LIVRE TROISIEME
Les archevêques et le chapitre de L\on ne se
bornaient point à exercer leur souveraineté sur la ville : ils avaient des feudataires dans les châteaux environnans; plusieurs seigneurs étaient hommes libres comme propriétaires allodiaux , et vassaux de l'église comme dévots1 des chanoines. Us protégeaient le clergé et en étaient protégés. Ces relations réciproques méritent d'être étudiées ; elles composent toute l'histoire politique de notre province durant les siècles de féodalité. Il est de la plus haute importance de bien observer comment les principes féodal, théocratique et populaire se sont combattus avec acharnement, avant que ce dernier ait anéanti les deux autres.
Au milieu de l'effroyable anarchie où la France ( t l'empire étaient plongés, à une époque où l'union, la paix, la justice, la tranquillité semblaient ,i\oii déserté l'Europe, nous avons assisté à la Formation d'une société nouvelle dans le Lvon-
1 f^ojrjz plus loin la signification de ce mot.
nais et dans les contrées voisines; nous avons vu le nouvel ordre de choses, ou plutôt le système destructeur de la féodalité, isoler les populations et changer notre cité commerçante en une vaste solitude : les habitans pillés, tourmentés, vexés. n'ayant point d'avenir, ne pouvaient se livrer avec sécurité aux grandes entreprises de l'industrie , et former ce que nous appellerons bientôt leur communauté. Le plus grand nombre a^ aient disparu dans les guerres civiles, dans les irruptions seigneuriales, dans les massacres des barons pillards, ou s'étaient réunis autour des manoirs fortifiés. Les petits seigneurs eux-mêmes avaient été forcés de choisir des suzerains puissans, et de se constituer vassaux pour ne pas devenir esclaves. Mais on se lasse de l'anarchie comme du despotisme ; le temps régularisa les rapports féodaux ; les croisades y apportèrent d'utiles modifications en étendant les grands fiefs ; les rois et les prélats se partagèrent les dépouilles des seigneurs qui allaient mourir dans la Terre -Sain te. Les vassaux qui restaient s'enrôlèrent sous la bannière des rois ou du clergé, suivant qu'ils y trouvaient plus ou moins d'avantages. L'église de Lyon, par le caractère de ses archevêques, l'antiquité de sa hiérarchie , par la richesse de ses domaines et la force de ses manoirs , imposait même aux souverains, puisqu'elle servait d'asyle aux pontifes. Elle était fortement constituée; on se réfugia avec empressement sous ses drapeaux: