ÉTAT DE LA LORRAINE SOUS LE RÈGNE DE LÉOPOLD
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La justification de l'éloge qui termine le chapitre précédent résulte non seulement des faits que nous avons eu l’octasion de rappeler, en retraçant les diverses phases du règne de Léopold, mais encore de ceux que nous avons à produire, et on achèvera de se convaincre que, malgré les dépenses excessives et les embarras de ce prince, la Lorraine lui dut son rétablissement et sa prospérité.
Il aurait pu sortir aisément de la position gènée où il se trouvait en augmentant les impôts, ét les Lorrains auraient payé Sans murmures, mais il ne voulut jamais recourir à ce moyen ruineux. Îl consentit même toujours à laisser la cour souveraine et les deux chambres des comptes examiner ses édits bursaux et lui présenter leurs remontrances, avant de procéder à lPenregistrement. Sans parler de la corvée en nature pour les chemins, de la capitation et de quelques autres taxes, qui furent, comme celle-ci, perçues momentanément, par exemple pour l'équipement et la solde des arquebusiers, il n’y avait alors en Lorraine qu’une seule contribution directe : la subvention, dont le taux était trèsmodéré. Les contributions indirectes, peu nombreuses, se réduisaient à un droit de marque sur les fers, à une imposition sur les vins étrangers et à quelques autres péfccptions
douanières (1). Malgré leur peu d’élévation, ces impôts finirent par rendre des sommes considérables. En 4700, la subvention était de six cent quatre-vingt mille livres, et les domaines rapportaient à peine un million (2) ; en 4729, la subvention moutait à un million neuf cent quinze mille six cent vingt livres, et, en 1751, le revenu des domaines dépassait deux millions et demi (3).
Une augmentation aussi extraordinaire tenait presque uniquement à l’accroissement de la population. Cette population, si faible au moment de l'arrivée de Léopold, comptait en 4737 cent vingt-cinq mille sept cent soixante-huit ménages imposables ; ce qui, avec les personnes exemptes et les indigents, représemtait plus de sept cent soixante mille âmes (4). Les villes s’agrandissajent, pour ainsi dire, à. vue d'œil, et Nancy, qui n’avait.en 4698 que. sept mille cinq cent quatrevingts habitants, en ayait dix-neuf mille, six cent quarantecinq en 1733 (5).
Léopold enrichit plusieurs . éirrades. en y Didant des établissements utiles , fit réparer et augmenter les thermes. de Bains et de Plombières (6), et ordonna de créer un baras dans le village de Sarralbe (7). Les colons français conduits dans la Lorraine allemande , sous le règne de Louis XIV, furent soigneusement conservés par le duc, malgré les réclamations des anciens habitants, qui. is ne des
(1) V. Mory d'Elvange, Etats, Droits, Does en on: p. . 30 et 31; Rec. des ord., t. [, p. 390 et si, t. Il, p. 322 et 450, t. Il, p. 101.
(2) Noûs avoné laissé entendre ‘par erreur (ci-dessus, | P. ô, le 1 et 2) que le revenu des domaines dépassait un million.
(8) V. les registres du receveur-général. Les baux avaient été renouvelés, ét la ferme des voa rapporta eux millions six cent mille livres à partir de VPannée 1751.
(4): V. Durival, ibid.; p. 4162. . ., L |
(5) V. Annuaire de la Meurthe pour 1852, p. 71. |
(6) V. Antiquités des eaux minérales de Vichy Plombières, Bains et Niedérbronn, par M. Beauliéu, p. 131, 159 et 160.
(7) V. Galmet, Notice, 4. t. Il,.col. 406 et 407.
étrangers, el comme ces derniers se multipliérent, it ‘en résufta que la langne germanique perdit encore du terrain au commencement du :X VII siècle; mais ce ne fut pas pour faire place au Français ;'ear les colons picards et autres, de même ‘que ‘les paysans lorrains , parlaient des patois barbares , et les bourgevis. eux-mêmes s’en servaient habituetlement, quoiqu'ils eussent tous une connaissance plus ou moins parfaite de ka: langue française 4}, - :.:
: ‘Si l'augmentation des revenus tenait à l'accroissement de la population, cet accroissement lui-même était le fruit de l'aisance qui régna presque constamment dpns les deux dachés, et de la paix que Léopold sut y.maintenir. E’abondance des denrées conservait auk' espèces :monnayées une plus grande valeur que dans les états. voisins, et cette cir« constance, dit un écrivain de notre pays, «:assuroit un » bénéfice chair à tous les étrangers qui tiroient d’ailleurs les » fonds de leurs dépenses: Le François arrivé en Lorraine » se trouvoit, avec son argent, riche d'un quart et d'un » sixième du quart plus que ehez lui. Son louis d'or de 24 » livres y valoit 31 livres. Tout cela procuroit à Nancy une » multitude d'étrangers, qui ne s'en retiroient qu'avec peine » et pour cause d’affaires importantes (2). »
Pour employer une expression presque triviale, la vie était à bon marché en Lorraine, et cet avantage inappréciable était produit par la modération des impôts et par l’état florissant de l’agriculture, du commerce et de l'industrie. Îl a été si souvent parlé de l’état de l’agriculture, que nous jugeons inutile de revenir sur un pareil sujet; mais il est bon de rappeler en peu de mots quelles étaient les PNEU branches d'industrie et de commerce.
(4) V. idem, ibid., col. 425 ; Recherches sur les commencements de l’imprimerie en Lorraine, par M. Bcaupré, p. 365. (2) Lionnois, ibid., t. f, p. 4.
On exportait, comme dans les siècles précédents :
d'immenses quantités dé sel; les électorats de Trèves et de
Mayence, les évèchés de Spire et de Worms, le Palatinat, l'Al-
sace et le Brisgau ayant depuis longtemps l'habitude de se pourvoir en Lorraine (1). Des trains de bois de construction, tirés des forêts des Vosges, continuaient à descendre la Meurthe et la Moselle et se vendaient jusqu’en Hollande (2). Le commerce des denrées coloniales et des étoffes avait reçu ün grand développement. Lorsque Léopold prit possession de la Lor-
raine, dit le Père Leslie, « à peine y avoit-il dans sa capitale » trois ou quatre gros marchands ; on en vit le nombre
: » s’augmenter sensiblement, chaque année.de son règne,. non
» seulement dans cette ville, mais dans tout l'Etat ». On
établit à Nancy des manufactures de draps (3), de chapeaux (#4) et de tapisseries (5). L'ancienne maladrerie de Maréville,
transformée en renfermerie, devint ke siége d’une fabrique de
draps et de bas au métier (6). Pendant les années 1724 et suivantes, on planta beaucoup de müriers, et on fit de nouvelles tentatives pour élever des vers à soie; mais on reconnut, comme antérieurement, que le climat.de la Lorraine est trop froid et trop variable pour que cette industrie en donner des bénéfices certains (7). -
Léopold réglementa la fabrication des dentélies et favorisa la création de manufactures de toiles de coton à Epinal,
Rambervillers, Saint-Dié, Senones et Remiremont ; d'une ru-
(4) V. Calmet, ibid., col. 353.
(2). V. idem, ibid., col. 262.
(3) V. Lionnois, ibid., t. Il, p. 501, 502 et 505.
(4) V. idem, ibid., t. IIE, p. 108 et 109.
(5) V. l’ouv. de M. Noël, t. IE, p. 149.
(6) V. Mémoire historique, statistique et médical sur l'asile d’aliénés de Maréville, par M. Archambault, dans les Mém. de l’acad. de Stanislas pour 1827, p. 415-493.
(7) V. Quelques notes pôur servir à l’histoire de l'industrie séricicole en
Lorraine, par M. H. Lepage, p. 4-7 et 9 ; Durival, ibid., p. 137.
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bannerie à Saint-Dié, et de fabriques d’étoffes de laine à Neufchâteau, Senones et Mattaincourt. Il y avait à Mirecourt des luthiers renominés, et dans plusieurs lieux des-tanneries, qui occupaient des centaines d'ouvriers (1). On voyait à Longuyon une manufacture d'armes à feu; à Sainte-Marie-aux- Mines ane filerie d'argent, et la matière première sortait des mines que l’on avait recommencé .à exploiter dans le val de Liepvre, et qui fournissaient, mais peu abondamment, de l'argent, du plomb et du cuivre rouge (2); à Fontenoy-le- Château, Plombières et Autrey des tréfileries de cuivre ; des . forges où des hauts-fourneaux à Bains, Fontenoy-le-Chä- ‘teau, Harsault, Uzemain, Chanteraine près d'Epina, Rambervillers, Sainte-Hélène, Xertigny;, - Alangy, Claudon, Hennezel, Bazoilles, Barville, Sionne, Fruze, Vrécourt, Villouxel, Attignéville, Bellefontaine, Ruaux, Grandfontaine, Brouvelieures, la Salle, Framont, Vadonville, Robert-Espagne, etc. (3); des manufactures d’acier et de coutellerie : ‘aux Voivres, à Bellefontaine et.à la Hutte aux environs de. : Darney (4); des fabriques de fer-blanc au Thillot et à Bains. Cette dernière parvint à un haut degré de prospérité ; elle employa jusqu'à cinq cents-ouvriers, et ses produits, qui atteigriaient annuellement le poids de deux millions de livres, ‘se répandaient dans toute la Lorraine, en Suisse, en Italie, et même dans des pays plus éloignés (5). Les différentes usines métallurgiques contenaient plus de deux mille ouvriers, et le . travail des forges élait si actif, que les hauts-fourneaux, bien
(t) V. Statistique du département des Vosges, par MM. H. na et Charton, t. 1, p. 4000 ; Calmet, ibid., col. 901 et 921. > - (2) V. Calmet, ibid. , t.1, col. 685, 759 et 741.
