‹ Histoire de LyonChapitre 58 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Une autre cause faisait fermenter les esprits lyonnais au treizième siècle, et rendait imminent le rétablissement des institutions municipales, sinon avec la splendeur de celles de Rome antique, au moins avec assez de liberté pour vivre heureux. Les tyrannies insupportables des comtes puissans ou des barons voisins avaient augmenté dune manière extraordinaire la population de la cité ; les serfs attachés à la glèbe , les vilains qui sillonnaient péniblement la terre pour leurs hauts seigneurs, s'échappaient toutes les fois que l'absence des maîtres leur permettait de fuir; ils accouraient dans la ville autour des églises, et devenaient citoyens si au bout d'un an ils n'étaient point réclamés. Les expéditions des seigneurs dans la Terre-Sainte les empêchaient de surveiller leurs vassaux, et la bourgeoisie devenait plus nombreuse. On voyait même assez souvent des hommes libres, nobles, petits seigneurs, se réfugier à Lyon, confier leurs biens, leur famille, leur liberté aux archevêques et au chapitre, pour éviter toute sorte de persécutions dans leurs terres; ils espéraient trouver beaucoup moins de tyrannie dans des prêtres, et prendre part à la sûreté apparente dont jouissaient les vassaux de l'église. Mais lorsque, sous l'aspect déjà florissant de la cité, ils aperçurent les chaînes lourdes et la main de fer du pouvoir théocratique, ils furent les premiers a parler du besoin de créer la commune, de réunir les voix des citoyens pour nommer des chefs

12 i HISTOIRE DK LYON.

populaires, cl se former par conséquent un rempart de l'union et de la concorde de tous. Cependant ce ne fut que; plus tard que l'exemple de Paris détermina la création de la communauté de Lyon. Toutefois, les nobles réfugiés apportèrent des richesses et une grande influence pour l'affranchissement de la cité. Ils donnèrent beaucoup de considération au commerce en se faisant bourgeois. On voit que depuis long -temps la sagesse humaine a fait déserter les rangs de l'orgueilleuse aristocratie par ses plus respectables membres, pour les confondre dans la classe qui forme véritablement la nation. 11 existe dans les archives de l'Hôtel-de-Ville plusieurs actes par lesquels certaines maisons des plus illustres du Lyonnais, mais ruinées par les guerres féodales, formèrent avec le bas peuple une association de bourgeoisie. Avant cette réunion, qui était utile aux uns et aux autres, la ville se trouvait comme déserte; elle ne comptait presque pour habitans que des esclaves et d'autres personnes d'une basse condition, vivant sur la plaine triangulaire du confluent de la manière la plus misérable. Au treizième siècle, Lyon devint non seulement plus peuplé, mais plus riche, plus somptueux en quelque sorte : l'or y afflua de toute part, et l'association des vassaux nobles dévenus bourgeois servit surtout à rendre respectable aux chanoines la communauté lyonnaise à son origine.

Enfin, pour résumer toutes les causes de celte

Page 1