‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 2 sur 55 · U1ST01IIE · texte numérisé non relu

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pour compléter la pensée de Louis-Philippe, de tracer l'historique

de la Maison d'Orléans, qui, après une rivalité de deux siècles avec la branche aînée des Bourbons, a fini par lui succéder,' en recevant du vœu de la nation le plus beau sceptre de l'univers.

Cette rivalité, ou, pour mieux dire, cette haine, qui n'exista jamais cpie dans l'esprit de la dynastie de Louis XI\, était aussi basse qu'injuste; car l'ambition des princes d'Orléans, noble dans son but et justifiée par leur naissance, se joignait au désintéressement le plus complet. L'histoire en offre un éclatant témoignage. Cependant, il faut l'avouer, les tendances progressivement libérales de la branche cadette étaient de nature à effrayer la branche aînée, symbole éternel de la féodalité. Là est tout le secret de la prudence timorée avec laquelle Louis XIV et ses descendants s'efforcèrent toujours d'absorber cette puissance rivale qui s'élevait insensiblement à l'ombre du trône.

Tel qu'un fleuve qui forme deux cours, dont l'un perd sa limpidité sur un terrain fangeux, et dont l'autre rouleau contraire, sur un sable doré, une onde pure comme à sa source, le noble sang de Henri IV, en divisant son cours, s'altéra d'un côté, pour conserver.de l'autre, sa pureté originelle.

Ainsi Louis XIII, esprit faible et chagrin, n'est que l'ombre d'un roi; et pour avoir eu le mérite de remettre une puissance, trop lourde pour lui, entre les mains habiles de Richelieu, il reçoit le surnom de Juste.

Louis XIV, après avoir donné au inonde le spectacle de l'orgueil le plus insensé; après avoir acheté la gloire aux dépens de la France épuisée par des prodigalités inouïes; après avoir assombri la lin de son règne par la révocation de l'édit de Nantes et la proscription des réformés; Louis \IV. roi galant, spirituel, majestueux, despote, envieux, vindicatif, meurt avec le titre de Grand, parce que de grands capitaines, de grands écrivains, de grands artistes ont illustré son siècle.

Louis XV, monarque indifférent et débauché jusqu'au cynisme, ne règne que dans son Parc-aux-Cerfs : et, indigne du surnom de Bien- Aimé, il lègue à son successeur un sceptre que la révolution doit briser.

Louis XVI, nature honnête, mais bornée, a le malheur d'arriver au

moment où une royauté détestée touche à son agonie. Incapable de comprendre la portée des nouvelles idées qui débordent de toutes parts, et malgré son titre dérisoire de Restaurateur de la liberté française, il paye de sa tête son impuissance et ses irrésolutions continuelles.

Louis XVIII. roi philosophe et sceptique, dote la France d'une charte constitutionnelle ; mais, replacé sur le trône «race aux baïonnettes étrangères, il ensanglante les premières pages de la Restauration par les vengeances les plus odieuses.

Charles X, dédaignant les leçons du passé, Charles X. monarque dévot et inintelligent, arrive de faute en faute à porter une main sacrilège sur l'œuvre de son frère; il viole ses serments et les lois, signe sa déchéance en signant les criminelles ordonnances de juillet, et va pleurer, dans l'exil, un trône à jamais perdu pour sa dynastie.

Tels furent les rois de la branche aînée des Bourbons : la faiblesse, l'orgueil, l'immoralité, l'intolérance religieuse, souvent l'inhabileté et toujours le despotisme caractérisent leurs règnes.

Maintenant examinons ce que furent les princes de la branche cadette. Remontons de nouveau à la source : mais, par cela même que leur histoire est moins généralement connue, en raison du rôle secondaire qu'ils ont joué, à l'exception du Régent, il importe que nous entrions, à leur égard, dans de plus longs détails, afin de rendre le parallèle plus saisissant.

La race des Valois, ainsi que nous l'avons dit. s' étant éteinte avec Henri 111. Henri de Bourbon, roi de Navarre, lui succéda sur le trône (1589), aon cependant sans avoir conquis son sceptre à la pointe de l'épée, ni sans avoir abjuré le calvinisme, prétendant avec raison que c< Paris valait bien une messe. » Il se fit sacrer à Chartres, en 1594, et son entrée dans la capitale termina l'époque des guerres de religion. Henri IV est donc le premier roi de la Maison de Bourbon. Sa puissante administration dura seize ans. et régénéra la France. Sa bravoure, son excessive bonté, une grande rectitude dans le jugement, la fermeté de son caractère, l'amour qu'il portail à son peuple en feront toujours le modèle des souverains.

\)c Marie de Médicis. ce prince cul trois lils. dont deux seulement lui survécurent : l'un fui Louis XIII; l'autre Gaston-Jean-*Baptisle de Fiance, duc d'Orléans, qui mourut -au- postérité mâle.

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PHILIPPE DE FRANCE, fils de France, Monsieur, duc d'Orléans, de Valois, de Chartres, de Nemours, de Montpensier, second (ils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, né au château de Saint-Germain en l.aye. le LJ I septembre 1640, esl le chef de la branche héréditaire d'Orléans.

Les coniii Ile> rébellions de Gaston contre Louis XIII tirent réfle-

chir Mazarin sur le danger de donner à Philippe une éducation qui pût éveiller en lui des idées d'ambition el de gloire. Dès lors, après avoir eu le talenl d'associer Anne d'Autriche à ses craintes, il n'eut < j ii un but, odieux el infâme, celui de comprimer l'essor de l'intelligence du jeune prince; de pervertir sou moral: de lui inspirer des goûts efféminés, de l'élever enfin dans la mollesse cl les plaisirs. Cette politique barbare n'eul que trop de succès ; el Louis XI\ luimême pril si bien soin de tenir son frère dans sa dépendance el de I éloigner des affaires, que ce prince fui toute sa vie un personnage nul en politique. « Daniel de Cosnac, évèque de Valence, aumônier

de Philippe de France, dit l'abbé de Choisy, mit en tète à Monsieur qu'il devait avoir part au conseil, et demander an roi l'honneur et la liberté rl'v entrer. Monsieur le lit et lut refusé. »

Philippe alors sollicita le gouvernement de Languedoc, vacant par la mort du prince de Conti. A ce sujet, nous lisons encore dans les Mémoires dej'ubbe de Choisi/ : << L'évêque de Valence, chargé par lui de porter une lettre au roi pour exprimer ce vœu. adressa ces paroles au monarque : Il n'y a personne. Sire, qui puisse ni doive entrer dans le sacré détail de ce qui se passe entre vous deux : mais entin. Monsieur est votre frère ; il vous demande avec empressement le gouvernement de Languedoc, et Votre Majesté s est aperçue qu'il n'est pas content. — Monsieur, dit le roi. je vous ferai donner la réponse que je vais faire à mon frère dans une demi-heure. Dites-lui que les princes du sang ne sont jamais bien en France ailleurs qu'à la cour, et qu'à l'égard du gouvernement de Languedoc, je le prie de se souvenir que nous sommes convenus, lui et moi. qu'il n'aurait jamais de gouvernement. »

Tout trahissait ^i bien, chez Louis XIV. cette pensée basse el jalouse d'annihiler complètement son frère, au profit de >a propre vanité, que pas un courtisan n'eût osé prononcer le nom de Monsieur devant lui. Doué d'un caractère faible, Philippe subissait, en tremblant, l'empire despotique du roi. el se résignait, sans murmure, à une lâche oisiveté, à une existence, dont le scandale et la honte doivent rejaillir sur Anne d'Autriche et Louis XIV, s'il faut en croire les auteurs contemporains : « Le chevalier de Lorraine et Ghâlillon, raconte l'un d'eux, avaient fait à la cour du duc une grande fortune par leur figure, dont Monsieur s'était entêté plus que de pas une autre. Le dernier prit la chose en guisard qui ne rougit de rien, pourvu qu'il arrive : il mena Monsieur le bâton haut toute sa vie, lut comblé d'argent et de bénéfices. >

