ARR RO À 8 R
« Monseigneur,
« Pendant que vos peuples, accablés de la perte qu'ils firent |
de leur auguste souverain, le 27 mars dernier, ne songeoient qu’à lui rendre les derniers devoirs ;
« Pendant que les prédicateurs s’efforcoient de rendre à sa mémoire les louanges qu’elle mérite, et que les étrangers universellement lui faisoient la même justice ;
« Vos bons sujets ont eu le chagrin de voir que les personnes qui, abusant de la bonté naturelle de Son Altesse Royale Madame-Régente, se sont emparées du gouvernement, ont fait toutes sortes de démonstrations publiques, non seulement pour diminuer l'estime et la bonne opinion que tout le monde avait du défunt, mais aussi pour rendre autant qu'ils ont pu sa mémoire absolument et généralement odieuse. Ces gens-là n'ont rien omis pour le faire regarder comme un dissipateur, dont la prodigalité outrée a produit la ruine de l’état et de sa famille, et comme un imprudent jusque dans la distribution
« même de ses grâces.
ES
« Ils ont publié que le duc Léopold a dépouillé la couronne
-de tous ses domaines ;
« Qu'il s’est abimé de dettes ;
« Qu'il a rempli ses tribunaux supérieurs de sujets peu
méritans, « Et qu’il a répandu lhosnéur de la nobles sans discernement.
« C’est sur ces prestiges qu’ils ont insinué à Son Altesse « Royale Madame-Régente que, pour remédier aux grands « désordres du règne précédent, il falloit employer des remèdes « extrêmes. »
Entrant ensuite dans la réfutation de ces quatre chefs d’accusation, Le Febvre faisait observer que l’on ne pouvait avec raison critiquer la conduite de Léopold relativement à l’aliénation des domaines, parcequ'il avait fait des acquisitions plus avantageuses à l’État que la jouissance des biens aliénés, et parce qu’il était facile, sans ébranler la fortune des aliénataires, de tirer de ces domaines autant d’impositions qu’ils auraient produit de revenus. Il ajoutait, à l’appui de ces deux considérations, que le duc n'avait pu se dispenser d'acquérir, malgré l'élévation du prix : {° les terres d'Ancerville et de Ligny, parce qu’elles appartenaient la première au duc d'Orléans, et la seconde au duc de Luxembourg, dont les officiers ne cessaient d'encourager les rebellions de certains habitants du Barroismouvant, et 2° la moitié de la principauté de Commerey, qui allait tomber entre les mains d’un seigneur français dont le voisinage serait devenu incommode ; que la révocation des aliénations, faite à l’improviste et de la manière la plus rigoureuse, . causerait immanquablement la ruine d’une foule de gentilshommes, qui, se regardant comme proprietaires incommutables, avaient fait de grandes dépenses dans les domaines à eux cédés; que ces domaines étaient autrefois d’un très-faible produit, parce qu'ils étaient négligés ; et qu'en se bornant à demander aux aliénataires une petite partie du revenu qu'ils en tiraient actuellement, on ferait entrer dans le trésor plus d'argent qu'il n'en recevait antérieurement aux donations. Quant à la dette de cinq ou six millions contractée par Léopold, Le Febvre prétendait qu’elle avait pour origine moins un défaut d'ordre et d'économie, que la nécessité où le duc s'était trouvé 1° d'envoyer ou d'entretenir des ministres dans plusieurs Cours
pour faire reconnaître la neutralité de la Lorraine, obtenir les indemnités auxquelles il avait droit d'après le traité de Riswick ou par suite de la perte du Montferrat, et terminer les difficultés soulevées par la publication du code Léopold ; 2° de payer des pensions aux ministres des principales puissances, dont la protection lui était nécessaire ; 3° de contribuer aux frais de la guerre contre les Turcs; 4° de procurer à ses frères des établissements convenables; 5° de faire face aux dépenses occasionnées par le long séjour de François-Étienne lui-même à la Cour de l'Empereur ; 6° de reconstruire les résidences ducales, qui tombaient en ruine au commencement du XVIII siècle; 7° d'établir un haras et de rebâtir on d'augmenter les usines domaniales, notamment les salines; 8° d’acquitter les dettes laissées par Charles III, Henri II et Charles IV ; 9° enfin, de faire subir aux monnaies des modifications qui n'avaient pas été avantageuses, mais que les variations continuelles des espèces françaises rendaient indispensables. Le Febvre répondait ensuite aux reproches dirigés contre les tribunaux supérieurs, rappelait la menace que la régente avait faite de ne reconnaître la validité d'aucune des provisions accordées par le feu duc, représentait que la suppression des expectatives devait causer un notable