‹ Histoire de LyonChapitre 67 sur 223 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Cette paix ne pouvait durer : la civilisation naissante avait déclare' la guerre, elle ne devait s'arrêter qu'après avoir achevé sa conquête. Quelques mois d'une domination assez tranquille s'étaient écoulés; les comtes de Lyon, mécontens du traité qu'ils avaient signé , voulurent rétablir leur puissance : les bourgeois, désirant ce qu'ils n'avaient pas obtenu, se préparèrent à de nouveaux combats. La charte de communauté n'était pas complète; des concessions insignifiantes ne satisfaisaient pas les citoyens : ils proclamaient leurs droits, ils étaient plus fiers, plus indépendans et surtout plus éclairés. Or, le seul nom de commune faisait frémir les chanoines. On recommença donc de part et d'autre les hostilités, mais adroitement et sourdement. Les bourgeois fortifièrent leurs maisons, terminèrent l'institution importante de leurs pennonages, et construisirent de nouvelles tours malgré les clauses du traité : ils prétextaient la nécessité de se garantir contre les attaques des barons pillards. Les chefs habiles de la communauté firent plus : ils surent fomen-

ter les germes de discorde qui existaient déjà entre les officiers de l'archevêque et les fonctionnaires du chapitre; ils parvinrent à intéresser à leur propre cause les clercs, les docteurs es droit, les tabellions , et toute la portion instruite de la chancellerie. Le clergé, de son coté, fit prendre les armes à ses vassaux , et tripla la garde de ses forteresses. Des ordres furent expédiés à tous les seigneurs feudataires de l'église. Ceux-ci, Francs d'origine pour la plupart, s'armaient toujours avec plaisir contre les vilains dont le sang était romain ou gaulois : on peut en effet regarder les guerres de la commune comme le réveil de l'ancien peuple vaincu, qui semble avoir lutté jusqu'à la révolution contre les restes de seigneurs Goths, Francs et Bourguignons, possesseurs des fiefs de nos provinces.

Enfin les préparatifs étaient très avancés, ou pour obtenir une entière liberté , ou pour river les lourdes chaînes de l'esclavage, lorsqu'un événement inouï, incompréhensible, fixa l'attention des deux partis, et suspendit durant quelques années les effets de leur animosité réciproque '.

1 Cet épisode -de l'histoire de Lyon pourrait former un gros volume , s'il était possible d'écrire ici l'histoire du treizième siècle et de son influence sur les siècles suivans, avec tous les détails convenables; Lyon j occuperait une très grande place. L'instinct de liberté des bourgeois, qui était comme une réaction des peuples originaires de l'Occident longtemps assoupis ; la lutte de l'empire et du sacerdoce qui a d'abord rendu l'Italie brillante, et ensuite aussi misérable que nous la voyons ; les factions des Guelfes et des Gibelins qui ont ensanglanté les républiques ila-

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