‹ Histoire de Louis XIChapitre 11 sur 11 · SUITE DU REGNE DE LOUIS XI · texte numérisé non relu

SUITE DU REGNE DE LOUIS XI

Joie craelle da roi en apprenant la mort de Charles. — Ses prétentions sur le duché de Bourgogne. — Invasion de la Picardie. — Ambassade envoyée au roi par Marie de Bourgogne. — CSession provisoire de l'Artois à la couronne. — Ambassade des États de Flandre à Louis XI. • — Fourberie de ce prince. — Supplice d^Im* bercourt et d'Hugonet. — Prise d'Hesdin et d^Arras. — Troubles semés en Angleterre. — Mission secrète d'Olivier le Dain. — Envahissement du Hainaut. — Prétendans à la main de la dachasse de Bourgogne. — Suffrages des Flamands en fevenr de Maximilien. — Alliance nouvelle de Louis avec le duc de Bretagne.— Mariage de la duchesse Marie. — Soulèvement de la Franche - Comté. — Trêve entre le roi et le duc Biaximilien. — Supplice de Nemours. — Superstition et inhomanité de Louis XI. — Négociations avec P Angleterre. — Instraction criminelle contre la mémoire de Charles le Téméraire. — Hosti* lités nouvelles suivies de trêves. — Complot du prince d'Orange contre le roi. — Conjuration des Pazzy. — Sage et ferme polirtique àe Louis XI. — Concile assemblé à Orléans. — État de la

^ civilisation au quinzième siècle. — Congrès de Bologne. — Conclusion de la paix avec les rois d'Aragon et de Castille. — • Ambassade au pape. — Fermeté des ambassadeurs français. — Adhésion du pape à Parbitrage des rois de France et d'Angleterre. — Reprise des hostilités en Flandre. — Voyage du roi à D^OD. < — Combat de Guinegate. — Instructions du roi sur les prisonniers. — Cruauté de Maximilien et vengeance de Louis XI. — * Accueil fait par le roi au duc d'Albanie. — Négociations da doc de Bretagne avec le roi d'Angleterre déjouées par Louis XI. — Rigueurs exercées contre la ville d'Arras. — Descente de Ma-

homet II en Italie. — Mort de René d* Anjou, roi de Proyence.

— Légation do cardinal de Saint-Pierre eu France. — Affaiblissèment de la santé du roi. — l)élivrance da cardinal La Balae. — • Réunion du duché d'Anjou à la couronne. — > Traité avec Ladislas, roi de Bohème. — Appel du pape aux puissances chrc> tiennes. -^ Pèlerinage du roi.— Assemblée dite des grands jours,

— Procès de René d'Alençon. -— Réunion des comtés de Pror vence et du Maine à la couronne. — Mort de Marie, duchesse de Bourgogne. — Férocité de Guillaume de la Marck , surnommé le sanglier des Ardennes. — Noble résistance du président La« vaquerie. — Projet d'union entre le dauphin et la jeune duchesse de Bourgogne. — Conclusion de la paix. — Tutelle du dauphin confiée au sire de Beaujeu. — Mort d'Edouard lY, roi d'Angleterre. — Nouvelle ambassade en Italie. — Popularité du roi et ses sarcasmes. — Belle parole de ce prince. --- Agens de ses cruautés. — Son égoïsme avec sa famille. — Ses mœurs. — Ses cruautés. — Ses remords. — Ses terreurs au château du Plessisles-Tours. — • Insolence de son médecin Jacques Gottier. •<— Ses artifices pour déguiser son état de souffrance. — Sa superstition.

— SaintFrançois de Paule chez Louis XI. — Résignation du roi.

— Ses instructions au dauphin. — Mort de Louis XI. — Jugement sur ce prince.

Tandis que l'infortuné duc de Bourgogne joie terminait dans les marais glacés de la Lorraine roHnVp" sa vie aventureuse , Louis XI attendait, im- p"^»""^»

' ^ ' mort de

mobile, les résultats des derniers et téméraires c*»"**'«efforts de cet ennemi y si long-temps l'objet de sa haine et de ses terreurs. Il apprit d'abord la défaite du duc, par quelques expressions va* gués d'une lettre de La Trémouille. Peu d'heures après y il acquit la certitude du désastre et la mort de Charles.

Sa joie cruelle fut trop vive pour qu'il lui

fût possible de la dissimuler. Les oourtisans feignirent de la partager. Néanmoins plusieurs regrettaient la perte d'un contre-poids qui seul avait empêché jusque là Louis de s'aban-* donner sans frein aux rigueurs capricieuses d'un pouvoir arbitraire et absolu.

« Le roi^ dit Comines^ nous donna un grand » festin. Je savais bien comment nous dine- » rions moi et les autres. Mais à la vérité , je » ne sais si l'appétit qu'on montrait était de » joie ou de tristesse. Un seul d'entre nous )) mangea peu , et certes ce n'était point par M l'embarras que lui donnait l'honneur de di- » ner près du roi^ car il n'y avait personne la » qui y eût mangé pjus souvent. »

On apprit aussi , dans le même temps , une autre mort tragique : ce fut celle de Galéas, duc de Milan. Il périt sous le poignard de deux hommes qui voulaient venger l'un sa femme, l'autre sa sœur, outragées par ce tyran impadique.

Dès que le duc d'Orléans fut informé de cet événement; il demanda au roi son autorisation et son appui, pour soutenir, par la voie des armes, les droits que son aïeule Yalentine Viaconti lui avait transmis sur le trône de MUan. Louis ne crut pas l'instant favorable pour l'exécution d'une telle entreprise.

Un intérêt plus pressant occupait alors ex- *** p"^-

* * , / . teotioDS

clusivement son esprit; il craignait que la^Hedu- Bourgogne ne lui échappât ainsi que l'Artois ; boqi^oet quoiqu'il prétendît que ces fiefs, ayant été ^' donnés en apanage à Philippe de Franc^^ fils du roi Jean , devaient retourner à la couronne^ fitute d'hoirs mâles, il ^'ignorait pas qu'aux yeux de quelques publicistes la question était douteuse. En effet, la clause de réversion n'avait point été stipulée dans les lettres patentes accordant l'apanage, et Marie de Bourgogne se croyait en droit de recueillir l'héritage de son père.

Louis , persuadé que dans ces sortes de querelles, la force est un titreiplus sûr que la justice , se hâta d'appuyer promptement ses prétentions par les armes , et de les légitimer par la victoire. C'était dans cette intention que, semblable à un aigle , il s'était tenu prêt, depuis quelque temps, à fondre sur la proie qu'il voulait saisir. Mais , toujours fidèle à sa maxime, et joignant la ruse à l'audace, il fit précé* der ses troupes par des messagers qu'il envoya aux principales villes de Bourgogne, pour leur déclarer qu'il prenait sous sa protection la personne et les biens de l'orpheline Marie; et, dans le même temps, il écrivait à toutes les cQmmunes du royaume, et leur demandait des

de la Pi. cardie.

subsides y afin de réunir à la couronne les états du feu duc Charles:

invatioQ ^^^ action fut aussi prompte que sa pensée» et aussitôt qu'il eut réuni les différens corps de son armée» il s'avança promptement sur la Picardie» que sa présence et son nom remplirei/t d'effroi. Ham et Saint-Quentin lui ouvrirent leurs portes. Péronne lui fut livrée par la lâche trahison d'un ancien favori de Charles , et qui avait été chargé par lui de sa défense. Roye» Montdidier» Yervins » Landrecy» suivirent le torrent de la défection. D'un autre côté» le sire de Chaumont» La Trémouille et le prince d'Orange » ayant convoqué les États de Boui^^ogne à Dijon» les sommèrent de reconnidtre la souveraineté du roi; ceux-ci se soumirent^ à condition seulement que les Français évacueraient la Bourgogne» dans le cas où la nouvelle de la mort de Charles ne serait pas pleinement confirmée; car les peuples doutèrent long^ temps de sa réalité» et les fables les plua uh vraisemblables se propagèrent alors à ce su» jet» moins par affection pour le méchant prince qui avait péri» que par haine contre celui qui voulait s'emparer de ses dépouilles. Cependant Marie de Bourgogne et ses partisans réclamaient hautement contre les prétentions avancées et les violences exercées |^r

Louis; chacun^ suivant sa passion ou son intérêt privé, prit parti dans cette contestation.

Le roi écrivit aux seigneurs de La Trémouille et de Chaumont une lettre conçue en ces termes : « Messieurs les comtes, je vous Il remercie de l'honneur que vous me voulez » faire de me mettre en part de votre butin; » je veux bien que vous ayez la moitié de Far- M g6nt que vous aurez saisi, mais je vous prie n de me réserver le reste pour m'aider à réj} parer les places frontières de l'Allemagne. ji Quant à ce qui concerne les vins du duc de M Bourgogne , je suis content que vous les gar- . M diez. — A PÉRONNE, 9 février 1477* »

On voit que , dans ce malheureux siècle , le style du chef d'un royaume différait peu de celui des chefs de bandes et d'aventuriers.

Les succès du roi furent complets en Boùr- Ambugogne ; mais la Flandre et l'Artois résistèrent tôy^^^M à ses menaces comme aux séductions de Go- Marié' mines. Sur ces entrefaites, le roi vit arriver près %^T.^ de lui, comme ambassadeurs, Cluni, évêque de Térouane, le comte de Grandpré, le sire d'imbercourt, de La Gruthuse et le chancelier Hugonet, chargés par la princesse Marie de lui déclarer, qu'elle prenait les rênes du gouvernement de ses Etats , avec l'assistance d'un conseil où siégeaient la duchesse douairière de

Bourgogne, le sire de Ravenstein, le chadcelier Hugonet et Imbercourt.

Louis leur répondit que son dessein était d'unir, par les liens du mariage, lé dauphin son fils avec Marie de Bourgogne ; qu'en attendant, il se mettrait en possession des provinces réversibles à la couronne, et qu'il garderait les autres jusqu'au moment où Marie, devenue majeure, lui en rendrait hommage, u C'était, » disait-il, le seul moyen de terminer la guerreif » qu'on devait y réfléchir; et qu'en cas de re- >) fus , il possédait des forces suffisantes pour >i soutenir victorieusement les droits de la cou- » ronne. »

cesion Les ambassadeurs , effrayés par la défecticm soîTSe des villes qui successivement se livraient toutes la'^Jou-" ^^ ^^^f crurent qu'il était prudent de céder à ronne. |g^ uéccssité. Eu conséqueucc, ils prirent sur eux de rédiger et de signer un acte, en vertu duquel les États d'Artois devaient envoyer des députés pour prêter serment au moaarque. Il fut aussi convenu que ce prince nommerait des officiers chargés d'administrer ces provinces jusqu'à l'époque de la majorité de Ma* rie. Enfin, on déclara que, si la duchesse refusait de prêter l'hommage dû, ou si elle se mariait à un ennemi de la France, l'Artois serait réuni à la couronnjs, en conservant toute-

fois ses'priviléges et franchises. D'Esquerdes, gouverneur d'Arras, livra icette ville à Louis ^ mais il retint la forteresse.

Cette affaire terminée , on devait au moins le croire, les ambassadeurs retournèrent en France.

La jeune Marie, mal conseillée, se hâta trop Amba». de convoquer les Etats. Lès esprits se trouvaient itiau de en effervescence depuis qu^ils ne sentaient plus à peser sur eux le glaive lourd de Charles le Téméraire. Presque toujours une vive réaction est le premier effet qui suit une longtie oppression. L'assemblée fut tumultueuse. On s'était montré servile sous le joug d'un maître impérieux, on affecta le courage et l'enthousiasme de la liberté en présence d'une faible orpheline. Les iptrigans, les ambitieux, 's'emparèrent de l'autorité, et crurent, en opprimant leur jeune duchesse, tirer une noble vengeance des violences de son père. Dès qu'ils se virent en possession du pouvoir, ils envoyèrent, au nom de Marie , des ambassadeurs à Louis XI pour lui demander de ne rien entreprendre contre les droits de l'héritière de Bourgogne , et de lui accorder même une protection, à laquelle il était obligé par les liens du sang.

Cette division entre les États de Flandre et Fourberie la régence, aurait pu tourner à l'avantage deLoanxi.

la politique du roi ; mais son penchaht pour la ruse, pour Tintrigue^ on peut même dire pour la fourberie, lui fit commettre uilé des fautes les plus graves qu'on ait pti jusque là lui reprocher. Au lieu d'apaiser ces esprits ulcëres^ il ne songea qu'à envenimer leurs ressentimenS| en leur faisant connaître les avances secrètes que la jeune duchesse lui avait faites pour terminer leurs différends par un heureux mariage. (( Je connais mieux que vous, dit-^il aux » députés, les intentions de votre jeune prin^ » cesse; elle a déjà nommé le conseil -qui doit » vous régir, et plusieurs de ses membres sont » venus me trouver, n

Les députés, surpris, hésitaient à le croire, et lui montraient leurs instructions signées par Marie. Alors Louis, soit par une indiscrétion inexcusable , soit par une noire perfidie, leur communiqua les lettres qu'il avait reçues, de leur souveraine par lesquelles elle Favertissait qu'il devait s'adresser, pour toutes les aifaires qui la concernaient, à la duchesse douairière,

à Ravenstein, à Imbercourt et au chancelier.

Supplice Indignés de se voir ainsi joués, les envoyés

court eV repartirent promptement , et leurs rapports

**""f°' excitèrent parmi le peuple et dans les États

une vive commotion. L'assemblée se réunit

Marie y fut mandée. On lui reprocha sa con-

duite artificieuse; la jeune et candide princesse, ne pouvant croire. à une noirceur dont elle aurait été incapable, et se fiant à la parole du roi, opposa une ferme dénégation aux faits avancés par ses accusateurs. Il est facile de concevoir à quel point elle fut consternée, lorsqu'on lui montra ses propres lettres, que Louis avait lâchement livrées à ses ennemis.

Dès que le bruit de cette scène se fut répandu dans la ville, le peuple, tumultueux, s'abandonna aux plus violens excès de fureur. I^e chancelier Hugonet et Imbercourt furent arrêtés et outragés par une multitude, toujours prompte à faire éclater sa haine envieuse contre les hommes puissans, dès qu'elle les voit abandonnés par la fortune. Sa rage, d'ailleurs, était alors enflammée par l'évéque de Liège et parle fils du connétable de Saint-Pol, qui se servaient du peuple, pour se venger des ministres, dont ils avaient juré la perte.

Ceux-ci furent traduits devant une commission qui les accusa d'avoir livré Arras au roi, attenté aux privilèges de la ville de Gaiid sous le règne du duc Charles, et d'avoir commis de criminelles concussions. La plupart de ces griefs étaient dénués de fondement, la justification des accusés était facile, mais on refusa d'écouter leur défense ; ils soufi(rirent les tor-*

4?^ LOUJS XI.

tures de la question. En vain les malheureux en appelèrent au Parlement > ils furent con^ damnés à perdre la tête.

Dès qu'on eut appris à Marie cette cruelle sentence /elle sortit de son palais et accourut près des juges pour fléchir leur rigueur; mais ils la repoussèrent atec dureté. Alors la jeune princesse, en habits de deuil ^ les cheveux épars^ s'élance au milieu de la place pubUque et se jette à genoux j implorant à grands cris la pi-tié du peuple pour ses ministres, qui^ dans ce moment, montaient à Téchafaud.

Sa jeunesse, son rang, sa beauté, ses larmes^ attendrirent quelques âmes sensibles; mais le plus grand jiombre , inaccessible à tout sentiment d'humanité, demandait ayec d'affreuses vociférations le sang des coupables. Lieur tête tomba aux pieds de la princesse évanouie j et dès ce moment, elle voua une haine implaciJ>le au roi perfide, dont la trahison avait seule produit cette affreuse catastrophe.

