‹ Histoire de LorraineChapitre 11 sur 16 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

lêtat db là lorbâinb depuis la mobt de chablrs ly jusqu'à la paix de kiswick (1675-1697).

Le nom de Lorraine était devenu impropre poar désigner notre patrie pendant le règne de Charles V, car le duché avait pour ainsi dire cessé d*exister. Sur une requête présentée au Conseil d'État par MM. de la Feuillade, évéque de Metz, de Fienx, évêque de Toul, et d'Hocquincourt, évêque de Verdun, Louis XIV avait établi, le 30 octobre 1679, une Chambre royale, composée de membres du Parlement de Metz, pour rechercher les usurpations commises par nos évéques sur le temporel des Trois- Évêchés. On mit à sa disposition le Trésor des chartes de Lorraine, ainsi que les papiers des deux Chambres des comptes, alors déposés dans la citadelle de Metz, et, du 15 avril 1680 an 2 juin 1683, les ministres de l'ambition du monarque rendirent une foule d'arrêts, qui réunissaient au domaine royal ou an temporel des évêchés le BaiTois-non-mouvant^ la ville de Nancy, Rosières-aux-Salines, Einville-au-Jard, Lunéville, Saint-Dié« Raon-l'Étape, Amance, Prény, Mirecourt, Damey, Dompaire, Valfroicourt, Bruyères, Charmes, Arches, Vaudrevange, Béms, Siersberg, Sarreguemines, Puttelange, Forbach, Boulay, Faulquemont, Neufchâteau, Pierrevillers, Morhange, Gondreville, Bitche, Saint-Nicolas, Rambercourt, Mussey, Étain, Condé-snr- Moselle, Conflans-en-Jarnisy, Commercy, les bourgs de Vaudémont et de Chaligny, et les comtés dont ils étaient les chefs-lieux, Turquestein, Épinal, Nomeny, Delme, Hombourg, Saint-Avold^

Albe, Marsal, Sampigny, Hattonchàtel, Apremont, Mars-la-Toor, Mandre-aux-Quatre-Toors, Briey, Deneuvre, Dieaze, et qaantité d'autres bourgs, villages, terres et seigneuries, dont la nomenclature serait fastidieuse (1). Louis XIV reprit au comte de Nassau-Sarrebriick le comté de Sarrewerden, dont il lui avait d*abord permis de s*emparer ; et le Parlement de Besançon, impatient de marcher sur les traces de la Chambre royale de Metz, incorpora à la Franche-Comté, par arrêts des 17 juin, 16 et 18 juillet et 6 septembre 1681, la seigneurie de Ruaux, Longchamp, Ramonchamp, le val d'Ajol et Fontenoy-le- Chikteau (2).

Ces réunions opérées, il ne restait rien, ou pour ainsi dire rien de la Lorraine, au point que Louis XIV eut comme peur de son propre ouvrage, et ne fit pas mettre immédiatement à exécution les arrêts rendus par la Chambre de Metz et le Parlement de Besançon. Il pensait bien, d'ailleurs, que les puissances étrangères ne fermeraient pas les yeux sur une pareille violation de la justice et du droit des gens; et, en eflTet, les arrêts dont nous parlons, et qui n'atteignirent pas seulement la Lorraine et le Barrois, mais encore les princes allemands voisins delà France, ne furent pas étrangers à la guerre de 1688 (3). En conséquence, on laissa les divisions administratives à peu près telles qu'on les avait trouvées, et on se contenta de demander aux Lorrains l'obéissance la plus ponctuelle, et d'exiger que, dans toutes les églises, on fît des prières pour le roi comme pour

(1) V. Recueil des arresis de la chambre royale establie à Metx^ pour la réunion des dépendances des trois Eveschez de Metz, Toul et Yerdun^ et autres endroits, à l'Obéissance du Roy^ Bn conséquence des Traitez de Paix de Munster^ des Pyrénées et de Nimègue; Paris, 1681, in-4«»,

(2) V. ibid., p. 284-297.

