‹ Histoire de Louis-Philippe, roi des FrançaisChapitre 38 sur 55 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Constitution de la Chambre des Députes; vérification des |i mvoirs. — Révision de la Charte. — Les députés vont offrir la couronne au duc d'Orléans. — Formalités de l'intronisation de la nouvelle dynastie. — Le duc d'Orléans prête serment a la nouvelle Charte; il est pin damé . / des Fiançais sous le nom de Louis-Philippe I". — Continuation du voyage de Charles X; cruelles déceptions du vieu\ roi. — Effervescence des population; sur son passage. — Clierbourg — la famille royale s'embarque sur le Great-Britain.

La Chambre des Députés s'était constituée aussitôt après la retraite du lieutenant général. Le i août, elle procéda a la vérification dis pouvoirs el porta Casimir Périerâ la présidence, chois que ratifia lf duc d'Orléans, malgré ses préférences pour Laffitlc. Puis elle s'occupa de la révision de la Charte. Une commission fut chargée d'examiner un projet de modification rédigé par M. Bérard, et bientôt la discussion s'ouvrit sur le rapport de M. Dupin. La première partie

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du travail de la commission li\nil franchement ta position du duc

d'< Orléans :

« La Chambre des Députés, prenant en considération l'impérieuse nécessité qui résultedes événements des 26, 27, 28 et 29 juillef, et de la situation générale où la France s'est trouvée placée à la suile de la violation de la Charte constitutionnelle; considérant en outre que, par suite de cette violation et de la résistance héroïque des citoyens de Paris, le roi Charles X, S. A. K. Louis-Antoine, dauphin, et tous les membres de la branche ainée de la maison royale sortent en ce moment du territoire français, déclare que le trône est vacant en l'ait et en droit, et qu'il est indispensablement besoin d'v pourvoir. »

De l'adoption de ce principe, on passa au second 'paragraphe ainsi conçu :

« La Chambre des Députés déclare que, selon le vœu et dans l'intérêt du peuple français, le préambule de la Charte est supprimé comme blessant la dignité de la nation, et paraissant octroyer aux Français les droits qui leur appartiennent essentiellement, et que les articles suivants de la même Charte doivent être supprimés ou modifiés. »

Et après cette révision, laite en moins de sept heures, la déclaration continuait :

« Moyennant l'acceptation de ces dispositions et propositions, la Chambre des Députés déclare enfin que l'intérêt universel et pressant du peuple français appelle au trône S. A. R. Louis-Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, lieutenant général du royaume, et ses descendants, a perpétuité, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, et a l'exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance.

« En conséquence, S. A. R. Louis-Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, lieutenant général du royaume, sera invitéà jurer les clauses et engagements ci-dessus énoncés, l'observation de la Charte constitutionnelle et des modifications indiquées; et après l'avoir fait devant le-. Chambres assemhlées, a prendre le titre de mi des Français. » Séance du 7 août.

^21!) votants sur 2B2 conclurent ainsi, avec la dynastie nouvelle, un pacte qui aurait dû être soumis a la sanction du peuple. En s'arrogeant un mandat aussi important, celui d'élire un roi sans consulter la nation, les orléanistes commirent une faute, car ils

D'E LOUIS-PHILIPPE, parurent douter de leurs forces. Lorsque Napoléon, qu'on a surnommé l'usurpateur, voulu! monter sur le trône, il en appela aux -suffrages du ]ki\ s. el c'esl avec le consentement du peuple qu'il posa la couronne sur sa tète. En suivanl cet exemple, Louis-Philippe fui évidemment sorti victorieux de l'épreuve, tandis que, depuis, la légèreté avec laquelle les amis du prince agirent dans une circonstance aussi grave, a été l'objel des récriminations les plus passionnées.

I ne fois le don de la couronne de France voté, « comme un simple article du règlement, » dit M. Louis Blanc, la Chambre, sur la proposition de M. Dupin, déclara avec enthousiasme que la France reprendrait ses couleurs. Puis, après l'accomplissement de ce grand acte, dont ils acceptaient témérairement la responsabilité, les députés, précédés par une compagnie de garde nationale moitié en uniforme. moitié en bourgeois, se rendirent au Palais-Royal, marchanl quatre par quatre '. cl se tenant sous le liras, tous [tares de rubans tricolores. Silencieux el presque morne, le cortège s'avançait rapidement au milieu dune population singulièrement émue d'un pareil spectacle. Les députés furent reçus par le lieutenant général , entouré de toute sa famille. M. La fût te lui la déclaration et le prince répondit :

« Je reçois avec uni' profonde émotion la déclaration que vous me présente/. Je la regarde comme l'expression de la volonté nationale, et elle me parait conforme aux principes politiques (pie j'ai professés toute ma vie.

