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pour les hommes, gage qui devait les changer en une société de créatures pures comme des anges, s’ils voulaient seulement s'élever jusqu’à mériter une semblable grâce. Alors je me trouvais en quelque sorte au centre de la grâce divine, et je sentais les rayons vivifians de la vérité me pénétrer de toutes parts. Cette grande conquête sur le domaine de la foi fut sur le champ suivie de plusieurs non moins importantes, jusqu’à cequ’enfin je me retrouvai en pleine possession de l’héritage de Jésus- Christ que j’avais perdu.
J’étais donc , mon cher ami , au plus fort de cette lutte difficile, parfaitement convaincu que l’Église catholique était la seule véritable; mais par suite de mou ancienne prévention , toujours trop faible pour me décider hautement en sa faveur, quand au mois d’avril de l’année passée, je vous écrivis et vous dépeignis légèment , et, je le dis à regret, avec frivolité , le changement qui s’était fait en mon esprit. C’était la première fois, depuis plusieurs aonées.
que je m’approchais de nouveau avec confiance d’un prêtre catholique, et c’était un grand pas que je faisais. Je faisais d’ailleurs par là, en quelque sorte, un appel vraiment sacrilège à la miséricorde divine. Je désirais sortir de ma pénible position. L’Église catholique se présentait à mon esprit dans toute sa sainteté, mais obscurcie encore par mes anciens préjugés 5 d’un autre côté j’avais puisé de grandes consolations dans la fréquentation de plusieurs sociétés religieuses de Paris, lesquelles, à la vérité, n’offraient aucqn point de réunion ni avec l’Église luthérienne, ni avec l’Église réformée, mais qui cependant m*avaient déplu sous plusieurs rapports par les divagations auxquelles elles se livraient; or je désirais trouver dans vos lettres des motifs prépondérans pour me décider soiten faveur de l’ancienne mère Église, soit en celle de ces associations religieuses. Je vous avais choisi dans cette affaire importante pour l’arbitre de ma conscience et de la direction religieuse que je voulais prendre à l'avenir.
La sincérité avec laquelle vous aviez défendit la cause du catholicisme, surtout dans ces derniers temps, m’encourageait. Avant vous, ce h*était pas par l'esprit, mais par la science que l'oh avait combattu pour la théologie catholique. La direction que vous aviez prise était pont* moi 'un motif de plus de m'adresser à vous. Je voyais en vous le représentant le plus spirituel du catholicisme en Allemagne, quoique je continuasse toujours à le regarder comme identique avec Tultramontisme romain.
J'éprouvais un tel besoin d’avoir des relations spirituelles, que je proGtai de cette occasion pour réclamer de vous un service purement matériel, je veux dire celui de soigner l’impression de l'ouvrage canonique que j’avais composé à Paris pendant les dix sombres mois du choléra, dans le seul but d'imposer un peu de silence à la faible voix de ma conscience. Votre grand amour pour les travaux scientifiques me faisait espérer que vous répondriez du moins à cette partie de ma let-
tre..u. Je ne fus point trompé dans mon ât-
twije, *
Le langage simple mais bienveillant que vous me tîgé|s .d*ps*vojre réponse , et plus -encore la touchante compassion que vous me témoignâtes, me touchèrent profondément, •Je trouvai en vous l'homme fermement don* vaincu que je cherchais. Je ne pus plus dou* ter qu'il n'y eût dans notre Église des hommes vraiment pénétré# fk&on *prit sacré.
Dès-lors je n'eus plus d'autre pensée que celle de me réconcilier complètement avec -l'Église, et d’exercer les vertus prescrites aux chrétiens. Je commençai à aller plus souvent à l'église, et je fûs assez heureux pour arriver à la conviction de l'efficacité des prières que nous faisons pour d'autres que nous, ce que j'avais coutume de regarder comme une imposture lucrative des prêtres. J'entrais fréquemment dans les églises de Paris, dans le principal l)ut de donner à des pauvres quelques sous, afin qu’fls priassent pour une certaine personne,
et c’était moi que j’entendais par là. J’avais soiu de choisir toujours; les perSoïitiçs^ qqi m’en paraissaient le plus dignes. Je prenais quelquefois des inforp^tiop^^ur^eu^compte, mais cela m’était fort difficile, tàrfois' je fai~ sais pendant une demi-heure le tour extérieur de l’église, avant de m’approcher de ces gens que je voulais trouver seuls. J’aurais préféré commettre un vol plutôt 'que de donner en présençe d’autruK îieili^eqÇ à quelqu’un pour prier pour moi. Je ne leur faisais jamais cette aumône sans leur recommander, par dessus tout , de bien prier. Et quand je recevais la réponse tout-à-fait française: « Ne vous inquiétez pas de cela, monsieur , t je me sentais pénétré d’une joie inexprimable; jetais comme régénéré. Bien sou vent j’étais obligé d’entrer immédiatement dans l’église , afin de pouvoir donner un libre cours à mes larmes.
