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die au nom ilu grand roi, — gretad plutôt pfr son entourage quepâr son génie personnel, lequel ne consista réellement qu'à savoir jouer à la royauté !
Philippe d'Orléans, bientôt rappelé île l'exil, vint habiter le Palais- Royal. Du moment qu'il se vit fermer la carrière des armes, il occupa ses loisirs à la culture des arts, des lettres et des sciences, et ses progrès v furent rapides. Il excellait surtout dans la gravure et dans la gouache. Toutes les estampes du roman de Daplinis et Chloé ont été dessinées cl gravées par lui. Quatre-vingts ans plus lard, le célèbre David, en admirant, chez le conventionnel Courtois, une très-belle miniature gouache exécutée par le Régent, s'écria, dans son grossier
langage : « Au lieu d'être prince, ce b -là aurait mieux l'ait d'être
peintre, la France aurait eu un grand artiste de plus! » «Depuis César, qui se piquait de manier le pinceau aussi bien que l'épée, ajoute Courtois dans ses Mémoire!', jusqu'au lion roi René, qui tenait mieux b; pinceau que le sceptre, je ne sache pas de prince qui ail peint avec autant d'habileté. Ce petit tableau était effectivement un chef-d'œuvre bien supérieur à tout ce qu'ont l'ait Artaud etCoypel, qui donnaient des leçons de peinture à un prince qui en savait plus qu'eux (I). » Philippe d'Orléans employait ainsi noblement sa vie, lorsque d'épouvantables malheurs vinrent le surprendre au milieu de ses travaux, el éprouver son âme bien cruellement. Louis XIV, dont la vieillesse (''tait attristée par des revers continuels, vil mourir, au mois d'avril 1712, son lils unique, le duc el la duchesse de Rourgogne, leur lils aîné, el le due de Bretagne; tandis que le dernier de leurs enfants (depuis, Louis XV) gisait dans son berceau, à deux doigts de la mort. Le duc de lierri, frère du duc de Bourgogne, les suivit au tombeau deux ans après, el sa fille, encore dans les langes, ne lui survécut que peu de temps. Ces morts précipitées répandirent la stupeuret la désolation dans tout le royaume, et d'odieux soupçons planèrent sur le duc d'Orléans. « Il avait un laboratoire, raconte Voltaire, el étudiai! la chimie, ainsi que beaucoup d'autres arts : c'était une preuve s;uis réplique.
« Le cri publie était affreux: il l'aul en avoir été témoin pour le croire. Plusieurs écrits et quelques malheureuses histoires de
I Ce lablcau est maintenant dans I.- cabinet de Louis-Philippe lr'
I>i: LOUIS-PHILIPPE 17
Louis \l\ éterniseraient les soupçons, si des hommes instruits ne prenaient soiri 9e lès détruire. J'ose dire que, frappé, de toul temps, de l'injustice des sommes, j'ai fait bien des recherches pour savoic la vérité. Voici ce quem'a répété plusieurs fois le marquis de Canillac, l'un des plus honnêtes hommes du royaume, intimement attaché à ee prince soupçonné, dont il eul depuis beaucoup à se plaindre. Le marquis de Canillac, au milieu de cette clameur publique, va le voir dans son palais; il le trouve étendu à (erre, versant des larmes, aliéné par le désespoir. Son chimiste. Humbert, court se rendre à la Bastille, pour se constituer prisonnier: mais on n'avait poinl d'ordre de le recevoir; on le refuse. Le prince (qui le croirail'.'i demande lui-même, dans l'excès de sa douleur, à être mis en prison : il veut que des formes juridiques éclairassent son innocence: sa mère demande avec lui cette justification cruelle. La lettre de cachet s'expédie, mais elle n'est poinl signée; et le marquis de Canillac, dans cette émotiou d'esprit, conserva seul assez de sang-froid pour sentir les conséquences d'une démarche si désespérée : il lil que la mère du prince s'opposât à cette lettre de cachet ignominieuse. Le monarque qui l'accordait el son neveu qui la demandait étaient également malheureux. »
