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font les seuls à la méconnaître. On ne sait ni s'ils vivent ni s'ils meurent; ils se sont évanouis comme un songe après le réveil. L'indifférence générale les protège bien mieux que les déguisements et que les précautions. C'est tout au plus si on daigne sourire de ce jeune duc de Monlpensier qui, sans avoir combattu, s'échappe, nouvel Énée, en abandonnant Creuse, son épouse, et en n'emportant même pas sur ses épaules, comme son devancier, le père Anchise et les dieux de la patrie.
Un oubli, sublime de spontanéité, pèse déjà sur les d'Orléans. Dans son numéro du 6 mars 1848, le Journal des Débats, réunit son courage à deux mains, et il raconte les burlesques détails de la fuite ; « A Versailles, dit-il, Louis-Philippe et Marie-.Amélie prirent une voiture pour les conduire à Dreux. Le roi prit un vieil habit et un vieux chapeau, après avoir coupé ses favoris et s'être grimé de manière à n'être pas reconnu. »
Cette déplorable odyssée d'une famille jusqu'alors si unie et se séparant afin de courir l'aventure des proscriptions idéales, a quelque chose de fatalement instructif. Le fils n'a pas songé à sa femme ; le père laisse sur son bureau trois cent trente mille francs en billets de banque. La fuite a été tellement précipitée (|ue l'avarice elle-même se Irouve en défaut. Louis- IMiilippe a toujours cru que l'argent était la .solution de tous les besoins et de toutes les difficultés. A la crise suprême, dénué de ressources, il est obligé d'emprun-
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ter douze cents francs pour prendre la route de l'exil. A Dreux , ces vieillards, que la fortune combla de ses faveurs, descendirent dans les caveaux funèbres où dorment de l'éternel sommeil le citoyen Egaiilé père, madame Adélaïde, la princesse Marie et le duc d'Orléans, premier-né de la dynastie.
Entre ces tombeaux, si tristement visités dans cette nuit du "24 février, Louis-Philippe pleura et pria. Le roi déchu touchait de la main celui qu'il s'était construit en partage avec sa femme; et, comme à Sobna, le préfet du temple, on pouvait lui demander' : « Oue faites-vous ici, ou quel droit y avez-vous? vous qui vous êtes préparé ici un sépulcre, qui vous êtes dressé (in monument avec tant d'appareil, et qui vous lailJiez dans la pierre un lieu de repos? Le Seigneur va vous faire transporter d'ici comme un coq, et il vous enlèvera comme un manteau qu'on met sur soi ; il vous couronnera d'une couronne de maux ; il vous jettera comme une balle dans un champ large et spacieux. Vous mourrez là, et c'est à quoi se réduira le char de votre gloire, vous, la honte de la maison de votre maître. »
Ces paroles des saintes Ecritures, qui semblent faites pour l'homme et la situation, furent épargnées au roi de Juillet. Louis-Philippe s'en adressa d'autres, moins prophétiques, mais tout aussi poignantes. Depuis sa fuile des Tuileries jusqu'à la halte nocturne de Dreux, il n'a cessé de répéter à chaque incident :
* IsnÏP, wii. 1 ii, 17,1s.
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a Comme (>harles \ ! comme Charles X !» A l'entendre murmurer ces mots, qui sont la sentence du ciel, on eût dit que, dans son âme bourrelée de remords, il s'établissait une comparaison et un rapprochement entre les malheurs de la loyauté légitime et la punition d'un usurpateur. Cette punition était méritée, elle fut pleine d'angoisses.
La crainte s'était emparée de Louis-Philippe et de; sa famille. Eux qui, selon la parole de l'Apôtre^, « au lieu de laire servir leurs membres à la justice, les avaient fait servir à l'iniquité, » ils supposaient à la France et au gouvernement provisoire des sentiments qui n'existaient point. Heureuse d'être débarrassée de l'Orléanisme, la France marchait vers l'inconnu ; mais la pensée de se faire gendarme ou geôlière n'entra pas plus dans ses intentions que dans sa volonté. Les d'Orléans ne purent se croire cà l'abri des poursuites; ils souffrirent de tous les maux qu'ils rêvèrent. Ce fut leur premier châtiment. Louis-Philippe était obsédé de ce supplice comme d'une idée fixe. Il a peur de tomber sous la main des Légitimistes, peur de se voir prisonnier de la République. Sa mémoire, pleine d'images lugubres, lui retrace les sombres épisodes et les plus sombres conséquences du voyage de Varennes. Ses souffrances du corps et de l'esprit, dont Marie- Amélie ne peut calmer l'amertume, s'augmentent des inquiétudes do la paternité. 11 ignore ce que devient sa famille, dispersée par le souftle des révolutions.