Dans le mois de juin de l’année dernière, je m’étais rendu à Orléans , et j’y restai quel-
ques semaines pour faire les études nécessaires à la composition de l’histoire de son université, fondée par Clément V en 1505, et qui présente tant d’intérêt pour la nation allemande. Le séjour que je fis dans cette ville me fut d’une grande utilité , et acheva sous quelques rapports , ma réconciliation avec l’Eglise. Ce fut là que j’eus le bonheur de faire la connaissance de sa Grandeur l’évéque d’Orléans, M. de Beauregard, prélat également distingué par sa piété noble et éclairée et par ses vastes connaissances, et l’uü des hommes les plus remarquables de l’illustre épiscopat français. La bonté vraiment paternelle avec laquelle je fus accueilli par ce vieillard sublime, qui à quatre vingttrois ans conservait encore tout le feu de la jeunesse, et dont les cheveux blancs recevaient un double éclat de sa haute dignité et des souffrances qu’il avait endurées pour l’Église, tant en France qu'au sein de sa patrie , cette bonté ? dis-je , me toucha vivement. Chaque
parole qu’il m’adressait avec une ai sainte conviction , tombait dans mon ame émue comme une goutte de baume fortifiant* Que je trouvais consolation dans les saints em~ brassemens de ce digne prêtre. Dans le cours de mes fréquens entretiens , qui roulaient sur tous les sujets les plus importans de la théoio-, gie et de l’histoire ancienne et moderne, sans en excepter meme les événemens contemporains et la position à venir du Saint-£iég& à regard ée l’Église, le vénérables véqUe me fai-, sait souvent Thonqeur de m’interrompre par, des marques de satisfaction les plus flatteuses; quand alors je ne pouvais retenir d’abondantes, larmes , il me disait ces paroles touchantes : « On voit bien que vous êtes nu allemand. • Le saint homme ne savait pas ce qui se passait, dans mon ame. S’il avait pu en sonder la profondeur, il y aurait trouvé l’explication de mes larmes. Je n’oublierai jamais cet entretien surtout, plein d’onçtiôn, dans lequel j’appris à connaître l’évêque dans tout L’éclat de sa su-
blime et angélique piété $ me conduisant en quelque façon, par une invisible main, il pénétra avec moi dans l'abîme qui s’était formé dans mon cœur. Jamais je ne m’étais trouvé dans une pareille position. Les jeux mouillés de pleurs et la langue enchaînée, je demeurais en silence sur le point culminant de la grande lutte entre l'ancienne et la nouvelle direction de mon esprit. Malgré l'immense enthousiasme que m’inspiraient en ce moment et la cause et le pieux évêque, j’eus de la peine à balbutier ce peu de mots : t Monseigueur ! quand je serais un incrédule ou un athée, je rougirais de honte et je tomberais à vos pieds. Non, la France ne mérite pas de pareils évêques. » Je fus obligé d’interrompre à l’instant même la conversation, sans pouvoir même prendre convenablement congé du prélat. Ce que je n'avais pu faire en sa présence, j’essayai de l’accomplir dans la superbe et majestueuse cathédrale qu’il a si fort embellie et dans laquelle son sacrifice pieux et agréable à Dieu, s'élève
chaque jour vers le ciel. Là, je me plaçai eu présence du Seigneur, et je déposai sur son autel les sentiment dont j'étais pénétré. Parfaitement heureux et comme rempli d'une force nouvelle, je rentrai après cela dans la retraite solitaire d’une maison de campagne située hors delà ville et je pris en main mon Fénelon qui ne me quitta plus de la journée. L'évêque qui, par la manière dont je savais chaque jour diriger la conversation, avait dû selon moi, jeter de profonds regards dans mon ame , fut singulièrement étonné de mes expressions, et plus encore de ma retraite précipitée. Dans la mètoe soirée, il eut la bonté d’envoyer demander de mes nouvelles, et exprima le désir de me parler. Mais je voulais demeurer ce jour là, absolument seul avec mes pensées, et je ne retournai en conséquence chez l’évêque que le lendemain matin. Nous reprîmes alors notre conversation avec notre gaîté ordinaire, mais eu évitant soigneusement de parler de ce qui s’était passé la veille, quoique le digne
prélat parût clairement avoir envie de m’y ramener.
Des preuves répétées de la plus touchante sympathie, m’attachèrent si tendrement à l’évêque, que je l’aimais comme un père; et attendu que je n’avais jamais tout-à-fait renoncé au projet favori de ma jeunesse, qui était d’embrasser l’état ecclésiastique , projet que je n’avais abandonné pour quelque temps qu’afin d’étudier plus à fond certaines sciences secondaires dont l’application peut devenir fort utile à la théologie, je pris la résolution d’entrer dans un séminaire pour me préparer à recevoir les ordres. Mais le digne évêque me représenta si sérieusement que je n’y trouverais d’autre satisfaction que les consolations que m’offrirait la piété , que je finis par changer de plan. Il ne cessait de m’engager à aller à Rome. Mais pôuvais-je alors aller à Rome?... J’aurais préféré Lire le voyage de la Sibérie, tant j’étais encore rempli de préventions contre Rome. Pouvait-il en être autrement,
MA CONVISRSION. 4
après qu'au m’eut annoncé comme infaillible une prison perpétuelle en plein air, au pain et à l’eau , dans le çhâteau Saint-Ange ?