Louis Xl\ dévorait sa douleur en public; mais toutes ces infortunes domestiques l'avaient frappé au cœur; et. s'il protesta, par son silence, contre la calomnie qui poursuivait le duc d'Orléans, il manifesta clairement ses ressentiments el -^ craintes, lorsqu'il s'occupa de créer un conseil de régence pour son successeur. Reportant sa ten dresse sur le duc du .Maine et sur le comte de Toulouse, ses li|s légitimés, il les appela au trône, eux et leurs descendants, par un (''dit enregistré en 1744, en cas d'extinction delà branche aînée. L'année suivante, il leur conféra le titre de princes du sang, par un autre é'dil, et les adjoignit au duc d'Orléans dans le conseil de régence. Vprès avoir ainsi donné une nouvelle preuve d'omnipotence, Louis XIV mourut le 1" septembre 1715; el ses dernières paroles lurent la condamnation de toute sa vie : « Nous allez être bientôt roi d'un grand royaume, dit-il au dauphin. Ce que je vous recommande le plus fortement est de n'oublier jamais les obligations que unis avez a Dieu : souvenez-vous que vous lui devez tout ce que vous êtes. fâchez de conserver la paix avec vos voisins. J'ai trop aune la
guerre, ne m imitez pds en cela, non plus que dans les trop grandes dépenses que j'ai faites. Prenjez conseil en toutes choses... soulage/ vos peuples le plustôt que vous pourrez, et faites ce que j'ai eu le malheur de ue pouvoir faire moi-même. »
Pendant que le peuple insultait aux funérailles du grand roi, le parlement, d'une voix unanime, cassa son testament, et conféra la régence absolue au duc d'Orléans.
« Spirituel et lion, ayant toutes les grâces et tous les défauts de la faiblesse, leRégenl offrit à l'Europe émerveillée un singulier contraste aver cette grande, calme et froide figure qui venait de descendre du trône. Th. Blhette. » C'est alors, en effet, que se révélèrent, dans tout leur éclat, les brillantes qualités de ce prince, «pion a si longtemps calomnié. Sans doute il commit des fautes, mais on doit en accuser les circonstances plus que son cœur, toujours animé de généreuses intentions. Malgré les désordres de sa vie privée, il mérite d'occuper une belle place dans l'histoire; car il rendit au pays des services incontestables. Son administration, loin d'être orageuse comme tout le faisait craindre, fut paisible et fortunée: il n'y a pas jusqu'au fameux système de Law qui ne soutînt la régence et l'Etat par des conséquences que personne n'avait prévues. Ainsi, la paix succédant à des guerres ruineuses et interminables; la liberté des croyances religieuses rétablie; la représentation nationale relevée de sa déchéance; le désordre des (inances en partie réparé; lois sont les titres qui doivent faire honorer la mémoire du Régent, en faveur duquel, aujourd'hui, une réaction complète s'est opérée dans l'opinion publique. « Des pièces authentiques, dit le conventionnel Courtois dans ses Mémoires que nous avons déjà cités, attestent que, devançant son époque, le Régent avait voulu, avant de remettre la couronne au jeune roi , doter son pays d'institutions libres, qui déjà lui apparaissaient comme une nécessité. Dans ses vues libérales, il semblait que l'avenir se fût dévoilé aux yeux de ce prince éclairé. » Enfin, voici le portrait qu'en a tracé Voltaire : « C'était un prince à qui on ne pouvait reprocher que son goût ardent pour les plaisirs et poulies nouveautés. De toute la race de Henri IV. Philippe d'Orléans fut celui qui lui ressembla le plus: il en avait la valeur, la bonté, l'indulgence, la gaieté, la facilité, la franchise, avec un esprit plus cultivé. Sa physionomie, incomparablement plus' gracieuse, était cepen-
danl celle de Henri IV. Il se plaisait quelquefois à mettre une fraise, ei c'élail alors Henri IV embelli, »
Le Régent mourut d'une attaqué d'apoplexie, au château de Versailles, le 2 décembre 1725.
