VIEILLESSE ET MORT DE LOUIS XIV
£ roi vieillissait entouré de ce silence que la majesté , la crainte et l'étiquette commandaient autour de lui; son humeur empruntait des fatigues de l'âge un caractère d'austérité ennuyée qui défiait toute distraction et : désespérait les courtisans les plus dévoués à plaire. La faveur de madame de Maintenon se fortifiait tous les jours comme une habitude ; la société de cette compagne de prédilection su£Bsait au maître; aussi le cercle dans lequel Louis XIY cherchait à se renfermer se rétrécissait-il de jour en jour : le P. Letellier, confesseur du roi j la veuve de Scarron , quelques princes ou princesses du sang, Villeroi , et un petit nombre de domestiques ou de favoris émérites , c'étaient là les rares privilégiés à qui il était donné d'approcher encore l'auguste et chagrin vieillard. Quelquefois cependant le monarque demandait aux pompes de la représentation
royale d'interrompre cette monotone existence ; alors il recevait avec un appareil splendide les envoyés des coars étrangères ; il fêtait avec une complaisance marquée les anniversaires heureux de sa famille, le mariage ou la naissance de ses petits-fils. Ces occasions le rappelaient encore à Versailles et lui permettaient de passer en revue sa fidèle noblesse; hors de ces moments qui flattaient l'orgueil du roi ou le cœur du père , il aimait à se retrancher dans risolement de Marly , à fuir l'incommodité des plaisirs bruyants , à se dérober à des adulations prévues et monotones.
En 1 703 , mourut à la Bastille un prisonnier mystérieux qui s'y trouvait détenu depuis longues années; il fut enterré, le 20 novembre, dans le cimetière de Saint-Paûl, et inscrit sur les registres de la paroisse sous le nom de Marchialy, âgé de quarante-cinq ans ou environ.
Ce prisonnier , s'il faut en croire des rumeurs que le temps a accréditées , portait toujours un masque de velours noir , garni, près de la bouche, de ressorts d'acier qui lui permettaient de manger ; des précautions extraordinaires furent, dit-on, prises à sa mort, afin d'empêcher que rien de ce qui se rattachait à sa personne ou à la cause de sa détention pût parvenir au public; on assurait qu'il avait d'abord été enfermé aux îles Marguerites , puis à Pignerol, et de là à la Bastille; et l'on colporta, longtemps après, des circonstances romanesques qui tendaient à établir que V Homme au masque de fer (ainsi le nomme-t-on encore) était un prisonnier d'État de la plus haute importance.
Peu de problèmes ont autant de fois exercé la patience des historiens et piqué l'intérêt du public. Chacun a présenté une hypothèse ; mais tout porte à croire que la vé-
rite ne sera jamais connue , les gouvernements antérieurs à 1789 ayant pris des mesures pour que l'on ne réussit pas à percer ce mystère.
Les uns ont cru que V Homme au masque de fer était le comte de Vermandois , fils de Louis XIV et de La Yallière. Dans ce système , le comte de Vermandois ne serait pas mort, comme T histoire TafBrme, au siège de Courtrai, en 1683; mais on dit que, ce prince ayant osé outrager le Dauphin, Louis XIV Taurait fait disparaître, après avoir répandu le bruit qu'une fièvre maligne avait causé sa mort. Cette hypothèse a trouvé peu de personnes disposées à ladopter.
D'autres ont dit que le Masque de fer était le duc de Monmouth, fils naturel de Charles II, condamné pour crime de rébellion, et décapité à Londres le 15 juillet 1685. D'après cette version , un des partisans du prince ayant consenti à mourir à sa place , le prince de Monmouth aurait été clandestinement transféré et emprisonné en France. Ce récit est peu croyable.
D'autres ont voulu voir dans ce prisonnier mystérieux le duc de Beaufort , l'ancien roi des halles , qui disparut dans une sortie durant le siège de Candie (26 juin 1669); mais cette version a rencontré peu de partisans.
Plusieurs historiens , et cette opinion a trouvé quelque crédit, ont vu dans V Homme au masque de fer l'ancien surintendant Nicolas Fouquet. Mais, d'après les Mémoires du temps, il est avéré que Fouquet est mort d'apoplexie à Pignerol, au mois de mars 1680. Né en 1 629 , et enfermé en 1 66 1 , Fouquet avait vu depuis quelques années s'adoucir pour lui les rigueurs de la captivité ; on venait de lui permettre d'aller aux eaux de Bourbon , et sa famille espérait beaucoup obtenir sa grâce. Il
n'est pas croyable que Louis XIY , dont les ressentiments devaient être affaiblis depuis vingt ans, ait cru pouvoir, en 1680, user d'une rigueur barbare envers un bomme repentant et résigné. Quel motif aurait pu le déterminer à cette sévérité odieuse, et pourquoi alors y préluder par des mesures de clémence et de faveur? Enfin , à quoi bon prendre des précautions minutieuses pour faire disparaître jusqu'au moindre vestige d'un homme dont la disgrâce était notoire et sur lequel tout avait été révélé? Ajoutons qu'en 1703 Fouquet aurait été bien avancé en âge pour justifier des mesures de surveillance sans nom , et qu'à ce régime les prisonniers ne vivent guère si longtemps.