' B.Pauli Ephl. ml tiutii.. vi, 19.
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Puis nambouillet, Saint-Leu et Blaye, ces trois crimes que Dieu n'a point prévenus, mais qu'il punit enfin, s'évoquent, comme les trois Furies, pour agiter son sommeil. Errant sous le froid et sous la pluie, battu par tous les vents, en proie à ces supplices de l'âme qui dévorent les membres, il a hâte de mettre le détroit enire lui et ses persécuteurs chimériques. Il aspire à la mer, il tend vers la mer.
Cet homme qui n'a vécu, qui n'a régné qu'en flétrissant l'émigration et les émigrés, émigré volontairement une troisième fois. Il fuit à toute force le sol natal qui peut le dévorer. Les yeux tournés vers les côtes d'Angleterre, il use de faux noms, il se procure de faux passe-ports, il se grime à neuf afin de mieux dissimuler son identité. Les soins hospitaliers de M. de I'orthuis,son ancien officier d'ordonnance, lui deviennent à charge sur le territoire français. Il attend, il désire ï express, ou, à défaut de vapeur britannique, la première barque de pêcheur qui lui fera franchir la Manche. Les usurpateurs déchus ont seuls de ces précipitations qu'en exil, à tête reposée, ils arrangent en stances patriotiques ou en élégie sur le mal du pays.
La mer n'est pas tenable; les pilotes les plus intrépides refusent d'embarquer, même à prix d'or. La tempête gronde sur les flots comme la Ilévolution dans les âmes, et Louis-Philippe, tremblant de frayeur, se livre aux plus noirs pressentiments. Enfin, le !2 mars, après sept jours d'incidents et de tribulations, un visage anglais se montre en messager de salut. C'est le consul
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britannique au Havre qui apporte la bonne nouvelle et le sauvetage. Par ordre de son gouvernement, il annonce que 1 Va*/) ?'e.«s est à la disposition de Louis-Philippe. Depuis Dreux, le roi de Juillet se nomma M. Lebrun ; en mettant le pied sur le navire anglais, il s'appelle William Smith.
Dans la matinée du 5 mars, les fugitifs abordèrent au rivage de Newhaven. Le 4, ils se trouvèrent au château de Claremont, dans les bras de leurs enfants et de leurs petits-enfants réunis après tant de catoslrophes et de périls entrevus dans l'imagination.
Le prince de Joinville et le duc d'Aumale manquaient à ce rendez-vous de l'exil. Ils ont sous leur commandement, en Algérie, une partie de l'armée et de la flotte. Le duc d'Aumale exerce les fonctions de gouverneur général; le prince de Joinville possède la confiance et l'estime de la marine. Jeunes et vaillants, ils pourraient, ils devraient prendre une salutaire initiative et prouver que les d'Orléans ne sont pas toujours les esclaves de la Révolution. Par un stoïcisme désespérant, le duc d'Aumale notifie, dans des proclamations successives, la déchéance de son père, la régencedesabelle-sœur et la minorité de son neveu, le comte de Paris, puis la formation d'un gouvernement républicain. Il termine par ces mots un étrange procès-verbal que des huissiers n'auraient pas aussi froidement rédigé : « Rien n'est changé dans nos devoirs envers la France. La population et l'armée attendent dans le plus grand calme les ordres de la mère pairie. »
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Los ordres ni'ri\ont le ."> mars. Leduc d'Aumale les transmet en ces termes: « Habitanls de l'Algérie ! fidèle T: mes devoirs de citoyen et de soldat, je suis resté à mon poste tant que j'ai pu croire ma présence utile au service du pays.
c< Cette situation n'existe plus. M. le général Cavaignac est nommé gouverneur général de l'Algérie. Jusqu'à son arrivée à Alger, les l'onctions de gouverneur général par intérim seront remplies par le général Changarnier.
