‹ Histoire de Lorraine. Seconde édition. Tome sixièmeChapitre 12 sur 41 · RON RS LE · texte numérisé non relu

RON RS LE

se rendit à Lunéville pour annoncer l'arrivée prochaine des

troupes françaises, la princesse se borna à protester contre la

violation de la neutralité. Quelques jours après, un corps d'armée, sous les ordres du marquis de Brézé, se répandit dans le plat-pays et occupa même la plupart des villes (1). Les Français observaient, au reste, une exacte discipline, et la régente prit, de son côté, les mesures-les plus efficaces pour prévenir les querelles entre ses sujets et les étrangers. Le 24 mars 1734,

elle défendit, à peine de la vie, de former des bandes de gens armés et des rassemblements . de maraudeurs; le même jour, elle enjoignit aux communautés de planter sur les chemins des

- poteaux munis de l’écusson de Lorraine; le 29 novembre précédent, elle avait interdit de rien acheter aux soldats, maraudeurs

et personnes inconnues, afin d'enlever à l’amour du pillage son

plus puissant aiguillon (2).

Comme la vallée du Rhin, depuis Strasbourg jusqu’à Coblentz,

était devenue un des principaux théâtres de la guerre, la Lor-

rainé ne cessait d’être sillonnée par les troupes françaises qui se rendaient à l’armée ou qui en revenaient, et la régente n’était occupée qu'à donner des ordres pour maintenir partout la tranquillité et pourvoir aux approvisionnements, M. de Lutaux, qui était chargé du service des vivres pour l’armée française, avait acheté d'immenses quantités de blé et demanda des voitures pour les conduire à Strasbourg ; on fut obligé de mettre beaucoup de charrois en réquisition, mais les laboureurs ne perdirent pas leur temps, car on leur paya le transport à raison de trois sous par sac et par-lieuc. Le 11 mars 1734, le cardinal de Fleury

écrivit à la duchesse pour requérir l'autorisation de prendre dans les forêts domaniales soixante-dix mille palissades desti+

@ . idem, ibid., p. 142; Lionnois, ibid., t. IIF, p. 58 et 54, @) V. Rec. des ord., ibid., p. 283 et 284.

rs

nées aux places de Marsal, Longwy, Sarre-Louis et autres, qui étaient trop éloignées des bois appartenant au roi. Le 13, Louis XV adressa lui-même à la régente une lettre, dans laquelle il lui notifiait poliment qu'il ne pouvait priver ses troupes des secours en tout genre que leur offrait le territoire de la Lorraine, mais que l’on n'enlèverait rien sans payer, ajoutant qu’il avait prescrit à ses généraux et à ses intendants d’avoir mille égards pour les sujets de François III. Ceux-ci profitèrent même d’abord de l'invasion de leur pays, car ils tirèrent meilleur parti de leurs denrées, surtout des blés, de l’avoine et des foins, lesquels furent vendus à un prix convenable. Malgré les recommandations de la duchesse, qui avait ordonné aux Lorrains de garder la ncutralité la plus parfaite, beaucoup d’entre eux, surtout des gentilshommes, prirent du service dans l’une ou l’autre armée (1); quelques-uns se distinguèrent, et le prince de Lixheim, qui combattait dans les rangs français, trouva une mort glorieuse au siége de Philipsbourg, le 2 juin 1734.

L'hiver suivant fut employé en préparatifs, et la guerre ‘recommença avec le printemps. Cette fois, la Lorraine eut à en souffrir. Le comte de Seckendorff, qui commandait les Impériaux, obtint divers avantages et s’approcha de notre pays. Les généraux français avaient demandé que l’on envoyât à Landau et à Neustadt un million de rations de fourrage. Les convois qui transportaient cette énorme nourriture étaient en marche depuis quelques jours et sur le point d'arriver à leur destination, lorsque l’armée française fut contrainte de faire un mouvement rétrograde. Les convois furent alors dirigés vers la Sarre, et les laboureurs lorrains perdirent, dans cette circonstance, quantité de chevaux et de chariots, désastre dont les effets se firent sentir pendant plusieurs années. En mème temps, les ministres de Louis XV, aigris par les obstacles qu'ils rencontraient, devenaient