Une explication fort accréditée est celle qui présente VHomme au masque de fer comme un frère jumeau de Louis XIY , ou comme un fils naturel d'Anne d'Autricbe. On assure que , pour éviter des guerres civiles et des malheurs de toute espèce, on aurait pris le parti de faire disparaître le malheureux prince. Cette hypothèse est appuyée de détails fort peu avérés , quoique généralement admis par la crédulité publique. Ainsi l'on assure que Louvois , s'étant rendu à Pigncrol , parlait au prisonnier la tête nue, pendant que celui-ci demeurait couvert; mais rien n'est moins établi que cette circonstance, et il est fort douteux que Louvois ait jamais visité Pignerol. Ces prétendus détails reposent presque tous sur TafiBrmation de Voltaire , qui les a le premier racontés au public; et Ton sait quelle confiance cet écrivain mérite.
L'hypothèse qui nous a paru établie sur des données les plus exactes est celle qui fait de ï Homme au masque de fer un certain Mathioli ou Marthioh , secrétaire du duc de Mantoue, que Louis XIV fit arrêter en 1679, contre le
droit des gens , par rentremise de Tabbé d'Estrade et de Gatinat. Cette arrestation , coupable puisqu'elle était due à une trahison , avait pour but de garantir le secret de quelques mystères d'État que Mathioli ayait découverts , et en outre de traverser des négociations que cet agent poursuivait dans Tombre , à une époque où il importait beaucoup à Louis XIY de s'assurer le concours des princes dltalie. L'enlèvement de Mathioli est certain : il résulte de la correspondance même de Gatinat, déposée aux archives des affaires étrangères, et l'on comprendra que, pour éviter de rendre publique une aussi grave violation du droit des gens , Louis XIY ait recommandé des * précautions extraordinaires. Nous verrions donc en lui Y Homme au masque de fer.
Ge n'est là d'ailleurs qu'une supposition qu'il est permis de rejeter. Elle s'accorde peu, en effet, avec les circonstances romanesques que tous les historiens ont répétées d*après Yoltaire ; mais ces circonstances sont justement révoquées en doute. D'un autre côté, il faut remarquer la simiUtude du nom de Mathioli ou MarthioU avec celui de Marchialy, celui qui fut inscrit sur les registres de la paroisse Saint-Paul. Quoi qu'il en soit, le problème est demeuré jusqu'à ce jour insoluble.
La mort commençait à multiplier autour de Louis XIY de sinistres avertissements. Un jour , Monsieur , le duc d'Orléans, mourut d'une attaque d'apoplexie foudroyante au moment où, pendant un souper, il offrait du vin à une dame de la cour. Le malheureux prince tomba glacé dans les bras de son fils, le duc de Chartres; celui-ci hérita du nom, et plus tard du redoutable genre de mort de son père. Quelques jours auparavant. Monseigneur, fils unique de Louis XIY et son
héritier présomptif, avait été frappé d'une attaque d'apoplexie; les soins de l'art l'avaient rappelé à la vie, mais seulement pour un petit nombre d'années. Gomme on lui supposait un plus long avenir , il s'était formé autour de lui , dans la retraite ombreuse de Meudon , une cabale de courtisans qui se disposaient à exploiter sa grandeur future. Si cette coterie n'osait faire de l'opposition ouverte à Louis XIV , elle en faisait aux dépens du duc de Bourgogne , fils aîné du Dauphin , dont elle cherchait à détruire le légitime ascendant : on donnait à entendre à son père que la piété et les autres vertus de ce fils n'étaient que des façons de rechercher , au détriment du Dauphin, l'amitié exclusive de Louis XIY ; on semait à pleines mains entre le père et le fils des germes de froideur et de défiance, et la jeune duchesse de Bourgogne elle-même, si gracieuse et si enjouée , ne rencontrait au château de Meudon que contradictions et duretés.