« Soumis à la volont('' générale, je m'éloigne; mais du fond de l'exil tous mes vœux seront pour votre pros- |)ériti'' et pour la gloire de la France, quej'aurais voulu servir plus longtemps.
«Henri dOiilkans. »
La dynastie s'est effacée. Il n'y a pas un regret pour elle, pas un mot de piété filiale qui perce dans ces lignes prodigieuses de fétichisme révolutionnaire ou de froid calcul. Les d'Orléans ne brûlent jamais leurs vaisseaux en face de l'insurrection. Pour se ménager de futurs attentats, ils savent courber la tête sous les faits accomplis et se tenir, bon gré mal gré, à la disposition de la France.
Mais, dans l'armée de terre et de mer, cette résignation n'est pas aussi philosophiquement envisagée. L'Orléanisme expulsé s'incline devant le gouvernement provisoire, et ce n'est pas dans le but d'éviter la guerre civile qu'il se soumet à la volonté générale, représen-
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tée pai' les insultes de la lortune. Le peuple, les olliciers et les soldats se disent entre eux que la crainte de voir séquestrer les biens du prince de Condé est le secret mobile de cet inexplicable affaissement, de sorte (jue l'héritage des héros, accaparé par un crime, en In50, aurait inspiré, en 1848, quelque chose approchant d'une lâcheté.
Tout est consommé pour la famille d'Orléans. Elle sait par l'épreuve que la richesse et la puissance sont des esclaves fugitifs toujours prêts à changer de maître. Louis-Philippe n'a plus qu'à se repentir et à mourir. Arrivé à ce certain degré où commence enfin la conscience, il se tourne et se retourne dans son cercueil politique. Ses lèvres trompeuses ne peuvent devenir muettes, et il veut porter son iniquité jusqu'au trépas. Les plus grands coupables n'osent jamais avouer la pensée d'un crime, quand ce crime n'a plus ni mobile ni lendemain. Le roi de Juillet discute avec le remords ainsi qu'avec un créancier. Dans son monologue sempiternel de Claremont, auquel personne n'échappe, il raconte les événements de son règne, son jeu contre ses adversaires et la fatalité qui, à l'heure décisive, lui arracha les cartes des mains. Il s'irrite contre la fortune, il accuse l'ingratitude des Français ; il prend à partie les Rois et les Peuples. Au milieu de ces intempérances de plaintes, on le voit dresser et grossoyer des mémoires, des comptes doubles et des devis approximatifs, qu'un commissaire priseur n'aurait jamais si adioilcmenl imaginés. La Hévolution du
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"24 février a porlé la main sur les terres de son domaine privé et sur le mobilier de ses châteaux. Il y a eu du gibier tué, desbois coupés et des meubles brisés. Louis- Philippe se défend de la dignité dans le malheur comme d'une mauvaise pensée. Après avoir expertisé et supputé ces déchets et ces pertes, il sollicite de la France une légère indemnité de quatre millions, pour frais de déménagement forcé.
Un autre jour, c'est une autre pétition plus inconcevable. Les serviteurs de l'idée ont jugé opportun de mettre à la retraite un "rand nombre de généraux. Cette mesure très-impolilique fournit à sa passion d'écrire un nouvel aliment. Il se souvient que lui aussi a figuré sur l'Almanach militaire au service de la République une et indivisible. Le citoyen Egalité lils se croit pauvre ; et, en accompagnant sa signature des titres « ex-roi des Français et le plus ancien général de la République française, » il prie le gouvernement provisoire de faire liquider sa pension de retraite. Un ami de la famille d'Orléans fut chargé de cette lettre. Par un respectueux sentiment de pitié, il la condamna au silence. N'ayant pas été remise, elle doit être non avenue pour la postérité.
