établit au dessus un dais en veioun Les deux autels de la salle d'honneur furent' remontés la galerie des cerfs et garnis de parements noirs, ainsi qne les chaires à accoudoirs destinées au duc Henri , au
du snng et aux ambassadeurs ; les sièges des prêtais ofQciuDls, des évoques, des abbés mitres, du primat de Nancy, du grand-prcTÔt Je SainiDid, etc., et vingt quatre banqueltes où devaient s'asseoir les gentilshommes de la maison du Teu duc, el ceux qui étaient attachés aux maisons de Henri, des princes et des princesses.
La salle Tonèbre Tul ouverte le 1S juillet, à huit heures du matin, el le service divin y fut célébré, ce jour lu cl le lendemain, avec la même pompe que dans la salle d'honneur. Le 10, les chefs el maîtres des cérémonies spirituelles et temporelles prévinrent les individus et les corponilions (jui devaient assister aux funérailles que le cortège se mcllrait en marche le 17, à deux heures, pour conduire le corps dans la collégiale Saint-Georges; mais la notilication fut faite avec des formalités beaucoup trop compliquées pour que nous puissions les rapporter ici. A cinq heures, le roi d'armes, accompagné des hérauts et poursuivants en manteaux de ilcuil, ei entouré des vingt crieurs el sonneurs de clochettes de la ville de Nancy, ordonna à ces derniers d'agilcr trois fois leurs clocheiles, cl le héraul Lorraine publia, ■ à liaulle
> voix, le premier édil funèbre.... comme ensuit : Messieurs,
• on fait à tous sçavoir el entendre que demain, à deux ■ heures après midy, sera fait (aydanl Dieu) le premier
> convoy en pompe funèbre de renlerremenl du corps de » Très-Haull, Trcs-Puissoni et Sérénissimc Prince Charles
• troisième (lu nom, par la grâce de Dieu Duc de Calahre,
> Lorraine, Bar, Gueidres, Marchis, Marquis du Pont-ii-
• Mousson, Comte de Provence, Vaudémoni , Blâmonl, t Zulj>lien, etc., nostrc débonnaire el Souverain Prince de
• glorieuse et perpétuelle mémoire, lequel trespassa en son
• liostel de ccsle sienne ville de Nancy, le quatorzième maf
• dernier; ledit premier convoy funèbre depuis ledit hnstel
• jusqucs en l'église Sai net -Georges, oii seront chantées les
> vigiles et vcspre» des moria, et le jour il'apr^s, au nuttîn,
> le saÎDct service à son intention; partant, tous fercx tois
> devoir d*y assister et de prier Dieu pour son àme •. Celle proclamation, qui avait eu lieu dans la cour d*hooneor di palais ducal, fut renouvelée devant la porterie, mr la plaee Saint-Epvre et sur la place du Marché dans la Tille neuve.
On travaillait, en même temps, à sabler les rues qie le cortège allait parcourir, et à tapisser le portail de SaiM- Georges, celui de l'église .des Cordellers et la façade do paUi ducal avec des draperies noires, sur lesquelles se délaehaical des écussons couronnés^ aux armes de Lorraise, et enloarés du collier de l'ordre de Saint-Michel. On préparail aussi ks piècei (^honneur qui devaient être portées pendant la eéffémonie, et les ornements destinés aux prélats*
Le 17 juillet, à deux heures, les princes se rendlrcal daas la salle d'honneur, où le cercueil avait été rapporté laas k lit, comme précédemment; ils étaient accompagnés des ambassadeurs, et, aussitôt qu'ils furent entrés, révèqne de Taal« assisté de l'évèque de Tripoli, suffraganl de Strasbourg» des prélats mitres ou non, tous revêtus de chapes magnifiqnety de grand-archidiacre de Toul , des archidiacres de Ptet, de Vosge et de llincl, et de plusieurs chanoines, procéda à k levée du corps. Après une nouvelle proclamation dn d'armes, qui prescrivait à chacun de se mettre en lorsqu'il serait appelé, et d'observer minutieusement les pié> séances réglées par les maîtres des cérémonies, le eoftéi|S sortit du palais dans l'ordre suivant : trois eommtt, mnnk de baguettes, et faisant ranger la foule dans les mes; les viagl sonneurs, agitant leurs clochettes ot criant dans les carrefMn : « Nostre Débonnaire et Souverain Prince le Dnc Charki troisième du nom est trespassé; pries Dieu pour son àme •i huit commisj conduisant trois cents pauvres Tétas de daait marchant sur deux h'Ies, et portant cbascnn une lorehe de cire blanche, à doubles écussons aux armes pleines dn fea duc ; trois cents bourgeois, désignés par le conseil de nlfet
