‹ Histoire de Lorraine. Seconde édition. Tome sixièmeChapitre 22 sur 41 · SR NAT · texte numérisé non relu

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ne laissa jamais leurs doctrines prendre racine dans notre pays (1). Il eut le bonheur d’être parfaitement secondé par MM. Bégon et Drouas, qui occupèrent le siége épiscopal de Toul de 1721 à 1773, et se distinguèrent par la régularité de leurs mœurs et la sagesse de leur administration. Le premier eut néanmoins le tort de renverser l’ancienne liturgie touloise, monument vénérable de la tradition, pour lui substituer une liturgié composée par des ecclésiastiques dépourvus d’autorité (2). On peut aussi reprocher à M. Bégon de s’être fait donner par le roi la grande-prévôté de Saint-Dié, afin de vaincre la résistance des chanoines, qui prélendaient relever immédiatement du Souverain-Pontife (3). | Stanislas, n’ayant: pas à redouter, comme ses prédécesseurs,

l'opposition de la France, avait repris le projet de faire établir un évêché dans ses États et d’en fixer le siége à Saint-Dié (4) ;

mais ce projet échoua encore une. fois. Il devenait cependant très-urgent de partager le diocèse de Toul ; les paroisses et les

monastères s’y étaient tellement multiplies, que la surveillance

d'un seul évêque était devenu tont-à-fait illusoire. La discipline monastique se relächait; plus les couvents s’enrichissaient et plus on mitigeait la règle, plus le nombre des religieux et même des religieuses diminuait. La puissance séculière défendit de recevoir dans les monastères lorrains des sujets étrangers (5),

(1) Dom Grégoire Berthelet, qui était devenu bibliothécaire de l’abbaye Saint-Léopold de Nancy, ne négligea rien pour répandre le jansénisme dans notre patrie, de concert avec un gentilhomme lorrain, nommé M. Talvannes. Stanislas, averti de leurs menées, relégua Dom Berthelet dans l’abbaye de Saint-Mihiel, et une perquisition faite par le lieutenant-général de police ayant amené Ia découverte de quantité de mauvais livres dans le logement de M. de Talvannes, ce dernier fut obligé de se retirer en Hollande. V. Chevrier, Hist. de Lorr., t. IX, p. 298 et 299.

(2) V. Calmot, Bibl. Lorr., col. 96 et 97.

(3) V. Durival, ibid., p. 1754

(&) V. idem, ibid., p. 236.

(5) V. Rec. des ord., t. VII, p. 297.

mais cette interdiction n’eut pas l'effet qu’en attendaient ses auteurs.

Les pertes que la religion faisait, chaque jour, remplissaient de douleur l’âme de Stanislas. Un autre sujet de chagrin pour lui était la conduite de Louis XV à l'égard de la reine. On avait espéré que l’âge finirait par le rendre maître de ses passions, et on s'était trompé; le roi continuait à donner à ses sujets l'exemple scandaleux d’une liaison adultère et éloignait de lui, autant qu'il le pouvait, son épouse, ses filles et son vertueux fils. Stanislas visitait, tous les ans, Versailles, pour consoler, par sa présence et ses paroles, une famille aussi éprouvée qu'elle était digne d'être heureuse (1); et Mesdames de France, Adelaïde et Victoire, filles de Louis XV, vinrent deux fois en Lorraine, sous prétexte de prendre les eaux de Plombières, mais en réalité pour échapper, pendant quelque temps, à la contrainte qu’elles éprouvaient dans le palais de leur père. Leur premier voyage eut lieu pendant l'été de l’année 1761 et dura près de trois mois (2). On avait ordonné des préparatifs coûteux pour la réception des princesses, et l’hôtel de ville de Nancy avait fait décorer dans le style du XVIII siècle la face intérieure de la porte Saint-Nicolas. Le corps municipal attendait les filles du roi, au pied de la statue de Louis XV, avec une espèce de char, sur lequel figuraient vingt-une jeunes vestales, dont trois descendirent pour réciter un compliment et offrir des bouquets. Mesdames Adelaïde et Victoire s’acheminèrent lente-

(1) V.Proyart, Hist. de Stanislas, p.884; Durival, ibid., passim.

(2) Lorsque les princesses passèrent à Charmes,un chœur s’approcha de la voiture où elles se trouvaient, avec leur aïeul, et chanta des couplets qui se terminaient tous par le refrain suivant :

É Et votre nom brille, brille, Et votre nom brillera.

