CHAPITRE IV
FRANÇOIS Hi! (1729-4737).
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Le lendemain du jour où Léopold était mort, c’est-à-dire Je 28 mars 1729, la duchesse-douairière réunit, dans le château de Lunéville, un conseil où se trouvèrent le prince Charles, les princes d’Elbeuf, de Guise et de Lixheim, les grands-officiers, le garde des sceaux, les secrétaires d'état, les premiers-présidents de la cour souveraine et de Ja chambre des comptes de Lorraine, les procureurs-généraux , les membres de l’ancien conseil d'état et quelques autres personnes. Après un préambule, qui ne nous a pas été eonservé, on leur eommuniqua le testament et le codicille du feu duc. Dans le testament, daté du 8 septembre 1749, Léopold ordonnait que la Lorraine, le. Barrois et les domaines nouvellement acquis formeraient désormais un tout indivisible ; que les mâles succéderaient par ordre de primogéniture et à l'exclusion des filles, et que, si le prince royal était encore .
__ mineur, la duchesse aurait la tutelle et la régence, mais ne
‘pourrait prendre aucune mesure importante que de lavis d’un conseil, dont la composition n'était pas déterminée. Le codicille, qui portait la date du 46 décembre 1726, réglait, au contraire, que si le prince royal était absent, à l'ouverture ‘de la succession, la régence serait confiée à un conseil où entreraient le grand-maître-d’hôtel, le grand-chambellan, le
grand-écuyer, le plus ancien des deux maréchaux, le garde des sceaux, les premiers-présidents de la cour souveraine et de la chambre des comptes, ainsi que le secrétaire d'état et le maître des requêtes qui seraient alors de quartier. La duchesse-douairière en était par conséquent exclue, et la présidence étais attribuée au prince Charles, s’il avait l’âge fixé pour la majorité du souverain (4). Un pareil arraigement ne . pouvait convenir à la veuve de Léopold, à la nièce de
Louis XIV ; aussi, la lecture du testament et du codicille terminée, elle « invita l'assemblée de délibérer sur ce qui » étoit convenable à faire, tant pour l'exécution desdits tesia- » ment et codicille, que pour le plus grand bien et avantage » de S. A. R. François IIL,.... à présent régnant et absent » de ses états » (2). L'assemblée, composée en majeure partie des créatures de la princesse, ne tint aucun compte des dernières volontés de Léopold , proclama la duchesse régente et ne voulut pas même lui adjoindre le conseil dont parlait le
” testament.
Le 31 mars, la délibération dont il s’agit fut ne à la cour souveraine pour y être enregistrée. M. Toustain de Viray , avocat-général, qui avait assisté au conseil du 28 mars, porta la parole, et la cour jugea à propos de procéder à l'enregistrement, tout en déclarant qu’elle se réservait de demander au duc qu’à l'avenir on ne püt nommer de régent «qu’en ladite cour même, comme prérogative naturellement » attachée à son autorité » (3). Elisabeth-Charlotte, satisfaite d’avoir obtenu gain de cause sur le point principal, feignit de fermer les yeux sur les réserves de la cour, mais garda rancune à ceux des magistrats qui avaient opiné contre l'enregistrement. Elle prétendit qu'ils avaient seulement des
(4) Le testament et le codicille de Léopold sont imprimés dans l’ouv. de M. Noël, t. II, p. 206-216.
(2) . le procès-verbal ge ibid., p. 216 et 247.
(8) V. Rec. des ord., t. V, p. 1.
= ii.
commissions, qui ne devaient pas survivre au prince duquel elles émanaient, et que de nouvelles provisions étaient indispensables aux magistrats pour continuer lexercice de leurs fonctions. Elle aurait eu de la sorte la facilité d'éliminer ceux qui lui avaient déplu ; mais la cour souveraine réclama contre une doctrine qui portait atteinte à l'inamovibilité de ses membres, et la duchesse n’osa pas insister ; elle supprima toutefois les lettres d’expectative ou de survivance accordées par Léopold à treize jeunes gens, la plupart fils de présidents et de conseillers, et se ménagea de cette manière le moyen de peupler la cour d'hommes moins indépendants (1).
La duchesse ne s’en tint pas à cette réforme. Par déclaration du 12 juillet, elle éteignit toutes les lettres de survivance données par le duc, et abolit les titres de conseillers-secrétaires entrant au conseil, de secr£taires du cabinet, et autres semblables (2). Le 14 juillet, elle annula les aliénations de terres, seigneuries, biens et droits dépendants du domaine, et fit remonter les révocations jusqu'à l’année 1697, époque de la restitution de la Lorraine (3). Des hommes nouveaux se montrérent, circonvinrent la duchesse, firent éloigner de la cour beaucoup des anciens conseillers de Léopold et tâchèrent de profiter d’une régence dont la durée ne devait pas être bien longue, pour enrichir eux et leurs familles. La princesse ellemême était anirhée des meilleures intentions. Simple et amie de l'économie, elle avait blâmé les prodigalités de son époux. Elle S’empressa d'opérer à la cour les réformes les plus nécessaires, supprima quantité d'emplois inutiles, décida que l’on ne continuerait pas la construction du palais ducal de Nancy et résolut de rétablir léquilibre entre les recettes et
les dépenses. L'entreprise était pleine de difficultés ; car,
(1) V. l’ouv. de M. Noël, ibid., p. 274 et 275. (2) V. Rec. des ord., ibid., p. 10 et 27.