- 5«i c( iL-nanI des taiclics sembla bit» , oroées d'écugsous aux armes de Nancy; les membres de la confrérie du Sainl- Sacfcmeni, donl Charles III éuil premier- eonrrère et prolectcur, s'avaoçaDl ileux à deux el portaiu des flambeBus de cire blaache avec écussons ; le commis du dMfdss oértmoiiBS spiriluelles ; les Capucins, les Uinînes e( les Cordtliers, «rec leurs croix; le clergù îles paroisses Sniiil-Epvri^, Noire- Dame el Saial-SébaslicD, avec leurs cioix ; les chanoines de la Primaiiale et ceux de Saintficorges, tenant la droite, et visà-vis, à gauche, les fuculiés de théologie, de droit cl du médecine de l'université de Pcf nl-à -Mous son ; les huissiers de l'hôtel, armés de leurs verges el préeédanl la maiMO du dtfj funt; les muletiers et jumeoliers; le maltre-palfrenier, l«9 palfreniers et le maréchal de la petite ëcHrie; le mallre-pal- A%Dier, les palfreniers et le maréchal de la grusde éciuie; les cochers ; les artisans de l'hôlcl ; les valets de pied; les aldss de la (aijconnerie, de la vénerie et des toiles; le prévAl, le graveur, l'essayeur et une dépulaiion des ouvriers de la monnaie ; douze commissaires, mailrcs-caRonniers etfondears de l'arsenal; les valets de garde-robe et les lavandifirs; les violons et sonneurs de coruels el hautbois ; les courriers, les cbevaudieurs d'écuries, les maîtres des postes et le sergent! cheval des finances; les fourriers des logis; les eleres du Trésor des chartes; les lapissiers; les marchands et irliBaM de la chambre; le précepteur et les Irais gouverneurs des pages de la chambre, de la grande el de la petite écuries ; les tailleurs d'habits et chausseliers ; les aidée des offices de paieterie, échansonneric, garde-manger, cuisine, fruiterie,' gant»vaisselle et fourrière; les marchands pourvoyeurs, bouteDgers, ' pitissiers et herbiers; les chefs des offices de panelerie, échansonnerie, garde-manger, cuisine, fruiterie, gafdo^l»selle cl fourrière ; les officiers pensionnaires ; le ooRCierge el le garde-meubles de l'Iiélel ; les valets de chambre orthaaires et par quartier; les chirurgieus et l'apttthicaiN; les-dmx
ingénieurs des fortifications ; les sieurs commis a la mette des aides-généreux ; le concierge et le eonlrôlear de TartiHerie ; le receveur-général et le contrôleur-général du. domiae de Nancy; les intendants des mines d'argent, d'anr, de cuivre et de plomb ; les maîtres et le contrôleur des awanaies; les gouverneurs des six salines; les quatre contrôlcwi de l'hôtel, Targenlier et les greffiers do bureau du mèmt hôtel ; les quatre médecins; le prieur de FlaWgoy, maître de Ja chapelle ducale, suivant les chantres de la chapelle et lo musiciens de la chambre, qui formaient un chœur ; les piévôts des maréchaux et de camp ; les membre» du conseil de "ville de Nancy ; le greffier des assises de Nancy ; le mallrféchevin, les échevins et le clerc-juré de la justice de la même \ille; le lieutenant-général du bailli de Nancy, le prévôt ef le ^ruyer ; le trésorier-général de Lorraine et Barrois ; le président et les gens du conseil et des comptes de Bannw;le prf^sideni, les conseillers et auditeurs et le greffier des/omples de Lorraine ; le