Louis d'Orléaus
LOUIS, dur d'Orléans, de Valois, de Chartres, «le Nemours, de Monl pensicr, premier prince du sang, chevalier des ordres du roi el de la Toison d'or, colonel général de l'infanterie, grand maître des ordres de Notre Dame de Mont-Carmel el de Saint-Lazare, gouverneur du Daupbiné, naquit au château de Versailles, le ï août 1707), du mariage de Philippe d'Orléans avec Françoise-Marie de Bourbon, Mlle légitimée dé Louis XIV et de madame de Montespan.
Doué d'un caractère faible et bizarre, ce prince, à peine adolescent, se jeta dans une dévotion exagérée qui contrastait singulièrement avec les mœurs dissolues de la régence. L'immoralité du cardinal Dubois le révoltai! à ce point, qu'il préféra renoncer à son
gouvernement ilu Dauphiné plutôt que de se Irouver en relation avec ce premier ministre. Mais, il faut l'avouer, smi rigorisme religieux tenait de la folie "el lui inspirait de tristes monomanies. Par exemple, il n'admettait la naissance et la mort de personne, jusqu'à ce que cette croyance lui lût imposée par un ordre du roi, pour qui sa soumission et son respect furent toujours sans bornes, au milieu <le ses hallucinations, résultatde l'ascétisme. Loin de revendiquer l'héritage politique de son père, il nia sa mort et mal-mena fort ceux qui. en le consolant, essayèrent d'éveiller son ambition. Une lettre de cachet le força de prendre le litre de due d Orléans. De même, il refusa de croire à la mort d'une épouse adorée, qu'il perdit après deux ou trois ans de mariage. De ce moment, sa raison sembla s'altérer davantage. Pendant le reste de sa vie, il faisait souvent demander madame d'Orléans; et comme il s'irritait de son absence, il fallait, pour l'apaiser, lui dire que le service de la reine retenait la duchesse à Versailles. La manie de dévotion de Louis d'Orléans était notoire en France, et on l'avait surnommé Sainte-Geneviè re , depuis sa retraite dans l'abbaye de ce nom. « Là. dit un historien ecclésiastique, le premier prince du sang assistait aux ofliees, récitait le bréviaire, communiait fréquemment, couchait sur une simple paillasse, se levait à quatre heures du matin, ne buvait (pie de l'eau, jeûnait rigoureusement, donnait souvent audience aux pauvres, visitait même les malades, relevait de pauvres familles, envoyait des aumônes à Berlin, en Silésie. Il distribua de grosses sommes en 1755, 1759 et 1740. >>
La piété lôlle et malenteudue de Louis d'Orléans linil, en raison même de son exagération, par tourner au jansénisme dégénéré; car les momeries des convulsionnaires remplaçaient, à celle époque, les sublimes enseignements des Saint-Cyran, des Arnauld, des Nicole el des Pascal. Les jansénistes, s' écartant tout à l'ail de cette morale austère, dont leurs chefs avaient donné' l'exemple. in étaient arrivés, dans leur fanatisme, à vouloir l'aire adinellrc. comme preuve irréfragable de l'excellence de leurs principes, les convulsions, les sauls de carpes, les cruciliements sacrilèges, les soulagements impies el licencieux à coups de bûches, de barres de 1er. elc. : letoul. pour des maladies supposées par d'impudents jongleurs. Le jansénisme n'avait plus, pour adeptes, que des fous, glorieux de compter à leur tête Louis d'Orléans, au point, dit-on.
