‹ Histoire de M. Guillaume, cocherChapitre 4 sur 23 · DF .^/. G CILLA (ME · texte numérisé non relu

DF .^/. G CILLA (ME

mais elle n'est pas si grande que moi. As-tu vu comme elle s'habille court?

— Ohl voilà ce que je ne saurais souffrir, dit brusquement la bancale; rien n'est plus vilain !

— Est-ce que tu ne vois pas que c'est pour faire voir ses fuseaux de jambes, reprit Babet, et un pied qu'on croirait qu'elle va tomber à chaque bout de champ?

— Tout cela est vrai, dit Gogo, qui v allait plus à la franquette; mais cela n'empêche pas que les messieurs ne lui fassent les yeux doux. Et puis elle a peut-être de l'esprit?

— • Ah! c'est là où je t'attends, avec ton esprit; ce n'est qu'une étourdie, et sans quelques petits mots de ' broustilles, que ces vilains hommes aiment à entendre dire à une fille, elle serait plus béte qu'un pot, qu'une cruche. Oh! je t'assure qu'avec toute ma grêle, je ne me donnerais pas pour elle! » ajouta Babet en se redressant dans son corps ; et puis tout de suite: « Mon Dieu! peut-on être décolletée comme cela? C'est pour faire voir sa belle carcasse; je serais bien fâchée de me débrailler comme elle; et si, sans vanité... Mais ne parlons plus de cette petite

bégueule-là; j'aurais pourtant bien envie de lui dire son fait ! »

Mamzelle Godiche, ayant dansé tout son bien aise, s'en allait avec M. de l'Aulne dans leur chambre; mais il fallait passer pardevant Babet, qui, pour commencer la dispute qu'elle voulait lui chercher, lui dit, en passant, et si pourtant. elle ne voulait pas la saluer la première :

« Bonjour, Mamzelle Godiche ; comment vous portez-vous?

— A votre service, Mamzelle Babet...

Vous voilà donc ici?

— Vous voyez, Mamzelle; tout aussi bien que vous.

— Vous avez là une robe d'un joli goût, dit la couturière.

— Et la vôtre, répond la coiffeuse, elle me parait bien choisie. N'est-ce pas de ces petites étoffes à cinquante sols? Pour moi, la mienne me coûte trois livres cinq sols, et à bien marchander encore.

— Oh dam'! tout le monde ne peut pas en avoir de si belles que Mamzelle Godiche ! dit Babet, en riant du bout des dents, comme Saint-Médard.

— J'en fais faire une de taffetas; si vous

DE .\f. GlILLALME

n'aviez pas eu tant d'ouvrage, Mamzelle Galonet, je vous l'aurais donnée à faire.

— Oh! je ne suis pas assez fameuse couturière pour une demoiselle comme vous.

— Bon, vous voulez badiner; puisque je monte vos bonnets, vous pouvez bien faire mes robes.

— Vous ne m'en avez guère monté, toujours.

— Cela vous plaît à dire, à telles enseignes que vous m'en devez encore deux ou trois.

— Moi, je vous dois des montures de bonnets? Allez, allez, Mamzelle ; songez plutôt à payer à mon cher père votre terme de sept livres dix sols.

— Cela fera à-compte, Mamzelle, cela fera à-compte.

— Vous feriez bien mieux de payer vos dettes, que de porter la robe garnie, et le mantelet...

— Allez, Mamzelle, ce n'est pas à vos dépens!

— Vraiment, si on ne vous en donnait pas, où les prendriez-vousr Ce n'est pas à monter des bonnets qu'on gagne tant.

— C'est que vous n'avez pas assez de mérite pour en gagner!

— Je serais bien fâchée de l'avoir comme comme vous, bonne petite hardie I

— C'est vous qui êtes une effrontée! » Ma bourgeoise n'eut pas plus tôt lâché la

parole, que Babet Galonnet, qui la trouva tout juste au bout de son bras, vous lui couvrit la j'oue d'une giroflée à cinq feuilles, qui claqua comme mon fouet.

Tout le monde qui était là, nous demeurons comme des statues; il n'y eut que M. de l'Aulne qui dit à Babet :

« En vérité, Mamzelle, ce que vous faites là ne se fait pas, et si ce n'était que vous êtes une fille, je vous ferais bien voir...