président et les conseillers de la coor dci lirands-Jours de Saint-Mihiel; le procureur-général de Lorraine et le trésorier des chartes ; les secrétaires entrants ai conseil et les secrétaires ordinaires; les conseillera d*étal de robe longue; les maîtres des requêtes, et Tis-è-m lesaecré» laires des commandements; les pages de la petite écurie; tai pages de la grande écurie ; les pages de la chambre ; les bh réchaux des logis; les gentilshommes suivants; les capitaiaa entretenus et pensionnaires ; les capitaines des villes el cbAleaiix ; les gentilshommes servants; les éeuyers des grande d petite écuries ; les quatre maitrcs-d*hôtel, tenant leurs bâiaaf renversés ; les gouverneurs des villes de garnison ; les baillii; Jes conseillers d*état d*épée ; M. de Couvonge, premier-pn* tilliomme de la chambre, avec la moyenne clé M. de Marlan, gentilhomme de la chambre, avec la clé durée; les genlil>hommes de la chambre et les cl lans; les lieutenants de la garde suisse; les huissiers de h
chambre, armés de leurs verges et précédant les pièeet tfhonr neur; M, d'Haraucourl de Saint-Nicolas, conseiller d'état ei chambellan, et Irenle-trois autres gcnlilshommes <|ui portaient les bannières de Lorraine, Bourbon, Gueldres, Anjou, Harcoun, VaudémonI, Wurtemberg, Blois, Autriche, Mantoue, Boulogne, Berry, Auvergne, Valois, Hainaul, Hourgogne et Bourbon -l'ancien, Provence, Danemarek, Flandres, Saxe, Brandebourg, SIeswick, Porlugal, Milan, et autres, représenlanl les différentes maisons desquelles Charles III et ses ancêtres paternels et maternels élaîcnl descendus; trois cloches d'armes, tenant leurs trompettes renversées; les poursuivants d'armes Vaudcinont et Clerniont; M. du Châlelet, conseiller d'état et sénéchal de Lorraiae, et M. de la Bastide, conseiller d'étal cl sénéchal de Barrois; MM. de Mitry et de Saint- Loup, comiuisanL le cheval de service du feu duc; M. de Cousance, écuyer en la petite éeurie, et M. de Melay, menant le <:hcval da secours; MM. de Marcossey de Saint-Julien et de Stainvîlle de Sorcy, éctiyers en la petite écurie, guidant le cheval de bataille; M. de Tantobville, conseiller d'état, et M. de Nubécourt, figurant ilea comtes de Vaudémout et de Blâmont, qui étaient obligés de présenter l'armet, les gantelets, l'écu, la lance et l'épée au duc de Lorraine, quand il allait combattre; H. de BeauTao; M. de Valhey ; M. d'Artigotty, conseiller d'état et gouvennor de Marsal; M. d'Haraucourl de Magnière, conseiller d'état et capilaine- général de l'artillerie; le comte Jeau-Georges de Solms ; le comte Jean-Casimir de Linange el Réchiconrl, et le comte Egon de Furstembei^, portant les éperons dorés, les gantelets, l'écu, la lance, l'épée, la cotte d'armes el le casque; trois cloches d'armes, tenant leurs trompettes mt- Tersées ; les hérauts d'armes Lorraine et Barrois; M. d'HvrMicourt de Bayon, écuyer en la petite écurie, el M. de Halaberba, écuyer en la grande écurie, conduisast le t^tsnA d'honneur, couvert d'un riche ecpaVlifon, dont lea-qnilre
coins élaieot soutenas par aulaot de valets de pied ; Frédéric rhiograve et comte de Salm, seigoeur de Fénëtrange ci de Neuviller, portaol « Tespée Duë de soQTeniiMlé > ; M. de Bourbonoe, grand*maitre de Phôlel, et 11. de Ibdruccio, grand-chambellan , avec la grande clé dorée ; M. de Gournay, chef du conseil privé ; le sieur Caliot, dit Sidkt roi d*armcs ; M. des Thons , conseiller d*élat et maréchal de Lorraine, et M. de Maillane, conseiller d'état et maréchil de Barrois ; Taumônier ordinaire , tenant le bénitier et k goupillon ; le premier^aumônier ; H. de Stainville , doya dp la Primatiale et grand-aumônier, chef des céréflwaics spirituelles ; le prévôt de la