d'avoir la prétention risible de le placer sur le trône. Quant au prince, on doil bien penser que c'esl m peine s'il fui instruit d'un tel projet, lui <|iii eûl sacrifié lentes les grandeurs du monde à sa paisible retraite et à ses pieuses études. « Ses travaux relatifs à l'Ecriture sainte, dit l'auteur que nous venons de citer, consistent dans des traductions littérales, des paraphrases et des commentaires sur une partie de l'Ancien Testament. Parmi ces traductions, on remarque eelle des Psaumes, faite sur l'hébreu, avec une paraphrase et des notes. On v trouve des explications savantes, ingénieuses, et une saine critique. Il a aussi des dissertations très-remarquables par la profondeur des recherches, entre autres une dans laquelle il est le premier qui ait prouvé que les notes, grecques sur les Psaumes, insérées dans la Chaîne des Pires arecs, du père lïallhazar Corder, et qui portent le nom de Théodore d'Héraclée, sont de Théodore de Mopsueste. Noire pieux auteur a laissé encore plusieurs dissertations contre les juifs, peur réfuter le fameux livre hébreu, intitulé : Bouclier de la Foi . qui avait été déjà réfuté, mais faiblement, par Jacques Gousset, en 1712. On lui doit, de plus, une Traduction littérale des Epîtres de saint Paul, faite sur le texte grec: un imité contre les spectacles; une Réfutation des Hexaples; plusieurs autres Traités et Dissertations curieuses sur toutes sortes de sujets. On doit regretter que des manuscrits si précieux n'aient pas été imprimés... Il marquait tous ses jours par de lionnes œuvres, variées à l'infini, telles que pourvoir aux frais de l'éducation de pauvres enfants, leur faire apprendre un métier, marier des lilles indigentes, doter des religieux, fonder des écoles et des collèges, répandre ses bienfaits sur les missions, sur les nouveaux établissements utiles. Comme il ne pouvait toul faire par lui-même, il avait un homme de confiance qui, à sa prière, visitait les prisons, pénétrait dans les tristes réduits de la misère, payait les dettes des pères de famille détenus peur ici objet, faisait des pensions à des \eu\es. assurait la subsistance de- orphelins, secourait de vieux soldats ou d'anciens officiers, el le secret voilait toujours tant d'actes de bienfaisance. C'est dune à bien juste titre que la reine de France. Marie de Leckzinski, lorsque ce prince mourut, dit : C'esl un bienheureux qui laisse après lui beaucoup de malheureux. »
Louis d'Orléans joignait à la connaissance des langues orientales l'élude des sciences naturelles. Le célèbre Cuetlanl. dont il lit impri-
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mer les premiers ouvrages, lui en avail inspiré le goût. Aidé des con1 seils de ce savant, il herborisait dans un jardin qu'il avail acheté pour la culture des plantes médicinales, el posséda bientôt une précieuse collection qui fut l'origine de noire magnifique Cabinet d'histoire naturelle. C'est sur l'emplacement même de ce jardin que s'élève au jourd'hui le Muséum, tel que l'a l'ail le génie de Buffon et de Cuvier.
Ainsi s'écoula, sans éclat, celle existence contemplative; cette existence que troublèrent quelquefois les traits de la satire, mais que respecta la calomnie; celle existence qui s'éteignit, le ï lévrier 1752, au milieu des bénédictions el des regrets.
Louis-Philippe d Orléans
LOUIS-PHILIPPE, duc d'Orléans, de Valois, de Chartres, de Nemours, de Montpensier, premier prince du sang, chevalier des ordres du roi el de In Toison d'or, gouverneur du Dauphiné, lils de Louis d'Orléans el >\f la princesse de Bade, naquit au château de Versailles, le I '2 mai 1725. Destiné à la carrière îles armes, Louis-Philippe Fui nu vaillant soldai el rien de plus. Il lil la campagne de Flandre el se
iik i.oi'is-i'inurri; -ir>
distingua notamment à la bataille de Dettingue, où on le vil rallier le régiment des gardes mis en pleine déroute (1745). Aux sièges de Menin. d'Ypres, de Furnes et de Fribourg, son courage impétueux redoubla l'ardeur des soldats qui le suivaient à la tranchée et aux attaquas.
