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Ce qu'ils conservèrent avec fierté, ce furent les canons de Charles, ses riches armures, ses lances ornées d'ivoire^ étincelantes de rubis, sa bannière ducale, celles de ses vassaux, son collier de la Toison, son fauteuil d'or massif, noble trophée, qui rappelait le triomphe de l'héroïque liberté sur la tyrannie présomptueuse.
Le principal chef de cette armée victorieuse, Nicolas de Scharnachtal, conféra sur le champ de bataille la chevalerie aux capitaines dont la vaillance avait remporté la palme de cette glorieuse journée, tels que Mullinen> Bonstetteii, Redinget Diesbach.
Le roi attendait impatiemment des nouvelles de cette bataille : le succès des Suisses surpassait tellement ses espérances, que sa joi@ triompha de sa dissimulation. Elle éclata par- des transports peu convenables, et regardant la défaite des Bourguignons, comme un signe certain de la protection que Dieu lui aoeordait, il acheva son pèlerinage, et jamais, dit-on, ne s'agenouilla au pied des autels avec plus de ferveur et de reconnaissance.
DeTeciion Ses mcnaccs contre les princes qui s'étâieot dudac'jeliés avec Charles, devinrent plus hautaines et IZr plus pressantes. Elles réussirent : l'infortuDe trouve peu d'amis fidèles. Galéa$ prétendit qac
LOUIS Xf. 455
vait motivé sa défection. 11 of--
et aident. Louis accepta l'une
lutre. V,
ivait ordonné au Parlement de
)mmént il procéderait contre le
cour répondit qu'on pouvait^ en
reuse^ lancer contre le roi de Si-
et de prise de corps , mais qu'en
n de son âge et de sa parenté^ il va-
ajourner à comparaître devant le
arlement^ sous peine de bannisse-
onfisèation. On n'en vint pas à cette
1^ roi de Sicile^ malheureux dans Nëgocia-
, lion» de
éprises en Italie ^ tourmente par Louis
, . , ^,, avec le ro
lyerses qui avaient porte sa tille René. atôtau faîte de la gloire, tantôt Il malheur, inquiet du sort de le duc de Lorraine, et se défiant a sombre caractère de Louis XI, ijSaires, pour lesquelles il n'é-
lettres et les arts avec passion , contre la coutume générale, confie au bonheur de ses peuples, il ! finir ses jours dans un doux repos.
*iy ant chez lui, n'y voyait que fêtes,
, jeux champêtres; le bruit
(les armes avait &it place aux musettes /aux violons^ aux flûtes et aux hautbois. Ses chevaliers étaient devenus des troubadours. L'air ne retentissait que de gaies ballades et de tensons d'amour. L'heureuse Provence uippelait alors la paisible et champêtre Ârcadie. On comprend sans peine qu'un tel prince n'aurait pas voulu hasarder sa frêle couronne contre de durs colosses > tels que le farouche Louis XI et l'impétueux Charles.
Aussi 9 dès qu'il sut le Boui^uignon vaincu, d'après l'avis de ses vieux cohseillersy tous trèspacifiques , il n'hésita plus à rompre ses engagemens avec lui^ et à désarmer la colère du monarque français. L'accord fut facile et prompt Marguerite, désabusée des grandeurs humaines , ne s'opposa point à ses désirs. D^ailleurs elle mourut peu de temps après^ et Ton convint d'une entrevue entre le monarque provençal et son neveu le roi de France.
Le roi l'accueillit avec amitié. Toutefois , comme il voulait rappeler le passé, le sénéchal de Provence , Jean de Gossa, lui dit avec loyauté : « Sire, ne vous étonnez pas que votre » oncle, le roi mon maître, ait proposé au duc » de Bourgogne de lui léguer son sceptre. îâ » faute en est à vous seul , et j'avoue que ses » plus fidèles serviteurs et moi, nous lui avoDS
» conseillé d'en agir ainsi. Car^ malgrëJes liens » du sang, vous vous êtes emparé de ses châ- » teaux d'Angers et de Bar; et îl n'a entamé se» » négociations avec le duc de Bourgogne que » pour vous engager à réparer vos torts > à faire n droit à nos plaintes, et à traiter ledit seigneur )) roi en bon ami et parent. »
Cette franchise plut à Louis ; et, loin d'exiger que René le nommât incessamment son héri*tier, il consentit à ne recueillir ce riche héritage, que dans le cas, facile à prévoir, où le due de Galabre mourrait sans epfans.