collégiale Saint-Georges, aveck chape et le bâton pastoral ; les abbés crosses et noa BÎtrés de Rengéval, Joviîliers, Bonfay^ Etival et Sainte- Marie-ao- Bois, de Tordre de Prémontré ; de Freistroff, Glaîrliea, l*bleen-Barrois, Haute-Seille , Villers-Betnach et Saiot-BcBoAen-Voivrc, de Tordre de Citeaux ; de Hetloc, de Tordre de saint Benoit ; de Lunéville et Chaumouzey , de Tordre des chanoines-réguliers de Saint-Augustin ; -les abbés cnmésct mitres de Longeville et Tholey, ordre de saint Becoit, et de Saint-Picrremont , ordre des chanoines-réguliers de SaiM- Augusûn ; le primat de Nancy et le grand-prévôt de SaiafrDié; Tévéque de Tripoli, suffragant de Strasbourg, et TévèqMde Toul officiant, assisté de quatre archidiacres et de plosiean chanoines. Immédiatement derrière le prélat s*avanfait k corps caché sous le lit d'honneur, sur lequel on vojaii Teffigie du prince. Cette lourde machine était portée par MM. de Tissières , de Gournay de Frôville, Fouquet de k Routtc fils de Tancien gouverneur de Marsal , de Latselbowi capitaine de Sarrebourg, de Neuheim, du Hautoy de Nibécourt, du Ménil de Maxey, et de Saintignon bailli de tous chambellans de Charles 111. Les coins du drap d*or couvrait le lit étaient soulevés par Jean rhingrave de par le seigneur de Ribaupierre, par le comte de Liaama» 0
par Jean fils du rhingrave Frédéric. MM. de LénoDCOori , le baron de Créhange, de Beaavau, de Tavagny, de Lisseras et de Ghambley, conseillers d'état et baHiis de Satnt-Hihiel , d'Allemagne, de Bassigny, de Vaudémont, de Cbàtel*8iir- Moselle et d'Hattonchâtel , soutenaient au dessus du lit d*honneur un dais magnifique ; MM. de DommartiD , du Châteiet , conseiller d*état , et d'Haraucourt d*Acraigne , conseiller d*étal et gouverneur de Nancy , portaient le grand étendard, la cornette jaune et le < panon armoyé aux armes » royales et ducales » du prince défunt. Derrière le Ut marchait M. de Fresnel , capitaine des arquebusiers à cheval, et sur les côtés douze soldats de sa compagnie , Tètns de manteaux de deuil et tenant leurs hallebardes renversées. On voyait ensuite le duc Henri , ayant à sa droite le duc de Mantoue ; puis le comte de Yandémont ; le prince Erric de Lorraine, évéque de Verdun ; le comte de Chaligny , et le marquis de Mouy. Ils avaient à leur droite le baron Conrad de Bemelberg , ambassadeur du duc de Bavière ; le comte Jean-Gérard de Manderscheidt, doyen du chapitre de Cologne, ambassadeur du duc de Clèves ; le colonel Rodolphe PfiSer» envoyé des cantons suisses catholiques, et Enimanoel de Lorraine , comte de Sommerive. Ils étaient suivis par les princes de la maison de Lorraine établis en France ; par les envoyés des princes, princesses et grands seigneurs ; par le baron d'Ancerville , conduisant les gentilshommes de la chambre , maitres-d'hôtel , écuyers et gentilshommes des maisons du duc et de la duchesse, et par M. de Yerdctot, gentilhomme de la chambre du comte de Vaudémont, guidant les maisons du comte et de son épouse. Les cent vingt archers composant la garde municipale de Nancy marchaient à la tète, à la queue et sur les flancs du cortège , qui ne comptait pas moins de trois mille personnes ; la garde suisse et les arquebusiers, en habits de deuil, formaient la haie depuis les pièces d honneur jusqu'au delà du lit ; MM« de Raigecoarl et
de Mitry, maîtres des cérémonies temporelles, accompaguioi le duc , prêts à recevoir ses commandements ; les quatre verf^ers a verges d*argcnt couronnées veillaîenl à oe qie Tordre du cortège ne fût pas troublé ; enfin , Claude de la Ruelle, maître des cérémonies , rapporte qu'il courait parioit pour veiller à ce qu il ne survint aucun embarras pendant la niarcbe.
