TROISIÈME PARTIE
temps; Béraud de Goth, qui vint ensuite, hérita de sa manière de voir. Déjà ce dernier se préparai! à tout rétablir comme par le passé ,• lorsque les bourgeois protestèrent et appelèrent du jugement qui interviendrait au pape et aux puissances temporelles1. Le clergé n'aurait pas mieux agi, s'il eût été vendu au roi de France. Ce qui contribua encore à donner de l'énergie aux citoyens, fut l'arrivée d'une foule d'étrangers opulens qu'on avait chassés de leur patrie. On peut dire qu'ici commmence la seconde période de leur commerce , ou plutôt la seconde ère de leur liberté. Les guerres éternelles des Guelfes et des Gibelins étaient la cause de l'émigration si favorable à la cité lyonnaise. La plupart des réfugiés venaient d'Italie. Quelques-uns étaient nobles, d'autres négocians; tous se trouvaient forcés, pour se soustraire à la misère ou pour employer leurs fonds , de faire la banque et le commerce. En vain les constitutions du second concile écuménique de la ville de Lyon les avaient excommuniés , ainsi que ceux qui leur donneraient un asyle; la bourgeoisie lyonnaise les reçut avec d'autant plus de plaisir, que ces étrangers entretenaient des correspondances régulières avec leurs parens et leurs
1 Ce fut au château do Pierre-Scise , dans la chambre même de l'archevêque , le mercredi après l'octave de la fêle de Saint-Michel de l'an 1290 , que les citoyens lui firent signifier cet acte d'appel , par Roland de Saint-Michel, notaire apostolique , en présence de Bertrand de Golh son frère , chanoine d'Agen , qui fut depuis pape Clément v.
amis de Florence, de Turin , de Milan , de Parme, de Rome et de Venise ; qu'ils avaient l'habitude très comenode des envois d'argent par billets de change, et qu'ils connaissaient le trafic des marchandises du Levant , si lucratif à cette époque de tournois et d'expéditions chevaleresques. Ils pouvaient procurer par conséquent à la cité lyonnaise d'immenses débouchés et de nouveaux moyens de prospérité commerciale. Disons-le d'avance, cet instinct des bourgeois ne fut point trompeur : à la suite de cet accroissement de population , l'industrie se développa d'une manière étonnante, et montra qu'en elle résidait le génie de la civilisation. Les premiers embellissemens de la ville furent entrepris par les familles italiennes; presque toutes élevèrent des palais pour comptoirs, et couvrirent les coteaux environnans de jolies maisons de plaisance, tant il est vrai que les guerres civiles et celles de religion ont toujours fait le bonheur des pays voisins où régnent la tolérance x et la liberté. Celles de ces familles qui s'établirent d'abord étaient lombardes. Les Florentins , les Lucquois , les Génois et les Piémontais tirent ensuite des établissemens si considérables , qu'ils composèrent des corps de métiers formés entièrement d'hommes de leur nation. Les Florentins, tels que les Pazzi, les Gadagne,les
« La révocation de l'édil de Nantes dépeupla la ville de Lyon ; ce qui ne serait pas arrivé si cette ville eût joui , sous le monarque fasiumv Louis xiv, de son antique liberté.