(8) Le roi, pour ne pas donner d'ombrage à let voisins, supprima la Chambre de Metz, le 28 novembre 1686 ; mais il ne mit pas à néant les arrêts qu'elle avait rendus.

le légitime souverain (1). En même temps, et afin de diminuer Taversion de nos ancêtres ponr la domination française, on recommanda au gouverneur et à l'intendant de traiter le penpie avec douceur. Le comte de Bissj, qui fut le dernier gouverneur français, et le sieur Jacques Charnel, qui remplissait les fonctions d'intendant, se conformèrent aux volontés de leur maitre et réussirent à vivre en bonne intelligence avec les Lorrains (2). Ils furent cependant obligés plus d'une fois d'exécuter des édits vexatoires, mais ils tâchèrent^ par des manières polies et affables, de faire oublier ce que leur mission avait de pénible et même d'odieux.

Il faut ranger au nombre de ces mesures malencontreuses les arrêts du Conseil des 16 mai et 4 octobre 1692, qui décrièrent une partie des monnaies lorraines^ en réduisant \ts pièces blanches à douze deniers, les blancs à deux deniers tournois; les gros à huit deniers, les francs à huit sous six deniers et les doubles-francs à dix-sept sous ; un édit du mois de janvier 1687, qui anéantit les grueries du Barrois et les remplaça par des maîtrises-particulières, organisées comme celle de France; l'arrêt du Conseil du 9 mars 1694 portant que les Lorrains anoblis par les ducs, depuis l'année 1611, seraient tenus de payer les droits de franc-fief des biens nobles dont ils jouissaient (3), et surtout un édit du mois de février 1685 , qui supprima les bailliages de Nancy, de Vosge, d'Allemagne, d'Étain et de Saint- Mihiel, et réunit leurs ressorts à ceux des bailliages (4) de Mets, Toul, Verdun, Épinal, Longwy et Sarre-Louis (5).

(1) V. Durival, ibid., p. 83.

(2) Y. les mémoires inédita de Jamerai-Duval, ms. de la bibL de r Arsenal; Galmet, Bibl. lorr., col. 566.

(3) V. Durival, ibid., p. 84, 87 et 88.

(4) La plupart de cas bailliages étaient présidiaux.

(5) L*édit est imprimé dans le Recueil de Franc, de Neufch*^ seconde partie, p. 247 et 248.

Les villes qui perdirent de la sorte les jaridictions qu'elles possédaient depuis longtemps en éprouvèrent un notable dommage. Leurs habitants furent obligés, quand ils avaient quelque procès, d*aller plaider dans des lieux souvent éloignés, avec lesquels les Lorrains entretenaient peu de relations ; et, d'un autre côté, les avocats, les procureurs, les huissiers, et en général les individus que fait vivre l'administration de la justice, furent contraints d'abandonner leurs demeures pour s'établir auprès des tribunaux français. Dans les villes, et particulièrement à Nancy, les mœurs souffrirent beaucoup du séjour prolongé des troupes du roi (1). Enfin, ce prince ayant résolu de construire dans la vallée de la Sarre une forteresse importante, fonda, en 1680, la ville de Sarre-Louis et détruisit à peu près complètement celle de Vaudrevange, qui était depuis nombre d'années le siège du bailliage d'Allemagne (2).

Le passage presque continuel des armées, et les désordres qui en furent la suite, causèrent encore plus de préjudice aux laboureurs qu'aux habitants des villes, et les cantons les plus maltraités sous le règne de Charles IV se repeuplaient si lentement, que Louis XlVordonna d'y établir des colonies d'étrangers. On en avait déjà amené quelques-uns dans les environs de Dieuze,- vers l'année 1663. Cette fois l'immigration fut plus considérable, et quantité de Picards (3) vinrent se fixer dans la Lorraine allemande, et surtout dans les ruines des villages qui avoisinent Dieuze^ Albestroff et Lorquin. Il en résulta que la langue germanique perdit du terrain sur ces divers points. Elle est aujourd'hui tout-à-fait inconnue dans des lieux où l'on ne parlait pas anciennement d'autre idiome, et dont les noms sont restés allemands ; et bien des villages quittèrent, à cette occa*

(1) V. Lionnois, Eist. de Nancy, t. II, p. 75.

