‹ Histoire de Lorraine (volume 5)Chapitre 21 sur 23 · SOS · texte numérisé non relu

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un moment Charles III ; il avoaa qu'il ne se diasimalait pas les nombreux inconvénients de runion projetée, et il finit par dire que Tinlérèt de sa famille Fayait seul guidé, eC que Ton ne pouvait plus songer à rompre la n^ocialioB. Christophe de la Vallée écrivit alors au pape Clément VIII, qui transmit une réponse dont le duc ne fut pas satisfaiL Uévêque conseilla à Charles de prier Catherine de demander elle-même la dispense ; mais la princesse refusa de la manière la plus péremptoire , et le duc chargea le colonel Orfèo Galeani de se rendre en Italie et d*engager le cardinal d*Oint, qui jouissait d*un grand crédit, à entamer ane négociatioa directement avec le souverain-pontife. Celui-ci refusa de nouveau, en faisant observer qu'il ne devait pas accorder la dispense' à une personne qui, loin de la solliciter, la regardait comme inutile et ne reconnaissait pas même an pape le droit de dispenser (I).

Henri IV, irrité de la courageuse liberté de Clément YID, persuada au duc de Lorraine de passer outre, et on chercka un prélat disposé à célébrer ce mariage malencontreux. Les évêques auxquels on s'adressa déclarèrent tous qu'ils ne pocvaient prêter leur ministère à un acte réprouvé par le ses* vcrain-ponlifc ; néanmoins, le roi et le duc ne tinrent aocn compte de ces scrupules. Le 13 juillet 1598, Charles donn sa procuration aux sieurs Jacques de Harlay de ChampvalloB, surintendant (sic) des affaires de Lorraine en France; Jaeqies de Ligniville, gouverneur de Toul ; Bardin, conseiller d'état et maître des requêtes ordinaire, et de Gleisenove, également conseiller d'état et secrétaire des commandemenis (S). Les quatre représentants de Charles III arrêtèrent, avec le roi, les conditions du mariage, et le contrat, signé an château de

(1) V. Benoit, Hut. de Toal, p. 679.

(2) V. une copie de cette procuration dans la eoUedîon lomine ée M. l'abbë Marchai.

Monceaux, le 5 août, fat ratifié par le dac de Lorraim, le Stf du même mois (i). Henri IV promit de foomir à sa soBor une dot de trois cent mille écus d'or au soleili et le BMurquis de Pont-à-Mousson, qui prit alors le titre de due de Bar, assigna pour le douaire de Catherine une rente de soixante mille livres à prélever sur les revenus du Barrois. L'arche^ véque de Rouen, Charles de Bourbon, frère bâtard du roi, se laissa gagner, et, pensant que le pape ne manquerait pas d'envoyer plus tard la dispense, bénit le mariage, dans le cabinet du roi, le 29 janvier 1599 (3).

On a tout lieu de croire que le jeune due de Bar, qui était fort religieux, ne donna qu'à regret son consentement , et ee ne fut pas non plus sans répugnance que Catherine épousa un prince catholique. Elle était encore éprise du eomte de Soissons, et lorsqu'on lui disait qde le duc de Bar était on parti bien plus digne d'elle, elle ne manquait pas de répondre, en daignant descendre an calcmbourg : c Oui , mais je n'y » trouve pas mon compte (comte) ».

Les gens de lettres et les artistes s'empressèrent de célébrer par de médiocres vers, et par des gravures valant un peu mieux, un événement qui causa une grande tristesse dans le pays sur lequel Catherine devait régner un jour. Une de ces estampes, qui est très-rare (3), et que l'on attribue à Léonard Gaultier ou à Thomas de Lew , porte pour titre : c Sur le » bien et désiré mariage de Monseigneur Henry, prince de

> Lorraine, marquis du Pont, et de Madame Catherine de » Bourbon , sœur unique du Roy , duchesse d'Albret ,

> comtesse d*Armagnac, etc. > Au dessus de la gravure t>n lit les deux quatrains suivants :

c De ce couple sacré, que conjoinct Hyménée,

(i) V. danslamémebibliothèquedeBCopîesdueootratctdaUratiâBalMMi.

(2) D'autres disent le 30 oa le 31.

(3) On n'eu connaît d'autre exempkife que celui de M. Bmam,

> Des merveilles du siècle en leor fleur sortiront ; % Les douceurs de leurs fruiclz aux peuples aenriront, • Pour préserver leurs biens de la guerre effrénée. »

c Ce pont que vous volez est si ferme et solide, » Que vous pouvez sur luy marcher assurément : » Le Roy Ta desseigné, le Ciel en est le guide, » Et TAmour Fa cloué de clous forgez d'aymant. »

A gauche de Testampe, THymen s'avance entre le doc de Bar et Catherine ; au milieu /l'Amour enfonce des dons itm un pont jeté sur un fleuve très-encaissé ; au dessus de la léle de Cupidon on voit une banderole portant les mots : Fvrmmiê in œtemum; à droite, Henri IV, en costume romain , et tenant d*une main une branche d*olivier et de Faolfe le sceptre, adresse à sa sœur et à son beau-frère an calemboorg inscrit sur une banderole : Securi hoe ponie meole. Enfin, au bas de Festampc, on lit un sonnet, que nous attriboerions volontiers à Alphonse de Rambervillers, si le pieux autevde la vie c du bien-heureux Martyr Sainct Livier Gentilhonae d*Austrasie » avait été capable de chanter une union léprouvée par TEglise (I).

Une seconde gravure, beaucoup moins rare, et due ai burin de Jean-Théodore et Jean-braël de Bry, représente un pont formé de deux palmiers, qui s'abaissent Tnn vcn l'autre pour donner passage aux époux , comme Pexpliqnest les quatre vers que voici :

« Ces amoureux palmiers de leur embrassement » Font un pont continu, et continu passage. » Et qui nous fait durer perpétuellement? 9 N*cst-ce pas le bonheur du sacré mariage ? >

(i) Il est, sans doute, inutile de faire observer que cet ouït^ aélt publié bien plus tard.

Tous ces souhaits a'élaicDt pas destinas à se réaliser. Catherine louchait à sa quaraiile-UDiéme année et n'était pins guère en âge d'avoir des enfants. Quoiqu'elle eut iSpousé le duc de Bar un peu malgré elle, on ne tarda pas à otiserver qu'elle parut flutiÉe de l'amour d'un prince encore dans la fleur de l'âge ; Henri était d'ailleurs d'une douceur el d'une bonté remarquables, cl la princesse finit par rendre justice à ses vertus. Lorsqu'elle voyait de nouvelles mariées, elle Taisait ordinairement ce vœu en leur Taïeur : « Qu'elles • aiment leur époux autant que j'aime le mien 1 • Les senti' ments d'estime qu'elle éprouvait pour lui n'empêchèrent pas Catherine de résister opiniâtrement aux efforts que les personnes dont elle était entourée firent pour l'engager à imiter l'exemple du roi son frère, en embrassant le culte de SB famille d'adoption. Elle arriva en Lorraine escortée d'une troupe de ministres, et comme la prudence commandait à Charles l[l de ne pas mépriser les murmures de ses sujets, il pria Catherine de fixer sa résidence dans le château de la Malgrange, à peu de dislance de Nancy. Elle y donna son consentemeni, mais elle fit prêcher ses ministres publiquement dans une des salles du château ; ce qui acheva de mécontenter les Lorroins (1). Ils ne pouvaient comprendra, en effet, comnienl leur souverain admettait une hérétique dans «a famille, au moment même où il venait de prendre tant de précautions pour éloigner le calvinisme de ses étais.

Quand le souverain- pontife apprit que l'on n'avait pas cédé à ses jusies remontrances, il témoigna beaucoup de méconlealemcnt contre les princes lorrains; il parla, en icnnes non équivoques, au cardinal de Joyeuse, qui se trouvait ii

(1) Y. Vie de Ja vénérable Uère Alix Lederc, Foadilriee el ImILIu- Irice des Relleieuses de Ib OangriSgalion de rVolTu-Dame (par un dunoine de l'iDsigac ëgluc Saint- Picrro de Refuiremonl), aa. de la UM. de H. NMI, I. l'r, p. ISSetlW.

t,i», au

Rome, déclara qu*il n'expédierait aucune aAiire poor k Lorraine, tant que le scandale ne serait pas réparé» et congédia le conseiller d*ë(at Poirot, auquel Charles avait confié le soin de défendre ses intérêts. En même temps, Clément VIII prescri- \ait à Févêque de Tout de signifier au duc de Bar que son mariage était nul, et que lui-même était frappé d'excommunication. L'évéque ayant prévenu Henri de ce qui se passait, on tint plusieurs assemblées à Nancy pour savoir quel parti on devait adopter, et il fut décidé que le due de Bar se rendrait à Rome incognito et qu'il solliciterait en personne les dispenses. Charles III^ pour écarter le principal obstacle, qui était rhérésie de la princesse, obtint qu'elle assisterait i des conférences dans lesquelles des docteurs catholiques discaleraient, en présence de ses ministres, les principes de la réformation. Les conférences n'eurent aucun résultat, comme tons les colloques du même genre^ et quand les principaux calvinistes français eurent ouï dire que Catherine avait consenti i écouter les arguments de leurs adversaires, ils s'empre^mnt de lui écrire pour la confirmer dans sa croyance. Du'Plessîi- Mornay lui envoya des livres de controverse, en Fengagesat vivement à ne pas abandonner le protestantisme, et elle rè* pondit à Mornay qu'elle était résolue à n'aller à la mesK que quand il serait pape.

Sur la fin de Tannée 1599 , Clément VIII, sachant que ks tentatives faites pour ramener Catherine n'avaient pas été couronnées de succès , adressa un bref au duc de Bar d l'exhorta à quitter la sœur de Henri IV. c Comme Noes 9 Vous aimons paternellement, disait le souverain-pontife H

> prince lorrain, et que Nous désirons ardemment votre vraie » gloire, Nous ne pouvons consentir à une chose qui ternirait

> Féclat de votre illustre maison. Le zélé de rhonneorde * Dieu, le devoir de notre charge pastorale, et le dasger » auquel Vous Vous exposez Nous obligent à crier : Il n'est » pas permis! Il n'est pas expédient! Il est bien vrai,

» Vous Noos récrivez, qae Dieo Noos a donné la poteanee ;

> mais il Nous Ta donnée pour édifier, et non peur détroire, » pour sauver les âmes , et non pour les perdre. Car, y a4ril » une personne un peu au courant des affaires dn monde qoi » ne voie le danger auquel la religion catholique est exposée » en Lorraine, si l'hérésie s'introduit dans votre famille^ qui

> a toujours été le boulevard de la foi. La connaissance qae » Nous avons de votre piété Nous donne Tespérance qoe • Vous ne ferez rien d*indigne de Vous ni de vosprédé- » cesseurs. Quant à Nous, Nous ne donnerons jamais notre

> dispense apostolique pour ce mariage, tant que la princesse » sera hors de TEglise et ne fera pas profession de la (bl » catholique. > Le 15 janvier 4600, le pape fit parvenir im nouveau bref au duc de Bar; il en adressa également a« cardinal de Lorraine et à Catherine de Bourbon. « Vous ne

devez pas craindre, disait-il à cette dernière, que ce qui a été glorieux à un aussi grand prince que le roi très-chrétien, Henri votre frère, soit messéant à une femme. Que peot-il y avoir de plus indigne d'une personne issue de la race royale que d'être tinie par un lien illégitime à un de ses parents? Car, jusqu'à ce que vous ayez obtenu de Nous et du Saint-Siège la permission et les dispenses nècessairei il n'y a pas de mariage entre Vous ; et comme de noces illégitimes il ne peut naître d'enfants légitimes, Voua causerez à ceux que Vous aurez un dommage irréparable, puisqu'ils n'appartiendront pas è la maison de Lorraine el ne seront pas capables d'en hériter. Vondriez-vona do gaieté de cœur Vous exposer à une si grande calamité el perdre en même temps votre âme? Ecoutez donc, 6 ma fille, écoutez les docteurs catholiques embrasés de l'amour de Dieu et du zèle de votre salut ; éeoutez-Nous aussi , Noua qui Vous disons ces choses avec un amour paternel, et qui prions Dieu continuellement de Noua hire voir le jour désiré dans lequel Nous pourrons Voua reeevoir au gkron

9 de TEglise comme notre fille en Jésus-Chrisl , et Nms » réjouir, avec FEglise universelle, de la conTersioo dn fréic > et de la sœur (1). >

Ce langage, à la fois tendre et sévère, ne produiiit Mcai effet sur la princesse, mais il eut pour résultat de héler le voyage que Henri comptait faire à Rome. Il se mît en roate le 47 avril 4600 (2) et fut rejoint en Italie par le coIomI Orfeo Galeani, que le duc de Lorraine y avait envoyé précédemment, et qui avait, au nom et comme procureur de Charles, touché au mont-dc-picté de Florence la somme de trente mille piastres pour les frais de toutes ces négociations (3). Le dac de Bar arriva à Rome le 49 mai et ne fut admis à TaudieiKe du pape que onze jours après. Clément VIII Faccaeillit avec bonté et lui annonça qu*il remettait TezameD de Taflaire à une congrégation composée des cardinaux Bellarmîa, de San- Scvcrino et d*Ossat et de trois ou quatre théologiens. Le cardinal d*Ossat, qui visitait souvent le prince lorrain à laTrinîtédu-Monl, où ce dernier avait .pris un logemenl, oe chercha pas à dissimuler que le pape Pavait choisi lui-même afia qu'étant témoin et participant des délibérations de la congrégation, il fiit à même d*afljrmer que Tinflexibilité des règles canoniques avait seule empêché de satisfaire le roi.

Les cardinaux déclarèrent, en effet, que, À leur avis, le souverain-pontife pouvait donner la dispense demandée; ma» que le duc de Bar ne devait recevoir Tabsolulion cl gagner les indulgences du jubilé séculaire qu'après s*élre engagé à quitter Catherine de Bourbon. Malgré les instances de D'Osat, les autres cardinaux ne voulurent pas examiner la question de

(1) Nous avons cmpniulLS mais en la modîfîànt, celle IndactîoBH P. Bénoil(llisl. dcToul, p. 081). M. labbë Marchai powède dc« capis des brefs adressés, le 15 janvier iOOO, au duc de Bar el an caidiaai df Lorraine. V. aussi Layette \ancy. II, n® 83.

(2) V. Aléntoires de B. Guillermé, ms. de la bibl. de Nancy, n* S- (5) V. Uyello (àrtlonnanret, III, n» 1B0.

savoir s'il élail opportun d'accorder la diapeDM, et le du ayant promis d'abandonner Calherine , le pape l'autorisa A prendre un confesseur, à communier en secret et à gagner les indulgences, en visitant une fois les églises patriarealea. Henri, qui n'avait plus l'espérance d'avoir des enfanls, désirait ()ue Clément lui ordonofli, d'une manière «siensible, de se séparer de la princesse; mais le Mtiveraioponlife refusa prudemment de lui intimer une injondjoa semblable, et lé duc sortit de Rome, vers la fin de YMè, et revint à Nancy, le 13 décembre,-sans avoir rien obtenu (l)i

Il ne tint aucun compte de la promesse qu'il avait faite au pape et retourna avec Calherine, qui résidait toujours- dans le château de la Malgrange; on peut dirr, il est vrai, pour atténuer les toris du prince, qu'il craignait de méconlenler Henri IV, avec lequel la maison de Lorraine t-nlrclcnait des relations irès-amicates, du moins en apparence. Quand on apprit à Nancy, à la fin de septembre lIJOI, que l.i reine de France venait de mettre au monde un fils, qui fut plus tard Louis XIH, on fit une procession générale dans la ville pour remercier Dieu d'un événement aussi favorable (S) ; et les Lorrains ne se douiaieni guère alors de la manière dont ce prince iraiicrail plus lard notre malheureux pays.

Au commencemdlil de l'année 1C03, Henri IV -résolut- de se rendre en Lorraine dans un double but : il voûtait visiter sa sœur, dont il élail éloigné depuis longtemps, et rétablir I* tranquillité dans la ville de Metz, où la tyrannie du sieur de Sobolcs ne cessait de causer des troubles. Le duc d'Epemon , dont Sobolcs n'était que le lieutenant, avait, nuis en vain, essayé de le ramener à des sentiments de modération, et il fallut que le roi vint en personne arranger cette affaire. Il entra à Metz le 14 mars, employa une quiuaine de jours A

(1) V. M#m.deB,Cuill«nn«.

(2) V. idem, ibid.

terminer les difSeultés qui a?aieal motif è sod voyage (I) d se dirigea yers Nancy. Le duc de Bar el Catherine de IKo«bon étaient venus trouver le monarque dans la ville de Mdi et lui firent ensuite les honneurs de la capitale de la Lorraine. On possède, au reste, bien peu de détails sur le séjour de Henri IV à Nancy. Il en sortit le 7 avril et arma le même jour à Tout. L*orateur de la bourgeoisie, mîpiaal que le roi ne conservât du ressentiment de la part que h ville avait prise à la Ligue, rejeta la prétendue faute de ici concitoyens sur les sollicitations des ducs de Guise et ëi Lorraine. Henri ne put s*empécher de rira et dit au de Vaudémont, qui l'accompagnait : c Hou neveu, je prie d'avoir soin de cette ville, quoiqu'elle veuille bire ua procès à votre maison ». Il désirait acheter le temporel da chapitre et il en offrit cent mille livres ; les chanoines rcAiseront et commirent une faute, car Louis XIV s'i plus tard de leurs biens , sans leur donner aucune il nité (â).

Le roi de France et les princes lorrains tinrent pli conférences relativement au mariage du duc de Bar, qaa Clément VIII refusait toujours de reconnaître. Le cardinal d'Ossat et les envoyés de France et de Lorraine avaient feil tant d'instances auprès du souverain -pontife, qu*il aiail chargé une congrégation de cardinaux d'examiner si hi dispenses devaient être accordées. Les cardinaux ayaiM répondu affirmativement, le pape autorisa le mariage, à candition que la princesse embrasserait la religion catholique; mais le roi ne voulut pas accepter cette clause, et. les négociations continuèrent jusqu*à la fin de l'année 1603. Oé-

(1) V. Voyage da Roy à Meti, l'occuioD d^ieaiay: •■*— r*^ lai de resiouyssance faits par ses habitans, pour honorer renlrie de m jestë ; Par Abraham Fabert ; MeU, 1003, in f», carte et gravum. V. Hist. de Meta, t. III, p. 175-177.

(2) V. Benoit, Hist. de Toul, p. 078 et 079.

oieiil VIII permit enCn au priuce Erric tle Lorraine, évéqw; de Verdun , d'absoudre Utnri de l'excoramunicntioB qu'il avuil encourue, el de te dispenser sur les degrés de consunguinilé, alîn qu'il piit eonlrncler un mariage valide; néanmoins , le souverain -ponlile exigea que le roi, le duc de Lorraine et le duc de Bar s'obligeasseni à user de leur influence sur l'esprit de Catberiue pour l'engager à abandonner le calvinisme (1).

Le bref qui donnaii à l'évéque de Verdun la faculté d'absoudre le duc de Bar ne fui expédie qu'au mois de janvier lIJOl, el lorsque le courrier arriva eu Lorraine Calherine de Bourbon avait cessé de vivre. Elle avait soulTcrl, pendant les derniers mois de l'année précédente , d'une flévrc causée par une tumeur, que son médecin prit pour un commencement de grossesse. Désirant beaucoup avoir une postérité, elle refusa les reraèdes qu'on lui olfrail, dans la crainte de nuire à son enfant ; et quand on découvrit la faute du médecin , it n'était plus temps de sauver la princesse, qui expira, le 13 février, sans avoir abjure ses erreurs. Son corps fut placé sur un char drapé de velours noir et traîné par quatre chevaux couverts de caparaçons de la même couleur; quatre baillis tenaient les coins du poêle ; la compagnie des arquebusiers à cheval de ta garde et soixante gentilshommes précédaient le char, quo suivaient le comte de Clialigny et plusieurs seigneurs, et les gardes suisses marchaient en haie sur les deux lianes du cortège. On alla dans cet ordre jusqu'à Trojres, où le corps fut reçu par un commissaire du roi et de là porté à Vendôme, pour èlre inhumé dans le tombeau des ancêtres de Calherine (2).

Le 29 mars, Charles 111 partit pour Paris, aGn d'exprimer

(t) Sur toute ccUc nllmrc, v. tes lettre» du carJinal d'OHit, jinijiiin Caiiuot. >bid.,co1. HW-iiU.

(2) V. Hugo, Traité biit. cl cril,, p. SW.

— 3ia T-

à Uenri IV le chagrin que la maison de Lorraine épronviK ou feignait d^éprouver (i) ; car on peot attribuer à la politiqae la démarche que fit le prince. Quant anx Lorrains, ils ae prirent pas la peine de dissimuler lenrs sentiments. Don Calmet dit naïvement « qu'ils ne témoignèrent pas auiresMit » de douleur à la mort de Catherine > (S) ; et ce qai le prouve c'est que le duc fut obligé de promulguer» le 18 février, une ordonnance dans laquelle on trouve le pasnge

suivant : « Quoique le triste et lamentable événement da

» décès de feue Madame dust assez de soy-mesme émoi-

» voir le peuple d'en témoigner le deuil par retraite de tonU » joie extérieure , si est-ce que tous n'ayant le jugement et » la prudence d'ainsy le faire >, les baillis auront soin d'annoncer « aux lieux accoustumez.... que personne, de qoelqnc » qualité elle soit, pendant le carnaval et par tout Tan dn » décès de feue Madame , à commencer du jour de la pohii-

> cation des présentes , n'ait à pardttre , n'y aller en mut»^

> rade, mener fcste, soit parochiale ou de nopces, aver » tambours , fifres , violons ou autres semblables instrumcMi

> ny danses en public , soit par chansons à voix ou avec Ics- » dicts instrumens, à peine d'emprisonnement ou de peine » arbitraire » (.').