Les plus illustres contemporains du roi disparaissaient l'un après l'autre : un regard de dédain de Louis XIV avait mis Bacine au tombeau; peu d'années après, moururent l'abbé de Bancé, réformateur de la Trappe; Bossuet et Bourdaloue , Thomas Corneille , Pérault , Tournefort; l'armée de terre et de mer perdit Vauban , Gatinat, Vendôme, Boufflers, Ghoiseul, Duras, d'Estrées, Jean Bart, Joyeuse, de Lorges, Noailles et Marsin. Mais des douleurs plus poignantes encore furent réservées au roi et à sa famille. Tout ce qui les entourait, tout ce qui les avait aimés s'éteignit dans la mort. Ge fut d'abord madame de Montespan , que Dieu avait touchée , et dont la pénitence publique donnait à la cour de justes leçons. Encore revêtue de cette fatale beauté qui avait causé sa perte , mère et belle-mère de plusieurs princes et de plusieurs
princesses , elle s'était condamnée à passer ses jours dans le travail , à jeûner et à distribuer Taumône. Ses privations volontaires étaient accompagnées de macérations. Elle se servait du linge le plus rude et le plus grossier, et portait un cilice armé de pointes. En se mettant sous la direction du P. de La Tour, général de l'Oratoire, elle avait débuté par un acte d'humiliation nécessaire, mais terrible : elle avait écrit à son mari , sollicitant son pardon et se remettant sous sa discrétion; mais M. de Montespan mourut sans daigner l'entendre ou la recevoir. « Personne ne fut jamais si tourmenté des affres de la mort (1). » Mais sa charité envers les pauvres de Jésus-Christ dut sans doute contribuer à lui adoucir ce redoutable passage (1707).
Trois ans après, madame de La Vallière mourut, à son tour, sous la bure des carmélites. Le roi fut péniblement affecté de sa mort (1710).
François-Louis de Bourbon , prince de Conti , et Henri- Jules de Bourbon , prince de Gondé , descendirent à leur tour dans le tombeau. Le premier avait été élu roi de Pologne, l'autre était le fils du vainqueur de Rocroi (1709). L'année suivante, M. le duc (2) mourut aussi, n'ayant survécu à son père que de onze mois (1710). Vers cette époque furent célébrées les noces du duc de Berry , troisième fils du Dauphin, avec mademoiselle d'Orléans, fille de Philippe de France et petite-nièce du roi. C'est la trop
(1) Expression de Bossuel, que Saint-Simon applique à madame de Monteapan. 11 est certain qu'Aihénaïs de Morlemart , duchesse de Montespan , craignit la mort autant qu'il est possible de la craindre, et que, même avant d'être malade, elle prescrivait à ses femmes de passer la nuit dans sa chambre avec des flambeaux allumés: tant le silence de la nuit l'effrayait en lui annonçant celui du tombeau. Cela n'a pas empêché H. Gapefigue de dire « que madame de Montespan mourut avec son caractère et ne s'agenouilla pas. « Cette phrase Tait sans doute plus d'effet, mais elle est loin d'être vraie.
(2) Petit-ais du grand Gondé.
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célèbre duchesse de Berry dont les mœurs scandaleuses firent tache , même à la régence. La même année , le roi accorda aux enfants de M. le duc du Maine, fils de madame de Montespan , les honneurs et les prérogatives dont jouissaient le Dauphin et ses fils.. Cette concession , par laquelle se manifestait la tendresse inquiète de Louis XIV, en faveur de ses enfants légitimés, parut excessive à l'opinion et souleva des résistances sourdes jusque dans le sein de la famille royale.
Le 14 avril 1711 mourut le Dauphin, enlevé par une maladie qui dura peu. Au premier bruit du danger que courait ce fils , qu'il avait d'ailleurs si longtemps négligé , Louis XIV accourut à Meudon, et, sans craindre le mal contagieux dont le Dauphin était atteint , voulut lui prodiguer les soins et les consolations d'un père. Rien ne put sauver le prince. Le roi perdit en lui un fils soumis et respectueux; mais la France n'eut guère à regretter d'avoir été ainsi préservée du gouvernement d'un maître ignorant et incapable. La mort du Dauphin fit tomber la cabale de Meudon , et le duc de Bourgogne, désormais héritier de la couronne royale, n'eut qu'à se montrer pour voir les courtisans de tous étages se prosterner à ses pieds.
Fénelon,en élevant le nouveau Dauphin(le ducdeBourgogne) , avait eu à défricher une terre ingrate et semée de ronces . Saint-Simon nous représente ce prince comme doué d'un caractère impérieux, dur, emporté jusqu'à la fureur, opiniâtre à l'excès, incapable de souffrir la moindre résistance même des heures et des éléments, passionné pour les voluptés, aimant le vin, le jeu, la chasse, souvent farouche et naturellement porté à la cruauté. Mais l'empire de la religion est si puissant , que Fénelon s'en était heureu-
sèment servi pour dompter cette nature rebelle et pour faire tourner au bien des penchants qui ne demandaient qu'à se développer dans le vice. Secondé dans ses soins près de son élève par le duc de Beauvilliers et Tabbé de Fleury, le doux archevêque travailla sans relâche à corriger les défauts de ce prince, et, Dieu aidant, ajoute Saint-Simon , quand le duc de Bourgogne eut atteint sa dix-huitième année , l'œuvre fut accomplie , et de cet abime sortit un prince affable, doux, humain, modéré, patient, modeste, pénitent. Pour faire la guerre à chacune des imperfections de son élève, Fénelon écrivit des fables et des dialogues qui offrent des modèles d'une frappante moralité ; presque toutes ces compositions se rapportaient à un fait qui venait de se passer, et dont l'impression encore récente ne permettait pas au jeune prince d'éluder l'application : c'était un miroir dans lequel il était forcé de se reconnaître, et qui lui offrait souvent des traits peu flatteurs pour son amour-propre. Bossu et contrefait, le duc de Bourgogne n'avait aucune dignité dans son maintien et dans ses habitudes personnelles; trop dominé par sa jeune épouse, il ne savait pas toujours imprimer le respect au cercle de femmes brillantes dont celle-ci aimait à s'entourer; on lui reprochait un amour pour la science qui parfois dégénérait en pédantisme. Envoyé de bonne heure dans les camps , et peu capable d ailleurs des fonctions de général, il donna aux ofiBciers de son entourage l'exemple d'une dévotion aussi incontestable que son courage, mais que la cabale de Meudon se plaisait à tourner en ridicule. De retour à Versailles , le jeune prince s'y montra gauche et réservé à l'excès , et prêta encore aux railleries des courtisans , dont la sévérité de ses mceurs censurait la conduite.