On assure que le bon Stanislas prit le jeu de mots trop à la

lettre, et dit assez haut pour être entendu: « Que veulent-ils faire de mon nombril? »

ment vers la Malgrange, suivies d’une foule immense et même du char qui portait les vestales. Quand elles revinrent de Plombières, il y eut de nouvelles fêtes à Nancy, et les officiers de l'hôtel de ville, dont le ‘zèle l’emportait sur l'imagination, y firent reparaïtre les vingt-une vestales, qui exécutèrent un ballet. Les écoliers et les marchands avaient formé trois compagnies, infanterie et cavalerie, qui servirent de garde à Mesdames de France, et il serait inutile d’énumérer les réjouissances auxquelles se livrèrent nos ancêtres. Les princesses firent leur second voyage en 1762; mais le roi de Pologne, qui craignait de voir la ville de Nancy contracter des dettes, défendit de recevoir ses petites-filles d’une manière trop somptueuse; on réorganisa néanmoins les compagnies de marchands et d’écoliers, dont les uniformes avaient encore toute leur fraîcheur, et

les officiers municipaux profitèrent de l’occasion pour faire .

habiller à la moderne la face extérieure de la porte Saint-Jean. Stanislas avait des. finances plus florissantes que celle de sa capitale, et il donna lui-même des fêtes superbes aux princesses, à leur retour de Plombières. Elles restèrent à Lunéville du 10

au 19 juillet, et pendant un feu d'artifice tiré dans le bosquet, une baguette mit le feu au kiosque, dont la légère charpente

devint, en un clin d'œil, la proie des flammes. Le roi de Pologne invita aussi Mesdames de France à une autre fête qui eut lieu à Nancy, et les relations du temps nous en ont conservé plus d’une description.

Le prince, dont la santé était chancelante, menait toujours le même genre de vie, et, malgré son grand âge, faisait chaque

année le voyage de Versailles. En 1765, on lui conseilla de res-

ter en Lorraine, et comme il ne pouvait s’y résigner, la reine de France prit la résolution de venir elle-même lui rendre visite. Elle passa une partie de la belle saison à Commercy et ne quitta son père qu'en versant des larmes, car elle n’espérait plus le revoir. Bientôt après, le dauphin tomba dangereusement

malade, et ce prince, dont les vertus rappelaient celles de saint Louis, mourut au mois de décembre. Stanislas fut inconsolable: « J'ai perdu deux fois la couronne, disait-il, je n’en ai pas été ébranlé ; la mort de mon cher Dauphin m’anéantit » (1).

Il avait lui-même comme un pressentiment de sa fin prochaine. M. Cosier lui donnant lecture du panégyrique du dauphin, que son frère, le Père Coster, devait prononcer dans la Primatiale, et étant arrivé à un passage où l'auteur s’étendait sur les louanges du roi de Pologne, celui-ci l’interrompit par ces paroles : « Dis à ton frère.d’ôter cela et de le réserver pour mon oraison funèbre ». Le 1° février, il. entra dans l’église de Bonsecours, avant de gagner la Malgrange, se plaça au-dessus du caveau et pria plus que de coutume; en sortant, il dit à ses courtisans: « Savez-vous ce qui m’a retenu si longtemps à l’église? Je pensais que dans peu je serais trois pieds plus bas » (2). | en

Il reprit, trois jours après, le chemin de Lunéville. Le lendemain de son arrivée (5 février 1766), il se leva de bonne heure, renvoya ses gens, s’assit sur son fauteuil devant un feu trèsardent, et ayant voulu voir l'heure à sa pendule (suivant Solignac) ou à sa montre suspendue au-dessus de la cheminée (suivant Aubert), il fut obligé de s'approcher tout près du cadran à cause de la faiblesse de sa vue; c'est en s’avançant ainsi tout près de la cheminée que le bas de sa robe de chambre prit feu. Quoiqu'il en soit, le prince cria, et même hurla (c’est le mot dont il se servit) pour appeler du secours ; malheureusement, son valet de chambre et même le garde du corps qui devait se trouver près de la porte s'étaient éloignés momentanément, et ses plaintes ne furent entendues que d’une femme occupée à laver des vitres à l'étage. supérieur; élle descendit

(1) V. Durival, ibid., p. 239, 240, 242-244 ot 252-254. - (2) V. idem, ibid., p. 255.

aussitôt, et le garde du corps, avertit par elle, accourut avec un valet. de chambre, rommé Suster, qui n'était pas de service, Quand on ouvrit la porte de l’appartement, le courant d'air qui s'établit entre elle et la cheminée donna plus d'activité aux flammes, et l’on ne parvint à les étouffer complétement qu’en * couchant le roi sur son lit et en l’enveloppant dans ses couvertures. Les médecins, que l’on appela sur-le-champ, ne. purent dissimuler la gravité des plaies dont Stanislas était couvert du côté gaucLe, depuis la joue jusqu’au bas de la cuisse. Les chairs de la main gauche avaient été presque entièrement dévorées par le feu, et cette blessure aurait suffi pour causer la mort d’une personne moins âgée que le roi. Les médecins posèrent, à la hâte, un premier appareil; pour ne pas effrayer le public, on annonça que les brülures étaint peu dangereuses, et le prince lui-même, dont la patience et le courage ne s'étaient pas démentis une seule minute, écrivit un billet à la reine, sa fille, pour la rassurer. Il lui rappelait, en plaisantant, qu’elle avait prié Dieu de le préserver du froid, pendant son dernier voyage à la Malgrange, et il ajoutait qu’elle aurait mieux fait de demander qu'il fût garanti du trop grand chaud à Lunéville.

