‹ Histoire de Lorraine. Seconde édition. Tome sixièmeChapitre 3 sur 41 · CR ES D · texte numérisé non relu

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produisaient environ six cent quatre-vingt mille livres, et les domaines à peine un million.

Un autre résultat de la longue oppression qui avait si longtemps accablé nos pères était l'ignorance répandue dans presque toutes les classes de la population. « Les Lorrains sont très- « grossiers, disait le comte de Boulainvilliers dans son État de « la France, et cet esprit, qui se fait connoitre par un langage « très-désagréable, est répandu sur la noblesse comme parmi ie « simple peuple. Au reste, ils sont, en général, extrêmement « attachés aux anciens usages ; ils ne se peuvent pas résoudre « à les changer, s'ils n’y sont contraints par la force ; mais la contrainte est chez eux sujette à de grands inconvéniens ; car « ce peuple, naturellement pesant et patient, s’anime d’une « férocité toute singulière, quand il est une fois irrité. »

Le nouveau duc de Lorraine était entièrement inconnu de la nation qu'il allait gouverner. On a dit qu'il était né, à Insprück, le 11 septembre 1679. L’archiduchesse, qui n'avait pas eu d’enfants de son premier mariage et craignait d'être stérile, éprouva une telle joie quand elle eut la certitude d’être enceinte, qu’elle fit immédiatement élever une chapelle en l’honneur de saint-Joseph. Le jeune prince vint au monde avant le terme fixé par la nature ; il était d’une complexion débile ; mais, grâce au régime fortifiant auquel il fut soumis de bonne heure, il finit par devenir robuste. Il avait reçu au baptème les noms de Léopold-Joseph-Hyacinthe-Agapit-Dominique, et il n’eut d’abord d’autre maître que sa mère, princesse très-instruite, qui lui enseigna, outre le Français et l'Allemand, les principes des langues latine et italienne. Quand il eut atteint l’âge de douze ans, on le conduisit à Vienne, où il eut pour compagnons d’études les archiducs Joseph et Charles, fils de l'Empereur ; pour gouverneur François Taafe, comte de Carlinford, seigneur irlandais qui s’était attaché an service impérial et avait obtenu les titres de conseiller d’État et de général-major ; pour sous-gou-

verneur l’abbé François le Bègue, doyen du chapitre de Saint- Dié, et pour instituteur et directeur le P. Ehrenfreid Creitzen, gentilhomme saxon qui avait abjuré la luthéranisme à Rome et était entré dans la compagnie de Jésus. Ces trois hommes, distingués dans des genres divers, travaillèrent à l’envi à faire de leur élève un prince digne de régner; mais Dieu les avait prévenus,

et ils n’eurent d’autre tâche que celle de cultiver les riches

facultés départies à Léopold. « Un esprit vif et judicienx, péné- « trant et docile, une humeur douce et affable, un cœur bon, « tendre et généreux, sensible aux sentiments dela piété autant « qu’à ceux de l'honneur; pour le corps, beaucoup d'adresse, « d’agilité et de bonne grâce » ; tel est le portrait que trace du

Jeune prince un de ses meilleurs biographes, et ce portrait a

surtout le mérite de la ressemblance.

L'exemple de son père, qui venait d'acquérir une gloire si pure par ses victoires sur les Turcs, engagea Léopold à servir dans l’armée impériale. Agé de seize ans et quelques mois, il demanda et obtint l'autorisation de faire la campagne de 1696. L'armée était commandée par l'électeur de Saxe, qui n'avait prêté ses troupes à l'Empereur qu’à cette condition, et l’incapacité du général faisait présager des revers. On entreprit le siége de l’importante place de Temesvar, et le sultan Mustapha II présenta en personne la bataille aux Impériaux, afin de prévenir ‘la chute d’un des derniers boulevards de son Empire. L’électeur accepta le combat et fut vaincu. Malgré la recommandation que l'Empereur avait faite à ses généraux d’empêcher Léopold de s’exposer en pareille occasion, le jeune prince se jeta résolument dans le plus épais de la mêlée, eut son cheval tué sous lui et vit périr, à ses côtés, un des gentilshommes de sa Maison. À peine se fut-il procuré un nouveau cheval, qu’il voulut retourner à la charge, dans l’espérance d'arracher aux Tures une victoire

qu'ils regardaient comme assurée. Le comte de Carlinford, qui

n'avait pas quitté son élève, essaya de le retenir et lui dit: « Un

prince doit être brave, mais un souverain ne doit pas oublier que sa vie appartient à ses sujets ». « Si la mort m’enlève à mes sujets, répondit Léopold, ils trouveront un souverain dans chacun de mes frères. Que peut il m’arriver de plus glorieux en cemoment que de mourir les armes à la main, pour la défense de la bonne cause ? (1) »

L'année suivante, il fit la campagne dans l’armée du Rhin, conduite par le prince Louis de Bade. Comme les négociations pour la paix était fort actives, on ne tenta aucune entreprise militaire un peu considérable, et il n’y eut guère que des marches et des contre-marches. Le prince Louis, un des meilleurs élèves de Charles V, désirait former à son tour le jeune prince dans l’art des combats et avait exprimé le vœu de l'avoir dans son armée. Il voulut lui fournir l’occasion de se faire remarquer et le chargea d’assiéger le château d’Eberbach, situé à peu de distance d'Heildelberg. Léopold s’en empara; mais ce fut la dernière fois qu’il prit part aux jeux sanglants de la guerre, et la conclusion de la paix de Riswick, qui lui ouvrait les portes de la Lorraine, lui fit sentir la nécessité de renoncer à une carrière dans laquelle il aurait pu marcher avec honneur sur les traces de son père (2). Éclairé par les fautes et les malheurs de Charles IV, il comprit que, dans la situation que les traités venaient de créer à l'Europe, la Lorraine devait observer la plus parfaite neutralité, qu'elle ne pouvait s’unir étroitement à la France, sans être immédiatement absorbée, ni rester l’alliée de l'Empire sans attirer de nouveau des calamités de toute nature; et l’archidu-

(1) La plupart des biographes de Léopold rapportent cette réponse un peu différemment. La version que nous avons adoptée est tirée d’une lettre de l'abbé le Bègue, publiée par M. Noël, a Mémoires pour servir à l’histoire de Lorraine, n° 5, t. I, p. 5et 6.

(2) V. le même ouvrage, ibid., p. 1-7; Durival, Description de la Lorraine et du Barrois, t. 1, p. 87-89. |

ut

chesse Éléonore, femme d’un grand sens, résolut de sacrifier au bien de ses enfants une prédilection tres-naturelle, du reste, pour la Maison à laquelle elle appartenait. Au lieu de marier son fils aîné à une princesse allemande, elle lui chercha une épouse dans la famille royale de France, afin d’attacher Louis XIV luimême aux intérêts de Léopold, et elle demanda pour lui le main d’Élisabeth-Charlotte d'Orléans, fille de Philippe de France duc d'Orléans, frère unique du roi, et de Charlotte-Élisabeth de Bavière, sa seconde femme. La proposition fut agréée avec empressement, mais Éléonore n’eut pas le plaisir de voir célébrer un mariage qui devait assurer le bonheur de son fils. Elle tomba malade avant que les derniers arrangements fussent pris, et mourut, à Vienne, le 17 décembre 1697, à l’âge de cinquantecinq ans. On a dit qu’elle comptait, après avoir mené son fils à Nancy, se retirer, à l'exemple de Philippe de Gueldres, dans le couvent des Clarisses de Pont-à-Mousson et y consacrer le reste de sa vie à la pratique de la pénitence (1); chose qui ne parait guère vraisemblable. Quoiqu'il en soit, Léopold éprouva le plus vif chagrin à la mort de sa mère et témoigna le désir de faire transporter en Lorraine le corps de cette princesse et celui de Charles V, L'Empereur accueillit la demande en ce qui concernait le duc, et déclara que le cercueil d’Éléonore resterait dans le caveau de la famille impériale. Léopold voulut au moins que l’on rendit à sa mére les honneurs qui l’attendaient comme duchesse de Lorraine, et il ordonna de prier pour elle dans toutes les églises des deux duchés ; mais le gouverneur français l’interdit de la manière la plus formelle, et l’évêque de Toul, M. Thiard de Bissy, n’osa permettre aux ecclésiastiques de célébrer des services solennels jusqu’à ce que l’on eût obtenu l'autorisation du roi. Elle arriva enfin le 17 janvier, et les Lorrains, moitié par attachement pour la Maison ducale, moitié dans le but de

(1) V. l'ouvrage de M. Noël, ibid., p. 10.

narguer les Français qui n'étaient pas encore partis, affectèrent de donner à ces cérémonies le plus grand éclat possible, Mathieu Fontana, curé de Vignot, et Claude Sommier, curé de Champ, prononcèrent l'éloge funèbre de la princesse (1), et l’on a remarqué avec raison, que le discours de Sommier fut l'origine de la brillante fortune à laquelle l’auteur parvint bientôt après.