(5) V. Statistique dés Vosges, ibid., p. 997 et 998 ; Calmet, ibid.,t. ll, . col. 690. :
(4) V. Calmet, ibid,, t. 1, supplém., col. 68 et 154, t. I, col. 467 et : 821 ; Statistique des Vosges, ibid., p. 997.
(5) V. Calme, ibid., t. E, dot. 62 et 65; Durival, ibid., t. III, P 405 ; Statist. des Vosges, ibid., p. 996 et 997.
que sombreux; ne pouvaient leur fournir une assez grande quantité de fonte, et que l'on était SRE d'en faire venir de la Franche-Comté (1). RE he 2%
“Les verreries occupaient poutre: ‘autant: 7. ss > ::Sans rappeler celles de: Tonnoy et de:Porcieux, où on: se borna' à fabriquer du verre, quand la concurrence des manufactures françaises ne permit plus d'y couler des glaces, on vit naître une foule d'usines de ce genre. Celles de Mayssenthal, près de Bitche, et de Creutzwald, dans les «environs de Bérus, furent créées, en 1702 et 1705; par des ouvriers allemands. Le comte de Lutzelbourg rétablit celle des Trois-Fontaines ou de Saint-Louis, qui avait été détruite pendant les guerres, et reçut l’autorisation « de la faire travailler en verres, cristaux, » cristallins, etc. » Il fonda, vers la même époque, la verrerie dé la Plaine-de-Walsch. Le comte de Tornielle en éleva une autre près de Darney, en 1716. Celles de Gœtzembrück: et de Gætzbrück, non bin de Bitche, furent bâties, la première en 1718, et la seconde en 1724 ; et l’on exécutait dans cellelà, outre de la gobeléterie, des verres de montre, que l'on exportait jusque dans les Indes Orientales. On établit, en 4795 , la verrerie de Dannelbourg ; en 1730 et 4734 celtes de la forêt de Belru, à pea de distance de Darney, et en 1737 les deux usines de Saint-Quirin (2). Quelques-unes ne ‘manquaient pas d'importance, el on assure que la verrerie de Porcieux, à laquelle on réunit celle de Tonnoy, avait une centaine d'ouvriers (3).
L'existence de couches d'argile propre à la fabrication de la poterie avait permis de fonder dans les Vosges plusieurs fayenceries ; il y en avait à Rambervillers, Épinal, Saint-Dié,
(1) V. Statist. des Vosges, ibid., p. 998. |
(2) V. Recherches sur l'industrie en. Lorraine, par M. H. Lepage, chap. !, des verreries, dans les Mém. de l’académie de Stanislas pour 1849, p. 56-76.
(3) V. Statist. des Vosges, ibid. ., p. 999.
Roon-l'Etape, et deux dans la petite ville de Senones. Plus de cent ouvriers y confeelionnaient, chaque année , au moins douze cent mille pièces de toute nature (1) ; mais autune de ces usines ne pouvait être comparée à la fayencerie de Lunéville, qui ne se développa, il est vrai, que-sous les règnes de François III et de Stanislas. On y travaillait la terre de pipe, et les produits de’ cette manufacture étaient justement re-
nommés (2). as |
Les rives de la Meurthe et de la Vologne voyaient sortir de leurs ruines les papeteries qui avaient autrefois pracuré de si grands bénéfices aux fabricants lorrains. On en cdmptait.trois à Epinal , trois à Docelles, deux à Rambervillers , .et d’autres à Laval, Avydoilles, Arches, Archettes, Trémonzey, Plombières, Etival, Dommartis ;'et on estime que ces seize maaufactures employaient cinq cent cinquante ouvriers et donnaiént, annuellement, quatre-vingt mille rames de papier (3). La prospérité des papeteries vosgiennes n'avait pas causé un préjudice notable à celles du Barrois, et, sous les règnes de Léopold et de son fils, il y en avait dans le village de Robert- Espagne (4) et ailleurs. :On en éleva, même une près dè Hombourg, et un libraire de Naney, appelé Jean le Né, obtint la permission ‘d'en construire une autre à. côté des Grands- Moulins. On défendit sévérement d'exporter les drilles et chiffons, afin qu'il fût. possible aux fabricants d'apr provisionner à meilleur marché leurs usines ,:et l'on: prit toutes les mesures propres à favoriser une industrie aussi lucrative (5). Les papiers lorrains eurent bientôt reconquis leur ancienne réputation et furent recherchés dans différents
(4) V. ibid.
(2) V. Calmet, ibid., sh, 700 et 701.
(3) V. Statist. des Vosges, ibid., p. 998.
(4) V. Calmet, ibid;, t. IL, col. sh.
(5) V. Recherches sur indusuie en Lorraine, par M. as chap. Il, des papeteries, dans les Mém. de l’acad. de Stanislas pour 1850 , p. 18-21.
pays. On reconnaissait leur provenance. à des marques particulières ; et chaque manufacturier, pour empécher. de confondre ses produits avec ceux de ses confrères, faisait encastrer dans la façade de sa maison une pierre sur laquelle était sculptée la Per servant à distinguer.ses marchandises. | du |
Les usines. lorraines fournissaient le papier nécessaire à la fabrication des cartes à jouer, dont Epinal et Nancy faisaient encore un trafic étendu, et aux imprimeries qui fonctionnaient dans les principales villes des deux duchés, et jusque dans des boutgades. Il y en eut à Epinal, Neufchâteau, Saint-Dié, Etival, Champ-le-Duc, et dans la plupart des lieux où nous en.avons. précédemment rencontré. Nancy possédait plusieurs typographes, -entr'autres. l'habile Cusson , dont les ouvrages peuvent presque rivaliser avec les plus belles productions des presses françaises. Au reste, cet imprimeur n'était pas lorrain, et Léopold l'avait fait venir de du en lui assurant de . grands avantages.
Le duc de Lorraine était fort instruit ; il. parlait et écrivait, avec une égale facilité, en Latin, en Français, en Allemand et en Italien ; il nous a laissé divers mémoires rédigés sinon avec éléouce. du-moins avec précision, clarté et profondeur (1), et il a composé pour ses fils des instructions admirables sur l’art de gouverner. Il avait étudié les mathématiques , la mécanique et la géographie. « Il raïsonnoit, dit » un de ses biographes, avec les Savans en homme- cultivé, » avec les Artistes en connoisseur délicat, et s’appliquoit à à » inspirer le goût des sciences à ses enfans, et à les faire » fleurir dans ses Etats (2). » Les efforts qu'il fit dans ce
(4) V. à la bibl. publ. de Nancy, cabinet des mss., n° 27 G, pièces 2 et 3, les copies (la première n’est päs complète) de deux mémoires de Léopold sur le règne de Louis XIV et la majorité” des princes hér Fbires de Lorraine.
(2) V. Leslie, ibid. p. 165 et à 166 ; Durival, ibid: pe 135.
but n’ont pas été, sans doute, couronnés d’un succès complet, et on est obligé d’avouer que le règne de Léopold ne fut pas, en général, aussi brillant que ceux de Charles IIE et de Henri ; mais on doit reconnaître qu’il leur est supérieur peutêtre .sous certains rapports (4), et il ne faut pas oublier qu'à la fin du XVII: siècle la plupart des lorrains distingués avaient abandonné leur pays ; que Léopold eut parfois beaucoup de peine à les y rappeler, surtout à les fixer près de lui, et qu’il fut trop souvent contraint d'employer des étrangers.
L'université de Pont-à-Mousson, où s'étaient formés les littérateurs et les savants qui avaient illustré notre patrie, à la fin du X VE siécle et pendant la première moitié du X VIE, attira d’abord l'attention du prince: Quelques personnes, croyant que l’université serait mieux à Nancy, demandèrent au duc d’en opérer la translation, en alléguant que « la ville » de Pont-à-Mousson étoit très-déréglée ; que la jeunesse » n’y étoit pas assez retenue, ni par les bons exemples, ni »"pür l'autorité des magistrats ; que cette ville étoit si décriée, » que lon n’y voyoit presque plus d’écoliers étrangers ; que * ces derniers viendroient volontiers à Nancy, parce qu'ils y » trouveroient: tout ce qu'ils alloient chercher dans les grandes - »' vibes du royaume de France ; que les bourgeois de Nancy » y rencontreroient cet avantage : que les étrangers trouve- » roient aisément des échanges à Nancy ; ce qui leur facili- » teroit les moyéns d’avoir leurs enfans dans les pays » étrangers, pour y apprendre la langue ; tandis que ces » sortes d'échanges n'étoient pas praticables à Pont-à-Mous- » son; à câuse de la pauvreté des bourgeois et de la corruption » de la jeunesse ; que les étudians en droit pourroient fré- » quenter les cours souveraines, converser avec les avocats, » se mettre en pension chéz eux, assister à leurs conférences ;
(4) Ainsi, plusieurs des édifices élevés sous le règne de Léopold l’emportent sur les constructions de Charles EL et de Henri.
