‹ Histoire de Louis-PhilippeChapitre 8 sur 14 · CHAPITRE VIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÏI

LE CABINET DU 29 OCTOBRE JUSQü’a LA RETRAITE DE SOULT (1847)

Le 29 octobre 1840 commence la seconde période du rtgne de Louis-Philippe : dès lors l’élément libéral est complètement exclu des conseils du roi et refoulé dans l’opposition. Dufaureet Passy, sollicités d’entrer dans la nouvelle administration ne se montrèrent pas disposés à sacrifier les libertés intérieures.

Guizot, qui se reportait à 1815, qui croyait la France incapable de faire face à une nouvelle coalition, voulait la paix à tout prix. Ses collègues pensaient comme lui. Le premier acte du nouveau ministre de la guerre, Soult,fut un ordre du jour à l’armée ; il lui recommandait l’obéissance passive quand elle rêvait une revanche de Waterloo. Le cabinet du 29 octobre, que l’on appela le Ministère de l'étranger, était ainsi composé : Soult, président du conseil; Martin du Nord, justice et cultes; Guizot, affaires étrangères; Duperré, marine; Duchàtel, intérieur; Humann, finances ; Teste, travaux publics; Cunin-Gridaine, commerce; Villemain, instruction publique. Louis-Philippe, qui n’aimait pas Guizot, avait fait céder ses répugnances personnelles à la nécessité d’avoir un orateur dans

le cabinet. C'est ma bouche , disait-il du nouveau ministre des affaires étrangères.

La session s’ouvrit le 5 novembre ; Sauzet fut élu président par 220 voix contre 154 à Odilon Barrot ; dans la discussion de l’adresse, devant la Chambre des pairs, Guizot vanta la paix quand même, la paix « partout et toujours » ; devant les députés il préconisa un système de paix armée pour donner satisfaction aux susceptibilités patriotiques de la Chambre. Personne ne s’y méprit et Thiers trouva le mot de la situation : « Le discours delà Couronne a dit que l’on espérait la paix, il n’a pas dit assez : on est certain de la paix. » Guizot répondit avec vivacité et se justifia, non sans embarras, d’avoir été à Gand au nom des royalistes constitutionnels. Après huit jours de discussion l’adresse fut adoptée par 247 voix contre ICI.

La politique intérieure du nouveau cabinet avait été aussi nettement formulée que sa politique étrangère : il ne faut pas se mettre avec la révolution contre l’Europe, dit Guizot, mais avec l’Europe contre la révolution. Cette franchise hautaine et non sans grandeur, annonçait une lutte implacable entre la royauté et la nation : l’enjeu était le trône de Louis-Philippe.

La Chambre réglementa ensuite le travail des enfants dans les manufactures et força les fabricants et manufacturiers à envoyer dans les écoles primaires les enfants de huit à douze ans.

C’est sous le ministère de la paix à tout prix qu’eut lieu la glorification posthume de l’homme qui avait

vécu par la guerre et pour la guerre. La translation des cendres aux Invalides s’accomplit le 15 décembre.

Cette année si remplie s’acheva sans autres événements que la nomination de Bugeaud au poste de gouverneur général de l’Algérie et la condamnation de Lamennais a un an de prison et 2000 francs d’amende pour sa brochure sur le Pays et le Gouvernement. Le nouveau ministre de la justice, Martin du Nord, avait adressé dès le 6 novembre une circulaire aux procureurs généraux pour leur recommander l’exécution rigoureuse des lois contre la presse. Le National fut saisi le 8 novembre et le 16 décembre la Revue démocratique fut frappée sévèrement.

Le 10 janvier 1841, Thiers monte à la tribune pour y lire un remarquable rapport sur les fortifications de Paris. Au vote, tous les partis se divisèrent, sauf les légitimistes qui furent unanimes pour repousser la loi; elle n’en fut pas moins adoptée à une grande majorité. Elle passa de même au Sénat malgré l’opposition de Molé (147 voix contre 91).

Les fonds secrets furent votés le 27 février par 235 voix contre 145; la même majorité repoussa deux propositions de la gauche sur les incompatibilités et les fonctionnaires députés. On pouvait tout attendre de la docilité d’une Chambre qui avait soutenu successivement trois ministères d’origines diverses et de tendances fort opposées. Des améliorations furent apportées à la loi d’expropriation pour cause d’utilité publique votée en 1835; on rendit la procédure plus

expéditive et on facilita ainsi l’établissement de nouvelles lignes de chemins de fer.

Le procès de la France et de M. de Montour, prévenu d’avoir publié dans ce journal trois lettres qu’il attribuait à Louis-Philippe, aboutit à un acquittement (24 avril). La sentence du jury, qui frappait directement le roi, produisit à Paris une agitation inexprimable. Dans la séance législative du 27 mai, Guizot repoussa par quelques mots dédaigneux ce qu’il appelait des faussetés et des calomnies. Le vote de la Chambre laissa subsister tous les doutes. Si les lettres ne furent pas écrites, des instructions conformes à leur texte furent adressées par Louis-Philippe à Tall-eyrand en 1851 et 1832. Or c’était ce texte que le procureur général Partarieu-Lafosse avait publiquement flétri dans son réquisitoire contre M. de Montour. Les assertions du ministre ne supprimaient ni les commentaires du parquet, ni le verdict du jury, ni le coup porté au roi. Le trône en fut profondément ébranlé.

Le ministère du 29 octobre profita du vote sur les dépenses extraordinaires de 1840 pour laisser diriger de violentes critiques, même des attaques calomnieuses, contre le cabinet du 1er mars. Thiers dut se défendre personnellement d’avoir pris part à des tripotages de Bourse. La vérité c’est que, par défaut de surveillance sinon par malversation, l’avenir était engagé : le découvert pour 18 îO était de 170 195 780fr.; pour 1841, de 242 605 688 francs, et pour 1842, de 114 956 598 francs. Il semblait que l’on dût contracter

un emprunt, mais le ministre des finances, Humann, se fit fort de trouver des ressources en faisant rendre à l'impôt tout ce qu’il pouvait donner, et par son ordre on commença un recensement général des propriétés.

A cette discussion du budget manquèrent les critiques autorisées, la parole ardente et courtoise à la fois de Garnier-Pagès; il succomba le 25 juin à une maladie de poitrine, dans tout l’éclat de son talent ; il n’avait que 59 ans. Membre de la Société Aide-toi avant 1850, député depuis cette époque, il avait tenu une grande place dans le parti républicain. Il laissait un frère qui suivit la même ligne politique avec moins d’éclat, mais avec autant de conviction et de fermeté. Plus de 20 000 personnes escortèrent Je convoi de Garnier-Pagès.

Son siège, à la Chambre, fut occupé par Ledru-Rollin, que les électeurs du Mans avaient nommé à l’unanimité moins 4 voix, après un discours très avancé; du premier coup Ledru-Rollin se posa en tribun, sans aucun des ménagements que son prédécesseur avait su garder.

Appuyé sur une majorité solide à l’intérieur, le ministère n’avait plus rien à redouter au dehors. La France venait de rentrer dans le concert européen en apposant sa signature au traité des Détroits, 15 juillet 1841. Le sultan pouvait fermer le Bosphore et les Dardanelles aux vaisseaux de guerre de toutes les nations. Le pacha d’Égypte avait restitué la flotte otto-

ZEVORT.

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