J’étais bien loin de croire que le désir de ce digne et pieux évêque s’accomplirait moins de six mois après. Je fus recueilli avec la même bienveillance par les autres évêques f durant le reste de mon voyage en France, et je puisai auprès d’eux les mêmes consolations delà religion. Leurs entretiens seront toujours présens, à ma mémoire. Leur souvenir renouvelle et augmente l’impression qu’ils firent sur moi. Je ne cessais de remercier Dieu de m’avoir, dans sa bonté providentielle, mis en relation avec des hommes si pieux et qui travaillent avec tant d’ardeur pour son royaume. Plusieurs de ces dignes prélats, et surtout l’évêque d’Orléans^ seront les objets perpétuels des prières que j’adresserai à Dieu. Je leur ai déjà consacré bien des larmes de reconnaissance, et je pleu«p rerai encore bien souvent d’attendrissement en songeant à eux. Mais que ma position était
pénible, me voyant ainsi accueilli' partout avec une distinction si marquée, tandis que chacun admirait mon zèle pur et ardent pour la religion, et me félicitait déjà comme le futur défenseur de la cause catholique! Dans plusieurs diocèses on me fit des offres très-fcéduisantes dans le cas où je préférerais d'y rester, plutôt que de suivre le conseil unanime qüe Ion me donnait d'aller à Rome.
Vous me demanderez sans doute , mon respectable ami, et avec raison, coitomént, dans de pareilles circonstances, je pouvais hésiter * encore à régler la situation de mon ame? Cela me coûtait à la vérité une grande résigtiâtiott ; - màis je craignais de me confier à un de ces respectables évêques , de peur de heurter leur sainte Conviction, qnoiqu eje dusse prévoir que des cas comme le mien ne pouvaient pas leur être étrangers. Je m'effrayais aussi de la trop grande sévérité du confessionnal français, et je tremblais que le voyage de Rome, voyage que je regarde aujourd'hui comme la cause de
mon salut, et qui ne m’était "encore que conseillé, ne me fût, après ma confession, imposé comme un devoir impérieux ; circonstance qui, à cette époque, aurait pu faire échouer l’œuvre de ma réconciliation. Et pourtant, une fois que j’eus pris la ferme résolution d’aller à Rome, je n'eus pas de désir plus vif que d’entrer purifié dans la ville du prince des apôtres. Arrivé à Marseille, où je restai pendant quatre semaines à me consulter sur mon voyage de Rome, j’éprouvai un désir irrésistible de réconciliation. Peu de jours avant celui qui avait été, fixé pour le départ, il arriva une nouvelle, presque aussitôt démentie, qu’un bateau à vapeur avait péri corps et biens sur le Rhône, et ce bruit contribua beaucoup à fixer mou incertitude. En attendant, soit incrédulité, soit au contraire un vague pressentiment du grand bonheur qui attendait mon ame à Rome, je pris la résolution téméraire et anti-chrétienne v de me confier aux flots avant d’avoir été réconcilié. Je me consolai par la sainte espérance
que cette main qui, dans ma recherche sincère de la vérité divine , m’avait conduit par des chemins si merveilleux jusque dans l’étroit éspace d’un navire , me ferait aussi monter dans la grande barque de saiqt Pierre, dont l’entrée est si facile et si majestueuse. Je ne fis d’autres dispositions que d’aller, la veille de mon départ , en pèlerinage à Notre-Dame-dela-Garde , chapelle située hors de la ville , au haut d’un rocher escarpé , d’où la vue s’étend sur la vaste mer azurée. De là, la mère de Dieu jette souvent des regards de pitié sur les navires en danger, et là , j’allai à mon tour implorer cette auguste étoile des matelots, pour qu’elle daignât me protéger contre les vents en courroux. Je chargeai aussi mon tailleur, ancienne connaissance que j’avais faite au college de Juilly , d’annoncer mon sort à ma famille, dans le cas où il m’arriverait malheur ; car je n’avais pas encore pu prendre sur moi de lui apprendre mon voyage, nouvelle qui ne pouvait manquer de lui faire plus
d’impression que celle de ma mort elle-même.
J’arrivai, sans autre accident que le mal de mer, Heureusement à Rome au commencement du mois de mars. Les sensations que j’éprouvais étaient fort étranges ; si j’ayais suivi l’ancien dicton, que les premières impressions sont les meilleures, j’aurais dû quitter Rome sur le champ de nouveau, tant cette première impression lui fut défavorable. La cause en fut dans le réveil subit et inattendu de ma manière protestante d’envisager le christianisme et parconséquent le catholicisme, puisque hors de l’Église catholique il ne saurait y avoir de véritable christianisme. Les idées que les premiers réformateurs rattachaient à Rome, et qui se sont perpétuées jusqu’aujourd’hui dans toute leur bizarrerie originelle, se ranimèrent en moi. J’allais les mettre à jamais à l’épreuve. On eût dit qu’elles voulaient se venger d'avance sur moi de la condamnation qu’elles allaient subir. Pour le moment , je cherchais autre chose qu’un beau ciel, des ruines subit-
mes et de magnifiques trésors de l’art. Je ne fis aucun usage de certaines lettres de recommandation dont j’étais porteur pour des personnes de distinction des cardinaux et autres; elles m’auraient servi à fort peu de chose dans ma position. Je ne les avais prises que comme une ressource désespérée. Je voulais commencer par arranger le mieux possible les intérêts de ma conscience et voir après ce qui me restait à faire.