Cependant, s'il était pusillanime en face du roi. Philippe de France était brave sur un champ de bataille, et certes Louis XIV ne lui soupçonnait pas l'instinct militaire, quand il s'avisa de l'emmener aux conquêtes de la Flandre et de la Franche-Comté, et surtout de lui confier un commandement à l'armée des Pays-Bas. Peut-être pensaitil préparer nu nouveau triomphe à son orgueil, en mettant en relief I incapacité de son frère: son espoir fui trompé. Philippe s'empara

s HISTOIRE

de plusieurs places, el déploya une grande valeur aux sièges de Maastricht, de Besançon, de Dôlë", Limbourg , Coudé el Bouchain ( 1 r>Tt> à 1676).

c< Lois de la campagne de FJandre(1667), raconte l'abbé de Ghoisy. le roi fui averti de bonne heureque Monsieur étail à la tranchée, el envoya un de ses aides de camp savoir de ses nouvelles. Tons ceux qui revenaient d'où Monsieur était, parlaient de sa valeur avec éloge. I.e roi, rentrant de la promenade, envoya dire à Monsieur qu'il l'attendait pour déjeuner. A cela, Monsieur répondit respectueusement « qu'il le suppliait de ne pas l'attendre; qu'il avait fait commencer un travail qu'il serait bien aise de voir achever, et qu'il avait l'ail porter un morceau pour manger à la tranchée. » En effet, sur les quatre heures du soir, Monsieur revint el rendit compte au roi de l'étal de la tranchée, de ce qui s'y était passé depuis le matin, et finil par dire que « puisqu'il n'était pas assez heureux pour pouvoir le servir de ses conseils, il étail résolu de se rendre digne de le servir de sa personne et de son bras. » Le roi. sans paraître ému, lui répliqua avec un ton assez ironique : a Diable! mon frère, je vous conseille de \ous l'aire sae-à-lerre. Eh bien, allez vous reposer, car vous en avez grand besoin. » L'évêque de Valence, qui entendit ce discours, n'en liii pas moins frappé que Monsieur, qui continua, depuis, son premier train de \ ie, c'est-à-dire de suivre el de voir le roi sans se mêler de rien. »

Philippe de France, dont les soldats disaient a qu'il craignait plus que le soleil ne le bâlàt qu'il ne craignait la poudre et les coups de mousquet, » se couvrit de gloire en remportant une victoire éclatante, près de Mont-Cassel, sur le prince d'Orange (11 avril 1677). « Dans celte rencontre, dit Voltaire, Monsieur chargea avec une valeur el une présence d'esprit qu'on n'attendait pas d'un prince efféminé. Jamais on ne vil un plus grand exemple que le courage n'esl point incompatible avec la mollesse. Ce prince, qui s'habillait souvent en femme, qui en avait les inclinations, agit en capitaine et en soldat. Le loi. son frère, parut jaloux de sa gloire: il parla peu à Monsieur de sa victoire; il n'alla pas même voir le champ de bataille. quoiqu'il se trouvai tout auprès. Quelques serviteurs de Monsieur, plus pénétrants que les autres, lui prédirent alors qu'il ne commanderai! plus d'armée, el ils ne se trompèrent pas. »

DE I.ul'IS-l'HILiri'E. il

L)e retour à Versailles, Louis XIV dut cédera l'opinion et dissimuler son profond dépit, en ordonnant des réjouissances publiques en l'honneur de son frère : niais, ajoute Saint-Simon, « 11 n'y eut que l'extérieur d'observé, et, dès ce moment, la résolution fut prise et, depuis, tenue, de ne jamais donner d'armée à commander à Monsieur. >> Le marquis de Lafarc dit aussi dans ses Mémoires : « Comme il fut prédit dès lors par des yens sensés, Monsieur ne s'est retrouvé de sa vie à la tète d'une armée ; cependant il était naturellement intrépide. » En effet, Philippe, sacrifié définitivement à la jalousie de Louis XIV. termina sa carrière militaire par une mission sans importance en Bretagne: et l'oisiveté le replongea bientôt dans tous les détestables penchants de sa jeunesse.