Malgré le chagrin qu'il manifestait, le doc de Bar n'attendit pas deux ans pour chercher à contracter un mariage valide. Marie de Mcdicis reine de France, qui avait eu oeeasion d'apprécier le caractère de ce prince , rengagea à demander Marguerite de Gonzague , fille de Vincent P' de Gonzagae, duc de Mantoue, et d'Eléonore de Médicis. Marguerite était par conséquent nièce de la reine ; mais c'était un avantage peu important, et la famille de la nouvelle duchesse n'avait

(1) V. Mémoires de B. Gnillermé.

(2) V. ibid., col. iUi.

(3) V. le recueil de Chàteaufort, t. II , (^ 118 i^.

pus assez d'influence pour que Uenri pût se flaller d'ca obtenir, au besoin, des secours elGcaces. Le duc de Lorraine chargea Jacques de Harlay de Champvallon , Charles- Emmanuel comie de Torniclle, Nicolas de GIcisenove et Louis Barnet, conseiller d'élal, d'arrêter, avec le sieur Carlo Rossi , commissaire du duc de Manloue, les arUcIcs du contrat. Ce contrat, malgré son étendue (1), renferme peu de clauses intéressantes, et il doit nous suflîre de remorquer que Marguerite apportait une dot de cinq sent mille livres, dont les deux tiers lui demeuraient propres, et que le duc lui assignait un douaire de vingt-cinq mille livres de rente, & prendre sur les revenus du comté de Blâmont, de la seigneurie de Dencuvrc, el, si la chose était indispensable, sur les produits de la saline de Dieuzc. La princesse devait de plus, après la mort de son mari, recevoir tes châteaux de Blâmoot elDeneuvré, avec les meubles qui les garnissaient, pour eb jouir tant qu'elle le jugerait à propos. Le contrat fui passé à Paris, dans une salle du Louvre, le 13 février (â), second anniversaire do la mort de Catherine de Bourbon ; el le ^ape ayant accordé , le 22 mars, la dispense nécessaire, le comte de Tornielle. premier-gentilhomme de la chambre et surintendant de la maison du duc de Bar, épousa Marguerite au nom de son mailre. Le cardinal MndruccJo, évéquc do Trente, donnfi la bénédiction nuptiale ; la princesse prit ensuile la chemin de la Lorraine, mftis elle n'arriva à Nancy que le 18 juin. Elle était accompagnée de sa mérc et d'un de ses trèrei et rencontra, à mille pas de la ville, le eomie de Vaudcmont, qui était allé au devant d'elle avec deux cents gentilshommes. Marguerite était portée dans une chaise découverte. Elle Rt son entrée par la porte Saint-Jean et fut conduite à la

(1) Il ol imprimé iling CalniL'i, ibid., I. Ml. pri/itv., cot. c

collégiale Saint-Georges ; la milice bourgeoise, forte de ncif cents hommes, était rangée en double haie dans les rues que le cortège devait parcourir; le canon tonnait sur les remparts, et ce fut seulement après avoir essuyé deux harangues que h princesse réussit à gagner le palais ducal. Il est boo d*ajooter que les rues étaient ornées d'arcs de triomphe, de figures el d'inscriptions faisant allusion au mariage du duc de Bar, et que le lendemain le conseil de ville, présidé par M. de Gournay, chef du conseil d'état, fut présenté è la duchesse et lui offrit, de la part de la bourgeoisie, une coupe d'agate d'un magnifique travail et enrichie d'émeraudes (I).

Le comte de Vaudémont, troisième fils du duc de Lorraiae, était marié depuis plusieurs années lorsque soo trért alaé épousa Marguerite Gonzague, et il avait fait un établissemcat en quelque sorte plus avantageux. Jean VIII comte de Satan, mort en \ 540, avait laissé trois fils : Jean IX, qui hérita du comté, Claude et Paul, lesquels se contentèrent de domaines suffisants pour leur assurer un état convenable. Paul, malgré rillustration de sa naissance , n'avait pas une position beaucoup plus élevée que celle d'un simple noble, et i prit pour femme Marie le Veneur, dont il eut une file nommée Christine, qui paraissait destinée à épouser m gentilhomme. Heureusement pour elle, ses deux oncles Jean et Claude n'eurent pas d'enfants, et, après la mort da ssa père, elle se trouva héritière présomptive do comté de Satai. Charles III résolut dé profiter de la circonstance pour réouir ce pays aux possessions de la maison de Lorraine, et rechercha pour le comte de Vaudémont la comtesse Christiae. Jean IX, le seul des trois frères qui vécût encore, donna

(1) V. le livret inlitult^ : Qvœ ivnt ad XVU CaL JvL An. Jf. DC VL honoris ergô »cta exhibitaq, aduentanie primum md vrbem JVSmmmi Sereniêê, Margarita Serenits, Principiê Henriei Barri Dmeiê tmmge; Clairlieu, Jean Savioc, 1608, petit in go. V. auasi les Mëa. éf i- Guillcrmc.

consentement avec une grande joie, et le contrat fut passé le iâ mars 1597 (i). Jean mourut trois années après, et François fut mis en jouissance du comté de Salm; mais cette principaulé n*étail pas assez vaste pour satisfaire un prince naturellement ambitieux, et, pensant que son frère Henri ne manquerait pas d*avoir des enfants qui hériteraient de h Lorraine, il forma le dessein de se procurer au dehors quelque dédonmiagement. Une occasioii favorable ne tarda pas à se présenter. Les Vénitiens venaient de se brouiller avec le pape Clément VIII, et, craignant non seulement les foudres, mais encore les armes du pontife, ils cherchèrent in prince disposé à prendre le commandement de leur armée el capable de leur fournir des secours efficaces. Bien que le comte de Vaudémont n^eût guère paru sur les champs de bataille» ni donné de fortes preuves de ses talents militaires, les Vénitiens lui offrirent la dignité de général de la république el une pension de douze mille écus, à condition qu'il amènerait avec lui des troupes dont le nombre serait fixé plus tard (9)« Les négociations que Ton avait entamées pour réconcilier le pape et ses adversaires traînèrent pendant cinq ou six années, et François ne fut pas immédiatement invité à remplir ses promesses; toutefois, Clément VIII en eut connaissance et laissa voir qu'elles lui déplaisaient. L'affaire du mariage du duc de Bar Tavait déjà vivement irrité, et, dès le mois de mai \ 599, il n'avait pas dissimulé au cardinal d'Oasat combieil la conduite de Charles III et de Henri lui avait causé de chagrin (3) ; cette fois, il adressa au duc et à ses enfants des brefs, dans lesquels, après leur avoir exprimé son méconten-

tement, il leur défendait d'entretenir aucun rapport avec les Vénitiens et de soutenir, de leurs conseik, de leurs soldats-oo

(1) Il est imprimé dans Calmet, ibîd., col. eeedTJ-cecdxtij.

(2) V. Layette EtaU-Généraum du Duché de Bar, n<» S9.

(3) V. Lettres du cardinal d'Ossat (édit. d*Amelot de la Hoimajre), t. II, p. 57.

aulreinent, une puissance révollée contre TlBgliw. Certami princes catholiques joignirent leurs instances aux menaces da souverain-pontife, et Charles commença à comprendre qve son fils avait fait fausse route. Le cardinal de Lorraine, qm avait toujours désapprouvé les engagements de Franfoîi, choisit le moment favorable pour agir sur Tesprît de son père, et ce dernier interdit au comte de Vaudémont de partir poor ritalie et de faire les levées d*hommes qni avaient été convenues. Les projets du comte avaient même inspiré laM de répulsion aux Lorrains que plusieurs gentilshommes tai offrirent de se cotiser pour lui remettre , chaqae année, réquivalcnt de la pension due par les Vénitiens. Les choses en étaient là, et le prince se trouvait dans une singulière perplexité, lorsqu'on apprit que le pape Paul V» second successeur de Clément VIII, avait consenti à négocier, et qœ la paix pouvait èlrc regardée comme prochaine (i).

Nous venons de dire que le cardinal Charles de Lorraine f contribua, pour beaucoup, a empêcher son frère de se jeter dans une entreprise qui ne pouvait avoir qu^une issue finesie,

(1) V. Calmct, ibid., (. II, col. MiH-iCi^. NoiisdeVoiK ojoater îd qae le souverain -ponlito, maigre le juste resscnliment qo'il éprouvail la maison de Lorraine, ne l'raignil pas de s'adresser à Charles III dan» conjoncture assez singulitTc. II voulait d^p<k:her un envoyé vers le rsi d'Angleterre Jacques I^r^ gHn d obtenir quelque adoueisscmeni à h tien des Catholiques cruellement persiknilés à celle époque ; et» l'envoyé n'aurait pus ëlê accueilli, Charles III ^ consentit à donner loi* même Tombre d'une mission au représentant de Paul V. Ce re|>résenlanl fut un lorrain, Jean des PorccicLs de 31aiflane, plus tard évéque de TooL II se mit en route, en i(K)G, porteur de deux lettres da pape; Wmê, adressée à rarchipréire (supérieur des missions), interdisait aux Catholiques toute entreprise violente contre leurs oppresseurs ; Taulre, destinée au roi, réclamait sa protection en faveur des premiers. Jaeqaet nmà k M. de Blaillane la gratification ordinaire , mais fit une réponse pcn concluante. Jean Midot, qui accompagnait M. de MaîUane en quaUlé df secrétaire, écrivit en latin une relation de cette aflaire. EQe est dansCalmet, Hist., Hii" édition, t. VII, col. lix7lxiTi. V. Histoire d'Angleterre, trad. franc., t. IX, p. 115.

et D0U3 profiterons de l'occasioa pour psrler brièfemeift de ce Terlueux prélat, dont la biographie appartient, da reste, pi utM à l'histoire de. Metz qo'i celle de Lorraine. Il était né à Naacy, le 1" juillet 1567, et c'avait pas encore six au lot^que le pape Grégoire XIII lui accorda l'accès k l'érèchéde Metz après la mort des cardinaui de Lorraine et de Guise. Charles eut pour précepteur Cuoy Alii, grand-prévit de la collégiale de Saint-Did, et pour gouverneur François-Ieuir d'Anglure; il commcnço ses éludes dans TuniTersilé de Pontà-Mousson, les termina dans celle de Paris, et fut poorrn de canonicals dans les cathédrales de Trêves, de Hayeace, de Cologne et de Strasbourg ; mais , loin de ne voir dans les bénéfices qu'un moyen d'augmenter ses revenus, comme le Taisaient trop de princes et de seigneurs, il vonlnt faire son stage dans ces dîvera chapitres , comme un simple chanoine. Le cardinal Louis de Guise étant mort b Paris le 39 mars lt)78, Charles devint évËque de Metz et fut mis es possession le 18 juillet suivant; toutefois, comme il entrait A peine dans sa douzième année, l'administration spirituelle da diocèse fut parlitgéc entre Nicolas Bousmard, évéque de Verdun, et Jean Annet, chanoine et chantre de la calh^ drale de Metz. L'administration fut dévolue au j£une évéqne par une bulle de Sixte V, en date du 33 août 1989', et il vint recevoir l'hommage de ses vassaux et le serment des ofîiciers de révéché.II n'avait alors que dix-hnîl ans. Le concile de Trente ne lui permettant pas de remplir les fondions cpiscopales avant sa trentième année, il fut contraint de s'en décharger sur le suffragant Fourniet', quf gouverna avec beaucoup de sagesse jusqu'au moment oi^ le' souveraifi-ponlife accorda à Charles' la dispense néeeSsaire pour pouvoir administrer lui-même.

II obtint vers la même époiiue les abbayes de Saint-Victor de Paris, de Gorze, àp. Ileanpré et de Saint-Mibiel, el, en 1S89, Sixte V le créa cardinal- diacre el chargeale camérier-

secret Decio Cavenago de lai porter la buTette. Charki h reçut doDs la collégiale Saint- Georgei el te rendit i Rome, en i59i, pour la remise da chapeaD. CrrégoireXIT lui assigna le tilre de Sainte-Âgaihe , et le déclara 1^ apostolique dans les évèchés de HetZ| Toul et Verdun. Eniat celui de Strasbourg étant devenu vacant» en 1592, par k mort du titulaire, Jean comte de Manderscheidt, les cbaiioiaei élurent le cardinal de Lorraine , qui fut confirmé dans eetta nouvelle dignité par Clément VIII. Charles, ponr ne pas partager ses soins entre diflférents diocèses, avait précédemment refusé le siège épiscopal de Verdun ; mais 11 se erM obligé d'accepter celui de Strasbourg» afin de le conserver i Téglise catholique. En effet, huit gentilshommes luthérieUy qui avaient envahi une partie des biens du chapitre et se faisaient appeler chanoines de Strasbourg, avaient eu Tidéa de simuler une élection et de choisir pour évoque Jean- Georges, fils de rélecteur de Brandebourg. Appuyé par ks Slrasbourgeois, par les princes protestants d' Allemagne, el même, il faut le dire, par Henri IV (i), Tintrus se mil ci possession de quelques-uns des domaines épiscopanx el cher cha à s*emparer du reste. Le cardinal, grâce à la pnissaacs de son père, repoussa les Luthériens, qui avaient enlevé plusieurs châteaux de son temporel, et Femperenr ayant cfsrt sa médiation, on convint d'une trêve, qni se prolomea jusqu'en 4603. Lorsque Henri IV visita Metz, au moii ds mars de cette année, les deux partis le prirent pour arbitre» et il proposa un arrangement qui ne fut pas appronvé par le pape. Ce fut seulement en 1604 que le duc de Wartemberg, Frédéric, parvint à leur faire accepter nne trauaetion, qui ne doit pas différer beaucoup de celle qlie le m avait présentée. Aux termes de cette transaction, le cardiail était reconnu comme évéque de Strasbourg, mais Georges ds

(I) V. De Thou, Ub. CXXIX.

*»- 319 — Brandebourg cl les chaDoiDcs luthériens conservaienl la plupart des domaines qu'ils avaient usurpas. I On voit par ce qui précède que le cardinal possddoit d'im-

menses revenus. Il en fit le plus noble usage et les consacra presque exclusivement aux besoins de l'Eglise. Nous retracerons plus loin SCS efforts pour hjSler la réforme des ordres religieux dans les diocèses composant sa légation, et nous parlerons des succès qu'il obtint ; malheureusement une maladie très-douloureuse, et dont l'origine était déjà ancienne, l'empêcha souvent, pendant les dernières années de sa vie, de s'occuper, comme il l'aurait voulu, du gouvernement spirituel des pays soumis a son autorité. Quand il visita Borne en 1S9t, il ne pouvait marcher qu'avec peine et ne supportait pas le mouvement du cheval, ni celui de la voilure, ce qui l'obligeait à se faire porter dans une litière ; en 159S , le ma| devint plus grave, cl l'on consulta, mais en vain, les plus célèbres médecins de France, d'Allemagne, de Flandre et d'Italie. Comme le cardinal ressentait dans tous les membres des douleurs iniolcrabics, que l'on doit, sans doute, attribuer à la goutte ou à un rhumatisme articuUire , on crut que ses ennemis lui avaient donné un maléGce, cl le sieur de l'Orme, premier-médecin de Louise de Vaudémont, veuve du roi Henri III, soumît le malade à un traitement qui parut d'abord réussir (I). L'amélioration n'ayant pas été durable, le cardinal fit venir d'Italie quelques religieux ambrosiens, qui passaient pour fort habiles à exorciser, et les introduisit dans le prieuré de Saint-Nicolas-de-Port , dont les biens venaient

(11 V, Lellrfs envoyées ï llonsicur de IjSrivière, Caaaciller «l premier Médecin do no; nir la détiunnco d'un «ortilége meslé psriDjr pluiieun et grirfuet [qaliidici dm metnbrei corporel* seulement, et par ce moyen CDvuert cl caciié pluiican innées en la personne du Séréniaume et lllui- Irisaime Cardinal de Lorraine, Légal du Si Siéfe, par le licvr De I^orroe, Oin^eiller el premier Médecin de la Teue Uoyne Louyie DguBiri^re de France, A pi'ésenl Coniciller cl Médecin de Son AlUjue et dudiot sievr rardinal ion Fili ; >anc;, Biaise André , (IfiOl), in i".

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d*ètre unis à la primatiale de Nancy. Charlei ëpronra qiieli|K '* soulagement , mais demeura presqu^entièreinent perdus ]■»• qu*à sa mort, arrivée le 24 novembre 1607. On TinhiBi dans réglise primatiale, et le P. Léonard Péris, de la coHpignie de Jésus, prononça Toraison funèbre, qui fut impriaée Tannée suivante (i). Les historiens ajoutent que Charki DI fut inconsolable de la perte d*un flis, qu'il parait aToir aiaé avec prédilection, et dans les talents et les lumières daqid il avait une confiance absolue. Il le chargeait des de lieutenant-général (2), lorsqu'il était forcé de s*i lui-même, et il allait -fréquemment le trouver dans son appvtement pour le consulter sur les affaires les plus iniportaates. Ilenri, Charles et François ne furent pas les seuls eDinis du duc de Lorraine. Claude de France, son épouse, lui douai encore six filles : Christine, Antoinette, Anne, Cslherne, Elisabeth et Claude. Ces deux dernières étaient jumelles, el quelques jours après leur naissance (9 octobre 4574), h duchesse fut attaquée d*une maladie de langueur, qui h conduisit au tombeau, le 21 février iS75, dans sa trealedeuxiùmc année. Les princesses Anne et Elisabeth véciireil peu de temps. Christine, née le 6 août 1565, fut mariée i Ferdinand P' grand-duc de Toscane, et mourut en 4656 (S). Antoinette (4) épousa Jean-Guillaume duc de Juliers et ëi Clévcs (j). On savait bien que ce prince avait eu Tcspiii dérangé, mais on fit, croire à Charles que raccès de Miç

(1) V. Mourisso, Hist. dos évcsques de IVglise de llets, p. 648-68S. '

(2) V. Recueil de Fi'anrois de NcufchAteau, p. 37 ; Mémoire! de Tac*démic de Stanislas pour iSiO, p. 2i ; Archives de la bmilie de Wîdraqs«i pièce datée du -25 novembre 1591.

(5) Christine avait été élevée ù 1i cour de Frtnee par Médicis, son aïeule. Elle eut un asseï grand nombre dV

(4) Elle était née le 25 août 15C7.

(5) Le contrat de mariage fut signé le 11 juin 1808; Ici curent lieu, à Nancy, le 9 octobre suivant, et la prineeaM quitta la raine le 2â avril 1599. V. le carlulaire de h bibl. publ.fp. lOil cl Blcm. de H. Guillenné.

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«'avait pas eu de suites. Aune ne tarda pas à être ernelle* ment détrompée. Lorsqu'elle arriva à la eour de Clévet, Guillaume donnait la chasse aux mouches qui volaient dans son appartement; il refusa de quitter cette intéressante occupation et se contenta de dire à sa femme : t Bonjour, » bonjour, duchesse de Lorraine •. Sa folie n*était pas* même paisible, et l)ien souvent la princesse fut obligée, pendant la nuit, d'appeler ses gardes pour la tirer des mains de Guillaume, qui voulait Tétrangler. Ce malheureux mourut en 4609, et sa veuve, abandonnant pour toujours un pays où elle était allée chercher une aussi déplorable existence, revint en Lorraine, décéda le i8 août 4640, à Fâge de quarantetrois ans, et reçut la sépulture dans réglise des cordeliera de Nancy. Elisabeth fut mariée, en 4594, à Maximilien fils de Guillaume II duc de Bavière, dont elle n'eut pasd'enfonts. Elle vécut jusqu'en 4635 (4]t. Enfin, Catherine, née en 4(73, prit le parti de servir Dieu dans la retraite et la prière. Gomme elle était douée de tous les avantages de l'esprit et du corps, elle aurait pu, comme ses sœurs Elisabeth et Christine, foire un brillant mariage , et les historiens lorrains assurent même (nous ignorons s'ils disent vrai) qu'elle fut recherchée par Parchiduc qui régna plus tard si glorieusement sous le nom de Ferdi' nand II. Ce fut seulement après la mort de Charles lil qu'elle résolut de se donner à Dieu, et, choisissant dans ce but un des ordres les plus sévères , elle voulut fonder à Nancy un couvent de capucines, avec l'intention de s'y retirer. La pria<^ cesse Antoinette, étant revenue de Clèves, pria -CatheriM d'ajourner l'exécution de son projet et de ne pas la quitter. Cette dernière y consentit, mais à condition qu'on lui per* mettrait d'habiter une petite maison voisine du eomrent des Capucins, et d'où elle pouvait se rendre facilement dans tour

(i) On trouve une copie du contrat de mariage dans le eartukire de la bibl. publ., p. 924 et suiv.