Prise Pendant ce temps, ce prince artificieux, es-

il' ITesdin / i , i /» • • ^

eid'Arras perant que ces discordes lavoriseraient sa politique, s'efforçait d'obtenir des habitans de l'Artois qu'ils remissent entre ses mains la forteresse d'Arras , et pour les y engager, il leur promit à tous la noblesse qu'il se flattait d'avilir en la prodiguant ainsi.On fut d'abord tenté

d'accepter ses offres, les négociations marchaient, la conclusion semblait prochaine; mais d'autres affaires l'ayant forcé de s'éloigner, le parti qui lui était contraire, se raffermit par son absence , reprit les armes et se vit promptement fortifié par les garnisons de Valenciennes et de Douai que conduisaient Salazar et d'Arci. Mais Du Lude^ à la tête des troupes du roi y marcha contre eux^ en tua six cents , fit un grand nombre de prisonniers , et assiégea de nouveau la forteresse.

La garnison , dépourvue de toute ressource^ envoya des députés au roi qui se trouvait alors à Hesdin. On lui demandait la permission d'informer la duchesse Marie de la triste situation à laquelle les assiégés étaient réduits. Au lieu d'une réponse positive, ils n'obtinrent du monarque que ces mots ambigus : « Vous êtes » sages, faites ce qui vous paraîtra le plus con- ' » venable. »)Les malheureux députés, sur cette parole vague , partirent , furent arrêtés en chemin, ramenés à Hesdin, et impitoyablement décapités.

On plaça la tête de leur chef. Ou dard de Bussi, sur une pique, dans le marché de la ville. Louis avait ordonné qu'on coiflat sa tête d'un chaperon fourré, parce que précédemment il l'avait revêtu d'une charge de conseiller au

Parlement, et que son supplice devait être regardé comme le châtiment de sa déiection.

Arras épouvantée capitula. Cominesdit qu'au mépris de cette capitulation, plusieurs officiers de la garnison furent mis à mort. D'autres historiens révoquent ce fait en doute. Comines ajoute que Louis XI ne voulait pas de bonne foi que le mariage de Marie et du dauphin s'accomplit. En ce fait il paraît peu croysJ>le, car alors ce roi, qui passait pour être doué de l'esprit le plus habile et le plus pénétrant, pourrait être justement taxé d'aveuglement ou d'ineptie, puisqu'il serait volontairement devenu la cause de l'affaiblissement de la monarchie française et de la funeste élévation de cette maison d'Autriche, qui nous fut si fatale pendant le cours de deux siècles.

Vraisemblablement lorsque Louis eut perdu l'espoir d'unir l'héritière de Bourgogne à son fils, il voulut, avec sa fausseté ordinaire^ af- , fecter de l'indifférence sur une rupture jqu'il ne lui était plus possible d'empêcher, et les propos qu'il tint sur ce sujet, pour tromper sa cour, trompèrent aussi Comines. U est encore vrai que dans la suite, Louis, qui cherchait à semer partout la discorde, encouragea plusieurs princes de France et d'Allemagne à rechercher la main de l'héritière bourguignonne

mais on ne peut pas oublier son constant désir de faire épouser Marie au duc de Guienne son firère , et nous devons en conclure qu'il avait également souhaité que son fils recueillit tout l'héritage de Charles. La fortune et la candeur de Marie le lui avaient offert^ sa perfidie seule le lui fit perdre.

Il se servit encore de Marie pour jeter en TrouMei Angleterre de nouvelles semences de trouble, An^J" en persuadant à Edouard que le duc de Cla- *•"*• rence aspirait à la main de la jeune duchesse. II fut secondé dans cette intrigue par Finfemale méchanceté du duc de Glocester, qui travaillait constamment à détruire ses frères pour monter au trône après eux. Le crédule Edouard tomba dans le piège qu'on lui tendait; Glârence, objet de ses soupçons, fiit arrêté par ses ordres et condamné. Le malheureux n'obtint pour toute grâce que le choix du supplice. On le lui ac^corda; et, déshonorant son infortune par le caprice le plus bas, le plus étrange, il demanda d'être noyé dans un tonneau de vin de Malvoisie, et trouva ainsi un tombeau digne de ses"* vices.

Le roi , constamment occupé du double soin de caresser le peuple et d'épouvanter les grands, obtenait de la faveur de l'un et des craintes de Tautre, d'énormes subsides, qui lui donnaient

la possibilité d'acheter la conscience, des ministres anglais , et l'alliance utile des Suisses. La justice veut néanmoins que Ton avoue qu'il employait aussi ses richesses à construire des ponts et à fortifier des villes.

Le commandement d'Arras fîit confié par lui à Jean de Daillon^ qu'il appelait en riant le maître des habiletés, patce qu'il le servait avec zèle dans toutes ses intrigues, et n'oubliait pas d'en tirer pour lui-même d'énormes profits.

Mission Louis employait tour à tour^ pour surpren-*

secrète t • i* vit*

cioiivier are ou vaincre ses adversaires, de hardis **"* capitaines, de subtiles négociateurs ou d'effi'ontés intrigans. Son barbier, qu'il avait anobli, Olivier Le Dain , nommé gentHhomme de la chambre et gouverneur de Saint-Quen* tin^ était d'autant plus aimé de son maître que jamais aucun scrupule ne gênait sa conscience. Ce fiit lui qui , ayant obtenu les faveurs d'une femme , en lui promettant de sauver la vie de son époux , fit étrangler ce malheureux après que sa passion eut été assouvie.

Louis espéra que l'adresse d'Olivier parviendrait à corrompre quelques personnages inlluens de la cour de Bourgogne j il se chargea de cette mission et se rendit à Gand; mais il ^ y fut traité avec le mépris qu'il méritait. Le

gouvernement, informé des intrigues qu'il tramait, donna l'ordre de l'arrêter; il se sauva et se réfugia à Tournai : là, plus habile ou plus heureux , il séduisit quelques boui^eois qui ouvrirent les portes de la rille aux troupes du roi.

Tant de défections, et tant d'actes de ven- Env^i geance exercés par Louis contre ceux qui lui ré- »'<••> sistaient, répandaient en Flandre l'efiroi : le roi en profita , il se rendit maître de Mortagne, de Lannoy, de Leuse, et assiégea Bouchain; là, un canonnier adroit qui le visait, tança contre lui un boulet qui le rasa, et tua Tanneguy-Du~ châtel à ses côtés.

Le Quesnoy et Avesne se soumirent; la dernière fut conquise, non par les armes de la chevalerie, mais par celles de Louis XI, par la fourberie. On négociait : le roi avait invité à sa table les chefs de la garnison; pendant le repas, il fît donner l'assaut à la ville; les troupes qui la défendaient, surprises par une attaque imprévue, ne purent opposer aucune résistance. Néanmoins elles furent passées au fil de l'épée.

Le désir de la vengeance excité par tant de cruelles perfidies, imprimait à cette guerre le caractère de la fureur et du désespoir. Partout les Français et tes Flamands se battaient.

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se trompaient^ 8e pillaient et s'assassinaient On a conservé une lettre du roi à Dammartin, dans laquelle il lui disait : « Faites si bien le }) dégât qu'on n'ait plus besoin d'y retourner: » nous avons le même devoir et le même inté- » rêt^ car vous êtes aussi bien officier de la » couronne que moi^ et si je suis roi, vous » êtes grand-maître.»

Le fils du bâtard de Bourgogne refusait d'ouvrir les portes de. Saint-Omer. Louis lui fit dire que s'il ne se rendait pas, il ferait trancher la tête à son père; l'intrépide jeune homme lui répondit : « Je donnerais ma vie pour l'auteur » de mes jours ^ mais je ne sacrifierai pas mon » devoir à ma tendresse filiale^ et je ne puis » encore croire que le roi veuille se désho- D norer par une si lâche vengeance contre un » prisonnier. »

Dans leur détresse^ les Flamands appelèrent à leur secours le duc de Gueldres , et lui confièrent le commandement de leurs troupes : le roi marcha rapidement contre eux, les combattit et les mit en fuite. Ils se rallièrent. Mouy les défitencore^ en tua douze cents et emmena mille prisonniers.

Préien- Taudis que l'infortunée Marie se voyait aintt ,n«b de opprimée par ses sujets et dépouillée d'une pa^ ** ^'^' tie de ses États par son puissant ennemi , Tes-

poir d'obtenir sa main et son héritage excî- chetM d« tait toujours l'ambition d'un grand nombre gogoe. de prétendans. Les principaux étaient' le Dauphin ^ l'archiduc Maximilien^ fils de l'empereur Frédéric III ; Jean^ fils du duc de Clèv^s, et le duc de Gueldres^ qui ne survécut pas à sa défaite.

Marie ne pouvait guère disposer plus libre- surrragn ment de son cœur que de son pouvoir. Les suf- m^dsen Irages des Flamands se réunirent en faveur de ïa^Lf."

iieo.

Maximilien. Vainement le roi s'efforça de rompre ce mariage. Il fut décidé y et Louis ne son- v gea plus qu'à détourner Edouard du dessein qu'il avait formé de s'allier avec Maximilien ^ devenu, dès ce moment, le plus redoutable ennemi de la France. Ses négociations avec le monarque angLais réussirent, moins par l'habileté de ses ambassadeurs que par l'argent qu'il prodigua aux ministres d'Edouard. La trêve, qui n'avait été conclue que pour sept ans, fut prolongée pour toute la durée de la vie des deux rois.

Un autre avantage, non moins important, AUiaqce résulta de ce traité. Le duc de Bretagne ,• privé de louîi de tout appui par la mort du duc de Guyenne a^al et par celle du duc de Bourgogne, n'avait plus^"***"*' d'autre espoir que celui d'être protégé par les Anglais, et la trêve récemment conclue lui

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enlevant cette dernière ressource, il se décida non-seulement à se soumettre, mais à con-^ dure avec le roi une alliance offensive et défensive. Mais comme une méfiance réciproque et une haine mutuelle démentaient, au fond de leur cœur, l'amitié qu'ils se juraient, et que chacun d'eux se réservait mentalement de violer ses engagemens, dès que la fortune le lui permettrait , au moment de jurer la paix sur des reliques ou d'autres objets sacrés , le duc en excepta l'hostie, et le roi, la croix de Saint- Lô. Cette réserve trahissait trop ouvertement leur déloyauté ,^ pour qu'il fût possible d'y persister, ils le sentirent enfin, et s'en désistèrent. A la même époque Louis renouvela ses alliances avec les Lorrains , les Suisses et les Vénitiens.

Il serait trop long d'énumérer tous les actes de ce genre que signaient, que déchiraient tour à tour la plume de Louis XI et son épée.

Mariage Lc princc quc Marie venait de choisir pour "^chcsst"" époux et pour appui, était si pauvre ainsi que

^i*"^* son père , que les Flamands furent obligés de payer les frais de son voyage. Son trésor était vide , mais sa suite nombreuse et magnifique. Il fit son entrée à Gand, suivi des électeurs de Trêves et de Mayence , des ducs de Saxe et de Bavière, des marquis de Brandeboui^ et de

Bade, enfin, de presque tous les princes de l'Empire. Ce fut le i8 août i477,<ïu'on célébra ce mariage de rhérîtière de la maison de Bourgogne, funeste fruit des fautes de Louis XI, et qui plaça souvent ses successeurs sur les bords d'un abîme.

L'hymen conclu, et tout espoir de paix anéanti, la ijuerre continua, avec toute l'ardeur de la haine qui animait les deux partis. Orchies, Marchienne et Saint-Amand furent réduites en cendres. Le roi garnit la Bourgogne de troupes. Le sire de Craon eut le gouvernement de cette province. Un prince de Bade fut nommé maréchal de Bourgogne , et Jean de Damas, gouverneur de Màcon. Ces choix irritèrent le prince d'Orange, qui ne pouvait souffrir d'être subordonné à Craon. 11 abandonna la cause du roi, et embrassa celle de la duchesse. Louis XI le fît pendre en effigie.

La cruauté excite encore plus souvent la ré- S'iut-" volte que la terreur. Les Francs-Comtois se F.Mih soulevèrent, sous la conduite du sire de Vaudrei. Celui-ci tendit un piège à un détachement des troupes de Craon ; elles y tombèrent; on en tua et on en prit un grand nombre. La mauvaise foi est contagieuse : les Suisses , au mépris du ti'aité qu'ils venaient de conclure avec Louis, favorisèrent les lebellcs; le canton

4dO LOUIS XI.

de Lucerne seul resta neutre ; les autres com-* prirent peut-être que le despotisme du monarque français n'était pas moins à redouter pour eux que les chaînes autrichiennes ou bom^^uignonnes^ qu'ils avaient si énergiquement brisecs* / ,

Bientôt toute la Franche-Comté fut enleyée aux Français. Gray seule obéissait encore à Graon^ mais celui-ci^ loin d'y attendre ses ennemis^ courut au-devant d'eux ^ leur livra bataille^ les mit en déroute^ et prit leur chef, le sire de Château-Guyon.

Pendant ce temps ^ les partisans de Marie excitaient des mouvemens en Bourgogne. A leur tête^ Toulongeon investit Ghàlons. Il était au moment de la prendre ; mais Damas vint la secourir. D'un autre côté, Graon poursuivait ardemment ses succès. Un revers les interrompit. Ayant voulu donner l'assaut à Dôle, avant que la brèche fût ouverte, il fut repousse avec perte, et contraint de se retirer. Les Francs- Comtois profitèrent de cet événement pour surprendi^e Gray, dont ils taillèrent la garnison en pièces.

Ainsi les événemens paraissaient tournera l'avantage des ennemis du roi. Néanmoins la face des affaires changea soudainement en sa faveur. Ce ne fut point un effet du hasard* La

LOUIS XI. 4^t

Véritable habileté de Louis comistait danrrart de mieux administrer ses finances qu'aucun prince de son temps. Le trésor des àutires était pauvre, et le sien toujours rempli.

La force de Maximilien venait de raffection Trére mde ses nouveaux sujets^ et de leur haine con- «tu <iuc tre Louis; mais ses peuples étaient ruines par uen. la guerre ; l'Empire lui fournissait des géné^ raux, des soldats, sans aucun moyen de les payer. Une armée ne vit pas long-temps de butin et de pillage : celle de Maximilien manquait de tout, et sa détresse FobKgea de proposer la paix. Les négociationar s'ouvrirent à Lens, et le 8 septembre i477> ^^^ trêve indé* finie fut conclue entre les Français et les Flamands, de sorte que le roi, libre de ce côté, put porter toutes ses forces en Boui^c^é et en Franche-Comté.

On lui avait prouvé que la cupidité de Craon était la véritd^le cause du soulèvement des Francs-Comtois, et de là réirolte des Boni^i* gnons. 11 le destitua, et tnit à, sa place le sire . d' Amboise , dont la probité sévère avait mérité l'estime publique. ! '.