La crainte de trouver la Lorraine encore remplie de troupes françaises et diverses circonstances ne permirent pas à Léopold de se mettre immédiatement en route pour ses États; mais, comme il comprenait l’urgence de ne pas laisser durer plus longtemps le régime sous lequel vivaient encore les Lorrains, il confia le soin d’administrer provisoirement les duchés à une commission de trois membres: le comte de Carlinford, qu'il créa chef de ses Conseils ; l'abbé Le Bègue, doyen du chapitre de Saint-Dié, et le sieur Canon, premier-président de l’ex-Cour souveraine. Les trois commissaires arrivèrent dans les premiers jours de janvier, et attendirent le départ des Français pour saisir les rênes du gouvernement. L’évacuation de la Lorraine et du Barrois, qui devait être terminée pour le 31 décembre, ne commença que le 3 janvier et ne fut complète que pour la fin du mois. Les quarante escadrons et les vingt-cinq bataillons dont nous avons parlé s'éloignèrent les uns après les autres, à l’exception des deux régiments de Guyenne et de Languedoc, qui demeurèrent à Nancy pour démolir les fortifications de la ville neuve. Les commissaires vinrent loger à Lunéville le 24 janvier; ils se rendirent ensuite à Saint-Nicolas, puis à Nancy, et le

(1) V. Eloge funèbre de très-haute, très-puissante et très-excellente Princesse Marie Eléonor d'Autriche, Reine de Pologne et duchesse de Lorraine ; Par Maître Iean Clavde Sommier, Prêtre, Docteur en Théologie, Curé de Champ et de ses annexes; Toul, Alexis Laurent, 1698, in-4o.

Le discours de Mathieu Fontana a été imprimé la même année et chez le même typographe.

gouverneur français les mit en possession de la capitale le 6 février. Quatre jours après, le comte de Carlinford, qui avait besoin d’argent, prescrivit de payer, à titre de joyeux avènement, une imposition égale à la capitation exigée annuellement par le roi de France, et les Lorrains l’acquittèrent avec empressement, malgré la gène que venait de leur causer le séjour et les exactions de vingt-deux mille soldats. Une ordonnance, publiée le 12, ressuscita la Cour souveraine et enjoignit aux anciens membres de cette compagnie, et aux conseillers nommés par Charles V, de se réunir à Nancy et d'entrer sur-le-champ en fonctions: Ils n'étaient plus que six: le président Canon, l'abbé de Riguet, conseiller-prélat, MM. Serre et Bousmard, conseillers, ét MM. Rennel et Georges, dont les promotions émanaient de Charles V, et qui n'avaient jamais siégé; néanmoins le jour qui suivit la promulgation de l’ordonnance, la Cour s’assembla pour l'enregistrer, et elle tint depuis des audiences régulières. Le bailliage de Nancy, fut rétablit le 13, ceux de Vosge et d’Allemagne le 15 ; les commissaires fixérent à Mirecourt la résidence du premier, et à Boulay celle du second; le 16, ils créèrent un bailliage à Pont-à-Mousson (1). M. de Viange, nommé grand-veneur le 26 février, fut chargé de recevoir le serment des gardes, et on afficha un règlement sur les chasses, afin de réprimer les désordres qui s’étaient introduits pendant l'occupation française (2).

On ne tarda pas à savoir que Léopold était parti de Vienne pour prendre possession de l'héritage de ses ancêtres. Il s'était mis en route le 14 avril; mais, comme il avait un cortége fort nombreux, ce qui l’obligeait à voyager à petites journées, il n’arriva à Strasbourg que le 12 mai. Il y trouva quantité de gentilshommes lorrains, qui étaient venus pour le recevoir,

DA Recueil des Ordonnances, t. I, p. 1, 8, 6-8 et 10, t. li, p. 363. | (@) V. ibid., t. I, p. 14, t. III, p. 64.

l'assurer de leur fidélité et obtenir certaines promesses qu'il n’était nullement disposé à faire. Le marquis d’Huxelles, gouverneur d'Alsace, avait ordre de l'accueillir en souverain; Léopold accepta de bonne grâce les honneurs qui lui furent rendus, mais refusa l’escorte de cavalerie française qu’on lui offrait. 11 traversa lentement la partie orientale de ses États, et vit avec attendrissement accourir au devant de lui les descendants de ces généreux Lorrains dont rien n'avait pu refroidir le patriotisme. À Blämont, il rencontra une compagnie de cent cavaliers, tous nancéiens et magnifiquement équipés; ils le conduisirent à Lunéville, où il entra le 15 dans la soirée. Une compagnie d'infanterie, vêtue comme la premiere et également composée de Nancéiens, l’attendait pour faire le service près de

sa personne. Il fut contraint de choisir pour logement l'hôtel du commandant de la ville, parce que le château ducal n’était plus en état d'être habité; cependant, quelque chétif que fût cet hôtel, Léopold déclara qu’il n’aurait pas d'autre demeure, tant que les régiments de Guyenne et de Languedoc n'auraient pas quitté Nancy. Ce fut seulement vers le 10 août qu’ils achevèrent de démanteler les fortifications de la ville neuve et de détruire les dehors de la vieille ; ils sortirent de Nancy, le 16, par une brèche, à l’extrémité de la rue de la Poissonnerie, et on travailla sur le champ aux préparatifs de l'entrée que le duc devait faire le lendemain. Elle eut lieu, en effet, mais seulement à dix heures du soir et à la clarté des flambeaux.

I] était alors tout occupé des soins que réclamait la réorganisation des diverses branches de l'administration. Ce n’était pas une petite difficulté d’y pourvoir sans mécontenter une foule de personnes. Sans parler de ces Lorrains qui avaient été chercher en France des emplois dignes de leurs talents, beaucoup avaient accepté, dans leur patrie même, des fonctions plus ou moins importantes et faisaient d’incroyables efforts pour les conserver ou pour obtenir des dédommagements. D’un autre

Enr

côté, les Lorrains qui avaient suivi Charles V dans son exil, ou préféré une pauvreté honorable aux faveurs du gouvernement français, n’entendaient pas être sacrifiés à des individus qu'ils traitaient hautement d’égoïstes et presque de traîtres. Léopold tâcha de calmer l’animosité qui régnait entre ces deux partis, et, tout en donnant la préférence aux hommes dont la conduite n’avait pas cessé d’être exemplaire, il eut des égards pour ceux que la gène avait engagés à servir la France, |

Le 31 août, il distribua les affaires entre quatre secrétaires d'État, qui furent MM. Canon, Marc-Antoine de Mahuet, Joseph le Bègue et Melchior l’Abbé. Un maître des requêtes fut attaché à chacune des quatre divisions (1). La noblesse ne vit pas sans jalousie la puissance passer entre les mains de ministres qui, pour la plupart, n’appartenaient qu’à la classe des anoblis. Les membres de la Chevalerie et les pairs fieffés demandèrent respectueusement au duc de rétablir la constitution, de convoquer les États-Généraux et de rendre au tribunal des Assises son ancienne juridiction: mais Léopold répondit à ces requêtes de manière à ôter à ceux qui les présentaient l'envie de les renouveler, D'ailleurs, à la fin du XVII° siècle, le clergé et le tiers-état ne songeaient guère au gouvernement représentatif ; l'autorité royale, élevée si haut par Richelieu et par Louis XIV, était encore dans toute sa splendeur, et le duc pouvait, sans inquiétude, régner en maître absolu, Il crut même se montrer généreux en introduisant dans la Cour souveraine deux ou trois gentilshommes, que l’on décorä du titre de conseillers-chevaliersd'honneur, et en laissant la Cour et les Chambres des comptes (2) enregistrer les édits bursaux; ce qui semblait leur reconnaître le droit de ne pas procéder à l'enregistrement, et par conséquent

(1) V. ibid. t. I, p. 62.

(2) Elles avaient été rétablies après le retour de Léopold.

d’empècher la levée des impositions. Nous devons même ajouter ici qu’il y eut parfois des remontrances. Elles ne s’écartèrent jemais des règles de la modération, et le duc les écouta ordinairement avec déférence, et s’y conforma autant que les circonstances le permettaient (1).

La résistance des compagnies souveraines ne serait devenue dangereuse que si les offices en avaient été occupés par des membres de la Chevalerie ou par des pairs fieffés; mais les nobles dédaignèrent presque tous des fonctions qui pouvaient cependant leur donner une certaine influence dans l’État, et Léopold eut bien soin de leur réserver les titres purement honorifiques. 11 nomma le comte de Carlinford grand-maître de la maison, le marquis de Choiseul-Meuse premier gentilhomme de la Chambre, le marquis de Lénoncourt grand-écuyer, le comte de Couvonge grand-chambellan, MM. de Beauvau et de Stainville capitaines des gardes du corps, MM. de Fiquelmont et de Rorté capitaines des chevau-légers, M. de Salin commandant des Suisses. Il créa un régiment d'infanterie composé de seize compagnies, que l’on appela les gardes lorraines, et les grades furent destinés aux jeunes nobles, qui se trouvèrent fort heureux d'obtenir ces postes subalternes.