» qu’ils trouveroient plus aisément à. Nancy des maitres’ pour » toutes sortes d'exercices, et auroient plus de moyens d'y » recevoir une bonne éducation ; que la faculié de médecine » verrôil'avec plaisir ses: élèves rechercher l'entretien -des » babiles-médecins de Nancy, assister aux confénences qu'on » y pourroit établir, se trouver dans les hôpitaux, se per- » fectionner dans l’anatomie ; et enfin, que.la ville de Pont- » à-Mousson n’y perdrait rien, puisqu'elle serait dans l’o- » bligation de travailler, de cammercer et de profiter des » avantages de la situation. la plus commode du pays pour le » commerce, au lieu qu’elle étoit pauvre, qu'elle lavoit » toujours ‘été et qu'elle le seroit toujours, tandis qu'elle » demeureroit dans la fainéantise, assurée de trouver de » quoi vivre dans -les pensions des écoliers qu'elle entre- » tenoit (1). » 4e a ;
Léopold ne:se laissa pas séduire, par de pareilles raisons, toutes spécieuses qu’elles fussent, et: comprit de lui-même que les études doivent être plus florissantes dans: une petite ville que daas une capitale, où les jeunes gens rencontrent de trop nombreuses distractions, Îl savait, d'ailleurs, que le meilleur moyen d'assurer la ‘prospérité des étals n’est pas de déponiller les provinces au profit de la capitale. En conséquence , il déclara que l’université demeurerait à Pont-à- Mousson et se contenta d'en améliorer les études. Il créa, en 1707, une ‘chaire dé droit public; en 1724, une chaire de droit municipal ou coutumier ;-en 4707, une chaire de chirurgie (2); dont le titulaire jouit des mèmes draits et prérogatives que les professeurs en médecine ; ee qui releva un peu la condition des chirurgiens, que l'on avait jusqu'alors confondus avec les -barbiers, ét que lon forçait à « tenir ‘» boutiqueouverte et avoir bassins pendans ». Léopold honora
(1) V. Calmet, Bibl., lorr., col. 649 et 650. (2) V. Rec. des ord:, t. 1, p. 526 et 540, t. IE, p. 682.
de distinctions flatteuses les professeurs de la faculté de médecine; et obligea les individus qui voulaient PRE l'art de guérir à.prendre leurs degrés. : ue
: On a vu, dans le chapitre second, que le duc avait. cédé à: vost un. terrain domanial pour y établir un jardin des : plantes. Ce terrain n'était rien moins que le jardia du: château , et::la ville: de Pont-à-Mousson, à laquelle on abandonua, pour y construire une fialle, l'ancien jardin des plantes mal placé et trop exigu, éleva .dans le nouveau, une serre et une vaste salle, où devaient se faire les cours de betanique et d'anatomie. Bientôt, grâce à la générosité de La Peyronie et aux soins .du sieur Chevreuse, conservateur de l'établissement, qui ouvrit des corréspondances avec les meilleurs botanistes, le jardin de Pont-à-Mousson fut enrichi d’une foule de plantes rares, et les élèves y trouvèrent ce qui était indispensable à leurs études (4).
- L'université, devenue l’objet de la bienveillance de Léopold, n'avait. pas tardé à recevoir une nouvelle vie; si elle n’attirait plus guère d'étrangers, elle voyait au moins tous les étudiants lorrains suivre ses cours, et le duc pouvait dire avec raison, dans le préambule d’une ordonnance : « L’attention particu- » lière que Nous avons eue jusques à présent à procurer.à » notre université de Poht-à-Mousson les moyens de Id « rendre florissante, a excité avec tant de succès l’émulation » dans chacune de ses facultés, que Nous voyons avec plaisir » qu'elle se distingue par la capacité de ses. professeurs, ét » par le concours de ceux qui sonore à y. D oi du » mérite et de la réputation ». |
On vit alors sortir de l’université une foule léanes renommés dans tous les genres : théologiens, jurisconsultes, médecins, littérateurs et ‘érudits. Les leçons et les écrits des
cn ;
(4) V. Rogéville, Dict. des ord.,t. II, p. 620-624; Calmet, Hist., t. VIL col. 271.
professeurs propagérent en Lorraine la connaissance de la langue française, qui était comprise de tout le monde dans les villes, mais que peu de personnes parlaient avec pureté, et s'ils ne réussirent pas à faire disparaître l'accent lorrain que les étrangers trouvent si désagréable, ils parvinrent du moins à l’atténuer et à ladoucir. L'université seconda le duc de Lorraine quand ‘son concours pouvait être utile, et notamment lorsqu'il voulut prévenir l'invasion du jansénisme. Le 25 juillet 1706, la faculté de théologie ordonna de se conformer aux dispositions de la bulle Vineam Domini et aux divers décrets pontificaux qui y sont rappelés; enjoignit aux docteurs et professeurs de souscrire cette bulle dans un délai de six mois ; défendit de donner des grades en (lréologie à ceux qui auraient refusé ou négligé de le faire ; déclara que l’on souscrirait, en mème temps que la bulle, le formulaire d'Alexandre VIT; interdit aux membres, gradués, écoliers et sujets de la faculté de suivre les opinions de Jansénius et de ses disciples, et de révoquer en doute l'infailibilité du Saint-Siége, à peine d'exclusion ; prescrivant, au contraire, de combattre, dans toutes les occasions, les erreurs de l’évêque d’Ypres, et même de dénoncer les personnes qui en seraient imbues. Le 22 juillet 4714, la faculté accepta la bulle Unigenitus, qu'elle ordonna d'enseigner comme règle de foi, et elle confirma, le 20 juillet 1716, les décisions précédentes, qu’elle fit: imprimer et afficher, afin que l’on ne fût pas en DOME d’alléguer son ignorance (1).
Ces mesures rigoureuses irritérent les novateurs. M. de Coislin, évèque de Metz, qui penchait du côté du jansénisme et ne voyait que par les yeux de son grand-vicaire, l'abbé Séron , ecclésiastique français tout dévoué à la secte, chercha l'occasion de vexer l'université et fit publier, le 30 juin
(1) V. Rogéville, ibid., p. 619 et 620 ; v. également ci dessus, p. 71.
4730, une instruction dans laquelle il défendait aux professeurs des quatre facultés de soutenir, laisser: soutenir . ou même distribuer, dans son diocèse, des thèses qui n'auraient pas été examinées par lui et ne seraient pas revêtues de son approbation; mais ils refusèrent de reconnaître une pareille défense (1). |
La plupart des écrivains distingués que possédait la Lorraine avaient étudié dans l’université de Pont-à- Mousson, pendant le dernier quart du XVIF° siècle et les premières années - du XVIIE; et beaucoup d’entr’eux appartenaient soit au clergé séculier, soit aux ordres religieux.
Dans les rangs de celui-là, on trouvait Jean-Claude Sommier et Henri de Vencè. Sommier, né à Vauvillars en Franche-Comté, vint en Lorraine de bonne heure, fut curé de la Bresse, de Girancourt et de Champ-le-Duc, envoyé de Lorraine à Rome, archevêque de Césarée in partibus Infidelium, assistant au trône pontifical, grand-prévôt de Saint-Dié, abbé commendataire de Bouzonville, conseiller . d’état et conseiller-prélat à la cour souveraine. C'était un des hommes de confiance de Léopold, qui se plut à l’accabler de ses faveurs et ne les accorda pas à un sujet indigne. Négociateur habile, Sommier remplit avec succés diverses missions à Rome, à Parme, à Mantoue, à Venise, à Vienne et à Paris ; orateur éloquent, il prononça quelques oraisons funèbres, vivement applaudies, et prêcha plus d’une fois l’avent et le carème devant le duc, qui lui donna le titre de son prédicateur ordinaire ; théologien profond, ‘il publia une histoire dogmatique de la religion en six volumes in 4°, une histoire dogmatique du Saint-Siége en sept volumes in &, et d’autres ouvrages dont les titres ne peuvent figurer ici (2).
(4) V. idem, ibid., p. 625.
(2) 'V. Caimet , Bibl. lorr., col. 903-906 ; Chevrier, Mémoires pour servir à l'histowe des hommes illustres de Lorraine, 1. 1; p. 299-301.
Henri de Vence, né avec moins de talents que Sommier, ne fit pas la mème fortune, et Léopold, qui avait eu l’occasion d'apprécier le mérite de cet ecclésiastique et l'avait nommé précepteur de ses enfants, ne lui donna, pour le récompenser, que la prévôté de Saint-Georges. L'abbé de Vence avait fait une étude approfondie de l’Ecriture Sainte, et il. a laissé de nombreuses dissertations exégétiques.imprimées d'abord avec la traduction, ou pour mieux dire la paraphrase de la Bible
par le Père Carrières, puis avec une partie du grand ouvrage :
de Dom Calmet sur les Livres Saints ; et quoique le contingent fourni par le prévôt de Saint-Georges. ñe soit pas le plus . considérable, la colkection a fini par prendre et conserver le titre de Bible de Vence (1).