» Rempli de souvenirs qui m'ont toujours lait désirer de n'être jamais appelé au trône, exempt d'ambition, et habitué a la vie paisible que je menais dans ma famille, je ne puis vous cacher tous les sentiments qui agitent mon cœur dans celte grande conjoncture; mais il en est un qui les domine tous : c'est l'amour de mon pays '■ Je sens ce qu'il me prescrit, el je le ferai. »

En achevant ces mots, il se jeta dans les liras de M. Laffitte, qu'il

1 Cela fui ainsi décidé par le président :

I.a Chambre adopte 1rs résoluli 'us cl le, dispoMl s contenues dans l'acte

La Chambre va immédiatement se transportera pied au Palais-Royal pour y p irler le ssaize

Nous allons être accompagnes par la brave carde nationale. Pour mettre de l'ordre dans ce cortège, j'invite messieurs les députés a marcher quatre par ijualre.

iii; HISTOIRE

mirai n;i avec Lafayetlë sur le balcoa, où ils furent salués par le

WÊÊS:

acclamations de la foule. Lafayette, ému de celle scène touchante, s'écria : « Nous avons fait de bonnes choses! Vous êtes le roi qu'il nous faut. »

De son côté, la Chambre des Pairs nomma une grande députation pour aller, le soir même, au Palais-Royal, porter son adhésion el ses félicitations au lieutenant général :

« La Chambre des Pairs, dit M. Pasquier, vient présenter a Votre Altesse Royale l'actequi doit assurer nos destinées. Vous avez autrefois défendu, les armes a la main, nos libertés, encore nouvelles et inexpérimentées; aujourd'hui, vous aile/ les consacrer par les institutions et les lois. Votre haute raison, \os penchants, le souvenir de votre vie entière, nous promettent un roi citoyen. Vous respecterez

nos garanties qui sont aussi les vôtres. Cette noble famille, que nous voyons au tour de vous, élevée dans l'amour de la patrie, de la justice H delà vérité, assurera à nos enfants la paisible jouissance de cette Charte que vous allez jurer, et les bienfaits d'un gouvernement à la fois stable et libre. — En me présentant cette déclaration, répond le prince, vous me témoignez une confiance <]iii me touche profondément. Attaché de conviction aux principes constitutionnels, je ne désire rien tantque la bonne intelligence des deux Chambres. Je vous remercie de nie donner le droit d'y compter. Vous m'imposez une grande tâche, je m'efforcerai de m'en montrer digne. »

Au pacte nouveau, à ce don de la monarchie, il manquait toutefois la consécration des formes; car de part et d'autre il y avait promesse, mais non engagement définitif. Offrir et accepter une couronne était un fait qui liait a peine moralement ses auteurs. 11 s'agissait maintenant d'ériger le fait en principe immuable; or, les spectacles imposants frappent l'imagination du peuple et lui inspirent un sentiment de superstition qui sert de frein a ses doutes politiques. Lu venant dans le sanctuaire des lois jure:- solennellement la constitution à la face du pays, la dynastie nouvelle donnerait et recevrait des garanties plu- sérieuses pour le maintien futur des droits du souverain et de la nation. Tout fut donc disposé le 9 août pour une séance royale. Dès le malin, une foule immense encombrait les avenues du palai> Bourbon. A midi, les portes s'ouvrirent, et les tribunes furent envahies. La salle n'axait subi aucun changement notable. A la place de la tribune, on avait élevé une estrade surmontée d'un dais qu'ombrageaient des drapeaux tricolores. Devant le trône, trois pliants étaient destinés au lieutenant général et à ses deiix lils aines. A gauche, sur une petite table recouverte de velours, se trouvaient une écritoire et une plume, tandis qu'une autre table, à droite. supportait une couronne, une épée, une main de justice et les autres attributs de la souveraineté. D'un côté', le contrat; de l'autre, le prix du contrat. A deux heures, madame la duchesse d'Orléans parut dans une tribune avec sa famille. A deux heures et demie, le canon des Invalides annonça l'arrivée du lieutenant général, qui, précédé par quatre maréchaux et suivi du duc deChartres et du duc de Nemours, lit -on entrée au bruit des (liants populaires de !>2. Les maréchaux si' rangèrent a côte du trône. Quand le prince eut pris place, il se