Louis-Philippe avait de graves reproches à se faire ; la maison de Bourbon en a de plus graves à lui adresser. Des paroles de miséricorde et de consolation furent apportées du château de Frohsdorfau château de Claremont. L'exil immérité, prodigue de miséricordes, compatissait aux toi'tures d'un juste exil. En s'asso-
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cianl à ses douleurs de famille et à ses tristesses de la ))atrie absente, il lui disait avec le Prophète^ : « Vous voilà blessé comme nous, et vous êtes fjiit semblable h nous. » Louis-Philippe, assure-t-on, comprit, malgré son affaissement sénile, la sainte noblesse de ce langage. Au triple point de vue de la famille, de l'ordre social et du droit monarchique, il avait commis des fautes irréparables. Indécis au bout de sa carrière ainsi que dans son âge mûr, il essaya de les racheter parune fin de non-recevoir. En parlant sur son lit de mort de la fusion des deux branches de la famille des Bourbons, il murmurait encore : « Henri V doit être le chef de la maison d'Orléans. »
Ce vœu, impossible par bonheur, fut peut-èlre la dernière espérance de ce prince, dont la vie est maintenant livrée aux sévérités de l'histoire. Dieu jugea qu'il était assez puni dans ce monde. Dieu ne permit pas qu'une main d'homme, la main d'un Bonaparte, aggravât son châtiment par le supplice, le plus lerrible de tous les supplices pour sa race. Quand les décrets du "22 janvier iSo^ enlevèrent aux citoyens Egalité l'apanage des ducs d'Orléans et les obligèrent à ven- (lie tous leurs biens situés en France, Louis Philippe avait cessé de vivie depuis longtemps. Il était mort le '20 août iSôll, en manifestant quelques sentimenis chrétiens. 11 laissait à une double génération des exemples déplorables. Ses fils et ses petits-fils, élevés par la Révolution et pour la Kévolution, se font un de-
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voir (l(! les suivie. Ils justifient le précepte d'Horace'. Ia' vase orléaniste a gardé l'odeur de la première liqueur démagogique qu'on y versa ; il ne la perdra jamais.
Les historiens, souvent plus discrets (jue leurs héros, n'ont pas encore pu trouver dans les ressources de la plus féconde imagination d'autre excuse en guise d'aj)othéose que de dire que les d'Orléans descendent d'un régicide et n'ont pour père qu'un usurpateur à force de complots. La Révolution leur rend ce témoignage, et ils s'en font gloire. Devant Dieu et devant la postérité, ce témoignage ne les absout pas. Une tache de sang du juste et du royal martyr sur un écusson princier ne s'efface que par les larmes du repentir ou par de saintes et grandes actions. Les d'Orléans conspirentencore, ils conspireront sans cesse avec tout ce qu'il y a de plus intime dans les bas-fonds de l'erreur.
Si un Jour des calamités nouvelles — daigne Dieu les épargner à la génération future! — les ramenaient sur le sol de la patrie comme un dernier opprobre ou un châtiment suprême, s'il était encore donné à leur nom fatal d'exercer l'influence sinislie qui, depuis Charles VI jusqu'à nous, pesa sur le pays, la France ne devrait plus leur permettre de se tenir à sa di'^position. A l'aide de la pierre de touche que l'expérience nous a donnée, nous avons tenté de séparer les parcelles d'oiqu'on supposait renfermées dans cette masse impure. Tous les essais n'ont abouti qu'à dégager l'élément
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anlisocial. Leurs joies commencent toujours avec nos douleurs, et en voulant jouir éternellement de la colère du ciel, ils affectent de méconnaître que c'est par un bienfait de la Providence que les choses honnêtes sont aussi les plus utiles. Ils aspirent à demeurer, ils demeureront, malgré eux peut-être, les serviteurs passionnés de la Révolution, ainsi que, dans son testament, le dernier duc d'Orléans le recommande à ses fils.
S'inquiétant peu de leurs droits au trône pourvu qu'ils aient des chances, on les a vus, dans les différents âges et dans toutes les occasions, faire ce que les autres hommes rougiraient d'avoir rêvé. Eux à qui il ne devrait plus rester qu'un deuil sans fin et une lamentation sans bornes, ils courent au-devant du mal et lui offrent des gages. La Révolution, prise du mauvais côté, est leur mère nourrice; et cependant elle ne les tolère, elle ne les utilise que lorsqu'elle les sent loin du trône, car la Révolution n'ignore pas que, dans leurs espérances inassouvies, le passé redevient toujours l'avenir. Ils n'ont plus pour ancêtres que les citoyens Egalité père et fils, et Juvenal })ourrait encore les marquer de son vers sanglant :
Grande et couspicuum nostro quoque tempore moustrum.