La compagnie de Jésus ne nous .offre, —. le règne de Léopold, qu'un seul écrivain de mére : le Père Jean-Joseph Petitdidier, chancelier de l’université lorraine et frère de Dom Mathieu Petitdidier, abbé de Senones. Il jouissait d'une brillante réputation comme professeur et. comme casuiste, et treize ouvrages ou opusecules, tous relatifs à des questions de théologie, confirmèrent l'opinion avantageuse que l’on avait
déjà de sontalent.(2). Les Cordeliers cilaient avec orgueil le
Père Augustin Gérard, auteur d’oraisons funébres , lesquelles eurent beaucoup de vogue de son temps (3) ; et les Capucins le Père Benoît Picart, dont les doetes écrits seront toujours consultés par les personnes qui s'oceupent de. recherches relatives à la Lorraine.; Nul avant lui n'avait aussi bien coma et débrouillé les annales de notre pays; et parmi les historiens qui.ont paru. plus tard Dom Calmet seul peut être. rangé sur la mème ligne. On est même disposé à croire que le, Père Benoît lui fut réellement supérieur, Si l'ensemble des travaux
(4) V. Calmet, ibid., col. 1001 et 1002; Chevrier, ibid., p. 530 et 331. .(2) V. Calmet, ibid., col. 734-736 ; Chevrer, ibid., p. 298 et 299. (3) V. Chevrier, Hist. IX; p.193 F
de Dom Calmet a quelque chose d’imposant , il ne faut pas oublier qu'au moment où parut l'Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine (4728), le Père Benoît était mort depuis huit années, et que tous ses ouvrages avaient été utilisés par le bénédictin. S'il eût appartenu à une congrégation savante, comme celle de Saint- Vanne, il aurait été soutenu et prôné par ses confrères, au lieu que les Capucins ne furent pas assez influents pour défendre un écrivain qui les absolvait du reproche d'ignorance, si souvent élevé contre un ordre auquel on doit cependant plusieurs hommes célèbres dans les lettres et les sciences. L'influence des livres du Pére Benoît fut moins grande encore après sa mort qu'elle ne l’avait été pendant sa vie. Léopold, qui le regardait comme un agent de la France ; les courtisans , habitués à se modeler sur le prince; les membres de la cour souveraine, imbus de principes qué le Père Benoît avait sans cesse condamnés, firent tous leurs efforts pour ensevelir dans l'oubli des ouvrages qui leur avaient déplu. Ils furent puissamment secondés par Hugo, lequel attaqua son rival avec les armes du ridicule. Hugo lui-même mérite, du reste, une place honorable dans la liste des historiens lorrains, et si Léopold ne lui eût pas défendu d'achever le corps d'histoire dont nous avons parlé, et n’eüt interrompu les recherches que le prémontré avait commencées dans les archives de Lorraine, nous aurions, au lieu de quelques biographies détachées , un livre digne de figurer dans les. meilleures bibliothèques. Dégoûté des études qui l'avaient occupé si longtemps, le Père Hugo se mit à réunir et à coordonner les matériaux de deux productions considérables. L'une, qui porte le titre de Sacræ antiquitatis monumenta, est une. collection d'anciennes chroniques et de documents précieux pour l’histoire et pour l'archéologie. L'autre, beaucoup plus volumineuse, devait être divisée en quatre parties ; la première consacrée à une histoire de tous les monastères de l’ordre de Prémontré, détruits ou encore
existants ; la seconde embrassant les annales générales de
l'ordre ‘depuis saint Norbert jusqu'au XVIII siècle ; la
. troisième contenant, sous'le titre ‘de Bibliothèque, des notices :
détaillées sur les prémontrés qui se sont distingués par leurs écrits, et la quatrième racontant les actions de ceux que la sainteté de leur-vie. a fait placer sur les autels.. Cet ouvrage aurait formé huit ou dix volumes i in P; malheureusement le Père Hugo n’était plus jeuné quand il | cireprits et, quoiqu'il eût reçu de toutes parts des mémoires ‘fort curieux, il n’avait
terminé et publié que les deux premiérs tomes, renfermant |
l’histoire des monastères, lorsqu’il‘expira le 2 août 1759.
Il était, depuis bien des années déjà, abbé d’Etival, et le pape |
Benoît XII l’avait nommé évêque de Piolémaïde, dans le consistoire du 45 décembre 1728, afin de couper court: aux démélés continuels du-prémontré et de l’évêque de Toul, relativement à l'exercice de la juridiction épiscopale dans les territoires qui.dépendaient des abbayes vosgiennes.
Malgré la mort de Hugo, les savants: conservérent, pen-
dant quelque temps, l'espérance de voir imprimer la suite de son livre. L'abbé d’Etival avait pris pour secrétaire et pour collaborateur un jeune religieux de ce monastère, le Père Blanpain , dont les'conseils ne lui furént pas toujours inutiles, et; après le décès de son maître, Blanpain annonça qu'il allait continuer et achever les annales de l'ordre de Prémontré ; il en publia même le prospectus ; mais il était peu laborieux et il mourut avant d’avoir mis la dernière main à ce monument (1).
Les Bénédictins comptaïént un plus grand nombre d'hommes
distingués. Sans rappeler Mathieu Petitdidier, dont l’existence se prolongea jusqu’en 4728 , la congrégation de Saint- Vanne et de Saint-Hidulphe possédait plusieurs religieux : . : | | |
(1) V. mes notices sur le Père Benoît Pieart et Charles-Louis Hugo,
passim ; Chevrier, ibid., p. 20. Quelques exemplaires du prospectus du Père Blanpain sont conservés dans la HbHalegRe du séminair e de Nancy.
d'un -certain: mérite, presque tous formés dans les académies ‘que l'on: avait établies vers la fin du XVII siècle. Thomas Mangeart comménçait les études archéologiques dont il consi- . gna plus tard les résultats dans son Introduction à la science des médailles, livre qui ne parut qu'après ta mort de l’auteur (1) ; Dom Humbert Belhomme, abbé de Moyen-Moutier, publiait, en 1724, lHistoria Mediani in monte Vosago monasterii (2), dans laquelle il avait rassemblé et annoié les anciens documents concernant son abbaye; Dom Henri Faulques, qui devint abbé de Longeville, composait des opuseules pleins d’érudition (3) ; Dom Remy Cellier travaillait à une compilation intitulée : Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, qui contient leur vie, le catalogue, la critique, le jugement, la chronologie, l'analyse et le dénombrement des différentes éditions de leurs ouvrages ; ce - qu'ils renferment de plus intéressant sur Je dogme, sur la morale et sur la discipline de l'Eglise ; l'histoire des eonciles, tant généraux que particuliers, et les actes choisis des martyrs ; compilation qui ne devait pas remplir moins de vingttrois volumes in 4° (4) ; enfin, Dom Calmet, nommé successivement Prieur de Lay-Saint-Christophe, abbé de Saint-Léopold de Nancy et abbé de Senones, était parvenu à l'apogée de sa réputation. A la fin du règne de Léopold , il avait déjà donné au publie son Commentaire littéral sur tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, dont il y eut deux éditions in 4° el.une édition in f° ; une Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament ; un Dictionnaire de la Bible ; l'Histoire de Lorraine, en trois gros volumes in fo, et quelques opuscules, que nous passons sous silence. Il publia, dans la suite, un Commentaire littéral sur la règle de saint Benoît ;
{4} V: Calmet, ibid., col. 627 et 628. ‘ (2) Strasbourg, in do.
(3) V. Calmet, ibid., col. 360 et 361.
(&) V. idem, ibid., col. 255 et 256.
une Histoire universelle ; une seconde édition considérablement augmentée de l'Histoire de Lorraine ; une Bibliothèque lorraine ; une Notice de la Lorraine ; une Histoire généalogique de la Maison du Châtelet ; un Traité sur les apparitions des Esprits ; un Traité sur les eaux de Plombières, et quantité de dissertations sur divers sujets. En 1754, Chévrier assurait que l’abbé de Senones avait imprimé seize volumes in f, cinquante-huit in 4°, et quatorze volumes de moindre format (1). Dans cette addition on remarque plus d'un doubleemploi, mais aussi. Dom Calmet a terminé de nouveaux ouvrages après l’année 1754 et a laissé plusieurs manuscrits, entr’autres une bonne histoire de l’abbaye de Senones. :
Ses écrits sur la Lorraine sont très-recherchés. Les personnes les plus prévenues contr'eux ne peuvent s’empécher de les regarder comme une mine féconde pour les historiens futurs, et on regrette que la censure n'ait pas permis au savant bénédictin de dire tout ce-qu'il avait appris. Lorsque la première édition de l'Histoire de Lorraine fus entièrement imprimée et sur le point d’être distribuée, on annonça à Léopold que le livre renfermait des passages injurieux pour la France, ou propres à compliquer les difficuliés relatives à la mouvance du Barrois et à réveiller les anciennes prétentions du chapitre de Remiremiont. Le due confia aussitôt l'examen de l'ouvrage à une commission composée de trois membres, et dans laquelle se trouvait le président le Febvre. Les censeurs taillèrent sans miséricorde dans Îes trois volumes du bénédictin et ealevèrent quarantecinq feuillets, formant cent quatre-vingts colonnes ; les uns furent remplacés par une nouvelle rédaction, dans laquelle on ne laissa entrer rien de suspect; les autres disparurtnt sans retour; il en résulta que la pagination fut interrompue dans quelques endroits, et lorsque, sous le règne de Stanislas, Dom
(1) V. Mém. etc., t. 1, p. 520.
Calmet publia la seconde édition de l'Histoire de Lorraine, il n’osa pas réimprimer Pete des passages "Hppeines par les censeurs (1).
Quand on parcourt ce livre, et en général a productions de l’abhé de Senones, on est choqué des contradictions que Jon y rencontre. Elles sont parfois si nombreuses, que l’on est tenté de croire que l’auteur ne prenait pas la peine de relire ses épreuves; mais un pareil défaut.tient à la maniére dont ces ouvrages furent composés. Pour donner une multitade de gros volumes, il fallait employer bien des collaborateurs, et Dom Calmet avait mis en réquisition, pour écrire sous ses ordres, tous des jeunes religieux qui manifestaient du goût pour les occupations littéraires. Les différentes abbayes qu’il habita l’une après l'autre devinrent ainsi des espèces d’académies, où le temps était partagé entre la prière et le travail, et il ne manqua, sans doute, qu'une meilleure direction aux auxiliaires de notre historien pour acquérir le droit d'être comparés aux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur.
