‹ Histoire de ma conversionChapitre 2 sur 4 · AG · texte numérisé non relu

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semblaient devoir être évidentes, même à des yeux moins pénétrans. Dès lors ils n’avaient presque plus rien laissé à la foi. Ces choses me paraissaient en même temps trop claires pour pouvoir être niées, et trop claires pour pouvoir être crues. Que cet état de mon ame était horrible! Après un combat si rude, et dont l'issue avait été si heureuse, je me trouvai en quelque sorte dans un abattement total d esprit, et cela parce que je continuais toujours a prendre pour arbitre de ma foi, ma conviction personnelle, cette conviction que Luther pose* d'une part comme principe du protestantisme, et que de l'autre il combat en niant froidement et avec inconséquence ce libre arbitre. Cet amour-propre, compagnon inséparable de l'incrédulité et de l'hérésie, j'appris de Fénelon à le connaître dans sa nudité et à le détester.

Ce fut alors que je commençai à faire journellement de plus grands progrès dans la connaissance des véritables doctrines* fondamentales de notre Eglise. La présence réelle de

Jésus- Christ datas l'Eucharistie , et par suite l'exposition du sacrement de l'autel qui, jusqu'à ce moment, avait si fort inquiété ma conscience, me devint alors parfaitement claire, et cela seulement par les paroles de la première épître de saint Paul aux Corinthiens, chap. Xf.

v. 25 et suivans; elles me parurent plus évidentes que tous les innombrables ouvrages qui ont été écrits sur ce sujet.

Ces paroles anéantissent complètement le signifie , vide de sens des réformés, et le devient , moins naturel et plus absurde encore, des luthériens. Je ne pouvais comprendre comment Luther, l'homme des contrastes les plus frappans, avait pu tomber dans une si froide anomalie. Je me rappelai le célèbre passage d’Erasme de Rotterdam , sur l'Eucharistie , dans la lettre qu'il écrivait en 1Ô26, à Conrad Pellïcanus, et je compris que ce vaste génie du XVI* siècle, qui pèse plus à lui seul que tout le club emphatique et demi-savant des révolutionnaires religieux de son temps, devait être

bien saintement convaincu de ce grand dogme de l’Église, quand il le défendait en ces termes :« Je sais que c’est un crime poqr un » chrétien de ne pas se réunir à l’autorité du i concile et au sentiment unanime de toutes » les églises et de toutes les nations pendant , » tant de siècles. J'ai toujours déclaré qu'il » m'était impossible de m’écarter de cé sentii ment. Mais ce qui m'y confirme d’aut A^fus » c'est que les évangélistes et les apôtres flwent » en propres termes que c’est le corps qui a été » donné, et le sang qui a été versé ; et qu’il me

> semble tout à -fait digne de l’amour inexpri- » niable de pieu pour les hommes, qu'après » les avoir rachetés par le sang de son fils, il i veuille maintenant les nourrir d’une manière * ipeffable, par sa chair et par son sang* Cela

> seul me déciderait en faveur de l’opinion de » l'Église catholique, quand du reste le sens » ne serait pas positivement fixé. Quelle folie » ne serait-ce donc pas si j’allais dire nette- » ment que dans le sacrement il n'y a que du

» pain et du vio?., que Jésus-Christ ne me soit' » pas en aide si j'ai jamais pensé à rien de

> semblable; si par moment une telle idée a pu

* me passer légèrement dans l'esprit, il m’était

j facile de l’en écarter en réfléchissant à l’a-

» raour inexprimable de Dieu pour nous et » aux parole/ de l’Écriture, parole* qui ont forcé

* votre huilier lui-même, que vous préféré % à

* tonÉtif tes écoles , à tous tes papes , à tous les » comités et à tous les fidèles, de reconnaître ce » que reconnaît l'Eglise catholique, avec la- » quelle du reste, il n'a pas coutume detre » d’accord. Je sais que vops ne comptez pour i rien l'autorité de l'Église; quant à moi je ne » méprise point l'Église catholique , surtout » quand toutes les églises s'accordent avec

elle... C' est sur l' autorité de l'Église que je crois

> à l'Évangile , e’est elle qui m'a appris à expli - » quer les paroles de l'Évangile . Jusqu'à présent i j'ai, avec tous les chrétiens , adoré Jésus- Christ » dans l'Eucharistie , et je ne vois encore aucune » raison pour changer de conduite . Aucun motif

» humain ne me déterminera jamais à abandon -

• ner l'opinion unanime de toute la chrétienté. Je » suis plus frappé de ce peu de mots : Au comi mencement Dieu créa le ciel et la terre! que

> de tous les raisorinemens d'Aristote et de i tant d’autres philosophes qui cherchent à » prouver que le monde a existé de toute éteN » nité... U faut, dites-vous, que nous soyons » spirituels; mais la chair (telle qu’elle est » donnée dans l’Eucharistie) empêche-t-elle la i spiritualité ? C’est une chàir , mais non pas » une chair sensible; c’est le gage de l'amour

> divin, l'ancre de notre espérance. Je lis dans » l’Écriture-Sainte : ceci est mon corps qui sera » donné pour vous ; ceci est mon sang qui sera i répandu pour vous. » Où voyez-vous écrit :

» Ceci n'est pas mon corps , mais seulement la Jx- » gure de mon corps l ceci n'est pas mon sàng,

> mais seulement la figure de mon sang !.. Mais ,

• dites vous, les paroles de Jésus Christ peuvent i être comprises en ce sens! Mais s'en suit il » qu'il faille les comprendre en ce sens? A quoi sert

% de voue présenter te témoignage de tant d’an * » ciens chrétiens fidèles ? Retournes , obscurcissez, » expliquez leurs paroles comme vous voudrez > » vous ne citerez jamais un seul passage oà il soit

* dit clairement que te corps et le sang de Jésus *• » Christ «te sont pas là ... Au nom du cieli

* qu’est-ce qui pourrait m’engager à m’éloigner i de ce quë l’Église catholique a enseigné et a » fait pendant tant de siècles ? Si, comme vous t avez coutume de le dire, votre esprit a hé-i » sité, à vous qui compte* pour rien l’autorité » des papes et des conciles, pour moi, au con-

* traire, l’unanimité de l’Église a affermi mon • é esprit Situ ès convaincu que dans le sacrement

* il n’y a rien que du pain et du vin; moi au a contraire y je me laisserais hacher par mor-

* ceaux plutôt que de me ranger de ton avis, et je s souffrirais tout , plutôt que dé sortir du monde » chargé <Tim tel crime contre ma conscience »

Queje me sëntaisheureuxIAutrefoisjene pouvais comprendre comment Dieu avait pu laisser «m si grand gage de sa grâce et de son amour

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