église pour y assister aux offices. Ce fat alors que son Crèr^ lleuri, devenu duc de Lorraine, demanda et obtint pour dk, j son Insu , la coadjutorerie de Remiremont. L'abbesse ESsdbeih de Salin ayant résigné ses fonctions en 1611, Catherine, qui vtMiaii de perdre sa sœur Antoinette» alla se fixer i Remiromont et prit aussitôt les mesures nécessaires pour réformer le chapitre. Nous avons parlé dans les Tolmws précédents de l'organisation singulière du chapitre, ainsi qie des usasses profanes qui s*y étaient introduits (1), et aon devons ajouter que depuis le moyen-àge les abos s*étaieit aocru> continuellement. On avait vu disparaître, Ton apici l'autre, les derniers vestiges de la règle de saint Benoit, et la vie dos chanoinesses était presqu*entiércment mondaine. L'abbesse seule avait encore quelque ressemblance avec nlhe religieuse ; mais les droits exorbitants qu'elle reveodiquaît on faisaient piulôl une souveraine que la supérieure d'un collège de chanoinesses. Elle refusait de reconnaitre la juridiction de Tévèque de Tout, prétendait relever immédiatement du Suint-Siége, faisait porter devant elle, pendant les processions, la crosse et le pallium (pièce de soie violeUe destinée à couvrir le grand-autel) , et obligeait le diacre et le sous-diacre ft quitter le célébrant pour venir la chercher daas sa stalle et la conduire à Toffrande (2). Eu même temps, oo avait laissé s'établir des cérémonies bizarres et contraires a la majeilé du culte catholique. Telle était particulièrement la coutume de promener dans Téglise, le dimanche des Rameaux, un ioe qui portait un mannequin représentant Notre Seigneur Jésus^Ihrisl. La nouveiie abbesse , sans se laisser intimider par la résistance d*unc partie de son chapitre, opéra sur-le-chanp les réformes pressantes, imposa des pénitences plus ou moins sévères à quelques chanoinesses et supprima la ridicale

(1) V. t. Il, p. 391 ct59â, t. III, p. a06 et 307. (2} V. Calmet, NoUcc, (. II, col. 959-961.

cérémonie qui vient d'être mentionnée. En même temps, elle s'adressa au pape Paal V, et, convaincue de l'impossibilité de relever à Remiremont la régie de saint Benoit , elle obtint du souverain-pontife la suppression de l'office bénédictin el son remplacement par la liturgie romaine. Sur la demande de Catherine, le pape chargea l'archevêque de Gorinthe, suffitigant de Besançon ; l'évèque de Tripoli, suflBragant de Strasbourg, et l'évèque de Toul de se rendre à Remiremont, de procéder aux enquêtes nécessaires et de lui adresser un rapport sur Tétat du chapitre. X.e8 trois commissaires remirent an souverain-pontife, en novembre 1613, un cahier contenant le résultat de leurs investigations 0I flMvant (ce que l'on savait, du reste, fort bien) que la règle d^ saint Benoît avait, dans l'origine, été suivie à RemiretoQOt Les cbanoinesses, qui ne voulaient pas se soumettre, alléguèrent que les commissaires n'avaient pas procédé à Fenquète avec impartialité; et le pape, désirant agir dans cette aflbire avec toute la douceur possible , consentit à ne donner aucune suite à leur rapport , et confia au prélat qui remplissait les fonctions de nonce apostolique à Luceme le soin de visiter le chapitre et de prendre les mesures qu'il jugerait indispen* sables. Le nonce séjourna plusieurs mois à Remiremont , fit une nouvelle enquête et publia enfin un règlement composé de cinquante-quatre articles. Le règlement disposait que les cbanoinesses prononceraient les vœux de chasteté et d'obéissance ; que la nomination aux cinq dignités du chapitre appartiendrait à l'abbesse, et que celle-ci, pour rappeler que la régie bénédictine avait été observée autrefois à Remiremont, en ferait profession dans la forme déterminée par la souverain- pontife. Les articles ftirent lus, en présence da chapitre, le 10 juillet 1614 (1); mais lorsqu'on entreprit de

(1) Ua extrait de ce règlemeat se trouve dans le recueil d'tndennes ordonnances publié par François de Nenfefaàtcau, p. ISO et 181.

les mellrc à exécution , on rencontra une résistance a laquelle on ne $*était pas attendu. Le commissaire apostolique voalnt. de concert avec i'abbesse, faire placer des portes au bâlineal que Ton appelait le cloître ; ces portes furent ameoëes, et oa allait les atlachcr ù leurs gonds, lorsqo*ane populace furiensc, excitée par quelques-unes des chanoinesses , se prccipiu sor les ouvriers I les dispersa et mit les portes eu pièces. Les autres articles ne furent pas mieux observés que celui doat nous parlons ; les dames se pourvurent auprès du pape, loatenant que le nonce n'avait pas montré plus d*împartialilé et de prudence que les premiers commissaires ; puis , Toyaat que de pareilles réclamations n'obtenaient pas beaucoup de faveur, le chapitre supplia le duc Uenri lui*méme de modérer la fougue de sa sœur et de ne pas lui permettre de porter le trouble dans l'église de Remiremont. Le resseotiment contre Catherine était poussé au point que deux chanoinesses conçurent la pensée de la faire périr. Coflunc elles n'osaient ou ne pouvaient recourir a un moyen violent, elles résolurent d'employer renvoûtemenl , pratique usitée quelquefois au moyen-àge, et qui consiste à modeler aae figure en cire représeniant la personne dont on veut le débarrasser, et à percer la statuette, à rendroit du ccear, avec une longue aiguille ou un poignard. Certaines personnes regardaient le procédé comme infaillible , et une des deux chanoinesses essaya d'engager un individn qaî passait pour être un peu magicien à tenter l'aventore. D donna avis de la proposition à l'abbesse elle-même « et la coupable s'enfuit et ne reparut jamais; néanmoins, le mauvais succès ne découragea pas la complice de celle malheureuse ; mais elle fut également trahie par un noawé La Mothc, auquel elle s'était adressée parce qu'il élut « habitué à de semblables homicides » ; et Catheriaet portant In charité jusqu'à l'héroïsme , pria ie duc de renoncer à l'information que l'on avait entamée, el ne

jamais aucune mauvaise volonté contre, la dianoiDeflse (i);.* La mansuétude de l*abbes8e ne put désarmer les dames do chapitre, et comme elles appartenaient presque toutes à TAn* cienne Chevalerie ou à la catégorie des pairs-fiefiés, elles trouvèrent moyen d*intéresser la noblesse à leur querelle. Au états de 1619, Tordre nobiliaire fit au due des représentations si vives et si menaçantes contre les entreprises de sa sœur, que ce prince, ami de la concorde et de la tranquillité, ne négligea rien pour persuader à Catherine d'abandonner ses projets de réforme. La princesse, voyant qu'elle ne gagnait rien ni par la force, ni par la doiiW%\Minsista pas davantage pour faire adopter le règlemeHijdtlMIr, et, en conservant le titre d'abbesse, elle résol4;.4fKil|Nider à Bemiremont un couvent de bénédictines, où elle jfioiirrait je retirer et pratiquer, à son aise, la régie de saint Benoit. Les coaUnielions» commencées en 1624, avaient déjà atteini une certaine haateur, lorsque des individus, soldés par plusieurs chanoinesses, profitèrent des ténèbres de la nuit pour renverser les murailles du nouveau monastère. Catherine se plaignit i Henrii qui lui conseilla de quitter Remiremont et de bâtir à Mancy le monastère qu'elle désirait habiter. La princesse écouta Favis de son frère , achela dans la ville neuve un vaste temin sitoé entre les rues Saint-Nicolas etSaint-Dizierety fonda un monastère, qu'elle appela Tabbaye de Notre-Dame-de-Consolation, et où Ton devait observer la règle bénédietine dans toQte sa rigueur (2).

Nous aurons encore occasion de parler de Catherine, lorsque nous arriverons au règne de Charles tV ; mais il est maintenant nécessaire de remonter aux dernières années du XVI* siècle, pour retracer les tentatives que Ton fit en Lorraine afin

(1) V. Eloge de Madame Catherine de Lorraine , abbetse de Remiremont , par Dom Alexandre Royer, ms.

(2) V. Calmet, Hût., V* édîUon , I. III, col. 155-102; Bîbl. lorr., col. 240-252; Lionnois, Hist. de Nancy, t. III, p. 181-183.

de réformer les ordres monastîqaes , teotatifes aaxquelles le railachent les luttes de la princesse contre le chapitre de Realremont. La vie du cloître, si relâchée au commencement dece siècle, achevait de perdre le peu de régularité qu'elle afait conservé jusque-là, et le chanoine anonyme déjà cité, qoî vivait dans les premières années du XVII^ siècle et qaî avait vu l'ancien étal de choses, en trace un affligeant tableaa : « Le» » religieux, dit-il, faisoient peu ou point de profession, siaoi

> extérieurement, portant un scapulaîre et la tonsure de » religieux seulement; au reste, estoîent semblables an » séculiers, mangeant chair es jours permis de FEglise ; réd- » toient encore en plusieurs lieux les heures à Tusage desaial » Benoisl ; aultres avoient pris l'usage de Rome ; tellemeoi qae » les convenis estoient plustost pour recevoir les cnAns

> (comme il sembloit) à la décharge des maisons, que pour eslre » religieux... » (1). Lorsque le cardinal de Lorraine voalot travailler sérieusement a la réforme des Bénédictins dans la évêchés de Metz, Toul et Verdun, qui composaient^ comae on l'a dit, le territoire de sa légation, il éprouva un embanis sérieux : ce fui l'impossibilité de rencontrer en Lorraine ■ seul moine qui eût pratiqué ou vu pratiquer la règle de saiM Benoit. Il apprit enfin que les abbayes de Trêves , et particulièrement celle de Saint-Maximin , ne méritaient pas kf reproches que l'on adressait à celles de notre pays, et il pria l'abbé de ce dernier monastère de lui envoyer deox de ses religieux. On les mit dans le prieuré Notre-Dame de Nancy, où Ton avait transféré le titre abbatial de Saint-Martin de Metz, et le cardinal destina cette maison à devenir la pépinière des nouveaux bénédictins ; mais cet essai ne fut f» heureux; il ne se présenta pas de novices, et Tun des deo religieux ayant été choisi pour abbé de Saint-Avold, Ytêin-

(1) V. le mémuirc du chanoine anonvmc, dani Calaiei| Notice, t. licol. 08.

prise échoua complélement. Le cardinal résolut alors de réformer l'abbaye de Saint-Mihiel, qui lui paraissait admirablement placée pour devenir le chef-lieu de la eongr^lioDy et il chargea quelques-uns de ses conseillers de se rendre à Saint-Mihiel pour y donner communication de son projet. Malheureusement; le secret fut mal gardé, et lorsque les envoyés arrivèrent, ils trouvèrent la communauté sous les armes et furent charitablement avertis que, s'ils faisaient un pas de plus, ils allaient recevoir une décharge. En présence d'une déclaration aussi peu rassurante, le légat tourna ses regards d'un autre côté et désigna povr séminaire de la réforme future l'abbaye de Saint-Yanne , qui était dans une ville épiscopale, que Ton pouvait par conséquent surveiller avec facilité, et dont les habitants n'avaient pas donné de scandales. Le prince Erric, évèque de Verdun, abbé commettlataire de Saint-Vanne , entra dans les vues du cardinal et réunit, dans son palais, une assemblée composée d'ecclésiastiques et de religieux esiimables, afin de chercher les moyens de rendre à Tordre de saint Benoit son ancienne splendeur. Ils furent toqs d'avis que Ion ne devait pas songer à prescrire la pratique d'une règle que personne ne connaissait plus, et qu'il fallait se borner à demander aux moines de Saint- Vanne l'observance des vœux « et une vie honnesle ».

Ces diffcTentes tentatives du légat n'étaient pas les premières qu'il eût faites pour réformer les ordres de saint Benoit et de saint Augustin. Pendant son séjour à Borne, en 1591, il avait reçu du pape Grégoire XIV l'invitation de s'occuper de celle affaire avec sollicitude et sans retard; mais divers obstacles ne lui avaient pas permis de mettre immédiatement la main à l'œuvre. Ce fut seulement en 1595 qu'il put y songer d'une manière sérieuse, et il convoqua, à cet effet, un chapitre des abbés et des prieurs bénédictins dont les maisons étaient comprises dans les diocèses de Metz, Toul et Verdun. Il ne vint pas à cette réunion plus de quatre abbés

et de quatre prieurs ; Déaomoins, comme ils étaient animés de bonues intentions, ils résolurent, après aïoir entendu le commissaire du légat, de former une coDgrégation pariiculiére, selon le vœu du concile de Trente. Ils choisirent sur-le-duap pour président et visiteur Dom Jacques de Tavagny, abbé de Saint- Epvre, et ils dressèrent trente-six statuts ayant pour bal de rétablir la régularité dans leurs monastères. MaibeareuMH ment, cette velléité de réforme n*eut pas de saîtes; Don Jacques de Tavagny mourut Tannée suivante, et les Bénédictins ne purent s'entendre pour l'élection de son succesmr. Peu à peu les statuts de 1595 tombèrent en désuétude, et ks abbés qui n'avaient pas assisté à l'assemblée conToquée par le légat, notamment les abbés de Sainl-Arnouid , Saint- Clément, Saint-Vincent et Saint-Sympborien de llelz refusèrent d'introduire dans leurs maisons la demi-réronne décrétée par leurs confrères.

Les efforts du cardinal de Lorraine pour améliorer h discipline des chanoines-réguliers de Saint-Augustin n'eiircal pas un meilleur succès. Les abbés et les prieurs, rénoiii Nancy, dans le couvent des Cordcliers , au mois de juilid 1595, consentirent à former une congrégation, cboisimt pour président et visiteur triennal Jean Marius, abbé de Saint- Picrremonl, et rédigèrent un règlement, dont l'appiication aurait suffi pour faire disparaître les abus les plus crianlf ; mais il en fut de ce règlement comme de celui des Bénédictins ; on ne l'observa pas ou on l'observa mal, et les résultais de l'assemblée de 1595 furent tout-a-fait insigniCants (I).

Le moment approchait cependant où les anciens ordrei religieux allaient accepter une réforme véritable, et la gloire de l'accomplir, refusée a un prince de l'Eglise, au flis du phs grand souverain qui ait régné sur nos pères, était résenéei

[i- V. Caimol. Ilisi., i. III, col. 127-1.15. ^ouft nÛToni cet qui a Iravaillc sur d excellents mémoires.

de simples religieux, à des mpines bien obicora. Le premier « est le bénédictin Didier de la Cour. Lorsqae le prinee Brric voulut, de concert avec le cardinal, rétablir à Saint-Vanne Tempire de la régie, il engagea les religieux à élire prieir claustral Dom de la Cour, qui était profés de ce monastère. Us s*empressérent d'accéder à la proposition, dans l'espérance que Didier la repousserait, et il ne manqua pas effectivement de refuser une dignité, dont il se croyait indigne ; mais deux jésuites, dans les lumières desquelles il avait confiance, loi firent un crime de déserter le poste auquel Dieu l'appelait, et il donna, malgré lui, son assentiment.

Cet humble religieux était né, en itttfO, à Monxéville, prèa de Verdun; il appartenait à une famille noble; toutefois, son éducation fut extrêmement négligée, et^KMait déjà dix-sept ans lorsqu'on l'envoya à Verdun pour y fiiire quel^oes études. Il fréquentait volontiers l'église abbatiale de Sainl-Vanne, et l'idée lui vint d'y faire profession de la vie monastique; on l'admit en qualité de novice; néanmoins, comme il ne savait pas le latin , on n'eut aucune considération pour lui et on le lui témoigna en mille circonstances. Deux anciens religien eurent pitié de ce vertueux jeune homme, lui enseignèrent lea éléments de la langue latine et obtinrent qu'il irait demeurer A Pont-à-Mousson pour y suivre les cours de l'université. Il fit des progrés rapides , reçut l'ordre de la prêtrise et se livra à la prédication avec un grand succès. De retour à l'abbaye de Saint- Vanne, on lui confia la charge de maître des novices, et il se mit en devoir de former une génération de moines plus réguliers que les anciens. Leurs exemples et leurs discours ayant paralysé ses eflbrts, il saisit avidement une occasion qui se présenta de quitter le monastère et se rendit à Borne, en 1587, pour travailler secrètement à la révocation du déereC qui avait uni la mense abbatiale de Saint- Vanne à la crosse épiscopale de Verdun. L*évêque de cette ville, instruit enfin des démarches du P. de la Cour, le fit rappeler,. et ^ dernier,

no voulant pas rester dans une maison aussi mal réglée, demanda Tautorisation de se retirer dans rennitage de Saiol- Chrislophe, près de tlarécourtv et y séjourna pendant hûl moi$ , partageant son temps entre la prière , la lecture el ie travail des mains : se nourrissant de pain noir , et cooduM sur la voûte de la chapelle» car il n*y avait pas même de cellule pour Termite. Quelques jésuites, étant allés lui faire visite, le prièrent de sortir de ce lieu, où il n'était paseï sûreté à cause de la guerre, et ils Texhortérent, s'il ne poofait en conscience demeurer avec ses confrères, à passer dans ai ordre renomme pour sa sévérité. Didier prit ce parti et eatn dans le couvent des minimes de Verdun, où il fut reçu afcc empressement. Il parut d'abord satisfait de sa nouvelle position, mais il se reprochait d*avoir si facilement déseipéré d'établir la réforme dans Tabbaye de Saint- Vauie, el, ne réussissant pas à vaincre ses scrupules, il relourni dus ce monastère vers la fin de io90.

Peu d*années après, il fut, comme nous Favons dit, deié aux fonctions de prieur claustral, et on se mît à travailler m rétablissement de la discipline. Les ecclésiastiques les plv recommandables^ co:i.^ullés par le prince Erric, furent d'avis, comme la première fois, de ne pas exiger que Ton obserrAl la règle à la rigueur. Le prieur ne partagea pas leur sentineat et insista pour que Ton écartât toute mitigatîon. Il ne fat pas écouté ; on résolut de ne pas pousser les choses à TcxtrèBe, et on fut bien désappointé quand on vit les religieux refuser de se soumettre et d*accepter les demi-réformes que Ton essayait d'introduire parmi eux. Les Jésuites Grent de vains elfuris pour les cnga^'cr à céder, el, après bien des négociations , on adopta le plan de Dont de la Cour, qui consistait ù laisser les anciens bénédictins tels qu'ils étaient el t liinipo^er la pintique de la rè^jrle qu'aux novices. Les Jésaitd, (|ui avaient prninis (fen env(»yer vingt-quatre, en foumireat quatre scuJeineni , oi ce fut avec cette poignée de jeunes gaos

que le prieur entreprit ao aussi grand ouvrage. Les Tieai religieux, les magistrats et les bpurgeois ne négligèrent rien pour entraver un pareil projet; mais» malgré tons lears efforts, les novices persévérèrent, et, le 30 janvier 1600, r«évèque reçut leur profession, celle du prieur et celle de Dom Biaise Valtier, prieur de l'abbaye deSaint-Airy, qui avait aban> donné son monastère pour s*associer à une œuvre qu'il regardait comme inspirée par Dieu même. De nombreux postulants vinrent promptement se ranger sous la direction de Dom Di* dier, et la réforme fut consommée dans Tabbaye de Saint-Vanne. Un si heureux succès inspira au prince Erric Tidée d'établir le même régime dans Tabbaye de Hoyen-Moutier, dont il était aussi abbé commendataire. Ayant reçu de Rome les pouvoirs nécessaires, il installa à Hoyen-Houtier Dom Claude François, profés de Saint-Vanne, et trois autres religieux, qui partagèrent la mense conventuelle avec les habitants du mo« naslère. Bientôt après, les deux petites communautés formèrent une congrégation et adoptèrent la liturgie des bénédictins du Mont-Cassin, dont elles avaient pris les règlements pour modèle. Elles députèrent à Rome Dom Pierre Rozet, pour demander que le souverain-pontife créât une congrégation comprenant non seulement les abbayes de Saint- Vanne et de Moyen-Moutier, mais encore toutes les abbayes lorraioes décidées à embrasser la réforme, et qu'il leur permit d'appliquer les statuts en usage au Mont-Cassin, à rexception cependant de celui qui ne permettait d'élever aux degrés de supériorité que les profès ayant déjà passé sept ans dans hi congrégation ; attendu qu'il serait impossible d'y trouver les sujets convenables. Le pape Clément VIII s'empressa d'accorder^ le 7 avril 1604, la faveur que l'on soH|6^^ en érigeant la nouvelle congrégation sous le titre de Sdi^Yanne et de Saint-Hidulphe (1);et on* assembla un chapitre-gé-

(1) Ou Ilidulf.

néral, dans lequel on élut pour président Dom Didier de la Cour, et pour visiteur Dom Pierre Rozel.

L'année suivante, le cardinal de Lorraine reçut un brefda pape Paul V, qui lui prescrivait de visiter les moDastéres situés dans le territoire de sa légation, et Tannonce de eetle visite causa une grande émotion dans les abbayes bénédictines. Les unes, telles que Senones et Saint-Airy, résolurent de demander leur union à la congrégation de Saint- Vanne; d*aulres abbayes, et particulièrement celle de Saint-Epvre, amusèrent le cardinal par de belles promesses; les religienx de Saint- Vincent de Metz annoncèrent qu'ils allaient postuler leur sécularisation, aûn d'avoir la conscience en repos; d'autres enfin, imitant l'exemple de leurs confrères de Saiol- Mihicl, se préparèrent à lutter et no dissimulèrent pas leur projet de se retirer en France et de se placer sous la protection du roi.