Philippe de France épousa en premières noces, le 31 mars 1661, Henriette-Anne, fille de Charles Ier, roi d'Angleterre. A l'occasion de son mariage, et en vertu d'un édil enregistré le Ht mai de la même année, il reçut en apanage les duchés d'Orléans, Valois et Chartres, avec la seigneurie de Monlargis. Cet apanage, qui s'accrut considérablement plus tard par l'héritage de mademoiselle de Monlpensier, fille de Gaston d'Orléans, ne fut pas constitué à titre gratuit, mai- à litre successif; car il formait la part légitime de la branche d'Orléans dans la succession de Louis XIII. aux ternies de la législation sur les apanages. «L'apanage des enfants puînés de la Maison de France, estil dit dans les lettres patentes du 7 décembre 1766, a toujours été considéré comme représentant le partage de la monarchie qui a subsisté pendant les deux premières races. Si les inconvénients de ce partage destructif de la souveraineté, par les jalousies et la rivalité des princes, par l'affaiblissement des forces de l'autorité, ont persuadé, au commencement de la troisième race, que la couronne, le plus éminenl de tous les fiefs, devait être indivisible, ainsi que les fiefs, que les maximes du gouvernement féodal, alors en vigueur, déféraient en entier à l'aine des mâles : la nature, qui ne parle pas moins au cœur des rois qu'à leurs sujets, leur a inspiré de doter leurs enfants puînés, et de leur procurer une subsistance proportionnée à la splendeur de leur origine, et propre à les dédommager de la perte de leur souveraineté dont ils étaient privés. Fnfants de l'Étal, ils ont pris dans les fonds de l'État même, par les mains des rois nos prédécesseurs, les parts et portions qui leur oui été assignées. Le vœu de la nature a

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été rempli, el la royauté a acquitté ses obligations. Cette institution, par son principe el par sa longue observance, qui n'a souffert aucune interruption, a mérité d'être placée au rang des lois fondamentales de notre monarchie. »

En apanageant son frère, Louis XIV lit, comme on le voit, acte de bonne justice ; niais, fidèle à son système d'abaissement, il ne voulut jamais lui accorder le lilre d'Altesse royale qu'avaient jusqu'alors porté les princes du sang. Le seul témoignage de sa générosité à son égard fut le don de la propriété du Palais-Royal, qu'il ajouta à son apanage par lettres patentes de lévrier 1692.

Henriette d'Angleterre, qui n'avait pas trouvé, dans son mariage avec Monsieur, le bonheur qu'elle méritait, mourut subitement, à l'âge de vingt-six ans, le 50 juin 1070. « La cour et la ville crurenl qu'elle ;ivail été empoisonnée dans un verre d'eau de chicorée, après lequel elle ('-prouva d'horribles douleurs, et bientôt les convulsions de la mort : mais la malignité humaine et l'amour de l'extraordinaire furent les seules raisons de celle persuasion générale. Le verre d'eau ne pouvail être empoisonné, puisque madame de Lafayelle et une autre personne burent le reste sans ressentir la plus légère incommodité. Il y avait longtemps que Madame était malade d'un abcès qui se formait dans le foie. Son mari, trop soupçonné dans l'Europe, ne fut, ni avant, ni après cet événement, accusé d'aucune action qui eût delà noirceur. » ( Voltaire.)

Les soupçons, dont Monsieur fut l'objet, prirent leur source dans la mésintelligence profonde qui régnait entre les deux époux, depuis qu'une fatale indiscrétion avait fait pénétrer la confusion et la douleur dans leur maison.

La princesse palatine Charlotte-Elisabeth de Bavière, fille du prince palatin, Charles-Louis, succéda, en 1071, à Henriette d'Angleterre, après avoir abjuré le calvinisme pour épouser Monsieur. C'était une femme d'énergie el île haute raison. Elle ne fui pas plus beureuseque la sœur de Charles II; mais elle ne cessa pas un instant de montrer une résignation admirable. Grâce à ses soins et à ses économies, l'apanage d'Orléans s'augmenta du domaine du Raincy, revendu plus lard par h- Régent, cl racheté, en 1707. par Louis-Philippe.

Philippe de France mourut au château de Sainl-Cloud. le !> juin 17(11.

DE LOUIS-PMLIPPE.