(S) V. Durival, ibid., p. 82 et 88; Calmet, Notice, t. H, col. 750.

^) Telle est l'origine des noms de Picard et Yermandé (Vermandois) assez communs en Lorraine.

sion, leurs dénominations germaniques pour en adopter de françaises (1). Les nouveaux-venus furent assez mal accueillis dans le pays qu*ils venaient féconder de leurs sueurs; on les rendit responsables de tout le mal que leurs compatriotes avaient commis ; on refusa de s*allier avec eux, et maintenant encore les descendants des colons français sont désignés par le sobriquet de picards^ destiné à rappeler leur origine étrangère (2).

Louis XIV, qui comprenait la nécessité d'améliorer la situation des paysans lorrains, leur accorda quelques faveurs. En 1681 et en 1682, il disposa que les communautés jouiraient d*un délai pour Tacquittement de leurs dettes, et, le 6 novembre 1683, il défendit aux créanciers des communautés et des particuliers de faire saisir les bestiaux pour sûreté de leurs créances (3). Heureusement, il y eut de très-bonnes années; heureusement aussi, la culture des pommes de terre introduite en Lorraine, vers le milieu du XVII* siècle, permit de nourrir un plus grand nombre de bêtes à cornes ; et l'agriculture se releva tellement, dans les vingt dernières années de ce siècle, que la Lorraine produisait trois fois plus de blé qu'elle n'en pouvait consommer (&). Mais, pour qu'il lui eût été possible de tirer parti de cette énorme quantité de céréales, il aurait fallu qu'elle trouvât facilement des débouchés ; et les routes négligées depuis le commencement des guerres, rendaient les transports extrêmement pénibles et coûteux. Vers cette époque, le maréchal de Vauban, qui avait peut-être entendu parler des offres faites à Charles III par le

(1) Marimont, par exemple, s'appelait autrefois Moresberg.

(2) Y, De la dépopulation de la Lorraine, par M. H. Lepage, p. 46 et 47.

(3) y. le Recueil de François de Neufchdteau, seconde partie, p. 208, 232 et 233.

(4) V. le mémoire sur Tétat du duché de Lorraine et du'Barroii, rédigé par l'intendant et adressé au roi, en 1696 ; bibl. publ. de Nancy, cab. des mss., n» 75, p. 22.

comte de Lutzelstein, proposa de joindre la Moselle à la Meuse, au moyen d*un canal tracé dans le val de Foug et alimenté par les eaux de Tlngressin. L'exécution de ce projet aurait permis aux Lorrains de conduire leurs denrées à peu de frais dans tous les pays arrosés par la Meuse; mais Tidée de Vauban fut abandonnée, pour être reprise plus tard et négligée de nouveau (1).

Le roi voulut cependant prendre des mesures en faveur du commerce, et il établit, en 1680, des foires dans certains lieux où il n*y en avait jamais eu (2). On vit renaître, à la fin de XVII* siècle, quelques-unes de ces verreries dont les produits étaient précédemment si recherchés (3), et on continuait à fabriquer dans les cantons voisins de Mirecourt et de Neufchàteau beaucoup de dentelles communes, dont le prix peu élevé facilitait l'écoulement (4).

La seconde occupation française ne nuisit pas autant que la première à l'Université de Pont-à-Mousson.En 1681, on obligea, il est vrai, tous les professeurs à se rendre à Metz pour prêter serment de fidélité au roi de France (5) ; mais on ne chassa aucun d'entre eux, et les cours n'éprouvèrent pas d'interruption (6). Le 5 mars 1689. Louis XIV publia même un règlement pour la faculté de droit (7), et, le 1*' octobre 1694« il créa une chaire de droit français, qui fut donnée au sieur Nicolas Breton (8).

a) V. Calmet, Notice, 1. 1, eol. 917 et 918.

