TROISIÈME PARTIE
leusement le droit de garde des souverains : ce sera montrer en même temps que ceux-ci ne sont, de fait et de droit, que les premiers citoyens du royaume.
Nous avons vu que l'alliance de la bourgeoisie et de la rovauté était un véritable contrat passé entre Je plus faible qui payait, et le plus fort qui protégeait, consenti sous certaines conditions réciproques, émané enfin de la libre volonté des citoyens, et accepté par le roi. Les Lyonnais prétendaient avec raison que c'était une partie essentielle des immunités, franchises et libertés de chaque ville, placée sous une domination seigneuriale quelconque, mais surtout ecclésiastique, de se choisir des protecteurs en cas de besoin. Si ce droit n'eût pas été dans la nature , il se fût trouvé par trop arbitraire : on doit le considérer comme la base fondamentale de tous les gouvernemens. Une différence notable existait entre le droit de protection des simples seigneurs, à raison de leurs fiefs, et celui des rois, à raison de leur souveraineté. Le premier pouvait s'aliéner, se vendre, se donner, se transférer; le second, une fois établi, appartenait à la couronne; il était inaliénable, attaché essentiellement à la souveraineté, comme à la plus impartiale des magistratures. La haute idée qu'on se formait naturellement des devoirs de cette magistrature, fit inventer par quelques adulateurs adroits le ridicule droit divin , pour mieux asservir les peuples. Quels monarques
envoyés du ciel que ces princes qui étaient obligés, à leur avènement au trône, de jurer d'une manière solennelle obéissance au contrat passé avec des sujets libres ! Tous faisaient le serment de conserver les citoyens, de les protéger, de les maintenir en paix, de les défendre contre les ennemis, de leur faire rendre justice quand ils la demanderaient, et surtout de ne rien toucher aux privilèges de leurs bonnes villes. Ce fut sous de telles conditions seulement que les Lyonnais se firent sujets des rois de France.
Les chanoines prirent l'alarme, quand ils connurent la ferme résolution de la bourgeoisie et les lettres patentes de Philippe. Lyon était désormais perdu pour eux. Cependant, comme les faveurs du roi étaient à l'enchère , ils mirent aussi de l'or dans la balance politique, pour la faire pencher de leur côté. Philippe le Bel était fort occupé par la guerre de Flandre ' ; l'archevêque et le chapitre lui envoyèrent des subsides ; le prince leur témoigna sa reconnaissance en promettant de confirmer leurs privilèges : il les rassura sur ses projets futurs, disant qu'il ne prétendait point apporter le moindre empêchement dans l'exercice absolu de la justice temporelle de l'archevêque, sur les biens des ecclésiastiques principalement , sous prétexte du nouveau ressort attribué à la couronne de France. La fin de la guerre
1 Années 1500, 1302, 1304.