(3) V. ibid., p. 14 et 23.
sans parler des charges ordinaires de l’état , il fallait servir la rente d'une dette évaluée à cinq ou six millions, et la régente avait de la manière la plus solennelle promis de ne pas accroftre les impôts. La subvention avait été réglée, pour 1729, à la somme d’un million neuf cent quinze mille six cent vingt livres, et on déclara que l’on n’exigerait pas davantage pour cette année, ni pour la suivante ; mais, au moyen de certaines modifications apportées à la valeur des monnaies, on réussit à obtenir quelque chose de plus. Le droit de joyeux avènement, fixé à trois cent quatre-vingt mille six cent dix livres pour la Lorraine, et à cent soixantequatorze mille sept cent dix livres pour le Barrois, ne fut levé que sur les personnes exemptes et sur les individus qui avaient reçu des faveurs de Léopold. On paya, sans mot dire, dans la Lorraine et le Barroïs-non-mouvant ; dans le Barroismouvant, il y eut encore des résistances et des procédures, qui ne s'évanouirent que devant un arrêt du conseil du roi (1).
Malgré les sages mesures adoptées par la régente, on ne parvint pas à amortir la dette publique, et même cette dette pe cessa d'augmenter jusqu’au règne de Stanislas. La duchesse faisait des économies ; mais son fils aîné dépensait beaucoup ; livré tout entier à ses projets de mariage avec l’archiduchesse, obligé à faire de fréquents voyages, contraint d'entretenir un train digne de la position qu’il ambitionnait, il demandait continuellement de l'argent à sa mère, et celle-ci n’osait lai répondre par des refus. Les conseillers de la princesse avaient, du reste, découvert un moyen bien commode de mettre leur responsabilité à l'abri : ils rappelaient que l'on devait imputer à Léopold la ruine des finances et soutenaient que les embarras présents étaient la conséquence. des désordres passés. Les anciens serviteurs de ce bon prince reconnaissaient, avec sincérité, qu'il avait été prodigue et
(1) V. ibid., p. 20 et 115; Durival, ibid., t. I, p. 137 et 138.
imprévoyant dans plus d’une circonstance, mais réclamaient contre des accusations qui avaient revêtu quelques-uns des caractères de la calomnie. Le président le Febvre, le plus fidèle serviteur et le meilleur ami du feu duc, résolut de ne pas s’en tenir à d’inutiles murmures. Il rédigea et déposa entre les mains de François ITL, après lui en avoir donné lecture, un mémoire, que lindignation animait d’un bout à l’autre, et dont le préambule commence ainsi :
< Monseigneur,
» Pendant que vos peuples, accablés de la perte qu'ils firent de leur auguste souverain, le 27 mars dernier, ne songeoient qu’à lui rendre les derniers devoirs ;
» Pendant que les prédicateurs s’efforçoient de rendre à sa mémoire les louanges qu’elle mérite, et que les étrangers universellement lui faisoient. la même justice ;
» Vos bons sujets ont eu le chagrin de voir que les per-
sonnes qui, abusant de la bonté naturelle de Son Altesse
Royale Madame-Régente, se sont emparées du gouvernement, ont fait toutes sortes de démonstrations publiques, non seulement pour diminuer l'estime et la bonne opinion que tout le monde avait du défunt, mais aussi pour rendre autant qu'ils ont, pu sa mémoire absolument et généralement odieuse. Ces gens-là n'ont rien omis pour le faire regarder comme. un dissipateur, dont la prodigalité outrée
. @ causé la ruine de l’état et de sa famille, et comme un
imprudent jusque dans la distribution mème de ses grâces.
+ Ils ont publié que le duc Léopold a dépouillé la couronne
de tous ses domaines ; » Qu'il s’est abîimé de dettes;
: » Qu'il a rempli ses tribunaux supérieurs de sujets peu
méritans, | » Et qu'il a répandu l'honneur de la noblesse sans discernement.