Le cardinal, fortement secondé par les réformés, parvînt à triompher^ au moins en partie, de ces obstacles. Afin^e ne pas laisser augmenter le nombre des récalcitrants, il interdît de recevoir des novices dans les maisons qui n'avaient pas adopté la' réforme, et d'admettre à la profession ceux que ces maisons renfermaient déjà. Ensuite , il tourna ses dbrts contre Tabbaye de Saint-Mihiel, qu'il regardait, avec rtison, comme la plus relâchée et la plus séditieuse ; il ne rencooUa pas toutefois la résistance qu'il redoutait; car les moiicif perdant courage au moment décisif, déclarèrent qa*ils consentaient à ce que les religieux réformés entrassent dans le monastère, pourvu qu'on laissât aux anciens de quoi vivre convenablement. On accorda aux derniers ce qu*ils demandaient ; la mense conventuelle fut partagée, et les premien occupèrent Tubbaye , le 10 février itiOti. Les choses w passèrent à peu prés de U\ même manière à Longevîlle, à Suini-Avold et dans dliférentes abiiayes, qui adoptèrent h réforme les années suivantes. Ce fut à cette époque que le

cardinal de Lorraiae essaya de fonder à Nancy an moiMtère * de Tordre de saint Benoit , pour remplacer le priaaré Notre- Dame, dont il avait donné les biens à la Primatiale ; li création en fut autorisée par le pape Paul V, an mois de janvier 1607 ; mais divers événements empêchèrent cette maison de prendre le développement qu'elle devait recevoir, et elle ne fut complètement et définitivement organisée que sous le règne de Léopold.

Nous ne voulons pas abandonner ce qui regarde les origines de la congrégation de Saint- Vanne et de SainC^Hidulphe sans rappeler qu'elle donna naissance à la célèbre congrégatioii français^ de Saint-Maur, à celle de Quny, etc. Dom Didier de la Cour alla lui-même à Paris, en 1613, avec quelques-uns de ses moines les plus fervents, pour jeter les fondements da l'établissement nouveau ; il apprit à connaître dans cette viUe Dom Laurent Bénard, prieur du collège de Cluny, qui voulut devenir un de ses disciples; et, au mois de mai 1618, le cbapitre-gcnéral de Saint- Vanne, assemblé dans l'abbaye de Saint-Mansuy^ décida que les monastères français formeraient une congrégation séparée, et chargea Dom Bénard d'exécuter l'entreprise, qu'il conduisit à bonne fin, avec le secours de plusieurs membres de la congrégation de Saint-Vanne aussi distingués par leurs lumières que par leurs vertus (1).

L'exemple donné par les Bénédictins produisit les fruits les plus abondants. Les religieuses du même ordre, qui , nous devons le dire, ne s'étaient pas autant écartées de la régularité» se montrèrent jalouses des religieux réformés ; elles s'effor* cèrent de marcher sur leurs traces, même de les dépasser, et bientôt les bénédictines de Vergaville et de Juvigny pratiquèrent avec joie ce que leur règle avait de plus au8ttoii#de plus humiliant (2). - H^ri^.

(1) V. Calmet, ibid., col. 435-ii8.

(2) V. idem, ibid., col. 163 et 164.

Pendant que Ton iravaillait à la régénératioD des le P. Servais Lairuels entreprenait celle des Prémootrés. Ca chanoines n'avaient pas, selon la remarqoe de Dom Calmel, moins besoin des remèdes que Ton appliquai! aux ordrei religieux. Leurs monastères étaient, pour la plupart, constiiîls dans des solitudes, et Tisolement n'avait pas peu contriboé i y introduire tous les désordres que Ton signalait ailleurs, et qui avaient pour sources principales Toisiveté et Tignoruiep. Le P. Lairuels n*élait pas né lorrain , mais il était moine de Saint-Paul de Verdun, et notre pays fut le principal théétreie son zèle. Il avait fait profession en 1580^ avait étudié a Verdo, à Pont-à-Mousson et à Paris, et avait reçu . du générai de Prémontre la mission de visiter quelques-uns des monastèRi de Tordre. Il vint un jour, avec celte intention , à Siinle* Marie-au-Bois, près de Pont-à*Mousson ; et le P. Daniel Picart, qui en était abbé, charmé des manières et des disoovs du visiteur, rengagea à se Gxer dans ce lieu et le choisit pov son coadjuteur (lb99). Devenu abbé en 1600, le P. Laimeb s*occupa de la réforme de son monastère , rédigea des statnts qu'il fit observer rîgourcusemenl , et les présenta au général qui les revêtit de son approbation. Ce fut alors que le réfiirmateur, abandonnant les vieux bâtiments de Sainte-Marieau-Hois, qui sont, comme leur nom l'indique, situés an milieu des forèls, transféra son abbaye dans la ville de PMlà-Mousson , ah'n qu'il fût loisible aux novices et même aa religieux de suivre les cours de l'université. Les abbés de Justement et de Salivai imitèrent celui de Sainte-Mark, cl leur exemple allait lui-même rencontrer des imitatenn* lorsque plusieurs prémonlrés , qui ne voulaient pas se sonmettre, prétendirent, pour cacher leur lâcheté, que les slatali rédigés par le P. Lairuels contenaient différentes prescriptions contraires a la règle. Le P. Gousset, général de ronkib prit inutilement le parti des reformés; la lutte fut kmgHi et périlleuse, et ce fut seulement en 1629 que eenHi

obtinrent une sentence du pape Urbain VIII, qai les nMdiH tenait dans la^ jouissance des nombreuses maiioDi où k discipline avait été rétablie (i).

Nous retracerons dans le chapitre suivant d'autres effortSi non moins heureux, qui furent faits par le B. Pierre Fourrer pour amender les chanoines-réguliers de Lorraine; mais nous ne pouvons nous dispenser d'ajouter que les dernières années du XVP siècle et les premières du XVIP virent naître, dans notre pays , une foule de couvents appartenant à divers ordres. Jean de Lénoncourt, grand-maitre de Thôtel et baiUi de Saint-Mihiel, fonda, en 1588, dans le village de Serres une maison de minimes, la première que cet ordre ait possédée en Lorraine (2). L'évèque Pseaume les avait introduits à Verdun dès Tannée i 573, et ils bâtirent un vaste monastère à Nancy, aussitôt après la création de la ville neuve. Les Capucins, qui avaient construit un couvent dans la même ville et à la même époque, se Gxèrent peu de temps après à Remiremont el dans d'autres lieux plus ou moins importants (5).

Les évèques de Metz, de Toul et de Verdun n'avaient pas attendu la fin du WV siècle pour rétablir la régularité dans le clergé séculier, et c'est en donnant eux-mêmes l'exemple de toutes les vertus ecclésiastiques, qu'ils étaient parvenus i inspirer aux curés l'amour de leur ét^t et le zèle pour la maison du Seigneur. L'église de Toul eut le bonheur d'être gouvernée, pendant plus d'un demi-siècle, par des prélats d'un grand mérite. Il faut d'abord nommer Pierre du Chàtelel, qui siégea de 1565 à 1580. Il eut pour successeur Charles de Lorraine, cardinal de Vaudémont , fils du prince Nicolas qui

(1) V. idem, ibid., col. Ii9-132.

(S) V. idem, Notice, t. II, col. tëS.

(3) V. Benoit Picart, Sinopsis historica, cronologiea et topogrtpliict €rtii8 et progressas ordinis scraphiei apod Lotaringos, fiaMtiii.

avait, comme on Ta vu, admioistré les deux duchés peadm la minorité de Charles III. Il fil ses études à Pont-è-Moassou cl montra tant de vertus, dès sa jeunesse, que le pape Grégoire XIII lui envoya le chapeau de cardinal, avant même qu*ii fût parvenu à sa dix-neuvième année. En 1580, il devint évoque de Toul, et le souveraîn^ontife Taulorisa à se faire sacrer, quoiqu'il eût seulement vingl-un ans. Le cardinal tâcha d*imiter dans toute sa conduite Tillustre archevêque de Milan Charles Borromée, avec lequel il était ci relation; < il visita, dit Thistorien de Toul, ses paroisses avec une diligence et une exactitude qui étoient d*u évèquc consommé ; il bannit tout le faste de sa maîsoa ; rien n'y paroissoit plus modeste, et il y vivoit d'une façon plus retirée que les religieux dans leur cloître ; il y enireicnoit quatre jésuites, dont il se servoît dans le gouvemement de son diocèse; il tint plusieurs synodes, daas lesquels il fit tous les règlements nécessaires pour rétablir la discipline ecclésiastique parmi les ministres de Tautd ; et sa plus forte passion étoit que la sainteté de leur vie répondit à celle de leur ministère. Il seroît à aouhailer qu*on eût recueilli tout ce que le zèle fit faire à ce eardind pour l'éducation cl Tinstruction de ses diocésains; tout prèchoit dans ses actions, et ses peuples trouvoieat en lui un parfait miroir de la piété chrétienne. » En 1583, il engagea le chapitre de son église et la bourgeoisie de Tool h se rendre , avec lui, en pèlerinage dans l'église de Saint- Nicolas-de-Port , pour obtenir de Dieu , par rintercession du saint évèque de Myre , la disparition des fléaux 'dont FEaropc était accablée. Le IG août, la procession sortit de la cathédrale de Toul et alla se reposer à Chaligny , sous des tentes que le duc de Lorraine avait fait préparer , ainsi qae dificrentes sortes de rafraîchissements. On se remit en roM le lendemain matin , et on arriva de bonne heure à Saial- Nicolas. Les religieux ouvraient la marche ; ils étaient svfti

des chanoines portant des chapes magniliques, et prikMnnI le cardinal, qui était environne d'une maliitude d'ecclésiaaliques séculiers; enfin, les bourgeois de Toul s'avançaient sur deox files, et les gardes de la ville étaient placés sur les flancs du cortège, pour prévenir la confusion. Le cardinal oflicin lui-même, adressa au clergé et au peuple un discourt pathéiique, et fit baiser à chacun la relique de saint Nicolas. Le même jour, la procession reprit le chemin deToul, et cette fois l'évfque éuit escorté d'un grand nombre de gentilshommes lorrains, qui étaient accourus pour le voir et pour l'entendre. En 1S64, il permuta son évéché contre celui de Verdun, devenu vacant par la mort de Nicolas fiousmard ; mais le ^ouveroin-ponlire , ne voulant pas instituer, à cause de sa jeunesse, le candidat qu'on lui avait présenté pour le siège de Toul, confia l'adminisl ration du diocèse au cardinal de VandémonI ; et on peut deviner ce que notre patrie aurait dâ è ta sagesse et aux lumières de ce prince de l'Eglise, si une mort prématurée ne l'avait enlevé, le 29 octobre 13S7, è l'âge (le vingt-sept ans.

Les chanoines de Toul s'étant réunis , peu de temps après , pour élire un évèque, le duc de Lorraine les pria, d'une manière qui ressemblait à un ordre, de nommer Christophe de la Vallée , gouverneur du prince Erric. Le chapitre ne se rendit pas au désir de Charles III et ajourna l'élection. Le duc ayant alors donné aux chanoines l'assurance qu'il leur laisserait toute liberté, ils s'empressèrent de choisir Théodoric Thiriet, chantre de la cathédrale et officiai de l'évéché. Charles n'avait promis au chapitre de ne pas se mêler de cette afl'airc que dons l'espérance d'obtenir ce qu'il avait demandé ; il ne vit pas plusl6t ses prévisions trompées , qu'il s'adressa au pape et le supplia d'accorder l'évéché ù Christophe de la Vallée, qui était un ecclésiastique fort recommandable, Sixte V s'empressa d'y consentir ; le prélat se mit en possession au mois de novembre 1 It69, et, malgré quelques

discussions avec les chanoines , il adminislra le diocèse afcc tant de prudence qu'il ne laissa dépérir aucan des ouinfes de ses prédécesseurs (1). U réussit même dans ane entrepriie où aTait échoue le cardinal de Vaudémont. Ce dernier avail. en 1584, fait observer aux chanoines qu'il était urgent d'adopter la liturgie romaine ; mais ceux-ci avaient refusé de se prêter aux vues du cardinal et avaient allégué que les livra toulois ne rentraient pas , à raison de leur ancienneté, dui la classe de ceux qui avaient été proscrits par le concile de Trente. Christophe de la Vallée fut plus heureux et confia le soin de corriger le bréviaire de Toul aux jésuites de Poot-è- Mousson; le P. Fronton du Duc et un autre père fureU chargés de ce travail par le recteur, et le nouveau bréviaife fut imprimé à Pout-à-Mousson , en 1595, par Etienne Ifar^ chant (;2).

Nous avons déjà nomme les prélats qui occupèrent le siège épiscopal de Verdun pendant le demi-siècle que nous venons de parcourir. Le plus illustre fut, sans contredit» Nicolas Pseaume, qui lutta avec tant de courage et de constance contre rhérésie calviniste et parvint à en préserver presque eomplètcinent son diocèse. Les talents de Pseaume furent admirés ai concile de Trente, et il mourut comme un saint , le lOaoét l'i75, après avoir légué à sa cathédrale de riches tapisseries, de Targcntcrie et sa bibliothèque, dans laquelle il s'élail plia recueillir une foule de livres rares. Nicolas Bousmard et Charles de Vaudémont marchèrent sur ses traces ; et Nicolas Houcher, qui devint évèque en 1587, était un prélat de mœurs sévères et d*unc capacité peu commune. Après sa mort, arrivée en 151)3, le pape Clément VIII lui donna pour successeur le prince £rric de Lorraine, frère consanguin du cardinal

J) V. Benoit, llist de Toul, p. GjO-684. ^2} V. Rccherciips histor. el bibliogr. sur les commcfioeineiilft de prinierie en Lorraine . par M. Beaupré^ p. 208 et 209.

deVaudémont, malgré Fopposition des chanoines, qui avaienl élu le sieur de Rambervillers, l'un d'entr'eojklls ftiirent par se soumettre, et Erric prit possession de révéché, 4|Q*jl'ne conserva, du reste, pas trés-lonj;temps. En 4596 , il se rendit à Rome pour prier le souverain-pontife de lui permettre de quitter son siège épiscopal et d'entrer dans la compagnie de Jésus. Clément VIII s'y opposa, fit observer que le jeune prélat pourrait faire beaucoup plus de bien en qualité d'évéque de Verdun que comme simple religieux, et le renvoya dans son diocèse. Il obéit et se livra tout entier à l'administration , sans négliger , comme on l'a dit, de travailler è la réforme des ordres monastiques. Il n'arait toutefois pas re* nonce au projet de résigner son évéché , el ayant fait un nouveau voyage à Rome, en 4609, il obtint du pape Paul V l'autorisation de signer sa démission. Il remit , l'année suivante, tous ses bénéfices à son neveu Charles de Lorraine, fils du comte de Cbaligny, se retira à Nancy, mourut en 4623, et fut inhumé dans le couvent des capucins de Varangéville , qu'il avait fondé (i).

Les prélats qui, à l'exemple du prince Erric, donnèrent leurs soins à la réforme des Bénédictins, des Prémontrés et des Chanoines>Réguliers, et les saints religieux auxquels Dieu avait réservé la gloire de mener à bonne fin cette entreprise difficile, avaient été élevés, pour la plupart, dans FuniTersité de Pont-à- Mousson, et ils trouvèrent de précieux auxiliaires parmi les professeurs de cet établissement, dont la prospérité augmenta sans cesse pendant les dernières années du XV|* siècle et les premières du XVII*. A la rentrée de 4594, on y vit jusqu'à neuf cents étudiants , sans compter les élèves des facultés de droit et de médecine ^ et le poète Pàntaléon Thévenin de Commercy s'exprimait, quelques années auparavant.

(1) Il voulut être enterré revêtu de l'habit de cet ordre. V. Ronatel , Hist. de Verdun, p. i31-«02. ♦

de la manière soivanle, dans une dédîcaoe «dresiëe i Charia II : « L'unÎYènité de Poni-è- Mousson eal jA poar le bref temps de sa fondation tant célèbre el lleariasanl, qa*i] l'y i académie en AllemaignCy ny ceste ancienne et CiaeHe université de Cologne mesme, ny en France (excepté cdk de Paris), qu'en fréquence de bonnes leçons, tant en hiainité et philosophie que théologie el loix, el afflaée de dbciples , tant du pays et du lieu que d'Allemaigne et aifra régions circonvoisines, elle ne surmonte et désaTance. De sorte que nous pouvons à bon droit usurper ce de qnoy si vantoyent les anciens latins, In Laiium $prtêi$ migrât Athenis^ et dire Moiaontian iprtHê Aemiemla grat Achivis* ..(!)• >

En 1603, l'université avait quinze cents élèTcs, non pris les étudiants en droit et en médecine, el la consonuDalion du papier , tant pour les écritures que pour les thèses cl ks impressions, était devenue si considérable, que Ton élaUil m papeterie à peu de dislance de Pont-A-Mousson , entre ks villages de Blénod et de Jezainville (â). QuelquesHms des princes lorrains, notamment les cardinaux Giarles de Vaudémont et Nicolas-François , ne rougirent pas d*aller s'assesir sur les bancs de l'université, au milieu de jeunes gens apptftenant aux familles les plus modestes , el le dernier sonliri publiquement une thèse pour obtenir le grade de matUe-^farts, qui correspond, comme on sait, à notre titre de docMrès-lettres ou de docteur-és-sciences. •

Comme , malgré les précautions prises par les fondalem, la fréquentation des jeunes gens destinés aox professioM civiles pouvait être dangereuse pour ceux qni dësiraicit entrer dans les ordres, Pierre du ChAtelel,. éfèqne de

(1) V. Soncts à messeigneura princes. Contes et •otres gentils-hommes de [x>iTaine avec TanagreAne de son Altesse ; Nsoêy. Jean Janson, itfSt, in 4fi,

(2) V. Rogéville, ibid., t. Il, p. K63.

Toul, et Charles de Lorraine , évéqoe de Mels, rëflolorenl, pour se conformer aux preseripiîona da eondle de Trente» d'ouvrir à Pont-à-Mousson des séminaires, dans lesqaebon admetlrait les clercs de leurs diocèses qai suivaient les conrs de Funiversité. Le directeur du séminaire toulois devait être prêtre ou mattre-és-arts ; il avait une pension de cent soixanle francs, et Tévéque avait assigné Une rente de liait cent quatrevingt-dix francs pour Tentretien de huit écoliers (I). Quant i Févêque de Metz, il acheta, en 1588, une belle maison, qo*il fit approprier convenablement, et il fonda douze bourses pour autant d'étudiants de son diocèse (2). Quelques années plus tard , les Carmes firent Facquisition d*une maison pour loger ceux de leurs religieux qui séjournaient à Pont-è-Mousaoft dans le but d'y compléter leurs études (5) , et d'autres congre*galions imitèrent cet exemple.

Un tel concours excita la jalousie des oniversitét françaises. Celle de Paris, qui depuis longtemps se feisait remarquer par son esprit envahissant et par la médiocrité de ses méthodes, trouva fort mauvais que Ton s'avisât d'aller s'instruire ailleurs que chez elle et présenta une requête au parlement, à FefTet d'obtenir le rappel des étudiants français* Le parlement, accueillant la requête, rendit, le 20 mars 4605, un arrêt par lequel il était ordonné aux firançaisqal fréquentaient les universités de Douay et de Pont-à-Moussoo de les quitter immédiatement et de revenir chez eux. L'arrêt fut confirmé par le roi peu de jours après, et, aux vacances de Pâques, plus de cinquante écoliers sortirent du pensioilnat des Jésuites ; mais on regagna d'un autre côté ee que l'on avait perdu de celui-ci ; l'arrêt du parlement appela l'attention sur les efforts et les succès de l'université lorraine, et le

(1) V. Benoit, Pouillié du diocèse de Toul, t. I, p. 291.

(2) V. Meurisse, Hist. des évesqvcs de Féglise deMeti, p. 646.

(3) V. Calmet, Notice, t. Il, col.

nombre des élèves étrangers ne cessa d'augmenter. On fil même les Français , surtont les Bretons , rerenir e» phi grande quantité que Jamais, et, a la rentrée de 1604, qiine cents étudiants se pressaient sur les bancs da coll^ cl des quatre facultés (i). En 1607, le collège et les fiicallés ée théologie et des arts avaient plus de seixe cents ëtères, cl ki facultés de droit et de médecine n'en comptaient pas de quatre cents ; ce qui obligea de constmire trois nouvelles. Cette prospérité dura cinq ou six ans ; puis, des collèges s'établirent dans plusieurs villes des duchéi de Lorraine et de Bar, et Taffluence des écoliers dlminna m peu ; néanmoins , l'université en avait encore quinze cents m 1644, et le P. Abram ne parle pas ici des étodhnts en droit et en médecine (3).