En mème temps, le duc remplissait l’administration et la magistrature d'hommes nouveaux, plébéiens ou anoblis, sur la capacité et la soumission desquels il pouvait compter. Au mois d'août, 1l confia les charges de procureur-général et d’avocatgénéral près la Cour souveraine à Léonard Bourcier, qui avait abandonné les fonctions qu’il tenait de Louis XIV; et les conseils de ce magistrat distingué furent suivis, avec une louable docilité, par Léopold en tout ce qui concernait l’organisation

(1) V. Mory d'Elvange, États, Droits, Usages en > Lorraine, p. 30 et 31; Rogéville, Dict. des ordonn., t. I, p. 52.

judiciaire et la réforme de la procédure (1). Dès le 31 août, les tribunaux inférieurs furent supprimés, et le territoire de la Lorraine et du Barrois fut divisé en dix-sept arrondissements, dans chacun desquels on établit un bailliage, et en général une ou plusieurs prévôtés. Les bailliages eurent pour siéges les villes de Nancy, Mirecourt, Saint-Dié, Lunéville, Neufchâteau, Bruyères, Épinal, Châtel-sur-Moselle, Vézelise, Nomeny, Sarreguemines, Saint-Mihiel, Etain, Pont-à-Mousson, Bourmont, Gondrecourt et Bar-le-Duc; et le nombre des magistrats qui les formaient varia suivant l'importance des lieux et de leurs ressorts. Il y eut des prévôtés à Nancy, Rosières, Amance, Saint- Nicolas, Château-Salins, Gondreville, Prény, Pompey, Condé, Chaligny, Einville, Marsal, Mirecourt, Châtenoy, Arches, Dompaire, Charmes, Darney, Remoncourt, Valfroicourt, Badonviller, Blämont, Deneuvre, Azerailles, Sainte-Marie-aux-Mines, Sarreguemines, Vaudrevange, Insming, Dieuze, Boulay, Freistroff, Siersperg, Schaumbourg, Sarralbe, Saint-Avold, Bitche, Bouquenom, Saint-Mihiel, Hattonchâtel, Apremont, Sancy, Norroyle-Sec, Briey, Conflans, Foug, Bouconville, Longuyon, Arrancy, Thiaucourt,.Mandres-aux-Quatre-Tours, Bourment, la Marche, Conflans, Châtillon-sur-Saône, Gondrecourt, Bar, Souilly et Pierrefitte (2).

Toutes ces juridictions furent placées sous le contrôle de la Cour souveraine, qui étendit son autorité sur la Lorraine entière et la partie du Barrois située à l'Orient dela Meuse ; car on n’avait pas modifié les anciens traités qui obligeaient à porter devant le Parlement de Paris les appels des jugements rendus par les tribunaux du Barrois-mouvant. Malgré le dévouement que la Cour souveraine montrait continuellement pour Léopold, ce prince ne voulut pas que les arrêts de la compagnie ne

(1) V. Hist. de Bourcier, p. 102-104.

(2) L’édit du 31 août 1698 est imprimé dans le Recueil des ordonnances et dans la Notice de la Lorraine, t. II, col. j et suiv.

fussent soumis à aucun examen, et il disposa que l’on pourrait les déférer au Conseil d’État, qui statuerait comme tribunal de cassation (1). L'ordre des avocats s'était réorganisé et comptait des orateurs de mérite ; enfin, Léopold jugea à propos de créer des procureurs en titre d'office dans les baïllages et les prévôtés, par un édit du 20 janvier 1699, mais sans forcer à requérir leur assistance. Plus tard cependant, il imposa le ministère des procureurs, et, comme beaucoup d'avocats éprouvaient, disaientils, une certaine répugnance à entretenir des rapports journaliers avec des hommes malheureusemeut aussi mal famés en Lorraine qu’en France, il les autorisa, puis les contraignit à acheter des offices de procureurs, et il supprima ces derniers, par édit du 11 décembre 1718 ; en sorte qne jusqu’au règne de Stanislas les avocats postulèrent seuls devant les diverses jnridictions (2).

Le duc rétablit aussi les hôtels de ville tels qu'ils étaient avant l'invasion française et leur rendit leur ancienne autorité. Celui de Nancy, qui servit de modèle aux autres, se composait de neuf conseillers, du prévôt et d’un substitut du procureurgénéral. Le premier membre devait être pris, dans le Conseil d’État, le second dans la Cour souveraine, le troisième dans la Chambre des comptes, le quatrième dans le baillage, le cinquième dans la noblesse et les derniers dans la bonne bourgeoisie. Leurs fonctions ne duraient que trois années ; à l'expiration de chaque période triennale, quelques-uns des conseillers sortaient, et le duc en désignait d’autres à leur place. Le Conseil nommait et révoquait les receveur, greffier, commissaires de quartier et sergents de ville, et faisait observer les ordonnances de police, sur les réquisitions du substitut. Néanmoins, comme on vit bientôt qu’une corporation ne se réunissait pas assez fréquem-

(1) V. Rec. des ord., t. II, p. 108.

(2) V. ibid., p. 218 ; Rogéville, ibid., t. II, p. 368 et suiv.

ment pour réprimer toutes les contraventions, on l’autorisa à déléguer un des conseillers, qui prenait le litre de lieutenant de police et jugeait les délinquants, sauf appel devant le Conseil assemblé (1).

Léopold faisait de grands efforts pour rappeler dans ses États les Lorrains qui s'étaient expatriés, et même pour engager des étrangers à venir s’y établir. Dès le 2 avril 1698, le comte de Calinford avait assuré des priviléges aux personnes qui se marieraient et aux étrangers qui se fixeraient dans la Lorraine et le Barrois (2). Le duc aurait voulu faire disparaitre les obstacles qui s’opposaient à l'accroissement de la population, et notamment diminuer les impôts. La chose n’était pas possible, et il fut même obligé de conserver plusieurs inventions de la fiscalité française, tellés que le timbre et le contrôle; mais il supprima les prohibitions qui éloignaient les artisans dont on avait le - plus de besoin, et l'ordonnance du 2 avril 1698 permit à tous individus, quelle que fût leur profession, à l’exception des chirurgiens, apothicaires et orfèvres, d'entrer dans les duchés, d'y « lever et tenir conuans ouverte », et de travailler librement, pendant cinq années, sans être obligés de faire aucun apprentissage ni chef-d'œuvre, et en restant cependant soumis aux visites des maîtres et jurés des corps de métiers. Cette autori-sation fut prolongée pour six années par l’édit du 12 avril 1708, et indifiniment par l'ordonnance du 25 avril 4709, qui, avec une autre ordonnance du 25 jnillet 1710, établit en matière d'industrie une liberté presque absolue et peut-être même trop grande (3).

On invita les étrangers à mettre en culture les terres vacantes, dont on leur abandonna la propriété, moyennant une faible

(1) V. Lionnois, Hist, de Nancy, t. II, p. 75-78. (2) V. Rec. des Ord., t. I, p. 16; V. aussi p. 22. (3) V. ibid., p. 15, 331, 383, 676 et 707.

redevance ; et ces concessions, qui n’avaient d’abord été faites que dans le bailliage d'Allemagne, eurent lieu ensuite dans tous les cantons de la Lorraine où se trouvaient des champs incultes (1). Léopold distribua aux laboureurs quelques centaines de chevaux hongrois et tures qu'il avait amenés avec lui, chargea M. de Fiquelmont d'en acheter d’autres dans le nord de l’Allemagne, organisa la maréchaussée sur les mêmes basses qu’en France, et lui confia le soin de purger les campagnes des pillards qui ne pouvaient renoncer volontairement à un métier aussi lucratif. La maréchaussée ne se composa d’abord que d’un grand prévôt, deux lieutenants, un assesseur, deux greffiers, deux exempts, six brigadiers et cinquante-sept archers. On ne tarda pas à reconnaitre que l'effectif était loin d’être suffisant, et, en 1700, la maréchaussée fut augmentée d'un assesseur et de quarante archers (2). Le rôle de ce corps n’était pas, au reste, le même que celui de la gendarmerie actuelle, et, pendant que les archers poursuivaient et arrêtaient les criminels, le grand-prévôt, ses lieutenants, les assesseurs et les exempts constituaient des cours prévôtales qui jugeaient les récidivistes, les vagabonds et même les individus domiciliés, mais accusés de vols ou d’assassinats commis sur les grands chemins.

Désireux de voir régner dans ses États la paix la plus profonde, Léopold s'empressa de rafraîchir les édits de ses prédécesseurs contre les duellistes, en y faisant les changements recommandés par l'expérience, eten maintenant la peine de la décapitation (3). I publia aussi des règlements sévères contre les vagabonds et les mendiants valides, et on est obligé d’avouer que certains édits promulgués pendant les premières années du gouvernement de Léopold sont imprégnés d’un esprit de rigueur, qui

(1) V. ibid,, p. 89 et 681.

(2) V. ibid., p. 210 et 352.

(8) V. ibid., p. 168,

choque aujourd'hui bien des personnes habituées à une législation différente; mais il ne faut pas oublier que, troublée et ruinée par des guerres interminables et par une occupation étrangère qui avait duré, en trois fois, environ cinquante-deux ans, notre patrie avait besoin d’un pareil remède ; d’ailleurs, nos ancêtres, joyeux de vivre sous le sceptre d’un prince lorrain, approuvaient les mésüres prises par Léopold et s’occupaient, presque exclusivement, à rendre à leur pays une partie de l'éclat qu'il avait perdu. « Les Lorrains dispersés, à dit un « écrivain du siècle dernier, se rassembloient comme des « abeilles, et s’animoient au travail et à la réparation de leurs « maisons sous d’heureux auspices (1). » Ils replaçaient au dessus de leurs portes et sur la faite de leurs toits les alérions et les croix de Lorraine, que les Français les avaient contraints d'enlever, et dont la présence annonçait que l’on était redevenu libre (2). On rétablit la fête célébrée le 5 Janvier, veille des Rois, pour rappeler la défaite et la mort du duc de Bourgogne, et on affecta de lui donner d'autant plus de splendeur que l’interruption avait été plus longue (3). Le patriotisme des Lorrains dépassa même un peu les bornes, en s’attaquant aux Carmélites du second couvent qui avaient toujours été mal vues, parce que leur installation avait eu lieu sous les auspices de la France, et grâce aux libéralités du maréchal de la Ferté-Sennectère ; on parvint même à obtenir de Léopold un décret qui enjoignait à ces religieuses de quitter Nancy ou de se réunir aux Carmélites lorraines du premier couvent, et il fallut biea des négociations pour faire annuler un ordre arraché à la faiblesse du prince (4). |

(1) Durival, ibid., p. 90.