Tous ces troubles ne laissaient :pasla. liberté au roi d'agir avec quelque succès du côté dés Pyrénées. Le roi de Portugal, Alphonse.^ découragé par ses refus et honteux .d'être venu

483 LOUiS XI.

lui-même à Tours éprouver cette humiliation, voulut renoncer au sceptre et au monde r-it disparut et se cacha 'dans un TillKge/Maas Bon fils^ Payant découvert, le ramena|>rès deLouiB^ qui, touché de son sort, leva sur les 'Normands un impôt dont il donna les produits à son aial* heureux allié, afin qu'il pût •s^embarquer, «t retourner dans son royaume. ; î'î ':-:\?î;; .1

Quand Tactivité du roi n'était pas employée à combattre, il la consumait en intrigues de toof genre. Ses agens, ses'tambassadeùrsr^ 'étaient toujours en campagne pour négoder, 'tâsitôt avec Ferdinand et Isabelle, tantôt afvec -Msai^ milieu, tantôt avec le: roi d'ÂngletérreJliewa» venir de la triste fin de ^Charles ¥Il;»Jé VétÊh poisonnement du duc de Guienne,.de J^assa»* sinat du duc dé Bourgogne^ avait attachë»ttq nom de Louis des pensées sinistres; Les^pftincéi étrangers commençaient à le ccaindre^p^uque autant que ses propres, sujets. feivàdoutakâEit. L'échafaud du connétable^ la cage ftrfeff'dciiia Balue, l'incendie de tant deiTilleé», lé iàsatmctf de tant de garnisons»^ ne justifiaient qw^irop la haine et la terreur qu'il inspirait i^itdtlsî excepté à ceux que leur obscmrifé' mettait à l'abri de ses rigueurs et de^es^vengeancM.^ '

La condamnation de l'un des pluS'fiaands

Supplice * <*

in ifc seigneurs de France, de Jacques dlA^mugonè^

duc de Nemours, vint encore accroître Tépouvante imprimée dans les âmes les plus courageuses par ce nouveau Tib^e.

Duclos prétend que l'infortuné Nemours méritait son sort. « Louis, dit-il, lui avait fait »• épouser une princesse de son sang, fille du w comte du Maine; l'avait créé due et pair, et M lui avait confié le commandement de ses ji troupes. Payant ses bienfaits d'une noire inn gratitude, il prit le parti des ennemis *du roi, n fut accusé de conspiration ,* bn le soupçonna w même d'avoir voulu attenterUux jours de son » souverain, et d'avoir concerté avec l'Angle- I) terre le démembrement de la France. »

Mais les ducs de Bretagne, de Bourgogne, tous les seigneurs engagés dans la guerre du Bien public, ne s'étaîenlï-ils paade même ar^ mes et ligués contre Louis? Ces ligues, ces alliances, ces révoltes, avaient été jusque là considérées comme des actes d'indépendance féodale. La plupart des seigneurs combattaient, sans scrupule , leur très-redouté souverain , et une paix ou une trêve efSsiçait tous ces délits trop communs pour ne pas i:ester impunis. Il faut le dire, Louis XI voulut, par de grands eK^nples, épouvanter les grands vassaux et les forcer de courber enfin leurs fronts orgueilleux sous le joug monarchique; mais il eut soin en

moun 4'Anna'

gnac.

même temps .'d^épargner les forts; et de ne frapper que les plus faibles ou les plus isolés. 11 embrassait l'ennemi redoutable et égorgeait celui qu'il ne (craignait plus.

Voltaire dit avec raison de lut: ce Les grandes » âmes choisissent des favoris illustres^ des mi- » nistres estimés. Louis XI n'eut pour ministres » et confidens que des hommes nés dans la » fange et dont le cœur était aib*dessous de leur » état. Peu de tyrans ordonnèrent plus de sup- » plices. Il fit périr^ si Ton en croit les chroni- » ques, en public ou en secret, plus de quii,tre » mille de ses sujets. Des cachots, des ou- » bliettes, des cages de fer, des écha&uds et » des chahies , voilà les monumens de son » règne. Il envoie au supplice Jacques d*Arma? » gnac, duc de Nemours, descendant' de Ckn n vis y et fait couler son sang sur la tête -de ses » enfaiis.

» 11 fut jugé par des commissaires. On loi » imputait le dessein d'avoir voulu enlever le » roi et assassiner le Dauphin , entreprise peu » vraisemblable de la part d'un petit prince » d'un canton des Pyrénées. Nemours fiit.in- » terrogé dans sa cage de fer, y« subit la ques- » tion et y reçut son arrêt. On le confessa dans » une grande salle tendue en noir, comme >) Conradin à Naples et Marie Stuart en Angle-

w terre. Les peuples chréttens de l'Occident » étaient barbares dans leurs cérémonies *. L'é- » chafaud fut dressé au milieu des halles de » Paris; les enfans de Nemours furent mis au » cachot; on leur arracha plusieurs fois des » dents pour leur extorquer des aveux, comme rt on le faisait pour extorquer l'é-rgent des Juifs. « Ces violences contre les jeûnes d'Armagnac » sont attestées par une requête qu'ils présen- » tèrent aux États de i483, après la mort de » Louis XI. Les juges de Nemours ne rougirent

» pas de partager les biens des condamnés. » Comines, l'un des commissaires, eut pour » récompense, des terres appartenant au duc , » et situées dans le Tourtiaisîs. »

domines ne fut pas^le seul homme distingué qui reçut ainsi le salaire du sang versé. Pierre de Boufbon et le sire de Lénoncourt partagèrent cette infamie.

Un faible sentiment d'humanité avait porté superttu ces juges impitoyables à dégager momentané- *huml,',"iê' ment le duc de Nemours des fers qui liaient loJuxi. ses pieds. Le tyran en fut informé; aussitôt il écrivit ces mots barbares au sire de Saint- Pierre, chargé de la surveillance du prisonnier: w Monsieur de Saint-Pierre, je ne suis pas » content de ce que ne m'avez averti qu'oQ a

* 4 août i477'

j> Qté les fers des jambes au duc de Nemours^ » qu'on le fait aller en autre chambre, pour )) besogner avec lui , et que Toa Vo\fi hors de la » cage 9 et aussi que l'on le mèûe ouir la .messe I» là où les femmes vontf et qu'on liii a lai^sçlles » gai*des qui se plaignaient de Jeurp^ieDa^t: » et pour ce qu^ die le chancelier QQ.atU^s,^ » gardez bien qu'il ne bouge plusr de-sajcstgeiy » et que Ton aille là besogner av^ec )ui$ eti<p)6 }> l'on ne le mette jamais dehors^ ^isi oertt'est » pour le géhenner, et que; Ton Le gêne ei| sa » chambre. » • : • . f.

Quel homme ^ doué d'une âme élevée aurait pu vivre dans Vintimîté d'u^n tel peLl lia cour de Charles VII avait été illustrée per 4?héroïques preux : le sombre génie de Loutô.XI ne fit pas édore un grand homme. La onaamlé^ le libertinage 9 la bigoterie y étaient 4^8 :trois penchans de ce prince ; aussi il commit beaucoup de meurtres^ eut fJusieurs mcMitresaes, donna naissance à trois Is^tards^ et fit un gfand nombre de pèlerinages et de neuvainai. Cou* vert de reliques, il portait sur sa tête fmeJlo»tre-rDame dé plomb , donnait à la Viei^fe comté de Boulogne , et lui demandait pwdoA de ses assassinats avant de les commettre;^ Sa dévotion fut la superstition d'un esp^rik* qae trop souvent l'on put dire égaré.

: Un jour il avait ordonné qu*on noyât un brigand nommé Picai^d. Le compère de Louis^ Tristan le bourreau ^i trompé par un signe équivoque, jeta dans les flots un malheureux moine innocent. Cette méprise n'afïligea ni n'étonna le roi. « Allons , dit^il froidement., » dès qu'on l'eut informé deioette erreur, qu'on » dise une messe pour le moine, et qu'on pende M le capitaine Picard. »

iSes bizarreries étaient si étrasnges^ cpi^on aurait pu parfois le taxer de folie; il fit de son barbier un grand seigneur; du prêtre La Bà^ lue^ son général d'armée; du bourreau, son compère et son ami, 11 avait deux médecins ; l'un fut nommé président d!unei cour, l'autre gande.des sceaux. 11 confia une ambassade à un laquais; un financier devint son bibliothécairé,^ un tailleur son héraut d'armes; un général d'armée fut abaissé par lui aux fonctions de geôlier, et son astrologue devint archevêque. • : Ce fut à l'époque dujugement de Nemours, que le roi publia un édit par lequel il dédara, qu'en cas de conspiration contre la famille royale, on regarderait comme complices- du crime tous ceux qui en ayant eu connaissance, ne l'auraient pas révélé. . ;

* La fortune semblait se plaire à tirer Louis

de tous les embarras où le jetaient ses fautes et ses violences. Il est évident que si Edouard avait voulu joindre ses armes à celles de Maximilieu, celui-ci aurait pu devenir aussi redoutable pour la France que l'avait été Charles le Téméraire. Mais le monarque anglais ^ amolli par l'âge y sacrifiait alors la gloire aux plaisirs, et Louis sut profiter adroitement de cette disposition.

Mëgocia- Le roi d'Angleterre venait d'envoyer des ami'A^g'e!'' bassadeurs à Louis. Un des juges de Nemours, élevé au rang de comte de Castres depuis la mort de sa victime, fut chargé par Louis, de sonder les secrètes intentions des envoyés anglais. Cet agent adroit ne tarda pas à découvrir que le plus vif désir d'Edouard était de marier sa fille avec le dauphin; que son ministre Hastings, partisan zélé de la France , l'entretenait dans ce dessein ; mais que le retard du paiement de la rançon de Marguerite l'empêchait seul de proposer ouvertement cette union. Le roi ordonna promptement à ses ministres d'acquitter la plus grande partie de cette rançon, et le monarque anglais prescrivit à ses ambassadeurs d'accélérer toutes les négociations qui pouvaient conduire à une paix, prompte et solide.

Louis, tranquille de ce côté, s'eiForça de

soulever les Liégeois contre Maximilien; mais Texpérience du passé les avait instruits. Ils furent sourds à ses prières, et méprisèrent les menaces d'un prince qui les avait si bassement abandonnés et trahis.

On était en trêve, mais on se préparait à la guerre; chaque parti cherchait à se fortifier par des alliances. Le comte de Montbelliard et le duc de Wurtemberg se déclarèrent pour la France; Sigismond ne fît aux avances de Louis que des réponses évasives. L'empereur Frédéric reprochait au roi d'avoir élevé sur les remparts de Cambrai les fleurs de lys à la place de l'aigle impériale; comme il n'obtenait pas la réparation de ce prétendu grief, il envoya des troupes au secours de Maximilien; le roi, par représailles, en fournit aux Suisses contre lui.

Le bâtard de Bourgogne avait, dans ce temps, acquis assez d'importance, par ses faits d'armes et par le grand nombre de ses partisans. Le roi, voulant se l'attacher, lui céda les villes et territoires de Bapaume et de Bouchain ; mais le Parlement ne consentit point à l'aliénation de ces domaines, ^ t refusa d'enregistrer les lettres patentes, au grand déplaisir du monarque, qui aimait à tout conquérir par ruse et non par force. La corruption lui coûtait moins que la guerre; regardant l'argent comme

raire.

Tarme la plus ^efficace , il le ména^peait a^ec

une économie qui Fessemblait à ravarice, Loais

s'efforçait néanmoins de donner àicetteayarice

un vernis de popularité. « J'aime trop mon

» peuple, disait-il y pour ne pas hmr la ç«erre^

n et j'aime mieux perdre dix':miUe écna que

» de risquer la vie d'un seul archer.! ji i

insiruc- . Il lui importait y pour donneri à son smluK

Ddiccon- tion les couleurs de la justice, de&ire condam-

moireTe ner le feu duciGharles de Bourgogne , comme

Charles le 1 111 /*'i* • «^^

TënMi. un yas^sal coupable de telonie, qui' aurait ime-* rite par sa rébellion de. perdre sea troir pairies de Bourgogne , de Flandre et d'Artois. Eo' Conséquence, le Parlement reçut ordre de- pracéder juridiquement contre lui; et le roi pioposa à Maximilien de s'en rapporter, sur cettefg^nnde contestation, au jugement des pairs. Ille somma même de comparaître devant) eux > :en s'appuyant d'exemples imposans>i tels qn&iles procès du roi de Sicile, sous Philippe le Handi; d'Eudes de Bourgogne ,> sous Ghîprles 'Je. Bel. Le pape fut invité par lui , ;ainsi que les iélloe* teurs de l'Empire > à lui envoyer des ambassadeurs, pour assister à ce jugement aolennd. Tous reiusèrent de se rendre à cette inyitation. L'instruction criminelle n'en fut pa^ moins poursuivie* Dans l'acte d'accusation on rappela l'assassinat du duc d'Orléans , la proscription

LOUIS xi^ 49^

du dauphin^ la gueriie dubien publicOn cita pav^ ticulièrement les expressions ida sauf •» conduit signé et envoyé pai* k duc Charles au roL, sur la foi duquel œ monarqufe se^rendKt à Pércmne^ oà sa liberté lui fut ravie J {Plusieurs seigneurs bourguignon^ y appelés çoipme/iéHioinsyaltes^ térent que cette >cédule avait été^véritablement écrite de la main dia>dtio^ quoique^ la. même pièce se tfouvât aularemenii i rédigée. ^ dans ie procès-verbal dressé: k "Pârcnnie^ iCe qu'où^ re-* marqué . de plus évident . dans ^ ce . «Ctandaleux procès y c'est que* Louis et ChaFles» avaïc»t éga^ lement manqué^leloyauté^lluay en violantsa parole, et llautre y eu soulevant traîtreusement les' Liégeois. - , ;: .. v -fji '. ••. .u')^;.. ./î. ..;:.'•' - Tanclis quecetta gi^Uide câmteitation oocu- Hofinii^ pait les tribunaux, ^les bc^lités* recommencé- 1^^ de rent. Le rei investitYalenciennes, qûoapitala* ^'^^ Plusieurs châteaùx:loioii!vriiîaitleivs portes. Afôximilien, ayant Tassemblè sod amée , Jemporta d'abord ^quelques.! «légers jucïcési^ilnlûs Dammartin marcha contre :lui >j et Je^ battit; Découragé par cet échéCyMaximilien-sedécida à Xaîre quelques ouvertures; deypaiK<JLe:roi'leil accueillit d'auiant4>li|S?fiacilement> -qu'iL sut que 1 a duchesse douairière de JBovi^gognoj^res* «

sait vivement son frère Edouard lY'de se.de^ clarer contre lui; ce qui l'obligeait à épuiser

son trésor, pour maintenir dans son parti les ministres du monarque anglais.

Louis XI, voulant aussi désarmer l'empereur, rétablit sur les murs dej Cambrai l'aigle impériale, et reconnut l'indépendance de cette cité, dont il n'ex>gea que la neutralité. Enfin, le lo juin, il conclut avec Maximilien une trêve pour un an. Par cette convention, il lui pro* mettait de lui rendre toutes les conquêtes qu'il avait faites en Haiuaut et en Franche-Comté. Il évacua Bouchain , le Quesnoy et Tournai. La liberté du commerce fut rétablie, et chacun des deux contractans nomma six arbitres pour travailler de concert à la conclusion d une paix définitive. Cependant le sire d'Âmboise^ ignorant, ou feignant d'ignorer la trêve, continua ses opérations , s'empara de Verdun par surprise, et^tailla en pièces un corps nombreux de Bourguignons et d'Allemands.

Complot * Le repos de Louis n'était jamais exempt d*ar d'OMu*^^ gî^sttion. Sa méfiance et ses rigueurs lui suscicontre le taicut chaquc jour de nouveaux ennemis. Une révolte éclata dans le Berri. Dubouchage y fat envoyé , et la comprima. A la même époque, on arrêta un agent du prince d'Orange, chargé, disait-on, d'empoisonner le roi. Fçur exécuter ce forfait, il avait, conformément à ses

roi.

instructions 9 frotté avec une liqueur empoisonnée les quatre coips de Tautel que le roi baisait habituellement après avoir entendu la messe : l'accusé et le révélateur furent livrés au Parlement.