De ces deux êtres, l'un immola Louis XVI à sa stupidc manie de régner ; l'autre sacrifia Charles X à ses ambitions marchandes et le dernier Condé à sa cupidité. Dans ce siècle qui se prodigue à lui-même un encens perpétuel et qui bouleverse les traditions, les croyan-
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ces et les iiionuiiienls afin de ne faire dater l'histoire (jue des principes de 89, les événements vont si vile, (jue l'on trouve à peine le temps d'oublier. Souvenons-nous donc. En récapitulant ce sombre passé, que ma plume évoqua sans haine et sans crainte, dépouil- I(ms le vêlement de colère, mais tirons les justes conséquences de ces impardonnables attentats. Bossuel, portant un regard prophétique sur l'avenir, prévoyait qu'il viendrait une époque tout hébétée de matérialisme c< où les libertins et les esprits forts seraient décrédités, non pour aucune horreur de leurs sentiments, mais parce qu'on tiendrait tout dans l'indifférence, excepté le plaisir et les affaires. » Il ne faut pas laisser aux d'Orléans même celle dernière chance.
Maintenant , frappés par un arrêt providentiel , comme ce malheureux qu'on exile de la salle du festin parce qu'il n'est point revêtu de la robe nuptiale, les d'Orléans se drapent en victimes. Ils se disent les précurseurs de la liberté, les évangélistes (lu lolérantisme et les apôtres de la promiscuité des cultes. Il n'y a de saint et de sacré pour eux que leur besoin de régner et leur soif inexiinguible de l'or. Ils n'ont pas, ils ne peuvent pas avoir de plus vive joie que d'apprendre que leurs enfants marchent dans l'iniquité royale. Lorsqu'il ne leur reste que la puissance de haïr, ils soufflent au cœur de ces enfants la haine du vrai et du bon. Afin d'arriver au but auquel l'Orléanisme a toujours tendu, les d'Orléans, n'ayant de grand que leur
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cgoïsme, sont |)rêts à tout faire, même le bien. La France monarchique les a répudiés d'instinct. Elle leur a souvent jeté la malédiction de l'Ecriture ^ : « Entre nous et vous il y a un abîme, en sorte qu'on ne peut passer d'ici vers vous ni venir du lieu où vous êtes. » La France doit les répudier de science certaine pour l'honneur de la nation.
Le cas d'indignité a été posé une seule fois dans nos annales. En prévision de catastrophes futures, sachons l'appliquer une seconde fois.
Quand Louis IV, appelé Louis d'Outre-mer, mourut en 954, Charles de France resta l'unique héritier du sang de Charlemagne. Mais ce prince, en acceptant à titre de vasselage le duché de la Basse- Lorraine, avait reconnu pour suzerain l'empereur Olhon IL Feudataire de l'Allemand, Charles fut accusé et convaincu, dans l'assemblée de Noyon, d'avoir l'ompu l'unité de famille et d'héritage souverain. Son exclusion du trône était une nécessité. Elle fut proclamée, et Hugues Capet fonda la troisième race.
Nos pères ont admis le cas d'indignité contre un prince français, leude de l'étranger. Pour sauver ce qui surnage du dogme monarchique, le royaume de saint Louis et de Henri IV doit léguer au monde un salutaire exemple. L'histoire est le pilori des traîtres et des usurpateurs. Les d'Orléans sont les hommesliges delà Révolution; cl la liévolution est l'implacable ennemie de toute société chrétienne, de toute idée
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conservatrice, de toute loi morale. En suivant la ligne du mal avec la ténacité d'un insecte qui veut arriver à son gite, ils ne servent la Révolution qu'en apparence, alin de se servir d'elle dans les jours de crise. 11 est donc méritoire et politique de les condamner éventuellement à l'exclusion de la couronne pour cause d'indignité. C'est le droit éternel des peuples, exercé par la conscience publique; il n'aura jamais été plus justement appliqué.
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