couvrit el invita les membres des deux Chambres à s'asseoir! te" plus profond silence régna bientôt (buis l'assemblée, et, sur l'ordre du prince, le président de l;i Chambre (1rs Députés s'avança au pied Je l'estrade et lui d'une \<>i\ ferme la déclaration du 7 août. Comme il disait, au dernier article : « Appelle au trône S. A. R. Philippe d'Orléans, duc d'Orléans », le lieutenant général, qui écoutait attentivement, reprit avec vivacité : « Louis— Philippe. » Quand, i son tour, M. le baron Pasquier eut donne lecture de l'acte d'adhésion de la pairie, les deux actes, remis au prince, furent transmis à M. Dupont de l'Eure , garde des sceaux; puis, le lieutenant général s'exprima en ces termes :

» .Messieurs les pairs, messieurs les députés, j'ai lu avec une grande attention la déclaration delà Chambre des Députés et l'acte d'adhésion de la Chambre dos Pairs. J'en ai pesé et médité toutes les expressions.

« J'accepte, sans restriction ni réserve, les clauses et engagements que renferme celte déclaration, el le litre de roi des Français qu'elle me confère, et je suis prêta en jurer l'observation. »

Le prince se découvre alors, ôte son gant, et debout, la main levée, il prononce d'une voix ferme la formule du serment a la nouvelle Charte :

» Cu présence de Dieu, je jure d'observer fidèlement la Charti constitutionnelle avec les modifications exprimées dans la déclaration; de ne gouverner que par les lois et selon les lois; de faire rendre bonne et exacte justice ;i chacun selon son droit, el d'agir en toute chose dans la seule Mie de l'intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français. »

Les cris de Vive le roi! vire la famille r<>ij<ile! accueillent ces paroles; et Louis— Philippe, s'avançant vers la table placée a sa gauche, prend la plume des mains du ministre delà justice, etsigneles trois originaux de la Charte ci de son serment, destinés à être déposés aux archives du royaume et dans celles des deux Chambres. Aussitôt les maréchaux lui présentent le sceptre, la couronne, l'épée et la main de justice; on relire le pliant sur lequel s'csl assis le lieutenant général, elle nouveau roi, montant sur le trône, se couvre et s'exprime ainsi au milieu du plus profond silence :

« Je viens de consacrer un grand acte. Je sens profondément toute

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l'étendue des devoirs qu'il m.'impose. J'ai la conscience que je les remplirai. Ces! avec pleine conviction que j'ai accepté le pacte «l'alliance qui m'était proposé.

« J'aurais vivement désiré ne jamais occuper le trône auquel le vœu national vient de m'appeler; mais la France, attaquée dans ses Libertés, voyait l'ordre public en péril; la violation de la Charte avait tout ébranlé ; il fallait rétablir l'action des lois, et c'est aux Chambres qu'il appartenait d'y pourvoir. Vous l'avez fait, messieurs; les sages modifications que nous venons de faire à la Charte garantissent la sécurité de l'avenir, et la France, je l'espère, sera heureuse au dedans, respectée au dehors, et la paix de l'Europe de plus en plus affermie.»

Des applaudissements éclatèrent de nouveau. L'assemblée tout entière se leva; le roi descendit lentement les marches du trône, sortit du palais Bourbon ; et le peuple, profondément remué par ce grand événement, salua sur son passage, par des cris d'enthousiasme et d'ivresse, celte royauté régénérée, au profit de laquelle il abdiquait généreusement sa souveraineté. Pour rompre d'un seul coup avec les traditions du passé, le duc d'Orléans devint ainsi le fondateur, nonseulement d'une dynastie, mais, pour ainsi dire, d'une monarchie nouvelle, sous le nom de LOTIS-PHILIPPE Ier, ROI DES FRANÇAIS.