Je frappais tantôt à une porte, tantôt à une autre. Elles s’ouvrirent, mais non pas de la manière que je l’aurais désiré. Nonobstant les invitations les plus pressantes , il ne m’arrivait pas de frapper plus d’une fois à la meme porte. Mécontent, je retournai auprès de mes joyeux compagnons de voyage, dont je m’ctais éloigné pendant quelques jours sous le prétexte d’affaires, et je résolus de passer quelques heures avec eux, dans des rêves pleins de douceur, sur les ruines de la Rome ancienne et nouvelle, et puis d'en prendre à jamais congé , empor-
tant avec moi des matériaux pour quelques scènes grotesques d’un romau philosophicopolitico-religieux , intitulé : Le Diable en voyage, dont la composition était à cette époque un de mes projets de prédilection, et qui devait décrire les résultats de la nouvelle direction de mon esprit. De cette façon, mon séjour à Rome ne m’aurait pas été touc-à-fait inutile. En attendant , je fus sur le point de repartir, et je l’aurais fait si une circonstance particulière ne m’en eût empêché. Je logeais avec un jeune artiste français qui partageait , sous le rapport de la religion et de la politique, toute la légèreté des vues de sa nation , et ne manquait pas aussi, avec toute la suffisance française, de les faire valoir en présence de tout le monde. A notre retour à la maison , notre hôtesse nous demandait souvent comment nous trouvions les églises de Rome, et ce que nous pensions des cérémonies du culte. Nous étions au milieu du carême, époque où.
Rome présente l’aspect le plus solennel. Je
ne manquais pas de protéger celle bonne femme contre les railleries méprisantes de cet artiste si abandonné de l’art , circonstance qui me valut toute sa confiance. Elle se mit alors à me parler des divers étrangers qui visitaient la ville éternelle; elle donna de grands éloges aux Allemands et aux Flamands, à cause de leur caractère tranquille et religieux ; et protesta qu’elle ne recevrait jamais plus de Français dans sa maison. La conversation tomba entre autres sur M. Schlosser, de Francfortsur le-Mein, qui, après son retour à l’Église catholique , était mort précisément dans la chambre que j’occupais. Elle ue tarissait p^s sur l’amabilité de son caractère et de celui d’un de ses meilleurs amis, le vénérable père Kohlmann, de la société de Jésus, qui l’avait visité presque tous les jours dans sa maladie. Au mot de jésuite , je dressai les oreilles; et, interrompant la bonne femme , je lui demandai quelques renseignemens plus précis sur ce père. Ils lui furent si favorables que j’éprou-
vai sur-le-champ le plus grand désir de connaître ce digne homme, d'autant plus que je me rappelais encore confusément que l'archevêque de Bordeaux, comte de Cheverus, ancien évêque de Boston en Amérique, m'avait fait un éloge extraordinaire d'un jésuite allemand, autrefois missionnaire et alors professeur à Rome, et m’avait offert de joindre aux lettres qu’il me donnait pour les cardinaux Weld et Macchi, une lettre pour lui. Je n'acceptai point cette dernière, car je craignais les jésuites plus que je ne les aimais, et j'étais d'avis qu'il ne fallait pâs se brûler les doigts en approchant trop près de pareils hommes.
Je n'avais jamais même connu de jésuite en sa qualité de membre de l’ordre. Je dois à la vérité l'éducation de ma jeunesse à l'un des hommes les plus distingués de cet ordre, à ce-Kohler, si connu de tous les Silésiens, et qui fut le premier à répandre l’étude solide des langues orientales en Silésie, dès avant la réunion de l'université protestante de
Francfort avec la ci-devant académie catholique des jésuites de Breslau. KohJer a rendu à l’éducation et à l’instruction , en Silésie, des secours éminens ce que les protestans reconnaissent aussi bien que les catholiques. Le gou vernementle plaça plus tard à la tcte du collège catholique de Breslau, ancienne propriété des jésuites, maintenant ouvert également aux catholiques et aux protestans. 11 obtint en meme temps la chaire des langues orientales, et celle de Pexplication biblique à la faculté de théologie catholique de Puniversité désormais mi-partie. L’amitié de cet homme que, plus tard, mon frère et moi, nous payâmes d’une si noire ingratitude, demeura constante pour moi; bien que descendu à l’âge de quatre-vingt-six ans de sa chaire de théologie, il continua à lutter entre nous pt notre directiou spirituelle, conduite qui, malgré son âge et sa haute réputation, lui attira les jugemens les plus injustes tant de la part des catholiques que de celle des protestans. Je qae rappelle
depuis lors avec une joie extrême, qu’un jour ce digne homme ût prier ma mère , femme d'une foi vraiment antique, de venir le voir , et qu’il la conjura, dans les termes les plus pressans, de se servir auprès de nous de toute la persuasion des discours maternels pour nous éloigner de la route dangereuse dans laquelle nous étions engagés , en ajoutant qu’une mère comme elle devait avoir beaucoup de pouvoir sur nous. Notre mère qui, dans la naïve innocence de son cœur , était d’accord avec nous sur tant de points, se sentait néanmoins si fermement convaincue de la sainteté et de la divinité de l’Église catholique, qu’elle nous protestait souvent en des termes qui tantôt nous irritaient, tantôt nous faisaient sourire, mais qui nous causaient toujours une grande émotion, que si jamais soit par punition ^ soit par tout autre motif, nous étions assez coupables pour changer de religion, elle nous abandonnerait sur-le-champ, ne nous reconnaîtrait plus pour ses fils, et que, dut-elle tomber dans
la plus grande misère, elle préférerait gagner son pain par le travail de ses mains ou demander l’aumône de porte en porte, plutôt que de rien accepter de nous , à quelque haut rang que nous fussions parvenus. Elle allait tous les matins entendre la première messe à notre intention, afin que Dieu éloignât de nous de semblables pensées.