Les Nancéiens n’eurent pas d'inquiétude jusqu’au retour des députés des Compagnies souveraines, qui étaient allés témoigner au roi combien on déplorait l'accident du 5 février. Ils dirent que Stanislas paraissait moins bien qu’on ne publiait. Il continuait cependant à recevoir comme précédemment, et la foule des courtisans était la même que de coutume; mais, le 22 février, des symptômes alarmants se déclarèrent ; il se confessa, et le cardinal de Choïseul, primat de Lorraine, qui se trouvait à Lunéville, lui administra l'extréme-onction et le viatique. On. descendit la chàsse de saint Sigisbert ; il y eut des processions; on fit des prières dans toutes les églises, et nos pères, oubliant leurs griefs contre le roi pour ne songer qu’à ses vertus, montrèrent l'amour qu’ils lui portaient. « La consternation fut géné-

« rale : les campagnes, les villes et ce qui approchoit le prince « de plus près, dit Durival ; la douleur fut la même partout : « on ne s’occupa plus que cette chose unique, et d’instant en « instant, on demandoit des nouvelles de la santé de Stanislas.» Les habitants de Lunéville, qui devaient perdre beaucoup à sa mort, étaient partagés entre le chagrin qu’ils éprouvaient, et leur indignation contre le valet de chambre auquel ils imputaient la catastrophe, et ils attachèrent à son nom le sobriquet injurieux de rôtisseur du roi, que ce malheureux conserva jusqu’à la fin de sa vie. |

Stanislas était plongé dans un assoupissement, dont les médecins ne le tiraient qu’au moyen de violents cordiaux, et, après une longue et douleureuse agonie, il expira, le 23 février 1766, entre quatre et cinq heures du soir. Il était âgé de quatre-vingt-huit ans, quatre-mois et trois jours, et son règne, comme duc de Lorraine, avait duré environ vingt-neuf ans.

« Ce fut alors, dit une relation contemporaine, que la douleur « publique éclata d'autant plus que l’on se voyait enlever un « des meilleurs souverains qu'aucun siècle ait produits par un « accident horrible, que tout sembloit devoir rendre impossible « pour un Roy, et sans lequel on auroit peut-être eu la douceur « de le posséder encore pendant plusieurs années, ce qui fut « confirmé par le rapport des médecins, qui en ouvrant le corps « pour l’embaumer, trouvèrent tous les viscères dans le meilleur « état possible. » Le 24 février, le chancelier, en vertu des ordres de Louis XV, dont il était muni depuis quelques mois à cause de l’âge avancé de Stanislas, fit apposer les scellés à Lunéville et dans les autres résidences royales, vint à Nancy, assembla la Cour souveraine, lui notifia la mort du prince, demanda qu’on lui remit son testament, qui avait été placé sous la garde de la Cour, et l’envoya aussitôt à Versailles, |

Le corps du roi resta dans son appartement, d’abord à visage

découvert, puis enfermé dans un cercueil, jusqu’au 5 mars. Ce jour-là, il fut transporté, avec peu de cérémonial, dans l'église de Bonsecours. Il y fut introduit à minuit et demi et descendu immédiatement dans le caveau (1). Louis XV ordonna qu'un mausolée, digne, par sa grandeur et par le prix de la matière, de figurer vis-à-vis le tombeau de la reine, serait élevé dans le chœur de cette église. Ilen confia l'exécution à Louis Vassé, élève de Beauchardon, et, après la mort du premier, au sculpteur Félix Lecomte. Stanislas est représenté vêtu du costume polonais et couché à demi sur un cénotaphe de marbre noir; il est appuyé sur le bras gauche, et sa main droite saisit le bâton de commandement ; près de lui sont déposés le sceptre et la couronne ; au pied du cénotaphe, à gauche, est la statue de la Lorraine, le front ceint d’une couronne murale ; elle semble considérer le prince avec affection et douleur, et soutient deux tables de marbres sur lesquelles sont énumérés les bienfaits qu’elle a reçus ; à droite, la charité déplore la perte que viennent de faire les malheureux ; entre ces deux statues, le sculpteur a place le globe terrreste, recouvert en partie d’un voile de deuil pour rappeler en partie les regrets que la mort du roi a causés à toute l’Europe. Au-dessous, se développe un large socle, accompagné d'une inscription, et derrière le cénotaphe se dresse, comme derrière le tombeau de la reine, une pyramide, ornée de l’écusson de Stanislas, accostée de deux cassolettes fumantes et surmontée d’une urne funéraire.