Il prit également part aux célèbres journées de Fontenoi, de Rocoux, de Lawfeld, et contribua, en 1757, au succès de la bataille d'Hastembeck, une des premières de la guerre désastreuse de Se|>l- Ans. A cette époque, le règne des courtisanes commençait à succéder à celui du cardinal de Fleury. La marquise de Pompadour, toutepuissante sur l'esprit de Louis XV. coudait les rênes du gouvernement à ses créatures, et semblait vouloir favoriser le progrès des idées philosophiques, dont Voltaire, Montesquieu. d'Alembert, Diderot, Gondillae étaienl le-» ardents propagateurs. Le scepticisme, enfin, Taisait à la religion une guerre acharnée; chaque jour enlevait à l'âme une croyance, à l'esprit un préjugé; et la Noblesse et le Clergé, menacés dans leurs prérogatives, voyaient avec effroi s'approcher le moment où devait tomber le prestige qui les avait protégés si longtemps. Les choses en étaient à ce point, quand une intrigue de cour éloigna Louis- Philippe de l'armée. Ce prince avait hérité du caractère apathique de son père: sa disgrâce ne l'affligea nullement, car il aimait les douceurs de la vie privée. Heureux de son obscurité, il s'entoura de savants et d'artistes, et trouva le bonheur dans leur paisible société. Il avait épouse, en 1745, Louise-Henriette de Bourbon-Conti : celle princesse lui donna deux enfants, qu'il eut lecouragede faire inoculer, bien que la vaccine fût alors Irès-comballue en France.
Pendant que. retiré, depuis 170.". dans son château de Bagnolet, ce prince oubliait, au milieu des plaisirs, les soucis de la politique; la réforme sociale poursuivait sourdement son cours. L'expulsion des jésuites hors du royaume, due à l'influence de Choiseul, protecteur avoué de l'école philosophique; la retraite de ce ministre et de Praslin; l'avènement au pouvoir du chancelier Maupeou et du duc d'Aiguillon; la suppression des parlements; la reconstitution de celui dé Paris; tels furent les événements qui marquèrent nue période de sept années (1764-1771 . Le duc d'Orléans, son I ils et les princes de la maison de Condé refusèrent de siéger dans le parlnmenl Mnupeou et furent exilés. Mais l'opposition de Louis-Philippe s'arrêta là. lyunl horreur
de la guerre civile, il se sépara de la cause dos princes, cl ne cessa, depuis, de témoignera Louis W la plus profonde soumission*.
Le duc d'Orléans avait perdu sa femme en 1759; le 24 avril 1773. il épousa secrètement, avec l'agrément du roi. une jeune dame, donl l'esprit et la beauté avaient été remarqués dans les fêtes magnifiques de Bagnolet; c'était madame de Montesson, veuve d'un officier-'généial et tante de la comtesse de Genlis. Ce mariage blessa les susceptibilités aristocratiques de la famille d'Orléans et troubla même la bonne barmonie qui existait entre le duc d'Orléans et son fils, qu'on avait consulté pour la forme; mais madame de Genlis, avec son esprit conciliant, réussit à opérer un rapprochement. Si la calomnie n'épargna pas madame de Montesson, l'amour dévoué de son époux la dédommagea des chagrins que lui valait son élévation. Le prince renonça pour elle au Palais-Royal, vendit, pour elle encore, le palais de Saint-Cloud à Marie? Antoinette, et se relira au château do Sainte-Assise. où il mourut d'une attaque de goutte, le 18 novembre I7S5.
