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Monsieur le Professeur ,
Vous avez eu, Monsieur et très-cher ami, une influence si décisive sur la direction de ma vie religieuse, par laquelle j’ai élé ramené irrévocablement dans le giron de notre sainte Église catholique, apostolique et romaine, que je crois pouvoir compter sur toute votre indulgence, si j’entre à ce sujet dans quelques détails.
Je vous dois, depuis plus d'un an, la réponse à votre dernière lettre du 13 octobre 1832. Vous aurez sans doute été surpris de voir interrompre si subitement et pour si long-temps, une correspondance entamée depuis quatre mois seulement , et qui était pour moi si pleine de douceur ; mais vous me pardonnerez quand je vpus aurai dit que j'ai gardé le même silence envers le monde entier, et même envers les personnes qui me sont , à juste titre , les plus chères : envers ma famille.
* Il y a, dans la vie de chaque individu, certains momens solennels, dans lesquels, se méfiant des impressions étrangères, il rentre en ltti«méme afin de soutenir la lutte de sa vie spirituelle dans la seule présence de sa conscience et de son Dieu. Figurez-vous que j'étais dans cette position ; elle vous expliquera taoü silence. Aujourd'hui , je puis enfin le rompre pour vous , pour ma famille , pour le public.
Vous vous rappelez , je pense , mon cher ami , les premières lettres que je vous écrivis
de Paris et d’Orléans. Je ne pufc y songer sbns douteur et sans hante * tant f êtais al<Jtu misérable d’esprit ! Je me trouvais encore \ ce point terrible et effrayant de l'intuition chrétienne, où une révolution décisive devenait inévitable. 24 fallait me résoudre à maintenir ma pbSitioh d’adversaire de l’Église, à la défèodre contre , toutes lei attaques, et C’était là réellement taaii intention ; ou bien il fallait rentrer dans Ife giron de notre sainte mène l’Égiisè, pour ÿ puiser de nouvèau, avec toute humilité et toute abnégation , eette consolation et cette vie qui avaient été l’ame de ma jeünesSé, et dont le seul souvenir me ramonait sans cekie vers ces années d’ube inexprimable volupté. La Prbvidensediviné a daigné m'accorder Cetté dernière grâce. Les principes ecclésiastiques et sociaux du protestantisme, en admettant que - le protestantisme possède dès principes ecclésiastiques , dans le vrai sensdU mot, étaient trop contraires à ma Conviction religieuse ét surtout à mès sehtimens politiques, pour qu’il
fût possible que je me décidasse en sa faveur; et quant à l’indifférentisme matériel, il m’avait rendu teop malheureux pour que je pusse supporter plus long- temps son joug avilissant et sa verge dédaigneuse. On se trompe fort si Jon croit que l'indifférentisme soit une chose très-aisée. J’ai pu me convaincre du contraire f|ans le cours des plus belles années de ma vie» précisément de ces années où son souffle empoisonné a coutume de faire périr irrévocablement, dans leur germe, les plus beaux projets des jeunes gens, si par un changement particulier dans leur destinée , une main inconnue ne vient point soigner, arroser ces projets»
afin qu’ils puissent plus tard se développer aux rayons vivifians du soleil, et devenir un arbre qui porte ses fruits naturels; les bonnes œuvres.
Mon éloignement secret pour l'Église , qui devait son origine à la fausse direction de me6 études, ne pouvait manquer d’acquérir de nouvelles forces et d’éclater à la suite des
mouveméns qui se manifestèrent vers l’an 1820 au sein de l'Église catholique de la Silésie, qui trouvèrent tant de retentissement dans toute l’Allemagne , et auxquels mon frère et moi, par suite du caractère particulier de notre esprit, eûmes une si grande part Dans le moment décisif, la perfidie et la malveillance se mirent de la partie, et ces projéts, entrepris sans Dieu, quoique sous son nom et avec Tintention la plus pure , furent heureusement renoncés , et l'orage s'apaisa par l’aide de Dieu, qui se servit pour cela de l'aveuglement même des passions qui l’avaient excité.
A compter de ce moment commencèrent pour moi d e terribles jours d'épreuve. Je sentais le besoin de m'éloigner du théâtre de nos revers fraternels , et de me rapprocher de cet horizon de la réalité que je m’étais tracé jadis, mais qui, dans mon cabinet, s’était confondu avec les bornes d’un monde imaginaire. Je choisis pour cela le moyen recommandé par la profonde expérience des anciens sages de la
<*rècej je résolus de voyager, dans le but d’étendre mes connaissances par des recherches scientifiques, dans les trésors manuscrits de l'antiquité» et en mémo temps d'étudier lés hommes en les voyant agir dans le monde* J’étais surtout curieux de visiter l'Autriche où m'appelaient les plus doux souvenirs , et à laquelle m’attachaient les liens de famille les plus sacrés* Aujourd'hui je suis encore tout plein de l'impression que fit sur moi l'aspect de l'église de Saint-Étienne, à Tienne. Son architecture m’offrit comme le type de l'image fidèle du caractère religieux et politique dè fce peuple honnête et heureux. Il est donc vrai ! tous les peuples divers offrent dans leur* églises des mônumens empreints de leur génié particulier. La cathédrale de Cologne s’élancé majestueuseihent vers les cieux, le plus grand, le plus parfait ouvrage, d'une gigantesque conception d’architecture gothique ; mais il est *esté inachevé par l’effet de l’esprit rétréci des
* siècles sultans, imagé du caractère du peuple allemand.
