TROISIÈME PARTIE
Pendant que toutes ces choses se passaient à Lyon , l'évêque de \ Éviers et le juge de Beaujolais v arrivèrent pour se re'ndre ensuite à Rome. Les conseillers les plièrent de faire confirmer par le pape les privilèges de leur bonne \ille, « à moin- « dre irais toutefois que faire se pourra r » , et de supplier le souverain pontife d'abolir les malédictions « que Ton dit être prononcées tous les « jeudis ou vendredis saints contre les pauvres de « Lyon ' ».
Apres cela, le consulat régla les affaires financières de la cité. 11 veut une assemblée solennelle convoquée à cet effet"'. Plusieurs bourgeois représentèrent que de toute ancienneté les habitans de la ville avaient coutume de contribuer de plein gré aux tailles, qui s'imposaient selon la valeur ei l'estimation de leurs biens, tant meubles qu'immeubles. Ces derniers, pour parvenir à une juste égalité, étaient enregistrés par des experts recommandâmes. Les registres n'avaient pas été renouvelés depuis douze ans : une révision était nécessaire à cause de la mortalité survenue chaque année , des ventes entre particuliers , des échanges et des transports; plusieurs maisons axaient été réparées et rapportaient davantage, d'autres tombaient en ruine; depuis l'heureuse tranquillité dont jouissait le royaume, bon nom-
i Expressions de l'ai i été.
» La cour de Home ne pouvait pardonner l'hérésie des Vaudois.
s Io juillet 1458.
bre de eitoyens avaient augmenté leur fortune Sur (juoi il y eut trois opinions dans rassemblée: la première, de ne refaire les registres que pour ceux dont les possessions mobiliaires el immobiliaires s'étaient visiblement accrues, et encore il faudrait y être autorisé par la justice; la seconde était qu'on ne devait plus imposer les tailles d'après les anciens rôles , mais les asseoir par rues et par quartiers plus ou moins commerçons, comme dans les autres villes du royaume, et imposer chacun selon ses facultés; la troisième, et la plus nombreuse, était de suivre les anciens usages : la majorité des maîtres de métiers et des notables pensait ainsi. On choisit par scrutins remis au procureur de la ville, six personnes ou prud'hommes , deux terriers, deux clercs et deux marchands, avec la recommandation de n'agir qu'en toute justice et égalité, sans partialité, amour ni haine. Pour éviter tout débat qui pourrait survenir, il fut enjoint aux six prud'hommes chargés du renouvellement des registres et employés à la recherche des héritages , pensions, rentes et biens immeubles, tant dedans que dehors la ville, d'en faire donner déclaration par serment, avec intimation de confiscation, moitié au roi et moitié à la ville de qui aurait été scellé.
Pour entretenir ensuite l'esprit militaire, si nécessaire à la défense de la cité, le gouvernement municipal établit des jeux de l'arc et de l'arbalète
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dans les fossés de la Lanterne. \ cette époque, la nobles.se française paraissait presque seules sur les champs de bataille, et était souvent battue : les malheureuses affaires de Poitiers et d'Àzincourt avaient démontré que sa présomption rendait son courage inutile. On craignait d'armer les communes, et l'on méprisait les fantassins. Les conseillers de Lyon n'avaient ni la même crainte ni le même mépris : simples roturiers , il leur importail fort peu que les modestes comptoirs de la cité fussent mis à l'abri des attaques de l'ennemi par des barons, des comtes, des chevaliers le- \;ml bannières, ou des citoyens portant seulement l'arc et l'arbalète. « Les membres du consu- « lat se transportèrent donc sur la place des « fossés de la ville, étant hors de la porte de la « Lanterne , au long des murailles tirant au « Rhône; auxquels fossés étaient plusieurs cornet pagnons archers et arbalétriers qui faisaient « nettoyer l'emplacement des buissons et épines, « arbres, saules et immondices, afin d'y arranger « lieu et place pour leurs jeux d'arc. Voulant lésée dits conseillers visiter cet endroit , et obvier à ee ce qu'il ne fut fait rien de contraire à la proee priété de chacun; pour ce, en présence de ee plusieurs habitans, ils firent tirer le cordeau ee et limiter les fossés en l'espace qu'ils devaient ee avoir. Comme Ion s'aperçut que plusieurs des ee jardins et des vignes étant à l'encontre des a fossés, avaient été avancés dans leurs limites,
« les magistrats se retirèrent au dessous du por- « tail faisant l'entrée du couvent des Carmes; là, « après délibération prise entre eux, ils firent ve- « nir deux des compagnons archers, et leur dé- « fendirent que, combien lesdits jardins et vignes « fussent avancés dans les limites des fossés, ils « n'eussent à y toucher ni à leur clôture, jusqu'à « ce qu'il fut advisé de faire restreindre par jos- « ticc; qu'ils s'exerçassent seulement à devenir a bons , adroits et habiles tireurs pour le bien « du pays1. »
A. u milieu de toutes ces occupations administratives, on apprit la maladie grave du roi. Les habitans en éprouvèrent un vif chagrin , parce qu'il leur avait toujours témoigné une grande bienveillance. L'église des Frères -Prêcheurs fut choisie pour y adresser au Ciel des prières publiques. Après la messe, on fit une procession générale : les bourgeois, les magistrats, les comtes de Lyon, les congrégations religieuses, moines mendians, bénédictins et bénédictines, y défilèrent avec l'habit de leur ordre. C'était à qui ferait les vœux les plus ardens pour la santé et bonne prospérité du roi leur souverain seigneur. Les conseillers, pour éviter les désordres et les surprises assez ordinaires à l'avènement au trône d'un nouveau monarque, se chargèrent euxmêmes de la garde des portes, et portèrent les
1 Actes consulaires, HT juillel 1 il>l ■