L'abbé Maury, prédicateur ordinaire de la cour, prononça son oraison funèbre à Notre-Dame. « L'abbé Maury, dit à ce sujet le baron de Grimm, a l'ail un tableau aussi vague que pompeux île la bienfaisance cl de la bonté du prince. Il l'a loué charitablement d'avoir préféré le charme des vertus privées à colle gloire do héros donl il se dégoûta do bonne heure, au moins pour son propre compte, mais qu'il ne cessa jamais d'estimer dans les autres: car ce prince vertueux seplul toujours à honorer ceux en qui la patrie voyait ou son espérance ou son appui ; ce qui amenait nécessairement l'éloge détaillé du bailli de Suffren, du comte d'Estaing, du marquis de Bouille, du marquis de Lafayette, etc. Il est aisé de sentir l'effet qu'a pu produire un pareil plan, aux yeux, du moins, de ceux qui. dans celte cérémonie funèbre, venaient offrir, aux mânes du meilleur des princes, l'hommage sincère de leur reconnaissance et de leurs regrets. Ce qu'on sentira sans doute encore mieux, c'est combien le duc cl la duchesse d'Orléans durent être surpris que l'article de la vie de leur père, sur lequel l'orateur avait cru devoir s'étendre avec le plus de complaisance et d'intérêt, lui sou mariage avec madame de Montesson : il le compare a celui de Louis \l\ avec madame de Manileiion . c'est le grand morceau, c'est le morceau du discours par excellence, au point, dit-on. que ce discours pourra il passer plu loi pour un panégyrique île madame de
Sa ontesson , que pour l'oraison funèbre de M. le duc d'Orléans. <.r qu'il v a de certain et ce qu'on a trouvé (l'inlininienl fépréhensihle. c'est que l'auteur, de son autorité privSe, s'est permis de l'appeler sa compagne, son épouse. »
Du reste, Louis XVI blâma tacitement la tolérance de Louis XV, à l'égard de ce mariage, en faisant défendre à madame de Montesson de draper et de mettre ses gens en deuil. L'orgueil des descendants de Louis XIV eût été blessé de l'expression publique d'une douleur légitime, et même sur une tombe, les prérogatives royale devaient passer avant les pieux devoirs de l'humanité.
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IiOUiS-PHILJPPE-JOSEPH, duc d'Orléans, de Valois, de Chartres, de Nemours. (Je Montpensier, etc., (ils de Louis-Philippe d'Orléans et de Louise-Henriette de Bourbon-Gonti, naquit au château deSaint-Cloud, le 1-" avril 17't7. Spirituel, léger, inconstant, sans énergie, mais non sans bravoure, ami du faste, généreux jusqu'à la prodigalité, doué de tous les avantages physiques, ce prince ne recul qu'une instruction
superficielle; or le temps»étail passé où l'illustration delà naissance dispensait du mérite. Du cime des discussions philosophiques allait surgir bientôl la puissance de la parole. (I fallait donc mesurer ses forces pour oser entrer dans l'arène politique. Avec son caractère enthousiaste e! indépendant, I.ouis-I'hilippe-Joseph pouvait être à la hauteur du rôle que les événenfents lui tracèrent, s'il avait été éleVé dans les conditions quj font un homme d'action au lieu d'un homme de plaisirs. Toutefois, sa jeunesse, sans offrir rien de remarquable, ne fui pas entachée de ces souillures qu'on s'est plu à répandre avec un stupide acharnement, ci II est de toute fausseté, est-il dil dans unlivre intitulé : Explication de l'énigme du roman de Monljoie, que ce prince aiteu des goûts pervers, des inclinations vicieuses, dès qu'il sorti! de sa première enfance; à l'âgede vingt ans. il n'avait encore connu aucune des sociétés propres à lui inspirer des goûts déplacés; sa retenue avait été extrême pendant environ sept années d'une enlière liberté. »
En 1769, Louis-Phflippe-.Toseph, qui portail le titre de duc de Chartres, épousa, grâce à l'influence de M. de Puysieux et du maréchal d'Estrée, Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon, fille du duc de Penthicvre, dernier représentanl de la descendance légitimée de Louis XIV el de madame de Monlespan. Le. mariage fut célébré dans la chapelle du château de Versailles. Nous avons dit que. lors de la reconstitution du 'parlement Mauptou, le due de Chartres suivi I l'exem pie de son père, des princes de Condé et de Conti. en refusant de. siéger dans le nouveau parlement, où l'appelait sa naissance. Sa résistance le lil exiler comme eux. Mais, à son avènement au trône. Louis XVI rétablit celte cour des pairs avec quelques modifications nécessaires. Le duc de Chartres, afin de prouver son zèle et de mériter l'estime du roi, demanda à continuer de servir dans la marine; car il \ avait débuté dès 1772, ainsi que le prouve la lettre qu'il adressait, à celle époque, à l'un de ses amis : « Je suis vraisem- .< blablement condamné à une oisiveté éternelle. Quand même il sur- « viendrait une guerre, à quoi puis-je aspirer? J'ai vingt-cinq ans et je " ne l'ai pas encore laite!... Le service de mer est ma seule res- « source: c'est le seul parti que je puisse prendre pour acquérir l'est< lune cl la considération publiques, qui sont, pour nous, la seule ci fortune réelle, el sans lesquelles noire naissance ne fait que nous
DE COUIS-PIULIPPE. ■!'