(2) V. Darival, ibid.» p. 82.

(S) V. Recherehes sur Findustriê en Lorraine, par M. H. Lepage, chap. I, des verreries, dans les Mémoires de F Académie de Stanislas pour i849. p. 56 et suiv.

(4) On les portait jusqu'en Espagne. V. le mt. n» 75, p. 115 et lié ; Savary des Bruloûs, Dictionn. du commerce, y Dentelles.

(5) y.Rogéville, Dict. des Ordonn., t. Il, p. 610.

(6) Y. Calmet, Bibl. lorr., col. 509.

(7) y. Dnrival, ibid., p. 88 et 84.

(8) Y. RogévUle, ibid., p. 611 et 612.

Les moyens de s'instruire ne manquaient donc pas en Lorraine ; mais il était si difficile d'exercer une profession libérale dans un pays ruiné, que bien des jeunes gens préféraient rester chez eux et vivre des faibles revenus de leurs propriétés. La plupart de ceux qui fréquentèrent les cours de la faculté de droit furent contraints d'aller habiter les villes où le roi avait placé les nouvelles juridictions ; et les artistes, qui ne trouvaient dans leur patrie ni occupation^ ni encouragement, cherchèrent à l'Étranger un sort plus digne de leurs talents. Parmi les premiers, nous rappellerons seulement Jean-Léonard Bourcier, de Vézelise, qui après avoir fréquenté le barreau, acheta la charge d'avocat-général à la Table-de-marbre de Metz, et fut nommé par Louis XIV procureur-général près le Conseil provincial ou tribunal supérieur de Luxembourg (1). Parmi les seconds, nous citerons le peintre Nicolas de Bar, qui s'établit à Rome, où il jouit d'une certaine réputation, sous le nom de NicoUetti ou Nicolaï, et exécuta les tableaux que l'on admire dans la chapelle des Lorrains (2) ; les peintres Charles Mélin, de Nancy, et Jean Munier, lesquels se fixèrent également en Italie (3) ; le peintre Willaume, de Nancy, qui travailla beaucoup dans cette ville, mais alla terminer sa carrière à Metz (4); et les statuaires Jaquin, de Neufchâteau, dont les ouvrages embellissaient quelquesunes des églises de Paris, et Houtzeau, de Bar-le-Duc, choisi par Louis XIV pour sculpter et modeler plusieurs des statues et des groupes du parc de Versailles (5) ; Jean Bérain, de Saint*

(1) Y. Hist, de Jean-Léonard baron de Bourcier (par son fils le comte de Montureux) ; Nancy, 1740, in 8<>; p. 30 et sniv.

(2) Y. Calmet, ibid., col. 77; La ville de Rome^ ou Description abrégée de cette superbe ville^ etc., par le P. Dominique Magran, t. III, p. 24.

(3) y. Calmet, ibid., col. 654 et 679.

(4) y. idem, ibid., col. 1043.

(5) y. idem, ibid., col. 511, 512 et 539.

