TROISIÈME PARTIE
Gondi , les Capponi , les Sal viati , les Bartholi et u ne foule d'autres, firent construire plusieurs monumens superbes dans l'église des frères prêcheurs' qu'ils avaient choisie pour le lieu de leurs assemblées chrétiennes, et qui était alors leur paroisse. Les Lucquois choisirent successivement, pour étaler leur opulence et prodiguer leurs dons, l'église des grands Auguslins et celle des Cordeliers de l'Observance , où l'on admire encore , sur le bord de la Saône, des débris magnifiques d'ordre corinthien. Les Génois adoptèrent l'église des Carmes des Terreaux; rien n'était plus somptueux que ce séjour : on y voyait, avant la révolution, les riches mausolées des Ferrari, des Benedetti , des Yignoles , des Marineri , des Spinola. D'autres
1 Une note sur ies Jacobins est ici nécessaire. Les frères prêcheur» s'établiront à Lyon , au commencement du treizième siècle, dans un endroit désert et inculte qui faisait partie du ténemcnt de Bellecour. Avant la révolution, on voyait sur la place qui porte leur nom une pyramide triangulaire , monument de reconnaissance des Lyonnais pour Henri iv. A peu de distance était la façade moderne de l'église des Jacobins, ornée de colonnes corinthiennes et composites, en marbre de Savoie , et terminée par des frontons avec une statue de la Vierge, placée entre celle de saint Jean et de saint Dominique. Les Florentins avaient fait construire , dans le quinzième siècle , l'église à l'entrée de laquelle on voyait deux grandes et belles colonnes de marbre blanc. Plusieurs chapelles attiraient l'attention des artistes et des curieux ; celle de la famille Gadagne était embellie de grandes colonnes en marbre d'ordre composite , avec des pilastres supportant des enlablemens à ressaut , et une voûte en coupole, ornée de divers compartimens. Les restes du beau portail de l'église sont aujourd'hui placés aux Brolteaux, à l'entrée d'une habitation. La pierre qui couvrait la tombe de Gadagne , estimé et chéri de François ier , sert de plafond à un escalier. L'église des Jacobins
Génois firent construire l'église des pères Capucins. Du Piémont arrivèrent les Scarrons , les Gabiani. les Piérrevives, les Portes, les ftobio, à qui, clans la suite, les rois de France permirent de trafiquer en gros, sans déroger à la noblesse, en faveur de ceux qui jouissaient de ce privilège dans leur pays. Enfin , si l'on ajoute un petit nombre de Grisons , d'Allemands , de Genevois , de Portugais qui s'établirent à Lyon quelques années plus tard, on aura une idée des modifications favorables que la population lyonnaise dut éprouver dans ses mœurs, ses usages, ses coutumes et ses lois. L'industrie, comme une bonne mère, réunissait tous ses enfans : ennemie des monopoles et surtout des baines prétendues na-
n'était pas moins riche en bons tableaux que celle des Cordeliers. A la suite de l'église était le monastère des Dominicains, dont le fondateur a donné son nom à la rue Saint-Dominique. Ce couvent rappelait , avant sa destruction, plusieurs événemens remarquables. En 1316 , \iiigl- Irois cardinaux y furent enfermés par le comte de Poitiers. Ce coaclave élut Jean xxn , qui fut couronné à Lyon. En 1349 , Humbert u , dauphin du Viennois, y termina sa vie dans la solitude après avoir cédé en ce même endroit , à Charles de France , sa souveraineté sur le Dauphiné. En 1495 , Charles vin et la reine son épouse logèrent dans ce monastère. En 1507, le cardinal d'Aïuboise y donna le chapeau à René de Prie , évèque de Baycux. Louis xu assistait à celte cérémonie. Les batimens du monastère ont long-temps été occupés par les bureaux du Mont-de-piété. En 1813 , le comte de Chabrol, préfet du département du Rhône , y établit l'hôtel de la Préfecture. Les restes de l'église qui servaient d'haugars à une hôtellerie , ont été démolis , le monastéi . paré et embelli intérieurement. Deux terrasses s'avancent maintenant sur la place , et celle-ci sera rendue plus vivante par la nouvelle rue de la Préfecture percée sur l'emplacement de la Monnaie.