préjudice à la Cour souveraine et aux Chambres des comptes, en les privant de jeunes magistrats « que leur mérite personnel, la récompense « des services de leurs pères et d’autres justes considérations y « avoilent introduits » ; et, après avoir conseillé au duc de restituer à ces magistrats les titres dont on venait de les dépouiller, il examinait le quatrième chef d'accusation relatif aux anoblissements prodigués par Léopold. Il reconnaissait sans peine que plusieurs de ces anoblissements avaient été arrachés au prince par les importunités des courtisans, mais il soutenait que beaucoup d’autres étaient la récompense « du vrai mérite et des « bons services », et que l’on avait commis une injustice criante en répartissant une portion du droit de joyeux avènement
sur les anoblis sans distinction; attendu, disait-il, que, « dans « tous les états du monde, les grâces méritées par d’importans « services rendus au souverain ne se Ie ni ne se taxent « point » (1). | |
François IIT parut d’abord choqué de la hédisse de Le Febvre; toutefois, comme il était personnellement étranger aux mesures critiquées, et qu’il avait un grand fonds de bonté et de droiture, il relut le mémoire et résolut-de faire droit àquelquesunes des réclamations du président.
L'entrevue dont nous parlons avait eu lieu dans les premiers jours de décembre 1729, et le duc n’était revenu en Lorraine que le 29 novembre. Il demeura un peu plus d’un mois à Lunéville, et fit. son entrée solennelle à Nancy le 3 janvier 1730. Les habitants de la capitale l’accueillirent avee transport et le virent, avec beaucoup de satisfaction imiter l'exemple de ses ancêtres, en suivant, deux jours après, la procession qui perpétuait le souvenir de la victoire remportée par les Lorrains sur le duc de Bourgogne (2). Mais il ne comptait rester que peu de temps au milieu de ses sujets; dès le 22 janvier il publia une déclaration par laquelle il confiait la régence à la duchesse douairière (3), et il se disposa à se rendre près de Louis XV, afin de faire hommage pour le Barrois-mouvant, Les sept semaines qu'il passa dans ses États ne furent pas, du reste, perdues pour la Lorraine, et il prit quelques mesures pour remédier aux abus que Le Febvre et d’autres lui avaient signalés. Le 9 décembre, il avait réorganisé le Conseil d’État, qui fut désormais composé de vingt-huit personnes. Le 10, il avait supprimé la charge de contrôleur-général et créé un Conseil des Does formé de six
(1) Le mémoire de Le Febvre a été publié en entier par M: Noël, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de Lorraine, n° 4, p. 180-153.
(2) V. Durival, ibid., p. 197 et 188.
(8) V. Rec. des ord., t. V, p. 48.
membres (1). Il accorda des pensions plus ou moins considérables à d'anciens serviteurs de son père, dont la régente avait supprimé les offices, ou qu'elle a /ait remplacés par des hommes nouveaux, et il lui recommanda de donner la préférence pour les charges qui vaqueraient dans la Cour souveraine et les Chambres des comptes aux jeunes conseillers qu'elle avait récemment éliminés.
Les Lorrains avaient eu d’abord l'espérance de voir Francois revenir assez tôt pour assister aux funérailles de son père, et on avait retardé ces dernières, afin de laisser au duc le temps d'arriver. Mais quand on apprit que différentes circonstances le retenaient à Vienne, on décida que la cérémonie aurait lieu le 7 et le 8 juin 1729. Dès le 29 mars, les entrailles de Léopold avaient été déposées dans l'église des carmes à Lunéville, et le corps, transporté à Nancy le lendemain, avait été placé dans l’église du noviciat des Jésuites (2). Le 7 juin, le prince Charles, représentant le duc François, se rendit dans cette église, avec les princes d’Elbeuf, de Guise, de Lambesc et de Lixheim. Il y trouva tous les grands-officiers, la Maison ducale, la Maison militaire, la Cour souveraine, les Chambres des comptes, l'Université, le bailliage, le Conseil de ville de Nancy, les députés des quarante-sept villes de Lorraine, ceux des vingt-quatre villes du Barrois, et une multitude de gentilshommes. M. Bégon, évèque de Toul, officiait, assisté de vingt-sept abbés et des chanoines des deux collégiales. Le cortège, qui rappelait presque par sa somptuosité ceux des ducs Charles III et Henri, se dirigea processionnellement vers l’église des Cordeliers, où le cercueil renfermant les restes de Lépold fut mis sur un catafalque magnifique. Le service fut célébré, le 8, avec beaucoup de solennité, et.le P. Ségaud, jésuite, prédicateur distingué, prononÇa l’oraison funèbre du prince défunt.