— Que vous êtes sot, mon petit Monsieur ! répondit la couturière; allez, allez, j'avertirai votre père que vous le volez pour dépenser votre argent avec des créatures. »

Jusques-là, Mamzelle Godiche s'en était prise à ses yeux du soufflet de sa joue; mais quand elle se vit appeler créature, elle montra à la grêlée qu'elle avait la langue bien pendue; elle se mit à vous lui dégoiser les dix-sept péchés mortels : en sorte que la couturasse se jette sur elle, lui arrache son morillon plus vite que le vent, et le trépigne aux pieds, dans de l'eau qui était par terre,

en sorte qu'il n'était que de boue et de crachat.

Elle veut après lui sauter aux yeux, car je voyais bien qu'elle avait envie de défigurer sa phvsionomie, qui n'était pas grêlée comme la sienne; mais M. de TAulne se fit égratigner à la place de sa cousine de vendange.

Pendant ce temps-là, le petit Galonnet et ses camarades avaient quitté une contredanse, pour venir voir ce que c'était; et comme il vit M. de FAulne qui tenait sa sœur par les mains, pendant qu'elle lui donnait des coups de souliers sur les guibons, il se mit dans la tête qu'il la battait, en sorte que, pour l'en empêcher, les trois tailleurs se mettent à vous lui rabattre les coutures, pendant que Mamzelle Godiche faisait des cris de Merlusine.

Oh dam'! quand je vis cela, je ne fus ni fou ni étourdi; je dis à mes amis :

« Ne laissons pas sabouler mes bourgeois ! )>

Ils ne demandaient pas mieux; par ainsi, nous tombons sur les mangeurs de prunes, que c'était comme une petite bénédiction.

Notre soldat avaittiré sa guinderelle, l'autre était un rude cannier, et moi, avec mon fouet.

nous donnions sur les tronches et les tirelires, pendant qu'ils se défendaient avec les tabourets du jardin. J'avais donné un fier coup du gros bout de mon fouet sur les apôtres, à un qui voulait me prendre parles douillets; mais je vous le plaque à plate terre, comme une grenouille, qui ne remuait ni pied ni patte.

Enfin finale, pourtant, on nous sépare à la fin, et qui eût l'œil poché au beurre noir, c'était poui son compte.

Pendant la batterie, mon bourgeois et ma bourgeoise étaient retournés dans leur chambre, où nous allons leur dire qu'ils ne craignent rien, parce que nous sommes bons pour tous les pique-choux.

Mamzelle Godiche pleurait, comme si elle avait perdu tous ses parents, et son cousin la consolait. Il nous fit avaler plus de la moitié d'une bouteille à quinze, qui n'en valait pas six, comme c'est la coutume.

Il n'y avait pas moyen que Mamzelle Godiche pût remettre son tortillon, qui n'était que de boue; mais elle s'atintela bien proprement avec celui de cette dame du Pont- Tournant, en sorte qu'il n'y paraissait pas.

Comme elle était toute honteuse, nous at-

tendons que la cohue tût passée, et puis elle avait peur de la grêlée, qui lui avait dit qu'elle n'en était pas encore quitte, et que sa tante le saurait, et pas plus tard qu'à ce soir.

Sur les dix heures du soir, je mets mes chevaux et mes coussins, et nous allons grand train dans la rue des Cordeliers, où demeurait Godiche. Mes camarades étaient à côté de moi; puis je ramène M. de l'Aulne à FApport-Paris, où il me donna encore un gros écu, et vingt-quatre sols pour le rogome, que nous lavons chez M. de Capelain.

Il y a bien apparence que la tante de Mamzelle Godiche lui aura chanté le Te Deon raboteux; mais il parait qu'elle s'est fichée de ça; car je l'ai vue, du-depuis, sur le pied français, et je l'ai menée bien souvent avec des plumets galonnés.

Elle m'a bien reconnu depuis ce temps-là; et j'avais toujours pour boire avec elle, car, quoiqu'elle fût avec des gens du haut style, elle n'en était pas plus tière envers mon égard.

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