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seule heure le calice d'anierlume des journées du ^20 juin et du lOaoût 1792.
Quand cet acte impérieusement arraché fut signe par Louis-Philippe, l'usurpateur déchu se prit à le lire à haute voix. Il était ainsi conçu:
c( J'abdique cette couronne, que je tenais du vœu de la nation, et que je n'avais acceptée que pour amenei' la paix et la concorde parmi les Français.
« Me trouvant dans l'impossibilité d'accomplir cette tâche, je la lègue à mon petit- fils, le comte de Paris. Puisse-t-il être plus heureux que moi !
« LoUIS-PlULlPPE. »
11 se couchait pour ne pas èlrc abattu. Un pareil sacrifice à une pareille heure, c'était véritablement le couronnement de tant de crimes et la plus complète prostration de la force sans droit. Machiavel l'avait prévue depuis des siècles, car il écrivait' : « Les âmes faibles, enorgueillies et enivrées par la bonne fortune, attribuent Ions leurs succès à des vertus (|ui leur furent toujours étrangères. Elles se rendent ainsi insupportables et odieuses à tout ce qui les environne. De cet excès qui amène bientôt un changement de fortune, à peine le malheur se montre-t-ilà leurs yeux, qu'elles passent à un excès opposé et deviennent viles et lâches. Les princes de ce caractère songent plutôt à fuir qu'à se défendre dans l'adversité. »
1 OEticn-s de Machiavel. Diacoitrs sur Titc L/t'f, chap. Wl, p. 3(1.').
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La Révolution a écrasé l'Orléanisiiiu dans les Tuileries; elle va maintenant, à la Chambre des députés, l'aire évanouir un fantôme de replâtrage. Au mépris des dispositions testamentaires du duc d'Orléans, son épouse, la princesse Hélène s'est, de son propre che!', instituée régente du Royaume pendant la minorité de son fils. A peu près seule avec ses deux enfants, elle traverse le jardin des Tuileries et la place de la Concorde pour se rendre au palais Bourbon. La Révolution lui succédait au Château ; la Révolution la devance dans le Parlement. Le duc de Aemours, qui s'effaça partout, excepté devant le danger, veille sur sa bellesœur et sur ses neveux. Les quelques Orléanistes (|ui bercèrent la princesse d'espérances ambitieuses ne sont plus là pour lui déférer un litre, objet de ses longs rêves. Dispersés dans la tourmente, sans autorité ainsi que sans prestige, ils ne peuvent rien pour le comte de Paris ou pour elle. La parole est aux événements; les événemenis précipitent la chute de l'Orléanisme. 11 s'est élevé au souflle du premier caprice venu ; il lombe avec le bruit qu'apporte un autre caprice.
En 1850, l'Orléanisme a dédaigneusement passé outre quand le roi Charles X abdiquait en faveur de son petit-tils. Les liens du sang, les témoignages de confiance, les devoirs de sujet, les conseils de la prudence et les prières du dévouement n'ont pu arrêter Louis-Philippe sur la pente de l'usurpation. Aujourd'hui, la duchesse d'Orléans, veuve et mère, vient revendiquer les droits de son fils et le présenter à la Na-
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tiui). La Nation, qui ne futpas consultée au 7 août J83U, ne l'est pas davantage au 24 février 1848. Mais tout se fera dérisoirement par elle et pour elle ; tout sera improvisé au nom du peuple. Le peuple sanctionnera et ratifiera tout, selon le vainqueur.
Le vainqueur, ce fut Lamartine qui le désigua en s'inclinant harmonieusement devant les blouses.