Les ducs Charteslll etHenri, fiers delà réputation des écoles de Pont-â-Mousson, prirent toutes les mesures qu'ils jogèrent propres à en rehausser l'éclat. Le S lévrier 4603» Charles publia une déclaration dispensant les soppAts de Funivernlé de contribuer aux aides généraux ; lé 39 décembre 1606, 3 régla ce qui concernait la juridiction do magistrat ordinaire et celle du conservateur des privilèges de FuniTersité ; le 10 février 1609 , Henri confirma aux gradués en théologie l'afiiectation des bénéfices vacants au mois d'aoât, et dont h collation appartenait au duc (affectation qui était l'œuvre de Charles III et remontait a 1596) ; le 39 juin de la même amrie 1609, il autorisa les étudiants condamnés i attaquer par h voie de l'appel, devant la cour des Grands-Jours de Stiot- Mihiel, les jugements prononcés par le conservateur; h 27 janvier 1625, il déclara que l'exemption des taiHcs, impositions, contributions, aides ordinaires et extraordinaiiei devait s*étendrc à tous les ofliciers et suppAts, sans exceplios.

(1) V. Abram, liist. untv. mossiponUmo;. (3) V. idem, ibid.

En même temps, Charles et Eenii accrurent la liste de ces fonctionnaires; i'puivcrsilé eut biciiiôi un peintre, un gmveurt un imprimeur et des libraires-juri^s, que nous avons d^jâ vus figurer dans un règlement de l'année 1604. En lliSô, leB étudiants allemands essayèrent d'introduire la division par nations, selon l'usage de quelques écoles étrangères, et Henri leur permit de tenir loge et d'élire un chef; mais il révoqva l'aulorisation peu de mois après.

Le nombre des chaires de médecine fut augmenté. Le 3 janvier 1602, le duc fonda une chaire d'snQlomie cl de chirurgie, et, dûment informé « des sens, suIGsonce, eapacilé, > diligence et expérience.... estans en la personne de.... * maisire Pierre Barrot •, il lui confia l'enseigoemeDl de cm deux sciences (I).

Nous parlerons plus loin des médecins et des juriscQaialtes qui furent professeurs à Ponl-à-Housson , mais nous mentionnerons ici quelques-uns des jésuites que l'on y trouTul k la même époque. Nous avons cité le P. Edmond Bay, jésuite écossais, qui fut le premier recteur. Le P. John Uay, de la même nation et probablement de la même famille, et qui avait enseigné, avec réputation, en Pologne, en France et dans les Pays-Bas, la théologie, les mathématiques et l'hébreu, devint chancelier de l'université (S). Un autre écossais, d'une naissance illustre , James Huntley-Gordon , professait la langue hébraïque (5). La Lorraine elle-même fournit plus d'un maître distingué. Nous nommerons seulement 1° lu P. Abram, lequel enseigna successivement les humanités et la théologie, publia des ouvrages classiques justement estimés et rédigea une histoire de TuDiversilé de Pont-à- Mousson, histoire qui est malheureasemeot denieuiée manu-

(t) Sur IOU9 a» faiu, v. Rogfville, ibid., p. SUS, BSS, «(9 el SSS-

(3} V. Calmcl, Bibl. larr., col. 481.

(3) V. Feller, DJctioniMire hiitonque, *rt. Gordon (/ocfNM BmtItCj.

scrile (i); 2<> le P. Léonard Périn ou Perrin, né dans la petite ville d'Etain, professeur de théologie dogmi^qae, d'EcriUire Sainte et de rhétorique, chancelier , puis enfin reeteor. Ce savant religieux avait du talent pour la chaire, et îi composa les oraisons funèbres du cardinal de Lorraine et de Charles IIl, ainsi que d*autres écrits qui ne sont pas sus mérite. Il s'était livré avec ardeur et succès à la polémiqae contre les protestants (2), et nous devons faire remarqoer, à cette occasion, que des nombreuses imprimeries de Pont-i- Mousson, Nancy, Verdun, Toul et Saint-llihiel sortireal, pendant le demi-siècle qui s'étend de 1975 à 4635, une grande quantité de livres de controverse, entr*autres les Epi^rom* mata in ficereticos, par le jésuite André Frasius ; la ProfesMoa Calholiqve de Jean Haren, à laqvelle sont adioTsIées certaines demandes Chresliennes proposées par iuy à vn certain ministre Protestant, touchant les principaui points de la rdigîon Catholique ; Treize catéchèses Contre les errevrs des Calainistes, par te même ; la Response apologétique à l'Anti-Cotoa et à cevx de sa sviie, Présentée à la Royne mère dv Roy. Régente en France, par le P. François Bonald; l'ExaaMB catégorique dv libelle Anti-Coton, par Louis Richeome; Les Renards pris en leurs tanières de Genève; la Fvîle honlevse des ministres Lvthériens d*Allemagne refvsaals d'entrer en conférence avec vn Père Jésuite qui leur pr^scntoit pour toute rcigle et luge la seule Saincte Ecriture tradaîle par eux-mêmes ; la Trasonica Pavli Ferrii Meiensiê Cmêm" niani Minislri in specimine ab eo edito Scolastici orikodoxi

(1) V. Culmet, Uibl. loir., col. 5 et 4. Le P. Abram, qui était entré dans la compagnie de Jésus le 10 novembre 1606, mourut tealmicnt ca 1655. On possède quelques copies de son histoire de ruoivenilé, et conserve à la bibliothèque publique de Nancy une traduction qui a pour auteur Nicolas Ragot, prévôt de Pont- à -Mousson sous le de Stinislas.

(2) V. Calmcl, ihid.. col. 725 et 724.

dispuncta, castigataque amiee, par le P. Léonard Périn ; le volume intitulé : De Sacramentis tceleiiœ et Saeroioneîo Missœ sacrificio liber, par Nicolas de Bayon; La Tarantvle d? gvenoQ de Genève, ci-devant nommé Léandre, Et à présent Constance Gvenard, Hérétique, Apostat, déooyé de la vraye Foy et de la Saincte Eglise Romaine ; Contenante une entière response aux causes impertinentes de sa Connersion au Caluinisme et les remèdes singuliers à ses poinctures venimeuses, par Denys de Formond ; Le Rabelais réformé par les ministres et nommément par Pierre dv Moviin, ministre de Cbaranton (stc), pour response aux bouffonneries insérées en son liure de la vocation des pasteurs ; etc. (1).

La seule classe de livres qui potirrait lutter, sous le rapport du nombre, avec les ouvrages des controversistes est celle des écrits consacrés à Thistoire ou à l'éloge de Charles III el de ses enfants. Malgré les charges que les entreprises de ce prince les avait obligés de supporter, nos aneètres étaient fiers et heureux d'être gouvernés par un souverain que toute l'Europe admirait, et ils ne négligeaient aucune occasion de vanter leur félicité et celui qu'ils en regardaient, avec raison, comme le véritable auteur. La Lorraine , quoique déjà florissante sous le régne d'Antoine et pendant la minorité de Charles , n'était parvenue à un haut degré de prospérité et de splendeur que vers la fin du XVI* siècle. On la citait alors comme un des plus beaux pays de l'Europe, et lorsque le Tasse composa son parallèle de l'Italie et de la France , il se crut force d'établir que la péninsule renfermait des provinces comparables à notre patrie, c On s'épuise , dit-il , en éloges

> sur la beauté de la Lorraine et de la Provence ; mais sur<^

> passe-t-elle celle des deux rivières de Gènes, ceHe de la

(1) V. Recherches histor. et bibliogr., par M. Beaupré, p. 205, 217, 218, 277, 278, 287, 288, 550, 551 , 556 et 557 ; Nouvelles recherches de bibliographie lorraine, par le même, chapitre S, p. K7.

» côte qui borde les mers de Naples el de la Cabbre? (Kb » prononcent, ceux qui ont parcouru et bien Ta ees diflércMci » contrées! (1) >

Gr&ce à Tordre qu*il avait introduit dans Tadminiatratiat de ses finances , Charles III pouvait , malgré le peu d'élcadae de ses états , déployer un luxe digne d*an puiuant soafauL Florentin Tbierriat (2), qui vivait à cette époque, alBnMqae le duc entretenait, tous les jours, au moins trois cents personnes. Charles augmenta le nombre des offiders de la ronnc, et il y eut à la cour de Lorraine, outre les deux chaux et les deux sénéchaux, un grand-maitre de rartiUeriCv un grand-maitre de l'hôtel, un grand-chambellan, un graai écuyer, un écuyer-tranchant, un premier-éciiyer, no graaémaître de la garde-robe , un grande-veneur de LorraÎBe, aa grand-fauconnier, un grand-louvetier du Barrois et •■'maréchal-général des logis. Nous ne mentionnerons pas id tous les fonctionnaires proprement dits , tels que le trësorier-géairal, les présidents des chambres des comptes de Nancy eC de Bvt le receveur-général du Barrois, le gouverneur et bailli de Nancy , le gouverneur et bailli de Bar , les baillis de Yosge M d'Allemagne, les baillis et gouverneurs du Ba^signy, deChrmont et du Clermontois , de Saint-Mihiel, de Neafchêtcaa, es Vaudémont, d*£pinal, de Châtel-sur-Moselle, les de la Mothe et Bourmont, etc., etc.

La garde de la personne du prince était confiée i compagnie de suisses forte de trente-huit hommes, y le capitaine , et a une compagnie d*archers on d'arqocbasieif à cheval, formée d*un capitaine, de quelques trompettes et ds quatre-vingts soldats. Le nombre de ces derniers fat doaUé sous le régne de Henri. Ils étaient c francs de tontes

(t) V. la Irad. de cet opuscule da Tasse • la mile àm ritalic cl sur les luliens par Groslcy , t. I V , p. 389 el suiv. {"2) Cité par Cbevricr, ibid., p. 2S4.

» ainsi et comme les plas privilégiez », jouissaient de certaines immunités en matière criminelle et receviuenl une paie de quinze gros par jour (i) ; mais ils étaient obligés de pourvoir à leur entretien, n'étaient pas casernes, avaient chacun leur maison ou leur logement en ville, et ne se rendaient au palais que lorsqu'ils y étaient de service (2).

L'administration générale n'était pas, comme aujourd'hui, remise à des minisires, mais bien à un conseil d'état, que le duc présidait ou faisait présider, et qui se composait de conseillers, de maîtres des requêtes et de secrétaires. Ces derniers étaient divisés en quatre classes : les secrétaires d'état, des commandements et finances, ordinaires et du conseil. Les secrétaires des commandements et finances ne travaillaient guère que pour le prince lui-même, et le service du conseil était fait par les trois autres classes. Les audiences, ou pour mieux dire les séances, avaient lieu tous les jours, de sept heures à neuf heures et demie du ma^in pendant Tété, et de sept heures et demie jusqu'à dix pendant l'hiver. A l'issue de la séance, la distribution des expéditions était faite par les maîtres des requêtes entre les diverses classes de secrétaires. Il est bon d'ajouter que ceux-cî appartenaient souvent à plus d'une classe, ce qui leur permettait, sans doute, de cumuler deux ou trois traitements, et ils demsindèrent à Charles III que leur nombre ne fût pas augmenté, afin de n'être pas contraints de partager le casuel avec les nouveaux-venus (3).

Plusieurs d'entr'eux étaient chargés de la correspondance avec les agents diplomatiques ; car le duc, fidèle à la politique d'Antoine, entretenait des ambassadeurs dans la plupart des cours étrangères. Leurs missions n'étaient pas, il est vrai,

(i) V. un règlement d'août 1578, dans Rogéville, ibid., t. I, p. 96.

(2) V. Lionnois, Hist. de Nancy, passim.

(3) V. un règlement du 7 juillet 1606, dans Rogéville, ibid., U 11, p. i30eti31.

permanentes , mais elles se jrenoaTelaienl trés-firéqpf nfit, et il parait même que Charles eai toajoars des représealaili à Rome et à Paris. Dominique Hatton de RAmberrilkn, seigneur de Lusse, remplit pendant quarante ans les kûOkm d'ambassadeur de Lorraine dans la capitale du monde chr^ tien (i). Jean Humbert, seigneur d'Hénaménilt fut entojé i Vienne, à Munich, etc. (2). Malgré le traité de Noreabcfi, les empereurs affectaient encore de regarder la.LomiM comme une dépendance du corps germanique ; Mazimiliet D écrivit à Charles III, le iS novembre 4575 et le 14 jsim 1576, pour rinviter à assister à la diète qui était convoqiéK dans la ville d'Augsbourg (3) ; et, bien que nos dues soin d'éviter tout ce qui aurait pu être considéré comme acquiescement à cette prétention, ils n'étaient pas contraints d'avoir des rapports avec les empereurs, soit d'être en mesure d'invoquer leur appui, en cas de dnger; soit dans le but d'obtenir les conditions les plus favorabli pour les négociants lorrains que leur trafic appelait en Aile* magne.

Favoriser le commerce de ses états fut, en effet, le bat Charles ne cessa de se proposer. En 1579, il institua foires franches à Pont-à-Mousson; il en créa une nouvelsi Saint-Nicolas-de-Port ; en i 584, il réduisit, comme noasT vu , à la mesure de Nancy toutes les mesures i grain chés de Lorraine et de Bar; le 8 avril 4600, il une ordonnance portant fixation des mesures de longaear(4), et, au mois de janvier 1605, il prescrivit de réparer avec ssia « les hauts chemins publics >, que la guerre et d*aulf«s dr-

(1) V. son épiUphe, dans Lionnoîs, ibid., t. 111, p. 188. Hatton avait reçu l.i sépulture dans l'égliae du no? iciat da Nancy.

(2) V. idem, ibid., 1. 1, p. 'UH.

(3) V. Layette Etaii-Génëravx du Duché de Bmrn n- 54.

(4) V. le recueil de Chàteaufort, t. Il, f» 86 ▼• el aoiv.

constances avaient forcé de négliger pendant qaelque temps (i). 11 projeta de fonder à Nancy un • mont-de-piété , organisé comme ceux d*ltalie^ et où les marchands aaraient pu contracter des emprunts dans les moments difficiles. Lorsque le colonel Orfeo Gaieani se rendit au delà des Alpes pour Taffaire dn mariage du prince Henri, le duc lui manda de prendre des informations sur Torganisation de ces établissements utiles , et le colonel lui envoya, en 1599, une « note sur l'ordre, tz » et statutz du Mont de Piété (de Florence) à Tesgard de ses » pretz et des intérestz d*iceulx » (2). On ne peut reprocher au duc qu'une seule décision funeste aux intérêts du commerce, et encore ne reçut-elle aucune exécution. Après le traité de Folembray, Charles, dont les finances étaient embarrassées, voulut réduire au denier vingt, c'est-à-dire à cinq pour cent, Tintérèt des contrats ou de la dette publique, qui était fixé au denier quatorze (un peu plus de sept pour cent); mais le marquis de Beauvau, le comte des Armoises et le comte de Salm, auxquels il avait communiqué son dessein, lui représenlèrenl vivement combien cette diminution d'intérêts causerait de méconlenlement, si elle n'était pas accompagnée d'une offre de remboursement ; ils ajoutèrent que les Etats ne manqueraient pas , dans leur prochaine session , de s'opposer à la réduction projetée, et le marquis de Beauvau s'écria qu'il était sûr de n'être pas désavoué par la noblesse en offrant, au nom de celle-ci , de verser dans le trésor ducal la somme que la diminution de l'intérêt devait y faire entrer (5).

Persuadé que le moyen le plus efficace d'accroître le commerce de la Lorraine était d'améliorer les produits qu'elle exportait, Charles 111 ne négligea rien pour attirer dans ses

(1) V. ibid., P> \U r».

(2) V. Layette Ordonnancée, III, n® 150.

(5) Miîmoires inédits d'Elisée d*Haraacourt cités par Bermann, dfiiis m Dissertation historique sur rancienne chevalerie et noblesse de Lorraine, p. 137 et 158.

états des ouvriers habiles , des sayants et des arlisles. Itai parlerons plus loia de quelques-uns de ees illustres ctiisyn que la Lorraine compta au nombre de ses enfants d*ado|iCioi. D*autres n'habitèrent notre pays que momentanéaesl m n*y vinrent que pour exécuter certains traTaaz. PMi ces derniers fut Gérard Mercator de Raremonde , eéUhR géographe, que le duc chargea de dresser ane carte délaWe de la Lorraine et du Barrois» sur la topographie desqodiM ne possédait encore que d'informes essais. Heralor fH occupé pendant plusieurs mois de cette pénible mais une maladie contagieuse, qui envahit divers de notre pays, ne permit pas au géographe d*aciievcr m tâche ; parvenu à un Age assez avancé, il retounia chei M et remit au duc , avant de partir , ane carte asanserila remarquable par son exactitude et sa netteté , et qoe Ton conserva longtemps dans le cabinet du prince (i). TUenf Alix, seigneur de Veroncourt et président de la chambre ds comptes de Lorraine, résolut de suppléer à rimperfection di travail de Mercator, non pas en achevant la carte, qu'il n'avait pas les connaissances nécessaires, rédigeant le dénombrement des villes, bourgs, villages que l'on rencontrait dans noire piys. Cet n'est pas le seul que nous devions au préaident Alii. I composa un « Traité sur le Barrois et la Lorraine », m « Discours sommaire de la nature et qualité de la lent d seigneurie de Bitsche », et un c Discours sur le camées » Vaudémont > ; enfin, il conçut le plan et diijgea Teiécitia du cartulaire de Lorraine, qui se trouve ans ardiivcs éi département de la Meurthe et ne forme pas moins de soisalii^ dix-sept volumes in folio , sans parler d'une table en Ml volumes. Cet immense recueil, dans lequel on a transcrit, pv ordre de matières, les titres de toute nature qni

(1) V. Calmet, Bibl. loir., col. l»95.

■ icelle, ils se sont adonoés la plusparl aux jeux prohibés el

■ deffeadus; les aulircs â boire , à hanier les tavernes et les

• cabarets, où , vivant dérOglément , le plus souvent surprios

■ de vin , ils se quereUeul pour de légères occasions el lilas-

> phèment le nom de Dieu, commettant élTusion de sang et

• plusieurs homicides, délaissant par ce moyen leurs familles

> désolées, leurs Temmes veuves, el nombre de petits orphe-

■ lins, qui, le reste de leurs jours , sont contraints à mendier

> leur misérable vie >. Pour remédier à de si grands abus, Charles interdit à toute personne, quelle que fùl d'ailleurs sa condition, de fréquenlcr les cabarets, surtout pendant les ofiSces, et défendît de recevoir dans ces lieux d'autres individus que ' les voyageurs, pQssans et estrangers > (1).

Les hùtelleries , dont la police avait élé Broélioréc par deux règlements promulgués les ôO janvier 1S74 cl 37 juin 158fi, Airent Tobjet d'une nouvelle ordonnance publiée le 4 février 1996, et trop longue pour que son analyse puisse trouver place dans cet ouvrage ; nous dirons seulement que, dans le bot d'empêcher les aubergistes de trop exiger de leurs hôtes, le ducaccordaitaux gouverneurs, baillis, procureurs-généraux tant fiscaux que d'oQïcc, cl aux substituts, en l'absence de ces derniers, le droit ■ de mettre dorcsnavant le prix aux vivres,

> le plus raisonnablement que faire ils pourroicni, comme

> aussy à l'attache des chevaux , cl ce trois fois l'année , sans

■ y faillir nullement, savoir : à Pasques, à la Sainct-Jean el à

■ la Sainct'Marlin >, après avoir pris l'avis • des principaux

■ olGciers et de quelques bourgeois.... les plus notables et

• mieux entendus en ce faict, non toutefois suspects, el au

■ reste duemenl adjurés et astreints par serment > (3). D'autres édita non moins nécessaires réglèrent ce qui

(1) L'ordonDsDce , qui eit dslé« du 7 novembre tIfOS , ie tr«uve lerecucil de Français de Neufchïteau, p. 4è cl ta. (i) L'ordonnance est imprimée duH le mtac nonefit p. W.-tt.

suélude, et il se vit contraîDl d*en renouveler plusieurs. Le S mai 1597, il confirma ses édits de 4574 ei 1576 qui kiterdisaienl Faliénaiion des domaines ecclésiastiques; et comme il croyait pouvoir attribuer les abus dont on se plaignail aux longues et fréquentes absences des titulaires, il avait, dés le 39 août 1588^ signé une déclaration imposait aux chanoines robligation de résider. Le â5 janvier i599| il prescrivit aux baillis d'établir des commissaires aux bénéfices pendant IcMir vacance. Le 29 août 4588, il révoqua de reéhef les expectatives et coadjutoreries, et revint encore sur ce sujet dans une ordonnance du 16 octobre 4604. Enfin, les 38 novembre 459X et 45 octobre 4599, il défendit, pour la seconde et la troisième fois, aux communautés laïques d'aliéner leurs biens sans autorisation (4).