Louis ; par reconnaissance pour la bonté divine qui venait de garantir ses jours, ordonna d'employer mille marcs d'argent à la construction d'une grille destinée à entourer la châsse de saint Martin, et il fit dans le même but rebâtir magnifiquement l'église de la Victoire /près de Senlis. Le prince d'Orange fut condamné à mort par le Parlement; mais il s'était mis hors de l'atteinte des lois : la publicité de son attentat et la flétrissure d'un ar* rêt furent ses seuls châtimens.

Le mélange bizarre des qualités les plus opposées se trouvait dans le caractère de Louis XI, et c'est ce qui fait qu'on a tracé de lui en tout temps des portraits qui se ressemblent si peu. Comme homme, il montrait dans mille circonstances la plus puérile superstition; et comme roi, il savait souvent résister avec fermeté aux prétentions du saint Siège et à l'ambition du clergé.

Plusieurs inquisiteurs de la foi tyrannisaient CoDjarale Dauphiné, il les tança rudement et réprima Ptui. leurs excès. En même temps il 'embrassa, contre

la haine et les vengeances^ du pontife romain , la cause dès Médicîs^ qui gouireraaiebt^idors Florence. î» • M^ ' irf.srl

Une iaction appuyée par le pape étaU; parvenue à faire bannir de la république floren-» tine l'illustre Gôme de Médicis^ qui iut bientôt rappelé dans sa patrie, et cj[ui> lEbrtdè ses-tidens et de ses services, transmit son antofité Â:4oa fils Pierre, ainsi qu'à ses petitSr-filaiLaureiitet Julien. Mais la gloire excite toujours rèinri& Un parti nombreux, celui dés Pazzi, ne^poun vait supporter l'éclat dont brillaient les Méd»i cis. Une conjuration fut tramée contré^eux par Salviati, homme très-populaire; par ie? neveu du* pape, Jérôme de La Roarère; par pkiiieiiirf autres citoyens riches et iafluens; Oa coniriDt d'assassiner les M édicis. L'exécuti<m . de . ce meurtre fut fixée au 26 avril;* le lieu^ indiqué fut l'église, et le srignal, l'éléi^tioh; Julien' tomba sous le poignard des a^assins. LaurenlsQ-jd^ fendit avec intrépidité, et fut. arraché fk la mort par un citoyen dont il avait brisé réôciD»? ment les fers. ;; . ; : t

Cette scène violente et sacrilège exdtA dans la ville un affreux tumulte. Chacutaïlxnirtii aux armes pour défendre le parti qu!ir Soutenait. Le sang coulait dans toutes les rues aux noms et aux cris de Fwent lepeuple^et la.Ube^tei

proféré^ pa^ les Pazzi , et dé cette acclamationt Five Médicis'l dont* les. partisaiisi de 1 cette femille faisaient retentir lesiUr&i-Ceux'^cirem^ portèreut» Làureiit^fat neoonduit en triomphe dans son> palais. Les conjurés^ dispersés/ iureM emprisonnés ^biannis ourinaa^ci^^le neTed ùxk pap^nedtit son salutqu'à uneprompte^fiittd J^i qqe \^ aouvelle 4le cet f érénemenC'se ^è^ pandit idons rUaliev-le roi de^Naple» 0oncl«ii une alliance avec le saint Sié^e : contre F|o4 repce. Tousdeaxï implorèrent le .iSeçamrsV de

Loma Xl^/envlui promettant ifenr^piljtv S'il Toulait.;«nti?eprendbns ides .conqtiâteé'iBiir lei Étants. de Milan. ou de GeBes:.Lévroi TëponcKl qu'il ne se souciait pas*d'agrandissenteiiB;a«sri éloignés. En même itettips il chargeai fioinînes^ de $e rendra cm bom^rdie et:i^:V«ttis&vfMNir engager cett&'ifépubHqueiet'la daidhesseï idf Milati à soutenir lie»'. BlonentinsL') i ^:^i:/i/. fÀï^ ■ '>L) : Ces événeftteAi»iAon9Ai6BtiiiD{|e9iue#up d'in^ quiétude au souyerfi>n):fHlQtife^ik confia^ cardiniai del^aTîey^quîiliiîfixÉàaeîUft'dciiiieina» ger avec prudence unfpripi)èa9asiireâQi||é'({M l!élait alors Louia- XL <v JmittfifiBiiihii dcagûlHl^ jD^ ptcès de ce mQoarquq là ^t érâlaiûon. q^a^vous ' Ml ave^ prise^ par/ la- «sainteté 3i0rirotpç,a3uiésf » démontrée^ T lui la: nécassilé'4e>icliftdfGBVirie$ » Florentins^ qui^ en masstief»nt plu^ÇHTS^o- ,

» clésiastiques , ont offensé la religion du roi » très- chrétien , comme celle du souverain pontife, n Cet aitifice échoua ^ et Louis persista dans son dessein. Il représenta à Tempereur que son intérêt devait le porter à défendre Florence contre les entreprises d'un pape ambitieux; en même temps il convoqua un con?* cile national^ interdit toute communication avec la cour de Rome^ et ferma l'entrée du royaume aux meurtriers de Médicis.

Voilà peut-être le premier acte d'une politique sage et ferme qui puisse justifier la réputation d'habileté y que plusieurs historiens ont décernée si généreusement au bigame tyran de la France.

Vainement Sixte IV voulut excuser sa con-' duite et recouvrei* quelque influence sur l'esprit de l'empereur; ses paroles, ses actions; dévoilaient évidemment son ambition. L'ex-* tension de sa puissance était soif but jflc "^œu de venger la religion^ son prétexte ; et au oio-' ment même où il consentait à la réunion d'un concile y il manifestait son orgueil par l'instruction donnée à ses nonces. « Je vous auto- » rise, leur disait-il, à permettre cette assem- )) blée, pourvu que les rois y viennent rendre » compte de leur conduite et de leurs entre^ » prises contre l'Eglise. »

LOUIS xr: ' 497

Le roi, de son côté, se couvrant aussi d'un cnnii. voile religieux , protesta hautement de 8a vé- iott<!ii.,, nératicn pour le pape; mais, sans le consulter, il fixa ta réunion du concile, d'abord à Orléans, et ensnite â Lyon,

La première mesure que prit cette assemblée fut semblable à celle qui avait été arrêtée dans !ecunciledeConstance;elle décida denouveau que les conciles généraux tenaient leurs pouvoirs deDieuseuI.et que lepape leur étaitsoumïs.

Cependant Sixte IV, non moins habile que Louis à diviser les esprits et à semer partout la discorde , parvînt à décider les Génois et les Suisses à déclarer la guerre au duc de Milan; et en même temps, dans l'espoir d'adoucir la colère de Louis, il accorda une trêve aux Médicis. Un congrès fut indiqué à Bologne pour traiter de la paix générale; et Comines étant revenu de Florence , le roi chargea le procureur général Saint-Romain, et Halley, avocat général , de le représenter dans ce congrès. Éuideii

Le temps où régna Louis XI fut une des '^^^Xâ époques les plus remarquables de l'histoire de '•^i^'j'*"" la civilisation moderne. Jusque là l'Europe, plongée dans les ténèbres qui avaient couvert le monde après la chute de l'empire romain, n'était sortie du chaos produit par le choc et les invasions des nations barbares qu'au moyen

49^ LOUIS xu

d'une organisation monstrueuse connue sous le nom de système féodal. Si ce système sauva les peuples d'une destruction totale par son hiérarchie régulière^ il ne fut cependant ^ au fond, que la consécration du triomphe de la force sur la justice. Toute la législation ne tendait qu'à sanctionner la conquête^ à perpétuer l'usurpation des vainqueurs et l'oppression des vaincus. La royauté , placée au faite de cet édifice bizarre, avait plus d'éclat que de solidité; on respectait son nom, mais on bravait son pouvoir ; le clergé, la noblesse étaient toiit, le monarque, peu de chose, le peuple, rien.

Peu à peu l'habileté belliqueuse des Capétiens , s'appuyant du secours des masses opprimées , éleva le trône et fit renaître Tordre sur , les débris de l'anarchie. Ces premiers pas furent lents, mais suivis avec constance. Philippe-Auguste, saint Louis > Charles Y, combattirent les grands, protégèrent les faibles, favorisèrent l'instruction, et rendirent à la justice Pautorité qu'elle avait depuis si longtemps perdue. Néanmoins l'isolement et l'indépendance de chaque royaume, de chaque État, on peut presque dire de chaque seigneurie, laissaient encore aux nations européennes quelque ressemblance avec ces tribus éparses qu'aucun lien commun ne réunissait, et qui offrirent

une conquête si facile, dans un autre hémisphère, à nos premiers navigateurs.

Quelquefois, et rarement, on vit des coalitions se former entre des princes anglais , écossais, allemands ou itaUens^ vaàis ces alliances étaient de courte durée; la politique ne savait pas les prolonger par des rapports habituels, et l'indiscipline des milices féodales irrégulières s'opposait à toute guerre lointaine, à tout grand projet de conquête.

Dès la fin du treizième siècle, les masses se formèrent; l'Angleterre, la France et l'Empire revirent des assemblées nationales. Philippe le Bel, ressuscitant, mais imparfaitement, les droits du peuple, l'appela aux Etats-Généraux. Le besoin de s'opposer aux usurpations romaines le décida à faire écïore les germes d'une liberté qui certes, alors, était loin de sa pensée. Ensuite, l'invention de la poudre vint prêter une nouvelle force à l'ordre public, à l'autorité royale. La découverte de l'imprimerie, qui devait produire un jour de si grandes révolutions, donna un nouvel élan à l'esprit humain, une issue aux lumières, et multiplia les rapports et les communications entre les diffërens États de l'Europe.

Ënfm la lassitude de l'anarchie, l'épuisement causé par les gueri'es intestines, par les

5oO LOUIS XI,

discordes des princes, par les brig^dages des aventuriers 9 firent sentir pi^esque également à tous les ordres la nécessité de fortifier le sceptre et de donner aux lois l'appui d'une armée' régulière et soldée au moyen de taxes perma* nentes.

Charles yil commença cette grande réuMu* tion ; Louis XI , après ravoiir fait rétrograder^ l'acheva. Dès lors, la puissance féodale tombai; l'autorité royale s'agrandit, la dipldmaiiio; eu>ropéenne naquit; mais aiissi^ les guei'rcrf fiuarènt plus durables, et l'esprit de conqiiêDev.ii^étan't plus une chimère, enflamma l'ambition 'des princes devenus puissans^ et attira'surle péii(>lé un nouveau genre de calamités, dont jusqu'à nos jours, la philantropie la plus^ éclàifféé n'a pas encore pu lès garantir. i ;

Congre. ^^ avait déjà, vu , à l'éj^oque du^ trt£té if Ac^ ras, des plénipotentiaires d'un grandtlnoinbKe de moîiarquës et de princèb se réumr: {lotir coopérer à la conclusiod d'une 'paÎK gënéltdèi L'usage s'était aussi établi de discutertsôujvent, dans les conciles, lës^ querelles 'tëmporQlleir^ës rois* Il en fut de même au congrès de' Bologne^ mais les prétentions réciproques^ étaieii.l; tro{i opposées, et les passions des paitiesbeliigé^ rantes, trop animées, pour qu'on en pût ésp^r un prompt succès.

de Bologoe.

LOUIS xr. 5oi

Louis et Maximilien ne se prêtaient à aucun accommodement; l'un invoquait la loi dif royaume et la reversibilitéde toute pairie à la couronne; l'autre, les traités receos et le droit de possession du feu duc Ghai-les: Edouard seiiï pou vai t donc (aire penche»' Uibalance ; mais son intervention fut nulle; il avait été s.éduit par Je don d'une forte somme d'argent, et par la promesse du mai'iajje de sa fille avec le dauphin, mariage convenu, mais qui dans la suite ne se réalisa point.

Depuis long-temps les lëpubliques et les cokIuprinces d'Italie, alternativement froissés par|iii(iv« i'ambitiou des papes et par celle des empe- d'AriB» reiirs, avaient acquis la science de cette diplo- '' ,«1^. matic inconstante, subtile, artificieuse, unique et fragile arme de ta faiblesse contre la force. Louis XI , en entrant dans cette politique fallacieuse, se trouva dans son véritable élément. Il flatta l'ambition de Frédéric, fils du roi de Naples, en lui prometlant la main d'une sœur du duc de Savoie avec une riche dot, et la cession du Roussillon et de la Cerdagne, si les rois d'Aragon et de Castille y consentaient; mais en même temps, ii faisait des propositions contraires à ces deux monarques, avec lesquels il conclut la paix le 9 octobre 1478. Far ce traité, signé à Saint-Jean-de-Luz,

ces deux provinces restèrent à la France. Aiubat. » Un succès complet couronna ses négocia-* pape, tions en Italie; car les États de cette péninsule, Naples, Rome y Florence, Gênes, Milan €t Venise, le prirent pour arbitre de leurs diffé* rends. Une nombreuse ambassade fut envoyée par lui au-delà des Alpes. Elle était composée du vicomte de Lautrec, de Gui d'Ârpajon, du président Castelmarin, d'un avocat, d'un notaire et d'un juge.

Louis choisissait indistinctement ses ministres et ses représentans dans toutes les classes. Le despotisme, comme la démocratie , veut l'égalité. Le roi se plaisait à abaisser les grands en élevant à leur ni veau 'des hommes d'un rang inférieur. Us étaient chaînés d'engager fortement le pape à convoquer promptement un concile général dans le but de {^ifier la chrétienté et de la mettre en état d'opposer une forte résistance aux usurpations mena-» çantes des Musulmans. Le roi de Naples, ainsi que le duc et la duchesse de Milan, s^efibrçaient d'aigrir Louis contre le pape, qu'ils accusaient de tous les malheurs de l'Italie, a Au moment, » disaient-ils, où nous nous réunissons pour i) défendre les possessions de Venise contre les » armées victorieuses de Mahomet, le^ souve^

LOUIS xî, 5o5

» ] n pontife^ au lieu de s'unir à nous et de

» voriser nos efforts, excitait Gênes et Savone

» \ révolter et à nous combattre. Abusant

ime de la simplicité crédule des Suisses,

il leur promet la bénédiction du ciel, s'ils lient nous déclarer la guerre. Méfiez-vous

de la politique romaine, elle ne cherche qu'à

vous tromper. »

Florence ajoutait à ces plaintes de nouveaux griefs. Les ambassadeurs du roi, après avoir été accueillis partout comme des protecteurs, furent reçus à Rome avec une pompe publique et une méfiance secrète. Conformément à leurs instructions, ils firent au pape un tableau touchant des malheurs de la chrétienté , des périls qui la menaçaient, et lui représentèrent 'avec énergie la nécessité de sacrifier aux intérêts du ciel ceux de la terre, de défendre la religion en danger, d'apaiser partout la. discorde, et de réunir sous la croix tous les serviteurs du Christ, pouf les opposer à l'ambition démesurée du destructeur de l'empire grec.

Sixte IV ne se laissa point ébranler par ^es remontrances. « Ce n*est pas moi, répondit-il J » qui favorise les armes des Ottomans. Je suis » prêt à sacrifiei' ma vie pour le salut de ma » religion ; mais c'est cette religion même qui D me défend de laisser impunis le meurtre

5o4 LOUIS XI.