Louis XI, constant dans sou système de cor^ ruption , voulut gagner quelques serviteurs du vieux roi; mais peu s'y prêtèrent, et Palamède de Forbin surtout se distingua par sa fidélité ; vertu la plus rare de toutes, à cette malheureuse époque.
Tout étant arrangé, Louis partagea de bonne grâce les plaisirs, les jeux, les fantaisies champêtres et poétiques de son oncle ; cette complaisance lui coûtait peu , car le roi était assez enclin à la galanterie , quand elle ne contra-* riait pas sa politique. Plusieurs poètes du temps nous ont conservé les noms de la Gigpnne et de. la Ps!!ksefillon, dont il avait payé les faveurs par de ric^jes dots et de beaux présens.
La duchesse de Savoie n'osa plus assister de
438 Loujs XI.
ses armes le prince bourguignon; mais^ gardant plus de mesure dans son inconstance, elle offrit au moins à son allié vaincu, les conseils et les consolations de l'amitié.
Sombre Ctiarlcs cu avait besoin. Réveillé en sursaut dech^^ de ses rêves de conquête par un coup de foudre mërlire! imprévu, humilié par un ennemi q[u'il avait méprisé, mis en fuite et ruiné par une armée de montagnards^, il était tombé dans une ptt>fonde mélancolie, qui semblait parfois troubler sa raison.
Farouche, taciturne, inaccessible, nul ne pouvait l'aborder. Il n'osait plus se montrer en public, et ne voulut plus même soutfrir qu'on changeât ses vêtemens et qu'on lui coupât la barbe. Jamais un orgueil plus présomptueux n'était tombé de si haut. Son médecin seul, Angelo Catto, trouva moyen, à force de.ménagemens et de soins, de lui rendre le bon sens et l'espérance.
Ses pre- Dès quc cclle-ci entra dans son cœur ulcéré, pourVne cUc lui Tcndit sa force, sa violence, et la plus . ardente de ses passions, celle de tirer vengeance de ses ennemis. Ainsi, reprenant son activité, et paraissant se retrouver lui-mékne, il reçut une ambassade de l'empereur, assista aux cérémonies publiques , écrivit à toutes ses communes, appela aux armes tous ses v&s-
iionvelle guerre
sauxy leva des soldats dans tous les pays de sa domination ainsi que chez plusieurs princes étrangers ^ prodigua partout le$ prières^ Ici promesses^ les menaces^ et parvint enfin à ras^ sembler une armée presque aussi formidable que celle qu'il a,vait perdue.
En même temps, fléchissant sa fierté ^ il en* voyâ des ambassadeurs au Iroi pour l'engagera garder la neutralité et à observer fidèlement la trêve jurée. Le roi, dans ce moment;, était peu disposé à Técouter, Il venait même, pour punir le saint Siège de toutes les tracasseries qu'il lui avait suscitées relativement aux li-* bertésde l'Église gallicane,, d'envoyer un corps de troupes dans le comtat d'ÂvignOn tet de faire arrêter le cardinarde Larovère.
Dès que Charles fut instruit de cette entrer prise, reprenant sa hauteur accoutumée, il fit dire à Louis que, s'il poursuivait son dessein et s'il ne relâchait pas le cardinsd, la trêve serait à l'instant rompue , et que la gtierfê tecom-* meiicerait. Louis céda, remit le légat en lir berté> rejeta l'alliance de René de^ Lorraine^ et montra beaucoup de déférence au diic.de Bourgogne; car il ne voulait pas- détotirner ce vassal fougueux d'une guerre qui allait probablement consommer sa i*uine.
Charles, en effet, revenu à son ancienne Ditpoii
iir .
44o LOUIS XI.
tioDs de. ivresse d'espérance^ de gloire et de Gonquêtes, """'• venait de passer en revue, à Laqlanne^ sa brillante et nombreuse armée. Elle défilait sous ses yeux, en criant : Par saint Georges^ prompte 'vengeance] mais ce n^était plus le cri du courage , c'était la clameur de la licence. Tous ces guerriers de difFérens pays ne croyaient plus à la fortune de leur chef; le lien du respect était rompu : l'obéissance est faible, quand la confiance a disparu.