Les règlements qu'il publia dans le but de rendre plus prompte et plus impartiale Tadministration de la justièe ne sont pas moins nombreuses que les précédentes, et, quand on les parcourt, on est frappé de la sagesse des principes qui ont présidé à leur rédaction. On lit dans les considérants de Tédit du 44 août 4597, qui prononçait une amende de seize francs barrois contre les c folz appelans > : « D'autant plus que la » justice, de soy saincte et sacrée, entretient en union té m société des hommes et affermit leur repos, lorsqu'elle est

> sainctement poursuivie et sincèrement distribuée, de tant » aussy est ceste même société désunie , son bien dissous et m le repos des bons réduit en inquiétude perpétuelle ,

* lorsqu'aux brouilleurs, plaideraux et chicaneurs la facilité

* est permise et laissée de pratiquer remuemens, troubler

* un chacun et assouvir leurs mauvaises volontés , en

> l'usurpation, entreprinse, empeschement et conversion des » droicts d'autruy, sous le nom, toicl et couverture d'un » subject si sacré et précieux que la justice. Il est donc

(1) V. idem, ibid., l. I, p. 5-8 et 87-93. • '

» expédient et très-aécessaire d'avoir l'ooil oaveri qa*cUe

> soit entretenue et conservée en son entier, sans penncUre » que, sous un masque et spécieuse ressemblance de soi

> simple nom, elle soit supplantée, ses efiects anéantis, cl » preigne Tinjustice pour les siens iâ place et le siège légitiiBe B d'icelle (1). »

Le moyen le plus efficace que Charles III emplojra, pov atteindre ce but, fut de faire rédiger les difiërentes coutUKS régissant les duchés de Lorraine et de Bar, et les petits é que l'on y avait successivement annexés. Les ooati avaient jusqu'alors été conservées par la tradition oa par dci rédactions dépourvues de tout caractère officiel. Lorsque les tribunaux avaient à trancher une question difficile , oa qaaad les parties n'élaient pas d'accord sur l'usage qui devait gaidff les magistrats , on était forcé d'avoir recours à one enqoéle par turbe ou (our6e (2); et les juges faisaient comparallre devant eux les praticiens et d'autres individus qui doonaicat leur avis sur l'existence de la coutume dont Tapplication était réclamée. Mais , comme certaines questions avaienl précédemment été résolues en sens contraire, et que la corrnpli« cxcerçait souvent de Tiniluence sur les réponses des ténoias, les magistrats se trouvaient parfois dans une grande perplexité. Un pareil abus avait depuis longtemps attire rallcatioa de nos ducs, et, dés l'année i507, les Etats du Bamiimouvant avaient enjoint de mettre par écrit la Gootaac de cette province (5). Néanmoins, cette première rédadiaa, n'ayant pas été homologuée, n'était pas admise parles tribunaux, et rien de définitif n'avait eu lieu avant le régne de Charles III. La (uche que ce prince allait entreprendre n'élail

(1) V. le lextc de Tédit, clans François de Nenfcbltaau, p, 70-72.

(2) Du latin turba.

(5) V. C:ilmct, Notice, t. I, col. 07. Celte rédaction eut Ueo (l'un cdit promulgué par le roi Louis XII, le 2 avril ISO?, et ÎB| le Recueil des ordonnances, I. XXI, p. 351.

— 55« — pas des plus Taciles; car il y avuit,lQiildiins la Lorraine que dniis le BarroLs, huil coulumcs générales, compreiiont dtis provinces ou des bailliages, el au moins quatre coultimes parliculiêre:^. Les grandes élaîenl celle de Lorraine, qui s'élcndail aux trois bailliages de Nancy, Vosge et Alleinngne; celles de Bar, du Bassigny, de Sainl-Mlhiel ou du Barrois-non-mouvant, du Clermoniois, d'Epinal, de Châiel-sur-Mosetle cl de Vaurlémont. Les petites étaient celles du conilé de Blàmont, de Marsal, de la Bresse et du val de Lîepvre, de Sainie-Croix et de Sainte-Marie-aux-Mines. On commença par te Barroismouvant, et, en 1971, Charles III convoqua les Etats de ce bailliage pour réviser le travail de 1507 et « adviser ce qui

■ seroit bon d'y adjousicr ou diminuer, corriger et inler-

> prêter >. La besogne fut achevée promptemeni, mois < quelques articles du cayer des nouvelles coutumes ayant

> paru trop contraires à l'ancienne et louable observance • portée au viel cayer », le duc ne voulut pas approuver ces articles, el les Etals furent réunis une seconde fois, dans le château de Bar, le 1" octobre 1579. Nous devons faire observer ici que les assemblées convoquées pour la rédaction des CDUlumes n'eurent rien de commun, sous le rapport de leur composition, avec les Etats-Généraux. A Bar, on voyait figurer dans le clergé, les curés des villages ; dans la noblesse, tous les vassaux ou possesseurs de fiers, el même • des

■ veuves el relicles et des damoiselles >, qui , k la vérité, se firent représenter par des mandataires ; dan» le tiers-état, des magistrats, des avocats, des procureurs , les officiers des finances, le mayeur de Bar et les mayeurs ou les délégués des villages. Quand l'appel des membres fui terminé, le bailli, sur les réquisitions du procureur-général Martin le Marlorat, douna défaut contre les absents. On lut aux Etals un nouvcnu texte des coutumes préparé par les commissaires du prince, et les irah ordres demandèrent qu'on leur remit l'ancien cahier, cl * qu'il leur fusl permis , >fin d'en adviser plus

» meuremeDt , et pour obvier à plut grande charge de dê- » pense et à confusioa , d'esiire de chaeiin ordre trob per- » soDoeSy afin de^ pour eulx et en leur nom, tant en génénl » que particulier, y bailler advis, en accorder, conclure el j • faire selon qu'ils verroient estre expédient ponr le Uca > desdicls trois eslats; et qu*à cet effet le tout fnst communiqoé » à ceulx qui seroient par eux eslus et dépotez ». Le bailli ayant acquiescé à leur prière, les neuf commissaires fircat nommés, prêtèrent serment le 5 octobre, se mirent immcéiitement à l'ouvrage et présentèrent leur travail aux Etats, kiquels Tapprouvèrent le 13 du même mois. Charles III, qiî était alors à Bar-le-Duc, homologua la coutume dés le 14; le lendemain, elle fut publiée dans l'auditoire du bailliage et livrée sur-le-champ à l'impression (i).

Cetle publication faillit entraîner un procès. Les rois de France avaient continuellement prétendu que le Barroismouvant, ressortissant au bailliage de Sens, ne devait suivie d'autre coutume que celle de cetle ville ; ce qui n'avait p» empêché, comme nous venons de le voir, les Etats da Barroii de prendre, en 1507, une décision relativement i la rédaetioB de leur propre coutume. On écrivit en 4555 celle de Sens, et le duc de Lorraine fut, à cause du Barrois-monvanl, astigaé à comparaitre dans l'assemblée qui eut lieu è cet eflel. Soa procureur refusa d'assister a la réunion , prolesta contre ki prétentions du roi, et lorsque Charles conclut, en 1571 «le concordat dont nous avons parlé, il fit reconnaître son drsîi législalif dans la partie du Barrois soumise à la monvance. Bien que les termes du concordat fussent très-clairs, le prs-

(t) V. Covslvmcs dv bailliage de Bar, Rédigées par lei trois Ettali Aidict Bailliage oonuoqués à cest efibct par ordenaancc de SéréÊmimt Prince Charles par la grâce de Dieu Duc de Galabre, Loraint, Bv- Gueidrcs, etc., El homologuées par son Allesce au moyt dtklobitBd cinq cens soixante el dix neuf. Imprimé par le commandrâiftit ai Scignerr. Pclil in 4», sans lieu ni date dlmproMon.

— 3fil — cureur-g^Dcral cila le duc devnnt le parlement Ji- Paris. MUS prétexte que le^ couliimes des bailliages qui (lépcndaieni de ce parlement ne pouvaient être rédigées que • parcomman-

■ dément et autorilë du Roy > ; mais les magistrats, après avoir entendu ia plaidoirie de Pasquicr pour le duc de Lorraine, mirent les parties hors de cour, le 4 décembre 1581, et, donnant acte a l'avocat et au procureur de Charles des offres qu'ils avaient faites, dirent que le texte législatir dont il s'agit ' serait reçu et remis au greiïc, préscut le procureur > général, ainsi que l'on a aecoijtumé recevoir et mettre au

• grefl^e les coutumes arrestécs par l'ordonnatice et sous

• l'autorité du Roy • (I).

Peu de temps après, on écrivit les usages du Bassigny, dont une portion située â l'ouest de la Meuse relevait du royaume de Frnnce. Une première session des Etats de cette province avait eu lieu, dans le même but , en 1571 ; toutefois , le duc n'ayant pas éic content de leur travail, ce fut seulement en 15W qu'il enjoignit à Philbert du Clidlelet de convoquer à la Motlic, le 7 novembre, • les gens d'Eglise, les vas-

■ saulx et gens de la noblesse •, ainsi que • ceux du tiers

■ estât ', pour réviser la coutume et en établir le texte, L'assemblée était composée a peu prés comme celle du Barrois-mouvant ; on voyait également les veuves et ■ damoi-

■ selles ' figurer au nombre des vassaux, et de plus les sergents ou huissiers du bailliage comparurent parmi les membres du tiers. Le soin de lixer la coutume fut, comme A- Bar, contié ù des commissaires choisis dans les trois ordres ; mais on en nomma quinze au lieu de neuf. Leur cahier Tut présente aun Elats le 19 novembre, approuvé surle champ, homologué le lendemain, et déposé en manuscrit dans le grefTe du parlement de Paris, le 90 mars tSâS. Les coutumes du

(1) V. lu oanduaionl riu iiracui'eui'-gdnitral el l'nrri-l . iluit Calnirt . niM., I. El), preuv., col. oeecxitii et occcilviij.

Bassigny ne furent pas immédiatement imprimées , parce qK Charles III avait prescrit , sur les remontrances de Claade Jaquinet, procureur-général à ce bailliage, de dresser ■■ règlement pour la procédure. AchcTé en 1604 , le règieflMit fut communiqué aux Etals sur la fin de la même année, homologué par le prince, le S août 4606, et imprimé , en 1607 , a?ec les coutumes elles-mêmes (1).

Celles du Clermontois avaient été rédigées, en 1571, dans une assemblée où le clergé était représenté par trenle-sqH personnes, la noblesse par soixante-quatorze, et le tiers par le lieutenant du bailliage et par soixante-douse mayeurs ot députes. Le texte, homologué par le duc, fui probablemeil déposé au greffe du parlement, mais il ne fnl jamais puUié dans un volume particulier, et on ne le trouve qae dans le grand recueil de Bourdot de Richebourg.

Ce fut aussi en l4>7i, le 25 octobre, que les Elalida Barrois-non-mouvant se réunirent à Sainl-Mihiei poor exécuter une semblable tâche. Ils étaient organisés à pea de chose prés comme ceux du Barrois-mouvanl et da Bassigny. Ayant entendu la lecture « des rooles et articles des an- » ciennes coutumes observées au bailliage », ils désigaéreat neuf commissaires, trois pour chaque ordre, et se séparëreal, après avoir promis < d'avoir et tenir pour agréable tout ce » que par lesdicts députés seroit, sur ce faict, négocié et > arresté sous le bon plaisir » du prince. Le travail des commissaires, commencé le i9 novembre 1571, fut terminé et déposé, le 12 décembre, entre les mains du baiUi de Saint-Mihiel, qui le communiqua à Tavocat de Charles UI

(1) V. CovstvroGs générales dv bailliage dv Banigny* Rédigées pir hi U*ois EsUts d'iceluy coDuocqucz à ccst effect par OnlonnaDea de sime Prince Charles par la grâce de Dieu Due de Gakbre , LomÏM, I Guddres, etc., el omologuées par son Altesse au mois de Nooeahn cinq cens quaU-c vingt; Avec le style eontenu au eiycr Mousson, Mclchior Bernard, ld07, petit in é^.

et au procureur-général ; Antoine de Kosiéi-ea et Jean le Pougnanl. Ceux-ci déclarèrent, le lendemain , que la coutume allait être présentée bu duc pour recevoir son approbalioD, et que celte approbation ne devait pas faire regarder fe texte des coutumes comme un objet sacré, ni entamer les prérogaiiïes de leur maître, qui pourrait • abroger Icsdictes

• coutumes ou partie d'icelles, les interpréter et esclairer

• à son bon plaisir, comme Prince souverain : la puissance > et aulorilé duquel ils n'entcndoienl estro restreinte ni

• limitée, ains demeurer en son entier ». Il parotl, en effet, que la première rédaction rcnrcrmait des articles dont Cbaries n'était pas satisfait, et l'homologation ne fut pas accordée, malgré les instances que firent dans ce but les genlilsbommes du Barrois-non-mouvniil. Quinze années plus lard, en 159G, le duc invita Théodore de Lénoncourt, bailli de Saint-Miliiel, le procureur-général du Bariois et d'autres commissaires, choisis parmi les membres de la cour îles Grands- Jours et parmi les avocats cl praticiens du bailliage, à réviser le texte de 1!)7I. Cet examen eut lieu seulement en t598. La rédaction de la commission fut envoyée à Nancy, soumise au conseil d'état ainsi qu'à tlivera magistrats, entre lesquels on remarquait Jacques Bournon, président de la cour des Grands-Jours, et revêtue de la sanction ducale, le 13 novembre suivant. La coutume de Saint-Mihiel, publiée le 17 décembre, ainsi que le style ou le code de procédure qui devait l'accompagner, et imprimée en 1Ï»'J9 (1) , ne larda pas h soulever de la part de la noblesse du bailliage les plaintes

(1) V. CoTilvmcs dv Bailliage de Saincl-Hihicl , luec les Ordonnincei bicles sur le style, ol règlcmenl de la Jiitlice, sa Sîëge duilil Bailliage, el H Inférieurs y ressortûsanîi ; Rédigée* par eserit par Ordaniunce de Sérëaissime Prince (^«rle> [lar la grte« de Dieu duc de Cabbru, Lormine, Bar, Gueldrci, etc. , El hamiilogiiée» par ma Altcic nu moys de .Novembre Mil ciuq ceiis uoDBiile liuicl. Poi>t a-MousMiii, Mclchjur Itemard, IS99, petit ÎD t°.

les plus vives et les plus mal fondées. Gomme eette dernim soutenait que Ton avait introduit dans le texte plusiean articles contraires aux anciennes coutomes , et au projet dressé par les commissaires qu'avaient délégués les Etals de i57i, le duc, désirant donner aux nobles une apparence de satisfaction, chargea, le 28 mars IGOO, la cour des Grande- Jours d'étudier la question et de lui faire un rapport, parce qu'il avait , disait-il , promis aux gentilshonaei « d'assembler les trois estats, pour examiner leurs prétend» » griefs cl en prendre résolution », Néanmoins, Charles, qv se considérait, et avec raison, comme jouissant d'un pouvoir absolu dans le Barrois-non-mouvant, ne se soudait guère de plier devant la noblesse, et sa répugnance augmenta, quand il vit les Etals-Généraux de Lorraine , ou du moins le second ordre , s'associer avec chaleur aux réclamations dont noas parlons, et lui reprocher, quoique avec respect, d'avoir paUié les coutumes « de son authorité seule >. Ces plaintes, prcseatécs au duc dans la session de mars 1600, forent renouvelées dans celle de 1607, et le prince fatigué finit par aceorderce qu'on lui demandait. Il convoqua les Etats du Barrois-noamouvant pour le 26 septembre ; mais les esprits avaient en le temps de se calmer, et les modifications que l'assemblée, sar le rapport de ses commissaires, fil subir au texte promalgaé en 1598 sont réellement insignifiantes. Encore les treii ordres eurent-ils soin de déclarer que c s'il plaisoitisaa » Altesse y ajouter, diminuer ou changer quelque ehose, ib » n'y trouvcroient à redire ».

Si le duc rencontra des obstacles lorsqu'il voulut doter d'une législation civile un pays où il gouvernail sans contrôle, on doit supposer, au premier abord, qu'il fut aux prises avec des difîicultés bien plus graves lorsqu'il entreprit de faiie rédiger la coutume de Lorraine. Rien de pareil louleMi n'arriva, parce que Charles avait appris à respecter les des trois ordres , cl surioui ceux du second, qui ëlail.

coiUreilil, le plus inilui-nl. Beaucoup de gentilshommes s'clsnl iPiinis, le S7 février IS84, pour siéger eax Assises, le bailli lie Nancy les engagea à désigner des commissaires qui s'occuperaient de « la rërormaiion et ubréviation de la • jii!<iice ■, et dont le Iravail sernit cominuniqué aux Etalsllénéraux, dans une de leurs prochaines sessions. Les nobles .nppinudirent à celle proposition et décidèrent que l'on recueillerait non seulement les coutumes de la Lorraine proprcmcnl dite, mais encore celles des bailliagc!i d'Epinal, de Vaudêmonl et de Chàtci-sur-Mosclle, et que, dans ce bitl, trois commissaires iraient s'établir à Mirecourl, tandis que trois autres demeureraient à Nancy. L'empressement des gentilshommes , et surtout la prétention qu'ils loisst^rent entrevoir de supprimer les usages particuliers d'Epinal, de Châlel et de Vandémoni, pour amener l'incorporai ton de ces trois bailliages au duché de Lorraine, et les soumettre par conséquent à la juridiction dus Assises, déplurent à Charles, qui avait toujours eu soin, comme ses prédécesseurs, de maintenir la séparation des bailliages où il n'avait pas à subir le contrôle de la noblesse, il déclara probablement, bien que nous n'en ayons pas trouve la preuve, qu'il s'opposait s utie conTusion préjudiciable & ses droits ; car les commissaires ne paraissent avoir rassemblé que les coutumes des bailliages de Nancy. Vosge et Allemagne, il leur Tallut dix années cniit^res pour terminer les travaux préparatoires , qui causèrent entre les trois ordres plus d'une discussion violente dans les sessions des Etats tenues de 1384 à 1895. Comme les rommissaire» donnoient, à ce qu'il semble, communication de leur projet par titres détachés, la bourgeoisie observa que les gentiUhomines y avaient introduit une foule de dispositions avantageuses pour eux et onéreui^cs pour le reste de la nation, notamment en effaçant les distinctions de personnes, de biens, d'origine et de lieux, et en multipliant les commises et les confiscations pour les motifs les plus friToles. Les doléances du tiers

n'eurent pas grand succès, et la rédaction des commissaires, soumise aux Etats-Généraux de 1594, fol adopCée dans soo ensemble et sauf révision déflnitive. Cette révision fut Tceuvre d'une commission mixte formée de membres des Etats d de conseillers du prince ; le texte fut fixé dans les derniers mil de Tannée 1594, et les Etats^ dans leur session de joillcl 1595, remercièrent le duc de ce qu'il avait, « à leor homUe

> requeste, faict mettre en escrit ce qu'auparavant, soohi » l'assurance et certitude de leur prud'hommie, avoit etfé » remis et confié à leur seule mémoire , afin que , par priaie

> d'un mot pour l'autre, l'artifice des subtilz alambiqoean » du droict n'eust tant de force d'en corrompre et détorqier

> le sens, ni de tordre autrement le né (nez) à justice ». Quoique la permission d'imprimer eût été délivrée le SI novembre 1 594, la première édition parut seulement en 1596, chez Jean Janson , < imprimeur ordinaire et juré de San Altesse » (1); on en vit bientôt après trois autres éditioas, et, en 1599, on publia à Francfort une traduction allemaBde de la coutume de Lorraine à l'usage du bailliage de Vatdrevange, où l'on ne faisait guère usage que de lldioBe germanique.

Quelques années plus tard, en 1605, le duc chargea k sieur Georges Maimbourg, procureur-général de Lorraiaei de se rendre à Epinal , pour présider, comme commisasiR ducal , la réunion des trois ordres , que le bailli venait de convoquer afin de rédiger la coutume du bailliage. Haimboirg remplit sa mission avec célérité. Dès le mois de septembre.

(t) V. Les covstvmcs générales Du Duché de Lorraine, éi btiUîMidi Nancy, Vosges et Allemagne ; Rccveil dv style à observer éi iuHi nlil des procédvres tant des assizes, qve es sièges supërieon et inftrîevtés Bailliages de Nancy, Vosges et Allemagne; Avec le règlement peirk sallairc des ivgcs, proc\revrs, et autres Ministres de Jostiee ; Plus ToHsanancc de son Altczc sur Tomologaiion tant des Coustomes aneiaifleicl nouvelles, f|uc desdits Style et Règlement, etc. PeUl in 4^.

— 3fi7 — le code d'Epinat, qni sanciionnail les droîls c( les franchises de la bourgeoisie de celle ville, fat homologné par le prince; cl Biaise André ou Andréa, successeur de Janson, comme ' intprimeur de Son Altesse >, en donna une édition deux années après (I).

Pendant que l'on promulguait de la sorte les coulâmes générales régissant les dilTérents Lailliagcs des duchés de Lorraine et de Bar, on n'oubliait pas celles qui gouvernaient seulement des villes ou des cantons. La coutume de Bldmonl fut homologuée en lo'Jé. Celle de la Bresse le fut en 1605. Celles de Marsal , du val de Licpvre, de Sainle-Croîx el de Sainle-Marie-aux-Mines furent rédigées, mais ne furent approuvées que beaucoup plus tard : la première en 1637, el les autres en 16fiâ (3).

Quant aux coutumes de Vaudémont et de Chôtel-sur-Moselle, elles furent écrites vers la même époque; louterois, pour des motifs qui ne sont pas connus, elles ne reçurent pas l'homologation ducale , ne furent jamais imprimées el finirent par disparaître, comme nous le verrons dans le dentier volume.

Pour diminuer le nombre des procès , il ne surGsaU pas de mener à bonne un l'entreprise dont il a été fait mentinn ; il fallait encore proscrire certains usages qui leur donnaient naissance. Charles y pourvut successivement par divers édits , entr'aulres par cei]X qui eurent pour objet la reclîlIcBtion du calendrier. Averti par les procureurs -généraux que la

( I ] V. Covslvmi^ générnliis dv bailliage d'Espinal , Par Ordonnance de Sfrénissioie l 'rince Cliarles parla grtce Je Dieu Duc du Lorraioe, Bar,elc., el omologuée |iar son Altesu i la requcile dn Sipun desputci et Gouverneurs de iadicle Villo it'Espinsl. Pdlt in i".

