LIVRE DIXIÈME
Un gouvernement consulaire tel que celui que nous venons de décrire , demandait plusieurs siècles pour se consolider. 11 avait à lutter contre des ennemis puissans qui frémissaient au seul mot de liberté populaire : la ruse et la force, les intrigues sacerdotales et une politique égoïste émanée d'elles, se réunirent souvent pour le renverser. Les habitans de Lyon jouissaient à peine des premiers fruits de leurs nouvelles institutions, lorsqu'ils se virent tout-à-coup troublés dans leur commerce, dans leurs droits et dans leurs affaires domestiques'. Le roi Louis ix s'était embarqué pour son expédition d'Afrique, sans avoir prononcé d'une manière définitive sur les différens des citoyens et du chapitre, laissant toutefois à Mmes des commissaires royaux pour les apaiser, si les querelles recommençaient. Les choses se trouvèrent bientôt dans le même état, et l'on se battit avec plus de fureur. Ainsi la folle croisade du prince qui courait à la mort, retarda de plu-
' année 1270.
sieurs années la réunion de la cite lyonnaise au royaume de France. Si ce monarque augmenta l'influence morale de la royauté, il négligea sur
plusieurs points du territoire gaulois ce qui pouvait en faire la puissance physique.
Les chanoines reçurent la nouvelle de son départ avec plaisir. Cette fois, retranchés d'une manière formidable dans les donjons de Saint-Just , ils prirent l'offensive : c'était l'unique moyen d'éviter l'impétuosité courageuse des bourgeois; ils espéraient les vaincre en les prenant au dépourvu. L'orgueil blessé et l'ambition déçue stimulaient leur ressentiment ; ils ne pouvaient pardonner l'affront qu'on leur avait fait en les privant d'une portion de la souveraineté , et préparaient les plus affreux supplices à ceux qui avaient eu l'insolence de se mettre sous la protection du roi. Le fort du Gourguillon , que les citoyens occupaient et qui s'élevait avec ses redoutes tout près de la forteresse de Saint-Just, fut le premier poste qu'ils attaquèrent. Les pennons furent égorgés. Les vassaux de l'église, enhardis par ce premier exploit, se précipitèrent avec fracas du sommet de la montagne; mais n'osant franchir le pont de la Saône que le beffroi de Saint-lNizier avait fait couvrir en un instant de bourgeois armés, ils traversèrent la rivière plus haut, et se répandirent dans les campagnes environnantes, sans frein, sans ordre, sans crainte de laisser le bourg de Saint-Just privé de leur secours, arrachant les vignes et les mois-