Le protestantisme, toutes les fols qu’il h'à pas eopié d’aiseieBftes églises ou suivi d’anciens modèles, n’a SU faite de sèi templesquë ■dé vastes et élégaril salons dé compagnie, et n’est-ce pas- là ét> effet leur véritable destrai- «ioo, la seule possible? Sous lés voûtes dfc la 'Vénérable maison de Dieu , à Viénne , je chèr'obais involontairement à nourrir moh esprit des douceurs de l’aucieimé foi, doüt elle offre une si belle garantie, à les y faire naître de nouveau. Là , pour la première fois , je sentis tout le dénuement de mOn ame. Son aridité était si grande, qu’elle était Susceptible d’aconelllir la céleste' rosée qui descendait avefe tant d abondance au milieu des prières réunies de prêtres pieux et d’une dévote assemblée,, pour verser dans le cœur du trotipeau des élUs le baumefortifiant de la grâce... Elle était desséchée par les rayons ardehs d'une raison, fausse et OrguëffFéUse.
Les heures pénibles et douloureuses que j*ai passées à Vienne sans foi, mais avec un ardent désir d’en avoir, me sont encore aujourd’hui vivement présentes à la mémoire. En dépit des temps affreu^ et de l’épaisse neige de l’hiver de 1829, je ne manquais pas d'assister tous les soirs au salut, dans l’église de Sr. -Étienne, où je me mêlais à la pieuse foule , afin de pouvoir du moins, appuyé contre une colonne * entendre retentir de loin ces célestes symphonies; j’espérais que leurs tons mélodieux rétablir raient l’accord détruit de mon ame, et je versais en silence une larme de repentir sur la perte du plus précieux trésor du chrétien : de la foi Oh! combien j'enviais le sort de quelque vénérable et pieux vieillard, à côté duquel il m'arrivait souvent de me placer , comme dans le Voisinage d^ine oasis rafraîchissante, pour lire dans ses regards paisibles et sereins le bonheur et la joie dont jouit l’esprit qui met sa confianceonDi|u! Mais je demeurais trop abandonné à moi -même pour pouvoir me réconci*
lier avec mon cœur par des impressions de ce genre. J'évitais tout commerce avec les ministres de votre religion , même d'après les conseils de ma famille. La vue seule d'une soutane m'était suspecte. A cette époque, j'aurais repoussé comme un fourbe, Fénelon lui-même, s'il se fût présenté pour diriger ma conduite.
Mes amis, et à quelques égards aussi ma famille, peu contens de l'impression inattendue que faisait sur moi la vie religieuse de l’Autri^ cbe, me conseillèrent d’abréger mon séjour à Vienne , et de me rendre dans le pays de la Véritable liberté d'opinions religieuses, en Angleterre, remettant à un autre moment le voyage que je projetais de faire en Italie. Une circonstance tonte particulière m'engagea à prêter l’oreille à leurs avis. Deux de mes meiU leurs amis de Vienne, deux hommes également respectables par leurs vastes connaissances , leur position Sociale et leur noble caractère, ne
négligèrent rien pour me détourner de mon voyage de Rome» en m’assurant , avec l'air de la sympathie la plus bienveillante, que deux jésuites s’étaient glissés dans la bibliothèque impériale, où je travaillais tous les jours, et, placés à une table en face de moi, y avaient fait mon portrait pour l'envoyer à Rome. Un avis donné par de tels garans de son exactitude ne me laissait pas la liberté du choix sur la route que je devais suivre ; car, à cette époque, je ne savais pas encore que le démon put pousser jusque-là l’art infernal du mmr songe.
Nulle part je n’ai trouvé les résultats de la réformation du seizième siècle sous une forme aussi hideusement instructive qu'en Angle* terre. L'orgueilleuse individualité du peuple anglais a complété l'œuvre du protestantisme , déjà par luLmême si orgueilleux et tendant si for# à individualiser , ainsi que Luther , le pa*triarche de la révolution, l’avait prédit darts
des plainte* si remplies dtaneftume. En Allemagne, le protestantisme ne s’est jamâis décomposé d’une manière si effrayante^ parce qu’il y a toujours eu, du moins dans la pensée» un lien d’union, fragile à là vérité, qui a fini par lui faire franchir les limites de tout christianisme positif. C’est dans les innombrables sectes de l’Église protestante d’Angleterre que j’ai trouvé, pour la première fois, l'explication des paroles dans lesquelles Luther indique luiméme avec tant de force la consécration de sèn œnvre. « Ce fut ainsi que nous Urnes des t sectes et des partis , qui tous font retentir » sans cesse au milieu du peuple insensé et dét raisonnable ces mots : La parole de Dieu ?, t La parole de Dieu ! Bien des grands hommes,
* bien des hommes excellons s’y sont trompés, « et beaucoup de savans prédicateurs y sont » mal à l’aise , ne savent pas prêcher la pa-
* rôle de Moïse, ne peuvent pas s’en arranger, » sont insensés , fous et furieux , et crient de
» tous cotés : La parole de Dieu! La parole » de Dieu ! » (l).