» d'un archevêque et l'assassinat de plusieurs » ecclésiastiques tombés sous les poignards des » factieux de Florence.» Opiniâtre dans sa résistance^ il prétendit que l'évêque de. Fréju^ avait pris sur lui^ sans son autorisation^ de soumettre ces différends à l'arbitrage du ipij il le désavoua y l'exila même, et cet exemple de sévérité intimida les cardinaux , qui n'osè^nt plus émettre des opinions contraires aux siennes.

Cependant les ambassadeurs de France insistaient et joignaient les menaces aux prières. Enfin l'orgueilleux pontife promit de souscrire à la paix, aux conditions suivantes : c< Médîcis » et Florence imploreront le pardon du saint » Siège, ils feront disparaître les tableaux qui » rappellent leurs attentats, célébreront un » service pour les âmes des morts, jureront » fidélité à l'Église, et recevront l'absolutioii ;. )) leurs alliés prêteront le même serment. Pe » leur côté. Sixte IV, le roi Ferdinand, le » comte de La Rovère et leurs amis, promet- » tront de maintenir la république de Florence » dans ses possessions, et tous, ensuite,. 4'^i^ )) commun accord, tourneront leurs armes » contre les barbares sectateurs de l'AIcpran. ^

Le pape redoutait autant la réunion d'un concile que Louis la désirait; et, dans l'espoir

LOUIS XI. 5o5

d'empêcher cette convocation , il s'efforÇa, par les plus magnifiques promesses, d'engager dans sa cause, Maximilien et l'empereur. CeuX'-Gi répondirent à ses vœux, appreuvèrent sa conduite, promirent de le soutenir de. toutes le^irs forces; ils déclarèrent enfin. qu'uD' contifle <B'était pas nécessaire, que les Florentins devaient se soumetlre et réparer leurs torts, et qu'ensuite les chrétiens se réuniraient pour combattre les infidèles.

Encouraj^é par cette réponse, Sixte déclara Pm que le sacré collège refiisait l'arbitrage du roi i^, de France, et qu'il fallait que Médicis et dix ,^2 députés de Florence vinssent à Rome lai demander pardon et souscrire aux conditions qu'il leur imposait. En même temps ses troupes dévastaient les Etats de la république. Les Florentins s'en plaignirent vivement aux ambassadeurs du roi, qui déclarèrent que, si dans huit jours les hostilités n'avaient pas cessé, ils se retireraient, et que de ce moment toute négociation et toute communication entre la- France et li-ome seraient rompues.

Cette fermeté elfraya Sixte; il leva l'excommunication, et accorda une suspension d'armes. A la même époque, Frégose, qui s'ari-ogeait le litre de duc de Gênes, envoya des ambassadeurs au pape pour lui prêter serment

5o6 LOUIS XI.

d'obéissance et de fidélité. Les envoyés de France protestèrent contre cet acte^ et sou^tinrent que le roi était le seul souverain légitime de Gênes et de Savone. Le pape , embarrassé ^ répliqua que l'obéissance de Gènes au saint Siège n'était que spirituelle, et ne devait porter aucun préjudice aux droits temporels du monarque français. Pour compliquer toutes ces querelles, un envoyé de l'emperenr pré- ^ tendit qu'on devait donner désormais le titre de très-chrétien à son maître, et non pins au roi Louis, puisqu'il se déclarait le soutien d'une ligue formée contre l'Église. .

AdhëiioD Mais sur ces entrefaites arrivèrent à Rome rrH!i!''les ambassadeurs du roi d'Angleterre, qui se

Tof^â7 réunirent à ceux du roi de France pour exiger ?ÂdV une prompte pacification. Soudain tout c^han-

gleierre. ^^^ j^ f^^^^ j^ç souvcraiu poutifc céda et se

soumit humblement à l'arbitrage des deux rois.

L'habile Médicis croyait peu à la sincérité du pape. Il prit le parti de négocier séparément avec le roi de Naples , et la paix fut conclue entre eux. D'un autre côté, Louis ^XI réconcilia le duc de Milan avec les Suisses. Rassuré sur le succès de ces mesures, et surtout par la coopération d'Edouard, il diminua sans crainte les forces qu'il voulait opposer à Maxi*

LOUIS xr. Soy

milien^ réforma dix compagnies d'hommes d'armes^ supprima leur solde^ ne conserva qu'à Dammartin son traitement ^ et se servit des fonds que cette économie lui donnait ^ pour lever un corps auxiliaire de Suisses. C'est depuis cette époque, que les troupes de cette république sont entrées et restées au service de France.

Tandis que de tous côtés, les courriers, les BepriM ambassadeurs étaient en mouvement pour faire iTuJt m' succéder la paix à la guerre, les hostilités re- *" "' commencèrent en Flandre avant l'expiration de la trêve.

La garnison cle Cambrai était composée mipartie de troupes royales et de troupes de Maximilien. Les Flamands, au mépris des conventions signées, s'emparèrent une nuit de la ville par surprise. Ils se rendirent maîtres ensuite de plusieurs forteresses; mais d'Esquerdes, ayant réuni huit cents lances sous sa bannière^ en chassa bientôt les ennemis. Chaumont fut envoyé par le roi en Bourgogne avec des forces considérables. Il forma le siège de Dôle. Maximilien s'avançait pour le secourir ; mais avant que les armes de Louis fussent parvenues à faire une brèche aux remparts, son or corrupteur y pénétra, et le gouverneur gagné se rendit. Auxonne et Besançon se soumirent avec la

5o8 hOms X[.

même proiqptitude^ et toute la Franche-Comté suivit leur exemple.

ywf Le roi alla lui-même à DiîoD.B'y montra

«lu roi a «f ' w

i>ijoi]. populaire^ et accorda de grands privilèges à ses habitans^ ainsi qu'à ceux de Mâcon. Dans le Nord y les succès furent plus balancés* L'armée royale tenta inutilement de surprendre Douai, Les Flamands^ conduits par Ghimai, prirent Yirton. Enfin ^ Maximilien ayant réuoi tr^te mille hommes près de Cambrai^ marcha sur Thérouenne et livra bataille à .<l'EsquerdeS| qui était accouru pour le combattre.

Combat Les Français, postés sur la montagne d'Envie."*" q^în , laissèrent lieurs ennepiis s'emparer de celle de Guinegate. Le centre de l'^so^née flamande était formé de cinq cents arche^ atiglais et de trois mille arquebusiers aUemands. La cavalerie française chargea vigougreusement ce corps et renfonça. D'Esquerdes> ji'Àxmtaiit que son ardeur impétueuse , ccmimit la fiij^e de poursuivre trop loin les fuyards , et diC livrer au pillage le camp ennemi. Par cette iioprudence, il laissait son infanterie isolée et privée de tout appui. Cependant ^ comme elle croyait la bataille gagnée^ au lieu de spngçr à combattre, elle ne s'occupait qu'à piUer les bagages. Le comte de Nassau, profitant de oe ^lésordre, chargea la cavalerie française d^f^gadée.

LOUIS xi; 5o9

la culbuta sur l'infanterie, saisie d'épouvante, de sorte qu'en peu d'instans la déroute de toute Tarmëe royale fut complète.

Des deux côtés on avait éprouvé une perte consitlérable ; chaque parti s'attribua la victoire; le seul résultat de ce combat fut la levée du siège de Thérouenne.

Lorsque lé roi sut qu'il devait attribuer le 'nuruciésastre de cette journée à la cupidité de se» roi sut k»

^ , écrivit en ces termes au seigneur nien. ie Saint-Pierre, son grand sénéchal: « Dites à vos officiers que je veux être servi à mon profit et non à celui de leur avarice. Tant que la guerre durera , faites de tous les pri- ' sonniers un seul butin, xie rendes pas la liberté à ceux qui pourraient me nuire. Je veux, et je lie répète, que tous ne soient qu'un même butin, car, par ce moyen, le plus gros de ces prisonniers ne rapportera rieu qui vaille à mes capitaines, et c'est ce que je demande, atih qu'une autre fois ils tuent tout, ne fassent plus de prisonniers, et ne prennent ni chevaux, ni bagage. Alors il n'y aura plus de désordre, et jamais nous ne perdrons bataille. »

Un avantage sur mer compensa l'échec de iuinegate. Le vice-amiral Éoulôn, ayant ren- :ontré une flotte hollandaise de quatre-vingts

5lO LOUIS XI.

navires y l'attaqua^ la prit et la conduisit dans un port de la Normandie.

crnauirf Cette mésaventure irrita tellement Maximi-»

de Maxi»

miiienet Uen, qu'il se porta bientôt après à un acte atrogeance de ce. Ayant attaqué le château de Malaunoi^ il somma vainement la garnison de lui ouvrir ses portes. Cette faible troupe, composée de cent soixante hommes d'armes gascons, lui opposa une vive résistance. Enfin elle capitula; mais le duc^ furieux de s'être vu arrêté si longtemps sous les murs d'une bicoque^ ordonna, au mépris de la capitulation, que ces4>rayes guerriers fussent pendus, ainsi que leur chef, nommé Raimonet.

Louis XI, par représailles, prescrivit à ses généraux et à son compère Picirre Tristan l'Ermite, de faire pendre au même lieu sept prisonniers flamands^ dix aul portes dé Douai, dix à Saint-Omer^ dix à Lille, et dix daiis la ville d'Arras.

Lorsqu'il s'agissait de vengeances ou de crimes^ Louis n'était pas d'humeur à rester en arrière j et dans cette carrière sanglante la palme ne Jui fut jamais disputée. Il voulut, pour compléter sa vengeance, que le comté de Guigne fût mis à feu et à sang; d'Esquerdes exécuta ces ordres barbares, et réduisit, plus de dix-sept villes en cendres.

LOUIS Xi. 5ll

Jamais monarque ne s'occupa plus activement de la révision et de la réforme des lois. II suivait les conseils de sa raison en les rédigeant, et celui de ses passions, en les violant sans scrupule. La loi lui semblait une garantie ^ nécessaire à sort pouvoir tant qu'elle ne gênait aucun de ses caprices. Ce fut cette année * qu'il ordonna de rassembler toutes les différentes parties de la législation française , afin d'en former un code régulier et complet.

A cette époque, un prince victime d'une odieuse tyrannie, vint chercher un asile en France. Le duc d'Albanie, frère de Jacques III, roi d'Ecosse, se sauva de la prison où son frère l'avait enfermé et se réfugia sur ie continent. Louis l'accueillit avec honneur, mais lui refusa tout secours. Plus tard il en obtint d'Edouard. Rentré en Ecosse, il fit trembler son frère, le vainquit et lui pardonna. L'ingrat monarque paya sa générosité par de nouvelles persécutions. Le duc d'Albanie était doué de ce véritable héroïsme plus rare, plus estimable et pourtant moins admiré que celui d'une ambition belliqueuse. Il ne voulut pas faire peser encore le fléau d'une guerre civile sur sa patrie opprimée, et, renonçant à tout désir de grandeur et de vengeance, il revint

nt terminer H

5l2 LOUIS XI.

ses jours en France dans un doux et ^glmtêux repos.

NégocM- Louis XI était loin dé pouvoir apprécier une duTcfo inaction aussi honorable. L'^itatioft éiait 8|l •^^*îf!^ vie^ et sa plume se reposait encore moiiia^que tei^?dV- son épée. Ayant découvert que le duc de fice- J^'^î^tagne négociait secrètement avec Édcmaid et lui offrait d'unir sa fille au prince dç Galle»^ U le somma de remplir ses. engagemene ^ de lui envoyer un corps de troupes auxiliaires ccRitre lesr Flamands y et en même temps, danale dessein de l'intimider^ il acheta, pour la-smnme de cinquante mille livres, les droits que Nicole de Châtillon: prétendait avoir sur le duché de Bretagne, comme arrièi^e-petite^fillie de Jeann* la Boiteuse. .^;\ ■

Le duc, effrayé de ces mesures:, 'n'enlwntit qiie plus vivement le besoin dfuh jiroteoléat; ses négociations devinrent plus activesi'il'ODii»' dut même un traité avec le monarque ftBghris; mais cette convention ne lui fut d'audménti* lité, ca^* les ministres d'Edouard, cotrompus par Louis, éludèrent l'exécution du jUMm^ engagement pris par leur maître. . . : î f . . , ; Il est impossible de suivre la' tortueuse pen litique du roi dans ses mouvement rapidësîet dans ses nombreux détours : il payait les ministres anglais, amusait leur roi par la pro-

LOUIS XI. 5i5

messe du mariage d'Elisabeth ^ acquérait à prix d'or une grande influence sur les Suisses, fomentait la discorde parmi les Génois, forçait le duc de Gueldres, Tévêque de Munster et les Etats de Zutphen à se soumettre à son arbitrage et à lui prêter l'appui de leurs armes. Feu satisfait des résultats de la campagne, il grossit, par de nombreux renforts , son armée sur la frontière de Flandre et de Picardie.

Arras l'inquiétait. La population de cette Rigneur» ville se révoltait fréquemment, et conservait cÔmreYa une vive affection pour la maison de Bour- ^*"*^^^'^' gogne. Louis, avec toute la rigueur du despotisme , et sans égards pour les droits civils les plus inviolables; chassa de leurs foyers tous les habitans de cette ville malheureuse, et les remplaça par des vagabonds tirés de toutes les parties du royaume. Implacable dans ses vengeances , il donna même un affreux exemple qui fîit imité de nos jours par la faction la plus sanguinaire. Il voulut anéantir le nom d' Arras, et le remplacer par celui de Franchise ; mais la tyrannie trouve dans les mœurs et dans l'opinion des obstacles qu'elle ne peut renverser : Arras garda son nom et sa haine pour son oppresseur.

Gomme le roi voulait cependant assurer l'existence de cette nouvelle colonisation , il v

5l4 LOUIS. XI.

établit des manufactures. Mais ce bien^it [ encore un acte de violence ; car, pour payer li

frais de ces élablissenaens, U mit un Ibrt

pôt sur les provinces riveraines de la Seine el

de l'Yonne.

En Franche-Comté , la noblesse était puii

santé. Louis fit pour elle ce qu il taisait ailleui

pour la bourgeoisie, il confirma et étendit si

I |>riviléges. Ses intrigues pour corrompre étaiei

t coûteuses, que souvent ses immenses rei

~ sources se trouvaient épuisées. Comme il étail

(lillicilc d'aggraver le fardeau des taxes.

supprima un quart de toutes les pensions, m< r sure qui plut au peuple et mécontenta ti I grands.

* Louis , délivré de ses plus grands ennemisi n'avait plus de ligue formidable à craindrej et se sentait en même temps trop afiaibl

j de longues soufTrauces, pour tenter désormais I de grandes entreprises; il commençait donc à t vouloir sincèrement la paix. Pendant l'anni 1480, la guerre de Bourgogne fut faiblemei soutenue. Les généraux des deux partis semi ' blaient éviter, avec un égal soin , toute afla I générale.

Cette même année le dauphin tomba gr ment malade. La nature ou l'art triomphéreni

ne à

nen^H em^H

tjjuis XI. 5i5

de la maladie , et le roi récompensa par des lettres de noblesse , la science ou le bonheur du docteur Thomas, médecin de son fils.

Tandis que tous les princes chrétiens de ^^ l'Europe, divisés d'intérêts, inégaux en forces, ^^^^ mais tous presque également ambitieux, fai- " saient gémir leurs sujets sous le fardeau des taxes les plus intolérables, et dépensaient leur fortune et leur sang en querelles et en gderres, dont aucun grand résultat ne compensait les calamités, Mahomet II, après avoir renversé l'empire grec, et aflermi dans l'Orient sa domination, se préparait à étendre ses conquêtes dans l'Occident. Pierre d'Aubusson avait seul eu la gloire d'arrêter ce torrent dans sa course, et de &ire échouer sa fortune sur les côtes de Rhodes. Mais, plus irrité qu'abattu par ce revers, Mahomet porta ses armes en Italie, y débarqua, et se rendit maître d'Otrante.- Ses barbares soldats passèrent au fil de l'épée tous les habitans de la ville , et massacrèrent son archevêque au pied de l'autel.