(2) On voit encore quelques-uns de ces emblèmes du patriotisme

des Lorrains.

(3) V. l'ouvr. de M. Noël, ibid., p. 24-27.

(&) V. Lionnois, ibid., p. 219-282.

Quelques-unes des ordonnances que nous venons d'analyser ne furent publiées qu'en 1699 et les années suivantes, et il est temps de reprendre notre récit au point où nous l’avons interrompu, c’est-à-dire au moment où Léopold venait d’entrer dans la capitale de ses États et achevait de régler ce qui concernait son futur mariage. Le contrat fut passé le 12 octobre 1698; les fiançailles eurent lieu le même jour, et, le lendemain, le duc épousa par procureur, dans la chapelle du château de Fontainebleau, Élisabeth-Charlotte d'Orléans, qui, étant née le 13 octobre 1678, accomplissait alors sa vingtième année. La nouvelle duchesse partit bientôt après, avec la princesse de Lillebonne, et logea, le 23, à Vitry, où Léopold s'était rendu incognito ; elle arriva le 25 à Sermaize, et vint ensuite à Bar, où les cérémonies du mariage furent réitérées, en présence des princes de la Maison de Lorraine, par l'abbé de Riguet, que le duc avait récemment

nommé grand-aumônier, Après un séjour d’une semaine dans le

vieux palais de Bar, qui ne dut pas donner à la duchesse une idée bien favorable du pays sur lequel la Providence l’appelait à régner, la Cour visita, l’une apres l’autre, les villes de Saint- Mihiel et de Pont-à-Mousson, et gagna, le 8 novembre, le chàteau de la Malgrange, où elle attendit deux jours que l’on eût terminé les préparatifs commencés à Nancy pour l'entrée solenpelle du duc et de la duchesse. Cette entrée eut lieu le 10, et les habitants de la capitale déployèrent, comme nous l’avons dit, une pompe et une magnificence que l’on n'aurait guère attendues de gens qui avaient tant perdu et tant souffert. À dix heures du

matin, trois décharges de l'artillerie placée sur les remparts de

la ville vieille donnèrent le signal de la fête, et aussitôt les clergés séculier et régulier, la Cour souveraine, la chambre des comptes, le bailliage et le Conseil de ville allèrent se ranger à

l'extrémité méridionale de la rue Saint-Dizier, vis-à-vis le novi-

ciat des Jésuites ; la garde bourgeoise, vêtue d’habits uniformes,

faisait la haie dans les rues Saint-Dizier, Saint-Georges et des

Dominicains; plusieurs compagnies de cavalerie, recrutées parmi les plus riches habitants de Nancy et des villes voisines, étaient en bataille sur l’esplanade ; le régiment des gardes lorraines occupait les deux faces de la Carrière, depuis la porte Royale jusqu’à la collégiale Saint-Georges ; et une foule immense, accourue de tous les cantons de la Lorraine et du Barrois, se pressait dans les lieux d’où l’on pouvait apercevoir le cortége, aux fenêtres et jusque sur les toits. Dans les principaux carrefours, on avait établi des fontaines de vin, ornées de festons et de pyramides, et les maisons étaient décorées de tapisseries et de guirlandes. Une quatrième décharge d'artillerie annonça l’arrivée du prince, et le. comte de Carlinford, qui remplissait les fonctions de gouverneur de Nancy, s'avança, avec le conseil de ville, et présenta au duc les clés de la capitale. Après avoir écouté une harangue, dont le texte ne nous a pas été conservé, Léopold et Charlotte s'agenouillèrent sur les degrés de l'autel que l’on avait dressé, selon l'usage, entre les deux portes Saint- Nicolas. L'abbé Le Bègue, qui était depuis peu de temps devenu grand-doyen de la Primatiale, les deux chapitres, les abbés des

Ordres de saint Benoït, de Citeaux, de Prémontré, etc., s’'appro-

chèrent, et l'abbé Le Bègue, après avoir adressé au duc une seconde harangue, laquelle a eu heureusement le sort de la précédente, présenta à Léopold et à son épouse la relique de la vraie croix et invita le premier à prêter le serment accoutumé. Le nom de l’officiant, qui était un des serviteurs les plus dévoués et les plus obséquieux de Léopold, prouverait seul que le ser-

ment fait par le duc, et dont on a récemment publié la for-

mule (1), n’était pas de nature à donner à la noblesse l’espérance d'obtenir le rétablissement des États et des Assises ; et le prince avait, en effet, refusé derechef, et même avec vivacité, d'écouter

(1) Voir le procès-verbal de l’entrée de Léopold à Nancy, dans le Journal de la Société d'Archéologie et du Comité du Muséé lorrain, cinquième année, 1856, p. 105-107.

les réclamations dont on ne cessait de l'accabler. Pendant cette cérémonie, le cortège ducal entrait lentement dans la ville. La compagnie des buttiers, qui était comme l'élite de la garde bourgeoise, ouvrait la marche; on voyait ensuite les gentilshommes de la Maison et une partie des pages; puis quantité de laquais et de heiduques conduisant les chevaux de main; les carrosses de Son Altesse, tous attelés de huit chevaux ; beaucoup de chameaux, pris autrefois par Charles V et menés per des turcs ou des valaques ; l'écurie et les équipages ducaux, précédés de dix-huit pages en livrée verte, galonnée d'argent; les deux compagnies de chevau-légers en uniforme écarlate, galonné d'or ; la première compagnie des gardes du corps en uniforme vert, galonné d'argent ; les gentilhommes, vêtus des plus riches habits et montés sur des chevaux superbes ; la seconde partie de la Maison de Léopold ; les religieux mendiants; les corps de justice; le Conseil de ville ; les clergés séculier et régulier, suivis des deux chapitres et de dix-sept abbés ; le roi d'armes, portant le costume traditionnel : cotte de velours vert et toque de velours noir, garnie de plumes blanches ; la garde suisse; les maîtres des requêtes ; les conseillers et les secrétaires d’État ; les maréchaux de Lorraine et de Barrois, et le marquis de Lénoncourt, grand-écuyer, tenant l'épée nue. Léopold s’avançait à cheval, accompagné d’un de ses frères, le prince François, du comte de Stainville, capitaine des gardes du corps, du comte de Carlinford, grand-maîitre de la Maison, et du comte de Couvonge, grandchambellan. La duchesse était trainée dans une sorte de char de triomphe par huit chevaux danois, guidés par autant de heiduques. Elle était escortée du comte des Armoises, chevalierd'honneur, et du marquis de Beauvau, capitaine des gardes du corps ; et, quoique le temps fût assez froid, un page, placé derrière le char, étendait un parasol au-dessus de la princesse. Enfin, après la seconde compagnie des gardes du corps, venait une longue file de carrosses, contenant les dames. d’honneur et

les femmes des principaux gentilshommes, et la marche était fermée par une compagnie dé cavaliers, que la ville de Nancy entretenait pour le service de la police. |

Le cortége arriva devant la collégiale Saint-Georges; mais l'église était si petite que l’on ne put y laisser pénétrer que la noblesse, une partie du clergé et les corps de justice. Les deux chapitres et les abbés remplirent l’abside; à droite se rangèrent la Cour souveraine et le bailliage, à gauche la Chambre des comptes et le Conseil de ville; la noblesse occupa la nef principale. Quand le duc et la duchesse se présentèrent à la porte de l'église, l'abbé Fournier, prévôt de Saint-Georges, prononça une troisième harangue, conduisit Léopold au pied du maitreautel, et, après le Te Deum, rappela au prince que tous ses prédécesseurs avaient juré de respecter les privilèges de la collégiale. Le duc prêta le même serment, prit le bâton du prévôt, le lui remit, pour marquer qu’il accordait à ce dignitaire l'investiture de la prévôté, et enjoignit de verser entre les mains des chanoines une somme de cent écus ‘pour prix du cheval sur lequel il avait fait son entrée dans la ville, et qui devenait la propriété du chapitre. Il se retira immédiatement dans le palais, où il reçut les hommages des corporations, et quand la nuit fut venue, Léopold et sa femme se rendirent dans une loge élevée sur l’esplanade pour voir tirer un beau feu d'artifice, pendant que les bourgeois illuminaient leurs maisons et allumaient des feux de joie dans les rues (1).