Du reste, Luther ne fit aucune difficulté de s’avouer l’auteur de ce déplorable état de l’Église et de la société dans le seizième siècle, lorsque, dans son langage énergique et bouffon, il dit: « De l’Évangile et de la vérité di- » vine naissent des mensonges diaboliques; » de nos alimens viennent nos excrémens ; les » vins les plus généreux se changenten urine ; » le plus pur de notre sang devient du pus ( , » et de Luther surgissent les munstériens et les * séditieux, les anabaptistes , les sacramentmres, i et tant d'autres faux frères (2). »
Quand on considère l’Église protestante sous ce point de vue, on se rappelle involontairement les paroles que saint Augustin adresse aux donatistes qui, de son temps, s’étaient
(1) OEuvres de Luther, T. V , p. 516, édit, de Wittemberg 1575.
(2) OEuvres de Luther, T. V. p. 76.
séparés de l'Eglise (1). t Sans compter cette » sagesse que vous autres , donatistes , ne vou- * lez pas reconnaître dans l’Église, il 'y a bien i d’autres motifs encore qui me retiennent t avec raison dans son sein ; j'y suis retenu par 9 l’accord de tous les peuples et de toutes lès î nations, etc., comme aussi par tant d’au»
9 très liens très-forts qui m’attachent à cette 9 Église et au nom de chrétien , quoique, par » la lenteur de notre intelligence ou des mérites y de notre vie, la vérité ne se montre pas en- 9 core à nous avec une entière évidence. Mais î chez vous, où il ne se. trouve rien de seiri- 9 blable pour m’attirer ou me retenir, je ne 9 rencontre que la promesse de la vérité. »
Si après cela on jette encore un regard scrutateur sur la conception extérieure et sociale de l’église protestante d’Angleterre, on ne peut que s’étonner de la forme bizarre qu’elle y présente. Il, n’est pas rare de voir les jolis
(1) DeSymbolo, cap. 30.
petits eufaus de monsieur le pasteur grimper sur la chaire, entourer leur papa, faisant de là toutes sortes de nichés à leurs camarades placés au-dessous, tandis que leur père Rt froidement un long sermon dépourvu d’onc- 4ÎDn, et qu'il interrompt seulement de teinps en temps par des gestes fort peu gracieux et de gros soupirs calculés. 6a femme, assise sur les marches de la chaire, attend avec impatience la fin de l'ennuyeux discours. Quand il est terminé, le prédicateur passe, avec sa femme et ses enfeu s , dans uBe chambre que l'on appelle la sacristie, et discute avec les assistans le prix des fonctions ecclésiastiques qu'il doit remplir pour eux, tandis que madame son épouse s'efforce d’attendrir les fidèles en leur peignant les embarras de sou ménage, qu'attestent les vêtement délâbrés de Ses enfans. De pareils tableaux doivent néces* sairement faire frémir pour une église qui traîne ainsi son existence dans la fange des intérêts temporels, et qui s’y est complètement
abîmée. A cet égard même, Luther décrit de de maître Fêtât de son église (1). « Un » pauvre en ré de village est maintenant le i plus méprisable de tous les hommes : il n’y
• a pas de paysan qui ne le traite comme de a la boue, et qui» trop souvent, hélas ! ne le
* foule aux pieds. l*e monde le dédaigne » comme un homme indigne , c’est pouf- » quoi il faut ouvrir l’œil de l’esprit, et » dire à ces êtres méprisâns : % Tues un porc, » si tu me décriée, je serai décrié ... Or, quand » les paysans, les bourgeois et les jeunes gens tilshommes se montrent ingrats , méprisent » la parole , leurs pasteurs et leurs prédica- » teurs , cela nous fait mal , nous en sommes » émus, attristés et courroucés, en sorte que s nous oublions nos dons, tandis que nous » devrions répondre : Eh I que nous fait un s Bac tout plein de diables ? » Le dogme, d’après lequel la foi suffit seule au salut, sans lés
(1) OEuvresde Luther, t. m, p. 315-316.
bonnes œuvres, dogme monstrueux que Luther pose comme principe , fondamental de l'église protestante, et qu’il défendit avec une véritable démence, a desséché à jamais la moelle de cette église sous le rapport matériel et intellectuel, et l’a condamnée à une stérilité éternelle. « 3$oi, le docteur Martin Luther, Tiur » digne évangéliste de notre Seigneur Jésus»- » Christ, je dis que les empereurs rqmaina, » turcs, tarlares et persans, le pape et tous les i autres cardinaux, les évêques, les prêtres, » les moines, les nonces, les rois, les pripce^, » les seigneurs, les faux pères et les enthout siastes , le monde entier avec tous ses » diables , seront obligés de laisser intact, cçt » article que la foi seule justifie, sans lçs » œuvres, et c'est à cause de lui que le feu de » l’enfer les attend, et ils ne l’auront pas volé; » c’est là le saint et véritable Evangile que % le Saint- Esprit a inspiré au docteur Lm- » ther (l). ® De là les plaintes que fait entendre
(1) Loc, cit., p. 280.