Après avoir visité plusieurs quartiers de la ville vieille, celle immense procession pénétra dans la collégiale Saînl-tieirges (1). L'église était tendue de noir, et au milieu du iraasept s'élevait une chapelle ardente , < trop pompeuse et artis- » tement façonnée » pour que nous essayions de la décrire. Les vigiles chantées, le duc retourna dans son palais, d le cercueil resta déposé dans la collégiale. Le lendemain Id, le cortège se rendit de nouveau à Sainl-Georges , où Tob venait de célébrer deux messes , auxquelles avaient officié le grand-prévôt de Saint-Dié et Tévèque de Tripoli ; révéqae de Toul en chanta une troisième en présence des priaoes, qui allèrent à roifrande après Tèvangile ; et aussitôt le P. Léonard Périn, dont nous avons déjà parlé, monta en chaire et prononça Toraison funèbre de Charles III. Vers den heures, on transporta le corps dans l'église des Cordriîcn avec le même cérémonial que la veille. Cet édifice était décoré comme Saint-Georges, et au milieu du chœur se dretsaii une chapelle ardente, qui était, ainsi que la prccédenle, Touvrage de Jean-Baptiste de Stabili, ingénieur des fortiications. La duchesse de Lorraine et les princesses pamrcat alors dans une tribune, où Ion arrivait depuis le palais, et on chanta les vigiles des morts. Le soir, un des maftivi des cérémonies entra dans Téglise, fit enlever le lit d'hooncar et Toffigic en cire, et plaça sur le cercueil trois poêles, Taa
(I) La preniière partie du cortège fat obligée de rertcr dehon.
de toile, le second de velours noir, le troisième de drap d*or, el quatre oreillers de même étoffe, sur lesquels on posa la couronne, le sceptre, la main de justice et le collier de Tordre de Saint-Michel. Le 19 eut lieu Tenterrement , et comme ce dernier acte des funérailles paraissait devoir dorer huit heures au moins, on commença dés cinq heures la première messe, qui fut dite par le grand-préTôt de Saint- Bic. Cévèque de Tripoli < célébra la^ seconde, après laquelle les princes entrèrent dans Téglise et reprirent les places quMIs avaient occupées la veille. L*évèque de Toul officia à la troisième messe , c qui fut chantée en musique par les chantres
> de la chapelle ducale, voix, cornelz, gros haultbots et
> sacboutes ; hbrmis à Télévation e( tkvpt ihurifications...., •» pendant quoy les musiciens de la chambre, voix, Intbs,
> guitarons et violes d'Espagne chantèrent et sonnèrent ». Après Tévangile , on alla à Toffrande ; les princes s'y étant présentés, on y porta \e» pièces de êouveraineté ei ihonneHr, c'est-à-dire la couronne , le sceptre, la main de justice, le collier de Tordre de Saint-Michel, le bâton de grand-matlre, Tépée de souveraineté, le panon, le grand étendard, la cornette jaune, les clés dorées, le casque, la cotte d*armes, Tépée dans le fourreau, la lance, Técu, les gantelets, les éperons dorés, et les bannières que nous avons mentionnées en décrivant le cortège ; on y conduisit même les chevaux d'honneur, de bataille, de secours et de service. L*offrande terminée, le P. Léonard Périn monta de nouveau en chaire et prononça une seconde oraison funèbre, « pour non moins
> faconcle et diserte que la.... première ». Les évéques de Toul el (Je Tripoli , le primat de Nancy , le grand-prév6l de Sainl-Dié et Tabbé de Tholey firent les absoutes ; aussitôt . après, les maréchaux de Lorraine et Barrais, le chef du conseil cl le grand-chambellan enlevèrent de dessus le cercueil la couronne, le sceptre, la main de justice et le collier de Tordre ; les quatre comtes qui avaient soutenu les cOkis du
drap <l*or éCt^mlu sur le lit d'hoaneur soalevérent les irub
poêles doni le cercueil était couvert , ei tes hait chambeUus
qui l'avaient porté le descendirent dans ud cateau pratiqw à
jcauche du maiire-autel, et le déposèrent sur des Irélema
for, près des restes de Tépouse de Charles UI. Le roi d'araa
offrit un baàsiu d'argent rempli de terre â Févéque de Toik,
qui en jeta une poignée, ainsi que de Teau béoile , sar le
cercueil et se retira ; les princes en firent autant, et lorsqi 11
furent à leurs places, les béraats et les poursoivants d'aras