I1 y eut encore des fêtes les jours suivants, et les gentilshommes en donnèrent de magnifiques pendant l'hiver et le carnaval de l’année 1699. Le jour du mardi-gras, il y eut une cavalcade, dans laquelle le duc etla duchesse ne craignirent pas de se montrer, vêtus le premier en sultan et la seconde en oda-

(1) V. Lionnois, ibid., t. III, p. 222-225; Bulletin de la Société d'Archéologie, t. 1, p. 216 et 217. | |

lisque. Charlotte avait pris place sur un char drapé des plus riches étoffes du Levant, et dirigé par Léopold en personne, et aux pieds de la duchesse était assis le jeune François, « qui « paraissoit par sa beauté, dit une relation contemporaine, être « le dieu d'amour travesti en musulman. » La cavalcade, après avoir traversé la Carrière, l’esplanade et quelques rues de la ville neuve, s'arrêta devant l’hôtel de ville, où se trouvait un des frères de Léopold, Charles, évèque d'Osnabrück, avec un nombreux entourage, et où l’on servit des rafraichissements ; elle fit ensuite le tour de la ville, à la clarté des flambeaux, et rentra au palais, où les figurants et les figurantes, parmi lesquels on voit, non sans étonnement, quatre Chanoïinesses d’Épinal et de Remiremont, se délassèrent, dans la galerie des Cerfs, devant des tables couvertes des mets les plus exquis, et dansèrent jusqu'au moment où le beffroi, sonnant minuit, annonça le commencement du Carème (1). Cette fête n'avait été destinée qu'à la noblesse; mais le duc voulut prouver au peuple qu'il ne l'oubliait pas, et, le dimanche suivant, il se mêla au cortége qui parcourait la ville le jour des Brandons. Selon un usage immémorial, tous les individus qui s’étaient mariés dans l’année allaient au bois de Bondonville, y coupaient un petit fagot, se rassemblaient dans la galerie des Cerfs, organisaient une espèce de procession, et après avoir parcouru la ville, stationnaient sur la place du marché, y déposaient leurs fagots, en formaient une bure, se faisaient inscrire à l'hôtel de ville, ce qui leur procurait certaines exemptions pendant un an, revenaient au palais ducal et dansaient, dans la cour d'honneur, jusqu’à la nuit; on allumait alors la hure, et la cérémonie finissait ordinairement par un feu d'artifice. Le 8 mars 1699, Léopold, portant un petit fagot et donnant le bras à sa femme, qui était enceinte, se mit à

(1) V. Lionnois, ibid., p. 46-50.

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la tête du cortége des nouveaux mariés, se promena en cet équipage dans divers quartiers, et ne négligea aucun point de l'étrange cérémonial que nous avons décrit (1). | Ces divertissements peu dignes d’un prince ne tardèrent pas à faire place à des occupations sérieuses. La récolte avait été fort médiocre en 1698, et la gêne se faisait sentir dans plusieurs cantons. Léopold prescrivit d'acheter en Allemagne de grandes quantités de grains, tant pour la nourriture que pour les semailles, et il le fit distribuer, à un prix très-modéré, aux personnes qui en avaient besoin (2). Il veilla aussi à la refonte des monnaies. Les anciennes espèces lorraines avaient presque disparu pendant l'occupation française, et l’on ne voyait guère dans notre pays que des pièces étrangères. Au mois d'octobre 1698, le monopole de la fabrication des monnaies avait été . laissé à ferme à une société, dirigée par un sieur Maurice Huby, et la valeur des espèces courantes avait été fixée en francs et en gros, d’après l'avis des négociants les plus expérimentés. Le 27 juin 1700, le duc promulgua une ordonnance réglant, avec beaucoup de détails, tout ce qui concernait les monnaies nouvelles. On devait frapper en or, en argent et en billon; les pièces d'or, qui recevaient le nom de doubles-léopolds, léopolds et demi-léopolds, avaient la taille, le poids et le titre des doubleslouis, louis et demi-louis ; les pièces d'argent, lesquelles portaient également ia dénomination de doubles-léopolds, léopolds et demi-léopolds, avaient la même valeur que les écus, demiécus et quarts-d’écu de France; on fabriquait de plus des testons, demi-testons et quarts-de-teston d'argent, qui étaient de mème-titre et poids que les anciens, et valaient vingt, dix et cinq sous tournois ; et enfin des pièces de deux sous en billon, représentant quinze deniers de France. L'ordonnance détermi-

(1) V. l'ouvr. de M. Noël, ibid., p. 29-81.

(2) V. Durival, ibid., p. 91.

nait aussi les types que les monnaies devaient offrir à l’avenir, mais elle ne retirait pas de la circulation celles qui avaient été émises antérieurement (1).

La Cour souveraine rivalisait d’ardeur avec le prince pour faire disparaître les traces des malheurs que notre pays avait éprouvés. Le souvenir des horreurs commises par les Suédois et par les Luthériens allemands était encore trop vivace, pour que l’on autorisät leurs coreligionnaires à s’établir en Lorraine, et, le 5 juin 1698, la Cour, moins indulgente que le clergé, avait expulsé des familles luthériennes et calvinistes que les Cisterciens de Beaupré avaient appelées pour cultiver les terres de l’abbaye. Les magistrats avaient, en même temps, prohibé l'exercice de toute religion autre que le Catholicisme. Le 5 août 1700, la Cour ordonna, sur les réquisitions du procureur-général, que les Calvinistes et les Juifs qui s'étaient récemment fixés à Tanviller « vuideroient les États de S. A., dans le délai de « trois mois, eux, leurs enfans et familles, à peine d'y être « contraints par toutes voyes duës et raisonnables, même par « la confiscation de leurs biens meubles et immeubles » (2); et ces deux arrêts suffirent pour prévenir une immigration qui aurait altéré à la fois l'esprit religieux et le patriotisme des Lorrains.

Ce dernier sentiment fut soumis, vers la fin de l’année 1699, à une épreuve bien pénible. Comme souverain du Barrois, Léopold devait faire hommage au roi pour la partie du duché qui s'étend à l’ouest de la Meuse, et différentes circonstances n'avaient pas d’abord permis au duc de remplir cette obligation. La cérémonie eut lieu seulement le 25 novembre 1699, et quoique Léopold füt devenu, par son mariage, neveu de Louis XIV, le monarque voulut que l’on n’omît aucun des détails humiliants qui

(1) V. Rec. des Ordon., t. IV, p. 12 et suiv. (2) V.ibid., t. I, p. 24 et 245.

accompagnaient la prestation de l’hommage (1). Probablement pour oublier la dépendance dans laquelle il se trouvait, le duc

s’avisa, comme roi de Jérusalem In partibus Infidelium, de por-

ter une couronne fermée et de prendre le titre d’altesse royale, que l’Empire et la France finirent par lui reconnaître (2). Immédiatement après son retour de Paris, il s’occupa de réaliser le vœu de Charles V, qui avait désiré reposer, près de ses pères, dans la ville de Nancy. Il chargea l'abbé Fournier, premier-aumônier et conseiller d’État, et le comte de Custine, lieutenant-colonel du régiment des gardes lorraines et premierchambellan, de se rendre à Insprückavec quelques ecclésiastiques, plusieurs gentilhommes et un détachement de chevau-légers, de recevoir le cercueil renfermant le corps du prince et de le ramener en Lorraine. Le 18 mars 1700, on célébra, dans l’église des Jésuites d’Insprück, un service solennel pour le repos de l'âme de Charles, et, le même jour, le cercueil, placé sur un

char drapé de noir, prit le chemin de la Lorraine, avec une

escorte de cavalerie envoyée par l'Empereur. La description des cérémonies qui eurent lieu au moment du départ, pendant la marche du convoi, et lors des obsèques célébrées à Nancy, ne peut trouver place dans cet ouvrage. Les cérémonies furent dignes du prince qu'elles avaient pour but d’honorer, et on reproduisit autant que le permettait la différence des temps, la pompe funèbre des anciens ducs de Lorraine, dont nous avons présenté un aperçu en parlant des funérailles de Charles III (3).

(1) On peut voir la médaille frappée, à cette occasion, par ordre de Louis XIV. | ne

(2) V. Durival, ibid., p° 91 et 93; V. aussi l’ouv. de M. Noël, t. IT, p. 155.

(3) V. Relation de la pompe funèbre de Très-Haut, Très-Puissant et Très-Excellent Prince Charles V. du nom, Duc de Lorraine et de Bar, Roy de Hiérusalem, ete., Nancy, Nicolas, René les Charlot et Pierre Deschamps, 1700, petit in 8°. V. aussi les. orai-

sons funèbres prononcées par Sommier et le Père Daubonton, ot -

imprimées toutes deux à Nancy. | |

Non content d’avoir donné aux restes de son père un repos glorieux dans la chapelle ducale, Léopold voulut que la vie de ce héros fut écrite par une main habile, et il confia cette tâche au Père du Poncet, Jésuite, orateur renommé. Les planches, vignettes, culs-de-lampes et lettres-grises qui devaient orner l'ouvrage furent exécutées par le célèbre graveur messin Sébastien le Clerc ; mais quelques expressions du livre déplurent au duc de Lorraine, et le travail du Père du Poncet, demeura toujours manuscrit (1). Les gravures de Le Clerc furent néanmoins mises en circulation ; Léopold fit exécuter, sur ces planches, des tableaux de grande dimension, et des ouvriers des Gobelins, envoyés par Louis XIV, terminèrent d’après les tableaux dont il s’agit, des tapisseries admirables, qui embellirent les salles du château de Lunéville, et furent ensuite transportées à Vienne, où on les employa à la décoration du palais impérial (2).

Les nobles lorrains imitèrent le goût du prince pour Ia magnificence, et l’on commença à construire à Nancy des hôtels qui entrainèrent la ruine d’édifices remarquables pour leur antiquité ou pour les évènements auxquels ils avaient servi de théâtre. Le duc fit élever, près de la porte Saint-Jean, une caserne destinée à loger les quatre compagnies de gardes du corps et de chevau-légers, et, dans la rue du faubourg Saint- Nicolas, une autre caserne pour le régiment des gardes lorraines (3). Quelque temps après, il conclut avec la ville de Metz un traité garantissant la liberté des transactions commerciales, et des ordonnances du 28 mai 1701 et du 13 mars 1702 abolirent le droit d’aubaine à l'égard des habitants des Trois-Évêchés et

(1) V. Calmet, Bibl. lorr., col. 289 et 772.

(2) V. Chovrier, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de Lorraine, t. II, p. 10.

(3) V. Durival, ibid., p. 93.

de tousles sujets français, qu’elles autorisèrent à posséder des biens en Lorraine, à charge de réciprocité (1).