PHILIPPE D'ORLÉANS. petit-Gls de France, duc d'Orléans, de Valois, île Chartres, de Nemours, de Montpensier, chevalier des ordres du roi, régenl du royaume pendant la minorité de Louis X.V, naquil au château de Saint-Cloud, le -2 aoûl 1674, du mariage de Monsieur el de Charlotte de Bavière. La politique inhumaine, qui réussit à abâtardir l'excellente nature de Philippe de France, ne présida pas fort heureusement à l'éducation de son iils. Ce dernier recul au contraire, sous les yeux de Madame, une instruction des plus solides et des plus variées. Aussi fut-il appelé à jouer un rôle important sur la scène politique. Louis XIV ne parut pas d'abord reporter sur lui les préventions jalouses dont il avait continuellement poursuivi son propre frère. Il daigna même remarquer son courage ri sa brillante intelligence, sans doute parce (pie son neveu ne pouvail encore lui inspirer de craintes pour l'avenir. Le jeune prince avail hérité des goûts militaires de son père, et. à l'âge de dix-sept ans. il se distingua sur

le champ de bataille. C'est au siège de Mons, au combat de Leuze el à la prive de Namur qu'il lit ses premières armes (1691-1692). Peu de jours après, eut lieu la fameuse bataille de Stennekcrque, où le maréchal de Luxembourg déploya toutes les ressources de son génie pour ressaisir une victoire qui lui échappait. « Il avait dans son année, dit Voltaire, Philippe, duc d'Orléans, alors duc de Chartres, depuis régent du royaume, petit-fils de France. Il ne pouvait être utile pour un coup décisif; mais c'était beaucoup, pour animer les soldats, qu'un petit-fils de France, encore enfant, chargeant avec la maison du roi. blessé dans le combat, et revenant encore à la charge malgré sa blessure. » La campagne suivante. Luxembourg surprit el atteignit le roi Guillaume à N'erwinden, petit village situé près de la Celle, à quelques lieues de Bruxelles. « Ce fut encore à Nerwinden que ce même Philippe, dur de Chartres, se munira digne petit-fils de Henri IV. Il chargeait pour la troisième fois à la tête d'un escadron : celle troupe clani repoussée, il se trouva, dans un terrain creux, environné, de tous côtés, d'hommes et de chevaux tués ou blessés. Un escadron ennemi s'avance à lui, lui crie de se rendre : on le saisit; il se dé-

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officù r qui le retenait prisonnier; il s'en déliai'-

passe: on revole à lui dans le moment et on le dégage (1695). » (Si hic df Louis XIV.) Cette conduite héroïque, de la part d'un prince à peine dans l'adolescence, était trop digne d'éloges pour que le maréchal de Luxembourg ne s'empressât pas de le féliciter devant l'armée entière. Mais à Versailles, Philippe ne reçut de Louis XIV qu'un accueil froid et sévère. Déjà le grand roi commençait à s'inquiéter des succès de son neveu; déjà la jalousie chassait de son cœur l'intérêt qu'il lui avait témoigné, et le premier effet de son dépit fut de l'éloigner des armées. Cependant, en 1706, lors de la campagne d'Italie, où le prince Eugène, petit-fils de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, se vengeait des dédains de Louis XIV par des victoires, il devint nécessaire de confier le commandement des troupes qui assiégeaient Turin, à un prince aussi habile que brave. Vendôme, nommé pour aller réparer les pertes de Flandre, fut remplacé par Philippe d'Orléans, auquel on adjoignit le maréchal de Marsin, muni de pleins pouvoirs secrets. « car le roi n'était pas disposé à lui donner les moyens d'ajouter à la gloire qu'il s'était acquise |1). » C'était l'époque des revers de Louis XIV; la crise était grande. Philippe trouva les troupes démoralisées et en désordre comme si elles avaient élé battues. Eugène, marchant de triomphe en triomphe, parut près de Turin en même temps que le duc d'Orléans, qui avait eu beaucoup de peine à joindre le due de la Feuillade au camp établi devant la place.