Luther, sur ce que les nouveaux prédicateurs meurent presque de faim, et sont obligés de joindre à leur ministère toutes sortes de métiers pour pouvoir seulement subsister, t Dans
• l’état où sont actuellement les choses, dit » Luther ( 1 ), nous en viendrons au point que
• Ton sera obligé d’abandonner l’Évangile 9 par le seul motif que Ton ne veut pas nourrir 9 ceux qui le prêchent. Il n’est pas juste
• d’exiger qu’on le fasse pour rien.... Nous » en sommes déjà là, que personne ne peut ni » ne veut prêcher l'Évangile, parce que nous
• craignons de tomber dans la misère et de » mourir de faim.... En conséquence, il ar- » rive maintenant que dès que l’on veut ren- » dre ùn service à Dieu, l’on échoue partout,
• et l’on meurt de faim. J’en ai dit la raison, » et il est très-possible que là où L’Évangile
• demeurera en vogue, nous soyons à tous
(1) OEuvres de Luther, t. v, p. 89, 136, 149,195.
i égards chrétiens*. • Autrefois ou pouvait » donner au* pauvres S50Q florins, maintenant ». on ne peut pas leur en donner un* Autrefois » l’on construisait et l’on fondait des villes * pleines d'églises et de couvens, maintenant » nous avons beau faire, nous pe pouvons* »• rien produire* ; les nôtres laisseraient toqsr « les prédicateurs mourir de faim le meme % jour— Nous en viendrons bientôt au point ». que les vrais prédicateurs seront obligés de », quitter leur profession et d’apprendre un » métier pour avoir du pain* * Ç’eat ainsi qu’il se plaint du triste état de son égUse, mais il donne la preuve d’une vue très-bornée* quand U l’attribue à l’œuvre du démon*, « Si » les pasteurs, les prédicateurs, les sectaires* » de l’Évangile sont aujourd’hui si pauvres,, ». qu’une partie d’entre eux meurent de faim » avec leurs femmes et leurs enfans, cela*
» vient de 'ce que les paysans, les seigneurs, » les fonctionnaires, les princes, ont tous fait
» un pacte avec le diable (1). »> U ne voyait pas que son église souffrait cfc la malédiction que lui-même avait lancée sur elle. Le moyen qu’il avait pris pour l'affranchir était précisément ce qui rivait pour elle les avilissantes chaînes de l’esclavage, et de la réprobation éter-, n.eUe ; et c'était en vain qu'il se débattait centre cet effet inévitable, t Je suis toujours obligée * dit Luther (2), d 'enseigner, d'inculquer, do faire entrer de force dans les, esprits U diffé^ » rence entre ces deux royaumes (temporel etc », spirituel^ ce qui est bien triste, puisqu'on Va, » déjà tant de fois dit et écrit; car le maUm » esprit ne cesse, de son côté,de jeter sans cesser » ces deux royaumes dans ht même marmite.
» Messieurs les laïcs veulent toujours prêcher i Jésus-Christ au nom du diable, et lut ap- » prendre comment il doit gouverner sonc » église., t L’opprobre dans lequel Luther a,vaiL
(1) Luther, Discours de Table* édit. d’Eisleben, f. 174, de Francfort 125.
(2) Luther, Discours de Table , édit, clc Leipzic,
fait tomber son église, ne pouvait être mieux décrit que par Morheinecke , un des théologiens protestans les plus spirituels et les plus distingués de notre temps» «Le protestantisme, » dit-il (1), n'a pas moins avili la dignité ec- » clésiastique. Pour n'avoir pas l'air de tendre
* vers la hiérarchie catholique, les prêtres pro- » testans se sont empressés de se dépouiller de » tout ce qui pouvait indiquer extérieurement » leur profession , et iis se sont mis humble- » ment aux pieds de la puissance temporelle.
» Si le prêtre protestant ne doit en aucun cas » se mêler de gouverner l'État , il ne s’en suit t pas pour cela que l'État doive gouverner
* l’Église. Le traitement que l’État accorde aux » ecclésiastiques, eût rendu ceux-ci compléte- » ment mondains. En mettant de côté les ha- » bits de prêtre, ils ont quitté en même temps » la dignité ecclésiastique. L’Etat a fait ce qu'il
(!) Sur le vrai caractère du prêtre évangélique, cité par M. de Maistre, dans son ouvrage : Du Pape , t. it. p.90.