D’après la connaissance plus intime <jue j’ai maintenant des jésuites, je vois que Kohler est digne de son ordre illustre. Je souriais souvent quand je l’entendais exprimer avec naïveté le pieux désir de pouvoir porter encore une fois l’habit de, son ordre, et mourir dans cet habit. Sans nouvelle de ma patrie, je ne sais s’il a plu à la Providence d’appeler à elle ce généreux et infatiguable soldat de la vérité. Je serais bien heureux si ces lignes pouvaient le trouver encore en vie. Sinon puissent-elles être au moins une légère offrande posée sur sa tombe qu’ombragent les mérites du juste.
Après avoir balancé pendant plusieurs jours, je résolus enfin, par une voix intérieure, d’al-
kir trouver b père Kohlasana. La perilée que payais eu le bonheur d’échapper aux prétendus écueils de tant de connaissances dangereuses, m'enhardissait aussi à, faire tète à celle du père Kohlmann. il m’en coula pourtant beaucoup pour vaincre toutes mes préventions» Je me promenai pendant plus de deux heures; de long en large devant la porte du collège des Jésuites». Je le contemplai de tous les cotés ; puis, je le quittai de nouveau pour quelque temps et j’entrai successivement dans plusieurs églises où j’adressai à Dieu de ferventes prières pour qu’il daigné* me soutenir, par sa grâce r dans la démarche que j’allais faire; d'autant plus quelle devait être la dernière que je comptais faire à Borne pour l'œuvre de ma rémission* * J'entrai enfin dans cette maison fameuse % bien résigné à supporter tout ce qui pourrait m’arriver. Je. fus asse» heureux pour trouver le père chez lui; ou me conduisit dans sa chambre, en me faisant passer par deux loegs corridors. Oh! comme le cœur me battait 1 II me semblait que l’on me menait à
l’échafaud. Je regardai fixeraient le père, je lui adressai quelques questions insignifiantes, et ne tardai pas à me convaincre que ces pieux cénobites ne s’occupent réellement: que de celui dont ils portent le nom,
J’épanefcai mon cœur tout entier dan» son sein. Je trouvai dans ce sein nn cœur allemand, et je n’en demandai pas davantage pour lui accorder toute ma confiance. Il me parla ce meme langage plein de franchise, de noblesse» eA de sympathie que j’étais accoutumé à trou*ver. dans les lettres que voua, mon respectable ami, .m’avdes adressées dans mes momens d’épreuve. La ressemblance entre vous était si:
frappante, sii étonnante , que si je n’avais pas s«i que c'était Le père Kohlmann que j’avais devant mot, j’aurais pu croire que c’était ave# von» que je m'entretenais. Oh l que cette surprise fut douce pour mon aae! Il est donc vrai! on trouve partout de belles âmes dans des cœurs allemands , et ils sont partout les memes ! Mon amitié pour le père Kohlmann:
s’éleva sur-le-champ jusqu’à l'enthousiasme.
Je remerciai Dieu de ce que je vous retrouvais en lui, vous dont je désirais fort la présence, et dont je ne m’étais éloigné pendant quelques mois que pour ne pas vous faire participer aux souffrances de mon ame. Et ce qui ajoutait à mon bonheur, c’était .que je vous retrouvais sur le sol sacré de Rome.
En attendant, si la joie que je ressentais d’avoir fait la connaissance du père Kohlmann était immense, je n’en fus pas moins douloureusement affecté à la pensée qu’un si excellent homme, avec qui mon ame sympathisait si fort, et qui pénétrait si avant dans mon cœur, fût précisément un jésuite. Mais après l'avoir quitté, quand j’eus bien réfléchi sur ce que j’avais vu et entendu, je reconnus bientôt que l^èlévation dame que j’avais admirée en lui tenait précisément à son ordre, et je renonçai sur-le-champ à mes préventions.
Les visites que je lui fis après cela devinrent de plus en plus intéressantes. Je n’avais pourtant fait aucune démarche positive auprès de lui. La première était réservée à un moment $o-
lennel. Nous approchions de ta semaine sainte, époque où les disciples de saint Ignaee de Loyola ont coutume de faire leur retraite spirituelle. Sa durée est de huit jours, sans compter celui de l’entrée et de la sortie. Le père reconnut à l’agitation de mon ame qu’elle avait besoin de repos et de recueillement. Il me proposa en conséquence de prendre part à cette retraite qui devait commencer le 26 mars , et m’assura que j’y trouverais beaucoup de consolations.