La dachesse de Bourgogne, par un bonheur tout par* ticulier , dû à son humeur folâtre et à ses manières vives , avait le don de gagner les cœurs et de faire taire , sinon à Meudon , du moins à Marly , les jalousies et les médisances que rencontrait son mari, moins heureux. Louis XIY, dont par ses saillies elle amusait la vieillesse , lui témoignait une paternelle et minutieuse affection , rare privilège dont personne ne jouissait à un degré pareil ; ses caprices aimables déridaient Taustérité grave et froide de madame de Maintenon , qu'elle appelait sa tante ; on lui pardonnait tout, parce qu*au milieu de ses espiègleries rieuses elle conservait pour les deux vieillards ces attentions délicates dont une femme possède seule le secret. Louis XIV ne pouvait se passer d'elle : tout lui manquait lorsqu'elle était retenue ailleurs par des parties de plaisir auxquelles il voulait cependant qu'elle se livrât , persuadé qu'elle avait besoin de ces divertissements. Quand par cette raison elle manquait au souper, on s apercevait de Fennui du roi à son silence et à un nuage qui se répandait sur toute sa personne ; aussi comblait-on chaque jour la jeune princesse de bijoux, de parures, de présents magnifiques; c'était en son honneur qu'on donnait les dernières fêtes dont se réjouissait Marly ; c'était pour elle qu'on oubliait les inquiétudes douloureuses de la guerre et les coups funestes que son père , le duc de Savoie , entré dans la coalition , dirigeait contre les Bourbons de France et d'Espagne.
Louis XIV, après la mort de son fils, avait paru plus libre de ses sentiments à l'égard de son petit-fils. U avait conmiencé à lui donner plus ouvertement connaissance des affaires , et ce prince, perdant peu à peu de sa timidité et de sa gaucherie , s'était montré digne de sa nouvelle
position et des hautes destinées qu'on croyait lui être promises. On fut bien surpris quand on le vit se déployer, se montrer, se donner au monde, tenir le salon de Harly, y paraître accueillant et majestueux, se faire de plus en plus estimer par sa conversation aisée et instructive, par Tagrément d'une éloquence douce et naturelle; on le voyait toujours gracieux et obligeant, plein d'attention pour le mérite, l'âge et la valeur de chacun , se conciliant l'amour des courtisans et les espérances du peuple.
Louis XIV prescrivait à ses ministres de travailler avec le nouveau Dauphin et de l'associer aux secrets de l'Etat. Ce fut pour les membres du conseil un désappointement assez vif, car ils se voyaient ainsi privés de l'influence sans limites que depuis quelques années ils avaient acquise par l'efiét de leur ascendant sur l'esprit du roi. Ils rencontraient désormais, entre eux et le monarque, un prince laborieux, doué d'un esprit juste et ferme, indulgent, mais ami de l'ordre, bien résolu à étudier de près les affaires et à ne tolérer aucun abus , obéissant aux lois de sa conscience , et ne se payant point de belles paroles. Ces qualités alarmèrent les ministres ; mais l'ordre du roi était formel, et ils durent s'y soumettre. Dès ce moment, le jeune Dauphin redoubla d'application et de zèle , partageant son temps entre ses devoirs publics et ses devoirs de chrétien. Plus le roi l'élevait, plus il affectait de se tenir soumis envers son illustre aïeul et à ne répondre à la haute confiance dont il était Tobjet que par la modestie et le dévouement.