Une vie nouvelle semblait animer les deux duchés, mais la joie que nos pères éprouvaient ne tarda pas être troublée par de terribles appréhensions. Charles II roi d’Espagne était mort, le 1° novembre 1700, et Louis XIV avait accepté pour son petitfils l'héritage de la Monarchie espagnole ; la plupart des puissances européennes se préparèrent à en arracher quelques lambeaux, et on n'avait pas même attendu le décès du monarque pour disposer de sa dépouille. Un des plans de partage dressés à cette époque cédait à la France la Lorraine et le Barrois, qu’elle ambitionnait depuis si longtemps, et assurait à Léopold, à titre d’indemnite, le duché de Milan, qui appartenait encore aux Espagnols. On avait craint de voir le duc accepter la proposition, et il n’aurait guère pu la rejeter si les princes la lui avaient faite de concert (2). Leurs discordes le sauvèrent ; mais les négociations ne restèrent pas secrètes, et Léopold reçut une

foule de lettres, signées ou anonymes, dans lesquelles on lu

reprochait de vouloir trahir un peuple qui lui avait donné tant de preuves de son amour (3). Peu de mois après, lorsque la guerre éclata entre la France et l'Espagne d’une part, l’Empereur, la Hollande et l'Angleterre d’autre part, on insista des deux côtés poar que le duc de Lorraine se déclarât. Neveu de l'Empereur, il avait épousé une nièce de Louis XIV ; ce double lien de parenté lui fournit le moyen de conserver la neutralité,

et cette neutralité fut heureusement reconnue par les grandes

puissances.

I1 n’eut pas le même bonheur dans une autre affaire qui lui

(1) V. Rec. des ord., t. I, p. 268, 290 et 360. (2) V., à la bibl. de Nancy, le ms. n° 27 G, pièce 4. (3) V. l’ouvr. de M. Noël, t. I, p. 42 et 48. |

ns *

survint vers la même époque, et dans laquelle les droits de la conscience se trouvèrent intéressés. La suppression du tribunal des Assises et l'établissement de la Cour souveraine avaient changé complètement le style, et la rédaction de codes de procédure civile et d'instruction criminelle avait paru indispensable. Les travaux de Léonard Bourcier pendant son séjour à Luxembourg, les réformes qu’il avait opérées dans le Conseil de cette province, et la publication de deux codes analogues à ceux que l’on réclamait, tout engageait à charger le procureurgénéral de cet important travail. Il lui fut, en effet, confié. Bourcier s’en occupa sans relâche et ne tarda pas à présenter à Léopold un projet, qui fut soumis à l'examen d’une commission, puis approuvé par le duc et imprimé sur la fin de l’année 1701 (1).

Cette ordondance qui prit le nom de code Léopold, remania complètement les anciennes lois et coutumes relatives à la procédure civile et à l'instruction criminelle. Elle se compose de cinq parties distinctes : un « règlement touchant les droits, « fonctions, et attributions des officiers » ; un code de procédure civile, partagé en vingt-six titres ; un code de procédure criminelle, qui en renferme dix-sept ; un règlement général des eaux et forêts, qui en contient six, et la taxe des droits, salaires et vacations des officiers de justice. On a beaucoup vanté le mérite de cette production, et nous n’avons pas l'intention de la rabaisser ; mais nous ne pouvons nous dispenser de faire observer que le code Léopold est servilement calqué sur les ordonnances de Louis XIV, et que Bourcier et les membres de la commission n’y ont pour ainsi dire, rien ajouté de neuf. Sa promulgation n’en fut pas moins fort utile à un certain point de vue; le . code introduisit des réformes avantageuses dans l’application de la législation pénale ; il assujettit à l'appel les sentences

(1) Nancy, Barbier, 2 volumes petit in-12.

rendues en matière de crimes et de délits par les juridictions inférieures et les justices seigneuriales ; mais, d’un autre côté, il déchaina un orage qui grendait depuis quelques années. La Cour souveraine, adoptant les mêmes principes que les Parlements français, avait empiété sur les droits de l'autorité spirituelle, et, presque aussitôt après le retour de Léopold, il s'était élevé des difficultés entre l’évêque de Toul et la Cour au sujet de la juridiction ecclésiatique. Les magistrats avaient défendu de publier aucune bulle, avant de leur en avoir demandé l’autorisation (1) ; ils avaient appuyé la résistance des abbayes des Vosges, qui prétendaient, non sans raison, être immédiatement soumises au Saint-Siège ; et on avait mortifié de toutes manières l'évêque, auquel on reprochait son origine française. M. Thiard de Bissy était cependant un prélat de mœurs fort douces ; il était à la vérité fils du dernier gouverneur français ; mais il avait pour mère une lorraine, Bonne-Marguerite d’Haraucourt, et par conséquent on ne pouvait lui supposer des sentiments d'animosité contre un pays qu’il habitait depuis longtemps, et où se trouvaient la plupart de ses propriétés (2). Léopold se laissa malheureusement tromper par les ennemis de l’évêque, et, lorsque le prélat vint offrir ses hommages au duc, on ne lui présenta qu’un tabouret; ce qui était un sanglant affront. Le procureur-général ne fut pas plus sage et composa contre l’officialité de Toul une pièce de vers, qui, malgré sa faiblesse, fut lue et recherchée avidement. |

M. de Bissy, après avoir pris l'avis du vénérable Claude de l'Aigle, son grand-vicaire, déféra au pape plusieurs articles extraits du code Léopold. Ils furent examinés à Rome avec la lenteur et la prudence que l’on y met dans toutes les affaires, et le code ne fut censuré que le 22 septembre 1703. Le procureur-

(1) V. Rec. des ord., t. I, p. 218.

(2) V. Calmet, Notice, t. I, col. 546.

général interjeta appel, le 8 novembre, devant le notaire apostolique François (1), et cet acte fut condamné par le Souverain- Pontife, le 11 février 1704. Le duc, qui commençait à trouver pénible la position dans laquelle l'avaient placé les prétentions des magistrats, prit deux mesures qui lui semblaient propres à rétablir la paix; il publia en 1704, sous le titre d'ordonnance ampliative, une explication du code 1701, et, à force d'instances, il obtint de Louis XIV que l'évêque de Toul fût nommé à un autre siége. On s'imaginait qu'un commentaire des articles condamnés et l’éloignement de M. de Bissy aplaniraient toutes les difficultés ; il n’en fut rien; le nouvel évêque tint la même conduite que son prédécesseur, et Clément XI censura l’ordonnance ampliative. Avant le départ de M. de Bissy, il y avait eu des conférenees, au château de la Malgrange, entre le procureurgénéral et les délégués du prélat; elles furent infructueuses, parce que le duc ne voulait faire aucune concession, et ce prince ayant résolu d'entamer une négociation directe avec Rome, envoya en Italie, après leur avoir donné des pouvoirs étendus, le marquis de Lénoncourt-Blainville, conseiller d’État, le comte de Spada, l'abbé de Nay du Plateau, grand-doyen de la Prima— tiale, et enfin le procureur-général lui-même. Arrivés à Florence, ils se séparèrent ; les trois premiers se rendirent à Rome; mais Bourcier voulut, avant de continuer sa route, savoir comment il serait accueilli; il demeura en Toscane, et ses collègues lui ayant mandé que sa présence loin d’être indispensable, pouvait rendre les négociations plus difficiles, il prit le parti de revenir en Lorraine. Les plénipotentiaires échouèrent, et Léopold finit par où il aurait dû commencer. En 1707, il fit retrancher du code les articles qui avaient été condamnés par le pape, Bourcier,

(1) L’acte d'appel a été imprimé à Nancy, en 1703; chez Barbier,

in-4° de 18 pages.

qui fut chargé de ce travail de révision, modifia son œuvre d’une manière heureuse et disposa les matières dans un ordre plus méthodique ; mais il ne consentit jamais à abandonner les principes qui avaient servi de base à la première rédaction, et, après avoir, pour satisfaire le Souverain-Pontife, déclaré que l’on abrogeait toute clause contraire aux priviléges et immunités de l'Église (1), il adressa une circulaire aux avocats pour les avertir de considérér cette concession comme non avenue. On reprit insensiblement au palais l'usage de citer les articles supprimés, et la Cour souveraine, au lieu de veiller à l'exécution d’un arrangement qui obligeait les deux parties, autorisa un pareil usage et ne refusa pas d'appliquer elle-même les articles dont il s’agit (2). Les évèques de Metz, Toul et de Verdun refusèrent, de leur côté, de reconnaître les usurpations de la Cour, d'établir des officialités particulières dans les duchés de Lorraine et de Bar, et de déléguer des commissaires pour assister aux jugements des ecclésiastiques accusés de quelque crime. Il en résulta. que les officialités des trois villes épiscopales ne purent jamais donner de citations sans avoir obtenu le pareatis de la Cour, et que cette dernière s’attribua exclusivement la connaissance des poursuites criminelles dirigées contre les personnes ecclésiastiques (3).

Malgré l’appui qu’il prêta à des prétentions que l’on ne doit pas approuver, Léopold était animé d’une piété éclairée et

(1) On abrogea dans l'ordonnance civile le titre dixième, qui traitait des complaintes et réintégrandes, tant en matière bénéfciale que séculière (il contenait douze articles), et dans l'ordonnance criminelle le titre des monitoires, qui était le cinquième et se composait de douze articles.