(1) V. ibid., p. 30 et 32. | (2) Le cœur de Léopold fut donné aux Jésuites de Nancy.
= Fi.
Fu é [ + ù
Après la cérémonie, le corps fut descendu dans le caveau de la chapelle ducale. Quoique la mort de Léopold remontât déjà à quelques mois, les assistants ne pouvaient retenir leurs larmes, et l’on a même affirmé que le pavé de l’église en était littéralement mouillé ; figure de rhétorique semblable à celle qui fait couler des ruisseaux de sang sur les champs de bataille. Les chapitres de Saint-Georges et de la Primatiale, la Cour souveraine, le Conseil de ville de Nancy, la corporation des marchands, l’Université, toutes les paroisses de la Lorraine et du Barrois, et même plusieurs villes de France firent célébrer des services pour le repos de l’âme de Léopold. Une foule de prédicateurs lui consacrèrent des oraisons funèbres, parmi lesquelles on remarqua celles dont le Père Albert, Carme, et les Péres Denis et Aubert, de la compagnie de Jésus, étaient les auteurs. Dom Calmet, un autre Bénédictin et un Jésuite avaient composé les inscriptions, qui atteignaient presque le nombre de deux cents, et les décorations des. catafalques et des églises avaient été peintes par Claude Charles et par Jacquard (1).
Francois IIL, n'ayant pu présider aux funérailles de son père, voulut au moins faire placer sur un des monuments qui garnissaient le pourtour de la chapelle une épitaphe rappelant, d’une manière un peu emphatique, les principaux traits de la vie de Léopold (2). Il ordonna aussi de transporter dans le caveau de cette chapelle les corps des princes lorrains qui reposaient dans collégiale Saint-Georges ; car il lui semblait que cette église,
(1) V. Relation de la pompe funèbre faite à Nancy, le Te jour de Juin 1729, aux obsèques de Très-Haut, Très-Puissant et Tres- Excellent Prince Léopold I. du nom, Duc de Lorraine et de Bar, Roy de Jérusalem ; Nancy, Cusson, in 4; Durival, ibid., p. 136 et 137, Mém. pour servir à l'hist. de Lorr., par M. Noël, no 5, t. I, p. 191-200. ne
(2) Cette épitaphe est imprimée dans Lionnois, ibid., t. I, p.
mutilée sous le règne du feu duc, n’était plus un séjour digne de ses ancêtres (1).
Après s'être acquitté de cette dette envers la mémoire de son père, le duc partit pour Paris, où il avait été précédé par le marquis de Stainville, chargé de régler, avec les ministres de Louis XV, ce qui concernait la cérémonie de l’hommage. Elle eut lieu le 1°° février, et le duc, qui gardait l’incognito et avait pris le nom de comte de Blämont, resta à Paris jusqu’au 15 du même mois. Il logeait au Palais Royal, chez le duc d'Orléans, son cousin-germain, et, comme on savait que le mariage de François avec Marie-Thérèse était définitivement arrangé et devait ouvrir au prince lorrain l'accès du trône impérial, on eut pour lui mille égards, tandis que ses prédécesseurs avaient eu souvent à se plaindre des procédés des rois et de leurs ministres. Louis XV accueillit le duc avec affabilité, l'engagea à l'accompagner à de grandes chasses organisées tout exprès, lui fit visiter les maisons royales, ainsi que les curiosités de Paris, et lui donna une superbe tenture des Gobelins, composée de sept pièces, enrichic d’or, exécutée d’après Raphaël et représentant des sujets mythologiques (2).