Gi) V.ibid., p. 290.

de plus en plus exigeants. Les retards inévitables que certaines réquisitions éprouvaient, malgré les ordres de la régente, étaient attribués à la mauvaise volonté. Cette princesse était obligée d’entretenir des agents de tous côtés pour rendre plus régulier le service des vivres et des fourrages, et on ne lui tint pas compte en France de la position difficile dans laquelle on la plaçait, en la forçant de contribuer au snccès d’une guerre qui eut pour résultat d'amoindrir un Empire que son fils aîné devait posséder un jour (1).

L'Angleterre et la Hollande, alarmées par les progrès que faisaient le roi de France et ses alliés, proposèrent des préliminaires qui furent agréés presque sur-le-champ par les puissances belligérantes, et signés le 3 octobre 1735. Nous sortirions du cadre de notre ouvrage si nous rapportions, avec détail, les stipulations renfermées dans les préliminaires de Vienne; contentons-nous de dire que Stanislas renonçait au royaume de Pologne, tout en conservant le titre de roi; qu’il obtenait la restitution immédiate de ses biens séquestrés, et qu’il recevait en échange d’une couronne dont la possession ne lui avait jamais été assurée, les duchés de Lorraine et de Bar, lesquels devaient, après la mort de ce prince, être réunis à la France d’une manière définitive. On donnait en indemnité à François III le grand-duché de Toscane, que la fin prochaine du dernier des Médicis allait laisser sans maître ; en stipulant que le Barrois serait remis à Stanislas immédiatement après la ratification du traité, et que François resterait en possession de la Lorraine jusqu’au moment où le trône de Toscane deviendrait vacant.

La nouvelle de ces négociations causa en Lorraine une consternation générale. On gardait cependant encore une lueur d'espérance, et la régente, qui connaissait la faiblesse du caractère de son fils aîné et craignait de le voir consentir à l'exécution

(1) V. Durival, ibid., p. 142-144.

des conventions de Vienne, se hâta d’expédier un courrier porteur d’une lettre dans laquelle elle exhortait vivement François à ne pas abandonner l'héritage de ses ancêtres (1). Le courrier, qui était parti de Lunéville le 14 novembre, trouva, en arrivant à Vienne, le duc tout occupé des préparatifs de son mariage avec l’archiduchesse et peu disposé à froisser son futur beau-père, en refusant d'accepter un arrangament que l'Empereur regardait comme nécessaire. La régente reçut donc une réponse évasive et l'invitation d'envoyer le prince Charles rejoindre son frère. Charles quitta Lunéville, avec une suite peu nombreuse, au commencement de janvier 1736, et, le 22 du même mois, l'Empereur écrivit à Élisabeth-Charlotte la lettre suivante :

« Sérénissime Duchesse, Ma Très-Chère Cousine,

« Deux motifs également consolans pour moi m’engagent « d'écrire la présente à Votre Altesse : l’un est l’heureuse arrivée « du prince Charles son fils, qui m'a remis la lettre de Votre « Altesse, de laquelle je dois lui faire mes actions de grâce, « espérant que Votre Altesse sera persuadée de ma satisfaction « extrême que j'ai eue de pouvoir embrasser un parent aussi « cher et un prince aussi aimable et aussi accompli, et de toute « l'attention que j'aurai pour que les deux chers frères ayent, « selon mes désirs, tout l’agrément et le moins d’ennui qui sera « possible dans ce séjour. Le second motif de ma plus grande « satisfaction, que Votre Altesse aura, sans doute, déjà appris « avec plaisir par le Duc son bien digne fils, est l'accord faitet « conclu entre Nous de son mariage avec ma fille ainée Marie- « Thérèse, Les raisons qui m'ont engagé à faire choix d’un « gendre aussi cher et digne ne sont pas seulement les liens les « plus étroits d'amitié et de sang qui unissent nos deux « Maisons, et cette tendresse et distinction particulière que

(1) V. idem, ibid., p. 144.

Con

Page 1