Le duc espérait que ses ennemis viendraient l'attaquer dans le pays de Vaud, où il était campé; mais les Suisses n'y pensaient pas. Tranquilles après leurs triomphes, ilss*étai6nt retirés dans leurs montagnes, et avaient déposé leurs armes pour reprendre leurs béchei. Berne seule, en querelle avec la duchesse de Savoie, tenait quelques troupes sur pied, et sollicitait l'appui des autres cantons;
Toutefois, dans une assemblée à Luceme, on avait décidé toutes les mesures à prendre si la guerre éclatait de nouveau. Le règlement arrêté par ces braves montagnards était remarquable par sa sévérité : les vagabonds étaient bannis des camps ; on défendait le jeu ^ les juremens, les combats singuliers. 11 était prescrit de prier Dieu avant d'attaquer l'ennemi^ de ne goûter aucun repos avant d'avoir vaincu, de
ne jamais faire aucun prisonnier; mais on devait épargner les femmes , les vieillards et les enfans. La mort était le châlimenf du lâche, de Tincendiaire et du sacrilège.
Bientôt le bruit se répandit que l'armée bourguignonne s'avançait menaçante : de nombreux messagers partirent. Le cri d'armes retentit; les confédérés se réunirei)|. Morat^ qui paraissait devoir être attaquée la première, fut fortifiée avec soin. Cette ville est à six lieues[de Berne.
Gomme le duc ne voyait point encore de Bauiiie troupes réunies entraver sa marche, il croyait, dans son orgueil, que la terreur s'était répandue en Helvétie, et qu'il aurait plus de peiné à trouver les Suisses qu'à . les vaincre. Cette erreur durait encore, lorsqu'il établit son camp à une lieue de Morat.
Le comte de Romont s'avançait en même temps au milieu des marais qui se trouvent entre les lacs de Neufchâtel , de Morat et de Bienne. Lui et les Savoyards qu'il commandait furent battus et forcés à la retraite par les paysans de cette contrée.
Peu de jours après, Morat fiit attaquée. Soixante -dix bombardes foudroyèrent ses murs; une large brèche fut ouverte, on ordonna Tassant; les Bourguignons, après sept
heures de combat , se virent repousses. La garnison de Fribourg détruisit un cor[is ^de troupes venues de Nice pour renforcer rarmée de Bourgogne. Pendant ce temps^ la CDnfédé-' ration des Suisses s'armait et ie rassemblait peu à peu. Charles s'indignait de la résistance qu'opposaient à toutes ses forces deux iQÎlle paysans intrépides. Leur opiniâtreté sauva l'Helvétie ; elle donna le tempe aux guerrier» de tous les cantons tie se réunir. On ne tarda pas à voir paraître leurs bannières sur le sonH met des montagnes.
Sur ces entrefaites ;» René, duc de Lorraine^ leur amena trois cents chevaux» Ce jeune prince, abandonné par Louis XI ^ avait été lever en Allemagne quelques recrues^ Cet illustre exilé y victime des rigueurs de Charles et de Louis j venait prêter l'appui dq son nom et de %e^ armes , aux courageux défenseurs de la liberté helvétiique.
On n'attendait plus que les guerriers de Zurich; Waldmann, l'un de leurà compatriotél^ s'efforça de réveiller leur ardeur. « Une heure » perdue, leur écrivait -il, livrera Morat i » l'ennemi. Nous sommes détruits si noué ne » donnons pas bataille promptement. LesBoll^ ;> guignons^ sont deux fois plus nombreux qa'ib )) ne l'étaient à Granson, mais Dieu nous son*
» tient et nous fera triompher. ^ Sa voix (îit entendue, et les guerriers de Zuricli arrivèrent.