Assise au pied de la tribune, ayant à côté d'elle ses lieux jeunes fils, la duchesse ne recueille que de vagues respects et des sympathies douteuses. Etrangère à la France par son origine et par son culte, isolée de tous et tremblante de frayeur maternelle ou d'émotion dynastique, elle voit passer sous ses yeux le spectacle d'une révolution. La dernière séance de la dernière (jhambre des députés Orléanistes s'ouvre enfin. Cette Chambre a mis des calculs à la place des croyances, de l'égoïsme à la place des devoirs, la fièvre de la licence à la place de l'ordre monarchique, et quand lout péril, elle s'aperçoit qu'elle a bien pu s'endormir dans les bras de la mort. Les plus intéressés au mainlien de l'établissement de Juillet arrivent, se groupent en silence et ne sont pas éloignés de croire qu'avec un peu de savoir-l'aire ils escamoleronl, dans un tour de scrutin ou par une acclamation péniblement spontanée, les votes de la majorité en faveur de la régence. Des recruteurs de suffrages circulent dans les couloirs et sur les bancs. D'autres s'introduisent dans la tribune des journalistes et s'efforcent de les attendrir sur les malheurs de ces orphelins à la recherche d'une cou-
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ronrie. La Révolution ne veut pas laisser à lOrléanisine le temps de mûiii" son œuvre. Lamartine enjoint an président de suspendre la séance, « par le double molil' du respect que nous inspirent, dit-il, d'un côté, la représentation nationale, et de l'autre, la présence de l'auguste princesse qui est ici devant nous. » La sortie de la princesse était exigée au nom de la dignité législative. A ce même moment, l'irruption de la démagogie en armes est saluée comme le droit des factieux se transformant en peuple souverain.
Amis ou ennemis entourent la duchesse et ses enfants. Pour les séparer de cette invasion de piques triomphantes, de vain(]ueurs indescriptibles et de héros en guenilles, on transfère la régente et le jeune roi d'Orléans sur les bancs les plus élevés de la Chambre. Ils assistent ainsi à l'agonie de la royauté, dont les avocats plaidaient le pour et le contre et se partageaient déjà les dépouilles. M. Thiers seul , perdu dans ses remords ou dans ses épouvantes, ne prit pas la parole. W Dupin, M^ Marie, M" Crémieux, ont épuisé le carquois des demi-mesures et la gibecière des moyens termes ; W Odilon Barrot fait un nuageux appel à la modération et à la concorde. La duchesse se lève entre deux phrases. Belle de calme au milieu de tous les périls : « Je suis venue, dit-elle, avec ce que j'ai de plus cher au monde... »
Odilon Barrot, l'inteirompant, poursuit son oraison. Elle concluait à la régence; mais la régence devait expirer avec la harangue. A la voix de W Ledru-
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Uollin, de nouvelles bandes d'émeutiers se précipitent dans l'enceinte réservée et dans les tribunes publiques. C'est la Révolution qui, drapeau en tête et fusil à la main, fait sa trouée. La Révolution a ses parleurs à elle : ordre est intimé de manipuler et de mettre sur pied un gouvernement provisoire. Berryer, l'orateur légitimiste, pressé d'en finir avec l'Orléanisme, crie dans la joie de son âme à l'avocat républicain : « Concluez donc. »
A travers ce pêle-mêle d'apostrophes, d'incertitudes et de contradictions, la vie de la duchesse et celle de ses enfants peuvent être exposées; on les entraîne au palais de la présidence. Durant ce court trajet, les jeunes fugitifs, séparés de leur mère, coururent quelques dangers.
Un gouvernement provisoire naissait de cette tumultueuse comédie. Il s'était créé au nom du peuple; un autre s'installe à l'Hôtel de Ville. Un troisième s'avance vers la Grève, toujours et plus que jamais au nom du peuple'. Pendant ce temps, le peuple s'amuse à faire le sac des Tuileries, à dévaster le Palais-Royal, à incendier la villa de Neuilly, à brûler le trône de Juil-
» M. Crémieux, ineinbru du gouvenitMiieiil provisoire, s'exprime ainsi dans su déposition devant la coiiiiiiission d'enquête : « Lorsque nous nous rendiuies à l'Hôtel de Ville pour notre inslallation, nous trouvâmes MM. Marrast, Flocon, Louis Blanc et Albert. Nous demandâmes : v< O"' « ètes-vous? » Ils nous répondirent : « Nous avons été nommés meni- Iires du gouvernement piovisoire. — Par qui? » Je crois qu'ils ont ré- ])ondu : « Par lu société démocratique. » Si l'on nous avait demandé à nous-mêmes par qui nous avions été nonunés, nous aurions 'nen pu dire : « A la (lliambre: » mais non point: « Par la Cliumbre. ..