Les abbayes lorraines- étaient alors des séjours bien favorables à l’étude. Les mœurs y restèrent pures, les intrigues et les troubles, fruits du jansénisme, y furent à peu près inconnus. Situés, pour la plupart, loin des villes et dans des lieux enchanteurs, les monastères bénédictins et ceux de l'ordre de Prémontré venaient d'être reconstruits avec une grandeur presque royale. Dom Humbert Belhomme avait rebâti Moyen-Moutier (2), et Dom Pierre Alliot l’abbaye de Senones (3). En même temps, on avait réuni dans ces monastères des bibliothèques magnifiques. Celle de Saint-Mihie , formée par Dom Hennezon et qui passait, avant le retour de
(1) V. Mémoires pour servir à l’histoire de “prraine par M. Noël, n° 1, p. 2-12, | |
(2) V. Calmet, ibid., col. 401.
(3) V. idem, Hist. ds l’abbaye de Si ch. 47, ms. de la bibl. de Saint-Dié.
Léopold, pour la meilleure du pays, fut accrue notablément ; Dom Belbomme est regardé comme le fondateur de celle de Moyen-Mouiier, qui ne comptait pas moins de quinze mille volumes (4); celle de Senones, enrichie par. Dom Calmet, était presque aussi nombreuse. C'était. ce religieux qui avait élé chargé par ses confrères d'acheter des livres nécessaires à la création ou à l'augmentation de çes bibliothèques, lorsqu'il résidait à Paris pendant que l’on imprimait son Commentaire, et Dom Fangé affirme que les savants français murmuraient devoir transporter en pays. étranger tant d'ouvrages précieux (2). Ces livres n'étaient pas dérobés dans les monastères lorrains à la connaissance des personnes qui s’occupaient de science ou de littérature. Au contraire, on leur ouvrait libéralement la porte des collections, et la première bibliothèque publique de la Lorraine fut fondée, : en 47925, par le chapitre de Remiremont, sur les instances d'Armand-Gaston de Rohan, évèque de Strasbourg (3).
Outre les savants qui -viennent d'être nommés, le élergé comptait. dans ses rangs des hommes remarquables à divers titres, entr'autres l’abbé de Nay du Plateau, grand- doyen. de la Primatiale, qui fut un des négociateurs dépèchés ‘à Rome pour aplanir les difficultés soulevées par la publication du code Léopold. Les deux neveux de eet- ecclésiastique , MM. de Nay de Richecourt, se distinguèrent, l'aîné comme adwinistrateur, le second par ses'talents dans la diplomatie, et on verra encore leur nom reparaître dans cet ouvrage (4). Mais le premier des négociateurs employés par le duc de Lorraine est incontestablement Nicolas-Joseph le Febvre, déjà cité. plusieurs fois. Îl était né is en 1663, et il exerça,
(1) V. Chevrier, Hist., t. IX, p. 19. -
(2) V. La vie du Très-Révérend Père Dom Agen Glme, p. 19 et 20.
(8) V. Statistique des Vosges,-t I, p. 862.
(4) V. Chevrier, Mémoires , t. Il, p. 51-54.
| pendant vingt ans, la profession d'avocat dans sa ville. natale, à Metz et à Nancy.: Léopold, qui sut deviner son mérite, 1 l'employa dans les affaires les plus délicates et eut toujours à se louer de son dévouement et de sa capacité. Il lui confia successivement des missions à Rome, où il s’occupa de l'affaire du code, procura des brefs d'éligibilité pour les grands bénéfices d'Allemagne en faveur des frères de Léopold , et obtint une bulle qui permettait aux dames de Remiremont de choisir pour abbesse la princesse Elisabeth-Charlotte ; à Paris, où il ” contribua beaucoup à la conclusion des conventions de 1748 ; : à Vienne enfin, où il parvint à faire reconnaître la neutralité de la Lorraine, à régler l'indemnité pour le Montferrat et à terminer les négociations relatives 5u mariage de François- Etienne et de Marie-Thérèse. Le duc, pour récompenser Le Febyré de tant de serviees, le créa conseiller d'état, procu- reur-général près la chaibre-des comptes de Lorraine, puis premier-président de cette chambre. 11 fit plus, il ne cessa de lui témoigner une. confiance absolée. Les frères de Léopold lui rendaient grâce, un jour, du succès d'une affaire arrangée par le diplomatie ; mais le duo leur dit : « Je n’ai que le mérite d’avoir nommé Le Febvre; il a tout fait, et
is, c'est à nous trois à le remercier ». Le Febvre ne cherchait
que l'avantage du prince et n'avait nul soin de ses propres intérêts. Ainsi, il ne voulut jamais porter le titre d'envoyéextraordinaire ou de ministre-plénipoteutiaire, ni jouir du traitement que l'on y aurait affecté ; el comme le duc le pressait de ne pas refuser un titre qui lui était dû, le magis- L trat répondit : : « Monseigneur, une représentation d’écla} annonce un ambassädèur, et le préjugé veut qu'on s’en défie ; mais un particulier, qu’on ne remarque point, réussit plus sûrement } je :vais à Rome pour servir Votre Altesse Royale, et non pas pour étaler des hommes et des chevaux à (4):
(4) Gin, ibid., col. 561 et 362 ; Chevrier, Mém, td, p. 307-
Le procureur-général Bourcier, qui avait plus de réputation que Le Febvre comme jurisconsulte et comme écrivain, lui était inférieur comme diplomate, et, bien que son caractère eût plus de souplesse, il échoua dans les négociations relatives à la saisie d’Arches et de Charleville et dans les conférences qui précédèrent la paix d'Utrecht. Son fils, Jean-Louis Bourcier, baron de Montureux , qui fut aussi protureurgénéral près la cour souveraine, se métla également de diplomatie. Il avait accompagné son père à Utrecht, et il fut, ‘en 1793, chargé d’une mission à Rome, à la suite d’un dévolut qu'un ecclésiastique avait obtenu sur une des principales abbayes de la Lorraine. Cette mission fut couronnée d’un demi-succés, el, quoique l'affaire eût peu d'importance, le baron de Montureux fut regardé par ses compatriotes comme un. habile négociateur. Jurisconsulte et magistra, il ne peut soutenir la comparaison avec son père , et le seul livre de droît qu'il ait publié est le Recueil des Edits, Ordonnances et Déclarations du règne de Léopold E*° (1). Son prédécesseur dans la charge de procureur-général, Dominique Mathieu de Moulon, n'était que magistrat, mais c'était un magistrat éminent ; on doit regretter qu'il n'ait pu mettre la dernière main à son commentaire sur la coutume de Lorraine, et, en apprenant sa mort, Léopold s’écria : « Ah! Quelle perte! C'était un conseil et un . bon ami » (2). Claude-Francois de Toustain de Viray;, avocat-général à la cour, fournit le modèle d’un genre d’éloquence que l'on ne connaissait guère dans les tribunaux
309, Hist., t. IX, p. 142-152. Quelques-uns des traits relatifs au président le Febvre sont empruntés aux Souvenirs dé Maitre Pillement, mémoires rédigés par Charles-Antoine Pillement, avocat-général à la cour souveraine.
(4) V. Calmet, ibid., col. 159-162.
(2) V. idem, ibid., col. 648-650; Chevrier, Hist., t. IX, p. 162; Durival, ibid., t. F, p. 125. |
lorrains, et mérita d'être élevé au poste de procureur-général, après le décès de. Bourcier de Montureux. Avant d'entrer dans la magistrature, il avait exereé, avec distinction, la profession d'avocat et avait rencontré, dans le barreau de Nancy, des adversaires dignes. de lui (4). Les mémoires contemporains rapportent, en effet, que l’on voyait à la cour souveraine plus de vingt avoeats renommés, dont plusieurs auraient figuré avec honneur même däns le barreau de Paris. Le souvenir de quelques-uns d’entr'eux est venu jusqu'à nous, et l’on cite encore aujourd'hui Georges d'Alnoncourt, Prugnon et Pierre-Paul Chevrier, oncle de l'historien, et duquel Cochin disait « qu’il aurait été grand partout » (2). D'autres avyocals se firent remarquer par la publication d'ouvrages utiles. Jean le Paige, avocat au bailliage de Bar, composa divers mémoires sur l’histoire de son pays et fit imprimer un « Commemaire sur la Coutume de Bar-le-Duc, conférée avec celle de Saint-Mihiel, dont le texte est joint » (3). François-Xavier Breyé, de Pierrefort, avocat à la cour souveraine et garde de la bibliothèque formée par Léopold dans le palais ducal de Nancy, donna une Dissertation sur le titre dixième de la coutume de Lorraine, qui régissait la matière des donations entre vifs, simples, mutuelles et à cause de noces, et un Traité du retrait féodal et lignager, en deux petits volumes in 4°. Îl avait aussi travaillé à un commentaire littéral sur la loi de Beaumont, et il publia, sous le titre d'Amusemens, un volume qui renferme deux morceaux d'histoire et des poésies légères, dont quelques-unes ne manquent ni de grâce, ni de délicatesse. Les connaisseurs ont retenu celle strophe d'une ode dans laquelle Breyé célébrait les avantages que la neutralité procurait à sa patrie :
(1) V. Chevrier, Mém., t. Il, p. 45-51.
(2) V. idem, Hist., t. IX, p. 187 et suiv., 191, 192, 198 et suiv. (5) V. Calmet, ibid., col. 707 et 708.
Les biens qu'à Léopold offre l'heurense paix
Sont-ils moins glorieux que ceux de la victoire ?
La plus solide et la plus. douce gloire
C'est de combler ses sujets de bienfaits.
Est-il de plus belles conquêtes
Que tous les cœurs d'un peuple heureux ?