De retour en Lorraine, François, qui songeait déjà à reprendre le chemin de Vienne, s’occupa toutefois avec beaucoup d’attention du gouvernement de ses Etats, dans le but, probablement, d’étouffer les murmures que soulevaient les mesures malencontreuses décrétées par la régente. Un des premiers actes de l'administration du jeune prince fut le renouvellement du bail des fermes. On l’adjugea, le 2 mars 1730, au sieur Pierre Gillet qui s’engagea à verser annuellement dans les caisses ducales une somme de deux millions six cent mille livres, pendant neuf
(1) V. Calmet, Notice, t. II, col. 80.
(2) Le “os ibid., p. 188 et 139; Moniteur universel du 27 mars :
années commençant à courir le 1° janvier 1731 (1). Le 1° avril, le duc signa une ordonnance qui enjoignait aux communautés d'entretenir, chacune sur son territoire, les chemins servant à les mettre en rapport les unes avec les autres (2). Le 2 septembre, il publia une déclaration sur la police générale (3). En même temps, il s’occupait d’embellir les résidences ducales, particulièrement le château et le parc d’Einville, et il créa une faisanderie, qu’il remplit de faisans amenés d'Allemagne (4). Le 15 novembre, il réorganisa l’Académie de Lunéville, qui continuait à être fréquentée par un grand nombre de jeunes seigneurs anglais et allemands. Le baron de Schack en fut nommé directeur; Jamerai-Duval y enseigna comme on l'a dit, l’histoire, la géographie et les antiquités, et on confia à Vayringe la chaire de physique expérimentale (5). Peu de mois après, le due approuva les statuts et se déclara le protecteur d’une académie de musique récemment fondée par les habitants de Nancy (6).
Le 22 avril 1731, il déféra de nouveau la régence à sa mère (7). Il était parti quelques jours auparavant, gardant toujours l'incognito et le titre de comte de Blâmont. Il parcourut lentement les Pays-Bas autrichiens et la Hollande, s’embarqua pour l'Angleterre, regagna le continent, visita le Hanovre et la Prusse, et ne quitta Berlin que le 15 mars 1732, pour retourner à Vienne. Dés le 28 du mème mois, il reçut les Patentes de vice- . roi de Hongrie et prit solennellement possession de cette charge à Presbourg, le 6 juin suivant (8). Les Lorrains, en voyant leur
(1) V. Rec. des ord., it. V, p. 44.
(2) V. Durival, ibid., p. 139.
(5) V. Rec. des ord., ibid., p. 99.
(4) V. Durival, ibid.
(5) V. Calmet, Bibl. lorr., col. 994.
(6) V. Rec. des ord., ibid., p. 130.
(D V. ibid., p. 141.
(8) V. Durival, ibid., p. 140,
souverain les abandonner aussi vite, s'étaient bien doutés qu'il ne reviendrait plus ; ils en éprouvèrent un profond chagrin, et leurs regrets les rendirent encore plus mécontents du gouvernement de la régente. On n’entendait que l’éloge du jeune prince et le Père Leslie fut seulement le fidele écho de l'opinion lorsqu’il traça, dix années plus tard, ce portrait da duc François, portrait qui est plus recommandable pour l'éclat des couleurs que pour la ressemblance : « A Lunéville, il s'appliqua à « remettre l'ordre dans les finances, à retirer ses domaines « aliénés, et à faire pour la suite, des règlements également « sages et utiles. À la tête de tous ses conseils, entrant dans « tout, et plus appliqué dans le feu de l’âge que ses ministres « les plus accoütumés au travail ; il ne se forma dès lors aucun « projet, comme il ne s’accorda aucune grâce, dont il ne fut le « principal, ou plutôt l'unique auteur. Aussi impénétrable lui- « même aux yeux les plus percans, qu'habile à pénétrer dans « les secrets les plus cachés des cœurs, et à les leur arracñer « sans qu'ils s’en apercussent, il trouva dans un génie né pour « les grandes affaires toutes les ressources d’une grande expé- « rience. Jaloux des bienfaits qu'il aimoit à répandre lorsqu'on « s’y attendoit le moins, on le vit aussi sourd aux sollicitations « et à l'importunité qu'attentif à prévenir le mérite et les ser- « vices. Ce fut par ces grands talents pour le gouvernement « qu’il ajouta dès lors un nouveau lustre aux qualités de l'esprit « et du cœur qui lui étoient naturelles. » Leslie ajoute et avec raison : « D’une sobriété presque sans exemple sur le trône; se « contentant des mets, des logements, des habillements les plus « communs ; donnant l'exemple pour toutes les fatigues du « corps, quand il n’a pu dans la suite en garantir ses troupes; « aussi réglé dans ses mœurs que pénétré des sentiments de la « Religion ; sentant devant Dieu son néant jusqu'à ne vouloir, « dans ses États, aucune place marquée dans les églises ; s’y « confondant avec ses sujets, dont on ne le distinguoit que par
« son recueillement et sa piété ; tel parut sur le trône de ses « pères, au commencement même de sa car rièr e, le successeur de Léopold (1).
