TROISIÈME PARTIE
pécha incontinent messire Jacques de Bourbon , comte de la ."Marche, gouverneur du Languedoc, pour s'opposer à ces brigandages. Le comte envoya partout lettres et messages, priant et commandant les nobles, chevaliers et écuyers, au nom du roi de France, de marcher sur Lyon afin de combattre les mauvaises gens.
Messire Jacques était aimé : chacun obéit très volontiers. Quand les tard-venus, qui se trouvaient encore non loin de Chàlons-sur-Saône et du côté de Tournus , eurent appris que les Français se préparaient à les combattre, ils se comptèrent : « Nous sommes environ seize mille combattans, « dirent-ils, nous irons contre ces Français qui « nous désirent à trouver, et nous combattrons à i notre avantage si nous pouvons, non mie au- « trement; et s'aventure donne que la fortune « soit pour nous, nous serons tous riches et re- « couvres pour un grand temps, tant en bons « prisonniers que nous prendrons , qu'en ce que « nous serons si redoutables où nous irons, que « nul ne se mettra contre nous ; et si nous per- « dons, nous serons payés de nos gages'. »
Ainsi déterminés, ils se répandent sur les terres du seigneur de Beaujeu et dans les domaines de l'archevêque de Lyon, pillant, brûlant, prenant un grand nombre de petits forts où ils se logeaient, semant le trouble en tout lieu\ Ils prirent , avec
1 Froissait , Inc. cit.
* Il serait difficile de peindre l'état de misère dans lequel les ravage»
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le seigneur et la dame , un château fortifié et la petite ville nommée Brignais, située à trois lieues de Lyon. Étant avertis que l'armée du roi était aux champs pour les combattre, ils s'arrêtèrent en cet endroit '.
Le village de Brignais est situé à la pointe septentrionale d'une plaine à laquelle il a donné son nom, et qui peut avoir une lieue de longueur environ sur un quart de lieue de large. Un ruisseau nommé Garon traverse et le village et la plaine, et va se perdre dans le Rhône auprès du bourg de Givors. Plusieurs coteaux plus ou moins élevés entourent cette plaine , et couvrent presque entièrement le village vers le nord, de sorte qu'en y venant par cet endroit . il faut y être en quelque manière pour s'en apercevoir. C'est dans le petit intervalle que ces coteaux laissent entre eux de ce coté, qu'on doit assigner le champ de bataille qui fut si funeste à l'armée de Jacques de Bourbon et à ce prince lui-même \ Nous ajouterons à cette description d'un auteur moderne
de ces compagnies étrangères avaient plongé la France a celte époque de désordre et de confusion. Le mal était si général , que l'on composa alors des prières publiques qu'on ajoutait au service divin pour prier Dieu de détourner ce Qéau , comme dans les temps de peste on chaute des cantiques analogues. On retrouve quelques-uns de ces cantiques latins dans un manuscrit des œuvres de Machau , Bibliothèque du roi , cod. 7609 j (Note de J. À. Buchon , dans l'édition de Froissait donnée par lui.)
' Paradin , Mémoires de l'histoire de Lyon.
a Clapasson , Recherches sur la bataille de Briguais.