‹ Histoire de LyonChapitre 57 sur 223 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

On peut faire remonter au passage de Philippeiuguste à Lyon, le changement qui s'opéra dans les mœurs, les usages et le caractère politique des Lyonnais , soit que ce prince eût semé avec adresse des germes de révolte contre les chanoines pour rendre son intervention nécessaire, soit que la conduite un peu libre de tant d'aventuriers qui l'accompagnaient eut fait désirer aux habilans la même indépendance. Quoi qu'il en soit, ce fut mit' époque bien mémorable que celle qui prépara l'institution de notre commune; peut-être ne faut-il pas en attribuer l'origine à une circonstance isolée; plusieurs causes se réunissent toujours pour produire les grands événemens , et si le plan déterminé de notre ouvrage ne nous empêchait de franchir certaines limites , nous montrerions que mille faits plus extraordinaires les uns que les autres, et peu développés par les historiens , se sont en quelque sorte accumulés pour frapper d'élonnement le peuple lyonnais, el le tirer de sa léthargie. Ceux qui ont eu le plus d'influence sur le réveil de la civilisation

dans la cité lyonnaise, doivent seuls nous occuper. Une révolu lion générale se préparait depuis long- temps. Tous les peuples d'Italie s'étaient constitués en gouvernemens démocratiques; les moindres bourgades avaient secoué le joug des empereurs d'Allemagne; Milan surtout, ville chérie des Lyonnais, se distinguait par le courage de ses habitans et par ses institutions patriotiques ; ses malheurs avaient irrité les cœurs généreux, et les efforts qu'elle avait faits pour conquérir sa liberté remplissaient d'enthousiasme toutes les cités environnantes. Lyon tressaillit aussi. Les communications devenant plus faciles, les rapports commerciaux de peuple à peuple étaient rétablis ; chaque route alpine, naguère rendue impraticable par les barons pillards, mais depuis si souvent fréquentée par les guerriers de la Palestine, commençait à se couvrir de charriots chargés de marchandises; les idées libérales, les sciences et les lettres circulaient avec les ballots et les chevaliers. L'industrie renaissante faisait désirer la paix et abhorrer le système féodal auquel, parmi des maux infinis, on ne devait qu'une passion louable, celle de défendre les droits naturels. Dès lors il n'est plus étonnant que Lvon se soit vu tout-àcoup peuplé d'une bourgeoisie ignorante et grossière, il est vrai, mais active, ardente, intrépide, disposée à tout supporter plutôt qu'à languir plus long-temps sous le despotisme des seigneurs tonsurés.

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