Le Dauphin et sa gracieuse compagne avaient eu trois fils , et cette jeune postérité semblait présenter à la France de nombreuses garanties de sécurité et d'avenir. Près
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d'elle se rangeait au besoin le duc de Berry, troisième frère du Dauphin, et, un peu en arrière, la branche cadette, dont le chef, Philippe d'Orléans, neveu de Louis XIV, avait montré sur les champs de bataille l'intrépidité héréditaire dans la famille de Henri IV. Ce prince, depuis la tentative qu'on lui imputait d'avoir voulu chasser d'Espagne la famille régnante , pour y substituer la sienne, vivait dans la disgrâce et ne paraissait à Versailles que dans de rares occasions. Comme pour se venger de l'obscurité et de l'inaction que les appréhensions jalouses du roi lui imposaient , il s'était livré aux accès de la volupté, aux coupables extravagances de la débauche, se faisant ouvertement un point d'honneur de tourner en railleries la religion et la morale , favorisant ainsi, par de funestes exemples, l'inconduite des jeunes seigneurs et celle de ses propres enfants. Le duc était d'ailleurs doué d'une imagination brillante et chevaleresque, et d'un cœur qui s'ouvrait à toutes les impressions généreuses. Il était bon, facile au pardon, ami de la justice, habile dans les arts qu'il avait étudiés avec enthousiasme , et rien ne lui eût manqué de ce qui fait les grands hommes si dlnfàmes corrupteurs ne Teussent jeté dans le vice, et si le vice n'eût déshérité son âme de tout sentiment moral et i*eligieux. On sent tout ce qu'un pareil caractère inspirait d'antipathie à madame de Maintenon et au roi.
Soudain la cour est frappée de stupeur, un chagrin âpre saisit Louis XIV : laDauphine, l'aimable duchesse de Bourgogne, souffre d'un mal subit contre la violence duquel échouent les ressources de l'art. Le Dauphin s'abandonne au plus ardent désespoir ; le roi interroge en vain le bras de la malade et l'expérience des médecins;
tout annonce nn denil prochain et le plus douloureux qui se puisse imaginer. Un prêtre est appelé auprès de la princesse, dont la vie avait plus d'une fois donné prise à la calomnie ; elle reçoit les derniers sacrements , et deux jours après elle expire (1712).
Quand le roi et le Dauphin se retrouvèrent , ce fut pour se jeter dans les bras l'un de l'autre, en versant un torrent de larmes et sans pouvoir parler. Un peu après , le roi, regardant le Dauphin, fut effrayé des symptômes qu'offrait sa figure déjà marquée de taches livides, et commanda au jeune prince de se mettre au lit; il obéit, et ne se releva plus. Le mercredi , 17 février, il envoya demander au roi la permission de communier le matin, sans cérémonie , à la messe qui se disait dans sa chambre. Il attendit minuit avec impatience, entendit la messe avec dévotion, resta deux heures en communication avec Dieu, et, ayant ensuite reçu l'extrême-onction , rendit l'àme le 18 , vers les huit heures. Ainsi la France perdait coup sur coup les êtres sur lesquels reposaient les espérances de sa future grandeur et de son bonheur !
L'ainé de leurs trois enfants était mort; le second, le duc de Bretagne , succomba à son tour peu de jours après son père; le dernier, le duc d'Anjou, tomba malade.
Alors il s'éleva un cri universel que c'était le poison. Le Dauphin lui-même, en mourant, avait exprimé cette opinion , et le peuple la partagea. A l'ouverture des corps, les médecins de la cour prononcèrent qu'un empoisonnement avait pu seul produire une corruption si prompte et si fétide ; un seul , parmi les gens de l'art , le médecin Maréchal , persista à soutenir l'avis contraire , et cet avis a prévalu. Pour le moment , la voix publique accusa le duc d'Orléans de ce triple attentat, et, quand ce prince alla
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jeter de l'eau bénite sur les cercueils , il essuya sur son passage les imprécations de la foule. On fut obligé de prendre des mesures de précaution pour contenir l'exaspération du peuple, et quand le sinistre cortège passa devant le Palais-Boyal , on \it Theure où cet édifice allait être mis en poussière , lui et ses hôtes.
Ce qui fortifiait les soupçons de la ville et de la cour, c est que personne n'ignorait avec quelle patience le duc d'Orléans avait étudié les secrets de la chimie; on l'accusait hautement sur la place publique , à demi-voix dans les antichambres de Versailles , d'avoir mis la science au service de l'ambition et du crime.
Le duc d'Orléans, fort de son innocence, se jeta aux pieds du roi , lui demandant d'être incarcéré à la Bastille et de subir son procès. Louis XIV le reçut froidement , avec dédain , et ne lui accorda ni sa demande ni la consolation d'un mot de pitié. Le duc , retiré à Marly, y demeura dans une solitude complète, et , parmi ceux que leur rang appelait à la cour , il ne s'en trouvait pas un seul qui voulût lui tendre la main. Pour comble d'effroi , le duc de Berry , le dernier des trois petits-fils de Louis XIV et le frère du malheureux duc de Bourgogne , mourut à son tour, et de toute la race de Louis XIV il ne demeura qu'un faible enfant au berceau (1714). Dieu ne permit pas que celui-^i descendît alors dans la tombe , il le réservait au châtiment, ou , pour mieux dire , à l'épreuve de la mouarchie. Cet enfant régna l'année suivante sous le nom de Louis XV.