Mihiel, dessinateur-ordinaire de la Chambre et du cabinet du roi (1) ; Pierre de Chaligny, commissaire général des fontes de l'artillerie de France (2), et Charles Chéron, orfèvre, ciseleur et graveur en taille-douce, qui, après avoir habité Rome pendant quelques années fut appelé à Paris, obtint une pension considérable et un logement au Louvre, et fut admis dans l'académie de peinture (3). Il faut nommer encore le P. François Derand, Jésuite, lequel publia un excellent traité intitulé : V Architecture des Voûtesy et dirigea la construction de Téglise annexée à la maison- professe des jésuites de Paris (4) ; Nicolas Clément, de Toul, garde de la bibliothèque du roi, qui rédigea une partie du catalogue des manuscrits et forma des recueils précieux pour rhistoire (5) ; le P. Louis Maimbourg, né à Nancy en 1610, mort à Paris en 1686, et auteur de quantité d'ouvrages sur la théologie et rhistoire ecclésiastique, qu'on ne lit plus guère aujourd'hui, mais qui eurent de la réputation dans leur temps; le P. Bonaventure Hocquard, Cordelier, qui se rendit à Vienne et fit imprimer un bon traité de controverse contre les protestants (6) ; enfin, Catherine de Bar, de Saint-Dié, plus connue sous le nom de Mère Mecthilde, institutrice des dames bénédictines de l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, et que les guerres presque continuelles dont notre pays était^ le théâtre obligèrent à se réfugier à Paris, où elle vécut jusqu'en 1698 (7).

Les savants et les artistes qui n'abandonnèrent pas la Lorraine

(1) V. idem, ibid., col. 107.

(2) V. idem, ibid., col. 257; Premier registre delà fabrique de la paroiise Saint-Sébastien, f<» 293 r».

p) V. Calmet, ibid., col. 276.

(4) y. idem, ibid., col. 323.

(5) y. idem, ibid., col. 284-286.

(6) y. idem, ibid., col. 503 et 504.

(7) y. idem, ibid., col. 651-658.

-as-

sont bien moins nombreux que ceox dont elle eut i regretter réloignement. Nous ne pouvons citer qu*un peintre : Bermaiid, lequel, après avoir fréquenté Tatelier de Claude Gellée, revint à Nancy, où il peignit de beaux paysages, dont quelques-uns ont été confondus avec les moindres ouvrages de son maître (1) ; et un statuaire : Ignace Robert, de la Mothe, qui habita Metx pendant une partie de sa vie et sculpta, d*apres les dessins du P. Élie de Saiot-Joseph, Carme-déchaussé, le magnifique rétabk placé derrière Tautel-majeur dans l'église des carmélites de Pont-à-Mousson (2).

Les historiens ne sont guère plus nombreux, et on ne doit mentionner que le P. Bédel, chanoine-régulier de la congrégation de Notre-Sauveur et auteur d'une naïve biographie du Bienheureux Pierre Fourier (3); le P.Vincent, Tiercelin du couvent de Nancy, qui a rédigé des écrits très-médiocres sur Thistoire de Lorraine (&), et l'abbé de Riguet, grand-prévôt de l'église collégiale de Saint-Dié. La plupart des ouvrages que Riguet composa, quand il eut pris le parti de se retirer dans cette ville, eurent pour but d'illustrer, si l'on peut employer une pareille expression, l'église dont il était le chef, de combattre les prétentions des évèques de Toal^ et de faire respecter les prérogatives attachées à la dignité de grand-prévôt. Ses écrits sur l'histoire de Lorraine ne sont, en général, que la suite de ses premiers travaux. Il mit en œuvre les précieux documents qu'il avait recueillis en préparant ses livres de polémique ; et c'est là ce qui explique pourquoi il ne s'appuie guère que sur les titres renfermés dans les archives de l'église de Saint-Dié,

(1) Y. idem., ibid., col. 106.

(2) y. Une sculpture du XVII* siècle, par M. Fabbé Guillaume, dans le Bulletin de la Société d'Archéologie lorraine^ t. 111, p. 314 et suiv.

(8) La vie dv très-révérend père Pierre Fovriêr, etc. Cet ouvrage a eu deux éditions.

(4) On peut en voir la liste dans Calmet, ibid., col. 1022-1097.

riche dépôt malheareasemfint perda pour doqs. La meilleure production de Tabbé de Ri^uet est le c Sistéme chronologique, € historique des évèques de Toul », qui signale la naissance des véritables études dans notre pays, et annonce dans son auteur une érudition aussi profonde qu'étendue. Le moment approchait, d'ailleurs, où la congrégation bénédictine de Saint- Vanne allait, marchant sur les traces de la congrégation de Saint-Maur, donner aux Lorrains une idée de ce que peut produire Tunion de la piété et de la science.