Une chaîne de collines et une forêt épaisse cachaient aux Bourguignons les dispositions et les manœuvres des Suisses. Un capitaine de Strasbourg proposa à ces braves républicains de fortifier leur camp pour rompre le premier choc des masses bourguignoimes. Après un moment de silence y les Suisses répondirent : cr Si nos alliés sont prêts à combattre , l'instant » est venu , l'art des fortifications n'est pas le » nôtre. Suivons l'exemple de nos^res et mar- » chons hardiment à l'ennemi, h
Lq duc de Bourgogne avait rangé régulièrement son armée en bataille entre un lac et Morat. Le grand bâtard et Ravenstein oo|nmai>* daient sa gauche y Grève^œur et d'Esquerdes conduisaient le corps de bataille. Leducoccu^ pait la droite avec les Anglais ^ ses archers et sa plus forte cavalerie. Le jeune prince de Taretite quitta l'armée bourguignonne la veille de la bataille^ furieux d'avoir sollicité et es«péré sans succès la main de la fille de Ghâr^ les. Depuis Hélène, jamais princesse n'avait at* tiré plus de prétendans^ armé plus de rivaux et causé plus de discorde.
Les Suisses donnèrent les premiers le signal du combat, s'agenouillèrent, adressèrent leurs
prières au ciel ^ se mirent en marche ei s*avancèrent en s'écriant : « Dieu fait, briller pouF » nous son soleil ; combattons pour notre pa- » trie f ne souffrons pas que des étrangers ^ des » Bourguignons , des Italiens outragent nos » femmes et enlèvent nos filles, n
Dans ce premier choc, le duc de Lorraine eut un cheval tué sous lui ^ ses hommes d'armes éprouvèrent de grandes pertes. Une grande paitie des canonniers bourguignons fut tuée.
Charles ne s'était pas attendu à une si brusque attaque ^ il y courut et fut étonné du nombre des ennemis. Les Suisses s'élançaient sur ses retranchemens ; bientôt il s'aperçut qu'une autre troupe l'avait tourné et pénétrait dans son camp : les Suisses franchirent les fossés , s'emparèrent de l'artillerie et s'en servirent contre les Bourguignons.
Déroute Néaumoius la défense des archers , des Annféede glais ct dc la garde du duc, fut opiniâtre. Se- *""* merset, Mailli, Montaigu et le fils aîné du connétable de Saint-Pol périrent dans ce combat, ainsi que beaucoup d'autres chevaliers. Jacques du Maes , portant la bannière du duc, tomba percé de coups, sans la quitter. En même temps la garnison de M orat enfonça l'aile droite; alors l'arrière - garde des Suisses pénétrant
dans le corps de bataille , toutes les positions de Charles se trouvèrent entamées et débordées. Son armée épouvantée ne put réparer son désordre; tout se dispersa ^ la déroute fut entière ; le duc lui-même y suivi de douze hommes d'armes , ne dut son salut qu'à une prompte fuite.
Ainsi • pour la seconde fois, ces pâtres tant camage méprises avaient anéanti les forces du plus b«taiii«He belliqueux et du plus redoutable prince de l'Europe. Ce désastre même fut encore plus complet que le premier^ car la cavalerie autrichienne et lorraine poursuivit les fuyards et en fit un affreux carnage. Une grande partie des vaincus trouva la mort^ soit dans les marais ^ soit dans le lac dont les flots étaient rougis de leur sang. Trois siècles après , des pêcheurs en retiraient encore avec leurs filets^ des glai-vesy des casques et des cuirasses. Ce. triomphe . éclatant de la Sparte nouvelle des Alpes sur le Xerxès du Nord , consolida la liberté helvétique ef illustra nos temps modernes.
La perte des Bourguignons fut évaluée à dix mille hommes. Tous les historiens du temps reprochent aux Suisses des actçs de cruauté féroce après la victoire. Ce qui est certain^ c'est qu'ils construisirent y avec les ossemens des vaincus^ un affreux monument de vengeance ^
que le peuple nommait FOssuaire des Bourguignons. Il portait cette inscription : Dea optimo^ maximo. Inclyti etfortUsmi BurguadÙB ducis exercitus y Moratum obsidensj nb HeluetuÀ etesus hoc sui monumentwn reliquii.
Pendant trois siècles les regards de FbuxKift*nité furent affligés par cette colline d'osseoirâtS qu'on leur montrait avec orgueil; on a rcyproché aux Français y en 1798^ d'avoir détruit êet affreux trophée qu'on devait respecter^ pàrc^ qu'il rappelait la puissance d'un peuple cornbattant pour sa liberté^ ainsi que le chàtt<ment d'une puissance orgueilleuse et tyran* nique. Nous croyons au contraire que cetos^ suaire hideux est plus noblement reœplaœ aujourd'hui par une majestueuse CQlondiie> elle conserve un glorieux souvenir; elle n'enefiîfëfi que les taches sanglantes. ' , v-
Les Suisses ne montrèrent point p dsaaaà cette occasion ; l'ingratitude dont te& rëpuUs^ae» furent souvent accusées; ét^ reconnaiàWDS de la part glorieuse que le duc René de Lormipe avait prise^ au fait d'armes de la jounuée. de Morat^ ils le comblèrent d'éloges ^ de présebt^ et lui firent don de l'artillerie conquiee sm jet Bourguignons.