» C’est sur ces prestiges qu'ils ont insinué à Son Altesse » Royale Madame-Régente que, pour remédier aux grands » désordres du règne précédent, il falloit employer des . » remèdes extrêmes. »
Entrant ensuite dans la réfutation de ces quatre chefs d’aceusation, Le Febvre faisait observer que l’on ne pouvait avec raison critiquer la conduite de Léopold relativement à l’aliénation des domaines, parce qu'il avait fait des acquisitions plus avantageuses à l’état que la jouissance des biens aliénés, et parce qu'il était facile, sans ébranler la fortune des aliénataires, de tirer de ces domaines autant d'impositions qu'ifs auraient produit de revenu. Il ajoutait, à l'appui de ces deux: considérations , que le duc n’avait pu se dispenser d'acquérir, malgré élévation du prix, 1° les terres d'Ancerville et de Ligny, parce qu’elles appartenaient la première au duc d'Orléans, et la seconde au duc de Luxembourg, dont les officiers ne ces-
saient d'encourager les rébellions de certains habitants du Bar-
rois-mouvant, et 2° la moitié de la principauté de Commercy, qui allait tomber entre les mains d'un seigneur français dont le voisinage serait devenu incommode; que la révocation des aliénations, faite à l’improviste et de la manière la plus rigoureuse, causerait immanquablement la ruine d’une foule de gentilshommes, qui, se regardant comme propriétaires ineommutables, avaient fait de grandes dépenses dans les domaines à eux cédés; que ces domaines étaient autrefois d’un trés-faible produit, parce qu'ils étaient négligés ; et qu’en se bornant à demander aux aliénataires une petite partie du revenu qu’ils en tiraient actuellement, on ferait entrer dans le trésor plus d'argent qu'il n’en recevait antérieurement aux do-
nations. Quant à la dette de cinq ou six millions contractée par Léopold, Le Febvre prétendait qu'elle avait pour origine moins un défaut d'ordre et d'économie, que la nécessité où le due s'était trouvé 1° d'envoyer ou d'entretenir des ministres dans plusieurs cours pour fäire reconnaître la neutralité de la
Lorraine, obtenir les indemnités auxquelles il avait droit d’après le traité de Riswick ou par suite de la perte du
Montferrat, et terminer les difficultés soulevées par la publi-
cation du code Léopold; 2 de payer des pensions aux ministres des principales puissances, dont la protection lui était nécessaire; 5° de contribuer aux frais de la guerre contre les Turcs; #° de procurer à ses frères des établissements convenables ; 5° de faire face aux dépenses occasionnées par le long séjour de François-Etienne lui-même à la cour de l'empereur; 6° de reconstruire les résidences ducales, qui tombaient en ruine au commencement du XVIII siècle; 7° d'établir un haras et de rebâtir ou d'augmenter les usines domaniales, notamment les salines ; 8° d’acquitter les dettes laissées par Charles ITE, Henri IT et Charles IV ; 9° enfin, de faire subir aux monnaies des modifications qui n’avaient pas été avantageuses, mais que les variations continuelles des espèces françaises rendaient indispensables. Le Febvre répondait ensuite aux reproches dirigés contre les tribunaux supérieurs, rappelait la menace que la régente avait faite de ne reconnaitre la validité d'aucune des provisions accordées par le feu duc, représentait que la suppression des expectatives devait causer un notable préjudice à la cour souveraine et aux chambres des comptes, en les privant de jeunes magistrats « que leur mérite personnel, la récompense des services de » leurs pères et d’autres justes considérations y avoient » introduits »; et, après avoir conseillé au dac de restituer à ces magistrats les titres dont on venait de les dépouiller, il examinait le quatrième chef d'accusation relatif aux anoblissements prodigués par Léopold. Il reconnaissait sans peine que plusieurs de ces anoblissements avaient été arrachés au prince par les importunités des courtisans, mais il soutenait que beaucoup d’autres étaient la récompense « du » vrai mérite et des bons services », et que l’on avait commis une injustice criante en répartissant une portion du droit de
ER
joyeux avènemènt sur les anoblis sans distinction; attendu, disait-il, que, « dans tous les états du monde, les grâces » méritées par d’importans services rendus au souverain ne » se révoquent ni ne se taxent point » (1).
François III parut d'abord choqué de la hardiesse de Le Febvre ; toutefois, comme il était personnellement étranger aux mesures critiquées, et qu'il àvait un grand fonds de bonté et de droiture, il relut le mémoire et résolut de'faire droit à quelques-unes des réclamations du président.
L’'entrevue dont nous parlons avait eu lieu dans les premiers jours de décembre 4729, et le duc n’était revenu en Lorraine que le 29 novembre. Il demeura un peu plus d’un mois à Lunéville et fit son entrée solennelle à Nancy le 3 janvier 1730. Les habitants de la capitale l’accueillirent avec transports et le virent, avec beaucoup de satisfaction, imiter l'exemple de ses ancêtres en suivant, deux jours après, la procession qui perpétuait le souvenir de la victoire remportée par les Lorrains sur le duc de Bourgogne (2). Mais il ne comptait rester que peu de temps au milieu de ses sujets ; dès le 22 janvier il publia une déclaration par laquelle il confiait la régence à la duchesse-douairière (3), et il se disposa à se rendre près de Louis XV, afin de faire hommage pour le Barrois-mouvant. Les sept semaines qu’il passa dans ses états ne furent pas, du reste, perdues pour la Lorraine, et il prit quelques mesures pour remédier aux abus que Le Febvre et d'autres lui avaient signalés. Le 9 décembre, il avait réorganisé le conseil d'état, qui fut désormais composé de vingt-huit personnes. Le 40, .il avait supprimé la charge de contrôleur-général et créé un conseil des
. (4) Le mémoire de Le Febvre a été publié en entier par M. Noël, dans ses Mémoires pour servir à l’histoire de Lorraine, n° 4, p. 130-153.