tendirent sur rentrée du caveau un poêle de velours aoir
croisé de satin blanc. Le roi d*amies se tint debout et appck
successivement les seigneurs et gentilshommes qui gardaîm
les pièces d'honneur et de souveraineté. Le héraut Barrais
allait prendre et conduisait chacun d*eux jusqu^au eaveau ; le
poursuivant Vaudémoni , les mains enveloppées d'un voile de
taffetas noir, recevait les pièces des mains de ceux qui Ici loi
présentaient , dressait les bannières prés de rentrée et pasmit
les autres pièces au poursuivant Clermont, lequel les rangeait
sur le cercueil. Pendant cette cérémonie» et à mesure qac
Ton apportait les bannières, le héraut Lorraine expliquait, à
haute voix, ce que siguiliait chacune, et taisait eonnailre la
généalogie du défunt. Les quatre maltres-d^hôlel, le roi, les
hérauts, les poursuivants et les cloches d*armes déposerai
dans le caveau les uns leurs bâtons , les autres leurs callcSi
et les derniers leurs trompettes ; et le roi d*armcs s'é
« Silence ! Silence ! Silence ! Le Très-Hauli , Très-
> et Sérénissime Prince Charles troisième du nom , par la
• grâce de Dieu soixante- troisième Duc de Lorraina et trea-
> tiéine Marchis, Duc de Calahi-e, Bar, Gueldres, Marqaii » du Poiiia-Mousson, Comte de Provence, Vaudémoni, BU-
• mont, Zutphen, etc., nostre débonnaire et Sonvciaii
> Prince et Maistrc est mort. Le Duc Charles troisième da
> nom , nostre débonnaire et Souverain Prince et Maisirc efl « mort. Le Duc est mort. Son corps est icy inhumé, eC ses
» cérémonies spirituelles el temporelles sont accomplies^ 9 Priez Dieu pour son àme. >
Le roi d*armes avait à peine achevé cette proelamaltoii, que le rhingrave Frédéric, remplaçant son ils Pbtlqipe grand-écuyer de Charles III, descendît dans le caveav, saiaàl Tépée de souveraineté, et s'étant placé dans le chœar ^ afin que chacun pût le voir, (ira Tépée du fourreau oà on ravatl remise, et la tenant élevée, dit : « Vive, vive, mêle Duo
> Henry second du nom, nostre Souverain Sdgnetir! Vivet » vive, vive le duc Henry second du nom, nostre SoiLTen|in » Seigneur ! Vive, vive, vive le Duc Henry second' du non; «nostre Souverain Seigneur! » M. de DomBnrtin releva ensuite le grand étendard, Tarbora et fit la même proplemtlioii que le Rhingrave. Le roi, les hérauts, les pourauivaiita et lei cloches d'armes reprirent les uns leurs cottes, les autres leurs trompettes, el le roi d*armes cria : < Vive, vive^ vive le
> Très^HauIt, lYès-Puissant et Sérénissime Prince, Mon-
> seigneur Henry second du nom , par la grâce de I)ieu » soixante -quatrième Duc de Lorraine et trente - unième
> Marchis, Duc de Calabre, Bar, Gueidres, Marquis du » Pont-à-Mousson, comte de Provence, Vaudémont, Blâmont,
> Zutphen, etc. ! Vive, vive, vive le Duc Henry second du » nom, nostre Souverain Seigneur! Vive le Duc! Vive le
> Duc ! Vive le Duc ! » Les trompettes sonnèrent trois fois ; les assistants rabattirent leurs capuchons sur leurs épaules el se coiflcrent du bonnet carré, et le cortège se mit en marche pour retourner dans le palais; ce qui eut lieu aux cris de Vive le Duc ! Vive Son Altesse t poussés par Fimmense multitude remph'ssant les rues voisines, e( occupant les fenêtres cl même les toits depuis lesquels on pouvait apercevoir le nouveau souverain.
Celui-ci voulut que le souvenir d'une cérémonie aussi magnifique fût conserve dans une description officielle, et par SCS ordres Claude de la Ruelle, secrétaire des commandemeals,
composa un ouvrage conlenant la relatîoD exacle de loat ce qui s'était passé (i). En même temps ^ el sous la directioa ds même secrétaire , on exécutait une collecUon de gravures représentant^ avec la plus grande vérité el jusque dans kwn moindres détails, les funérailles dont nous venons de domcr un aperçu. I^s dessins furent faits par Jean la Hière, ptai tard contrôleur-général des fortîGcationSy et par La RaeHe, qui rédigea un texte explicatif en latin et en français ; aiii on ne trouva pas en Lorraine de graveur asseï habile poar reproduire leurs dessins , et on fut obligé de s'adresser i Frédéric Brentel, artiste strasbourgeois.