u mettre au-dessous des autres. » Ce prince lit plusieurs campagnes, de 177-2 à 1778, sur la Méditerranée, sur l'océan Atlantique, et, après avoir passé par tous les grades, fut élevé au poste de lieutenant général des années navales, le i janvier 1777. En 1778, il eu! mission d'inspecter trois escadres réunies à Brest. Le roi le félicita dans ces termes :
Versailles, li? 28 Juin 1"S
c< J'ai reçu, mon cousin, la lettre que vous m'avez écrite. M. de Sartine m'a mis sous les yeux les détails de votre inspection: j'ai été fort content de la manière dont vous vous êtes conduit, et du bon exemple que vous avez donné. Je ne doute pas de la bonne volonté que vous avez pour mon service, et que je serai toujours content de votre conduite. Vous allez avoir l'occasion de vous exercer: je musûrque tout se passera bien avec la volonté que montre la marine el lev exemples que vous donnerez. Comptez toujours, mon cousin, sur mon amitié.
u Louis. >>
Le roi taisait allusion à la campagne qui allait s'ouvrir pour la cause de la république américaine. L'Angleterre, épuisée par la guerre de Sept-Ans, voulait, afin de rétablir ses finances, lever des impôts dans ses colonies de l'Amérique septentrionale. Une révolte universelle repoussa ses prétentions. Alors se réalisèrent ces théories républicaines qui. depuis longtemps déjà, travaillaient tous 1rs esprits, en Amérique, el dont la profonde commotion devait si rapidement se faire ressentir en France. Lu 1775, les Américains, avec une armée de 25,000 hommes, soutiennent une guerre en règle contre les Anglais. En 1770, un comité général, formé sous le nom de Convention., se constitue pouvoir libre el indépendant, et, à ce litre, envoie des agents diplomatiques en Espagne et en France. Benjamin Franklin vient à Paris, où il excite les plus vives sympathies. Le gouvernement français tolère les approvisionnements d'armes et de munitions qu'on prépare pour les insurgés; et Louis XVI, lui-même, entraîné par l'opinion, se décide à diriger sur New-York une Hotte de douze vaisseaux de ligne, sous les ordres du vice-amiral d'Orvilliers. lai effet, elle sortitde Bresl le 8 juillet 177n. tandis que la llotleau-
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glaise quilla le port de Plymouth i|iialre jours après. Elles croisèrent une quinzaine dans la Manche, sans se rencontrer; le 23, l'équipage du vaisseau le Saint-Esprit aperçut le premier l'escadre de Keppel. Impatient de combattre, le duc de Chartres demanda, par un signal, l'autorisation de chasser dessus avec sa division. Le comte d'Orvilliers y consentait d'abord, et cette nouvelle avait rempli l'équipage d'enthousiasme, quand un ordre contraire vint le jeter dans la stupeur. Ce fut un véritable coup de foudre: le duc de Chartres anéanti laisse tomber son épëe à ses pieds: les officiers restent inuels de douleur, et les matelots semblent plusabattus qu'ils ne l'auraient été après une défaite. 11 fallait obéir et dévorer l'affront, c'est ce que lit le duc de Chartres. Enlin. le 27, les deux flottes se trouvèrent à portée de canon, à la hauteur de l'île d'Ouëssant. Le comte d'Orvilliers rallia l'armée dans l'ordre de bataille naturel : niais, devinant bientôt que l'amiral anglais voulait surprendre l'arrière*garde de l'armée française, il plaça, par une manœuvre hardie, l'escadre bleue à l'avant- garde, et déjoua le projet de Keppel. L'escadre lileue.de NO canons, commandée par le due de Chartres, attaqua la première : et, pendant quatre heures d'un feu très-vil' de part et d'autre, le prince, velu d'un habit richement galonné et ceint de son cordon bleu, suivant une tradition, ancienne dans