TROISIÈME PARTIE
verses : la lumière mystérieuse qui éclaire le temple, le silence qui y règne, et, de temps en temps , le bourdon mélancolique de la grosse cloche, invitent à la prière et au recueillement; les voûtes élevées, les deux longues séries de colonnes majestueuses qui imitent tout à la fois, par leurs formes élancées, une foret épaisse de palmiers, et, par l'irrégularité de leur situation sur deux lignes légèrement courbées, le corps du Christ étendu sur la croix, ravissent l'imagination au premier abord; on est frappé de la beauté et de l'ensemble de cette architecture du christianisme, et l'on s'écrie : Voilà un temple digne de la Divinité. Mais quand on pense qu'il fut si souvent profané par ceux mêmes qui avaient reçu la mission d'entourer le culte de nos pères du ne vénération profonde, on déteste les passions des hommes, et l'on préfère l'Évangile prêché dans la modeste chapelle d'un village. C'est en effet dans cette cathédrale magnifique que les papes, le clergé, les religionnaires ou huguenots, les jacobins et les missionnaires, ont donné toute sorte de spectacles scandaleux. Nous verrons dans ce livre qu'Innocent iv, en déposant un souverain , ne craignit pas d'ensanglanter le monde pendant cinquante ans : on aurait dit que l'habit rouge qu'il donna aux cardinaux dans ce concile, annonçait les désastres qui devaient être le résultat de son ambition, à INaples , en Sicile, en Italie, en Allemagne, dans nos contrées. Le con-
cile convoqué dans la même basilique trenle ans après, fut en vain un concile d'union et de paix p rendu célèbre par l'éloquence de Bonaventure: l'admirable édifice du christianisme était pour long-temps ébranlé. Les orgies sacerdotales lui donnaient chaque année des coups terribles par leurs fêtes monstrueuses : on sait que le clergé , dans le moyen âge, allait en procession chez l'évêque des fous, et le conduisait solennellement à l'église , où son entrée était célébrée par le carillon des cloches. Arrivé dans le chœur, il se plaçait sur le siège épiscopal : alors commençait la grand'messe, et commençaient aussi les actions les plus extravagantes. Les ecclésiastiques figuraient sous divers costumes; ils assistaient au service divin en habit de mascarade et de comédie. INon contens de chanter dans le chœur des chansons déshonnêtes, ils mangeaient et jouaient aux dés sur l'autel, à côté du prêtre qui célébrait la messe. Ils allaient ensuite par toute la ville se faire voir sur des charriols. On nous a conservé la rubrique que l'on chantait alors ; et le père Théophile Raynaud, que nous avons cité plusieurs fois, témoigne l'avoir vu dans le Rituel d'une de nos églises métropolitaines. 11 a fallu plusieurs statuts synodaux de l'église de Lyon, provoqués1 par des hommes respectables, pour défendre les farces de la fête des fous.
1 En 1566 el 1577, après les reproches des religionnnires qui tirent rougir le clergé de ses excès, et rendirent une réforme nécessaire.