Le duc Henri fit imprimer les deux oraisons funèbres di P. Périn (2), et divers particuliers publièrent aussi des élofes d'un prince que les Lorrains ne cessaient de pleurer (S). Ge
(1) Discovrs des cérémonies, honnevrs et pompe hmibn faib è rcnterremenl du Très-Hault, Très-Puissant et Sérèniisime Prinee Onria 3. du Nom, par la grâce de Dieu Duc de Calabre , Lorraine, Bar, Gaddmc Marcliis, etc., de glorieuse et perpétuelle mémoire; Clairlieu, JeanSavÎK, 1009 , peUt in S<* de 202 feuillets, plus 10 feuilleU noo chiffréa cl on titte gravé. Nous avons emprunté à ce livre non seulement la descriiitmi en funérailles, mais encore ce que nous avons dit de la maladie et de h uiort de Charles III.
=;2} Oraisons fvncbres sur le trespas de fev Monieigoevr
Très-illustre et Séréniss. Prince Charles 111 Doc de Calabre,
Bar, Gucldres, etc., et de fev Monseiguevr son fils, Très-ilfaaln et Séréniss. Prince Charles Cardinal de Lorr. du tiltre de S. Agathe, L^ du S. Siège . Ëucsquc de Metz et de Strasbourg. Prononcéea è fbacjca l'Eglise Collégiale de S. Georges, et en la Conuentuelle des BR. Nw Cordeliers, les 18. 19. et 21. iours de Juillet 1006. Ponl-à MiiWW. Mcichior Ucniard, sans date, petit in 8<^.
(5) V. Caroli 111. Sereniss. Potcntiss. D\x. Lothar. March. Dvc. Gdé. Uarri. Gveld. etc. maKapizmos, Sev felicitatis et virtvtTm cgregb dignnrvni coronx etc. (par Charles le Pois). Pont-à-MoiisMMi , (îariiich, 1(K)9, petit In i" ;
Di'i-niLM's et mémorables prapoz tenuz par S. A. Gharlea III à ^neurs Us Princ«*s ses eufaiis au lict de h mort. Le tout cicrilpW Soldat de la Compagnie de Nancy. Nancy, Ulatse André, 1008, fà^ in S" ;
Luclus Ju\cnluli8acadcmiie .Mussipontans in funcre Scrcow. GmKHI-
que nous avons dil dan» les quntre ctiapiires consarrês à son régne nous di^tpcnsc de répéter ici 1rs louanges, d'ailleurs méritées, que lui aFcordcnl les auleurs de ces différents panégyriques. On u vu plus haul qu'il avait toujours été IrâsrcligieuK, et nous devons ajouter qu'il se Taisait un devoir d'assister tous les jours à la sainte messe ; il y manqua une seule Tois pendant les douze dernières années de sa vie, cl encore parce qu'il était dans un lieu où sévissait une maladie contagieuse, et qu'il ne pouvait entrer dans l'église sans s'exposer à un péril évident. Jamais il n'nlla à la chasse les jours de dimanche ou de félc ; il les employait prcsqu'entiéremenl au service de Dieu et se rendait, de bonne heure, dans le couvent des Cordelicrs, ou ■ il ronversoit fort fami- ■ lièremenl avec les Religieux • (1). Sa charité était Irésgnnâe et s'étendait jusqu'aux individus les plus obscurs. Si m manœuvre travaillant aux constructions ducales venait à bire une chute grave, si un soldat recevait une blessure, le prince se hâtait de leur envoyer un chirurgien el de fournir ce qui leur était nécessaire. Il augmenta la dotation des hôpitaux et paya des pensions à une foule de veuves, d'orphelins et de nobles qui étaient tombés dans la misère.
Sobre et réglé dans ses mœurs, il eut cependaul la faiblesse d'entretenir une concubine pendant quelques mois, après la mort de la duchesse, et il eut de cette femme un fils qui vécol jusqu'en 1646.
Sa parole était sacrée, et quand il avait dit : • Foi de gen-
Cm\a.b. Lollinr. Dari Vuài etc. Pairie el litleranim psrentis. Poi>(-à- Hauuon, Mcichior Bcrnaril, ItiOS, petil in 8°;
Chint royal el pocnie Tuoèbre sur le Irospaa de Irii-hnull el ir*»ponuit Prince Chnrles III, Duc de IJiliibre, Lurraine, Bar, Hueldreseic., Par Gabriel D^mongeol, Docteur en médecine. ^ïDcy, Biaise Anilrd, jeOS.ptlilinB".