la marine, dese parer pour le branle-bas, — le prince, disons-nous, monta sur le banc de quart, pour mieux observer les mouvements de l'ennemi, el ne cessa de montrer la valeur la plus calme et la plus intelligente. Cependant l'année anglaise avait l'avantage de la position pour pointer les canons et servir la première batterie; le comte d'Orvilliers essaye de le lui enlever par une évolution dont l'exécution tardive va compromettre le succès de la journée; aussitôt le duc de Chartres s'avance à la poupe du général, si; fait expliquer sonintention, et s empresse de continuer l'ordre de bataille renversé, en passant sous le vent de l'ennemi. Cette fois, la manœuvre réussit à souhait; el l'amiral Keppel, rencontrant l'armée française en bataille et . opposée à sa route, dut, par un mouvement rétrograde, rallier la sienne à I ordre de bataille Mir tribord. Vers les trois heures, on aperçut quatre bâtiments anglais considérablement désemparés; il était facile de s'en rendre maître : le duc de Chartres ne put obtenir la permission de les poursuivre: alors, les ombres de la nuit favorisèrent la
retraite de l'amiral anglais, qui pril soin de cacher ses feux, tant qu'il se crut observé.
Ainsi finit le fameux combat d'Ouëssant. où il y eut ceci de particulier que, en dépit de ses fautes énormes, le comte d'Orvilliers fut vainqueur, et Keppel vaincu, malgré l'avantage de la position. La conduite du due de Chartres l'ut jugée de la sorte dans le rapport du ministre de la marine au duc de Penthièvre. « M. le duc de Cliartresa donné des preuves d'un courage froid et tranquille, et d'une présence d'esprit étonnante. Sept gros vaisseaux, dont un à trojs ponts, ont successivement combattu celui de M. le duc de Chartres, qui a répondu avec la plus grande vigueur, quoique privé de sa batterie basse; un vaisseau de notre armée a dégagé le Saint-Esprit dans le moment le plus vif, et a essuyé un feu si terrible, qu'il a été absolument désemparé et obligé de se retirer, etc. >>
En 177!). le duc de Chartres, ayant sous ses ordres l'escadre d'évolutions de l'année, se dirigea vers les îles Sorlingues, remonta les côtes d'Irlande, d'Ecosse, et revint parcelles des Pays-Bas. Là, il contia le commandement à Lamothe-Piquet, et descendit en Hollande,
pour \ visiter les ports, les arsenaux, et compléter son éducation de marin; car il tenait à mériter la survivance de l'amirauté que possédait
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son beau-père, el qui avail été l'une des principales conditions de son mariage. Pendant son absence, la malveillance réussit à insinuer au duc de Pentbièvre que son gendre aspirait à le supplanter. Aussi, de retour à Paris, le duc de Chartres reçut de son beau-père un accueil glacé; alors, renonçant pour jamais à la survivance, bien qu'il eût été récemment promu au grade de vice-amiral, il sollicita du roi la création d'une place de colonel-général des troupes légères. Louis XVI écrivit, de sa main, au bas de la demande :
« Le roi, voulant donner à M. le duc de Chartres un témoignage distingué de sa satisfaction, et prouver qu'il est également content de son zèle el de la capacité qu'il a montrée pour son service dans toutes les occasions, et particulièrement au combat d'Ouëssant, du "27 juillet dernier, vient de créer pour lui la charge de colonel-général des hussards et troupes légères, avec un régiment colonel-général pour lequel M. le duc de Chartres travaillera avec Sa Majesté. »
La démarche du prince ne put imposer silence à ses ennemis, ni détruire les injustes préventions du duc de Penthièvre; et même il ne larda pas à perdre les bonnes grâces de la cour.