Le duc d'Orléans assemble alors un conseil de guerre, composé du maréchal de. Marsin. du duc de la Feuillade, de Sainl-Fremont el d'autres lieutenants généraux : «Messieurs, leur dit-il, si nous res- « Ions dans nos lignes, nous perdons la bataille; notre circonvalla- « lion est decinq lieues d'étendue: nous ne pouvons border touseesre- « Iranchements. Vous voyez ici le régiment de la marine, qui n'est que « sur deux hommes de hauteur; là vous voyez des endroits enlière- « ment dégarnis. La Doire, qui passe dans noire camp, empêchera « nos troupes de se porter mutuellemenl de prompts secours. Quand « le Français attend qu'on l'attaque, il perd le [dus grand de ses « avantages, cette impétuosité el ces premiers moments d'ardeur qui « décident si souvent du gain des batailles. Croyez-moi, il faut mar-

1 Biographie unirermlle, lome XXXII p 108

IISTUIRE

« cher à l'ennemi. » Et tons les Heu tenants généraux de s'écrier : // faut marcher ! Aussitôt, montrant un ordre du roi qui l'autorisait à

agir selon sa volonté, le maréchal de Marsin combattit Taris du prince et prétendit qu'il fallait rester (huis les lignes. Le duc d'Orléans devina les ressentiments de Louis XIV et se résigna, sans pourtant dissimuler sa profonde indignation. L'événement justifia, du reste, ses sages prévisions : Eugène attaqua nos troupes, el força les retranchements au bout de deux heures. La déroute complète de 60,000 hommes et la perle de la. bataille de Turin, où le duc d'Orléans se vit dangereusement blessé, furent 1rs résultats funestes de cette mésintelligence que Louis MV avait eu soin de provoquer entre les généraux français, dans le seul but il empêcher l'élévation de son neveu.

Depuis que Philippe V, petit-fils de Louis XIV. occupait le trône d'Espagne, en vertu du testament de Charles II, la Maison d'Autriche, trompée dans ses espérances, n'avait pas cessé de soutenir ses

prétentions les armes à la main. Ainsi, vers la lin de P706elau commencement de 17(17, Louis XIV semblait mis au ban de l'Europe el la

France à la veille de sa perte. Le grand roi résistait, ou protégeait ou attaquait encore de tous côtés, mais en vain. Il fut aussi malheureux en Espagne qu'en Italie, en Allemagne et en Flandre. Les choses en étaient à ce point, quand le duc d'Orléans alla prendre le commandement d'un corps d'année en Espagne. Ce prince, arrivé le lendemain de la célèbre bataille d'Almanza, profita de cette victoire, s'empara de plusieurs places, entre autres de Lérida, l'écueil du grand Condé, et réussit à rétablir la fortune chancelante de Philippe V. Tout à coup ses services devinrent suspects. Ayant, à la couronne d'Espagne, des droits que le testament de Charles II avait négligés, et que son père avait maintenus par une protestation, le'duc d'Orléans fut accusé de prétendre au trône, dans le cas où le petit-fils de Louis XIV abdiquerait, question que l'on agitait déjà. Le complot fut découvert à Madrid, ni 1709, pendant que le duc d'Orléans se trouvait à Versailles, et ses agents furent emprisonnés en Espagne. Le dauphin, père de Philippe V, sollicita la mise en jugement du duc: le roi s'y refusa, «aimant mieux, dit Voltaire, ensevelir dans le silence un projet informe el excusable, que de punir son neveu dans le temps qu'il voyait son petit-fils toucher à sa ruine. » La générosité de Louis XIV fut-elle sincère? Il est permis d'en douter: car il exila le duc d'Orléans, el le condamna, sans retour, à l'inactivité. Sa modération, en celle circonstance, fui l'effet du calcul; il craignait de préparer un triomphe au vainqueur de Lérida, à un prince qu'il haïssait maintenant de toute la force de son orgueil blessé. Il faut le dire hardiment, ce roi, jugé longtemps avec trop d'indulgence, a bien souvent manqué d'une véritable grandeur d'âme. Absorbé dans son individualité despotique, il rapportait tout à lui et ne pardonnait à aucune supériorité. « Il me semble, disait-il, qu'on m'ôte de ma gloire, quand, sans moi, l'on en peut avoir. » Ces mots le peignent tout entier. « II était si pénétré de sa haute Majesté, nous apprend un historien, qu'il recevait comme chose due le titre de Grand que lui donna solennellement l'hôtel de ville de Paris. Lui-même applaudissait à son apothéose, el chantait, avec des pleurs d'attendrissement, les hymnes composés à sa louange par Quinault. » Cet orgueil incommensurable, cet égoïsme sans exemple ne sont-ils pas de nature à diminuer le prestige qui s'alla-

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