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séjour de Charles vu dans un château voisin , pour lui adresser plusieurs demandes importantes : il le suppliait de mettre des bornes aux privilèges scandaleux des gens d'église , qui tenaient en toute possession des rentes considérables, des biens immeubles et des héritages jadis passibles de tailles , les augmentaient en leurs privés noms par des acquisitions nouvelles, sans vouloir payer un seul denier de subside ; d'assujettir aussi aux charges communes bon nombre de soi-disant nobles, de clercs, de courtisans, ainsi que plusieurs autres qui, tant par lettres et dons du roi comme par privilèges qu'ils prétendaient avoir reçus des universités, se disaient exempts de payer la taille, ce qui faisait que les bons citoyens en étaient chargés d'une manière insupportable; de prolonger les foires, malgré les représentations intéressées des gens de cour, qui ne pouvaient souffrir sans courroux que des marchands étrangers vinssent trafiquera Lyon, avec franchises complètes , sans les gorger d'or; enlin, de donner un peu d'énergie à la pauvre et faible justice qui se rendait chaque jour, «à l'oc- « casion de quoi, disait le consulat, ladite ville « de Lvon est fort diffamée et endommagée ».

Le roi accorda presque tout ce que la bourgeoisie de Lyon lui demandait. Les conseillers, encouragés par celte bienveillance du souverain, réformèrent les abus que leur autorité pouvait atteindre ; ils l'occupèrent avec la plus \ive

sollicitude de ce qui pouvait perfectionner /< gouvernement municipal : l'administration des nombreux hospices, la police dans les différens quartiers, les relations d'intérêt avec le roi et la cour de Rome, la manière de lever avec la plus grande impartialité les tailles sur les citoyens, les fêtes publiques et les cérémonies funèbres au décès du monarque, les occupèrent successivement.

Les malades, dans les hôpitaux, étaient médicamentés par des frères hospitaliers ignorans, par des moines superstitieux, par des empiriques, et souvent même par de prétendus sorciers. Le consulat saisit avec empressement une occasion favorable de placer dans les hospices un praticien distingué. Maître Couras , médecin , se plaignait depuis long-temps de ce que, malgré ses longs services rendus à l'humanité, sa maison était plus chargée de tailles qu'elle ne valait; il priait les conseillers de le tenir quitte ou au moins de modérer ses impositions, autrement il s'en irait demeurer à Mâcon , où il avait plus de clieus que dans leur ville. Aussitôt les conseillers considérèrent « qu'en la cité de Lyon il y a plusieurs re- « fuges de souffrans et de nécessiteux, où sont « grand nombre de pauvres gens frappés de dite verses maladies; qu'ils languissent longuement « et meurent faute de Visitation de médecin; que (c ledit Couras serait bien propice pour faire la « Visitation et deviser les remèdes; que si maître

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« Comas voulait prendre charge de visiter les ■ hôpitaux deux fois la semaine, et ordonner aux « recteurs d'iceux les remèdes nécessaires aux or malades, et aussi visiter, consoler, ordonner « secours de médecin aux pauvres gens de la <( ville qui n'auraient de quoi aller consulter; que < maître Couras, tant qu'il plairait aux conseil- « 1ers et qu'il ferait ce que dû est, serait quitte « de ses impots de taille par compensation de sa « peine et salaire de Visitation ». Le médecin accepta avec plaisir, et promit de faire ce qu'on exigeait de lui. Dans le mois d'avril suivant, on lui adjoignit maître Péronne-le-Barbier, pour les saignées , Papplication des ventouses et autres opémtions.

\près avoir songé aux pauvres, les conseillers s'occupèrent des riches, car les mœurs de ce temps-là étaient bien corrompues, et la licence ne respectait personne.

La passion pour les farces sur les tréteaux était devenue si grande, que les jeunes gens ne craignaient pas de mettre sur la scène, pour exciter la risée du public , les bourgeois , les conseillers, le bailli, les chanoines, et même plusieurs Lyonnaises de bonne famille.

Jean de Villars, l'un des conseillers, arriva un jour tout furieux dans la chapelle Saint-Jacques, au milieu de ses collègues assemblés ; il exposa K que, combien lui, ses frères et sœurs et autres « personnes fussent natifs de cette ville de Lyon,

« et que en icclle ville, eux et leurs prédéces- « seurs eussent toujours vécu honnêtement h « louablemcnt sans tache ou mérite de blâme, « néanmoins dimanche dernier, comme les con- « seillers avaient bien su, aucuns des clercs de « la chancellerie du roi avaient fait et joué farces « en plein de rue, en quelles farces ils a\ aient « grandement moqué et blâmé les femmes de la- « dite \ille, mêmement Sybille sa sœur, femme « de Michel Lambert. Oui, ajoutait-il, ils ont « nommé icelle Sybille par son nom et par plu- « sieurs fois, en la diffamant, en disant paroles « outrageantes non véritables; et en icelle Sybille « tons ses parens et amis ont été injuriés grande dément. Ainsi donc je requiers des conseillers, « mes compagnons, aide et confort : je fournirai ce aux frais de tout ce qui sera nécessaire. » Sur quoi les conseillers délibérèrent avec Girard de \ arey, Pierre Thomassin et autres. Ils conclurent « que, vu l'outrage qui a été grand et de consé- « quence , mêmement que lesdits clercs de la « chancellerie se sont vantés de faire autres jeux . « et en iceux de dire encore pire; sur la requête « dudit Yillars, on lui donnera tout l'aide, face veur et confort à ses dépens; on s'adressera en « même temps au roi, de bouche et par écrit, « afin d'avoir la meilleure provision et réparation « que faire se pourra '. »

1 Actes consulaires, 25 mai 1457,

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