Quoique le clergé de notre patrie eût beaucoup souffert des désordres dont nous avons été obligé si fréquemment de retracer l'affligeant tableau, il vit sortir de ses rangs, pendant la dernière moitié du XVII* siècle, des hommes remarquables dans divers genres. Tels furent le P. Richard, de Pont-à-Mousson, qui entra fort jeune dans la compagnie de Jésus, se rendit dans les missions étrangères et décéda dans File de Négrepont, au mois de décembre 1679, après avoir publié en grec moderne un ouvrage contre l'église orientale, et laissant inachevée une vie des saints de la Maison de Lorraine, composition à laquelle il avait travaillé pendant quinze ans; le P. Jacques Villote, Jésuite, né à Bar-le-Duc, missionnaire en Arménie, à qui on doit plusieurs livres écrits dans la langue de cette contrée, et un dictionnaire arménien, qui n'est pas sans mérite ; le P. Jean- François Gerbiilon, de Verdun, missionnaire à la Chine, qui accompagna les commissaires chargés de délimiter la frontière des empires russes et chinois, fut maitre de mathématiques et médecin de l'Empereur, traduisit dans l'idiome de sa patrie adoptive quelques ouvrages utiles, en donna d'autres en Français, et mourut à Pékin, le 25 mars 1707, recteur du collège et supérieur de la mission des Jésuites (1); le P. Épiphane Louis, Prémontré, abbéd'Étival, écrivain mystique et prédicateur

(1) V. idem, ibid., ool. 412, 413, 81S, 813, 1018 et 1019*

individus qui la pratiquaient furent déclarés incapables d*occiiper les emplois municipaux ; le 7 février I68O9 on étendit U même prohibition aux charges judiciaires, et le 19 mai, on ferma le temple de la Horgne. Le nombre des Protestants messins, qu? formaient autrefois environ le tiers de la population, était considérablemement diminué, et leur zèle notablement attiédi. La révocation de Tédit de Nantes les plaçait dans Taltemative de changer de religion ou de quitter le royaume, etisi pareille chose était arrivée un siècle plustôt, beaucoup auraient, sans doute, préféré l'exil à l'abjuration. En 1685, rien de semblable n'était à prévoir. Quelques messins émigrèrent à la vérité; mais l'immense majorité resta et se prêta à ce qu'on lui demandait. Le temple du retranchement fut renversé; des curés furent installés dans les lieux d'où le culte catholique avait été banni, et des cours de controverse, confiés à des ecclésiastiques d'un mérite reconnu, furent établis par les soins de l'évêque de Metz (1).

Quoique l'on n'eût plus à redouter les satires des Protestants, les prélats qui gouvernaient les trois évêchés ne négligeaient rien pour inspirer à leur clergé l'amour de la régularité et de l'étude, et les corporations exemptes, se piquant d'une louable émulation, faisaient aussi des règlements pour la correction des mœurs. Une délibération prise par le chapitre de Saint-Dié, le 5 août 168&, renouvela les défenses faites aux chanoines d'avoir des conversations et des manières trop libres, de rendre visite trop fréquemment aux personnes d'un autre sexe, de danser, de donner le bras à une femme, de la mener en croupe ou de voyager de nuit avec elle. La peine était une amende plus ou moins forte, qui devait être versée dans la caisse de la fabrique (2).

(1) V. Hist. de MetM, i. III, p. 302-304 et 347^2,

(H^ V. Essai chronologique sur les mœurs^ coutumes et usages anciens les plus remarquaSles dans la Lorraine, p^r M. Richard, page 66.

Dorothée de Salm, abbesse de Remiremont, fit diverses tentatives pour soumettre les chanoinesses à une partie des prescriptions de la règle de saint Benoit, et pour extirper les abus dont on se plaignait avec raison ; mais elle échoua, bien que secondée j)ar Mabillon et Dom Claude George, prieur du Saint-Mont, qui publièrent des mémoires destinés à prouver que la règle bénédictine avait été suivie, pendant plusieurs siècles, dans Tabbaye (1).