(2) V. Durival, ibid., p. 137 et 138.
(3) V. Rec. des ord.,t. V,p. 43.
finances, formé de six membres (4). Il accorda des pensions plus ou moins considérables à d'anciens serviteurs de son pére, dont la régente avait supprimé les offices, ou qu’elle avait remplacés par des hommes nouveaux , et il lui recommanda de donner la préférence pour les charges qui vaqueraient dans la cour souveraine et les chambres des comptes aux jeunes conseillers qu’elle avait récemment éliminés.
Les Lorrains avaient eu d'abord l'espérance de voir François revenir assez tôt pour. assister aux funérailles de son pére, et on avait retardé ces dernières, afin de laisser au due le temps d'arriver. Mais quand on apprit que différentes circonstances le retenaient à Vienne, on décida que la cérémonie aurait lieu le 7 et le 8 juin 4729. Dés le 29 mars, les entrailles de Léopold avaient été déposées dans Féglise des carmes à Lunéville, et le corps, transporté à Nancy le lendemain, avait été placé dans l’église du noviciat des Jésuites (2). Le 7 juin, le prince Charles, représentant le due François, se rendit dans cette église, avec les princes d’Elbeuf, de Guise, de Lambese et de Lixheim. Il y trouva tous Îles grands-officiers, la maison ducale, la maison militaire, la cour souveraine , les chambres des comptes, l'université, le bailliage, le conseil de ville de Nancy, les députés des quarante-sept villes de Lorraine, ceux des vingt-quatre villes du Barrois, et une multitude de gentilshommes. M. Bégon, évêque de Toul, officiait, assisté de vingt-sept abbés et des chanoines des deux collégiales. Le cortége, qui rappelait presque par sa somptuosité ceux des ducs Charles IIE et . Henri, se dirigea processionnellement vers l'église des Cordeliers, où le cercueil renfermant les restes de Léopold fut mis sur un-catafalque magnifique. Le service fut célébré, le. 8, avec beaucoup de solennité, et le Père Ségaud jésuite,
(4) V. ibid., p. 30 et 32. | (2) Le cœur de Léopold fut donné aux jésuites de Nancy.
prédicateur distingué, prononça l'oraison funèbre du prince défunt.
Après la cérémonie, le corps fut descendu dans le caveau de la chapelle ducale. Quoique la mort de Léopold remontât déjà à quelques mois, les assistants ne pouvaient retenir leurs larmes, et l’on a même affirmé que le pavé de l’église en était littéralement mouillé; figure de rhétorique semblable à celle qui fait couler des ruisseaux de sang sur les champs de bataille. Les chapitres de Saint-Georges et de la Primatiale, la cour souveraine, le conseil de ville de Nancy, la corporation des marchands, l'université, toutes les paroisses de la Lorraine et du Barrois, et même plusieurs villes de France firent célébrer des services pour le repos de l’âme de Léopold. Une foule de prédicateurs lui consacrèrent des oraisons funèbres, parmi lesquelles on remarqua celles dont le Père Albert, carme, et les Pères Denis et Aubert, de la compagnie de Jésus, étaient les auteurs. Dom Calmet, un autre bénédictin et un jésuite avaient composé les inscriptions, qui atteignaient presque le nombre de deux cents, et les décorations des catafalques et des églises avaient été peintes par Claude Charles et par Jacquard (4).
François III, n'ayant pu présider aux funérailles de son pére, voulut au moins faire placer sur un des monuments qui garnissaient le pourtour de la chapelle ducale une épitaphe rappelant, d’une manière ün peu emphatique, les principaux traits de la vie de Léopold (2). Il ordonna aussi de transporter dans le caveau de cette chapelle les corps des princes lorrains qui reposaient dans la collégiale Saint-Georges ; car il lui
(1) V. Relation de la pompe funèbre faite à Nancy, le 79 jour de Juin 1729, aux obsèques de Très-Haut, Très-Puissant et Très-Excellent Prince Léopold 1. du nom, Duc de Lorraine et de Bar, Roy de Jérusalem ; Naney, Cusson, in 4° ; Durival, ibid., p. 136 et 137 ; Mém. pour servir à l’hist. de Lorr., par M. Noël, n° 5, t. 1, p. 191 200.