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Jet sur la place delà Bastille, et à s'al't'uijler dans les rues de toutes les livrées et de tous les costumes de rOrléanisme. Pour sanctifier démocratiquement la résidence des rois, le peuple ordonne que le Château sera désormais l'hôtel des invalides civils. A la même heure, dans un coin obscur de la Préfecture de la Seine, dix ou douze hommes, agglomérés en gouvernement , se résignent à proclamer que la France est soudainement métamorphosée en une colonie de quakers, formulant l'égalité sociale et fondant, à coups de décrets, la paix indéfinie. On pouvait, en cherchant bien, recontrer par-ci par-là deux ou trois républicains convaincus; il était impossible de trouver les éléments d'un république.
Mais, encore une fois, il arriva comme dans toutes les séditions. Ce que le plus petit nombre avait tenté, tous voulurent l'avoir accompli après le succès. Tous prétendirent qu'ils avaient affronté les balles des satellites de la tyrannie, afin d'aider le peuple à faire de l'histoire. Chacun, empruntant les paroles de Dieu même, qui furent la consolation et l'espérance, demandait aux Orléanistes' : « Qu'est devenu votre roi? qu'il NOUS sauve maintenant avec toutes vos villes; que vos juges vous sauvent, eux dont vous avez dit : Donnez-moi un roi et des princes. Je vous ai donné un roi dans ma fui-eur, et je vous l'ôterai dans ma colère. »
(iénéraux, magistrats, fonctionnaires publics, pair>
' 0.src. Mil, lu et 11.
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de France, dépulés, administrateurs de tout rang, trepidi et utrinque anxii, selon l'énergique expression de Tacite, feignaient de s'incliner sous l'arrêt de la Providence; puis, en apartés fort indiscrets, ils aftirmaient n'y avoir pas nui. Les événements avaient changé; les hommes aussi. La Piévolution leur envoyait le cordon ; ils le mettaient dans leurs poches, et déclaraient vouloir à tout prix travailler à la souveraineté du but. Alors ouvriers, fds d'ouvriers, courant les candidatures du travail et caressant les assouvissements populaires, ils se déclaraient tous plus républicains que les bousingots de la veille ou les vétérans de la Société des Droits de lliomme. Nés démocrates de père en fiis, ils juraient, sur l'autel de la patrie, de mourir démagogues : à ces titres, ils procédaient au convoi de la royauté orléaniste. Quand ils avaient jeté des fleurs sur les pas des insurgés montant au Capilole, ils inventaient des espèces de larmes pour couvrir le cercueil des héros de Février, morts au service de la liberté. Bientôt on les verra, dans les pastorales du Provisoire, accompagner les vierges d'occasion et saluer les bœufs de louage recrutés pour les fêtes pn- Iriotiques.
En France, on aime naturellement la nouveauté, et chacun ne veut jamais que ce qu'on lui fait vouloir. Cependant tout gouvernement qui tombe, après avoir fourni son étape de ([uinze ans, — cette étape dont Tacite a mesuré le long espace dans une parole immortelle, — entraine avec lui des fidélités éprouvées
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cl des (Icvouemenls toujours honorés. L'Orléanisme, fjui n'est pas un parti, mais une agrégation de besogneuses individualités et d'égoïstes appétits, n'aflîche point de pareils scrupules. Les dieux lui sont indifférents : il n'a souci que de vivre de la desserte du temple. Cette chute miraculeuse n'altère en rien ses sentiments de piété gouvernementale, pourvu qu'elle ne change rien à sa position. Il a contribué au suicide de la bourgeoisie; il ouvre des souscriptions pour allécher l'héroïsme des barricadeurs de février; et la peur le rend prodigue. Ces souscriptions de banquiers, de journaux, d'industriels et de commerçants sont des primes d'assurance contre l'incendie ou le pillage. L'Orléanisme va servir la force ouvrière et le droit au ■travail, en attendant de ressusciter avec les abeilles d'un nouvel Empire.