(I) V. te mini, du chanoine anonyme, dans (^Imel, Notice, I. Il,
Ml. il.
:.%:mmi *. oa |HMiviiîi èire assuré qu îl oc changerail pu k ^rniStfitoa. Il 5sivail maîtriser lelleoieDl son exlériear qK b 3xMiv«i4e> te ptiis lavorableSt comme les plus fâcheMOk le ie ùisaienc pas changer de conlenance. Quand il i^ppril h perle do la ville de Stenay, îl se contenta de frapper da4ii0 sur la lettre qui lui annonçait ce malheur, poar foire qu'il allait chercher les moyens de se venger. Sa n était pas moins remarquable que sa fermeté. Une bhI, I fut attaqué d'une colique néphrétique, qui lui causa lesteleurs les plus cruelles ; mais comme le temps était afinm,! défendit que Ton appelai son médecin et attendit qm k jour ¥fnt pour recevoir du soulagement. Son chirurgien M ayant arraché une dent saine, au lieu de celle qui était cariés^ le duc lui dit tranquillement : « Vous a?iei donc préii qu elle se gâterait aussi? » Il fut légèrement blessé i la chaM par son favori Louis de Beauvau, qui se jeta i ses pieds pov lui demander pardon. « Monsieur de Beauvan, levcs-foaii dit Charles III, votre douleur m'aflSige plus que le da^pr que j*aî couru. > Le feu ayant pris, on jour, i un des Uli* ments du palais par la faute d*un serviteur, le maréehil A Salm saisit le malheureux domestique et le frappa vioiiBment; mais le duc s'écria : c Laissez cet homme, il ■*• rendu service ; demain j'aurais fait abattre ce bAtiment qaiM déplaisait » (i).
Naturellement ami de la magnificence, il modéra saa frit pour les constructions, afin de ne pas demander trop laaviil dos aides extraordinaires, et les historiens s'accordent i àtt qu il condamnait le luxe, la bonne chère et la somptaoïilé des vêtements ; néanmoins, pour être juste, on doit anacr qu'il ne sut pas toujours vaincre des caprices très-coAteax,cl on 4587, dans un moment où il allait avoir grand boHi d'argent, il remit ù un aventurier, appelé Peter Eln^aràt
;i) V. (:hcvncr,ibi.i.. p. 2S6 ut 257.
— i03 — cjiiqunnlc mille Traiicâ bnri'ois pour prix rl'un aiiimnl que Ton avait décoi'i: ilii nom de licorne (I). On a dil que le duc nourrissuii liabitucllcnient Irois cenis pursoimcs, ei l'uuteur du MoKapuTp; rail observer que la dépense de chaque jour monlail seulement à sii sous barrois par lële (2). Les comptes prouvent, en effcl, que l'on vivait à la cour du Lorraine d'une manière assez modeste, et que le duc voulait, par son exemple, engager nos pères à suivre les règlements somptustres dont nous avons donné l'analyse (5).
On voyait figurer au nombre de ses pensionnaires beaucoup d'hommes île leltres et d'artistes, et le prince, qui était luimême instruit et parlait raeilcmenL plusieurs langues, se plaisait dans la compagnie des savants (4). Bien différent néanmoins de certains souverains qui ne comblent les littérateurs de bienraîts i]ue pour en obtenir des éloges, le due de Lorraine ne soufTril jamais les flatteurs ; il interdit aux magistrats municipaux d'employer dans les harangues qu'ils lui adressaient les expressions hyperboliques dont ils sont, en général, trop prodigues, et il ne voulut pas que l'on inscrivit son nom sur les monuments qu'il fit élever. Cet honneur lui était Au cependant, el les Lorrains le lui auraient accordé avec d'atllant plus d'empressement qu'ils regardaient Charles III comme le père de le patrie (S).
sr-générul pour l'année 1^87.
II dam Lionnoii, llisl. de Hmty,
(1) V, le compte du [I
(3] V. il cet égsril lie» détails Cl Ll, p.78 81.
((] V. L'Hymne Je la phllosophio de P. de Ronsard, commenté pur Pintaléail Théicnia, de Commorcy en LorraiDc; i*|iilre Jédï(^aloi^r.
(5) V. Chevricr, ibid., p. 220 el 25H.
i un rOME UUATnièMF..