(2) Cette épitaphe est imprimée dans Lionnois, ibid., t. L, p. 155.
t. TL ; 11
semblait que cette église, mutilée sous le règne du feu duc, n’était plus un séjour digne de ses ancêtres (1). |
Après s'être acquitté de eette dette envers la mémoire de son père, le duc partit pour Paris, où il avait été précédé par le marquis de Stainville, chargé de régler, avec les ministres de Louis XV, ce qui concernait la cérémonie de l'hommage. Elle eut lieu le 4° février, et le duc, qui gardait l'incognito et avait pris le nom de comte de Blämont, resta à Paris jusqu’au 45 du même mois. Il logeait au Palais-Royal, chez le duc d'Orléans, son cousin-germain, et comme on savait que le mariage de François avec Marie-Thérèse était définitivement arrangé et devait ouvrir au prince lorrain l’accès du trône impérial, on eut pour lui mille égards, tandis que ses prédécesseurs avaient eu souvent à se. plaindre des procédés des rois et de leurs ministres. Louis XV accueillit le duc avec affabilité, l’engagea à l’accompagner à de grandes chasses organisées tout exprès, lui fit visiter les maisons. royales, ainsi que les curiosités de Paris, et lui donna une superbe tenture des Gobelins, composée de sept pièces, enrichie d’or, exécutée d'après Raphaël et représentant des sujets mythologiques (2).
De retour en Lorraine, François, qui songeait déjà à reprendre le chemin de Vienne, s’occupa toutefois avec beaucoup d’altention du gouvernement de ses états, dans le but, probablement, d’étouffer les murmures que soulevaient les mesures malencontreuses décrétées par la régente. Un des premiers actes de l'administration dy jeune prince fut le renouvellement du bail des fermes. On l’adjugea, le 2 mars 1730, au sieur Pierre Gillet, qui s'engagea à verser annuellement dans les caisses ducales une somme de deux millions six
(4) V. Calmet, Notice, t. I, col. 80.
(2; V. Durival, ibid., p. 138 et 139 ; Moniteur universel du 27 mars
cent mille livres, pendant neuf années commençant à courir le 4°" janvier 4734 (1). Le 1° avril, le due signa une ordonnance qui enjoignait aux communautés d'entretenir, chacuné sur son territoire, les chemins servant à les mettre en rapport les unes avec les autres (2). Le 2 septembre, il publia une déclaration sur la police générale (3). En même temps, il s’occupait d'embellir les résidences ducales, particulièrement le château et le parc d’Einville, et il créa une faisanderie, qu’il remplit de faisans amenés d'Allemagne (4). Le 45 novembre, il réorganisa l’académie de Lunéville, qui continuait à être fréquentée par un grand -nombre de jeunes seigneurs anglais et allemands. Le baron de Schack en fut nommé directeur ; Jamerai-Duval y enseigna, comme on l’a dit, l’histoire, la géographie: et les antiquités, et on confia à . Vayringe la chaire de physique expérimentale (5). Peu de. mois après, le duc approuva les statuts et se déclara le protecteur d’une académie de musique récemment fondée par les habitants de Nancy (6). |
Le 22 avril 4751, il déféra de uouveau la régence à sa mére (7). Îl était parti quelques jours auparavant, gardant toujours l'incognito et le titre de comte de Blâämont. Il parcourut lentement les. Pays-Bas autrichiens et. la Hollande, s’embarqua pour l'Angleterre, regagna le continent, visita le Hanovre et la Prusse, et ne quitta Berlin que le 15 mars 17592, pour retourner à Vienne. Dés le 28 du même mois, il reçut les patentes de vice-roi de Hongrie et prit solennellement possession de cette charge à Presbourg, le 6 juin suivant (8). Les
(1) V. Rec. des ord.,t. V, p. 44.
(2) V. Durival, ibid., p. 139.
(3) V. Rec. des'‘ord.. ibid., p. 99.
(&) V. Durival, ibid.
(5) V. Calmet, Bibl. lorr., col. 994.
(6) V. Rec. des ord., ibid., p. 130.
{7) V. ibid., p. 141.
(8) V. Durival, ibid., p. 140.