i lui convenait de faire, et toute là fauté » doit retomber sur le clergé protestant. Les » prêtres n’ont pas tardé à borner toutes » leurs actions à ce qu’ils étaient tenus de » faire en qualité de citoyens. L'État, de son » côté, ne les regarde que comme des employés
* de sa police. Il n’a pour eux aucune estime,
» et les range dans la dernière classe de ses » fonctionnaires. Depuis que la religion est de-
* venue la servante de l*Éla£ , on peut avec rai •
* son , dans son avilissement , la regarder comme » l'ouvrage des hommes, et même comme une irii- » posture . Il fallait en venir où nous sommes » pour voir l’industrie, la diététique, la poli- » tique , l’agriculture et la police dans la » chaire. Le prêtre doit croire qu’il remplit' » son ministère et accomplit tous ses devoirs » quand il proclame, du haut de la chaire, les » ordonnances de police. Il est obligé, dans » ses sermons , de recommander des remèdes » contre l’épizootie, d’enseigner l’utilité de la » vaccine et de prêcher sur les moyens de
j> prolonger la vie de l'homme. Comment t> pourrait* il, après cela, détacher les hommes » des choses terrestres et périssables, lorsque, » d'accord avec le gouvernement, il fait tous * ses efforts pour river les chaînes qui atta^ » chent les hommes à la galère de la vie? »
La haute église épiscopale d* Angleterre, eu apparence la plus solide et la mieux assise parmi tant de milliers d’églises protestantes qui errent, comme autant d’iles flottantes sur l’Océan sans fond de l'univers, n'ayant d'autre lien d’union que cette erreur même, l’Église épiscopale, dis-je, cache sa honteuse nudité sous le manteau déchiré, profané, si dé« pourvu de la dignité de l’ancienne hiérarchie. JElle est à l'égard des autres associations pro*testantes, la grande bourse ecclésiastique de Londres, où d’orgueilleux courtiers se livrent sans conscience et avec une révoltante infamie à la vénalité de leur commerce ecclésiastique» sans parvenir à éviter la banqueroute universelle des églises protestantes ! En aucun pays
l'église protestante n'a perdu, autant qu’en Angleterre , son importance historique et son grand élément. Elle y est devenue un objet de mode, un costume de dimanche, purement de convention, auquel l’Anglais, dans son esprit de spéculation mercantile, tient avec autant d'exactitude qu'aux affaires de son comptoir les jours ouvriers. Du reste, c'est un bonheur pour lui qu’il ait pu consèrver encore cette dernière force morale.
L'église d'Angleterre ne m’offrk donc pas l’image que j’espérais y trouver, et qui aurait pu fixer la direction religieuse de mon esprit. J'eus alors le désir le plus ardent de visiter les Pays-Bas, et j’appris à connaître le républicanisme sanguinaire du calvinisme dans toute sa nudité; de là j’allai en France pour étudier l’Église des Bourdalouc, des Bossuet, des Fénelon et des Massillon. J’espérais y parvenir au rétablissement de ma foi religieuse, auquel j'avais jusqu’alors vainement tendu.
Le moment que je choisis pour m’y rendre
ne paraissait pas devoir être le plus favorable. C’était celui qui précéda immédiatement la fameuse révolution de juillet, qui ébranla l’Europe entière cômme par un coup de foudre; mais ce fut précisément ce moment solennel d’épreuve et de crise qpi, après quelques derniers égaremens, grâce au ciel de courte durée, me dévoila enfin le grand mystère de la position que l’Église catholique tient dans l’histoire du monde. Je puis bien le dire, c’est en France, et surtout à Paris que j’ai appris pour la première fois à comprendre la véritable religion, mais par une route inverse. Je n’ai pas puisé ma religion au sein de la religion même; je l’ai acquise et .formée d’après le système politique que j’ai combiné moi-même à la vue des grands événemens qui se passaient sous mes yeux, comme des avertissemens salutaires. Oh ! que je déplorai alors l’aveuglement de tant d’hommes, du reste honorables et généreux, qui , tout en maudissant au fond du cœur la révolution parisienne, croyaient de-
voir saluer le renversement de Y ancien trône, comme l’heureux présage du renversement de Yancienne religion! Gette manière de voir fut, je le dis à regret, celle de l'Allemagne protestante. L’Allemagne, ee pays des théories, était » assez prévenue, assez dépourvue de charité, pour mettre la révolution sur le compte de l’ancienne église nationale de France; tandis que l’Angleterre, non moins protestante que l'Allemagne, mais qui, par snit^de sa constitution politique, s’y eutendait bien mieux que l’Allemagne, comprit, dès le premier moment, la véritable portée de la révolution.
On serait dans une grande erreur si l’on se faisait un tableau rembruni de la situation de l’Église catholique en France. Il n’y a, au contraire, pas de pays, peut-être, où l’Église ait jeté d’aussi profondes racines, et dans aucun pays encore, elle ne s’est, à quelques égards, plus complètement fondue dans la partie solide du caractère national. Cette Église, qui se glorifie de ses Bossuet, de’ses Fénelqn, de ses Bourse 1
daloue, de ses Massillon, de ses Mascaron, de ses Fléchier, de ses Bridaine, a su se faire estimer même de l’école irréligieuse des encyclopédistes. Comment expliquer sans cela que, depuis la révolution de juillet, le protestantisme n’ait pas gagné un pouce de terrain en France, qu’il n’y ait pas fait la moindre conquête, bien qu’il n’ait cessé de se plaindre que, sous le gouvernement précédent, il gémissait sous les grief} les plus insupportables, sous la plus funeste intolérance du clergé et qu’il ne cessât de se livrer au rêve insensé qu’à la la première révolution , la France entière se rangerait sous le sceptre du protestantisme? Que voyons-nous au contraire ? Nous voyons le catholicisme étendre journellement son em« pirp, non-seulement dans les diverses provinces de la France, mais au sein même de la capitale ; nous le voyons compter parmi ses défenseurs et ses admirateurs, des hommes qui naguère se posaient ses plus ardens adversaires , ou qui du moins évitaient de se pro-
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tioncer. Datis cétte même capitale, qui â si souvent déversé le mépris sur -toute religion quelconque, nous voyons des familles entières de protestans rentrer dans le giron de l*Église catholique. Ët tous ces signes éclatans du temps apparaissent précisément depuis cettè révolution par laquelle les observateurs prévenus de notre Allemagne, ensevelis dans un philosophisme absolu de religion, avaient prédit comme prochain et inévitable la chute complète du catholicisme. Je les engage à «r ajourner leur folle joie au moment où l’on proclamera làrépublique;mai$ alors ce ne sera pas seulement le catholicisme qui s’écroulera, mais avec lui le protestantisme et la France tout entière.