Politique Si Charles eût été vainqueur, Louis Xiréur* rait probablement attaqué, pour profiior de
rqmisenoeDt de ses feroes ; mais sa deâûte lui procura les n^eoies a^^tntages, sans <|q11 Iw fût neoessaire d «poser sa fortmie aux haaurxh des combats, neànemeot satisfiàt de voir ainsi abaissé son plus redoutable adTersaire^ il $^ê* loigna de Lyon , et reriut au Plessis4es-Touf^ Cependant , par ses ordres , Dammariin restait constamment armé sur les finontières de Bour* gogne, mais sans commettre aucune liosti^ lité.
Le nouTeau désastre de Charles Tavait fait retomber dans ses anciens ^^aremens. Cet esprit opiniâtre ne pouTait se résoudre à diercber les causes de sa ruine dans les iautes de tout genre que sa témérité lui avait feit eommettiv. Aussi; sa première idée fut de regarder,, son alliance avec la Savoie comme la source de ses revers. Un projet de vengeance fut le résultat de cette erreur. Ainsi ^ lorsqu'il sut que 1q$ princes de cette maison venaient le consoler dans sa disgrâce^ il donna Tordre à quelques hommes armés de les enlever. Le duc, informé desondesseîn^ se sauva; la duchesse seule ve$tA prisonnière. Les Etats de Savoie se plaignirent vivement au roi de cette violation da droit des gens, et ce monarque chargea secrètêmeilt Chaumont d'Amboise de délivrer Ja duchesse^ Celui-ci s'acquitta si adroitement do aa mis-
sion^ qu'il pénétra dans le château de Rouvre, et remit en liberté la princesse captive.
Naguère le monarque français voyait avec effroi ligués contre lui les ducs de Bretagne, de Bourgogne, le roi d'Angleterre, la Savoie, la Lorraine, et le duc de Milan. Maintenant il se trouvait, par les fautes de Charles, délivré de tous ses ennemis, et recherché par tous les princes qui jusque là semblaient avoir conspiré sa ruine.
Toute l'Europe retentissait précédemment d'injures, d'imprécations, d'accusations contre lui. Mais telle est l'inconstance de l'opinion publique : elle tombe impitoyablement sur le vaincu. Aussi décerna-t*elle la palme de l'har bileté politique au monarque français. Cependant il n'avait eu d'autre mérite, dans cette , circonstance, que de laisser courir le Bourguignon à sa perte , sans le pousser ni le soutenir; d'acheter assez honteusement la paix du roi d'Angleterre , descendu à main armée dans ses États; de différer ses projets contre la Bretagne ; et de soumettre à son joug, par ses menaces, le pauvre et vieux René , dont la suo* cession revenait de droit à sa couronne. « Le hasard le servit moins bien du côté des Pyrénées : Ferdinand et Isabelle s'emparèrent du sceptre de Castille. Le roi de Portugal fat
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battu par les Espagnols et vint implorer inutilement la protection de Louis. Ce prince ne ménageait que les vainqueurs; les vaincus avaient tort à ses yeux. Mais y suivant sa coutume, il accueillit d'autant mieux le monarque portugais qu'il était résolu de ne lui rien accorder.
Le sire d'Albret fut chargé par lui de se tenir sur la défensive et de maintenir en paix le Roussillon.
René, duc de Lorraine, satisfait de ses triom- siëge d« phes, aurait voulu en jouir tranquillement : *°*^* l'impatience de Charles ne lui en laissa pas le loisir. Tant de revers éprouvés auraient abattu tout autre que l'impétueux duc de Bouigogne; le malheur, au lieu de lui rendre sa raison ^ acheva de la troubler complètement ; les mouvemens des troupes françaises sur ses frontières l'inquiétaient , et craignant que Louis ne vînt aggraver sa position et ne le forçat d'évacuer la Lorraine, il se décida, malgré l'épuisé-' ment de ses forces , à marcher sur Nancy qu'il assiégea.