Lorrains, en voyant leur souverain les abandonner aussi vite, : s'étaient bien doutés qu'il ne reviendrait plus; ils en éproùvérent un profond: chagrin, et leurs regrets les rendirent encore plus mécontents du gouvernement de la régente. On n’entendait que l'éloge du jeune prince, et le ,Père Leslie fut seulement le fidèle écho de l'opinion lorsqu'il traça, dix années plus tard, ce portrait du duc François, portrait qui est plus recommandable pour l'éclat des couleurs que pour la ressemblance : « À Lunéville, il s’appliqua à remettre l’ordre dans
les finances, à retirer ses domaines aliénés, et à faire, pour la suite, des règlemens également sages et utiles. A la tête de tous ses conseils, entrant dans tout, et plus appliqué dans le feu de lâge que ses ministres les plus accoütumés au travail ; il ne se forma dès lors aucun projet, comme il ne s’accorda aucune grâce, dont il ne fût le principal, ou plutôt l’unique auteur. Aussi impénétrable lui-même aux yeux les plus perçans, qu'habile à pénétrer dans les secrets les plus cachés des cœurs, et à les leur arracher sans qu’ils s’en aperçussent, il trouva dans un génie né pour les grandes affaires toutes les ressources d’une grande expérience. Jaloux des bienfaits qu'il aimoit à répandre lorsqu’on s’y attendoit le moins, on le vit aussi sourd aux sollicitations et à limportanité qu'attentif à prévenir le mérite et les services. Ce fut par ces grands talents pour le gouvernement qu’il ajouta dès lors un nouveau lustre aux qualités de l'esprit et du cœur qui lui étoient naturelles. » Leslie ajoute et avee raison: : « D’une sobriété presque sans exemple sur le trône; se contentant des mets, des logemens, des habillemens les plus communs ; donnant l'exemple pour toutes les fatigues du corps, quand il n’a pu dans la suite en garantir ses troupes ; aussi réglé dans ses mœurs que pénétré des sentimens de la Religion ; sentant devant Dieu son néant jusqu’à ne vouloir, dans ses états, aucune place marquée dans les églises ; s’y confondant avec
» ses sujets, dont on ne le distinguoit que par son recueille- » ment et sa piété; tel parut sur le trône de ses pères, au » commencement même de sa carrière, le successeur de » Léopold (1).
Les regrets que le départ de François avait inspirés aux Lorrains ouvrirent les yeux à la régente. Eclairée par l'expérience, ee résolut de renoncer à ses projets de réforme, et, tout en essayant de rétablir les finances, elle ne songea plus qu’à mener à bonne fin les entreprises ébauchées par. son mari. Par ses ordres, on acheva les chaussées ‘qui n'étaient pas encore portées à leur perfection, et on construisit plusieurs ponts sur les principales rivières, notamment sur la Meuse (2). Elle encouragea le commerce et l’industrie, fit subir aux monnaies lorraines une modification qui fut la dernière, et dont les résultats obtinrent l'approbation générale, imposa une subvention de dix mille livres sur les juifs autorisés à fixer leur domicile en Lorraine, : et défendit aux baillis de laisser d’autres familles de la même nation pénétrer sur le territoire de notre pays, sous queue prétexte que ce fût (3). ut
En même temps, elle ne négligeait rien pour aug-, menter la splendeur de sa propre maison; elle faisait donner l’éducation la plus brillante au prince Charles- Alexandre, et parvenait à engager les dames de Remiremont à choisir pour coadjutrice de l’abbesse la princesse Elisabeth- Thérèse (4).
Les efforts de la régente pour accroître la prospérité de notre patrie furent malheureusement contrariés par les évènements politiques. Auguste IT électeur de Saxe et roi de Pologne mourut le 4° février 1733, et Louis .X V exhorta son
(1) Abrégé de l’hist. généal. de la Maison de Lorraine, p. 174 et 175. (2) V. Calmet, Notice, t. Il, col. 862. |
(3) V. Rec. des ord., ibid., p. 234 et 311; Durival, ibid, , P- 141.
(4) V. Durival, ibid. p. 145.
beau-père, Stanislas Leckzinski, à demander de nouveau une couronne qu’il avait déjà portée. Stanislas, dégoûté de l'ambition et des grandeurs, éprouvait la plus vive répugnance à se mettre derechef sur les rangs. Il céda néanmoins et fut proclamé roi à Varsovie, le 42 septembre ; mais le fils d'Auguste avait imploré l'appui de la Russie, et une armée moscovite, commandée par le comte de Munich, envahit sur-lechamp la Pologne, dissipa les partisans de Stanislas, obligea celui-ci à chercher un refuge à Dantzick et fit élire Auguste III roi de Pologne, le 5 octobre suivant. Ce prinee, qui avait épousé l’ainée des filles de l’empereur Joseph F°' et pouvait élever, au nom de sa femme, des prétentions sur la monarchie autrichienne, promit à Charles VI de garantir la pragmatique aux termes de laquelle l’archiduchesse Marie-Thérèse était appelée à succéder à son père, et Charles favorisa, par re-. connaissance, les prétentions de lélecteur de Saxe et fil même occuper par des troupes allemandes les parties de la Pologne les plus voisines de l'empire. |