Les services solennels pour le repos de l'âme du roi ne furent célébrés que plusieurs semaines après sa mort, etle Père Élisée,

(1) V. Durival, ibid., p. 255-257 ; Proyart, ibid, p. 429-444, Mémoire sur la mort du Roy de Pologne, avec le procès-verbal d'ouverture de son corps; Relation de la mort et de la pompe funèbre de Stanislas, par Coster. Le mémoire et la relation ont été publiés par M. L. Lallement dans le Journal de 14 société d’archéologie lorraine, 1855, p. 175-191, 1856, p. 129-152. |

un des meilleurs orateurs sacrés qu'il y eût à cette époque, prononça l'oraison funèbre, dans l’église primatiale, le 10 mai 1766 (1). L'éloge de Stanislas fournit aux hommes de lettres la matière d’une foule de compositions, la plupart assez médiacres, et parmi lesquelles on distingua cependant deux morceaux dus, le premier au chevalier de Solignac, et le second au comte de Tressan, grand-maréchal-des-logis de la maison du défunt. Pas une voix ne s’éleva, à notre connaissance du moins, pour insulter à la mémoire du bon prince que la Lorraine regrettait. Jamais, au moment même où l’animosité des magistrats contre le chancelier était portée au plus haut point, ils n'avaient manqué de séparer la cause du roi de celle de son ministre, et, pendant qu'ils attaquaient celui-ci sans ménagement, ils avaient toujours parlé de celui-là comme du père de la patrie. Ce fut seulement dix-neuf ans après la mort de Stanislas, que Rogéville, conseiller au Parlement, s’avisa de blàämer la conduite du monarque et d'avancer qu’il avait été nourri « dans les prin- « cipes de la starostie » (2); ce qui veut dire, probablement, dans les principes d’un despotisme impitoyable; et c’est seulement de nos jours, que, faisant peser sur le roi de Pologne la responsabilité des fautes de son ministre, un écrivain lorrain a déclaré, « avec conviction, que le plus grand bienfait de « Stanislas, dit le Bienfaisant, fut celui de s’être fait enterrer, « parce que sa mort seule a pu nous délivrer de l’administra- « tion tyrannique de son chancelier » (3) ; et encore le mère

(1) Elle est imprimée. On imprime aussi celle que M.de Boisgelin de Cucé, évêque de Lavaur, prononça dans l’église métropolitaine de Paris. V. Durival, ibid., p. 157. Ajoutons que l’abbé Maury, alors fort jeune, écrivit un éloge de Stanislas, éloge qui fut publié en 1766, in-12. ,

(2) V. Histoire abrégée du parlement (ou de la Cour souveraine de Nancy), imprimée en tête de la Jurisprudence des tribunaux de Lorraine, p. xliij. |

(8) V. Mémoire pour servir à l'Histoire de Lorraine, par M.Noël, n° 5, t. I, p. 3804 et 305. hi

écrivain a-t-il, un peu plus haut, tracé les lignes suivantes : « Stanislas, considéré comme homme privé , comme riche seigneur, était grand, bienfaisant, généreux. Tout ce qui l’entou- « raft et le servait éprouvait les effets de sa bonté. Les artistes « et artisans de la ville de Nancy devaient être fort reconnais- « sants pour les nombreux ouvrages qu’on leur fit exécuter. « L'introduction des frères de la Doctrine Chrétienne, donnant « des leçons gratuites à la jeunesse, était alors un grand bien- « fait; celle des frères de Saint-Jean de Dieu pour traiter et « soigner les pauvres malades n'était pas un bienfait moins « grand... L'établissement d'une bibliothèque publique, et, « « « « « « «

plus tard, celui d’une académie, le don de 100,000 fr. fait aux commerçants de Nancy... Voilà les actes qui ont pu avec raison, motiver... l'érection d’une statue à Stanislas... Pour beaucoup de gens,pour les artistes, peintres, sculpteurs, architectes, musiciens, et pour denombreux établissements à Nancy et à Lunéville, Stanislas fut un être bienfaisant, grand, généreux, bon, prévoyant (1). »

Les diverses fondations du roi de Pologne lui avaient coûté huit millions cinq cent dix-huit mille deux cent vingt-trois livres, et pour un prince dont la liste civile était assez faible, la sommé est réellement énorme. Ses charités privées, dont personne n’eut le secret, étaient innombrables ; un biographe a vu un billet écrit de la main de Stanislas, et dans lequel: on lisait : « Bonjour, mon cher Alliot, porte-toi bien. Je pars: envoie-moi « le tableau des aumônes que j'ai résolu de distribuer dans les « villes où je passerai, comme tu l'as dressé. » Il répétait sou- « vent: Un roi ne doit jamais s'informer s’il y a des misérables « dans ses États, mais demander où ils sont; et ne pas « le demander à ses courtisans, qui n’auroient pas de honte de « lui tendre la main comme les sujets les plus dignes d’éprou-

(1) V. ibid., p. 288 et 239.

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« ver les effets de sa généreuse compassion » (1). Il méditait, lorsque la mort l’enleva, une entreprise plus considérable que celles qu'il avait exécutées pour soulager les malheureux. « Il « avoit conçu, dit l’évêque de Toul dans le mandement qu'il « publia à l’occasion de la mort du roi, et m’avoit confié l’im- « mense projet de fonder dans toutes les paroisses de la cam- « pagne les mêmes établissemens de charité qu’il a faits dans « toutes les villes de ses États en faveur des pauvres et des « malades : projet plus vaste que ses ressources ; mais ses res- « sources s'étendoient et se multiplioient en quelque sorte, « pour se prêter à la grandeur de ses vues et aux profusions de « sa charité. »

Non seulement il aimait à donner, mais il savait donner avec discrétion et délicatesse ; ceux qui avaient part à ses bienfaits étaient moins reconnaissants du présent lui-même que des paroles bienveillantes dont il était accompagné, et l’on n’éprouve qu’un embarras, c’est celui de choisir au milieu de tous les traits de générosité que nous ont conservés les biographes du roi de Pologne.