Mais le roi , dont le cœur était en proie aux plus vives inquiétudes , cherchait avec anxiété les moyens d'assurer la couronne sur la tète de son débile héritier. Déjà il avait donné au duc du Maine , fils de madame de Mon-
tespan, et aax autres princes légitimés , le rang et les honneurs dus aux membres de la famille royale : à l'instigation de madame de Main tenon, qui lui représentait les exemples des rois mérovingiens , il rendit un édit , enregistré le 2 août 1714, par lequel il appela ces princes à la couronne de France, eux et leurs descendants , à défaut de princes légitimes. Cet édit mécontenta l'opinion publique, mais il ne rencontra aucune opposition à la cour et au parlement. Le duc d'Orléans > en butte aux soupçons les plus odieux , n'osait réclamer ; il subissait en silence sa dure situation , et l'ambitieuse duchesse du Maine se confondait auprès de madame de Maintenon en actions de grâces et de reconnaissance.
Les ennemis du duc d'Orléans osèrent faire un pas de plus. La loi du royaume appelant le duc d'Orléans à la prochaine régence , ils sollicitaient du roi un testament qui donnerait au duc du Maine une autorité et des forces capables de balancer celles du régent. Louis XIV résista longtemps aux obsessions dont il fut l'objet à cette occasion. Sans aimer le duc d'Orléans , il était loin de le croire méchant ; il conservait assez de justice pour ne pas le rendre responsable des calamités dont sa race venait d'être frappée; enfin son intelligence lui faisait entrevoir que des dispositions ouvertement prises contre le premier prince du sang ne seraient pas plus respectées , après sa mort , que ne l'avait été le testament du roi son père , et Louis XIV craignait d'exposer la royauté à cet affront.
L'intrigue ne se rebuta pas devant ces obstacles : madame de Maintenon et le duc du Maine s'entendirent adroitement pour lasser la patience d'un vieillard âgé de soixante-seize ans et avant tout désireux de repos. Jusque alors , disent les Mémoires du temps, l'un et l'autre
n'avaient été occupés qu'à plaire au roi , à l'amuser , à courir au devant de ses moindres désirs ; depuis la mort de la duchesse de Bourgogne, ils avaient redoublé leurs empressements autour de lui et étaient devenus sa seule ressource. En le voyant résister à leurs suggestions , ils s'avisèrent tous deux d'une tactique fort habile : ils devinrent sérieux , mornes , silencieux jusqu'à ne rien répondre, à moins qu'il n'y eût d'interrogation directe , et la réponse alors se terminait à un monosyllabe. L'âge du roi ne lui permettait pas d'aller chercher au dehors des diversions à l'ennui, et moins encore de résister aux attaques systématiques de la tristesse. Il se résigna donc à céder et à faire le testament qu'on exigeait de lui.
Par cet acte , Louis XIY établissait un conseil de régence composé du duc d'Orléans , qui en était le chef; dû duc de Bourbon , qui devait y assister quand il aurait vingt-quatre ans accomplis ; du duc du Maine , du comte de Toulouse , du chancelier , de quatre maréchaux , de quatre secrétaires d'État et du contrôleur général. Dans ce conseil, tout devait se régler à la majorité des suffrages , la voix du duc d'Orléans ne pouvant être prépondérante qu'au cas de partage égal. La personne du jeune roi était mise sous la tutelle et la garde du conseil de régence , et le duc du Maine chargé de veiller à son éducation et à sa conservation, « avec une autorité entière sur les officiers de la garde de Sa Majesté. » Le duc du Maine venant à manquer, le comte de Toulouse devait prendre sa place. Le maréchal de Villeroi était nommé gouverneur , sous l'autorité du duc du Maine. Ainsi Louis XIY n'avait donné au duc d'Orléans que ce qu'il ne pouvait pas lui ôter , et n'avait épargné contre son neveu aucune précaution humiliante .
En remettaut son testament au premier président du parlement de Paris , Louis XIY dit à ce magistrat : « Yoici l'acte de ma dernière volonté. L'exemple des rois mes prédécesseurs et celui du roi mon père ne me laissent pas ignorer ce que ce testament pourra devenir ; mais on l'a voulu , on m'a tourmenté , on ne m*a donné ni paix ni patience qu'il ne fût fait; j'ai donc acheté mon repos. Prenez-le; emportez-le. » Personne n'ignore que l'événement ne tarda pas à justifier les craintes du grand roi.