Pendant ce temps, Charles X s'acheminait tristement vers un exil éternel. Le 6 août, il atteignit la ville deLaigle, où il apprit par les journaux que les actes judiciaires devaient être rendus à l'avenir au nom du lieutenant général du royaume.

« Et pourquoi pas en celui de Henri Y? dit la duchesse de Berry. Il est donc vrai que mon oncle ne reconnaît pas la royauté de son neveu !

— Il faut s'attendre a tout, dit le roi; dans ces temps de désastres, on ne reconnaît plus un ami d'un ennemi. »

Le 7. la famille royale coucha au Melleraut; le 8, elle se dirigea sur Argentan. Pendant la halte qu'on lit pour le déjeuner, la conversation tomba sur les ministres nommés parla commission municipale, et Charles X dit a ce sujet :

» Il me semble «pie M. GuizOt est \el)U à Gaild ?

— Oui, sire, répondit la dauphine; il avait même pris les devants sur l'abbé de Montesquiou : mais depuis, ils l'ont gâté sous M. Decazes. »

îm> HISTOIRE

On approuva la Domination de Casimir Périer à la présidence de

la Chambre des Députés.

« 11 u'est pas pour nous, ajouta le roi. On dit que c'est un honnête hoinnie, et qui ne manque pas de talent; j'ai failli le nommer ministre des finances. M. de Villèle valait pourtant mieux que lui. On prétend qu'il est opiniâtre; jusqu'ici, je ne l'ai vu que constant à me tourmenter. »

A propos des modifications faites ;i la Charte, Charles X s'écria : » Il est impossible que Henri V accepte la Charte à de telles conditions.

— Ali! sire, répondit l;i duchesse de Berry, le trône de France sera toujours assez beau pour être accepté, quelque condition qu'on \ mette. Sans l'article I i de la Charte, nous ne serions pas maintenant sur la route de Cherbourg.

— Mon neveu, continua le roi à mesure qu'il avançait dans sa lecture, aura beaucoup à faire pour revenir sur tous ces changements; il c-.| heureux que les Chambres actuelles soient frappées d'inconstitutionnalité, puisqu'elles délibèrent sans être au nombre des membres voulu par la loi. Ce seul l'ail rendra nul tout ce qu'on décidera. »

Le dépôt de la double abdication dans les archives des deux Chambres fit briller dans tous les cœurs une lueur d'espérance.

« Ceci, dit la dauphine, équivaut à une reconnaissance tacite de Henri Y.

— Ali! le croyez-vous, ma sœur? demanda la duchesse deBerrv... Mais non, la couronne passera sur une autre tète que celle de mon fils! »

Kl cet éclair de joie disparut dans ses pleurs.

Le !), au soir, le cortège atteignit Argentan, où le lendemain on apprit l'avènement de Louis-Philippe. Triste réveil pour celle famille d'exilés qui, se berçant d'illusions orgueilleuses, en dépit de la réalité, n'osait encore mesurer toute l'étendue de son malheur, et se posait en martyr!

« Ai— je pu être trompé à ce point? s'écria Charles X avec un serrement de cœur inexprimable. Ce n'est pas la ce qu'on m'avait promis à Rambouillet. »

La duchesse de Berrj et la dauphine s'abandonnèrent à leur don-

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leur; mais le dauphin, toujours indiffèrent [usq'u'à l'idiotisme, se consola en disant :

» Le duc de Bordeaux n'aura été, comme moi, roi de France qu'une matinée. Combien de semaines régnera le duc d'Orléans? »

Le 10, la famille royale coucha à Condé-sur-Noireau, pays de l'ancienne chouannerie. Un député, M. de la Pommeraye, avait é(é envoyé auprès des commissaires, avec la mission de presser le départ de Charles X et de l'engager à prendre la roule de Caen. Mais Charles X résista et déclara au nouveau commissaire qu'il n'irai! pas plus vite et ne changerait pas d'itinéraire. La lenteur du voyage était calculée; car l'ex— roi, abusé par des promesses irréalisables, comptait sur une insurrection dans la Vendée, et sur l'arrivée de défenseurs, dont il portait le nombre à trente mille. Aussi, avait-on résolu d'en Dnir avec cet état d'incertitude, en enlevant ce dernier el fol espoir au cœur du monarque déchu. A cet effet-, on organisa un mouvement en Normandie, dans le but d'effrayer Charles X; le maréchal Gérard donna tous pouvoirs au général llulot pour agir suivant les circonstances. De Condé-sur-Noireau, le cortège al|a, le 11, à Vire;