(2) V. Hist. de Bourcier, passim, Rogéville, ibid., t. 1, p. 258- 829; Chevrier, Mémoires pour servir, etc, t. I, p. 280 et 281;

Justice criminelle des duchés de Lorraine et de Bar, par M. Dumont, t. I, p. 187. |

(8) V: l’ouvr. de M. Dumont, ibid., p: 189 et 190:

pe

sincère. 1l entendait souvent la messe dans sa paroisse, confondu avec les simples particuliers, communiait une fois par mois, faisait ses pâques en public avec sa famille, suivait fréquemment le prêtre qui portait le saint viatique, entrait dans la chambre du malade, et avait soin, non par politique mais par conviction, de donner l'exemple de toutes les vertus chrétiennes (1). Ce fut un des jours où le duc accomplissait de la sorte un acte de religion que survint un incident dont nous avons déjà parlé. En 1699, le jour du vendredi-saint, le prince, qui assistait à l'office dans la collégiale Saint-Georges, avait quitté son siège pour adorer la croix, et la duchesse allait le suivre, lorsque M. de Tillon, fendant Ja foule, se plaça entre Léopold et Charlotte, ct fit voir au duc étonné le diplôme de Ferri IIl accordant aux descendants du sire de Tillon le privilége de se présenter à l’adoration de la croix immédiatement après le souverain. Léopold eut beau faire observer que le moment étuit mal choisi pour soulever une telle prétention, M. de Tillon exerça son droit, et la duchesse fort irritée se retira et demanda que, pour éviter le retour de cette scène, la famille ducale assistât désormais à l’office du vendredi-saint dans la chapelle du palais. Léopold y consentit, et, comme il avait récemment ordonné que l’on ne renverserait plus à sa table le couvert de MM. des Armoises, il voulut, pour achever d’éteindre le souvenir de l’acte de félonie reproché à leur ancètre, engager M. de Tillon à renoncer à son privilège, moyennant une somme d'argent; mais le vieux gentilhomme tint bon et préféra garder son parchemin (2). Il n'eut plus, au reste, l'occasion de faire valoir ce singulier droit; car Léopold ne parut pas dans la collégiale le jour du vendredi-saint en 1700, 1701 et 1702, et vers la fin

(1) V. l’ouvr. de M. Noël, t. I, p. 48.

(2) Extraits du journal de Philippe Bardin, ms. de la collection de M. Noël, n° 362,

LA

de cette dernière année, il jugea à propos d'abandonner Nancy. | |

Le 1°* décembre, M. de Callières se présenta inopinément, de la part de Louis XIV, et déclara au duc que la nécessité de mettre la France à l'abri d’une invasion contraignait le roï à faire occuper la Lorraine, et notamment la ville de Nancy; ajoutant que la liberté et l’autorité du prince seraient scrupuleusement respectées, et que Léopold pourrait même, s’il le désirait, prendre, pour la forme, le commandement des troupes françaises. Le duc repoussa une offre qu’il n’aurait pas acceptée sans rompre avec les ennemis de Louis XIV, et sans renoncer à la neutralité qu’il entendait garder. M. de Callières lui conseilla alors de soutenir un simulacre de siége ; après quoi il pourrait aller habiter une autre partie de la Lorraine ; mais Léopold lui répondit: « Toute l'Europe est instruite de la faiblesse de la ville de Nancy; on sait que je n’ai qu'une poignée de troupes employées à ma garde ; je passerais pour un téméraire ou un comédien, si j’entreprenais de me défendre contre un roi puissant et armé ». Le duc n'avait, en effet, d’autres soldats à son service que le régiment des gardes lorraines, une compagnie de Suisses et quatre compagnies de gardes-du-corps et de chevau-légers ; les dehors

de la ville vieille et de la citadelle avaient été détruits, et la

muraille destinée à clore la ville neuve n’était pas encore achevée. Il déclara, en conséquence, que les troupes de Louis XIV ne rencontrerait aucune résistance, et, le 3 décembre, le comte de Tallard, qui s’était avancé dès le 1°* du mois jusque dans les environs de Nancv, occupa la ville avec trois mille hommes, qui

furent, pour la plupart, logés chez les bourgeois ; car il n’y avait

pas de casernes assez vastes pour contenir tant de monde. Après avoir pris les mesures nécessaires pour mettre la place en sûreté, le comte de Tallard laissa le commandement à M. de Hautefort et retourna à Metz. On vit bientôt arriver des voitures d'outils et quantité de pionniers, et les Français annoncèrent qu'ils

Te VI. - 3

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allaient fortifier la ville de nouveau (1); mais ils se bornèrent à nettoyer les fossés et à réparer les remparts de la ville vieille. Les habitants qui avaient commencé à établir des jardins sur l'emplacement des anciennes fortifications ne furent donc pas inquiétés ; néanmoins, l'occupation s'étant, comme nous le verrons, prolongée pendant plusieurs années, la bourgeoisie éprouva des pertes considérables, et les finances de la ville, qui étaient déjà fort obérées, eurent beaucoup à souffrir (2).

Léopold n'avait pas attendu l'entrée des Français pour fuir sa capitale. Le 2 décembre, la duchesse, qui était enceinte pour la seconde fois et sur le point d’accoucher, monta dans une chaise à porteurs et prit le chemin de Lunéville (3); elle fondait en larmes, et le peuple, qui s'était attroupé dans les rues et sur les places, pour saluer encore une fois de ses acclamations la famille ducale, ne cherchait pas à maitriser les sentiments que lui inspiraient les violents procédés de Louis XIV. Le duc sortit, quelques heures après, par une porte écartée, afin de ne pas être témoin de la douleur des Nancéiens, et rejoignit sa femme à Lunéville. Malgré la rigueur de l'hiver, ils furent obligés de s'installer dans un château délabré (4). Le roi eut pitié de l'espèce de dénuement dans lequel se trouvait le duc de Lorraine et lui fit offrir un asile dans une des résidences royales; mais Léopold se borna à répondre: « Un souverain ne mérite plus de l'être, dès qu’il abandonne ses sujets » (5); M. de Gerbéviller ayant cru pouvoir, malgré ces paroles, proposer au duc de se

(1) V. la relation d’un témoin oculaire, dans Lionnois, ibid., t. III, p. 50-58.

(2) V. l’ouvr. de M. Noël, t. II, p. 92 et 98. | |

(3) Le lendemain, elle mit au monde la princesse Gabrielle.

(&) Louis XIV en avait cependant fait rétablir les toitures, pou de temps avant la restitution de la Lorraine. V. Layette Lunéville Il, no 52.

(5) V. Lionnois, ibid., p. 58.

réfugier en Allemagne : « Monsieur, lui dit le prince, en traçant . un cercle autour de lui avec sa canne, il ne me resterait que

cela, tant que je serai souverain, j'y demeurerai. S'il ne me restait que mon lit, je n’en bougerais pas (1). » Le ressentiment

que lui inspirait l’affront qu’il venait de recevoir ne lui donna

pas même l'envie de se prévaloir des circonstances, pour augmenter les embarras de Louis XIV, et, lorsque les courtisans

l'engageaient à profiter des victoires que les alliés avaient rem-

portées, de se joindre à eux et d'appeler aux armes des hommes qui ñe demandaient qu’à prendre une revanche si longtemps attendue, il répondait: « Je pourrais devenir plus puissant, inais ce serait aux dépens de la tranquillité de mon peuple. Gette défaite de la France nous assure certainement que la neutralité sera conservée: c’est tant mieux. » Le maintien de cette neutralité était l’objet de tous ses désirs et le but de tous ses efforts. Il correspondait avec les généraux des deux partis, ne négligeait rien pour éviter tout ce qui aurait pu causer le moindre préjudice à ses sujets, ménageait et flattait les subordonnés éux-mèêmes, auxquels il faisait parfois de magnifiques cadeaux. Le succès couronna la constance de Léopold ; les frontières de la

Lorraine furent partout respectées, et nos ancêtres, dont le pays

était abondamment pourvu des choses nécessaires à la vie, trouvèrent moyen de s’enrichir, en vendant aux deux armées d’immenses quantités de grain ou de nombreux “OUPeRLE de bœufs ét de moutons (2). —

Pendant ce temps, le duc surveillait les travaux du palais qu'il faisait construire à Lunéville. On avait achevé de démolir le château du moyen-âge, déjà détruit à demi par les Français, et Léopold, qui n'avait pas rencontré en Lorraine d’architecte assez habile, avait appelé, pour dresser les plans de sa nouvelle

(1) V. l'ouvr. de M. Noël, t. I, p. 60:

(2) V. ibid., p. 60 et 61.

habitation, le célèbre Germain Boffrand (1). On fut obligé, pour se procurer l’espace nécessaire, de raser une certaine quantité de maisons particulières, dont les propriétaires furent généreusement indemnisés, et l'aspect général de Lunéville changea complètement. Le palais fut garni des meubles les plus rares et les plus splendides ; on l’orna d’une bonne bibliothèque (2), et, sur les terrains occupés par le château de Henri II, que l’on démolit également, on traça de vastes jardins, d’après les dessins d’Yves des Hours, prédécesseur de Gervais (3).

Malgré le peu de ressources que la Lorraine offrait à cette époque, le duc s’entoura d’une Cour brillante; on voyait dans Je château de Lunéville tous les officiers chargés de faire observer l'étiquette chez les souverains, et, comme les princes étrangers s'étaient empressés d'envoyer des représentants en Lorraine, Léopold avait même un introducteur des ambassadeurs(4).Il créa une académie, dans laquelle des professeurs distingués enseignaient aux pages et aux cadets les mathématiques, la physique et l’histoire, et l’on y avait aussi attaché des maîtres d'escrime, d'équitation, etc.