J’avais déjà été témoin, pendant mon séjour en France , des excellens effets que produisent ces retraites spirituelles , et j'avais même été sur le point, d’après le conseil de Monseigneur l’évêque d’Orléans, de prendre part moi-même à celle du séminaire de Saint-Sulpice , à sa campagne d’Issy. Mais faire une semblable re~ traite chez des jésuites, et à des conditions si dures , me paraissait être l’entreprise la plus hasardeuse que j’eusse tentée de ma vie. Je saisis donc toutes sortes de prétextes pour ne pas accepter cette offre. J’alléguais tantôt mon in-
dignité, tantôt l 'impossibilité d'arriver aux dispositions nécessaires pour bien accomplir an acte si solennel , tantôt enfin des affaires importantes. Je demandai toutefois quelques jours pour réfléchir. Nous étions au mercredi, et 4* retraite devait commencer le lundi suivant. Mon courage remporta encore cette fois 4a victoire, et le samedi matin j'annonçai au père que j’étais prêt k accepter son offre, rentrai donc dans la maison de retraite de saint Eusèbe, mais dans quelle attente! J’étais bien convaincu qu’à me serait bien impossible d’y rester trois jours. Pressé paria curiosité plutôt <jue par tout autre sentiment, je désirais voir uai peu dans leur intérieur tes jésuites dont j’avais tant entendu parler , et dont les maisons de retraite m’avaient été dépeintes, même à yienne, sous des couleurs si déplorables. Je me flattais, si j’en sortais sain et sauf, d’y pufser au moins le sujet d’ua article de journal fort curieux. Je chargeai en outre l'artiste français, dont je m’étais séparé sous le prétexte d’une partie de campagne, de demander avec
instance de tues nouvelles à une pefeotme qti* je lui mdiqu&i, dans le ois où je apurais f>à s reparu ati bout de douze jours^
Que ma surprise fat grande en ‘entrant dans là maison! Le saint silence qui y régnait ne plat ■dès le premier abord. Un si boit cottiaescç. nelbC me faisait prévoir une fin hrnrtiiu, Ôtf mecon durait dans la chopeWe, qui tétait petite; SM4â décorée avec goût et agrément. Ses pejm iures gothique» ajoutaient beaucoup «te force aux discours du pieux orateur; elles réveil* J aient et maintenaient la piété dans le cœur des assis tans. J’avais devant moi la modeste «fonte do prédicateur et l’image de Jésus crucifié; sur Une élévation couverte de drap vert. Mon #me «nnsepar cet aspect, qmttait souvent te bouche de l’orateur, pour se reposer uu moment sur la montagne du divin patient, et y puiser fo ■courage d’imiter son exemple.
Le premier discours préparatoire me plut extrêmement, «t dissipa SHrde-ch&mptoute mon inquiétude. L’exposition claire et simple du gfoùdbnt de cés exercices spirituels et
l’invitation pleine de douceur etd^oriction faite aux assistans de s’éloigner, s’ils ne se sentaient pas assez de courage et de force pour achever ces exercices dans les dispositions et dans le but qu’exigeait leur illustre fondateur saint Ignace, firent sur moi l'effet désiré. Je ne dou» tai point que je n'y trouvasse cette saiisfac* tion et cette force auxquelles mon ame aspirait depuis si long-temps , et que depuis quelques mois surtout j'avais fait tant d’efforts pour me procurer.
Je me rappelai surtout à cette occasion une de vos dernières lettres, mon respectable ami, dans laquelle vous répondiez à certains doutes que j'exprimais sur l'efficacité des séminaires en générai, et où vous me faisiez cette observation frappante qu’il n’ÿ a rien de plus beau , et qui convienne mieux à l'intention du prêtre que de le voir, après qu’il a terminé se$ études à l’Université , se retirer pendant un an ou deux dans une maison religieuse, et s’y préparer à sa haute mission, dans une sainte solitude où il ne s’occupe que de Dieu.
Vous ne manqifâtes pas de reprocher avec raison, aux séminaires français, leur trop grande sévérité et leur défectuosité, tant par rapport à la manière de développer les sentimens de piété chez les élèves, qui nesatisferait nullement le caractère religieux des Allemands, qu’en ce qui regarde les sujets qui font partie de leurs études, et qui sont restés trop en arrière du progrès de la science, sans parler de ce second défaut du séminaire français, lequel est généralement avoué du respectable clergé lui -même. J’acquis, dès le troisième jour de ma retraite à Saint-Eusèbe, la conviction que vous ne vous étiez pas trompé non plus sur le premier reproche que vous leur faisiez, car les vénérables pères de la Société de Jésus, ces profonds connaisseurs des faiblesses de la nature humaine, ont su fort bien éviter' cette faute.
Je ne saurais vous exprimer quel bonheur me fit éprouver la manière dont les exercices étaient dirigés. Les plus sublimes vérités de la religion^ sont enseignées içi dans un langage si
aimable, si attrayant, ai bien fait pour émouvoir le cœur du Jpéeheur le plus endurci, tan* dis que, d'un autre coté, on évite avee tant de soin et de prudence tout ce qui pourrait ten* dre à aggraver le fardeau du péehé, que je ne trouvai plus aucune difficulté à satisfaire aux plus grandes exigences ascétiques. En un mot, on est transporté au pied du mont des Oliviers: on voit devant soi toutes les souffrances, toutes las douleurs dont lecteur du pécheur pénitent peut être pénétré, et l’on prend sa croix avec courage et avec joie, sous une direction et avec dés soutiens pareils, afin de suivre le Seigneur sur le chemià de la consommation.
Le quatrième jour de la retraite, je me sentais déjà dans une position que je ne puis vous décrire. J’étais complètement broyfc. Mes anciennes passions renouvelèrent encore une fois le combat et s’enflammèrent de nouveau; mais je ne craignis pas de tenter avee résolution la dernier assaut, et j’en sortis vainqueur et récompensé.
Je ne puis m’empêcher, mon respectable
ami , île vous faire part d'une circonstance qui tous fera peut-être sourire* Le deuxième jour dé la retraite, je fus saisi <Tnn Violent mal de tête. Je n’eh pus découvrir la cause.
Je l'attribuai à i’ oreiller de laine sur lequel je couchais , et je le remplaçai par une rediiW goto que j’avais apportée avec moi. Mais cë ehangementne guérit point mon mal ; il ne dis^ parut «pie quand je vis mon confesseur, lé père Kohlm&nn, qui arriva mftihêurfeUsemeht.
deux jours plus tard que je ne l'aurai* désiré.