Non, l'olive qui ceint nos têtes |
Ne cède point au laurier fastueux.. |
. Malgré la faiblesse de la plupart de ses vers, Breyé occupe peut-être le premier rang parmi les poëtes lorrains qui vécurent sous le règne de Léopold, et qui étaient fort heureusement en très-petil nombre. Celui des littérateurs proprement dits n'était guëre plus considérable. On comptait parmi eux l'abbé Joseph-Bernard . Willemin, fils de l'introducteur des ambassadeurs et aumônier de la’ duchesse. Il ne publia que de rares écrits. « La chapelle ducale, dit » Chevrier, a élé portée à son point de perfection par les .‘» soins désintéressés de l'Abbé Willemin; les inscriptions .».ingémieuses qui décorent les urnes de nos Ducs sont toutes
» .de cet auteur ; une sage précision, qui sçait séparer l'éloge » de la flatierie, et une latinité élégante, sans emphase, for- *ment-le caractère des pièces dont je parle (1). » Il faut mentionner encore, ne fût-ce que pour mémoire, Joseph- -Claude . Guyot de Marne, né à Bar, grand-vicaire de l’ordre de Malte en Lorraine, auteur d’une curieuse dissertation sur un passage des Actës des Apôtres (2); et Benoît de Maillet, de Bar-le-Duc, . qui abandonna de bonne heure son pays pour s'attacher au. - service de la France et fut consul-général en Egypte; consul à Livourne, puis visiteur des Echelles du Levant et de Barbarie.
‘ Il se retira à Marseille et ‘employa ses loisirs à rédiger des
| Mémoires sur l’Abyssinié, uné Description de l'Egypte, que
(1) Mém., 4 I, p. 98-401.
(2) V. ibid., p. 254 et 235.
les ouvrages de Savary et de Niebubhr ent seuls fait oublier, et un livre absurde, publié sous le titre de: Telliamed (1), dont le but est de prouver que les terrains qui constituent l'écorce du globe, :et même les plus hautes montagnes, sont sortis du milieu des eaux ; que le niveau des mers continue à baisser, .et que l’homme fut dans l'origine un poisson, lequel, échoué .sur le rivage d’un des nouveaux continents, vit sa queue se fendre et prendre la forme de jambes, et ses nageoires se transformer en bras ; hypothèse digne du siècle où elle osa se produire, et qui: ACEUSUME avec une excessive induigence. AS |
Si les poëtes et les litérateurs étaient bien rares en Lor raiñe, par compensation elle possédait une foule d'artistes dans
tous les genres, et la nomenclature en serait si longue, que |
l'on nous pardonnera de nous borner à rappeler les noms les plus connus parmi les peintres, les graveurs, les sculpteurs et . les architectes. D Nicolas de Bar, mort à Nancy ie mois aprés le retour de Léopold, laissa un fils qui parcourut la même carrière. Chevrier dit que.« beaucoup d'imagination et point de coloris + caractérisent les tableaux » de cet artiste. Domi Calmet ajoute que De Bar fils portait aussi le nom de Du Lys, indiquant sa prétention bien ou mal fondée: d'appartenir à la famille de Jeanne d'Arc; qu'il « peignoit extrêmement : » sombre », et qu'il y avah plusieurs de ses ouvrages à Nancy, chez les Tiercelins et dans la chapelle des Orphelines, au prieuré de Lay-Saint-Christophe et dans l'église des prémontrés de Pont-à-Mousson (2). Claude Charles, peintreordinaire de Léopold, professeur à l’académié de peinture de Nancy et directéur de cet établissement, se faisait, au
(1) Ce titre n’est'autre chose que le mot De Maillet renversé. (2) V. Calmet, ibid., col. 77 et 78; Lo ou st EL p. 511; Lionnois, ibid., L HI, p. 310 et 311.
contraire, remarquer par la beauté et l'éclat de son coloris, et on doit certainement le regarder comme le meilleur des peintres lorrains qui vécurent pendant la première moitié du X VILI: siècle. Sans parler des lambris et des décorations de la salle d'opéra construite derrière le palais ducal, sans mentionner les ornements funèbres qu’il exécuta pour différentes cérémonies dont nous avons dit un mot, ni les peintures qu'il termina dans les hôtels de quelques gentilshommes, on peut dire que l’on voyait des tableaux de Charles dans toutes les églises ‘importantes de Nancy et même de la Lorraine. Léopold, pour le récompenser, l'avait nommé héraut d'armes, en 4702; et: Charles avait dressé et rédigé un état de la noblesse des duchés, état qui remplit deux gros volumes in folio, ornés d'une multitude d’écussons (4). Généreux et désintéressé, il reçut gratuitement dans son atelier et forma Ja plupart des peintres qui brillèrent vers le milieu du XVIII siècle, et il se contenta d’une modique rétribution pour des tableaux dont le prix serait aujourd’hui fort élevé (2). Il avait trouvé un imitateur de sa générosité - dans Claude Christophe, de Verdun, qui fut aussi peintre-ordipaire de Léopold. Possesseur d’une petite fortune, qui lui permettait de. vivre dans l’aisance, Christophe n’avait pas de plus vif plaisir que de distribuer ses productions aux paroisses pauvres. On croit qu'il donna ainsi près de douze cents tableaux, la plupart munis de cadres dorés, et il envoya quelques-uns de ses ouvrages jusqu’en Syrie et dans le Liban (3): Un des élèves de Charles fut Claude Jacquard, fils d'un peintre médiocre. On le chatgea de peindre la coupole de la Primatiale, et il exécuta cetté tâche immense en 1725,
(1) Ce recueil est conservé on les archives du département de la Meurthe.
(2) V. Calmet, ibid., col. 265 et 266; Lionnois, ibid., t, 1, p. 112; l'ouv. de M. Noël, L Il, p. 122. |
(3) V. Calmet, ibid. col. 230 ot 281.
— A4 — 4726 et 1727; mais ce fut l’écueil de sa réputation. On critiqua justement la couleur employée par l'artiste et la disposition générale de-sa composition, qui représente moins, en effet, les divers ordres des saints:et des esprits bienheureux rangés autour des trois personnes divines, que des groupes épars et sans relation les uns avec. les autres. Jacquard était, du reste, capable de mieux faire ;: de belles toiles et des ébauches . conservées dans les cabinets des arnäteurs révèlent chez lui uw génie plein de feu et d'originalité on eéslimait surtout les tableaux peints pour l'hôtel de Craon, et représentant les batailles gagnées par le duc Charles V contre les Tures (1). Les victoires de ce prince avaient fourni à Charles Herbet, qui fut un instant héraut d'armes de Lorraine , les sujets de. plus de vingt grands tableaux, dix-huit desquels fürent exposés en public le jour de l'entrée solennelle de Léopold. Herbel fit aussi les portraits des principaux officiers qui aÿaient combattu sous les ordres de Charles V, et peignit un crucifiement que l’on admirait dans une des églises de Nancy (2). Un autre élève de Claude Charles fut Jean-Joseph Chaman, d'Haraucourt, qui eultiva la peinture monumentale. Comme il n’y avait pas dans notre pays d'artiste qui se livrât d'habitude à ce genre de composition, Chaman visita, aux frais dé Léopold , les ateliers de plusieurs maîtres italiens et travailla dans différents édifices de Parme, Lucques, Imola, Modëne et Rimini. Quand il fut de retour en Lorraine, on l'employa dans le château de Lunéville et ailleurs ; mais on verra plus loin que la Lorraine ne devait pas le conserver. longtemps 6} C'est dou dans le château ja Lunéville
(1) V. idem, ibid., col. 555 et 556 ; Jouroal de la société Ra. lorraine, 1€53, p. 108-111.
(2). V. Calmet, ibid., col. 494 et 185 ; Chevrier, ibid., p: 287-289 ; Journal de la soc. d'arch. lorr., 1855, p. 95-99. ;
(5) V. Calmet, ibid., col. 287 et 258 ; Chevrier, ibid., t. I, p. 85:87.
que se trouvaient les meilleurs ouvrages d'Aimé-Joseph Furon d'Epinal,. que le duc entretint, pendant douze années, en Italie, afin qu’il eùt la facilité de perfectionner le talent qu’il avait montré dès son enfance (1). Jacques Durand de Nancy et | Joseph Gille dit Provençal commencèrent, comme quelques-uns des peintres que nous venons de nommer, à étudier sous la. direction de Claude Charles, puis obtinrent chacun une de ces pensions que Léopold accordait, annuellement, à un certain nombre de jeunes gens pour leur pérmettre de. résider en Italie et de fréquenter les ateliers des artistes célèbres. Durand revint en Lorraine en 1727, peignit la lanterne de la | chapelle duecale, acheva beaucoup de tableaux pour l'église des jésuites de Pont-à-Mousson, et se distingua par la correction de son dessin , la grâce de sa composition et l'éclat de son coloris (2). Provençal fournit. une plus brillante carrière ; ses premiers: essais de peinture le firent bientôt remarquer , et il reçut des commandés considérables ; il travailla pour les chartreux de Bosserville, les prémontrés de Pont-à-Mousson , l’abbaye. de Senones, les minimes de Bonsecours, le duc, le prince d’Elbeuf et divers particuliers ; on lui doit les fresques décorant la voùûte de l’église des : Petites-Carmélites ; il avait peint le dôme de l’église des Grandes-Carmélites, et on verra, dans un des chapitres suivants, que Stanislas lui confia une tâche importante (5). |
Pour que notre nomenclature soit moins incomplète, il faut | encore y comprendre Yard, de Bar-le-Duc, qui fut employé par les évêques de Toul et par l’abbaye de Saint-Mansuy (4); Charles Marotte ; Charles-Louis Chéron ; Claude-Joseph Voirin (né dans le village de Germiny), qui fut un des peintresordinaires de Léopold, mais con les ouvrages ne sont plus
(4) V. Calmet, ibid., col. 39B et 396; Cher rier, ibid. t. 1, p. 345 et 346. (2) V. Calmet, ibid., col. 340 et g4i.
