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LIVRE SEIZIEME

Charles vu était enfin paisiblement assis sur le trône. Après tant de désastres et une si longue anarchie, il donnait aux affaires du royaume des soins vraiment paternels; mais deux causes de désordre existaient encore : un schisme scandaleux troublait depuis sept ou huit ans la paix de l'Église, et l'esprit remuant, présomptueux, vindicatif de l'héritier présomptif de la couronne faisait craindre à chaque instant une révolte contre son père. Le roi convoqua à Lyon une sorte de synode provincial pour faire cesser les tristes résultats du concile de Bâle, et déposer Ame de Savoie.

Mais Charles ne réussit pas aussi bien dans ses brouilleries avec son fils. Plusieurs années s'étaient écoulées depuis la sédition de la Praguerie; Louis se montrait toujours ennemi de son père. Le roi écrivit d'abord aux bonnes villes et dans toute la France qu'on eut à refuser obéissance et entrée au dauphin; puis son bon cœur l'emporta, et un nouveau pardon fut accordé : il envoya même a ce fils ingrat des lettres remplies ni 30

de la plus vive tendresse. Considérant qu'il était

parvenu à un âge assez avancé pour avoir connaissance des affaires du royaume, tenir état et gouvernement, posséder des terres et seigneuries dont le; revenu pût l'aider à soutenir sa dépense, il lui confia l'administration du Dauphiné, dont il portait seulement le litre. C'était mettre de grands moyens de révolte entre les mains d'un séditieux qui avait puisé une humeur très belliqueuse dans ses combats contre les Suisses.

Les conseillers de la ville de Lyon apprirent par une notable personne que le dauphin Louis avait délibéré en son apanage que si le roi son père venait au pays de Lyonnais, et approchait de la ville limitrophe des états dauphinois , il s'avancerait lui-même avec cinq ou six cents chevaliers, et il jurait de combattre à outrance si le monarque traversait le Rhône. Les membres du consulat en avertirent le bailli de Màcon , et le prièrent «d'y pourvoir, afin que la chose, si ainsi « était, ne fût scandaleuse, dommageable aux cite toyens, et déplaisante au roi. Quant à eux, conta seillers, ils aviseraient ce qu'ils avaient à faire; « tenant les clés de la ville sous les mains du roi « et par serment, ils savaient très bien qu'ils ne « laisseraient entrer ni sortir personne de la cité « sans leur permission. » Le même jour, les commis du bailli leur firent savoir qu'il serait bon de faire garder les portes du Dauphiné et de Savoie-, le bailli lui-même vint bientôt après offrir garni-

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