Mais à quoi faut-il attribuer ce spectacle si tranquillisant, si agréable pour tout catholique? Provient-il de l’indifférence? non, ceTtes. Ou bien serait-ce le nouveau gouvernement qui répandrait de l’argent parmi le peuple pour l’attirer dam les églises, comme
les protestans en accusaient avec tant de fausseté le gouvernement ancien? Il faut bien reconnaître en ceci une direction suprême. Le Français éprouve le besoin irrésistible de la religion, et il a en meme temps la conviction que l’Église catholique offre seule le moyen de s’unir avec le ciel, puisqu’elle $eule renferme la véritable vie de la foi et sait tirer sans cesse de cette vie , son renouvellement et sa force reproductive, tandis que le protestantisme glacé est condamné à une éternelle stérilité, et ne soutient sa maladive existence qu’à l’aide des niêmes attaques et des mêmes calomnies contre le catholicisme.
Mais aussi comment le ciel pouvait-il refuser son secours et sa bénédiction à un clergé aussi distingué que celui de la France? Quiconque a été assez heureux pour voir de près le haut clergé français et surtout l’épiscopat remplir ses fonctions, doit se sentir animé d’une sorte d’enthousiasme pour ces dignes ministres des autels. Plus les épreuves s’accur-
mulent comme des orages sur l’Église, plus ils marchent avec courage dans la voie du Seigneur. Leur héroïque sacrifice, à l'époque. du choléra, a saisi le monde entier d'étonnement, et Jeur a valu le respect des plus grands ennemis de la religion et des prêtres. Un seul esprit, l'esprit de douceur, d’humilité, d'abnégation et de charité, inspira et anima à cette époque le clergé tout entier, depuis les plus élevés jusqu’aux derniers de ses merobres.Les évêques se mirent à la tête d'associations pieuses pour procurer aux malheureuses victimes de la contagion des secours de toute espèce, et ouvrir des hospices pour recevoir et élever les pauvres orphelins qui, privés de parens et de famille par les ravages du fléau, se trouvaient abandonnés au milieu de la société. Il n'était pas rare de voir les évêques eux-mêmes venir, dans les hôpitaux, assister leurs prêtres dans la distribution des sacremens, les relayer quand la fatigue les accablait, et prononcer les dernières paroles de
consolation dans l'ame du mourant, pour les soutenir dans leur passage à l'éternité. On remarqua dans le temps que les établissemens pour les cholériques, fondés et desservis par les prêtres, étaient les plus signalés ;que la jeunesse académique de Paris, d’ailleurs si irréligieuse, témoignait un noble désir de mourir dans les bras et avec les consolations des ecclésiastiques. Combien de belles conversions couronnèrent alors les généreux efforts des ministres de la religion ! 11 n’y a pas jusqu’à des personnes attachées à d’autres croyances, qui ne se jetassent exprès dans les bras d’une religion qui savait donner à ses prêtres tant de force et tant de sainte conviction.
Si nous recherchons après cela quelle est la cause de ce grand et saint enthousiasme du clergé français, et (T où il tire son origine, nous la trouverons d’abord dans l’excellente éducation qu'il reçoit au séminaire, et ensuite dans la belle harmonie qui règne entre tous les membres du clergé, depuis le premier jus-
qu’au dernier. Le plus pauvre curé ou desservant de village est admis aussi facilement che# l’évêque, que le plus illustre, le plus haut ecclesiastique du diocèse ; et la conversation se fait avec l’ün comme avec l’autre, du même ton ' d’aménité, de franchise et d’affabilité. La porte de l’évêque est ouverte à tous sans distinction. Chacun peut y venir chercher des consolations et des instructions sur les devoirs qu’il a à remplir. Tous les prêtres d’un diocèse sont unis à leur chef pastoral par les liens de l’amour de la religion. Cette sainte obéissance, cette douce soumission que le Seigneur recommande dans r l’Évangile, comme le principe vital de la hiérarchie chrétienne, s’est réalisée de la manière la plus parfaite et la plus frappante chez le clergé français. Tous les membres agissent sous la seule inspiration de leurs évêques, et ceuxci sont à leur tour inspirés par leur chef/ par le prince commun de la chrétienté, par le pape.