Je me souviendrai toute iha vie de là tdü J chante scène qui eut Uëu lorsque, avec cet entier abandon qu’exige le grand acte dé la confession, et que le spirituel Pascal, le plus béait génie de Port -Roy al, a décrit d’une façon si admirable, je lui fis l’àveu de l’état de moir ame que, jusqu’à ce moment, il avait defînê plutôt qu*il ne l'avait Connu. Je me souviendrai toujours des larmes brûlantes qiife ndns versâmes tous deux?, et qui nous soulagèrent tant l’un et l'autre. Mais quelle fut, hélas! là position daiisf laquelle je hië vis rejètê, quand
ce meme ecclésiastique , qui venait de ma.
dresser un langage si compatissant et si encou rageant, me répondit qu’il reviendrait lé lendemain de grand matin, et qu'il m'apporterait les consolations de la religion dont j'avais tant de besoin et que je souhaiiais avec tant d’ardeur. Quelle nuit sinistre il me* fallut encore passer! Cependant son courage, ses douces paroles et le soulagement que l'acte seul de la confession m'avait déjà procuré, me consolèrent, me donnèrent des forces pour attendre ce dernier moment dans une résignation parfaite aux volontés de Dieu.
Le père Kohlmann arriva le lendemain matin, ainsi qu'il me l’avait promis. Il m'ordonna sur-le-champ d'açbtever ma confession.
Après qu'il m’eut demandé si j’étais bien convaincu du dogme de l’Eglise catholique, ce dont je lui donnai l'assurance la plus solennelle, et dont il avait du reste reçu tant de preuves dans le cours de mes entretiens avec lui, il me donna l'absolution , en me faisant toutefois observer que j'avais encouru l'ex-
communication, et qu'il fallait que je communiasse pour m'èn faire relevér. Je le savais, et je connaissais, par l’histoire, la portée de cette peine qui avait été plus d'une fois le sujet de mes plaisanteries. J'avouai pourtant mes torts, et je me soumis à cette pieuse institution.
Que je me sentis réconforté après cet acte!
Mes forces physiques avaient éprouvé le contre-coup de la lutte et des souffrances de mon ame. Ce ne fàt que quand celle-ci eut accompli sa réconciliation, et que le vénérable père y eut apposé le sceau en me donnant le baiser de paix, dans un embrassement pieux et fraternel, que les autres recouvrèrent leur équilibre accoutumé. Pour la première fois; depuis plusieurs années, je participais de nouveau aux sacremens de notre Église. J'avais méconnu Jésus-Christ dans les enseignemens qu'il a laissés au monde, et je me réconciliais avec lui par le ministère d’un membre de cette société qui porte si dignement son nom, et dont un autre de ses ministres m'avait donné les premiers enseignemens religieux.
Je m'étais éloigné de Rome, et c était dam Rome même que je me réconciliais avec Rome;
Quelle pensée ! J'étais donc assez heureux
p6ur yoir l'accomplissement de mon désir le plus ardent, des vœux que j'avais si souvent adressés à Dieu du plus profond de mou cœur ; et avant d'entrer dans ma trentième année, je me voyais délivré des malheureuses hésitations auxquelles je venais de me livrer. * Je suis né le jeudi saint, 41 avril 1804 ; de* puis le 88 avril 4884, jour où je quittai mes études théologiques, pour commencer celles de la philosophie et du droit, quoique tou?* jours entraîné par un penchant irrésistible vers le domaine de la théologie , je fui sans cesse en guerre avec moi-meme et avec l’É-> glise; et enfin, le mercredi de la semaine sainte^ g avril 4855, j'eus le bonheur de me récolter* lier avec l’Église et avec moi-meme. >
Mais un bonheur bien plus grand encore m'était réservé. Je devais être assez heureux pour parler au Saint-Père. Quelles furent mes sensations, quand je m'approchai deFaugusfe
représentant de la première puissance du monde , de laquelle et par laquelle toutes Ici autres existent et reçoivent leur consécration. Jamais je n’avais éprouvé un bonheur pareil à celui que me donna la courte audience que Ife Saint-Père daigna m’accorder. Avec quelle affabilité je fus accueilli par le père de la chrétienté! Une pareille dignité placée sur la tété d’un homme , que U naissance n'y a point appelé, et qui ne l'a méritée que par la moisson des vèrtus qu’il a recueillies dans la solitude du cloître , où il ne s’est occupé que de Dieu, a un pouvoir magique que l'on sent, mais que l’on ne peut pas décrire, et qui acquiert une nouvelle force quand on voit chez cet homme la douceur et l’amabilité de celui qu’il représente sur la terre. Pénétré à la -fois du repentir, de douleur et d’une volupté inexprimable, je me jetii aux pieds de ce pouvoir au* geste, et inondé de larmes, je prononçai inté*ri encensent cette belle profession de foi que Fénelon composa peu de temps avant sa tain tu mort, et qu’il a laissée m monde comme lu
chant du cygne. « O Église romaine! o cité » sainte! 6 chère et commune patrie de tous
> les vrais chrétiens ! Il n'y a eu Jésus -Christ » ni grec, ni scythe, ni barbare, ni juif, ni gen-
> til : tout est fait en un seul peuple dans vo- » tre sein $ tous sont concitoyens de Rome, et » tous catholiques et romains. Là existe cette » grande tige qui a été plantée de la main de » Jésus-Christ. Tout rameau qui en est déta~ 9 ché, se flétrit, se dessèche et tombe. O mère, 9 quiconque est enfant de Dieu est aussi le 9 vôtre ! Après tant de siècles vous êtesencère