Stanislas avait des mœurs pures et simples. Il fuyait, quand la chose était possible, le faste et l'appareil de la royauté, et, retiré dans son cabinet, il aimait à se livrer à la composition littéraire (2). Marin et le chevalier de Solignac ont fait imprimer, sous le titre d''Œuvres du Philosophe Bienfaisant (3), un recueil des principaux écrits français de leur maître, et celui-ci avait publié les ouvrages dont les titres suivent: Le Philosophe Chrétien (4), traité destiné à montrer comment on peut accorder les devoirs de la religion avec ceux de la société ; Combat de la

(1) V. Proyart, ibid., p. 864 et 389

(2) V. idem, ibid., p. 859, 860, 370-384, 418 ot 414. (3) Paris, 1763, quatre volumes in-8° et in-12.

(4) Doux parties in-12, 1749.

volonté et de la raison (1); Réponse d’Ariste aux conseils de l'amitié (2); Réflexions sur divers sujets de Morale (3); Discours, dans lesquels on prouve que le vrai bonheur consiste à faire des heureux, et que l'espérance est un bien dont on ne connaît pas assez le prix (h); Entretien d’un Européen avec un Insulaire du royaume de Dumocala (5); Recueil de diverses matières (6) et L’incrédulité combattue par le simple bon sens, essai philosophique, par un roi (7). De plus, la ‘ bibliothèque de la ville de Nancy possède un volume, in-folio, entièrement formé d’autographes du roi ou de copies de ses œuvres, et renfermant plusieurs opuseules qui n’ont jamais vu le jour (8). Enfin, Stanislas n’avait cessé de cultiver la langue polonaise, et il composa dans cet idiome trois écrits qui sont devenus fort rares: Glos Wolny Wolnosé Ubespieczaïacy (9) : Rosmowy duszy z panem Bogiem, etc. (10), et Hisiorya Starego y Nowego Testamentu (11). +

Ses efforts pour favoriser les progrès des lettres n ol pas

(1) Môme année, in-12 de 44 pages. .

(2) In-12 de 234 pages, 1750.

(8) Môme année, in-8° de 137. pages.

(&) Môme année.

(5) Nancy, 1752, in-12 de 87 pages.

(6) Nancy, 1764, in-8.

(7) Un volume in-18.

(8) Cabinet des mss., n° 32.

(9) In-4e, 1743, On en a donné une traduction française, ! sous le titre de: La voix libre du citoyen, ow Observations sur le Jon nement de Pologne; Paris, 1749, in-12.

(10) Ou Entretiens de l'âme avec Dieu, tirés des paroles de saint Augustin, dans ses Méditations, ses Soliloques et son Manuel ; 1745, un volume in-8°. Le texte français a été composé par l abbé Clément.

(11). Nancy, Pierre Antoine, 1761, un volume in-folio. C’est une traduction en vers polonais d’une histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament.

malheureusement un plein succès. La plupart des auteurs qui avaient brillé pendant le premier tiers du XVIII siècle étaient morts, ou avaient quitté la Lorraine, ou se trouvaient condamnés au repos par la vieillesse. Dom Calmet continuait toutefois à publier ouvrage sur ouvrage. Dom Cellier donnait, de temps en temps, quelques volumes de son Histoire des auteurs sacrés, qu’il a laissée incomplète, et qu'aucun de ses confrères n’était capable d'achever. « Il est à souhaiter, écrivait Chevrier, « que l’ordre de Saint-Benoît, qui a produit de si grands « hommes en Lorraine, soutienne la réputation qu'il s’est « acquise; je le désire, mais je dis avec douleur que je ne le « prévois pas. |

« Le dernier des Romains est prèt à nous quitter.

« Dom Cellier mort, je ne vois plus d'homme véritablement « savant chez les Bénédictins de notre province (1). »

Au moment où Chevrier traçait les lignes précédentes, on venait de perdre Dom Ambroise Pelletier, religieux de l’abbaye de Senones, qui avait entrepris la rédaction d’un nobiliaire de Lorraine. Le premier volume, contenant les renseignements relatifs aux anoblis, déchaina un orage terrible ; la Cour souveraine déclara que le nobiliaire ne ferait pas foi en justice, et Dom Pelletier mourut des suites de mauvais traitements exercés sur lui par certains gentilshommes que son livre avait offensés (2). Les Bénédictins comptaient encore dans leurs rangs Dom Joseph de l'Isle, qui préludait par la publication de petits ouvrages à celle d’une bonne histoire de l’abbaye de Saint-Mihiel, qu'il avait longtemps habitée (3); les Prémontrés citaient, avec complaisance, le Père En Jeune, natif de

(1) Hist. de Lorr., t. IX, p. 24 et 25.