Nulle part la nécessité et la sainteté de cette upion avec 1e Saint-Siège ne se montre sou^
la forme d’une conviction plus noble etrplus pure que chez le clergé français. J’ai eu plus d'une fois l’occasion de m’en convaincre de la panière la plus touchante J’ai vu des évêques conserver avec leplus tendre et le plus profond respect, lés lettres de consolation et d’encouragement que Pie VI et Pie VII leur avaient écrites pendant la première révolution. Ils nous racontaient avec une satisfaction et une joie qui brillaient dans chacun de leurs regards, que ces lettres ne les avaient pas quittés un instant pendant tout le cours de leur émigration > qu’ils y trouvaient un appui et un soulagement, dans les momens d’épreuve, etlorsqtfe loin de leur chère patrie, dépourvus de tout moyen d’existence,sans autre abri que le ciel, ils annonçaient la parole du Seigneur sur les bords du Mississipi, et étaient obligés , pour vivre, de donner des leçons de langues Ils ajoutaient qu’ils auraient préféré perdre la vie plutôt que les brefs du pape, et“que de retour enfin dans teur patrie, ils les y avaient rapportés comme
un palladium sacré. Ils ne pouvaient les regarder sans verser des larmes, tant il s’y ratta- , chait pour eux de beaux et de grands souvenirs. Oh! que je puisai d’inexprimables consolations dans leurs pieux entretiens! Je me sentais souvent profondément ému, et un jour un évêque ayant déploré rirréligiou dont la France semblait de nouveau menacée, je ne pus m’era* pêcher de m’écrier : « La Providence ne saurait abandonner un pays qui a le bonheur de posséder des prélats si respectables et si saints, chacun desquels est digne d’être appelé le successeur de Fénelon, i
Et cela est parfaitement vrai! L'épiscopat français est une véritable réunion d’apôtres# Grâce à lui, l’Église de France a conservé dans sa pureté l’esprit auguste de l’antiquité; il peut sans hésiter se comparer aujourd’hui à ce qu’il était dans le dix-septièmê siècle, au temps de son plus grand éclat. Je dirai plus; il a fait même des progrès dans la connaissance des vrais principes hiérarchiques , en brisant la
chaîne honteuse du gallicanisme. L'Église française de notre temps demeure donc encore uu modèle pour toutes les autres. Le défaut de science, qu'on lui reproche, non sans quelque apparence de raison, mais toujours d’nne ma* nière peu charitable, est avoué et déploré par le vénérable corps du clergé français lui-même, il est le résultat de la malheureuse position sociale de cette Église, Il.n'y a point de corporation en France qui ait jutant souffert que le clergé, et qui en ait été indemnisée d'une façon si mesquine, si inégale, si injuste.
Puisse le nouveau gouvernement, qui paraît montrer envers l'Église nationale des dispositions favorables , quoiqu'elles ne soient peutêtre pas tout-à-fait désintéressées, puisse-t-il, dis-je , étendre ses soins sur cette Église, et se ponvaioçre que l'Eglise , comme l'a dit Gœrjres , le plus noble et le plus spirituel défenseur que son indépendance ait eu de notre temps, çst la base fondamentale de l'État. Il faut donc désirer que l’Église cesse de traîner son exis-
tcnce précaire d’un budget à l’autre, que l’état du clergé inférieur soit amélioré, et que ses étabUssemens d'éducation soient protégés. Si après cela le gouvernement parvient à conju^ rer la passion irréligieuse et la haine contre l'Église,, dont les éruptions deviennent d’année en année plus violentes à la chambre des députés, on verra cette Église briller d’un éclat merveilleux. Deson sein sortiront alors de nouveau des lévites qui, comme Fénelon et Bossuet, seront la gloire éternelle de la nation. Des hommes de talent retrouveront dans l’Église, un champ digne d’eux et ils rempliront,' dans le saint combat , des rangs restés vides jusqu’à présent. Par leurs efforrs réunis, une nouvelle vie spirituelle se répandra dans la nation, la France marchera à grands pas vers sa régénération religieuse, et recevra de nouveau, des mains de la religion, la seule organisation sociale qui puisse être durable. La parfaite et véritable restauration et régénération de l’humanité, non-seulement en France, mais dans
toute l'Europe , n'est possible qu’en prenant la religion pour point de départ. Toute profanation de la religion , tout préjudice qu'on lui porte , est un crime contre la société, et reçoit tôt ou tard son châtiment.
Que la situation du clergé allemand est différente, surtout celle du clergé inférieur!