Louis XV voyait avec dépit la déplorable issue d'une entreprise dont il était le principal auteur, et il cherchait les moyens de se venger des deux puissances qui venaient dé renverser la fortune de son beau-père. Comme on ne pouvait guère songer à aller attaquer la Russie sur son propre territoire, on se contenta d'envoyer à Stanislas un secours insuffisant , qui ne réussit pas même à pénétrer jusqu’à lui ,.et on déclara la guerre à Charles VI. Une des premières opérations devait être l'invasion de la Lorraine. La régente rappela que la neutralité perpétuelle du duché avait été reconnue par tous les souverains ; on lui répondit que l’on n’avait pas l'intention de garder ce pays, mais qu'il appartenait au futur gendre de l’empereur, et-que l’on était'en droit de s’en assurer provisoirement. L'argument parut péremptoire. Comme la Lorraine n’avait plus d'armée, la régente se trouva dans l'impossibilité de faire un simulacre de résistance, et lorsque
M. de Verneuil, l’un des secrétaires du cabinet du roi, se rendit à Lunéville pour annoncer l’arrivée prochaine des troupes françaises, la princesse se borna à protester contre la violation de la neutralité. Quelques jours après, un corps d'armée, sous les ordres du marquis de Brézé, se répandit dans le plat-paÿs et occupa même la plupart des villes (4). Les Français observaient, au reste, une exacte discipline, et la: régente prit, de son côté, les mesures les plus efficaces pour prévenir les querelles entre ses sujets et les étrangers. Le 24 mars 1754, elle défendit, à peine de la vie, de former des bandes de gens armés et des rassemblements de maraudeurs ; le même jour, elle enjoignit aux communautés de planter sur les chemins des poteaux munis de l’écusson de Lorraine ; le 29 novembre précédent, elle avait interdit de rien acheter aux soldats, maraudeurs et personnes inconnues, afin d'enlever à l'amour du pillage son plus puissant aiguil- Jon (2). .
Comme la vallée du Rhin, depuis Strasbourg jusqu'à Coblentz, était devenue un des principaux théâtres de la guerre, la Lorraine ne cessait d’être sillonnée par les troupes françaises qui se rendaient à l’armée ou qui en revenaient, et la régenté n'était occupée qu'à donner des ordres pour maintenir partout la tranquillité et pourvoir aux approvisionnements. M. de Lutaux, qui était chargé du service des vivres pour l’armée française, avait acheté d'immenses quantités de blé et demanda des voitures pour les conduire à Strasbourg ; on fut obligé de mettre beaucoup de charrois en réquisition, mais les laboureurs ne perdirent pas leur temps, car on leur paya le transport à raison de trois sous par sac et par lieue. Le 11 mars 4734, le cardinal de Fleury écrivit à la duchesse pour requérir l'autorisation de prendre dans les forêts domaniales
(1) V. idem, ibid”, p. 142 ; Lionnois, ibid., t. HIl, p. 53 et 54. (2) V. Rec. des ord., ibid., p. 283 ct 284.
soixante et dix mille palissades destinées aux places de Marsal, Longwy, Sarre-Louis et autres, qui étaient trop éloignées des bois appartenant au roi. Le 43, Louis XV adressa lui-même à la régente une lettre, dans laquelle il lui notifiait poliment qu'il ne pouvait priver ses troupes des secours en tout genre.que leur offrait le territoire de la Lorraine, mais que l'on n’enleverait rien sans payer, ajoutant qu’il avait preserit à ses généraux et à ses intendants d’avoir mille égards pour les sujets de François ILL. Ceux-ci profitérent mème d'abord de l'invasion de leur pays, car ils tirérent meilleur parti de leurs denrées, surtout des blés, de l’avoine et des foins, lesquels furent vendus à un prix convenable. Malgré les recommandations de la duchesse, qui avait ordonné aux Lorrains de garder la neutralité la plus parfaite, beaucoup d’entr’eux, surtout des gentilshommes, prirent du service dans l’une ou l'autre armée (1) ; quelques-uns se distinguërent, et le prince de Lixheim, qui combattait dans les rangs français, trouva une mort glorieuse au siége de Philipsbourg, le 2 juin 1754.
L'hiver suivant fut employé en préparatifs, et la guerre recommença avec le printemps. Cette fois, la Lorraine eut à en souffrir. Le comte de Seckendorff, qui commandait les Impériaux, obtint divers avantages et s’approcha de notre pays. Les généraux français avaient demandé que l’on envoyât à Landau et à Neustadt un million de rations de fourrage. Les convois qui transportaient cette énorme fourniture étaient en marche depuis quelques jours et sur le point d'arriver à leur destination, lorsque l’armée française fut contrainte de faire un mouvement rétrograde. Les convois furent alors dirigés vers la Sarre, et les laboureurs lorrains perdirent, dans cette circonstance, quantité de chevaux et de chariots, désastre dont les effets se firent sentir pendant plusieurs années. En même temps, les ministres de Louis XV, aigris par Îles
(4) V. ibid., p. 290.