La nouvelle de cette invasion, le récit de ces atrocités, étonnèrentles puissances chrétiennes, mais sans ranimer en elles cet enthousiasme religieux qui, peu de siècles auparavant, leur avait fait faire tant de prodiges de vaillance, d'audace et de folies : aucune ne courut aux

5i6 LOUIS x[.

armeSy soit que la foi se fût refroidie , soit que les souverains, confians dans leurs moyens de défense, n'éprouvassent plus cette terreur qui avait frappé l'Afrique, l'Espagne et même le midi de la France, à la première apparition des infidèles. Cependant Rome sonna l'alarme, et ses légats adressèrent à tous les monarques les plus pressantes invitations de mettre fin à leurs querelles et de se réunir contre l'ennemi commun.

Monde Le moins ambitieux et le plus pacifique de d'Anjou, tous ces princes, le bon roi René d'Anjou, ter* Provence, mina daus ce moment sa romantique, pastorale et poétique carrière. Par son testament, il légua la Provence et ses prétentions siir Naples à Charles, fils du comte du Maine; quelques terres à Jeanne de Laval, sa femme, et fit de riches présens aux églises de ses Etats.

L'inconstante fortune avait trahi long-temps ce sage monarque; la gloire accompagna rarement ses armes , mais l'amour constant de ses peuples fut la récompense de ses vertus. Sa fille lolande avait hérité de la Lorraine , et Pavait cédée au comte de Vaudemont. Louis XI se plaignit de ce testament, qui déshéritait, selon lui, la reine Marguerite. Après quelques contestations peu importantes, tout s'arrangea. L'héritier de René lui survécut peu, et le n»

LOUIS XI, Siy

de France réunit à ta couronne la Provence , que Marguerite en mourant lui avait cédée.

La possession du duché de Bar fut plus longtemps disputée, et les conventions dont elle fut l'objet devinrent pendant long-temps le prétexte ou la cause de nouvelles dissensions. Louis XI avait presque constamment l'avantage dans ces querelles diplomatiques, parce qu'il récompensait avec magnificence ses agens lorsqu'ils réussissaient, et les punissait avec sévérité quand ils échouaient dans leurs négociations.

11 dénonçîf un jour au Parlement Jean de Martigny, évéque d'Elne, son ambassadeur en Angleterre, et voulut le faire condamner> comme coupable d'avoir signé des traités préjudiciables à la France. L'accusé se défendit avec courage, et le Parlement s'acquit beaucoup d'honneur en l'absolvant. Ce corps venait déjà de refuser d'enregistrer un édit sur le commerce des blés, qu'il trouvait contraire aux règles d'une bonne administration. Scuu un prince te) que Louis XI, la résistance «Staït un mérite rare; celle du Parlement le rendit tii^s-popuiaire.

Dès qu'Edouard fut instniitque le monarque français désirait sincèrement mettre un terme aux calamités de la guerre, il lui proposa sa^

5i8 LOUIS XI.

médiation , ainsi qu'à Maximilien. Tous deux Tacceptèrent ; une trêve fut conclue d'abord pour sept moiSj^ et ensuite prolongée,

LëgtttioQ Sixte lY désirait aussi intervenir dans cette Dai de pacification. Il donna, dans ce but, ses instruc*

eiiF»D^ tions à son neveu le cardinal de Saint-Pierre, nommé par lui légat du saint Siège, Louis con- , naissait par ses agens les faiblesses et la vanité du cardinal. Aussi , dans ]e double dessein de gagner son affection et de le rendre suspect à Maximilien, il lui fit une réception tellement magnifique, qu'il fut obligé de déclarer en même temps, par une ordonnance, que de tels hopneurs ne tireraient pas à conséquence, et ne pourraient servir ni de droit ni d'exemple pour tout autre légat.

Le Parlement crut encore, dans cette occasion , devoir s'opposer en partie à la condescendance apparente du roi. Les bulles du pape donnaient au légat le pouvoir de contraindre, par les foudres de l'Eglise, le roi et le duc Maximilien à déposer les armes; la cour déclara que ces bulles ne seraient point publiées, si elles n'étaient pas modifiées; on les changea, de sorte qu'elles se réduisirent à l'ofire simple des bons offices du saint Siège. Le pauvre légat, malgré cette nouvelle forme, ne fut pas plus heureux dans sa mission. Les Êiveurs dont

LOUI!> XI. 5i9

le roi le comblait excitèrent, comme ce prince l'avait prévu, les soupçons de Maximilien, qui refusa de recevoir ses bulles.

Le plus grand obstacle à la paix venait de l'opiniâtreté de la duchesse douairière de Bourgogne, qui ne voulait consentir à aucun sacrifice des prétentions exagérées de Marie. Influencé par elle , Maximilien réclamait toujours son héritage entier, ou plutôt celui de «a femme, et le roi répondait que le Parlement» juge légal de ces différends, ne consentirait jamais à reconnaîti'e les droits d'une fille sur la duché-pairie de Bourgogne, parce que ce serait reconnaître en même temps les prétentions des femmes à la couronne , au mépris de la loi fondamentale des Français.

Enfin le roi d'Angleteire , ne pouvant concilier des parties si diamétralement opposées, dit à Maxîmilien que le roi de France, atteint d'une grave maladie, ne pouvaitvivi'e encore long-temps, et qu'il serait sage d'attendre sa mort et les embarras d'une minorité, pour soutenir avec succès les droits de Marie. En conséquence, il lui conseilla de conclure une trêve pour deux années, ajoutant que, si I^uis s'y refusait, l'Angleterre fournirait aux Flamands. un secours de cinq mille hommes d'armes.

La santé du roi ^s'alfaiblissail visiblement. 11 m

temeoi de ^ppouvait souvcnt dcs attaqucs d'épilepsie du roi. d'une telle violence, qu'un jour, «e trouvant renfermé dans un appartement trop chaud, il s'évanouit et perdit entièrement l'usage de ses sens. Son médecin, Angelo-Catto, vint à son secours, fit ouvrir les fenêtres, et le rendit à la vie. Louis respira, parla, mais conserva quelque temps un grand désordre dans ses idées. Le premier signe qu'il donna de son retour à l'existence fut un violent accès de colère ; et, prétendant qu'il avait inutilement donné oiilre d'ouvrir les fenêtres, il chassa plusieurs officiers de son palais comme coupables de lui avoir désobéi.

Le désir d'étendre, d'affermir et de conserver son autorité avait été de tout temps sa plus^ forte passion. C'était, pour ainsi dire, sa vie tout entière. Aussi, dès que ses forces s'aflBûblirent et que la mort le menaça, ce prince sombre et jaloux fut tout-à-coup frappé de la crainte qu'un ministre, qu'un grand, qu'un ambitieux, qu'un serviteur même n'abusât de sa position pour le priver de son pouvoir. Dans les premiers jours qui suivirent son accident, il feignait de lire et d'écrire, quoiqu'il n'en eût pas la possibilité , et exigeait avec rigueur la < plus prompte obéissance au moindre de ses caprices. , .

LOUIS XI. 5a I

Le souvenir de ses crimes, l'image importune de ses victimes expirantes, agitaient aussi son esprit superstitieux; la peur de l'enfer se joignait, pour le tourmenter, à la peur des hommes.

Le légat du pape sut profiter, avec une M'adresse italienne et monacale, de cet eifroi, pour «nimii obtenir la délivrance de La Balue etde l'évèqae de Vei'dun. Jusque là le roi avait toujours résisté aux prières du saint Siège; mais dès que le cardinal lui eut déclarq que son âme serait infailliblement livrée aux tourmens éternels,. s'il laissait ces prêtres dans leur cachot, il ordonna, en gémissant, que leurs cages de fer fussent ouvertes.

La Balue, craignant, non sans raison, un nouveau caprice et un contre-ordre, courut chercher un asile à Romet' Après la mort de Louis, on lui permit de rentrer en France, malgré les énergiques remontrances du Parlement.

Le roi, peu à peu, se remit de cette première attaque, mais ce fut plutôt un répit qu'une convalescence : le coup était mortel. Depuis ce moment, la décroissance de ses forces,des maux de nerfs frequens, une maigreur extrême, le conduisirentlentcment au tombeau. Cependant, décidé à ne point laisser échapper

un pouvoir auqu^el il tenait plus qu'a la vie, il se montra plus actif, plus turbulent, plus rigfoureux, plus vindicatif et plus dissimulé que jamais. Trompant les hommes sur la gravité de sa maladie, comme il les avait constamment trompés sur les sombres projets de sa politique, il parvint à tenir dans Tincertitude et dans la crainte ses alliés, ses ennemis et ses sujets. Gomme la fortune avait pris soin de réparer toutes ses fautes et de faire tourner à son avantage toutes celles des princes et des seigneurs ligués contre lui, on attribua ses succès à son génie; on l'admira, parce qu'on le redoutait; on le crut habile, parce qu'il était heureux. Ainsi juge le vulgaire, et dans ee mot on doit comprendre les rois comme les peuples.

Pour ne point interrompre le fil de la narration , nous allons tracer de suite et rapidement les événemens auxquels il prit une part plus ou moins active, et qui signalèrent les deux dernières années de ce long et terrible règne. I^ous retrouverons, après, Louis dans le palais ou plutôt dans la prison où la superstition, l'approche de la mort, une rage inutile et des terreurs de tout genre le tinrent assiégé jusqu'à son dernier soupir.

i\^union Conformément aux traites conclus avec

René , le duché d'Anjou fut réuni à la cou- ^J^'^^l renne. Le roi engagea les États de Provence à '■ •""" soutenir par les armes les prétentions du duc de Calabi-e, leur seigneur, sur le royaume de Naples. On apprit dans le même temps que les Flamands, au mépris de la trêve qui durait encore , venaient d'envahir le duché de Luxembourg, sous la conduite des seigneurs de Chimai et de Croy. Louis XI déclara qu'il ne voulait point user de représailles, et que, dans la crainte d'offenser Dieu et Notre-Dame, il ne romprait point la trêve, tant que les Turcs seraient en Italie.

L'humeur turbulente des Francs-Comtois l'inquiétait. Four les contenir, il établit un parlement à Salins, et fit promulguer dans cette province les lois françaises; un hôtel des monnaies fut créé par lui à Dijon. Il fit venir, de toutes les contrées industrieuses , des ouvriers, afin d'établir en France des manufactures de draps et d'étoffes de soie.

* Son active diplomatie cherchait au loin t™w des alliés pour inquiéter ses ennemis. Il con- <ii>i". ™i dut un traité avec Ladislas, roi de Bohème, b^mo, qui lui promîtde porter ses armes conlreMaximilien, dans le Luxembourg.

Les Génois, continuellement déchirés par des factions intestines, et sans cesse menacés par le duc de Milan, proposèrent au roi de le reconnaître pour leur souverain;, il leur répondit ironiquement : a Votre inimitié ne peut » m'étre dangereuse; votre amitié m'est inu* » tile ; le soin de vous gouvernée est un far- » deau que votre turbulence rend intolérable ; n vous vous donnez à moi^ et moi je vcas » donne au diable. »

papf aux Le pape Sixte, justement alarmé du voisicM XJ. ï^3g6 des Turcs , prêchait la paix à tous les lunne». ppincgg chrétieus, et les conjurait de s'armer contre les Musulmans. Louis XI lui avait promis, avant de tomber malade, qu'il se mettrait à la tête d'une armée pour chasser les infidèles de l'Italie. L'exécution de ce dessein étant devenue impossible, il offrit au pape un subside de trois cent mille écus d'or, dont les deux tiers devaient être levés sur le clergé, et un tiers sur le peuple.

Maximilien, animé d'une haine profonde contre Louis, n'avait point renoncé à l'espoir d'engager Edouard et le duc de Bretagne à se liguer avec lui pour tenter la conquête de la France; mais le roi d'Angleterre Tamusa par de vaines promesses. Les plaisirs tenaient son bras désarmé , fargent de Louis XI payait son

repos, et sans lui la Bretagne ne pouvait sortir de son inaction forcée.

On ne juge bien les hommes semblables à Louis XI que de près. Son activité, sa fortune, réclat imposant de sa puissance lui avaient acquis une grande renommée, qui s'étendait jusqu'aux extrémités de l'Europe. Mathias Corvin, roi de Hongrie, lui envoya des ambassadeurs, afin de l'engager à s'unir à lui pour combattre les Ottomans. Mathias était un héros; la force de son génie l'avait fait sortir d'une obscure prison, pour l'élever au trône ; il aimait les sciences, les arts, les lettres et la gloire. Vainqueur des Polonais et des Bohèmes, il avait triomphé de l'empereur Frédéric et arrêté Mahomet II dans sa course conquérante; il espérait, avec le secours des Français, délivrer la Bulgarie et la Grèce du joug des Barbares ; mais il choisit pour agent un fourbe, un aventurier qui avait surpris sa confiance : le roi refusa de le recevoir. D'ailleurs sa santé ne lui permettait plus de s'engager dans des entreprises si lointaines. La guerre même des Flamands lui pesait, et tous ses efforts ne tendaient qu'à la terminer par la paix, ou au moins par une trêve indéfinie.

En 1481 des nouvel les inopinées réveillèrent ses précédentes alarmes; le prince de Galles

5a6 LOUIS XI.

épousa Isabelle 9 fille du duc de Bretagne. Les espérances de MaximiHen se relevèrent; le roi, pour lui inspirer à son tour quelques crBiintes, fit revivre ses prétentions sur les dudiés de Lorraine et de Bar. Enfin , dans le but de per^ suader à ses ennemis et à ses peuples que la santé et la vigueur lui étaient revenues, il surmonta sa faiblesse et parut au miliea d'un camp qu'il avait formé en Normandie.

Péieri. Revenu de cette course à Tours, il visita

"*îoi.*^** pieusement , en pèlerin , le tombeau de saint Martin^ pour accomplir le vœu q\i'il avait fidt de donner chaque année à cette église, le jour de l'Assomption , trois fois autant d'écms d'or qu'il comptait d'années. Ces actes de dévotion, qui auraient été utilement remplacés par on salutaire repentir, paraissaient à cet esprit bizarre une compensation suffisante pour les injustices et les violences auxquelles il se livrait habituellement.

Auem- Un de ses favoris , vil agent de ses fureurs, Xi''"" Doyat, avait y par ses rapines et ses cruautés,

%!^! soulevé l'Auvergne contre lui. Une assemblée servile, dite des grands jours , y fut réunie par ordre du roi. Elle rendit un arrêt pour venger Doyat des injures qu'il prétendait avoir reçueSi Cet arrêt ne fit qu'accroître la haine qu'inspi* raient le monarque et son favori. Dans la soitA '

cet homme et son vil complice Olivier le Daim subirent le juste châtiment de leurs crimes.

L'approche de la mort , loin d'inspirer au- ^':^.^*,jj* cune idée de clémence à Louis^ ne faisait leoçoo. qu'irriter son humeur vindicative. René d'Alençon^ comte du Perche y n'ayant pas pris part à la révolte de son père^ n'avait pas cru devoir demander des lettres d'abolition. Sous un vain prétexte y Louis le fît arrêter et enfermer dans une cage de fer. Le comte réclama le droit d'être jugé par ses pairs; le roi répondit qu'ayant refusé des lettres d'abolition, il était déchu de la pairie. Le Parlement voulait sauver l'accusé, et ne point offenser le monarque ; l'arrêt qu'il rendit blâma la conduite du comte, mais ne le condamna qu'à demander pardon au roi, sous peine d'être privé de tous ses honneurs, s'il faisait quelque acte contraire aux intérêts du monarque.