Les regrets que le départ de François avait inspirés aux Lorrains ouvrirent les yeux à la régente. Éclairée par l'expérience, elle résolut de renoncer à ses projets de réforme, et, tout en essayant de rétablir les finances, elle ne songea plus qu’à mener à bonne fin les entreprises ébauchées par son mari. Par ses ordres on acheva les chaussées qui n'étaient pas encore portées à leur perfection, et on construisit plusieurs ponts sur les principales rivières, notamment sur la Meuse (2). Elle encouragea le commerce et l’industrie, fit subir aux monnaies lorraines une modification qui fut la dernière, et dont les résultats obtinrent l'approbation générale, imposa une subvention de dix mille livres sur les Juifs autorisés à fixer leur domicile en Lorraine, et défendit aux baïllis de laisser d’autres familles de la même nation pénétrer sur le territoire de notre pays, sous quelque prétexte que ce fût (3). | | |
En même temps, elle ne négligeait rien pour augmenter la splendeur de sa propre maison; elle faisait donner l'éducation la plus brillante au prince Charles-Alexandre, et parvenait à
engager les dames de Remiremont à choisir pour coadjutrice de
l’abbesse la princesse Élisabeth-Thérèse (4).
Les efforts de la régente pour accroître la prospérité de notre patrie furent malheureusement contrariés par les événements politiques. Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, mourut le 1° février 1733, et Louis XV exhorta son beau-père,
() Abrégé de Phist. généal. de La Maison de Lorraine, p. 174 et 175. |
(2) V. Calmet, Motice, t. If, col. 862.
(3) V. Recueil des ordonnances, ibid., p. 234 et 311; Durival, ibid., p. 141.
(4) V. Durival, ibid., p. 148.
Stanislas Leszczynski, à demander de nouveau une couronne qu'il avait déjà portée. Stanislas, dégoûté de l’ambition et des grandeurs, éprouvait la plus vive répugnance à se mettre derechef sur les rangs. Il céda néanmoins et fut proclamé roi à Varsovie, le 12 septembre; mais le fils d’Auguste avait réclamé l'appui de la Russie, et une armée moscovite, commandée par le comte de Munich, envahit sur-le-champ la Pologne, dissipa les partisans de Stanislas, obligea celui-ci à chercher un refuge à Dantzick et fit élire Auguste III roi de Pologne, le 5 octobre suivant. Ce prince, qui avait épousé l’ainée des filles de l'Empereur Joseph [° et pouvait élever, au nom de sa femme, des prétentions sur la monarchie autrichienne, promit à Charles VI de garantir la pragmatique aux termes de laquelle l’archiduchesse Marie-Thérèse était appelée à succéder à son père, et Charles favorisa, par reconnaissance, les prétentions de l'électeur de Saxe
et fit même occuper par des troupes allemandes les parties de la
Pologne les plus voisines de l'Empire.
Louis XV voyait avec dépit la déplorable issue d’une entreprise dont il était le principal auteur, et il cherchait les moyens de se venger des deux puissances qui venaient de renverser la fortune de son beau-père. Comme on ne pouvait songer à aller attaquer la Russie sur son propre territoire, on se contenta d'envoyer à Stamislas un secours insuffisant, qui ne réussit pas même à pénétrer jusqu’à lui, et on déclara la guerre à Charles VI. Une des premières opérations devait être l'invasion de la Lorraine. La régente rappela que la neutralité perpétuelle du duché avait été reconnue par tous les souverains ; on lui répondit que l'on n’avait pas l'intention de garder ce pays, mais qu’il appar-
tenait au futur gendre de l'Empereur, et que l’on était en droit
de s’en assurer provisoirement. L’argument parut péremptoire, Comme la Lorraine n’avait plus d’armée, la régente se trouva dans l'impossibilité de faire un simulacre de résistance, et, lorsque M. de Verneuil, l’un des secrétaires du cabinet du roi,