obstacles qu’ils rencontraient, devenaient de plus en plus exigeants. Les retards inévitables que certaines réquisitions . éprouvaient, malgré les ordres de la régente, étaient attribués à la mauvaise volonté. Cette princesse était obligée d’entretenir des agents de tous côtés pour rendre plus régulier le service des vivres et des fourrages, et on ne lui tint pas compte en France de la position difficile dans laquelle on la plaçait, en la forçant de contribuer au succès d’une guerre qui‘eut pour résultat d’amoindrir un empire que son fils aîné devait posséder un jour (1). |
L’Angleterre et la Hollande , alarmées par les progrès que faisaient le roi de France et ses alliés, proposèrent des préliminaires qui furent agréés presque sur-le-champ par les puissances belligérantes, et signés le 3 octobre 1735. Nous sortirions du cadre de notre ouvrage si nous rapportions, avec détail, les stipulations renfermées dans les préliminaires de Vienne ; contentons-nous de dire que Stanislas renonçait au royaume de Pologne, tout en conservant le titre de roi ; qu’il obtenait la restitution immédiate de ses biens séquestrés, et qu’il recevait, en échange d’une couronne dont la possession ne lui avait jamais été assurée, les duchés de Lorraine et de Bar, lesquels devaient, après la mort de ce prince, être réunis à la France d’une manière définitive. On donnait en indemnité à François III le grand-duché de Toscane, que la fin prochaine du dernier des Médicis allait laisser sans maître ; en stipulant que le Barrois serait remis à Stanislas immédiatement après la ratification du traité, et que François resterait en possession de la Lorraine jusqu'au moment où le trône de Toscane deviendrait vacant. :
La nouvelle de ces négociations causa en Lorraine une consternation générale. On gardait cependant encore une lueur d'espérance , et la régente, qui connaissait la faiblesse du ca-
(4) V. Durival, ibid., p. 142-144.
ractère de son fils aîné et craignait de le voir consentir à l'exécution des conventions de Vienne, se hâta d’expédier un courrier porteur d’une lettre dans laquelle elle exhortait vivement François à ne pas abandonner l'héritage de ses ancètres (1). Le courrier, qui était parti de Lunéville le 14 novembre, trouva, en arrivant à Vienne, le duc tout occupé des préparatifs de son mariage avec l’archiduchesse et peu disposé à froisser son futur beau-père, en refusant d'accepter un arrangement que l'empereur regardait comme nécessaire. La régente reçut donc une réponse évasive et l'invitation d'envoyer le prince Charles rejoindre son frère. Charles quitta Lunéville, avec une suite peu nombreuse, au commencement de janvier 1736, et, le 22 du même mois, l'empereur écrivit à Elisabeth-Charlotte la lettre suivante :
« Sérénissime Duchesse, Ma Très-Chère Cousine,
»* Deux motifs également consolans pour moi m’engagent » d'écrire la présente à Votre Altesse : l’un est l’heureuse » arrivée du prince Charles son fils, qui m’a remis la lettre » de Votre Altesse, de laquelle je dois Jui faire mes actions » de grâce, espérant que Votre Altesse sera persuadée de ma » satisfaction extrème que j'ai eue de pouvoir embrasser un » parent aussi cher et un prince aussi aimable et aussi ac- » compli, et de toute l'attention que j'aurai pour que les deux » chers frères ayent, selon mes désirs, tout l'agrément et le » moins d’ennui qui sera possible dans ce séjour. Le second » motif de ma plus grande satisfaction, que Votre Altesse » aura, sans doute, déjà appris avec plaisir par le Duc son » bien digne fils, est l’accord fait et conclu entre Nous de son »* mariage avec ma fille aînée Marie-Thérèse. Les raisons qui » m'ont engagé à faire choix d’un gendre aussi cher et digne “» nesont pas seulement les liens les plus étroits d'amitié et
(4) V. idem, ibid,, p. 444.
» de sang qui unissent nos deux Maisons , et cette tendresse » et distinction particulière que j'ai toujours conservées pour » la sienne, mais aussi les grandes et très-aimables qualités » personnelles du cher Duc , lesquelles jointés aux marques » d’une grande attention et amitié parfaite qu'il m'a conti- » nuellement témoignées, m'ont si fort attaché à lui que je ne » pourrois jamais faire un meilleur ehoix d’un gendre pour
» moi, et d’un époux pour ma fille, que mon cher Duc. » J'espère que Votre Altesse, bien loin de s'opposer à mon » choix, en sera contente, comme d’une marque de mon es- » lime et affection singulière que j'ai toujours eues pour cette » Maison, et qu’Elle voudra bien accorder son amitié à sa » nouvelle bru. Et comme les liens de notre parenté devien- » nent plus étroits encore par ee mariage, je n’ai pas voulu » manquer d’en donner cette part prématurée à Votre Altesse. » Et, s’il plaît à Dieu, les fiançailles se feront le 30 du cou- » rant, et les nopces le 12 du mois prochain, temps auquel » je ne manquerai pas d’en faire part convénablement à Votre » Altesse, la priant de recevoir ceci comme une vraie marque » de mon affection et estime constantes, avec lesquelles je » continue d’être de Votre Altesse le très-affectionné cousin.