(3) V. idem, ibid. ook 775 et 774; Chevrier, ibid, t. Il ,P- 954 et 252. (4) V. Calmet, ibid., col. 1046.
AS — | connus (4); et Jean-Louis Guyon, qui eut de même un brevet
-de peintre-ordinaire, le 26 janvier 4717, et, marchant de loin . |
sur les ‘traces d'Herbel et de Jacquard, exécuta des tableaux représentant les-victoires de: Charles V (2). Guyon n’était pas lorrain, non ptos que Jacques Van-Schuppen, que le duc choisit pour un de ses peintres-ordinaires, le 4° août 4707, et dent le séjour dans notre patrie ne fut pas de longue durée (3): … Claude Charles avait enseigné le dessin à un jeune homme de Nancy, appélé Jean-Charles François, qui s’adonna à la gravure, se lixa à Paris et exécuta plus tard les grandes. planches figurant .les magnifiques constructions élevées par . ordre de Stanislas (4). C'est le seul graveur de talent que là Lorraine ait produit à cette époque; mais elle comptait d’habiles graveurs en médailles. Le plus ancien est Crock, que l’on chargea de préparer les coins des monnaies et. des médailles frappées pendant les premières années du règne de Léopold. Il avait pour collaborateur Hardy fils, qui ne manquait pas -de’ facilité (5) ; mais leurs ouvrages furent . effacés par ceux de Ferdinand de Saint-Urbain. Il avait appris en Îtalie les principes de son art, et-il le porta à un tel point de perfection, que, ‘si l’on peut ajouter foi à l’assertion de Dom Calmet, les Italiens, en général sobres d’éloges à l'égard des étrangers, disaient que les médailles de notre compatriote étaient des ouvrages divins. Le duc ne négligea rien pour faire revenir dans sa capitale ün homme d’un pareil mérite et lui accorda une pension comme graveur, et une seconde pension. comine architecte, car Saint-Urbain Fétait aussi. On a rapporté quil avait, sur la demande de Léopold,
(1) V. Journal de la ue d'arch, lorr., ibid. sp. 99 et 100.
(3) Y. un article de M. H. Lepage a le er L'Espérance, n° du 5 février 1852.
(4) Y. Calmet, ibid., col. 395. .
(5) V. idem, ibid., col: LA et 479.
dressé. les plans de l’église primatiale, plans que des raisons d'économie empèchèrent. seules d'accepter dans leur entier.
JL donna aussi les plans d’autres édifices, mais son véritable titre à l’immortalité est la collection des médailles qu'il grava, et-qui sont au nombre de quatre-vingt-dix énviron. La suite des ducs de Lorraine, qui comprend trenté-huit médailles, est un des ouvrages les plus remarquäbles de Saint-Urbain. Celles qui sont relatives’ à la régence du duc d'Orléans, les portraits. de plasieurs papes, de quelques sonverains et de divers savants sont aussi -très-recherchés. Cet illustre artiste avait deux enfants qui soutinrent la gloire de son nom. Sa fille, Anne-Marie, gravait si habilement, qu'il est difficile de reconnaître ce qui-lui appartient dans l’œuvre de son père, et elle le remplaçait fréquemment, lorsque la goutte ne lui petmettait pas de terminer les commandes qu'il avait reçues. Son fils, Claude-Augustin, l'aurait égalé, s’il avait eu autant de goût pour le travail que-de talent. On ne craignit pas de lui confier la grande médaille destinée à servir de titre à la suite des dues-de Lorraine, et lorsqu'il fut poursuivi, en 1734, pour avoir fabriqué de faux mandements qüi lui accordaient des gratifications montant à plus de sept mille livres, et un brevet portant attribution en sa faveur de la survivance des fonctions exercées par son père, la régente voulut bien, € à »x raison de la capacité et expérience singülière qu'il s’étoit » acquises dans l’art de graveur », le décharger des peines qu'il aurait encourues et les commuer en une réclusion perpétuelle dans une chambre contiguë à l’appartement de Ferdinand de Saint-Urbain ;-et même, plus tard, François EE, oubliant entièrement la faute de ce jeune homme, lui rendit la liberté et l’'emmena avec lui en Toscane et à Vienne (1).
(1) V. idem, ibid., col. 1035-1040 ; Mercure de France, fév. 1738 ; Chevrier, ibid., p. 104-106 ; Journal de la soc. d arch. lorr., 1855, p. 7- 15, 1855, p. 75-79.
Les nombreux sculpteurs qui décorérent les édifices élevés sous le règne de Léopold étaient presque tous lorrains. Un des meilleurs était Nicolas Renard, né à Nancy en 1654. La misère l’avait forcé à quitter son: pays, et il avait travaillé pendant longtemps, comme subalterne, à Rome, à Paris et à Brest. Enfin, après une absence de quarante-cinq ans, il revint en Lorraine, et le duc, l'ayant fait entrer dans son académie de peinture, lui eonfia l'exécution des figures et des groupes destinés aux jardins de Lunéville (1). Renard eut pour successeur à l'académie François Chossel, dont le pére et l’aïeul s'étaient distingués dans la même profession. C’est à lui que lon devait plusieurs des somptueux mausolées qui décoraient la plupart des églises de Nancy, et leur destruction ne peut rien enlever à Pestime qu’il mérite, car nous possédons encore, dans la ehapelle ducale, une Vierge, deux anges et un Christ au tombeau, derniers produits du eiseau de Chassel, et qui suffiraient pour fonder une réputation (2). Près de ces sculpteurs, mais sur le second plan, on voyait Toussaint Bagard, dont quelques statues soutenaient la comparaison avec celles de son père ; Bordenave, que nous ne pouvons plas äpprécier que par les éloges de ses contemporains , ses ouvrages n'étant pas venus jusqu'à nous ; et Jacob-Sigisbert Adam, élève de César Bagard, et moins connu comme artiste, bien que ses figures en terre cuite soient recherchées, que comme père de trois statuaires dont nous aurons occasion de de parler (3).
Outre les peintres nés ci-dessus, Claude Charles - avait reçu dans son atelier un jeune nancéien, nommé Thomas Huin, qui s'adonna à la ciselure, se rendit en Italie, et, ayant
(4) V. Calmet, ibid., col. 803-805 ; Chevrier, ibid., t. L, p. 285-287. (2) V. Calmet, ibid., col. 271 et. 979 ; Chevrier, ibid., p. 289 et 290 ; Lionnois, ibid., t. IL, p. 314316. | (3) V. Calmet, ibid., col. 8, 74, 132 et 133; Chevrier, ibid., p. 518 el 319.
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trouvé dans cette contrée des protecteurs et de généreux soutiens, s’y fixa et ne retourna jamais en Lorraine (4). Enfin, nous n’hésitons pas à enregistrer ici les noms de deux artistes bien modestes , mais doués d’un talent véritable : Jean- François Lupot, de Mirecourt, qui exécuta en bois de Sajnte- Lucie une multitude de petits ouvrages, très-estimés des curieux et payés fort cher aujourd’hui (2) ; et Nicolas Guillot, fils d’un cordonnier de Nancy, qui porta à sa perfection l’art de modeler des figures en cire (3).
La Lorraine, si riche en peintres et en sculpteurs, n'avait formé que des architectes d’un rang secondaire. Boffrand, qui éleva les palais de Nancy, de la Malgrange et de Lunéville, était français, ainsi que Christophe André, intendant des bâtiments ducaux et des ponts-et-chaussées pendant les . premières années du règne de Léopold (4). Nicolas Jennesson, architecte .de l’église Saint-Sébastien, édifice peu remarquable, savait distribuer avec habileté les maisons des particuliers, mais n'était guère en état de donner les dessins d’un monument (5). Mangeot passait, au contraire, pour tracer des plans si gigantesques elsi extraordinaires, que leur exécution aurait présenté des difficultés insurmontables (6). Le meilleur. architecte lorrain était un simple convers de l’ordre de Prémontré, Frère Nicolas Pierson, né dans le bourg d’Apremont, le 28 janvier 1692. II dirigea la construction du nouveau palais épiscopal de Toul,. travailla pour plusieurs monastères, acheva l’église des prémontrés de Pont-à-Mousson, éleva er à et l'hôtel abbatial, recon-
(1) V. Calmet, ibid., col. 525.
(2) V. idem, ibid., col. 605. Ce bois est fourni, comme on sait, par le eerisier-mahaleb, que l'on rencontre abondamment dans le voisinage du couvent de Sainte-Lucie, à peu de distance de Saint-Mihiel.
- (8) V. idem, ibid., col. 472 ; Lionnoiïs, ibid., p. 398-402.
(4) V. Durival, ibid., t. IV, p. 27.
(5) V. Calmet, ibid., col. B43 ; Chevrier, ibid., t. 1, p. 277 et 278.
(6) V. Calmet, ibid., col. 628.
struisit une des aîles du monastère d'Etival et bâtit deux tours devant le portail de l’église. On lui doit aussi les plans de l’abbaye de Jandeure, le portail et les deux tours de Salival, l'église de Rangéval, et quelques autres monuments de moindre importance. Il avait même fourni les dessins d’une maison de plaisance que Léopold se proposait de faire édifier près de Pont-à-Mousson, pour y loger ses fils, lorsqu'ils suivraient les cours de l’université (1).
Les jardins des diverses résidences ducales furent tracés par Yves des Hours ou des Ours, que Léopold nomma directeur de ses jardins, pares et jets d’eau, et anoblit le 50 novembre 1715 (2). Yves eut pour successeur Louis de Nesle, dit Gervais, né à Lunéville, le 6 janvier 1702, et un des plus habiles dessinateurs de jardins que lon eût vus depuis Le Nôtre. Après s'être formé en France et en Allemagne, sous des maîtres renommés, il revint dans son pays et fut employé, avec avantage, par le duc et par plusieurs seigneurs, jusqu’au moment où la Lorraine fut eédée à la France (3).