Il avait méprisé le seul avis sincère que lui Tnhiion donna jamais le roi ; Campo-Basso conserva^ p<^£(ll^. sur lui tout son ascendant. Ce perfide Italien conspira contre son crédule bienfaiteur. Siffirein de Baschi, premier maître d'hôtel du duc de
45o LOUIS XI.
Lorraine , fut chargé par le traître de corrompre quelques soldats bourguignons et de se jeter avec eux dans Nancy pour y fortifier le parti de René. Le complot fut découvert, on arrêta Siffrein y un prompt arrêt prononça sa mort. Avant d'expirer, le malheureux de<manda instamment de parler à Charles. Il voulait lui révéler la trahisoù de Campo- Basso et tous les projets tramés contre sa vie; mais l'Italien s'était rendu maître de toutes les issues qui pouvaient faire parvenir la vérité au prince, l'exécution fut hâtée, et Siffrein périt sans avoir pu démasquer l'auteur du crime.
consier- ^^ constcmation régnait dans l'armée bour- Boiir^l!' gwignonne. Une maladie contagieuse l'affai-
gnoni. blissait chaque jour : l)ientôt elle fut t^éduite au nombre de cinq mille hommes. Sur ces entrefaites on apprit que René, à la tête d'un corps nombreux de Lorrains, de Suisses et d'Allemands, s'avançait au secours de la ville assiégée. A cette nouvelle, la terreur saisit les Bourguignons qui se voyaient livrés à une deétruction inévitable par la démence de leur prince; les plaintes, les murmures s'élevaient de toutes parts; mais Charles, plongé dans un profond désespoir, restait muet, sombre^ immobile, égaré; il ne sortait pas de sa tente.
LOUIS XI. ^ 45i
nul ne pouvait l'aborder, chacun redoutait ses împorteipens.
Le comte de Chimay brava seul y enfin , ses ordres, arriva jusqu'à lui, exposa en peu de ooicts la détresse de l'armée, l'imminence du ianger qui la menaçait, et la nécessité impérieuse d'ordonner la retraite; le duc lui répondit avec fureur : « Je vois que vous êtes » tous des Lorrains ou des lâches; fuyez si 0 vous le voulez, je suis décidé à combattre, et » je combattrais encore si je restais seul en
face de mes ennemis ! »
* Bientôt on vit briller les lances de René Baïajiie dont les troupes s'élevaient à dix mille hommes. ^ l'approche de l'ennemi, Campo-Basso, avec deux cents lances , abandonna la bannière de ion maître et vint se ranger sous celle des Lorrains : ceux-ci accueillirent le traître avec mépris et lui ordonnèrent de s'éloigner. Il alla camper près du pont de Bouxières, dans le des- I de tomber sur les Bourguignons s'ils voulaient se sauver du cô|é de Luxembourg ou de Metz.
Cependant l'insensé duc de Bourgogne, décidé à livrer bataille , en donna le signal le 5 janvier i477* Vainement tous ses officiers le conjurèrent encore de lever lé siège, de se re-
tirer y et de chercher au sein de ses états les ressources qui pouvaient relever sa^ fortune. c( Jamais, leur dit-il, on ne me verra fuir de- » vaut un jeune homme. »
René avait rangé son armée en bataille dans la plaine de Neuville. Guillaume Herter, suisse, et le comte de Thierstein^ commandaient son avant-garde, composée de sept mille hommes d'infanterie, et de deux mille chevaux. Y audemont, Bassompierre et d'autres chevaliers servaient sous eux. De nouvelles troupes avaient doublé ses forces. Soii corps de bataille comptait huit mille hommes d'infanterie et quinze cents chevaux. Lui-même il guidait ce corps avec Linanges, Ligneville, Lénoncourt, Biomont, et d'autres seigneurs. Une troupe de réserve, formée de huit cents hommes d'élite , était destinée à se porter partout où le besoin l'exigerait.
Le duc de Bourgogne , campé près de Jarville à une demi-lieue de Nancy , n'opposa à son ennemi, pour défendre ses lignes^ que deux mille Bourguignons. Il confia leur aile droite à Galiot, la gauche à Josse de la Laing, et se plaça lui-même au centre.
