‹ Histoire de LyonChapitre 82 sur 223 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Que l'on joigne à ces orgies les prétentions or* gueilleuses du clergé de la cathédrale , et l'on comprendra les excès horribles auxquels se portulan i, dans cette église, ceux qu'on appelait huguenots : ils déchirèrent le sein de leur mère , quand, au seizième siècle, ils purent envahir la chaire archiépiscopale, parodier les sermons des catholiques, et se faire les missionnaires de la liberté religieuse trop long-temps comprimée ou prostituée. Les chanoines avaient été confirmés', par un arrêt du conseil d'état, dans l'usage de ne fléchir pendant la messe qu'un genou à l'élévation de l'hostie : leur orgueil eût été blessé de descendre trop bas devant la Divinité. Ce n'était pas tout : lorsque l'église passait en procession devant une autre église, et que le clergé de celle-ci négligeait de faire sonner, il était passible d'une amende ; elle était également encourue chaque fois qu'un autre chapitre ou paroisse manquait à son devoir vis-à-vis de la métropole. Alors les comtes mitres donnaient ordre à un de leurs serviteurs d'aller prendre des gages dans l'église qui était en défaut. Ainsi, au commencement du seizième siècle% on enleva à Saint -Paul un tableau d'argent , parce que la procession de cette collégiale s'était faite, contre l'usage, avant celle de Saint-Jean. Comme signe de haute justice, il y

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avait des verges exposées sur un prie-dieu au bas de la nef, près du grand portail ; l'archevêque s'en servait pour frapper les pénitens publics. Jadis un grand nombre de martyrs avaient ««té égorgés et enterrés sur la montagne de Fourvières : les chanoines s'y faisaient inhumer vêtus d'une aube, chasuble, et milre en tête, le visage découvert. Pendant leur vie ils ne sortaient qu'à cheval.

Tant d'orgueil fut cruellement puni à l'époque de la réforme : les protestans se plurent à humilier de toutes les manières le chapitre de Saint- Jean par des parodies ridicules, des sermons infâmes, et des satyres diaboliques que nous rappellerons en temps et lieu. Les chanoines s'en vengèrent par une Saint -Barthélemi lyonnaise. L'église de Saint-Jean ou son voisinage fut un des principaux théâtres de toutes les réactions ; peu de vertus se montrèrent à travers ce mélange de crimes et de turpitudes, jusqu'au moment où les jacobins prêchèrent l'athéisme dans la basilique ', et où des dévots qui existent encore de nos jours élevèrent devant ses portiques l'autel de la déesse de la Raison. Depuis cette époque tout à la fois glorieuse et criminelle, l'église de Saint-Jean ne s'est plus relevée : malgré les efforts du clergé, malgré les conférences des jésuites,

» On voit encore , suivnnt l'expression d'un mandement du cardinal Fesch , les traces des roues du char de la déesse de la Raison.

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