Louis XIY vécut encore quelques mois, durant lesquels la France , à peine remise des malheurs de la guerre , fut troublée par les querelles suscitées à l'occasion du jansénisme. Malgré les peines intérieures qu'il endurait et le continuel dépérissement de ses forces, il tint jusqu'à la iin de sa vie, d'une main assez vigoureuse, les rênes du gouvernement de l'État : redoublant de zèle pour que les affaires publiques ne souffrissent pas de sa défaillance. Il parut encore avec éclat dans une audience qu'il donna à un ambassadeur de Perse, et jamais on ne remarqua en lui plus de grandeur et de majesté. Ce fut pourtant à peine s'il put porter le poids du manteau royal et des pierreries dont il avait voulu se parer; déjà même il se flattait d'avoir encore le temps de convoquer un concite national pour rétablir la paix dans TÉglise de France, mais, le 22 août 1715, la gangrène se manifesta à l'une de ses jambes avec des progrès effrayants, et l'on jugea bien qu'il restait à peine à l'illustre vieillard quelques jours à vivre.
Louis XIY se prépara avec sa grandeur d'âme accoutumée à ce dernier sacrifice , le plus terrible de tous. Les instants qu'il plut à Dieu de lui accorder encore furent consacrés à la prière, à la pénitence et à la méditation.
sar son lit de mort il fit , en gémissant , l'avea public des fautes de sa jeunesse, demanda pardon des scandales qu'il avait causés , et repassa dans l'amertume de son cœur toutes les erreurs de sa vie. Ce fut alors que, s*accusant d'avoir trop aimé la guerre, il exhorta son successeur à ne pas suivre ses exemples, à diminuer les impôts et à travailler au bonheur du peuple. Gomme ses domestiques versaient des larmes en le voyant si près du tombeau, il les encouragea à se résigner en leur disant : « M'avez- vous cru immortel ? » Les marques de piété et de repentir qu'il donna en recevant les derniers sacrements touchèrent profondément les cœurs.
Le 1" septembre 1715 Louis XIV mourut, âgé de soixante-dix-sept ans , après un règne de soixante-douze, le plus long dont il soit fait mention dans l'histoire (1). La populace insulta à ses dépouilles, et, quand il fallut porter à Saint- Denis le royal cadavre, on fut obligé de diriger le convoi funèbre par des rues écartées , afin de soustraire Louis XIV mort aux dernières ignominies. Pareils outrages avaient menacé les cendres de Golbert. Un jour vient oîi toute gloire passe par l'épreuve de la boue et la traverse sans en être souillée; mais quatrevingts ans ne s'étaient pas écoulés, qu'une autre populace non moins vile, et bien autrement criminelle, se faisait l'héritière des malédictions sauvages de 1715 : ce jour-là elle se transportait à Saint-Denis , et , au nom de la patrie qui la répudiait , elle brisait le cercueil de Louis XIV et de ses ancêtres; elle dispersait sur le sol leurs illustres ossements.
(0 Madame de Maintenon s'était depuis deux Jours retirée à Saint-Gyr;elle y mourut en 1719^ âgée de 84 ans , infirme de corps et saine d'esprit.
Entre ces réactions lâches et les idolâtries dont Louis XI Y fut tour a tour l'objet, la mérité a su se faire jour et rendre à ce roi une justice exempte de passion.
L'histoire a salué en lui le représentant le plus yigoureux du principe monarchiq[ue, l'homme qui donna au gouvernement de la France un caractère d'unité et de majesté dont les traditions nationales n'offraient encore aucun modèle; sans oublier ses fautes et les calamités qu'elles firent rejaillir sur le royaume , elle l'honore, et parce qu'il mit sa gloire dans la gloire du pays , et parce que, même dans les erreurs de sa politique, il ne se sépara jamais de Topinion et ne désespéra point du peuple. La confiance est le signe auquel on reconnaît les rois forts, et, parce qu'ils comptent sur la France, la France compte sur eux.
Cette continuelle solidarité de la nation et du roi renferme donc le secret de la puissance de Louis XIY. II identifia le peuple en lui moins peut-être par orgueil que par nécessité , et la nation se sentit trop fière de son maître pour se séparer de sa cause : elle considéra le roi comme la clef de voûte de la prospérité publique et se soumit volontairement à lui obéir, comme le corps obéit au cœur. Si le roi fut injuste , elle fut sa complice ; s'il se montra ambitieux , elle l'approuva ; s'il fit peser sur l'Europe un joug dur et impérieux , elle s'en enorgueiUit la première; le despotisme, elle l'accepta comme une garantie; la guerre , elle s'en fit un levier; le luxe, elle y trouva sa vanité; l'intolérance , elle la commanda; que si plus tard elle se montra lasse et épuisée, ce fut moins peut-être de ses sacrifices et de ses souffrances que de la monotonie de leur durée. Ce que d'ailleurs elle se trouvait prête à endurer pour la gloire de Louis XIV, il lui
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répugna de le supporter à Thonneur de madame de Maintenon.