(8) V. Essai iiisloricjue sur la rédaeLian ofliciello des principalu eouliimes el sur les assemhljes d'élsLs de In Lorraine ducale el du Barroit, Bceonipagné de dociimeat» iaddib el d'une bibliographie de en coulomes, )tar M. Beaupré. Nous avoni pris pour guide cet nurragc înlércManl dans loul ce <[Ue nous avom dil r^dvcmont i 11 rédtotim des coalames.

*fM^

source la plus abondante des contestations TeDail « de Taa- » biguité, incertitude et vtiriété du miliaire el commenecacil » des années courantes , d*autant qu*aoleims avoient aeeoos- » tumé commencer Tan du jour de feste de rAononcialkM

> Nostrc-Dame, vingt-cinq du mois de mars; les aullresdi » jour de Pasques communiant , et la pluspart du jour de » Noël , et que les dattes des actes judiciaires , iostrumeM d » lettres, tant publicques que privées et particulières, aV * voient rien de certain et arresté > , il preserivil , le 15 aavembre 1 579 , que cette année finirait le 31 décembre, cl fl enjoignit < à tous juges, greffiers, labellîoDs, notaires^ cl » généralement à toutes aultres personnes portant office pa- » blic , de ne datter ni cotter les années des actes et ioslii- » mens ou escritures qu'ils signcroient , ou feroient s^aer, » aultremenl que selon et en ensuyvant le présent cdict, i » peine d'amende arbitraire , et des despens, dommages d » inléresls ^les parties >. En 1582, Charles III, quiveaBÎt de recevoir du pape Grégoire XIII, t comme tous les auhrci

> princes et potentats de la Chrestienté » , un exemplaire da calendrier reforme par les soins du pontife, Charles, disoasnous , s'empressa de décider que ce calendrier serait adopté en Lorraine. Il aurait même voulu que la suppression de dis jours qui devait avoir lieu pût se faire dés le mois d*oclohic^ comme ù Rome, en Espagne et en Portugal ; mais diffifcatct circonstances y mirent obstacle, et la suppressioD des dix jcas fut retardée jusqu'au mois de décembre, en sorte que le M fut compté pour le 20, le il pour le 21, et ainsi de suite (1)-

Tous ses travaux législatifs , si nombreux et si Taries, ae faisaient pas perdre de vue au duc de Lorraine on projrt formé par son aïeul (2), et qu'il avait fermement résolu d'été-

(1) Les deux ordonnances sont imprioices dans Rogéville, ibid., t l p. \\d-{±2.

('2) V. Liunuois, Ilist. de iNanuy, t. 1, p. i28, iS9 el 443.

culer. Nous voulons parler de la fondnlion ilu nouveau Nancy. La mort prématurée d'Antoine et de François I" avait fait ajourner l'entreprise j néanraoinii , comme la population , trop pressée dans l'éiroiic enceinte de la ville vieille, se répandait dans les Taubourgs Saint-Nicolas, Saint-Thiébaut et Soint- DizLcr, où l'on multipliait les maisons irréguliiVes et disprates, Chrislioc de Danemark avait essayé, maigre les embarras inséparables d'une minorité, d'ngrnndir lu ville vieille. A cet cfTcl, elle reporta la muraille du eAté du levant jusque sur l'emplacement de la terrasse de la pépinière actuelle , abandonna aux babitanls de la Grand'rue l'ancienne muraille, dans laquelle ils avalent depuis longtemps percé des Tenitres, et céda les terrains voisins du mur récemment construit a des particuliers, qui prirent rengagement d'y bâtir des maisons élégontcs. Ce quartier, large et bien aéré, s'appela In rue Neuve et ensuite la Carrière, parce qu'il servit aux courses de bagues, combats à la barrière et autres divertissements du même genre. Dans le dernier quart du XVI* siècle, Jean IX comte de Salm, Paul son frère, et d'autres seigneurs Jirent élever sur le côté oriental de la place des botels magnifiques (I), dont nous pouvons avoir une idée en jetant les yeux sur les gravures de Callol et de Claude Derucl.

Quand Charles III revint de France, il embellit le palais ducal , dont certaines parties n'avaient pas été portées à leur pcrrceiion (3), et continua les travaux que le duc Antoine et Cbrisiine de Danemark avaient commencés pour foriilier la Tille vieille selon le système baslionné, inventé en llalie dans les premières années du XV1° siècle. Mais les ouvrages avaient éié exécutés sur les plans d'ingénieurs si médiocres qu'il rallut les renverser presqu'en entier; ce qui occasionna des dépenses énormes. Le colonel Orfeo Galuani , mentionoé ci-dessus ,

(I) V. le mém. du cliinoine aiioiiyme. dans Ciilmi>l . \ot>cr, [. [|, col. U.

(SJ V. idsm, ibid.

dirigea les dernières constructions, et fit de la viiie une espèce de citadelle défendue par boit gros bastions , dm plusieurs desquels on enferma les restes des anciens boalevards du XV siècle (i). Charles III acheta également II reconstruction de Tarsenal , qui avait été prescrite par Christine de Danemark et Nicolas de Vaudémont, el lui donna des proportions appropriées à Timportance de la ville qu'il Tonkit fonder (2).

La grandeur de cette entreprise en fil longtemps ajooncr Texécution , et ce fut seulement en Tannée 1 588 qae Ton mit sérieusement la main à Tœuvre. En 1587, rarmée protestante qui se rendait en France avait, comme nous l'avons vt, menace les faubourgs de Nancy, que Ton avait essayé d*abrîter au moyen d'une fortification provisoire, et le danger que Ton avait couru dans cette circonstance engagea le due i prendre enfin les mesures nécessaires pour prévenir le retour de semblables appréhensions. L'augmentation rapide delapopalatioa ne permettait pas de s'arrêtera l'idée d'agrandir Fenceinle de h ville vieille ; et, d'ailleurs, Charles III désirait créer une capilak digne d'un état aussi florissant que la Lorraine. En 1SU, Nancy, sans y comprendre le bourg ou faubourg Saint-Diser constituant une communauté séparée, avait seulement hÉ cent trente-quatre conduits ou ménages imposables et soixante-douze veuves ; ce qui, en y joignant les moines, k» religieuses, les gentilshommes, les personnes attachées n service du prince et les pauvres, formait une popabtioi d'environ six mille cinq cents âmes (5); mais en 1580 il y avait dans la ville, et dans les faubourgs Saint-Nicolas et Saint-Thiébaut, onze cent quatre-vingt-trois conduits et ceU

(t) On verra tout à l'heure, p. 377, que les fortifications de la A vieille i)c furent complètement achevées que sous le règne de Henri H.

(2) V. idem, ibid. ; Liomiois, ibid., p. 3^ et 358.

(5) V. Rùlc des habitants de Nancy, en 1ÏS51-1S52, publié eC par M. Henri Lepago.

irenteune veuves, c'est-à-dire environ dix mHIe personnel, en y comprenant les différentes catégories (Tindividos non sujets à llmpôt. En 4588, il devait y avoir à Nancy ao moins douze mille âmes, et la ville vieille ne sidBsait pins, à beancoup près, pour loger tant de monde. Ce Ait alors que Ton dessina Tenceinte de la ville nouvelle. Elle avait pour base dn côté du nord-ouest les trois bastions de Yaudémont, d'Haoasonville et des Michottes et les deux courtines qui les réunissaient, et dans l'extrémité de Fune desquelles était percée la porte Saint-Nicolas, destinée désormais à servir de communication entre les deux villes; après avoir (ait une saillie asset considérable vers Touest, Fenceinte se dirigeait vers le midi, en côtoyant Télang Saint-Jean , coupait la route de Sainl- Nicolas-de-Port, s'étendait ensuite, au levant, dans la vaste prairie au milieu de laquelle la Meurthe roule ses eaux paisibles, et venait, vers le nord-est, joindre le bastion de Vaudémont. Elle embrassait de la sorte le terrain occupé par les deux faubourgs mentionnés plus baut, et par les maisons de campagne et les jardins qui les environnaient. Quant au bourg Saint-Dizier, que l'on regardait comme nubible à la défense de la ville vieille, sa destruction fut décidée, el les habilanls, qui reçurent une indemnité pour la perte de leiirs demeures, furent invités à se fixer dans la ville nouvelle, dont la voie principale prit le nom de rue Saint-Dizier, pour conserver le souvenir de l'ancienne bourgade. Les constructions de celle-ci furent rasées , à l'exception de trois seulement, que l'on épargna pour des raisons inconnues , et qui furent le noyan du faubourg actuel des Trois-Maisons. Comme la c pluspart de 9 la bourgeoisie de Nancy y avoit des maisons partionlières, » tant pour la commodité des eaux que pour les vigues, > jardins, bois, rivières {sic) et choses semblables, qui s'y » trouvoient en abondance » (4) , la mesure prescrite par le

(1) V. le mém. du chanoine anonyme, dans Calmet, prid., eol. 41.

duc excila bien des murmures ; mais il fallut se sonmeUre. Ou avait tracé des places spacieuses, des rues larges et se coupant à angles droits, et on résolut de s*emparer de la« les terrains nécessaires. On commença par « pablier qm

> ceulx des propriétaires qui avoient meix, jardins ou auluti

> héritages enclos.... eussent à déclarer, dans certain temps, 9 leur volonté d'y bâtir on non, à peine d*y estre pour?eH ». Le délai expiré, on fil estimer par les sieurs Claude de h Ferté, Maimbourg et Jean Barnet les champs ou jardins wêê clos, et même les jardins clos de murs dont les possesscm ne voulaient pas construire (1), et on distribua, pour an pris bien modique, des emplacements à ceux qui promirent d'y élever des maisons. L'espace à remplir paraissait telleiiart grand , eu égard au nombre des individus qui devaieit l'occuper , que Ton considéra d'abord Tcatreprise codim téméraire , et beaucoup de lots de terrain ne se vendireal , pas ou se donnèrent en quelque sorte pour rien. On ne toichi pas au faubourg Saint-Nicolas, qui, composé d'une seule ne tortueuse et très-longue, assez semblable du reste au faubovg Saint-Pierre actuel , dérangea un peu les plans^ dresses pir les ingénieurs de Charles IIL Le faubourg Saint-ThiébiH* moins peuplé et moins important, ne jouit pas de la mèm faveur, et on démolit les maisons qui ne se trouvaicat p» dans l'alignement. On iraçii huit grandes rues qui àUêkaà du sud-est au nord-ouest^ et qui, par conséquent, présenltfl leur ouverture du côté de la ville vieille, étaient enfilées, pov la plupart, dans toute leur longueur par l'artillerie placée stf le bastion des Michottcs, sur le bastion d'IIaussonville et sv les deux courtines les plus /approchées. Ces huit ratf principales étaient coupées à angles droits par quatre aalra

(1) Le duc. se prévalant de ce qiion appelait le droit d'eneeiale, b^ paya aucune indemnité pour rcmplarement di'A remparts, des portes, et places et des rues.

rues se dirigeant du sud-ouest au Dord-est. Oo résenra entre • les deux Tilles un espace fort vaste pour servir d'esplanade, et dans le but de faire de la ville vieille une véritabh citadelle. L'esplanade s'étendait jusqu'à la me actuelle de h Poissonnerie, dont un côté seulement fnl garni de maisons ; on ménagea une place assez spacieuse entre la roe Saint- Dizier et la rue de l'Eglise (maintenant me des Carmes) pour y construire un hôtel de ville, et en cet endroit la maison la plus rapprochée de l'ancien Nancy était rauberge de h Licorne, située sur la façade nord-ouest de la petite me des Carmes. Néanmoins^ on ne donna pas suite au projet qne Ton avait formé d'établir l'hôtel de ville en ce lieu, et le trésoriergénéral Jean Vincent ayant élevé, de 1593 à 4395, vis-à*vis la place du Marché, une maison immense. et d'une belle architecture, qu'il se trouva hors d'état d'achever, le conseil de ville .en fit l'acquisition pour quarante mille A*anes barrois, la termina et y installa toutes les juridictions inférieures, savoir : le bnilliage, le siège des échevins oo tribunal criminel, la prévôté et la grurie. Une portion du bâtiment fut arrangée pour servir de prison , et une autre partie pour tenir lien de halle ; on y construisit aussi une haute tour munie d'une horloge , et jusqu'au milieu du XVIII* siècle cet édifice conserva la même destination , malgré son éloignement de la ville vieille.

Peu à peu, cependant, on commença à bâtir. Les ouvriers qui étaient venus à Nancy pour travailler aux fortifications avaient fait des gains plus ou moins considérables, et ils résolurent de s'y établir. Ils achetèrent des parcelles de terrain et construisirent quantité de ces petites maisons qui bordaient autrefois plusieurs de nos rues, et dont il reste encoro de nombreux échantillons dans quelques-uns de nos quartiers pauvres. Bientôt, ces artisans trouvèrent des imitateurs parmi les gens riches, et on se mit à l'œuvre de toutes parts. Les terrains, dont personne ne voulait d'abord, finirrat par se

vendre très-cher; la spéculation s'en mêla; on acheta des emplacements , sous prétexte d'y édifier des maisons , en résilié pour les revendre avec un gros bénéflce, quelques anaéa plus tard ; et le duc fut obligé de publier un ëdît pour eoiper court à des pratiques qui ralentissaienl les progrés de a nouvelle capitale.

Cet obstacle ne fut le seul qu*il rencontra. L'impaticaoe que Ton manifestait fit naître che^ les entrepreneurs les prétentions les plus exorbitantes ; mais, averti c que ceidx qv fournissoient les matériaux nécessaires, les ouvriers, ■§nœuvres et artisans qui les façonnoient et mettoient ca œuvre, tirans occasion de la nécessité, foule et presse qa'il y avoit h bâtir en tant de lieux à un temps, survendoîent cl débiloient à un prix excessif leursdicts matériaux, Açons et ouvrages , détournans , à ce moyen , les uns de bâtir da tout ; occasionnans les aultres de laisser imparfaits ee que desjà à grands frais ils avaient commencé; et d^aaltrcsà s'y comporter avec telle épargne , que la structure ^m pouvoit eslre que de petite durée , Fusage et rhabilalioa incommodes, et Faspect indécent et peu convenable à ToHn et à la forme qu'il désiroit y estre observés », il fixa le prix des matériaux et de la main d*œuvre, et défendit « à tam maçons, arrocheurs, tailleurs (de pierres), brîquiers, tailiiers, voilleux, charpentiers, menuisiers, serruriers, chatfourniers, blanchisseurs, chartiers, tombeliers, artîisas,

et aultres quels ils fussent, d'exiger, prendre oa

recevoir » plus que ne leur accordait le tarif qu'il venait de publier (1).

Le succès de son entreprise engagea Charles III à augmenter renceintc de la ville nouvelle, et, modifiant le plan d^apiti lequel le bastion de Vaudémont , qui appartenait à la ville

(I) GïUe ordonnance est du 2 avril 1592. V. lionnois, ibid., Mém. du chanoine anonyme, dan< Calmel} ibid., col. 11-15.

vieille, et le basiion de la Madeleine, voisin de la porle Saiul- Nicolas, devaieol être unis par une hniçue courliae, il prescrivit, en 1C0S, d'abandonner les travaux de lu courtine et de reporter les Torlifica lions sur un terrain plus rapproché de la rivière ; ce qui permettait de tracer en cet endroit plusieurs rues larges et bien aérées (1), et d'assigner un emplacement convenable pour les jardins de l'bopilal Saint-Julien , qu'il avait transféré dans la ville neuve, cl dont les balimenls étaient déjà terminés depuis quelque temps et avaient abrita les malades et les pauvres dès l'année 1589 (2).

Pendant que les rues se garnissaient de maisons, ou du moins de clôtures cnfcrmaDt des jardins, on poussait avec activité les travaux des fortilica lions. On a cru et beaucoup de personnes pensent encore que les plans en furent dressés par le colonel Orfco Galeani, qui avait recliliè les défenses de la ville vieille. C'est une erreur. Les plans dont noos parlons Jlgenl fournis par un ingénieur napolitain, que nos historiens iPles registres des trésoriers appellent Jean - Baptiste de Stabile, de Stabili ou d'Eslabili ; et nous ne pouvons même admettre, comme l'insinue le chanoine anonyme , qu'il se soil aidé des noies ou des croquis de Galeani (3). Charles III avait nommé Jean d'Eslabili < superintendant aux mesures, • proportions et conduite des bâlimens et ouvrages •, el sous la direction de cet habile homme, ils marchèrent avec rapidilé. il paraît que l'on adopta d'abord le système de la régie ; mais comme il en résullait de graves inconvénienls, le duc traita, le 20 décembre 1603, avec Nicolas Marchai, ■ ingé- » nicur de ses fortifications , employé dès le commencement > à la conduite des ouvrages d'icellcs >, qui se soumit à < fermer et mettre (la ville) en défense dans quatre an»

(1) V, Lioiinols, ibid., |>. U7 ot 418. {2) V. idem, ibiJ., t. Il, p. 471-173. (5) V. le mém. du dwDoine Monyme, itiid., aol. 12.

» (c'est-à-dire pour le 31 décembre 1607), et dans ks li 9 auUres immédiatement suivans à la parachever, moyi > la somme de deux cent mille francs (barrois) chacu 9 faisans pour les sept quatorze cent mille », et Pi des matériaux déjà préparés (i).

L'enceinte, après les modifications que le plan priailif subit en 1605, comptait huit bastions énormes, unis par icpl courtines. Le bastion Saint-Jean, qui regardait la derie de ce nom, n'avait pas de flanc vers Tonest et se chait au bastion des Michottes, c'est-à-dire à la ville vieille, par une espèce de courtine. Plus au midi se troavaial les bastions Saint-Thiébaut, de Saulru et Saint-Nieolas ; oa Toyait au levant les bastions d'Haraucourt, de la Haddciae et Saint-Georges ; enfin, vers le nord-est le bastion Saial- Jacques, dont la forme était la même que celle da Saint-Jean, et qui allait, au moyen d'une courtine, se bastion de Yaudémont. j|^

Les fortifications des deux villes étaient remarquable^^ leur solidité et leur magnificence. Les murailles propreiMil dites avaient une hauteur moyenne de cinquante pieds et épaisseur proportionnée ; elles soutenaient des lerre-plei qui s'élevaient de cinq pieds au dessus ; et le revêtement, d'éperons et de cordons en pierres de taille, se compoiail de briques rouges et noires , disposées avec symétrie et trafsal lies losanges d'un assez bon goût. La base des murailles éùil en |)ierre jusqu'à la hauteur où Teau pouvait monter diBi le fossé, qui était profond de vingl-cinq pieds, large de soiuBle- (louze et muni d'une contre -escarpe en pierres de taille. Des guérites, d'une coupe élégante , se dressaient aux angles dei bastions et dans le voisinage des portes. Celles-ci , qai ssal iiu nombre de trois, et que Ton a conservées jusqu^aojoard*hni, mais en leur faisant subir des mutilations de MC

(1) V. Liomiou, ibid., 1. 1, p. 508 cl suiv.

genre, avaient él« décorées par les meilleurs sculpleurs ût la Lorraine, et nous pouvons encore nous faire une idée de leur beaulé première. La porle Saint-Nicolas entre les deux villes demeura ce quelleclail; mais on remania la poric Noire- Dame , (ont en laissant subsister les deux grosses tours qui datent du XV' siècle , et l'on perça à quelque distance, enire deux des bastions élèves par Orrco Galeani, une nouvelle entrée, que l'on appela porte Notre-Damc-des-Cliamps , et qui fut sculptée par le célèbre Florenl Drouin. Au restey ces derniers ouvrages ne furent exécutés qu'après la mort de Charles III (1).

Des travaux aussi considérables et poursuivis pendant vingt ans cntrainérenl des dépenses hors de proportion avec les revenus ordinaires de la Lorraine, et le duc fut souvent obligé de recourir è la géncrosllc de ses sujets et de leur demander des aides extraordinaires (2). On peut supposer que Jb Etals-Généraux ne se décidcreni pas toujours sans répu- ^mce à accorder ce que Charles sollicitait, parce que les opinion; étaient partagées sur rmilité de la mesure adoptée par ce prince ; cependant, on ne voit pas qu'ils aient jamais refusé les aides nécessaires, ni que les nuTragcs aient langui , faute d'argent.

L'envie de procurer à sa capitale tons les avantages possibles inspira au duc l'idée d'ouvrir des négociations pour obtenir du souverain-pontife la création d'un siège épiscopal (ô). La politique semblait, d'ailleurs, depuis longtemps exiger un établissement de cette nature. Tant que les évèqucs de Metz, Tout et Verdun avaient relevé de l'empire, les ducs

(1) V. iJL-m. ibid., p. aO-23.

{t) V. Hor; il'Elïnngc, EtaU, Droits, Uuges en Lomiatsi p. M.