Si la nature commençait à faire sentir ses Réanioa

• ^T«i M ' • ^ • ^ \i des coin-

rigueurs a Louis, le sort persistait encore a lei^idePro. favoriser. La mort de Charles, comte de Pro-aTMaTiL vence et du Maine, réunit à sa couronne ces ^^^^ deux provinces. Le comte de Forbin, à la tête des troupes royales, prit rapidement possession du comté de Provence. A cette époque, la mort de Mahomet II sauva la chrétienté du plus grand péril qui l'eût menacée depuis long-^

528 LOUIS xr.

temps. Alphonse^ fils du roi de Naples , prompt à profiter de cette circonstance^ forma le siëge d'Otrante et parvint à en chasser les Musulmans ; mais cette action glorieuse lui coûta rélite de son armée. Un autre Alphonseï roi de Portugal y termina cette année une carriàre plus aventureuse et plus agitée que glorieuse. Monde Une autre mort, arrivée dans le -même ^f^'^'^jj temps, apporta un changement encore plus Bourgo. gi^ve dans la situation politique de la Ftai^oe et de ses ennemis. La fille de Charles, Marie dé Bourgogne , mourut à Bruges de la suite d'une chute, dont sa pudeur ne lui avait pas permis de révéler les funestes effets.

Cet événement fut aussi favorable à LouisXI que funeste pour Maximilien. Les* Gantois consternés demandèrent à Louis de lem* accorder la paix. L'artificieux monarque ' les amusa par de frivoles promesses, s'assura de la neutralité d'Edouard, rassembla ses troupes et s'empara de la ville d'Aire.

Férocité En même temps, il menaça Maximilien d*une hume" de divcrsiou puissante, en s'associant à un allié di- LaMarck, grne dc lui, GuiUaumc de I^a Marck. surnommé,

surnom- u ' ^ -r

méieSan-pour sa férocîté, le Sanglier des Àrdennes,qui

Ardennes leva l'étcndard de la révolte contre l'évéque de

Liège, son bienfaiteur. Guillaume^ fort de la

protection de Louis XI, se mit à la tête de quinze cents aventuriers et hommes sans aveu, battit deux mille Liégeois, entra dans leur ville, força le palais épiscopal, fendit lui-même d'un coup de hache la tête de l'évêque, et contraignit les habitans épouvantés à choisir son fils pour successeur du prélat assassiné. Ce crime atroce ne fut pas long-temps impuni: deux ans après le sort des armes livra le Sanglier des Ardennes à Maximilien, qui le fit décapiter.

Tout cédait à la tyrannie de liOtiis; le Par-^obie ré lement seul osait lui opposer quelquefois une du^p^! courageuse résistance. Le roi avait publié des "i-SenT édits contraires aux lois et oppressifs pour le ^''^*'"

1 * » quene.

peuple ; la cour refusa de les enregistrer. Louis en renouvela l'ordre avec menace. Jacques de Lavacquerie, prenqier président ^ se rendit, à la tête de tout le Parlement, près du monarque, et lui dit avec fermeté : « Nous venons remettre » nos charges dans vos mains; nous sommes » décidés à subir toutes les peines qu'il yous » plaira de nous infliger, plutôt que d'étouffer » le cri de notre conscience. » Louis, étonné de cette vertu calme et intrépide, céda et révoqua ses édits.

Ce triomphe de la justice surprit d'autant plus ceux qui le remportaient, que toute ré-

55o LOUIS Xf.

sUtanoc auiL ordres de Louis était ordinaire* ment suivie d'ope cruelle vengeaace. Récem-* ment le chancelier avait, par un semblable refus» attiré la colère du roi. Ce prince lui écrivit : u Chancelier 9 vous avez refusé de scel- » 1er les lettres de mon maitre-dlufttel ; ezpé- » diez-les sur-le-champ, sous peine de la » vie. » ' .ï

Ce prince reçut dans ce tempsnme nouvelle preuve de l'idée qu'on se formait au loin de ja puissance. Zizime, second fils de Mahomet 11^ aspirait au trône de GonstantinopledLe peuple Ty portait ; mais le pacha Achmet , habile général, s'étant déclaré pour Bajaxet, 8*empara de la capitale , marcha contre Zîzime i,eiv JBithynie , lui livra bataille et le vainquit. Zinine ^ sauva d'abord en Caramanie, de là à Rhodes , et vint ensuite en Franq^ implorer la protection de Louis XI. Lorsqu'il arriva, fe hû, plus que jamais en proie aux souffrances et aux terreurs qui le consumaient , était devenu presque invisible; il refusa d'écouter le prince fugitif.

Pr<.jci Cependant une dernière faveur de la fortune entrtîr ^^^^ eucorç briller aux yeux du monarque dauphin mourant : les Flamands souhaitaient avec v^

etlajeuoe

if^Boûr^ deur la paix, que Louis désirait également; s"gne. ils lui proposèrent de marifir le dauphin avec

la fille de Marie 'de Boui^[ogne; par là se trouvait encore rqparée la pluS'^ffrave et la pins importante desTautes 4j^ ce.monar^fle. Lui et Maximilien nommèrent de$ plénipotentiaires qui se réunireijt à ^rras. Aprè^ de couf tes contestations y Louis a^ant renoncé à la restitution »de Lille, de Douai *ét d'Orchies, la paix fut sig^e le 25 décembre 1482/ On verra^dan» la* suite que ce lien , qui illfevait terminer tant de querelles / fut* presque aussitôt rompu que formé. '■ "■

i Au reste, le roi fit publierons tcMpttes ^ ^^^^ provinces la conclusion. de. la paix ;*>èt, bien p««que plusieurs grands* âfeigneurs s'opposassent * à la clause 'd(i^ traité i^t les*lPeSevait du 8€i^ 3 meni: de fidélité en cas de>c6ntravention , tout fut termina ^coame le r5i l'avait voulu. Le dauphin jura Ten^ution de ce traité en présence des ambasMdeurs de Maximilien; la. ptix fut ratifiée. et publiée. .» ^ ^

*Le roi ilbmma lé sir(i de Beanieù tùteuf T^^iia de l'héritier du trône: &n éelaindejaisoil dictaV»» ^^*

ce choix. Beauîeu était i'homi|j|HHblus|Arobét«ir« de et lé plus éclairé de aoû tetnp^PiWRtrlement, '^' pour remercier XHeu de Cfis hîkircfux évéfi^ mens, se rendit de PaAs* à^Sainît-Diçnis en grande procession. . • ', *

On reçut des nouYelles des Pyrénées peu ' satisfaisantes. Blanche de Navarre avait l^|;ué son trône à son mari^ au préjudice de ses enfans ; ce qui occasiona de grands troubles. Le nouveau roi mourut , ainsi que Phœbus de Foi , son successeur. Celui-ci légj^ le sceptre à sa sœur Catherine, que Louis prit sou9«a pro^, tection ; mais un parti puissant s'armait pour réunir la Navarre à la Castille et à FArag^ , sous les lois de F^dinand et d'IsabeUe. Dhn autre côté, le vicomte de Narbonne prît le tit» de roi de Navarre, et fut appuyé par les Ûàçs * d'Orléans et de Bretagne.

Morid'R. Louis, qui voulait marier son' second "fils ro/d'Ao^ Jean à la princesse Catherine, néVit^ pas la jin g et erre, j^ ^^^ querellcs ; mais avant d'expirer, ÏLgij^pkit

la mort d'un prince qui long- temps avait été le principal objet de ses alarmes. Edouard lY, roi d'Angleterre , termina sa vie et son ré^^ Quelques auteurs disent que le cbagrin 4'&voir été trompé par Louis XI abrégea ^esgows; d'autres auteurs pensent qu'Edouard moidnit d'apoplexie; d'autres, enfin, qu'il périt empoisonné par Richard, duc de Glocester, déjà souillé d'autres forfaits. Glocester composa un parlement de ses partisans les plus zélés ^ cassA le mariage d'Edouard, déclara ses enfans^ illégitimes et leur fit trancher la tête. Louis déai-

rait trop la prolongation de ces discordes pour y intervenir.

Le dernier acte de sa politique fut d'envoyer i,ou^^„« des ambassadeurs en Italie pour la pacifier. Le •^"" duc de Calabre ravageait alors l'État romain. ****'* Les Vénitiens firent marcher des troupes au secours du pape^ et ce pontife, délivré par eux, ne les paya de ce bienfait que par aine haine injuste : la prospérité de cette puissante république excitait sa jalousie.

Le sire de Beaujeu et sa femme allèrent chercher à Bruges la princesse Miarguerite d'Autriche, fille de Maximilien , et l'amenèrent à Paris, où elle fit une entrée magnifique. Cette princesse prétendait, comme dauphine, avoir le droit de délivrer des prisonniers; mais le Parlement s'y opposa, et ce fut probablement d'après une insinuation secrète du roi. Cependant il serait injustj^ de soupçonner ce corps d'une trop servile condescendance , puisque dans des ci|;constances graves il avait montré à Louis une énergique résistance. Cette cour, forte de son iniHteovibiltté, conMqphçait déjà à devenir une puissance poptdafct^iBpn fut loDg^temps la seule digue qu'on pût, dans l'absence des assemblées nationales, opposer aux actes arbitraires d'une monarchie presque absolue.

Louis XI croyait le peuple trop divisé, t^pp

roi sarcasmes

pauvre ou trop faible pour) le c^^indre. II fortifia même avec soin le Parlement, qu^il pro-* tégeait contre la féodalité , leur ennemie commune. D'ailleurs, en rendant la justice invio* lable pour tous ses sujets, il savait sans scrupule se mettre au-dessus d'elle, lorsque sa sombre politique l'exigeait; et nous avoiih^ru ayecquri cruel mépris il fit revêtir des insignes de la magistrature un juge attaché par ses ordres & une infâme potence. "^ Popaia- Ce prince bizarre, si haut avec les grands, oi?ei ses ^.ffectait avec la multitude une faimliaftté ' presque bourgeoise ; néanmoins la .^£Ee du lion perçait toujours. Il fut le prencûec roi qui admit ses sujets à sa table. Mais fféq^eaxmeijL une saillie piquante, un trait malin et raill^jr, déchiraient le convive crédule qu^il ftembbût vouloir caresser.

Un riche marchand, ^uit par la &Tei|r , que ce monarque lui avait 'imontrée cri le re- • cevant dans son intimité, lui • d||aiaada 4)B8 lettres de noblesse. Elles lui furent accordiés. Dès le lendemain, le roi affelÉi de le traiter avec une extrême froideur. Le marchand, osa s'en plaindre et s'en étonner. « Gomment cda ' » peut-il vous surprendre? lui dit Louis. lilon- » sieur le gentilhomme, je vous faisais asseoir ') à ma table, parce que je. vons^ regandaft

r-:.flÇ 1

w comme le premier de votre condition; mais w aujourd'hui vous êtes le dernier de la classe w où vous êtes entré, et je ferais tort aux autres » en vous traitant comme eux.»

Au reste, la multitude est si disposée à cix)ire ce qu'elle souhaite, que ce prince trouvait encore un (];rand nombre de dupes qui lui Élisaient un renom de bonté, parce qu'il dînait parfois chez des artisans, et voulait qu'on inscrivît son nom sur les registres de leurs communautés et confréries. Les courtisans lui représentaient quelquefois qu'en s'abaissant ainsi il compromettais sa dignité; mais alors il leur répondait : Quand or^u-eil chemine dei^anty honte et dommage suivent de près.

Il s'irritait contre la résistance, mais pardonnait les réparties spirituelles. Comme il montait un jour un cheval d'tine très-petite taille , un de ses favoris parut admirer la force de ce coursier : et ^^us voulez rire , dit le roi , » je n'en connais pas un plus faible. — Moi, je » crois, reprit le courtisan, qu'il doit être d'une )) rare vigueur, puisqu'il porte Votre Majesté w et tout son conseil. »

Ayant rencontré l'évêque de Chartres monté et équipé magnifiquement, Louis dit: « Les » évê((ues voyageaient plus modestement au- )) trefois. — Oui, sire, répondit l'ëvêque.

556 LOUIS xf.

» mais c'était au temps des rois pasteurs, n Belle pa- Quclquefois il sortit de cette bouche cruelle "^Hnw!^" de belles paroles. Ayant vu Raoul de Lannoi s'élancer le premier sur la brèche des remparts d'une ville , et renverser à ses pieds une foule de guerriers qui l'assaillaient, il lui passa au cou une chaîne d'or de cinq cents écus, esnjiui disant: ce Par la Pâque-Dieu, mon ami, vous » êtes trop furieux dans un combat , et comme » je désire me servir plus d'uqe fois de vous, » je vois bien qu'il faut à présent vous en- » chaîner. » -^

Il ne perdait pas Toccasion d'humilier les nobles qui le servaient, dès qu'il les surprenait en faute. Ayant fait un jour à l'improvisté une revue des .officiers de sa maison , et les aysint trouvés mal équipés et mal armés, ^fiior fit envoyer des écritoires, en les avertissant que, puisqu'ils n'étaient pas en état de le défendre avec leurs épées, il fallait qsé désprm^ ils lié servissent avec leurs plumes.

Les tyrans doivent naturellement mépriser se»cruau-ies hommcs , car ils ne s entourent guère que des plus méprisables. Les confidens, les amis, les agens de Louis XI étaient presque tous des intrigans serviles, tels qu'Olivier, Tristan^ Bcssuire^ et une foule d'autres qui lui av^ent vendu leur conscience et se montraient toû-*

LOUIS xr. 537

Durs prêts à exécuter ses ordres sanguinaires. 1 se plaisait à rire avec eux des convulsions

is lesquelles tombaient les victimes soumi-

I par sa volonté aux plus cruelles tortures, :ures dont il se rendait souvent l'invisible émoin. L'un de ces misérables avait gagné es bonnes grâces, en inventant la forme d'un achot construit en cône, de sorte que le malleureux qui y était jeté, ne pouvait s*y couher, ni même y goûter un instant de repos.

Étranger aux sentimens de la nature, iouis XI, fils ingrat, frère cruel, fut, comme «^««"«w [ devait l'être, un époux froid, dédaigneux et famnie. frannique; sa première femme, Marguerite

Ecosse, était morte de chagrin; la seconde, Iharlotte de Savoie, vertueuse et douce, se it reléguée par lui dans le château de Loche, ù elle vécut oubliée de la cour , mais respecte du peuple. Les enfans qui naquirent oe ce lariage, furent Louis, Joachim et François, aorts en bas âge; Charles, qui régna ; Louise, ui ne vécut que peu de mois; Anne, mariée

Pierre de Bourbon , seigneur de Beaujeu : lie gouverna le royaume comme régente

ndant la minorité de Charles VIII; enfin, eanne , que le duc d'Orléans, depuis Louis XII, »rit pour femme, et qu'il répudia ensuite pour pouser Anne de Bretagne.

Ses lUijLors.

Louis se montra constamment père dur ef jaloux. Le dauphin était retenu par ses ordres dans le château d'Âmboise. U avait défeada qu'on lui fît apprendre les élémens des lettres et des sciences j de peur qu'en s'éclairanïy il n& devint ambitieux et ne voulût braver son autorité ^ comme il avait lui-même attaqotfr celle de Fauteur de ses jours.