Notre patrie possédait aussi des mécaniciens de mérite. Tel était Joseph des Camus, gentilhomme des environs de Saint- Mihiel, qui construisit des machines singulières, décrites dans son Traité des forces mouvantes, mais alla de bonne heure se fixer à Paris (4). Tel était également François Thomas, de Sainte-Marie-aux-Mines, qui se mit au service de Louis XIV, et dont les inventions sont décrites dans les Mémoires de l’académie des sciences. La réputation de Thomas était si étendue, que Pierre-le-Grand voulut le voir, pendant son séjour à Paris, et lui fit les offres les plus brillantes pour l'attirer à Saint-Pétersbourg. L'artiste hésitait, lorsque Pierre, irrité d’une réponse de son chancelier, qui
(4) V. Calmet, ibid., col. 747 et 748.
(2) V. Durival, ibid., p. 31 et 32.
(3) V. Calmet, ibid., col. 414 et 415 ; Chevrier, ibid., p. 96 et 97. (4) V. Calmet, ibid., col. 218-224.
l'avait accompagné, le maltraita et le renversa sur le plancher.
La résolution da lorrain fut prise immédiatement. « Si Votre Majesté, dit-il, traite ainsi son chancelier, à quel supplice
doit s'attendre un particulier comme moi (1)? » Mais Des
Camus et Thomas ne dôivent pas étre comparés à Philippe Vayringe. Il était fils d’un pauvre laboureur de Nouillonpont, et il n’eut d'autre guide que son propre génie. La description des machines qu’il inventa ou perfectionna ne peut trouver place dans cet ouvrage, et elles sont mème tellement nombreuses, qu’une simple énumération remplirait plus d’une page; contentons-nous donc de rappeler qu’il paraît avoir eu le premier lidée d'appliquer la vapeur aux machines destinées à élever l’eau, soit dans les mines, soit dans Îles jardins, et que la munificence de Léopold mit cet excellent mécanicien en état de faire les expériences nécessaires à ses ‘ travaux (2). |
C'est encore à la générosité de son prince que la Lorraine
dut un des meilleurs professeurs de l’académie de Lunéville. Un enfant d'origine irlandaise et appelé Jamerai était entré, comme pâtre, au service des solitaires qui habitaient l’ermitage
Sainte-Anne, près de Lunéville ; car dans notre pays les ermites
ne vivaient pas isolés, comme ailleurs, mais constituaient çà et là de petites communautés, régies par une règle uniforme. Un livre que Jamerai rencontra dans sa demeure lui inspira le goût des mathématiques, et, sans avoir de maître, il se mit, avec une ardeur que le succès couronna, à apprendre les éléments de l’arithmétique. La solitude à laquelle il était condamné, et l'habitude qu'il avait prise de passer une partie des nuits hors de l’ermitage l’engagérent à cultiver une
autre science. Perché sur le sommet d’un chêne, dans la forêt
(4) V. Chevrier, ibid., t. I, p. 316-318.
(2) V. Calmet, ibid., eo. 987-999 : Chevrier, D ; pe 558-544 ; Journal de la soc. d’arch. lorr. 1855, p. 79. 85.
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de Vitrimont, et muni d’un tube qu'il avait fabriqué lui-même, et qui lui servait de télescope, il rechercha l'emplacement des différentes constellations et acquit une teinture de l'astronomie. De l'étude du ciel, il passa à celle de la terre ; mais, comme il n'avait aucune ressource pour tenter cette nouvelle entreprise, il fit d’abord de vains efforts afin de saisir l'usage des différents cercles tracés sur les cartes qu'il avait achetées, et il se décourageait, quand un hasard heureux le mit en relation avec un carme de Lunéville, qui lui prêta une méthode de géographie. Comprenant que ses progrès seraient lents et bornés, s’il n’avait un certain nombre de livres, Jamerai tendit des piéges aux animaux sauvages, même à ceux dont la chasse était réservée à Léopold, vendit leurs peaux aux fourreurs de Lunéville, et, détenteur d’une somme de trente ou quarante écus, courut chez un libraire de Nancy et achela quantité de livres et de cartes. La position du pâtre semblait néanmoins devoir rester la même pendant longtemps, lorsqu'il trouva, dans la forêt de Vitrimont, le cachet armorié d’un riche anglais fixé à Lunéville. Ayant remis le cachet à son propriétaire, après que celui-ci l’eut blasonné, il reçut une riche récompense et l'invitation d’aller, tous les dimanches, déjeuner chez ce gentilhomme, qui se nommait Forster. Il en tira d’utiles conseils et de l'argent, et, possesseur enfin d’une petite bibliothèque, il donna l'essor à son goût pour la science. Au mois de mai 1717, le jeune pâtre, assis au pied d'un arbre, se livrait à l’étude avec son application ordinaire, Jorsqu’en levant la tête il vit, à quelques pas de lui, un gentilhomme qui le considérait avec surprise. Cet inconnu était le comte de Vidampierre, gouverneur des fils de Léopold. Pendant que Jamerai répondait à ses demandes, il fut entouré par un groupe de chasseurs que le comte avait quittés un instant auparavant. C’étaient les deux princes Léopold- Clément et François-Etienne , fils du duc de Lorraine, leur sous-gouverneur le baron de Pfütschner et leurs domestiques.
Le comte ayant fait part aux princes de la conversation qu’il venait d’avoir avec Jamerai, ce dernier fut accablé de questions et accepta avec reconnaissance l'offre que lui firent MM. de Vidampierre et de Pfütschner de l'envoyer à Pont-à-Mousson, pour y faire des études complètes. Arrivé à Lunéville et couvert encore de ses habits rustiques, il fut présenté au duc, qui l’accueillit avec bonté et lui donna le nom de Duval, pour conserver le souvenir de la manière dont le prince royal et son frère l'avaient rencontré dans une vallée de la forêt de Vitrimont. Duval passa dans l’université deux ans, qui lui sufirent pour acquérir la connaissance de la langue latine, de la rhétorique et de l’histoire, séjourna pendant quelques mois à Paris, où il se lia avec plusieurs savants, voyagea, aux frais de Léopold, et fut, à son retour, créé conservateur de la bibliothèque que le duc amassait dans son château, et chargé, peu d'années après, d’enseigner l’histoire, la géographie et les antiquités dans l’académie de Lunéville, espèce d'école supérieure destinée, comme on l’a vw aux pages, aux cadets et à beaucoup de jeunes étrangers, anglais ou allemands, qui désiraient se former dans une cour réputée une des plus polies et des plus élégantes de l'Europe (1).
La nomenclature que l’on vient de parcourir, et dans laquelle nous avons fait entrer presque tous les hommes distingués à divers titres qui brillèrent pendant le premier tiers du XVIII siècle, cette nomenclature serait incomplète, si nous négligions d'y inscrire trois ou quatre médecins de mérite. Jean-Baptiste Alliot, fils de Pierre Alliot dont nous avons parlé , soutint la renommée de son père, fut médecin de la duchesse et rendit un grand service aux malades en rétablissant la réputation des eaux de Plombières, que l’on avait presque cessé de fréquenter (2). Charles Bagard, premier-
(1) V. ma notice sur Valentin Jamerai-Duval, p. 12-32. (2) VaCalmet, ibid., col. 35 et 36.
médecin de Léopold, publia quelques opuscules sur l’art de guérir (4). François-Nicolas Marquet composa un ouvrage en
trois gros volumes, dans lequel il décrivit les plantes de la Lorraine et révéla l'utilité que l'on en pouvait tirer pour la thérapeutique. Il donna aussi un livre singulier, intitulé : Méthode qui apprend par les notes de la musique à connoître le pouls de l’homme, et les différens changemens qui lui arrivent depuis sa naissance jusqu’à sa mort (2). Cette méthode, qui ne reposait pas sur une idée nouvelle, car des médecins grecs et arabes l’avaient déjà recommandée , cette méthode, disons-nous, eut pour un moment un succès prodigieux, puis tomba dans loubli, comme la plupart des inventions de ce genre (3). Rivard, de Neufchâteau, après avoir suivi les cours de la faculté de médecine dans l’université lorraine, se rendit à Paris pour se perfectionner, acquit une habileté extraordinaire dans lopération de la taille et fut rappelé par Léopold, qui le nomma professeur d'anatomie à Pont-à-Mousson. Cet excellent chirurgien allait à Lunéville, deux fois chaque année, pour tailler les personnes travaillées de la pierre, et on assure qu’il les sauvait presque toutes (4). A la. même époque, vivaient dans un des cantons les plus agrestes des Vosges, dans le val d’Ajol, de simples paysans qui possédaient un talent merveilleux pour la réduction des luxations et des fractures, et on venait de très-loin se mettre entre leurs mains, avec la certitude de s’en retourner guéri. Aussi modestes et désintéressés qu'ils étaient habiles, les Fleurot (tel était le nom de ces praticiens) refusaient les honoraires considérables que la reconnaissance leur offrait souvent, et ils ne voulurent jamais accepter aucune récompense du duc de Lorraine (ÿ).
(4) V. idem, ibid., eol. 72 et 73.
(2) Nancy, Ve Balthazard, in 4, figures.
(8) V. Calmet, ibid., col. 642 et 643 ; Chevrier, ibid., t. I, p. 356-360. (4) V. Calmet, ibid., col. 831 ; Chevrier, ibid., p. 337 et 338. (8) V. Calmet, ibid., col, 957-989.