Dès que la construction du palais fut achevée, le duc recommença à donner des fêtes. Un nommé Greneteau était maître des danses, et le musicien Regnault chef d'orchestre, Léopold réussit également à attirer près de lui le compositeur Desmarets. Il y avait souvent à Lunéville des ballets et des représentations théâtrales (5). En 1702, et lorsque la Cour était encore à Nancy,

(1) Le palais de Lunéville est gravé dans l’ouvrage de Boffrand intitulé: Livre d'Architecture, p. 57 et 58, planches XXIV-XXVI. Boffrand fut nommé premier-architecte, le 19 novembre 1711,

(2) Léopold en avait aussi créé une dans le palais ducal de Nancy.

(8) V. l’ouvr. de M. Noël, t. II, p. 148.

(&) V. Calmet, Bibl, lorr., col. 1018.

© Léopold avait fait vonir à Lunéville une troupe de comédiens italiens. | |

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les Lorrains, qui n’avaient jamais eu l'occasion d'assister à aucun spectacle de ce genre, avaient admiré des espèces de ballets, que l’on appelait les Fêtes de la Malgrange, les Fêtes maritimes etles Danses hongroises ; ainsi que la tragédie d'Abdolonyme, que les élèves des Jésuites de Nancy jouèrent, les 22 et 24 février, dans la salle d'honneur du palais, transformée en théâtre (1). En 1706, on représenta à Lunéville Acis et Galathée, pastorale héroïque de Campistron, mise en musique par Lulli; et, quelques années après, on vit débuter devant la Cour la fameuse comédienne Adrienne Lecouvreur (2). Pourquoi sommesnous contraint d'ajouter RS TR drchosse et ses enfants ne rougirent pas de figurer dans les ballets (3)! Quant au duc, plus soucieux de sa dignité que Louis XIV lui-même, il ne voulut pas paraître sur le théâtre, et les gens de bien lui surent gré de cette retenue (4). |

Le principal ordonnateur des fêtes de Lunéville était Marc de Beauvau, petit-fils de l’auteur des mémoires sur le règne de Charles IV. Léopold, qui l'avait pris en affection, lui avait accordé la charge de grand-écuyer et des terres considérables. Il maria même, plus tard, Anne-Marguerite de Beauvau, fille de son favori, à Jacques-Henri de Lorraine, de la branche de Marsan, auquel le duc donna la principauté de Lixheim et le titre de grand-maitre de sa Maison. De cette maniere, les Besuvau, déjà alliés à la famille des Bourbons, le furent aussi à celle de Lorraine; et, pour complaire à Léopold, l'Empereur

(1) Le 19 février et le 25 mai 1700, ils avaient représenté devant le duc Marthésie, première reine des Amazones, tragédie chantée, et Celse, tragédie latine, mêlée d’intermèdes français, de musique et de danse.

(2) V. l’ouvr. de M. Noël, t.I, p. 55, 56, 74 et 88; Etudes sur le théâtre en Lorraine, par M. H. Lepage, dans les Mémoires de l’Académie de Stanislas pour 1848, p. 300 et suiv.

(8) V. Durival, ibid., p. 104. :

(&) 11 parut cependant une fois dans un ballet. V. les Etudes de M. Lepage, p. 320.

Charles VI déclara Marc de Beauvau et son fils ainé princes de l’Empire, tandis que le roi Philippe V les créait Grands d'Espagne de première classe (1). Ils n’usèrent, au reste, de leur crédit que pour protéger les artistes et les savants, et ils firent élever, sur les dessins de Boffrand, le château de Haroué, qui attire encore aujourd’hui tant de visiteurs (2).

Malgré le luxe et le faste que Léopold déployait dans son château, et quand il donnait des fêtes, la plus remarquable simplicité régnait dans l'intérieur de la famille ducale. Lorsqu'elle revint habiter momentanément le palais de Nancy, après le départ des Français, le duc conduisait ses fils dans le collége des Jésuites, pour assister aux examens publics, et les faisait interroger, comme les autres élèves. Si un des enfants du prince se disposait à sa première communion, la duchesse le menait elle-même au cuatéchisme dans l’église de Lunéville et voulait que le curé adressât de nombreuses questions à l’enfant, afin de reconnaître s’il était convenablement instruit. 1l en résulta que les jeunes princes, loin d’être hautains et sauvages, communiquaient volontiers avec les personnes de la condition la plus humble. Élisabeth-Thérèse, qui fut depuis reine de Sardaigne, étant allée, un jour, du château d’Einville à Lunéville, ne consentit pas à attendre, pour s’en retourner, que l’on eût préparé un carrosse, et monta sans façon sur la charrette d’une paysanne, qui, en ramenant la jeune princessse à sa mère, ne put s'empécher de dire : « Elle ato ben gentille ». Cette liberté avait néanmoins ses inconvénients, et on raconte que le prince Charles- Alexandre, étant sorti du palais de Nancy, joua avec des enfants pauvres, qui se prirent de querelle avec lui et le pere | sans miséricorde (3).

(1) V. Durival, ibid., p. 122.

(2) V. Livre d'Architecture, p.65 et 66, planches XXXVIII-XLI. (3) V. l'ouvrage de M. Noël, t. Il, p. 124, 125, 194, 195 et 199.

Le désir que le duc éprouvait de trouver chez lui des artistes capables de diriger les grands travaux qu'il projetait, l'avait engagé, dès le commencement de l’année 1702, à créer, dans sa capitale, une académie des beaux-arts. Voulant, dit-il dans le préambule des patentes qu’il donna à cet effet, « relever les arts « de peinture et de sculpture, qui autrefois excelloient en « Lorraine, et qui semblent présentement s'y être anéantis », ou que l’on confond « avec les professions les plus mécaniques », il établit à Nancy une académie de peinture, dont les membres furent Pierre Bourdiet, « premier architecte de Son Altesse « Royale et directeur de ses ouvrages d'architecture »; Claude Charles, peinire-ordinaire de l’hôtel ducal ; Joseph Provençal, peintre; Antoine Cordier, orfèvre-ciseleur ; Renaud Mény, sculpteur de l'hôtel, et Didier Lalance, mathématicien. On y admit plus tard les peintres Christophe, Jacquard et Chaman; les sculpteurs Ghassel, Renard, Bordenave, Dumont et Guibal; le mathématicien Bavillier ; l'architecte Jennesson ; le mécanicien Vayringe, et Saint-Urbain, graveur en médailles. Les peintres et les sculpteurs qui ne faisaient pas partie de l’académie ne pouvaient prendre le titre de peintre ou sculpteur de Son Altesse ; mais, en échange de l'honneur que conférait le diplôme de membre de cette compagnie, on était obligé de faire des cours destinés aux jeunes gens qui désiraient parcourir la carrière des beaux-arts. Tous les jours, depuis trois jusqu’à sept heures du soir, les élèves fréquentaient, moyennant un droit d'entrée une fois payé et une légère rétribution mensuelle, la salle de l'académie et les membres de cette dernière enseignaient, tour à tour, les règles des arts qu'ils cultivaient. Chaque année, la veille de la Saint-Luc (17 octobre), on indiquait aux élèves qui étudiaient la peinture un sujet d'histoire, et ils devaient présenter, la veille dela Notre-Dame de février, des dessins que l’on soumettait au jugement des académiciens. L'auteur du meilleur dessin exécutait ensuite un tableau, et si les jnges en

étaient contents, ils décernaient un prix à l'élève et lui concédaient certains priviléges dans la salle de travail. Le duc avait accordé à l'académie une allocation annuelle de quatre cents livres et l’usage d’une belle galerie qui surmontait la porte Royale ; on avait le projet d’y fonder une sorte de musée, et les Lettres-Patentes disposaient que tout académicien serait tenu de l’enrichir d’un ouvrage de sa façon (1). Léopold donna pour premier protecteur à cette corporation le marquis de Lénoncourt- Blainville, qui se piquait de favoriser les savants et les artistes et formait des collections de divers genres. On organisa, dans la suite, à Nancy une académie de musique, dont nous nous contenterons de rappeler l’existence (2), et le P. Hommey, religieux augustin, qui se trouvait alors en Lorraine, exhorta le marquis de Lénoncourt à présenter une demande à Léopold | pour l’établissement d’une académie des beaux-esprits et pour | la création d’une bibliothèque publique. Le marquis saisit avidement l’idée et on poursuivit la réalisation. Le duc paraissait bien disposé, mais la jalousie fit avorter un projet qui pouvait être utile, et l’honneur de doter Nancy d'une académie et d’une bibliothèque publique était réservé au roi Stanislas (3).

Ce fut un membre de l’académie de peinture, le graveur Saint-Ürbain, qui fournit les dessins de la nouvelle église Primatiale. Il y avait un siècle environ que l’on avait jeté les fondations de l’ancienne, dont le portail devait regarder l’occident. Les malheurs de la Lorraine n’avaient pas permis de continuer l'ouvrage, et les plans dressés pour l'agrandissement et l’embellissement de la ville engagèrent à orienter l'édifice d’une autre manière, En conséquence, on arracha les fondations,

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(1) V. les Lettres-Patentes, dans le Rec. des ord., t. I, p. 337; V. aussi l’ouvr. de M. Noël, t. I, p. 55.

(2) V. les Lettres-Patentes,dans le Rec. des ord., t. V, p.180-134

0) an ibid., t. Il, p. 146; Calmet, Hist., t. VII, col. 0 ° -

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