‹ Histoire de LyonChapitre 126 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

sons, tuant on emmenant le bétail, massacrant les vilains, et mettant le feu aux maisons qu'ils savaient appartenir aux plus noiables citoyens.

Ceux-ci eurent bientôt leur revanche. Déjà leurs bataillons accourus de tous les quartiers sur le Pont -de -Pierre, avec cuirasse, lance et < pi c s'étaient considérablement grossis, et avaient formé une masse compacte, intrépide, animée du même esprit, celui de la vengeance. L'habitude de guerroyer sans cesse, et la baine pour des brigands tonsurés, faisaient quitter les travaux avec une étonnante rapidité. Les Lyonnais étaient alors tout à la fois pères, époux, fds, commereans, citoyens et soldats. Tous se portent sur le Gourguillon. Les cadavres de leurs camarades les enflamment d'une ardeur inouïe ; ils reprennent le fort de la Madeleine, et passent au fil de l'épée les vassaux de l'église qui s'en étaient emparés. Pour semer la terreur, ils profitent de l'absence du corps d'armée des chanoines dispersé dans les campagnes, et des ombres de la nuit qui commençait à devenir obscure; ils enfoncent les premières barricades du cloître de Saint-Just, brûlent presque toutes les maisons du chapitre, et massacrent tous ceux qui se rencontrent sur leur passage. A la nouvelle de ce succès des bourgeois de Lyon, ([Lie les flammes de la colline annonçaient assez, l'exaspération des gens d'armes du clergé, disséminés < ;à et là aux environs, fut portée à son comble : deux fois ils cherchèrent à escalader les

murailles que les citoyens avaient ('levées du côté de Saint-Marcel et de Saint-Sébastien; ils furent deux fois repoussés avec perte. Ne pouvant exécuter leur serment horrible de brûler tous les magasins de la cité, de massacrer femmes, enfans de cette bourgeoisie courageuse qui leur tenait tête, ils revinrent dans les domaines des vilains et des citadins , dévastèrent tous les hameaux qui n'appartenaient pas à l'église, emmenèrent prisonniers et firent serfs des chanoines les paysans qu'ils purent rencontrer : ils savaient que l'esclavage de la glèbe était pire que la mort.

Les deux partis étaient donc acharnés l'un contre l'autre, et se faisaient une guerre de bètes féroces qui aurait pu se justifier d'un coté, si l'on pouvait excuser la barbarie. Cependant, à cette époque où les passions des hommes avaient toute leur impétuosité et leur franchise naturelles, sans contre-poids des lumières ou de la raison , le despotisme sacerdotal ne pouvait que s'attirer de légitimes vengeances. Un seul cri s'éleva parmi les citoyens : « Escaladons la citadelle de Saintce Just. » Ce cri retentit dans la ville ; et aussitôt on vit les femmes , les en fan s, les vieillards mêmes, apporter sur la montagne tout ce qui était nécessaire pour détruire le repaire de la tyrannie. Mais les créneaux étaient liés élevés, les murailles de la principale tour inébranlables, et les portails en fer auraient résisté pendant dix ans. Celle première attaque fut sans succès, parce que les bour-

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