A considérer en Louis XIV la valeur de l'homme et rien de plus , à décomposer sa gloire et sa renommée , on se sent d'abord étonné de ne rien trouver de ce qui transporte la pensée et force l'admiration. Homme de guerre , Louis XIV borne ses prétentions à conduire le siège de quelques villes, à présider en personne au succès des mesures prises par Vauban ou par Louvois 5 rien en lui ne participe de la flamme de Coudé et de la science de Turenne; le soin de sa grandeur et de sa responsabilité le retient sur le bord du Rhin ou à Versailles, mais presque toujours hors du point où le danger est sérieux. Qu'on prenne pour exemple sa campagne de Hollande : à peine l'issue des opérations est-elle compromise par le débordement des eaux , que le roi abandonne à ses lieutenants la conduite de la guerre et revient à la cour enchaîner les images des villes qu'il lui faudra bientôt restituer ; parmi les capitaines dont l'histoire a retenu les noms, dans l'antiquité et dans les temps modernes , il n'en est pas an seul qui ait à se reprocher une pareille insouciance, une semblable abdication du droit de commander. Aussi Louis XIV, comme général, ne mérite- t-il pas une place au rang des officiers de troisième ordre.
Gomme législateur, il est étranger par l'étude aux matières qu'il s'agit de réglementer; comme protecteur des arts, il a le sentiment d'une grandeur fausse qui confond avec l'inspiration du génie la proportion colossale des formes; son goût littéraire est faux, son éducation est restée inachevée.
Et cependant la guerre , l'administration , l'intelligence font au plus haut degré la gloire de son règne et
la splendeur de sa vie -.c'est qu'inexpert à faire par luimême , nul ne le surpasse lorsqu'il s'agit de tirer parti des autres; c'est qu'à l'énergie de la volonté il joint la persévérance des efforts ; c'est qu'il a le secret d'ordonner et d'être obéi. Les autres mettent parfois leur bonheur dans le repos et dans le silence ; ils ont peur de commander, de faire, de remuer; pour eux, tout va bien quand tout se tait , et ils savent mauvais gré au génie d'être , parce qu'il est difficile de discipliner le génie; mais Louis XIY se montre plus sûr de lui-même et de son avenir : il ne prend point à tâche de conserver, mais de créer; il ne laisse aucun talent sans emploi utile , aucune pensée vraie sans fécondité; il est digne de la mission de gouverner les hommes par cela seul qu'il sait les connaître , les classer, les associer, dans la mesure de ce qu'on peut attendre d'eux, à l'œuvre de la gloire commune. Ennemi de Gondé, il lui confie le commandement de ses troupes ; digne juge de Turenne , il se repose sur lui du soin des expéditions difficiles ; appréciateur de Louvois , il se sert de lui comme d'un instrument pour faire sortir du sol la puissance militaire qui doit permettre à la France de balancer sur quarante champs de bataille la fortune de l'Europe. C'est lui qui met au service de Yauban les trésors immenses à l'aide desquels nos frontières seront défendues , lui qui d'un commis laborieux qu'on appelle Golbert fait le plus habile des ministres dont puisse s'honorer la France , lui qui distingue Molière dans la foule de ses serviteurs , et va chercher jusqu'au fond de l'Europe les savants étrangers pour réchauffer leur génie. Ce sont là de durables éléments de renommée.
Mais ce qui caractérise surtout Louis XIY, c'est la profondeur de sa politique et l'étendue de ses desseins.
Aucun bomme de ce temps, pas même Mazariu» pas même Guillaume d'Orange , n'a tenu dans la main autant de ressorts pour agir sur les cabinets et sur les peuples, aucun n'a su tirer un meilleur parti des ressources de la diplomatie. Plus d'une fois opposé à toutes les puissances de l'Occident, il parvint à désunir par des traités les coalitions contre lesquelles la force ouverte ne pouvait suffisamment prévaloir, et jamais ces conventions particulières n'étaient contractées aux dépens de la France; sans se mettre en peine de la logique , il allait au plus pressé, il soudoyait les républicains en Angleterre, les seigneurs féodaux en Hongrie, et parvenait ainsi à créer des embarras intérieurs à ses adversaires. Sa politique à l'égard de la maison d'Autriche triompha malgré les obstacles ; c'est de son règne que date l'alliance de l'Espagne et de la France; c'est à ses entreprises, d'ailleurs malheureuses , en faveur des Stuarts que remonte la fraternité qui n'a cessé de nous unir à l'Irlande.
L'homme qui, de nos jours , ceignit la pourpre impériale et planta son drapeau sur toutes les capitales du continent européen. Napoléon, eut toujours devant les yeux la splendeur de Gharlemagne et la monarchie de Louis XIV, se proposant l'une pour but , l'autre pour modèle. Nous savons qu'il parvint à être la terreur des peuples dont le fils de Pépin avait été la lumière ; mais s'il surpassa Louis XIY par l'étendue de ses conquêtes et de sa puissance , comme politique et administrateur il demeura au-dessous de ce roi, se laissant plus que lui étourdir par la prospérité et abattre par l'infortune. C'est qu'il n'avait reçu de Dieu qu'une mission d'un moment, mission providentielle et immense, et néanmoins de courte durée. Napoléon eut à relever des ruines; Louis XIY, à