@) V.GCalmet, Bibl. lorr., col. 721; V. Durival, ibid., p. 228. | ae Nancy, 1757, un volume in-4, V. Calmet, ibid., col. 588 et

Tignécourt, auteur d'une histoire des Templiers, que l’on regarde maintenant comme bien médiocre (1), et le Père Albert Marion de Hattonchâtel, qui a laissé des ouvrages sur le droit canonique, considéré principalement dans ses applications à la règle de saint Norbert (2); les Gisterciens ou Bernardins, le Père Jean-Antoine Macusson, de Bar-le-Duc, auquel on doit plusieurs écrits sur la religion, la philosophie et la physique (3); les Capucins, le Père Thomas de Charmes, dont la Theologia universa ad usum Sacræ Theologiæ candidatorum (4) se répandit avec rapidité dans toute l’Europe catholique, fut adoptée comme manuel dans une foule de séminaires et valut à l’auteur une lettre très-flatteuse de la part du pape Benoît XIV, bon j juge en pareilles matières (5).

Les Jésuites avaient aussi parmi eux de hommes distingués, entre autres les Pères Leslie et de Menonx, tous deux membres de l’Académie. Le premier a composé un excellent abrégé de l’histoire généalogique de la Maison de Lorraine (6), et heaucoup de vers, que Ghevrier qualifie de très-heureux, mais que la modestie de ce religieux l’empêcha de faire imprimer. On regrette également la perte des poésies du Père de Menoux, auquel Chevrier, malgré son envie de critiquer, n’a pu refuser un juste tribut d'éloges (7). Ce Jésuite avait de plus un véritable talent pour la chaire, où il rencontra un émule digne de lui dans la personne du Père Husson, Cordelier. Ce dernier était presque toujours éloquent et pathétique, si l’on

(1) V. idem, ibid., col. 544.

(2) V. idem, ibid., col.. 638-640.

(8) V. idem., ibid., col. 609 et 610.

(4) Nancy, Loseure, 1749 et 1750, six volumes in-8e.

(5) V. Calmet, ibid., col. 948 et 944, et supplém., col. 102 et

(6) Commercy, Thomas, 1743, un volume in-8e.. | (7) V. Hist. de Lorr., t. VII, p. 311.

s'en rapporte à Chevrier, qui avait dü l'entendre souvent (1), et nous pouvons avoir encore une idée de son élocution en lisant son éloge du graveur Jacques Callot. Rappelons aussi que notre pays a donné le jour au célèbre Père Guénard (2), qui y a passé toute sa jeunesse et qui remplissait, en 1755, les fonctions de préfet des études au collége de Pont-à-Mousson.

Les Bénédictins, dont les travaux avaient ordinairement pour objets les diverses branches de la science ecclésiastique, étaient tout étonnés de voir parmi eux un poète. À la vérité, le Père Collin de Bar-le-Duc était un poète latin. « II ne manquait pas « de mérite, dit Chevrier ; il y a du feu et de la chaleur dans ses « vers, èt le Père Collin peut figurer avec ceux qui ont illustré « la poésie latine ; on trouve dans ses vers les deux parties « essentielles qui constituent le poète : l'imagination et l’élé- « gance (3). » On voudrait être autorisé à décerner les mêmes éloges aux versificateurs que Stanislas entretenait près de lui, et dont un seul : François-Antoine Devaux de Lunéville, lecteur du roi, a mérité que son nom passât à la postérité (4). On rencontrait aussi parfois à la Cour du roi de Pologne différents littérateurs, qui étaient nés en Lorraine, mais qui l’abandonnèrent pour aller résider à Paris. Tels étaient : le chevalier de Saint-Lambert d’Affracourt, dont les tristes productions ont contribué à répandre en France le venin des doctrines irréligieuses, et Charles Palissot de Nancy, lequel, tour à tour ami et ennemi des philosophes, finit par devenir l'objet du mépris général et ne laissa, malgré un talent réel et une admirable facilité, aucun ouvrage digne d’être cité comme modèle. Tel fut

(1) V. ibid., t. IX, p. 194 et suiv. |

(2) Il est né à Damblain, le 16 décembre 1726.

(3) Ibid., t. VIII, p. 54, 57, 58, 61 et 62.

(&) V. Notice biographique. sur Devaux, lecteur du roi de Pologne, par M. Guibal, dans les Mém. de l’Acad. de Stanislas pour 1837, p. Ixxiij-Ixxxix. ME OT |

aussi Madame de Graffigny, dont nous avons déjà parlé, et qui

se fit connaître, pendant le règne de Stanislas, par la publication des Lettres péruviennes, de Cénie et de La fille d’Aristide.