■i.V2 HISTOIRE

et l'étape du 12 fut a Saint-Lô. La, le prince de Léon, les comtes de Bourbon Busset et d'Estourmel, en venant rendre hommage à l'auguste famille, lui apprirent l'effervescence des populations cl le soulèvement des gardes nationales de Valognes, Cherbourg, Bayeux et Carcnlan. (l'eu fut assez pour dompter la résistance de Charles X, qui tremblait surtout pour la vie du duc de Bordeaux. Dès ce moment. il précipita sa fuite, traversa seulement Carentan, et arriva, le 1 i, à Valognes, où il écrivit au roi d'Angleterre pour lui demander un asile. Dans une cérémonie touchante, il reçut les étendards «les compagnies do ses gardes, en présence de toute sa famille ; puis, avant de quitter Valognes, il ôta son habil militaire pour se vêtir d'un frac bleu sans décoration, et partit le 16 au malin. En approchant de Cherbourg, on aperçut un rassemblement nombreux qui entoura le cortège en criant : « A lias la cocarde blanche! Vive la liberté! » Mais le (ii* de ligne, en garnison, protégea la famille royale, qui gagna le rivage sans accident. Sur le port, dont on avait fermé la grille, une foule immense, animée de sentiments divers, était accourue pour assister à l'embarquement des illustres exilés et surprendre le secret de leurs émotions. La duchesse d'Angoulème était abattue. Une colère fiévreuse contractait les traits de Madame. Charles X, toujours calme et résigné, conservait toute la sublime dignité du malheur. Le dauphin, seul, semblait ne rien comprendre à ce spectacle plein de douleurs et d'enseignements. Deux vaisseaux, qui, par un jeu cruel de la fortune, appartenaient a M. Patterson, Américain, beau— frère de Jérôme Bonaparte, reçurent le roi, sa famille el les personnes de leur suite. C'étaient le Greal-lii rilain et le Charles-Caroll, commandés par le capitaine Dumont-d'L rville. A bord du Greal- Britain, Charles X remit, avant de s'éloigner, a M. Odilon Barrot, qui l'avait sollicité du roi à Argentan, un écrit de sa main conçu eu

ces ternies :

« Je me plais à rendre à messieurs les commissaires la justice qui leur est due, ainsi qu'ils m'en ont témoigné le désir. Je n'ai eu qu'à me louer de leurs attentions et de leurs respects pour ma personne et pour ma famille.

« Signé, Charles. »

Au bas : « A Messieurs le maréchal Maison, de Scbonen, Odilon Barrot et de la Porameraye. »

A deux heures un quart, le signal du dépari fut donné; le commandanl til déployer les voiles; et, remorqué par un bateau à vapeur, le Greal-Britain se dirigea vers la rade de Spithead. Il allait bientùl disparaître à l'horizon, quand tout à coup on le vit retourner rapidement au port. Cet événement remplit d'une vague inquiétude les quelques spectateurs restéssur le rivage. Peut-être Charles X, faisant violence au capitaine Dumont-d'Urville, avait-il intention de redescendre sur le sol français pour disputer sa couronne aux vainqueurs. Mais l'on avait pris toute espèce de mesures contre les résistances opiniâtres de l'ex-monaripie. Le capitaine Thibaut, monté sur la llùte la Seine, avait ordre d'escorter les deux bâtiments américains jusqu'à leur destination déQnitive, et de couler bas le Greal— Britain, dans le cas où Charles \ eùl fait une tentative de ce genre. Toutefois, cet excès de prévoyance étail inutile; le navire ne revenait que pour chercher des provisions de bouche oubliées dans la précipitation et la douleur du départ. Pour la seconde fois, le Greal-Britain emporta vers l'exil la dynastie déchue des Bourbons aines ; et un cri déchirant , répété par l'écho de la rive, fut le dernier adieu, le dernier soupir de celte vieille royauté, sur les ruines de laquelle s'élevait, forte et vivace, la jeune royauté de Juillet.

riN Dl PREMIER VOL1 ME.

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