Les Suisses, après s'être prosternés, suivant leur coutume, s'avancèrent en bon ordre, jurant à grands cris de vaincre ou de mourir.
Charles, accourant au devant d'eux, franchit un ruisseau qui les séparait. Une batterie de canoiî, placée sur la droite du chemin que parcouraient les Suisses, ne leur causa qu'un léger dommage. Quelques traîtres du parti de Campo-Basso la servirent mal. Les Suisses, ne laissant sur ce point que quelques bataillons, se glissèrent le long d'une haie , et gagnèrent le flanc des ennemis : ceux-ci étaient en trop petit nombre pour occuper tout le terrain du combat.
René les fit attaquer par quatre cents clievaux, tandis qu'un autre corps les îourna pour les prendre en queue. Malgré rinégalité des deux armées, la victoire fut d'abord vaillamment disputée. Le désir de reconquérir leur patrie enilammait le courage des Lorrains. Celui des Bourguignons était soulenu par le souvenir de leurs anciens exploits, et par l'cxemple du duc , qui se jetait dans la mêlée avec la fureur du désespoir.
Cependant la lutte ne pouvait être longue; les Bourguignons, assaillis de toutes parts , investis et accablés par le nombre, furent enlbncés, dispersés, et ne cherchèrent plus qu'à se sauver. tim <i«
Charles, accablé de fatigue et couvert de du^ .î,' blessures, se vil entraîné dans la fuite. Blo- ï»'!"'
mont^ sénéchal de Saint-Dié^ le poursuivit avec ardeur. On dit même que y l'ayant atteint, il le jeta par terre d'un coup de lance , sans le reconnaître y au moment où' il lui demandait quartier y et qu'écrasé par la foule des fuyards et des mourans ^ il disparut à tous les regards. D'autres disent qu'il tomba sous les coups de quelques hommes apostés par Gampo^Basso.
Bièvres, Contay, Lavieuville, périrent sur le champ de bataille. Les bâtards de Bourgc^pe, les comtes de Nassau , de Chimai , Galiot, Olivier de la Marche et beaucoup d'autres furent pris.
Pendant deux jours on fit d'inutiles recherches pour éclaircir le sort de Charles. Enfin , le troisième jour^ sur Tavis d'un jeune page que quelques-uns croyaient appartenir à Campo-Basso^ plusieurs officiers , ayant couru au lieu qu'on avait désigné^ trouvèrent le corps du duc de Bourgogne^ nu^ défiguré , et tellement enfoncé dans la glace^ qu'il fallut la briser à coups de pique pour l'en retirer. Son médecin et son secrétaire le reconnurent à plusieurs signes , et particulièrement à la dcfttrice d'une blessure qu'il avait reçue à la bataille de Montlhéry.
Le duc de Lorraine ordonna qu'il fût transporté à Nancy. Là, il vint en habit de deuil le
recevoir; et^ suivant un usage que pratiquaient les anciens preux le lendemain d'une victoire ^ il portait à son menton une barbe d'or. Après avoir jeté de Feau bénite sur l'infortuné Charles, il dit en prenant sa main: « Beau cousin , >i que Dieu ait votre âme; vous nous avez fait n moult de maux et de douleurs. » Son corps fut gardé dans une chapelle près d'un siècle. Ce ne fut qu'en i55o qu'on le transporta à Bruges.
Telle fut la mort de Charles le Téméraire, intrépide soldat^ ambitieux sans mesure ^ affamé de guerres , altéré de sang , enivré d'orgueil y et ne prenant conseil que de ses folles passions. La fortune lui avait donné la puissance^ la force ^ la richesse. Long -temps sa fausse gloire éblouit ses peuples et porta leur admiration jusqu'à l'enthousiasme. Ils payèrent cher cette erreur. L'édifice colossal élevé par trois habiles princes s'écroula sous les pas d'un téméraire, et la maison de Bourgogne disparut. Une fille seule en garda les débris j qui , par la faute de Louis XI , devinrent les fondemens d'une autre grandeur non moins funeste à la paix du monde ^ celle de la maison d'Autriche.