Quiconque a éprouvé une lutte aussi pénible que moi pour parvenir à sa réconciliation religieuse, doit avoir ressenti la malédiction qui pèse sur nos prêtres. J'ose à peine avouer à quel point mon ame était desséchée , mais je le dis pour servir d'avertissement à d'autres* Les scènes terribles du choléra dont je fus témoin à Paris et qui, même dans le cœur des habitans de cette ville incrédule et frivole, firent naître tant de sentimens de componction et ramenèrent tant de personnes dans le sein de l’Église , furent incapables de m’ébranler. J’étais résolu, dans le cas où je serais tombé victime de la maladie, de me présenter devant le seuil de l'éternité sans m'être réconcilié
avec l’Église, et par conséquent avec Dieu. Je me rappelle encore aujourd’hui le f moment affreux , lorsque dans la nuit du sixième jour de choléra, alors que sa fureur était la plus grande, et qu’une panique générale s'était emparée de tous les quartiers de Paris, je sentis toubàrcoup tous les symptômes de la contagion. Quoique bien convaincu que j'étais arrivé au terme de mes jours , je me mis tranquillement à écrire quelques mots d’adieu à ma famille; après quoi , sans faire d'autres dispositions, j’envoyai réclamer les secours de la médecine, de mon ami Fabre Pal sprat, le célèbre grand-maître des nouveaux templiers, dont j’avais fait la connaissance par Grégoire, l’ancien évêque constitutionnel de Blois. Les remèdes employés à temps ne tardèrent pas à me tirer de danger, et je déchirai avec joie la lettre sur laquelle j’annonçais ma mort à ma famille.
Je continuai à rhe tenir à cette affreuse et inflexible incrédulité , même après que j’eus fait la connaissance de M.l’abbé de Lamennais,
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et que in’étant rendu sur son invitation dans une des plus célèbres maisons d’éducation de deFrancë, au collège de Juilly, près de Meaux y j’eus passé huit mois dans des relations journalières avec lui et avec plusieurs prêtres de son école. L’exemple édifiant que l’abbé de Latnen^ nais nous offrit là dans sa vie privée , posa dans mon cœur le premier germe de ma régénération spirituelle, germe qui depuis, avec l’aide de Dieu , s’est si merveilleusement développé. En attendant , quels que fussent mon estime et mon respect pour ce prêtre distingué, dont la voix prophétique avait si souvent attiré l’attention sur le danger que courait l’Église de sa patrie, je ne pouvais cependant pas lui ouvrir mon coeur, et lui faire connaître les besoins de mon ame. Je ne con-^ sidérais , à cette époque , l’Église que sous le point de vue politique, et je ne la regardais que comme un simple résultat du développement de la société humaine ; et , attendu que sous ce rapport, je préférais l’Église catholique
à tôutes les autres communions ecclésiastiques des temps anciens ou modernes, il était4mpôs* Sible quèjc donnasse mon assentiment aur principes’révolùtiontïaires que M. de Lamennais voulait introduire dans cette Église. A: la vérité, M. de Lamennais a dé voiié et combattu, de la manière la plus spirituelle , ce que le gallicanisme ade creux et de contraire à l'esprit de l’Église; mais des débris de ce système adroit , fin et ductile , est sorti sous sa plume un monstre d’une nature bien plus dangereuse, une espècé de républicanisme baroque et hermaphrodite , qui offrait toute Pivressè d’un siècle emporté par le vertige des révolutions. La fausse science m’avait fait tomber. Une autre science , non moins fausse , ne pouvait pas me raméner à la connaissance de la vérité.
Ballotté çà et là sur l’immense océan du doute, je désirais ardemment d’étudier encore, une fois les chefs-d’œuvre de la littérature catholique de la France, et les étüdîér avec impartialité et sans préjugés. Je voulais voir s’il
ne me serait pas possible de retrouver en eux l'ancien repos de mon a me, et, par leur secours, de me rattacher, avec mou ancien amour, à notre sainte Eglise. Je pris d'après cela l'héroïque résolution d'acheter, sans plusattendre, les œuvres complètes de. Bossuet , de Fénelon, de Bourdaloue et de Massillon , et je choisis les plus belles éditions de Paris. Je n'ai pas besoin de dire que cette circonstancecausa un grand vide dans ma bourse qui, à cette époque, ne contenait que 400 francs. Je m'éloignai donc pendant quelques semaines de tous mes amis et de tqutes mes connaissances, et je les consacrai exclusivement à l'élude non interrompue de ces ouvrages. Bourdaloue et Fénelon, mais ce dernier surtout, ne me quittait jamais. Je les aimais tant, que, quand j’allais le soir faire ma promenade au Mont-Calvaire, près de Saint-Cloud, j'emportais toujours quelques volumes avec moi, afin de ne pas laisser passer un moment sans chercher à graver profondément dans mon ame quelque pas-
sage de leurs œuvres divines. Les Lettres spirituelles de Fénelon , véritable mine d'or pour le chrétien qui médite, avaient surtout pour moi un charme irrésistible. C'était par elles que je commençais et que je finissais les journées. Il me serait impossible de décrire l’impression que le langage naïf et plein d'onction de cet homme si pieux et si saint faisait sur mon cœur.
Je sortis de cette ennuyante solitude parfaitement consolé, et, à quelques égards, réconcilié avec moi-méme et avec l’Église. Ce qui. me manquait encore c'était le bon exemple et la conviction que d'autres , je veux dire les prêtres, étaient aussi convaincus des vérités de notre religion, ce que j'avais beaucoup de peine à croire, même après cette retraite. Je fus même un moment dans la pensée que Fénelon, et surtout Bossuet n'y avaient pas cru. Ils avaient développé les doctrines les plus difficiles de l’Église, avec une clarté si parfaite et si admirable, que ces doctrines me