‹ Histoire de Lorraine. Seconde édition. Tome sixièmeChapitre 2 sur 41 · PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE LÉOPOLD · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE LÉOPOLD

Les événements de la guerre amenée par l’ambition de Louis XIV, et par les usurpations qu’il avait commises sur les États voisins de la France, n'avaient pas répondu à l’attente du Grand Roi, et, après une lutte qui n’avait pas duré moins de huit années, différentes conventions, connues sous le. nom de traité de Riswick, rendirent enfin la paix à l’Europe. Le traité entre l’Empire et la France fut conclu le 30 octobre 1697 et ratifié le 13 décembre suivant. La restitution de la Lorraine et : du Barrois y était stipulée; mais Louis XIV avait trouvé moyen d'y insérer diverses clauses qui devaient restreindre notablement les droits inhérents à la souveraineté. C’est ainsi que

l’article vingt-neuf, après avoir permis au duc de conserver les remparts de la vieille ville de Nancy, disposait que les fortifications de la ville neuve et les dehors de la place seraient completement rasés, et concédait seulement la faculté de leur subtituer une muraille droite. L'article trente prononcait la remise des forteresses de Bitche et de Hombourg, mais accordait à Louis XIV le pouvoir d'en démolir les défenses. Le roi se réservait Sarre- Louis ct sa banlieue ; la ville et la prévôté de Longwy, à charge de donner au duc un équivalent pris dans le temporel des évêchés ; et de plus le droit de faire traverser la Lorraine aux troupes qui se dirigeaient vers les villes des évêchés ou vers l'Alsace. Toutefois, il renonçait à la propriété des routes que ses troupes devaient parcourir, et il déclarait que les arrêts de la réunion rendus par la Chambre royale de Metz et le Parlement de Besançon seraient considérés comme nuls et non avenus. D’autres articles prescrivaient la restitution du Trésor des chartes et des papiers des chanbres des comptes, maintenaient

entre la Lorraine et les évèchés la liberté du commerce, particulièrement à l'égard du sel et des bois, et assuraient à plusieurs ecclésiastiques la possession des bénéfices qu'ils avaient obtenus du monarque.

Ces conditions peu équitables paraissaient encore trop douces aux ministres de Louis XIV. Obligés d’abandonner un pays qu’ils, avaient espéré garder, ils voulurent au moins en tirer préalablement toute la subtance. A cet effet, vingt-cinq bataillons et quarante escadrons y furent envoyés et y vécurent à discrétion, ou à peu près, pendant des mois entiers. Comme la fenaison était terminée, on fit des réquisitions de fourrages, et les agents français, au lieu de tâcher d’en rendre la charge aussi peu onéreuse que possible, enjoignirent aux Barrisiens de conduire leurs foins dans les Vosges et aux Vosgiens de transporter les leurs dans le Barrois. On était alors occupé de semailles, et cette réquisition causa le plus grand préjudice aux laboureurs,

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Des subalternés en profitèrent pour annoncer mystérieusement que lon pouvait éviter les déplacements moyennant une contribution pécuniaire ; on les crut et on paya, maison n’obtint aucune remise. Les Lorrains se décidèrent à dépècher des députés à Versailles. On refusa de les entendre et on les renvoya à l’intendant, qui les fit emprisonner et plaça des garnimisaires dans les villages où s'étaient manifestées quelques vélléités de résistance. Les soldats s'y comportèrent comme en pays conquis, chassant même les paysans de leurs maisons ; et, l'hiver exerçant déjà ses rigueurs, on vit des malhereux contraints de mettre leurs enfants dans les fumiers, pour les empéclier d’être gelés (1). | La bourrasque fut cependant de trop courte durée pour causer à la Lorraine un préjudice irréparable ; et ce qui prouve, comme nous l’avons déjà fait observer, que la situation du pays était notablement meïlleure, c’est qu'il fut en état de payer, à titre de joyeux avénement ef autres impositions ordinaires, une somme égale à la subvention annuellement exigée par la France ; et que la ville de Nancy déploya, lors de l'entrée solennelle de Léopold, une magnificence étonnante. Il est incontestable néanmoins que la population était toujours très-faible. On ne comptait dans trente et un lieux méritant encore le nom de ville ou de bourg que huit mille cinq cent quarante-huit feux ou con- ‘ duits, c’est-à-dire à peine cinquante mille âmes ; Nancy en avait sept mille cinq cent quatre-vingts (2), Lunéville neuf cent soixante - et quinze, Vézelise cinq cent quatre-vingts, et Blâmont seule- *ment trois cent vingt-cinq. Les subventions ou contributions

(Q) V. les Mémoires de Jamerai-Duval, ms. de la bibl. de l'Arsenal. | |

(2) II y avaït dix-sept cent quarante-cinq chefs de famille et uatre cent soixante et dix veuves ou filles; ce qui prouve combien était peu élevée la moyenne des familles. V,. l'annuaire de la Meurthe pour 1852, 1re partie, p. 71.

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