11 y eut des hontes ineffables et des abaissements inouïs. Ceux qui se trouvèrent déchus de leurs emplois se plaignirent de leur destitution comme d'une injustice et presque d'un larcin. L'armée, qui maudissait ses complicités involontaires, subit, dans un caprice du peuple, toujours plus majestueux que jamais, toutes les farandoles de la fraternité et l'ostracisme de l'exil. L'armée fut expulsée de Paris par ceux-là même qui, le matin, la chargeaient de bénédictions et de fleurs; et elle vit la plupart de ses chefs , le maréchal Bugeaud lui-même, courir pour mettre leurs épées à la disposition du Provisoire. Avec le Clergé, ils se laissèrent traînera la planlalion des
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arbres de la liberté, loisirs pleins d'innocente ivresse, (|ue la République faisait à ses ateliers nationaux. En ces jours de prétentieuses extravagances, de pouvoirs illimités, d'enthousiasmes factices, de dictature sans dictateur, et de rêves communistes, tout le monde se hâte d'adhérer à la chose établie. Ce Provisoire est encombré d'adresses, de projets et de vœux. Chacun lui apporte son tribut d'hommages; chacun lui offre son concours plus ou moins désintéressé. Les Bonaparte, dont la dynastie va revenir, lui écrivent : a Le temps des dynasties est passé pour la France, »
L'édifice de 1850 s'effondre de la base au somnK^t. Il a croulé, et Louis-Philippe disparaît avec sa famille, sans recueillir un peu de cette banale commisération qui s'attache à toutes les grandes infortunes. La sienne a été si éclatante que les athées eux-mêmes voient dans ce 24 février 1848 un jour providentiel, un arrêt caché dans le trésor des vengeances divines. Moins d'une heure après que la tempête eut balayé cette race, qui s'était multipliée comme les grains de sable du désert, personne ne s'occupa d'elle. Nul, dans ce naufrage mérité, ne s'inquiéta du sort réservé à tant de princes. Il avaient été sans pitié; les justices du ciel et de la terre ne permettent point qu'ils restent sans châtiment. Aussi, jamais on ne constata dans l'histoire une telle déroute royale; jamais on ne remarqua une pareille insensibilité de la part du peuple.
Charles II d'Angleterre, vaincu par Cromweil à la
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bataille de Worcosler, a gravé dans les annales de la royauté un souvenir qui ne périra pas. Le chêne de Penderelî, qui reçut et abrita le Sluarl. proscrit, est encore célèbre sous le nom de Chêne Royal, même lorsqu'il n'y a plus de Stuarts. L'nstronome Halley et les Anglais en firent une constellation. Les aventures de Charles-Edouard et le dévouement de Flora Macdonald ont retenti dans le monde entier; ils provoquent toujours des émotions nouvelles. Le roi de Pologne. Stanislas Lesckzinski, fuyant de Dantzig, tantôt dans une frêle barque, tantôt à travers les campagnes inondées d'ennemis, a captivé l'attention publique. L'empereur .Napoléon, s'exilant à l'île d'Elbe ou prisonnier à Sainte-Hélène, a pour escorte les commissaires des puissances ou les flottes anglaises. Quoique découronné, Charles X reçoit sur sa route, de Rambouillet à Cherbourg, tous les honneurs dus à la majesté souveraine : les siens l'entourent de leur tendresse et de leurs respects. Le monarque et sa famille sont accompagnés de la douleur des bons et de l'hommage involontaire des méchants. C'est le premier écho de la |)f)stérité.
Louis-Philippe et sa dynastie ne laissent, eux, aucun souvenir dans les esprits, pas un regret dans les âmes. De la place sans nom, de cette place où la tête de Louis XVI tomba sur l'échafaud, le Peuple les a vus s'acheminer vers l'exil, et le Peuple applaudit à celte lente, mais admirable justice. Les d'Orléans, pareils à des cendres qui restent après un embrasement, se-