Louis XI avait plus de superstition que de piété. U fut peu réglé dans ses mœurs, et donaa le jour à plusieurs filles naturelles, dont l'une fut mariée à Aymar de Poitiers , seigneur de Saint-V allier; une autre^ ati bâtard de Bourgogne ; une troisième devint la femme de LcNiis de Saint-Priest.

S'> On est souvent tenté de révoquer en doute les traits que les écrivains du temfÉrlIicontetit de la férocité de ce prince. Fréquemmeut^jH se plaisait à prolonger le supplice de ceux (^il destinait à la mort. On ne leur donnaifà âianger dans leur étroite cage qu'avec uae fourche^ qui en traversait les barreaux pour arrhrer Jps* qu'à eux. Plusieurs fois on les tirait de cetta prison de fer pour les torturer , les mutiler, leur arracher des dents; les crispe rage et de désespoir qu'ils poussaient^ étaient un raffine* ment de volupté pour le tyran.

Il fallait que leiTroi dont il avait glacé la

cruautés.

LOlJI» XI. 559

esprits eût étrangement dégradé un peuple dont le nom rappelle la franchise, l'amour de la gloire et de la liberté , pour qu'il supportât si long-temps ce joug odieux. L'esprit généreux de la chevalerie semblait avoir disparu de nos mœurs. Un seul homme était parvenu, en vingt années, à écraser les grands et à avilir le peuple.

Il serait trop affligeant pour la morale qu'un roi souillé de tant de perfidies, de violences et de meurtres, eût terminé sa vie avec tranquillité. On douterait presque de la justice divine, si, aveugle comme la fortune, elle réservait la prospérité au crime, et le malheur à la vertu.

Heureusement il n'en est pas ainsi. On ne Sesre-

mords.

doit pas se laisser tromper par une vaine apparence. Le sort avait pu seconder tous les desseins , favoriser les artifices, combler tous les vœux d'un monarque fourbe et cruel; sa puissance pouvait être affermie, son allianee recherchée, sa haine redoutée, ses ennemis abattus; mais, au milieu de l'éclat qui environnait sa couronne, dans le fond de son palais que remplissaient une foule de serviteurs rampans et de courtisans serviles, il se sentait poursuivi par un bourreau plus impitoyable (jue ceux qui exécutaient au moindre signp se«

54o Louis xi;

ordres barbares. Ce bourreau^ c'était sa conscience. Le remords déchirait et tourmentait son âme par l'image du passé, par le spectre de Tavenir.

Le malheureux s'attachait avec rage aux restes d'une vie qui lui échappait , à une autorité expirante qu'il craignait à tout moment de se voir enlever. Prenant chaque arme qui brillait^ pour un poignard, chaque être humain qui l'approchait, pour un meurtrier; invoquant à grands cris la protection, d'une ijehgion qu'il avait outragée, et l'art des médecins qui cédait à la nature ; enfin voulant encore régner, se venger et punir, quand il ne pouvait plus vivre, il aurait peut-être inspiré quelque pitié à l'homme même condamné par lui au dernier supplice. Faible comme un enfant, furieux comme un insensé, poursuivi par toutes les terreurs que peut enfanter une imagination en délire, il offrit, dans ses derniers jours, au monde ]e spectacle le plus consolant pour la ' vertu, le plus instructif pour la postéi'i^, le plus effrayant pour la tyrannie.

Ses ter- Qucl siuistrc tablcau s'offrait aui( regards' 'château de l'étranger qui, attiré par la renommée du les Tours! pins richc, du plus puissant monarque de l'Europe, s'approchait de ce terrible château du Plessis-les-Tours, où Louis XI s'était ren-

fermé ! Après avoir traversé une campagne stérile et abandonnée, dans laquelle Gomines nous dit qu'on avait semé dix mille chaussetrapes pour la rendre inaccessible à la cavalerie, il entrait dans une longue avenue bordée d'un double rang de chaînes de fer nommées par le peuple les fillettes du roi; entre elles s'élevait une longue haie de potences , où l'on voyait avec horreur des files de cadavres suspendus.

Là errait le farouche Tristan avec sa troupe d'assassins , épiant avec inquiétude les regards, les gestes, les paroles des imprudens qui réveillaient les soupçons du tyran en pénétrant sans ordre dans cette redoutable enceinte. Quand on sortait de ce champ de mort, chaque pas pouvait rencontrer un piège. Plus loin, on apercevait les hautes tours, les fossés profonds, . les triples murailles, les barrières de la résidence royale hérissées de pointes de fer.

Un effrayant silence y régnait. Quelquefois seulement, quand les ombres de la nuit couvraient la terre, ce silence était interrompu par les cris d'un malheureux qui invoquait de prompts secours. Cet infortuné, c'était LoulsXI. Le plus léger bruit, le délire de quelque rêve fantastique, le tiraient soudainement d'un^ sommeil agité. Il sortait à demi nu de son lit^

portant une pique à la main^ et dans sa dé^ tresse y appelait aux armes ses gardes, dont il accusait la négligence : cependant tous, à chaque quart d'heure^ s'appelaient, se répondaient le long des remparts, et prouvaient ainsi la vigilance avec laquelle leurs postes étaient gardés.

Aux clameurs du prince on entendait sonner les cloches, on voyait accourir les archers, les Suisses y la garde écossaise; une fouie de moi^ nés , de prêtres , de religieuses, entonnaient des prières pour le salut du monfirqne. De nombreuses patrouilles sortaient des murs, parcouraient la campagne, poursuivaient, arrêtaient et massacraient les paysans, les pâtres infortunés, que l'imprudence ou le hasard offraient à leurs actives recherches.

Ce zèle impitoyable ne calmait que momentanément les terreurs de Louis. Les soldats, les serviteurs qui veillaient à sa sûreté> devmaient eux-mêmes l'objet de sa méfiance et de ses craintes. Son intimité était aussi dangereuse que sa haine. Celui qui jouissait aujourd'hui de sa faveur, pouvait être le lendemain envoyé par lui au supplice ou jeté dans un cachot. Il changeait presque chaque jour de domestiques et d'appartemens. Telle était lliorrible situation de ce prince prêt à franchir le redoutable

passage qui devait le séparer à jamais de sa couronne^ de ses richesses, de sa puissance, pour le lancer dans un avenir inconnu.

Rien ne pouvait calmer sa fjèvre ni apaiser inwicncr ' son délire ; un seul homme cependant l'arrê- ^1*^^ tait dans ses transports et osait lui parler en cJiScr! maître : c'était son médecin Jacques Cottier. Croyant que sa débile existence dépendait de cet homme insolent, il se soumettait à lui, le comblait d'or, de présens; se pliait à ses caprices, et souffrait sans murmurer ses plus dures paroles. Parfois néanmoins, honteux de sa servitude, il lui échappait une menace; mais alors l'Esculape hardi réprimait cette révolte , en le menaçant de l'abandonner. Un jour même il lui dit : « Je sais bien qu'un beau matin vohs w voudrez vous défaire de moi comme de tant » d'autres; mais j'ai pris mes mesures, et je » jure par la Pâque-Dieu , que vous né mesur- » vivrez pas trois jours. » Ce charlatan cupide tira de lui, dit-on, pendant le cours d'un an, plus de cent mille écus d'or.

Les chroniques disent qu'il lui administrait les remèdes les plus compliqués, les plus violens; et que même il lui persuada qu'il retrouverait sa jeunesse et sa vigueur, en se baignant dans le sang d'un grand nombre de malheu-' reux enfans,que, pour atteindre ce but crimi-

/ 544 LOUIS XU

nel, on avait fait égorger. Cette faUe, insérée dans la Chronique scandaleu^ ^^^ronve à quel point la haine publique accréditait les bruits les plus injurieux et les moins yraiaemblables répandus contre un prince détesté.

Séiariiû- Quelquefois, Louis, devenu plus calme, et d^wr voulant se distraire de sa noire mélancolie, de"ouf- ordonnait aux paysans et aux pastoareltes des franco. yiHages voisius dc venir, à un' jour indiqué, danser sous les murs du château. Mais l'aspect du tyran , la crainte des prisons , la vue des gibets, glaçaient de peur ces infortunés. Leurs danses contraintes et leur gaîté forcée contrastaient étrangement avec le son des flûtes, des instrumens rustiques : c'était un spectacle plus propre à augmenter refl&x)i qu'à l'adoucir.

Le plus souvent, Louis ne se montrait ainsi en public que pour démentir les nouvelles qu'on répandait de sa fin prochaine. Alors ce prince, apparaissant quelques instans sur un balcon aux yeux du peuple , cherc^i^it à déguiser sa maigreur, son marasme, sa pâleur livide , en se couvrant , contre sa coutume, de vêtemens de drap d'or et de chapeaux ornés de plumes, mais toujours parsemés d'amulettes et d'images de vierges ou de saints.

La chasse avait été long-temps une ées pas-

sions du rph Jaloux de ce plaisir comme de son autorité y iïle défendait dans ses domaines sous peine de la vie , même aux plus grands seigneurs. Il avait fait venir de toutes les contrées de TEurope des chiens, des faucons, des cerfs, des buffles, des lions et des panthères. Réduit à l'impossibilité de se livrer désormais à de semblables divertissemens , il en recherchait encore l'ombre; et Comines raconte que, pour se créer un simulacre de chasse, il nourrissait de gros rats dans ses appartemens, et les faisait poursuivre devant lui par des chats.

Lorsqu'il reconnut l'inutilité de tous les ef- sa .upcr. forts de la médecine , il espéra que les saints lui seraient plus utiles que les hommes. Aumônes, pèlerinages, fondations, prières, rien ne fut oublié pour fléchir le ciel inexorable. De toutes parts il se fit apporter des reliques , entre autres, celles des trois Rois de Cologne, la châsse de Notre-Dame d'Embrun, et le corporal sur lequel, dit-on, chantait autrefois' saint Pierre. L'insensé acquit ce dernier trésor par la cession faite au saint Siège des seigneuries de Valence et de Die. Bajazet lui offrit les reliques que les Grecs avaient laissées à Gonstantinople, à condition qu'il lui livrerait son frère Zizime ; mais il n'osa pas conclure ce

itiUon.

traité avec les infidèles. Enfin le pape lui permit de se faire oindre une seconde fois par rimile de la sainte ampoule.

J^'^"*.^ La superstition n'ayant pas mieux répondu <ic Pa'oie à ses vœux que la science des médecins les

chez

i.oiiif XI. plus habiles, il eut recours à la véritable piété, et par l'entremise du souverain pontife, obtint d'un personnage alors généralement révéré, de saint François de Paule, qu'il sortirait de son ermitage et viendrait apporter quelques secours à ses maux, ou quelques consolations à son infortune.

François se rendit par obéissance auprès du monarque expirant. Lorsqu'il parut devant lui , le roi se jeta à ses genoux en gémissant i« Saint homme, lui cria-t-il d'une voix entre- » coupée de sanglots , guérissez-moi , au 4Xom » de Dieu, guérissez-moi. — Je n'ai, réponçj^ » François, ni ce pouvoir, ni cette mission. Je » ne puis rien pour le salut de votre corps, ce- » lui de votre âme dépend de vous; il est temps » de vous en occuper. »

lUsigna. Alors il adressa au roi, non ce langage rude *"''''*" et menaçant des faux dévots, mais ces paroles remplies d'onction qu'inspirent la morale la plus pure et la vraie charité. Dès -ce inomept Louis, ayant perdu la dernière ombre d'espOir à laquelle il s'attachait , ne sentit plus qu6 la

rpi.

honte de se montrer publiquement si pusilla-^ nîme. On lutte contre un malheur douteux ^ on se résigne à un malheur certain. Le désespoir rendit au monarque son courage; il se résolut donc à mourir en homme et en roi.

Son fils fut appelé près de lui ; il lui con- sm îos. seilla de ne point imiter son exemple: (i Ne Md«a. » commencez pas, lui dit- il ^ votre r^pie, ^ » comme j'ai commencé le mien, en ^^ituant . » les ministres et les officiers les plus fidèles » de mon père, et qui avaient le plus efficace- » ment contribué à la délivrance du royaume. » Eclairez-vous par les lumières des princes » de votre sang. Appelez dans vos conseils les » grands de l'Etat^ le seigneur Dubouchage, » le bailli de Vermandois. Confiez le comman- » dément de vos armées au maréchal d'Es* » querdes ; respectez la justice ^ soulagez le » peuple^ et, en écoutant avec respect yptre I) mère, n'oubliez pas que la maison de Savoie » a toujours montré une trop vive affection » pour celle de Boui^^ogne. Enfin, protégez » les serviteurs qui me sont attachés. » Ces instructions furent enregistrées au Pariement de Bourgogne et à la cour des comptes de Paris.

Peu de jours après, ayant mandé en sa pré**' sence sa fille Anne et Pierre de Bourbon , sire

de Beaujeu^ son époux, il leur recommanda les intérêts du nouveau roi, car déjà il d(Hinait ce nom à son fils : « Ne compromettez » pas y leur dit-il, la tranquillité des premiers » momens de son règne, en attaquant pré- » maturément Calais. Evitez pendant cinq ou » six années la guerre , même avec Maximi- » lien. »

S'apercevant plus tard que sa dernière heure approchait, il ordonna au chancelier de porter au roi les sceaux, et lui envoya aussi ses grands-ofFiciers et une partie de sa garde. Monde Louis expira le 3o. août i483, à l'âge de "^ 'soixante et un ans, à la fin de la vingtdeuxième année de son règne.

On l'enterra, comme il l'avait expressément ordonné, à Notre-Dame de Cléry. Il tenait si fortement à cette volonté , que Sixte IV, à sa prière, lança une bulle d'excommunication contre quiconque porterait son corps dans un autre asile.

On avait tant de fois répandu le bruit et démenti la nouvelle de la mort de Louis XI, que le peuple douta quelque temps de sa réalité. On n'osait ni montrer une douleur prématurée, ni manifester une satisfaction dangereuse: l'une et l'autre pouvaient rendre suspect. D'ailleurs, si les uns se réjouissaient d'être

LOUIS XI. 54g

délivres d'un joug si pesant, beaucoup d'autres, auprès desquels il s'était rendu populaire, s'affligeaient d'avoir perdu en lui un appui si ferme contre la tyrannie des grands.

Duclos, après avoir pesé, avec une impar- jugotialité peut-être trop froide, les talens, les qua-cB^rinJ. lités et les crimes de Louis XI, s'exprime ainsi : « On peut dire qu'il fut également célèbre par n ses vices et par ses vertus, et que, tout mis » en balance, c'était un roi. »

Certes, on ne peut refuser à ce prince un esprit pénétrant, une volonté ferme, une bravoure éprouvée ; il fit, dans l'intérêt de l'ordre public, de sages réglemens, d'utiles institutions. Mais il fut égoïste, artificieux, parjure, sanguinaire, fils ingrat, frère dénaturé. Aucune de ses actions ne porta l'empreinte d'un caractère de grandeur; il dut ses succès à sa fortune, ses périls à ses fautes, ses revers à son imprudence, la haine qu'on lui portait à ses violences, à sa fausseté; l'éclat de son trône disparut sous le nombre des échafauds qu'il dressa, et le sang de quatre mille de ses sujets souilla sa pourpre.

Non, ce n'était pas un roi, et l'on peut dire, à l'honneur de la royauté, que de tous nos mo-

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narques de la troisième race, &i l'on en excepte Chai'Ies IX, Louis XI est le seul que le sévère tribunal deriiistoire doive stigmatiser du nom de tyran.

FIN DU ^]iUVlEME VOI,USll-;,

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