(3j Ou uaure quu, pcudant la tenue du concile ie Trente, le grand cordin>l de Lorniiiic «ïail rcpnbenl^ la néeessil^ d'établir des sïfges ip\~ aeopsiK à IVaDey, n Dar-lcDiic et k Siiiil-Ulé. V. le mjm. du chanobi' BDODyme, itiid., col. iB.

de Lorraine n'avaient eu aucun motif de se soustraire à Icor autorité ; mais à partir du jour où la France avait occupé les villes épiscopales , on devina que les trois évèques seraieol bientôt à sa discrétion, et il fallut un concours de circonstances que Ton ne pouvait espérer pour retarder ce momeai. Ce fut en 11)98 que Charles demanda au pape Clément VIIl la création d*un évèché, après avoir obtenu le consentemcii de révcque de Toul, Christophe de la Vallée , dont le dioccse devait, à cette occasion, subir un démembrement. La nouvelle circonscription ecclésiastique aurait compris la ville de Nancy, cinq collégiales, six prieurés, dix-sept monastères de diven ordres, et environ soixante-dix paroisses. Les abbayes de Clairlieu et de Saint-Martin (près de Metz) auraient été supprimées. Leurs biens formaient la dotation de leréché; et Ton assurait celle du chapitre cathédral avec les restes des domaines de Gorze , avec les biens des prieurés de Varangéville cl de Saint-Dagobert (i) , et avec trois prébeniki enlevées à la collégiale de Saint-Dié. Le cardinal de LomiM aurait reçu le titre d'cvèquc, et le pape aurait accordé au dK le droit de patronage et de présentation tant pour révècbé que pour tous les bénéfîces.

Une proposition aussi raisonnable ne paraissait pas devoir être écartée; malheureusement, elle fut faite dans un instaat où le pape était vivement irrité contre la maison de Lorraine,! cause du mariage de Henri et de Catherine de Bourbon, etk roi de France prescrivit au cardinal d'Ossat de ne rien négliger pour faire échouer la demande. Dès le 30 mars 4599, le cardinal écrivait : « Je relarderai autant que je pourrai rérectioo > de Nancy en évèché >; profilant adroitement du roéconteatemcnt de Clément VIII , il rengagea à ne pas accueillir li prière de Charles III, et le ^ mai, après avoir raconté le maovais accueil fait à Tenvoyé de Lorraine , il mandait qu'il

(T Di'Sleiiav.

n'aurait nucune peine à exécuter les inslruclions que Henri IV lui avail adressées (1). D'un autre côté, Jean de Schœiienber^, BrchevCcjue de Trêves, forma opposilioa à ua projet qui modifiait les circonscriptions de ses sulTragants. Toutefois, malgré les pratiques du cardinal d'Ossal et les scrupules du métropolitain, le duc obtînt, en 16f)0, la piomessc qu'un évêché serait établi â Nancy. Il résolut de commencer aussitôt la construction de la cathédrale, qoi devait occuper une partie de la grande place d'abord destinée au marché public , et , au mois de février IGOt , il fil distribuer aux gentilshommes une lettre circulaire, dans laquelle, après leur avoir annoncé la réussite de la négociation, il les invitait â contribuer généreusement aux frais de l'entreprise, en leur laissant entrevoir la facilité qu'ils auraient, plus lard, d'obtenir pour leurs enfants les dignités et les bénéfices de la nouvelle cathédrale (â). On ne sait trop quel succès eut la requête ; ■Bis une année ne s'était pas écoulée depuis l'envoj de ta circulaire, lorsque le pape, cédant aux obsessions du roi de France, déclara qu'il ne pouvait ériger un évéché. Charles fut Irés-conlrarié de ce refus, et, comme il désirait fonder ii Nancy une église digne d'une capilalcj il pria Clément VIII d'y inslituer une collégiale, dont le chef aurait le litre de primat, porlerait la milre cl la crosse, et jouirait de quelquesuns des droits épiscopaux. Le souverain-poniifc y consentit et fil expédier, le 1S mars I(i02, les bulles nécessaires. Le chapitre, qui cul pour premier primat le cardinal de Lorraine, fils du fondateur, se composait de Irois dignités (doyen, cbantrp, ccolàlre) et de treize chanoines. Il relevait immédielement du Saint-Siège, et le droit de patronage à l'égard des dignitaires cl des simples chanoines fut abandonné an duc

(I) V. Ullr<» [lu cardinul d'OsuL (édit. d'Amclot de l> ilo\UHje), t. il, p. S5el B7.

(3) V. le texte de celle IcUre, daus LioiiDoi... ibld., t. Il, p. liS9 et SM.

(le Lorraine. La mense du primat Ait formëe du prieoréSaiM' Dagobcrt et d'une portion des biens de Gone et de Clairliei. Le chapitre reçut, pour sa dotation, les domaines de Tabbayc de Saint-Martin, les prieurés Notre-Dame, de Salooe, de Saint-Nicolas et de VarangéTille, la collégiale de Dieulovard et trois prébendes de la collégiale de Saint-Dié. Le priaat pouvait oflicier inpontifkalibuê; il avait la mitre, la crosie, l'anneau, les sandales, et donnait la bénédiction solennelle ai peuple. Il se vil, du reste, plus d'une fois trooblë dans l'eiercicc de quelques-unes de ses prérogatives par les évèqaesde Toul, qui lui refusaient le droit de revêtir les insignes épiscopaux hors de Tcnceinte de la Primatiale (I). Le gooveraement de Téglise et la faculté de rédiger des statals In appartenaient en commun avec le chapitre, et ils s'empressèrent d'arrêter un règlement fort sévère, aGn d'écarter ka jeunes gentilshommes qui auraient demandé les canonicals seulement pour en percevoir les revenus, et sans s'inqaîéMr de remplir les devoirs de leur état.

Divers obstacles retardèrent encore Torganisation définitive du chapitre, et on no commença Toffice canonial que le i^^ janvier IGOV, dans une église provisoire, sur remplaccmal de laquelle on a bâti la seconde église Saint-Sébastien. La Primatiale devait, comme nous l'avons dit, s'élever sur h place du Marché, vi le pourtour aurait été occupe par les sons des chanoines ; mais les fondations ne furent pas jetées. On représenta au duc que la Primatiale serait aal située au milieu d*un quartier aussi bruyant, et vis-à-vis l'édifîce qui renfermait les tribunaux, les prisons, la halle, de Eu conséquence, on acquit par échange un vaste terrain pr» de la porto Saint-Georges , dans le lieu même où l'oo avait ébauché la courtine qui devait unir les bastions de h

.1 V. Mcrii. tU' Tliiririjii i'it«?s {.:ii (Ihe^riiT. ibiil.. p. 2i8.

Madeleine el de Vaudémont. Ce icrrain, qui avait soixantedix toises (le longueur, sur une largeur du cinquante , Tut divisé en deux parties destinées : l'une h la Primaiiale, dont le plan avait beaucoup d'analogie avec celui de la cuthcdrole actuelle, et dont le portail devait élrc tourné vers l'oitesl, conformément à l'ancien usage ; l'autre au palais du prtraHlt aux hôtels du doyen, du chantre et de l'écolâire, aux maisnus des chanoines, des vicaires, etc. On réserva une parcelle de terrain sur laquelle on éleva précipitamment une église provisoire, que l'on appela longtemps la vieille prjmatiale, el où le chapitre alla Taire roOicc, en 1G09, après avoir vendu la première église au conseil de ville, qui la céda a la paroisse Seint-Séboslien (t).

Non coulent d'avoir créé le nouveau Nancy, auquel oa essaya, par un seniiiffbnt bien étranger à la flatterie, de donner le nom de Charleville, le duc de Lorraine voulut encore embellir la ville vieille, en y faisant construire une chiipelle magnifique, dont les caveaux serviraient de sépulture aux princes de sa famille. Il comptait y descendre le premier; car, en IfiOfî, il avait été frappé d'une allaque d'apoplexie, qui n'avoit pas eu de suites graves, mais pouvait se renouveler. La crainte de ta mort l'avait engagé ù faire son testament dès le mois idc janvier de la mémo année ; il léguait A son lils François, comte de Vaudémont, des domaines considérables cl des rentes sur Orléans cl sur l'hôtel de ville de Paris ; il chargeait le duc de Bar do compléter les dots de ses sœurs Elisabeth, Antoinette et Christine, el de doter la princesse Catherine, si elle désirait se marier; en lin , il donnait au cardinal, son second dis, les ville et seigneurie de Charmes , disposant que si le cardinal en rétablissait le chdlean. et si les revenus de la seigneurie ne nionlaienl pas

u uliauDiue aiiuriymc, ilud., col. 48-63.

aonuellemeDt à vingt mille francs barrois , le sarplas senit pris sur la saline de Dieuze (i).

La mort de ce fils chéri arrivée en 4607 porta un coup terrible à Charles III. Le 8 mai 1608, il fui attaqué d*BM fièvre^ dont le premier accès fut violent, mais de courte durée. Le duc joua même aux cartes avec les princesses; néanmoins, comprenant bien que le mal était plus grave qie Ton ne croyait , il fil appeler, dans la soirée , son directcar, le P. Ponce Clerici , cordelier , c personnage de grande » authorité, tant pour ses vertus, piété et doctrine, que pov

> les charges de Commissaire général sur les Provinces de

> son ordre en France , de Provincial , de Cnstos et de

> Gardien, qu'il avoit exercées plusieurs fois >. Charla le confessa ce jour là et le lendemain matin , et se trouva Uca le vendredi ; mais, le samedi, la fiévft recommença et fui accompagnée d*une sorte d*affection léthargique, pendant laquelle le malade était complètement immobile et eonat privé de sentiment. Les habitants de Nancy , instruits de ce qui se passait , remplissaient les églises et priaient Dîea de leur conserver un si bon souverain. Le dimanche, le prince se confessa de nouveau , communia et fut asseï faici le reste de la journée. Le iâ, vers sept heures du matia,il retomba dans sa léthargie, qui dura dix-sept heures; kl médecins dcclarèrcnt que le danger était pressant , et oa administra au malade le sacrement de rextrème-onclion. Lei Nanccicns avaient abandonné leurs occupations, et des processions nombreuses parcoururent la ville, tandis que d'aatits visitaient Téglise abbatiale de Clairlicu et la basilique de Saint-Nicolas-de-Port. Quand Charles eut repris ses sens, le sieur de Frcsnel , capitaine des arquebusiers à cheval de b garde, qui veillait au chevet du lit, rinfonna de ce qw

(1; V. w icslamnil, dans (^almot, llint.. t. III. preiiv., col. occdiuiî-

cccclxxxvj.

nvait eu lieu la veille; < Mes subjeclz funl beaucoup pour

• moy, rdpondille prince ; s'il plaisl h Dieu me remettre en » convalescence, je Teray pour eux, et pour tout mon peuple, i> ce que je pourray pour leur bien ; mais le principal est

■ qu'ilz prient Dieu pour mes péchez •. La journée du mardi se passa Iranquillemenl, et, sur le soir, Cliurles, craignant que le mal ne revint le lendemain, fil appeler ses enfants pour les bénir. Le duc de Bar, le comte de Vaudémont et la princesse Catherine, les seuls qui fussent à Nancy, accounirenl et se mirent à genoux près du lit. Le malade leur dit 1 que, devant toutes choses , il leur recommandoil la crainte

• el l'amour de Dieu, et puis la concorde entre eux; et

• adressant sa parolle au Duc de Bar, dit qu'il luy laissoit

• un estai tranquille, lequel il luy recommandoil, el loulsoa » pauvre peuple; comme aussi d'enlrelenir paix avec ses

> voisins, et l'amour fraternel avec son Frère le Comte de

• Vaudémont, et sa Sccur la Princesse, pour laquelle il

• n'avoil encore rien faiet ; au demeurant, qu'il avoil faict

• quelques debics pour ses urgentes affaires, dont il en avoit

■ payé beaucoup, et qu'il acquitast le reste , et après exhorta

• le Comte de Vaudémont, son Fils puisné, de recongnoiatre

• el aymer son Frère, comme le devoir tant de l'aage que de

> l'cslal l'y obligcoil; ce qu'achevé, faisant le signe de la

■ Croix sur eux , leur donna sa bénédiction , disant que

■ c'esloit pour les préseniz, pour tes absentes (1), el pour

■ leurs descendants et postérité; priant Dieu les vouloir

> bénir au Ciel, comme il les bénissoit en terre >. Les princes s'élant retirés, en fondant en larmes, le duc se sentit plus mal, eut des faiblesses et expira doucement, le 14 mai, à une heure du matin, en présence de sa sœur la duchesse de Brunswick-Woirenbullel, du prince Erricévèque de Verdun, du P. Ponce Clerici, du P. Renault gardien des Cordeliers,

(I] 1.CS Umis (irincesse* ChrUliae, Anioinelle et Eijuhcili.

^f^ nur^v'iiiux de b.'^rraiDe «l de Barrois, des principin :::.>:.or< i^^ l'h.icl, J^ secrêuires des commandements, et de c.i ^u:> *:;*:.ui>:.omme>.

Ct,\' i< jtvi.i \e;u <oivjnie-ciDq ans, deux mois el viojrti\€di . ur>. tt ii ciàit dans la soixanlc-troisième année de son

Ausï.iOi qu'il eut rendu l'espril, on s'occupa des prêparalife de ><:< 4'ùnor.îiiiiS . a la description desquelles nous coosaiTt*r\^n> p!u>iiur> r^r^'-^ • parce que Ton regardait, avec raison, ioaiirremoiu des ducs de Lorraine comme une des vcTe:iK>n:es ii'S plus somptueuses que Ton pût voir.

Henri confia le soin de régler tout ce qui concernait le» t'uuerailles de son père à messire Pierre de StainvilJe, prolonouire du Sjini>Siéi:e. dovcn de la Primatiale et conseiller d'eui. et j M. de Madruecio, conseiller d*état et grand-chambellan du feu duc. Il dêsi»:na comme maîtres des cérémonies M. de Uaikvoourt. conseiller d'étal, chambellan, maitre-d'hùlel de i.ii.irles III et baiili d'Epinal: M. de Mitry, maitre-d'hôtel, et le sieur Claude de la Kuclle, secrétaire des commandenients.

Le corps du prince fut d'abord laisse sur son lit. On posa aiipKs six chandeliers d'argent ciselé et un bénitier en vermeil. t)n disposa dans h salle des bancs couverts de tapis de Turquie, sur lesquels s'assirent, ù droite ■ bon nombredc

• chanoines, cordeliers, minimes, capucins cl autres gens

* d'ii^iise. qui disoieni prières, psalmcs et oraisons >:â iiauche les j.'cnii!>homnies de la chambre et les chambellans. ayai\i derrière eux les pages et les valets de chambre. On admit chacun à jeter de Peau bénite ; les seigneurs et genlilshomnie< de la maison du défunt et des maisons dtf princes et princesses y viitrent à une heure ; les dames el demoiselles îles mêmes maisons à deux heures , et les dome>ii«pie> une heure après. A quatre heures, le corps fut livre aux niédecin> ci chirur;:iens ; ils l'ouvrirent, en sépi-

rérent le cœiii' qui Tiii remis aux jésuites Uo Nancy, cl les entrailles que l'on Jonnii aux Cordeliers, l'embaumèrenl ol le placèrent dans un cercueil dv plomb, enrerm^ dans un cercueil en bois garni de velours noir et accompagne d'une inscription. On lendit la • chambre du trespas > d'une hcbe lapisMsric de haute-lice, rehaussée d'or, d'argent et de soie, cl • %uri^

• de l'hisloirc de saiact Paid > ; on étendit sur le plancher un tapis de Turquie ; le cercueil Tut déposé sur deux tréteaux, et les six chandeliers Turent rangés de part et d'autre. Les gens d'église rentrèrent alors et recommencèrent à prier. Dix-huit chiimbellans et les valets de chambre eurent ordre de se relayer pOur demeurer nuit et jour prés du dérnni. Le lendemain, le clergé des difTérenles paroisses de Nancy vint Jeter de l'eau bénite, et â (>ertir de ce moment, tout le monde,

• tant du pais qu'est rangers >, eut la liberté de pénétrer dans la salle jusqu'au 8 juin, • pour ce qu'il fallut ce temps

> aux ouvriers qui Taisoieni l'eRigie (du prince) , ses veste-

> menis à la royale, etc.; el aux marcbanin qui avoient peine

> de recouvrer si grande quantité de Mrges de Fleurance

• (serges de Florence) , sarges Limestrcs , sarges de Gennes ■ et autres draperies, qu'il Tulloit pour un si grand dueil,

• auquel marchèrent plus de seize cents personnes (1) la

• plus grande partie desquelles fut liabilléc de tous pointK » de la libéralité de son Altesse...., combien qu'il ne Iciir

> fust deu que robbes et bonneiz carrez >.

>'0Uï lie nous arrêleroos pas à décrire en détail les costumes que le duc, les princes et princes-tes de sa famiHe, tes seigneurs , les ronciioiinaircs de divers ordres portaient, soit pendant les réceptions et cérémonies qui précédèrent l«!t funciailles proprement dites , soit pendant les ruiiéraillcs cilcs-uicmes. Un coup-d'wil jeté sur les belles gravures dont nous parlerons en apprendra auUint qu'une description

;t, Il l'igit M^ldiiieiu ûe» perwnaes porUirt de» vélwuHil* Ja deuil.

. met dM flUBcfees H me ^vtm fl» m ■«•> Im sainM k nag dn pcfSOBo» ; 3* 4*10 1 aiudié à U roW , d qœ Tt» BeOBîl fvfcB «n- h i*: S* iTui hwinrt nrré, dmi m >« i:iw«l law^n le cta^ow romna «tr la ^ule». Le* fac» 4c» tfmàt « pMila «orin. In ntcli de pied, les arfMkMkfs » dcal fl la prés saisK* fanai kaldlcs de sair, M •• piai «k laoMiptdekan iMoMnu nr l« pamves <|ae navioi^

La ntte dThaaMar da palù dacil. «nageât loM le pc^i« b Ccaad'ne» depof reMi6er fâ cxitfe cent jae^'i r^sltte dta Cordciîen, M lo^^ de TÎigl ii(l aMaOt «i«q de lartenrel û de haaiear, iM leadatdedaa la lie de Maiie ri «cMe 4i mM Le iMead, e« teaie de bcneaa, ««■■ ihqè de ni des enû de L«tiiw M ec ■ar fead d'etur , c< des alérÎM» ea er|c« sw <tMf dt gaealc*. A Taae dei extré»iil« de li alib aa aaail Ané «t cauade oiavcrte d'à» la|us de Tai^ne et ounte dTew ki* laitnde rirhiMai onde. On njtk w» ftatnàt i» Ht dlMaae», «M|Bri m atrînit par daf itgiis • kt mutart mvnaHB Heiun ea niia enaet», et lea oe«vert«a a >etoira Boir cl eo dnp d'or ârtii, avec paramuc (Theraw; ■■ daù u telean ommàw et n lotie dar frâêe , et éénti JaUrMM el de doeUc* C

cierges de die Utache da poid* de deax lirres, ■ mm • dnafcl» efoirMS et Tordre Seiani Mefcd è feafar •.â« le it rrgmaît F^pe ea cire da |mwe défenl revMae Ae- Uif ipliwdiJu M ■ d^M {(nad nulMa è le ravale de dny ' 4'iie frns «Tor ■ et dsaUé d'bcnniac. wnc une • ^smî ■ iMiae de aefi whMt de Paris ». L'cBaie parOit m»

couronne ducale, sur laffuelle brillaicnl beaucoup de gros (liamanls. Les vêlements on ctaicnl nussi chargés en divers enUroiis, cl r.iulcur de ta description que nous avons prise pour guide assure que lous les joyaux qu'il vient de mentionner étaient estimés cinq cent trente-deux mille écus,

• y comprise une autre couronne aussi enrichie de pierreries,

• qui estoil sur l'armci lymbré >.

Deux autels magnifiques permettaient de célébrer plusieurs messes pendant la matinée; et, chose qui surprendra plus d'un lecteur, on avait disposé, non loin de l'estrade, un autre dais, sous lequel • on mctloit une table et la chaire de fenë

• son Altesse, pour le couvert, past ut la viande qu'on ap-

> porloil aux heures de disner et souper >. Douze chaires s accoudoirs ou stalles, tendues de drap d'or, avec carreaux de velours violet et pliants pour s'asseoir, étulent destinées aux princes et princesses, quand ils nssislaient aux messes et vigiles que l'on chantait dans la salle d'honneur, li'aulrcs sièges non moins riches attendaient les ambassadeurs des princes amis de la maison de Lorraine ; le long des murailles, on avait rangé des bancs à dossier, couverts de salin cramoisi , avec broderies d'or, pour les gentilshommes et les principaux fonctionnaires, et des bancs plus simples pour les serviteurs du dérunl. 1^ sieur Cnllol, roi d'armes, les hérauts termine et Gari'ois, et les poursuivants d'armes Vaudémont et Clcrmonl , • tous cinq ayans leurs cottes • , occupaient dca pliants à peu de distance du lit. Entin, le reste de In salle était rempli de sièges et de bancs plus ou moins bien décorés pour le clergé, les dames, demoiselles et gentilshommes des maisons de Charles ill et des princes et princesses, pour le canseJt d'élnt, la cour des Grands-Jours de Saint-Mihiel, les chambre* lies comptes de Lorraine et Barrois, etc. Près des places r^ servces au clergé se trouvaient < premièrement la musique

> de la chambre de feue son Altesse, en nombre de quAlorte

• personnes, tant voix, qne joueurs delMiu, gutUroos cl

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