À côté de ces écrivains, il faut encore nommer François Timothée Thibault, successivement ou simultanément avocat, banquierexpéditionnaire en Cour de Rome, lieutenant-général de police, censeur royal et procur eur-général près la Chambre des comptes, et qui cultiva avec succès la jurisprudence, l'éloquence et la poésie, bien qu’il soit plus connu aujourd’hui par les mordantes épigrammes de Chevrier, que par les éloges dont ses compatriotes furent prodigues envers lui; N. de Maillet,

conseiller à la Chambre des comptes de Bar, auteur d’un manuel de jurisprudence intitulé : Les éléments du Barreau (1); de Mémoires alphabétiques pour servir à l’histoire, au pouillé et à la description générale du Barroïs (2), et d’un Essai chronologique sur l'histoire de cette province (3); enfin, Chevrier, qui a donné des Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres de Lorraine, avec une- réfutétion de la Bibliothèque de Dom Calmet (4); une Histoire civile, militaire, ecclésiastique, politique et littéraire de Lorraine et de Bar, qui devait former douze petits volumes, mais que la fin prématurée de l'écrivain ne lui a pas permis d'achever (5); des comédies mortes aussitôt après leur naissance; des romans et d’autres livres, où l’on trouve autant d'esprit que de méchanceté. Les satires de Chevrier

(1) Ou abrégé des matières principales et les plus ordinaires ‘du palais, selon les loix civiles, les ordonnances et la coutume de Bar-le-Duc, avec la forme de procéder au civil en justice dans le Barrois; Nancy, Midon, 1746, un volume in-4e,

(2) Bar-le-Duc, 1749, un volume petit in-8e.

(8) Paris, 1757, un volüme in-12.

(4) Bruxelles (Paris), 1754, deux volumesin-12.

(5) IL n’a publié que les tomes I, IT, III, 1V, V, vin et IX : en tout sept volumes petit in-12, Bruxelles, 1958.

l'avaient, de bonne heure, contraint à quitter la Lorraine et même la France, et son exil ne se termina qu'avec sa vie. Son talent lui avait néanmoins valu quelques protecteurs, entre autres le prince Charles-Alexandre, qui lui prêta, pour l'aider dans la composition de l'histoire de sa patrie, des manuscrits précieux, dont la perte est vivement regrettée.

Ce fut aussi loin de la Lorraine que se passa la vie de l’astronome Charles Messier, n6 à Badonviller, en 1730. A peu près complètement étranger aux sciences mathématiques, il ne fut jemais qu’un bon observateur; mais il avait tant de zèle et de persévérance, que l’Académie des sciences de Paris l’admit dans ses rangs, l’année même dela mort de Stanislas. Il découvrit presque toutes les comètes qui parurent de son temps, et on affirme que Louis XV l'avait surnommé le furet des comètes (1). Un autre savant qui honora la Lorraine, à la même époque, fut l'abbé Pierre Sigorgne, natif de Rambercourt, et doyen de la cathédrale de Mâcon. Il était licencié de Sorbonne, et ayant été nommé professeur de philosophie au collège du Plessis, il osa introduire dans l’Université de Paris l’enseignement de la doctrine de Newton, et il publia divers écrits pour la défendre et la propager (2). Le Père Gautier, dont nous avons déjà loué les travaux, en enregistrant la fondation de l’Académie, était ne à Nancy, vers l’année 1710. « Physicien profond et lumineux, dit « Chevrier qui le connaissait, le Père Gautier joignait à ce « talent celui de la poésie, et il est un des hommes rares de ce -« siécle qui ont eu l’art de mêler le charme des vers aux matières « abstraites (3). » Il avait fait imprimer, en 1755, un poëme

(D V. Notice sur la vie et les ouvrages de M. Messier, par Delambre, dans les Mémoires de l’Académie des sciences, an QE p. Ixxxiij-xcij ; Correspondance littéraire de la Harpe, t. 1,

(2) V. l’article Sigorgne dans la Biographie universelle. (8) Hist. de Lorr.. t. IX, p. 228 et suiv. |

sur les propriétés de la lumière et différents mémoires, parmi lesquels son travail sur l'application de la vapeur aux rames des galères occupe le premier rang. Le Père Gautier est aussi l’anteur de Réflexions critiques sur la certitude de la médecine, et le médecin Charles Bagard, son confrère à l’Académie, pénétrant, par représailles, dans le domaine du Chanoine-régulier, écrivit sur les causes physiques des tremblements de terre et sur les maladies épidémiques qui peuvent en résulter. Un traité sur la durée de la vie humaine, une dissertation sur l'inoculation et d’autres mémoires lui avaient assuré une grande réputation et Louis XV l'avait décoré de l’ordre de Saint-Michel. Il méritait, au reste, une pareille distinction, moins encore par sa science que par ses vertus et son désintéressement ; et un contemporain rapporte que Bagard faisait imprimer ses ouvrages à ses frais et les distribuait gratuitement aux pauvres et aux jeunes médecins (1). | |

A côté de ces savants, il faut rappeler ici Pierre Blaïse, dit le chevalier de Saint-Blaise, né à Remiremont, en 1717,et qui publia des traités sur les mathématiques et l’agriculture ; les frères Jean-Jacques et Jean-Daniel Saur de Sainte-Marie-aux- . Mines, dont la renommée comme minéralogistes étaient devenue européenne (2); Jean-Baptiste Bréquin d’Acraigne, qui entra au service de la France en qualité d'ingénieur militaire, puis la quitta pour s'attacher au prince Charles-Alexandre, qu’il suivit dans toutes ses campagnes (3), et le mécanicien Bernard Joyeux de Pagny-sur-Moselle, constructeur d’une horloge tellement

A) Ve ibid, p. 266, 257 ot 267; Calmet Bibl. lorr, col. 72 et

(2) Jean-Daniel, le plus jeune des deux frères, avait été nommé, à vingt sept ans, correspondant de l’Académie des sciences. V. Chevrier, ibid., p.242-244. |

(3) I1 devint directeur du bureau des plans appartenant au corps des ingénieurs, à Vienne. V. Calmot, ibid., col. 166 et 167.

compliquée, qu'il nous faudrait deux ou trois pages pour énumérer ses indications et ses mouvements (1).