Comines, qui avait beaucoup aimé Charles ^ a/cw^imais qui depuis l'avait quittépôur s'attacher à "^pi^!^
Louis ; en parle avec une grande inodération. « Je Tai vu grand et honorable prince ^ dit-il , D et pendant quelque temps plus estimé de ses » voisins que nul prince qui Tût dans la chréa tienté ; je ne vois pas pourquoi il a encouru » la colère de Dieu , si ce n'est ceci, qu'il attri- » buait à sa propre vertu et non à Dieu toutes » les grâces et honneurs qu'il avait reçus dans » ce monde. Il y avait en lui de bonnes et » vertueuses parties. Nul prince ne désira au- » tant soutenir^ conduire et récompenser les » hommes d'un haut rang. Ses bien&its n'é- » taient pas fort grands , parce qu'il voulait » que chacun s'en ressentît. Aucun ne> donna » plus libéralement audience à ses serviteurs. » Tout le temps que je l'ai connu il n'était pas » cruel. Peu avant sa mort il le devint ^ oe qui » était signe de courte durée. Il était trop fi»- » tueux en habillemens ou en toute autre » chose. Désireux de la gloire, il eût bien voulu » ressembler à ces anciens princes dont il a été » tant parlé après leur mort, et autant hardi » que homme qui ait régné de son temps. Or » sont finies toutes ses pensées, et tout a tourné » à son préjudice et honte; car ceux qui ga- » gnent ont toujours l'honneur. »
tare de Ou s'efTorce aujourd'hui de réhabiliter la quêr littérature du moyen âge, mélange informe de
LOUIS XI. é^5j
barbarie sauvage, de corruption prématurée , mêlée aux débris du latinisme dégradé, fu- . nestes fruits de la décadence romaine. Mais on se plaît surtout à nous vanter le style animé et naif des auteurs du quatorzième et du quinzième siècle. C'est qu'on prend , à ce qu'il me semble, trop souvent l'étrangeté du langage pour naïveté. Au lieu d'employé;:* le terme beaucoup^ on se croit naïf si l'on se sert de celui de mouà, qui n'a, certes, pas plus de naïveté que le terme latin mukàm dont il est dérivé. J'en dirai au*tant de meshui, adonque, bailler, huis, gentCj et d'une foule d'autres.
Pour peu qu'on lise avec soin ces écrivains du vieux temps , on se convaincra au contraire qu'ils sont singulièrement prétentieux , enflés, et aussi empreints d'affectation que de pédantisme. Nous en avons déjà offert des exemples, en citant le discours de l'apologiste de l'assassinat du duc de Bourgogne et la harangue de Juvénal des Ursins aux États de Tours. Une -. nouvelle citation ne paraîtra peut-être pas superflue. Nous la tirons de Molinet, renommé pour son esprit à la cour de Bourgogne, historiographe de Charles le Téméraire , et choisi par lui pour transmettre le souvenir de ses faits d'armes à la postérité.
Molinet, après avoir tracé les portraits des
premiers ducs de Bourgogne et comparé quatre princesses de leur sang aux quatre vertus cardinales , s'exprime ainsi en parlant de Charles : « Sa géniture légitime est le quatrième pillier » qui cette maison clarifie et embellit de très- » admirables histoires^ qui les fiers mutins » rebellans , les rebelles mutinans , les trafi- M queurs séduisans^ les séducteurs traffiquans » humilie par sa main forte ; et essourt cette » maison en si très-haulte splendeur et clarté » superéminente que les isles oultre-marines » en perçoivent la reluisance ; c'est par figure fi similitudinaire la tour de Baruch et le trosne J9 de Salomon^ l'arche du Testament^ le palais » d'Âssuérus , le fort Ilion , le temple de Mars^ » le romain CapitoUe où les sénateurs et con- » suis armigères tiennent parlemens ht conw saulx pour régir et gouverner le bien de la X chose publique. »
Et plus bas, après avoir peint le duc Philippe, il dit : i( Le duc Charles son fils, inspiré » de Mars le dieu des batailles, le Nestor des » héros, un second Scipion, un petit Alexandre » et un grand Hannibal, qui les provinces voi- » sines a merveilleusement réveillées au sod » de ses buccines, et a fait plus que possible » de très-chevalereux arts d'armes; vueil- » lant, par hardi emprendre, peser les quar-
» tiers d'Occident en sa balance, et propre- » ment esquiparé à justice la royne des ver- » tus. »
Tel est pourtant ce langage dont on vante aujourd'hui la naïveté.
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