Sous la direction de quelques supérieurs zélés pour Tobservation de la règle bénédictine et pour le progrès des études, et principalement par les soins de Dom Henri Hennezon, qui avait amassé à Saint-Mihiel une bibliothèque magnifique, les monastères de la congrégation de Saint-Vanne voyaient renaitre les écoles ouvertes dans leurs cloîtres immédiatement après la réforme (2). 11 y eut de ces écoles à Saint-Mihiel, Moyen-Moutier, Beaulieu, et ailleurs encore ; on y enseignait aux jeunes reli- ' gieux, et en employant une méthode excellente, la théologie dogmatique et morale, T Écriture-Sainte, les Pères et le droit canonique. L*école de Moyen-Moutier était la meilleure de tontes. Dom Hyacinthe Alliot y avait rassemblé plusieurs religieux qui formaient, sous Tautorité de son neveu, c une acadé- « mie d'études sur F Écriture-Sainte. J'ai eu l'avantage d'y ' c étudier sous lui, dit Dom Calmet, et je dois reconnoitre que 'c j'ai l'obligation à ce bon et vénérable abbé d'une partie de ce <c que j'y ai appris, en y professant la philosophie et la théoloc gie, et ensuite donnant les leçons sur le texte sacré de l'Ancien c Testament. » La renommée de cette Académie devint telle, que M. Thiard de Bissy, évêque de Toul, résolut de fonder

(1) V. Lettre sur le premier institut de t abbaye de Remiremont^ par Dom Mabillon ; Paris, 1684, in-4« ; Histoire monastique de Vabbaye de Remiremont^ de l'ordre de saint Benoît^ par Dom A. George, ms.

(2) y. Calmet, ibid., col. 84.

^«e^1le dbose de pardi dns la Tilie cpiseopok et T appeo, 4a£$ €€ bvt, Doa HyKïittJbeAIIiâCkKves, DoBSéteAsea Movrocei

LaaUés des mtm ust rr m b éfl é iii e tim ^ aim coatggts de réob'ir dass leurs Bmsoas rerapcre de la rèfle, s'oompaicxtt à SAUJtr les bâfif ntf csx-BêaeSr qui ■<— ^liinr rvae; au k BaZf^ne de rest^ovrees aelenrpenut pas enccre de tenter des e&ire|vtses iÊÊforizaUs. Le seoi édifice coiiâidérable datant de cette époqve est la chartrevse de Bosserrille. Uarcfcîtecte italies, Jean B^9, dirigea les traranx do ■opastere et de Fégliâe, et les statuaires César et ToossaÎBt Bagard scolptèreiit les figures qni décorât le portail, et quelques antres doot oa a seaksent coBserré le sooTenir (2). Xoiis ne derons pas oublier de Mentioimer ici aae euQstructioa singulière, peut-être vniqne dans son genre. Yen le nilieii du IVU* siècle, on élera, dans le dmetière qni aroisinait révise paroissiale Notre-Daae à Bar-le-Dne, une ckapeDe assex spacieuse entièrenent composée d^ossenents kasains, rangés arec symétrie et joints à dianx et à sable ; Bonnoeot bien placé dans nn pajs qne la peste, la funine et la goerre araieni raragé pendant nn ai grand nombre d*années (3).

(1) y. Bibliothèque lorraine^ eoL 96-38, 485. 725, 881 et 88); MabUlott, Ré/Usriatis sur la réponse de M. l'Abbé de la Trappe au Traité des études monastiques; édition in-12, tome II, pages I^ et 184.

(2) y. Les chartreuses de SainU-Amte et de BosservUU, par M. H. Lepage, p. 28-83.

(3) y. Calmai, NoUee^ 1. 1, aapplém., col. 80.

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