Stanislas, qui fit élever tant de monuments remarquables, fut secondé par d’habiles artistes, et parmi eux nous devons citer Emmanuel Héré de Nancy, premier-architecte de ce prince, et sur les plans duquel ont été construits presque tous les édifices précédemment décrits (2); le serrurier Jean Lamour, déjà mentionné (3) ; le serrurier Jeanmaire, élève du précédent, et qui exécuta les grilles de plusieurs chapelles de la Primatiale ; quatre peintres distingués : Provençal; André Joly, élève de Claude Jacquart (4) ; Joseph Ducreux de Nancy, dont la réputation commença seulement vers la fin du règne de Stanislas (5), et Jean Girardet de Lunéville, petit-neveu de Charles Mélin, et le meilleur peintre que la Lorraine ait possédé dans la seconde moitié du XVIII: siècle. Il était élève de Claude Charles, et, après avoir fréquenté l'atelier de ce maître, et avoir fait d'excellentes études classiques dans l’Université de Pont-à-Mousson, il demeura, pendant huit ans, en Italie afin de se perfectionner, et travailla successivement pour la duchesse-douairière, pour le prince Charles-Alexandre et enfin pour le roi, qui le nomma son peintre-ordinaire par brevet du 10 mai 1758, le chargea de peindre le grand-salon de l'hôtel de ville de Nancy, ainsi que plusieurs salles dans les palais de la Malgrange, de Lunéville et de Commercy, et lui paya généreusement beaucoup d’autres tableaux, dont quelques-uns ornent encore les édifices publics de l’ancienne capitale de la Lorraine (6).

: (5 V. idem, ibid., col. 549 et 550.

(2) V. idem, ibid., additions, col. 140.

(8) V. idem, ibid., addit., col. 147; Durival, ibid. p. 230 ot 231. *’ (4) V. Calmet, ibid. col. 548 et 549.

6) V. l’article Ducreux dans la Biogr. univ.

(6) V. Calmet, ibid, col. &16; Lionnois, ibid., t. Il, p. 588 et 589 ; Journal de Metz pour l'an de grâce 1763 , par Stomer.

Non loin de ces artistes, il faut i inscrire Collin, bon. graveur en taille douce ; Louis et Nicolas Mansiaux de Ceintrey, stuccateurs, choisis par le roi pour décorer l’église de Bonsecours et les palais de la Malgrange et d’Einville ; par les chanoines de Saint-Dié, pour métamorphoser l’abside de leur collégiale; par le prince d’Elbeuf et le duc de Chartres, pour embellir les chàteaux de Gondreville et de Saint-Cloud (1) ; enfin, les frères Lambert-Sigisbert, Nicolas-Sébastien et François-Gaspard Adam, tous trois sculpteurs de mérite, et que le désir de paraître sur un plus grand théâtre engagea à se fixer, les deux aînés à Paris, où ils furent admis dans l’Académie de peinture et de sculpture, et le troisième à Berlin, près du roi de Prusse, qui le prit pour son premier-sculpteur.

La plupart de ces artistes survécurent à Stanislas et eurent la douleur de voir anéantir leurs ouvrages aussitôt après sa mort. Louis XV déclara que l’économie était une des principales vertus des souverains et fit immédiatement détruire ces palais, ces parcs, ces jardins, si chers au roi de Pologne. « Chanteheux, « Einville, la Maigrange, le château d’eau de Commercy s’effa- « cerent bientôt comme de beaux rèves, dit Durival ; et les chà- « teaux de Lunéville et de Commercy furent convertis en « casernes, avec un empressement qui augmenta l’affliction de « la province. »

La Lorraine fut réunie au royaume de France et perdit ainsi son indépendance, sept cent dix-huit ans après l'avènement de Gérard d’Alsace comme premier duc héréditaire. Les partisans etles serviteurs de la famille ducale n'entendirent pas avec indifférence s’exhaler le dernier soupir de leur patrie; mais les hommes qui regardaient, avec raison, l'indépendance de la Lorraine comme détruite depuis le départ de François III, et

(1) V. Calmet, ibid., col. 630.

mème depuis le jour où Louis XIII était entré victorieux dans la ville de Nancy, ces hommes se consolèrent en pensant que le peuple des René II, des Antoine et des Charles III, désormais confondu dans la nation française, pouvait, en changeant de rôle, aspirer encore à de glorieuses destinées.

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