> féconde. O épouse, vous enfantez sans cesse 9 à votre époux, de toutes les extrémités de 9 l’univers! Mais d'où vient que tant d'enfans 9 dénaturés méconnaissent aujourd’hui leur 9 mère, s’élèvent contre elle, et la regardent 9 comme une marâtre? D'où vient que son d autorité toute spirituelle lui donne tant j d’ombrage? Quoi! le sacré lien de l’unité » qui doit faire de tous les peuples un seul 9 troupeau, de tous les ministres un seul pas* » teur, sera-t-il le prétexte d’une funeste diw
» vision ? Serions-nous arrivés à ces derniers » temps, où le fils de l'homme trouvera à » peine de la foi sur la terre? Tremblons, mes » très-chers frères, tremblons, de peur que le » règne de Dieu, dont nous abusons, ne nous » soit enlevé et ne passe à d'autres n a rions qui » en goûteront les fruits. Tremblons, humi- » lions-nous , de peur que Jésus-Christ ne » transporte ailleurs le flambeau de la pieuse » foi, et qu ? il ne nous laisse dans les ténèbres s dues à notre orgueil. O Église ! d'où Pierre » confirmera à jamais ses frères, que ma main » droite s'oublie elle-même, si je vous oublie » à jamais ! Que ma langue se sèche à mon parlais et qu'elle devienne immobile, si vous » n'étes pas jusqu'au dernier soupir de ma vie, » le principal objet de ma joie et de mon can- * tique! » ( Vie de Fénelon, par monseigneur le cardinal de Bausset, t. II, p . 1704, et sut.)
J'implore maintenant tous mes frères en Jésus- Christ, et en particulier les Allemands de répéter avec moi cette sainte profession de foi. O mes chers amis f et vous surtout , mes frères
bwft'ftitnés , <fui, dans le lèk le plus pur, ave* si long- temps poursuivi le chemin d’une église 1 nationale, puissé-je tous faire partager les oémsolattons qoe j’ai reçues aux pieds du Saint* Père. Certes vote feriez éclater les mêmes transports de joie, si , fermement réunis à la sainte Église de Rome, mère de toute Vie sptrî* tuelle , tous retrouviez dans sou sein cette satisfaction que Tous cherchai dans les hou* teuses chaînes de l’anathème où tous vive* * sinon séparés, du moins attachés seulement à l’Église parles liens les plu« fragiles. Oui, mon frère, c’est à vous et aux dignes pasteurs de la Silésie , GUge , Neukirk , Cher et Pt ht , que je transmets ce saint souhait du père de le chrétienté, de pouvoir un jour vous recueillir dans ses embrasseimens apostoliques. Puisse ce son-* hait, et la bénédiction apostolique que j ai sollicitée de lui pour vous» rendre à vos âmes la paix intérieure , vous réconcilier avec l’Eglise, et former entre vous et elle , dans une sainte harmonie, ce beau lien des âmes qui fait seul
4e boxeur dm chrétiens pieux et éclairés par l'esprit du Seigneur !
fie fut à Saint-Eusèbe que Je recueils lé fruit «Tune retraite spirituelle , où Je mis lé sceau à ma réconciliation spirituelle. Or qu’est oe qu'au séminaire, si ce n’estune retraite spirituelle permanente, qtû n’est interrompue que par une sage distribution d’études pieuses, qui lui donne plus d'attraits et d'utilité?
JFc compris alors qne , pour redonner ad clergé déchu de notre siècle son éclat auguste , son ancienne dignité et sa vraie destination céleste, il existe d’autres moyens encore, et bied plus mfadiihles que ne le serait le lieu ie plus saint, le plus chaste, le plus heureux du mà~ riage, opinion que j’avais exprimée autrefois dans un de mes ouvrages sur l'origine du célibat des prêtres. Le clergé de notre temps , poussé en partie par la force aveugle des circonstances, m’a fait, hélas! que des pas trop rapides vers sa sécularisation. Le mariage ne ferait que la compléter et lui enlever la dernière teinte de sou caractère divin et sociah Celui
qui jettera un regard profond sur le développe^ ment de l’esprit humain pendant les trois dermers siècles reconnaîtra que la ruine du protestantisme, sous le rapport spirituel et social, est due uniquement au mariage de ses prêtres, sans lequel , d’un autre côté , il n’aurait pu naître ni subsister. Cette pensée m’était échappée pendant la composition de mon ouvrage. Je ne voulais que rechercher, avec la scrupuleuse exactitude d’un historien, l’origine et les progrès du célibat des prêtres , sans peser du reste mûrement ses vastes résultats sociaux : ce qui ne paraîtra pas surprenant de la part d’un jeune homme de vingt- quatre ans, qui examinait avec la passion de son âge une institution sociale, consacrée par l’expérience de tant de siècles. Je partageais l’erreur de tant de grands et nobles esprits des siècles passés , qui croyaient pouvoir guérir la rongeante plaie de la démoralisation du clergé par le remède palliatif du mariage, qui n’aurait fait que rendre le mal incurable. Si jadis le célibat a malheureusement laissé dans l’histoire quelques souillures qui
offensent les regards de l’homme moral, il a, d’un autre côté, préparé à l’Église des époques 4e l’éclat le plus brillant , et a rendu des services immenses à la société. C’est au célibat des prêtres et à l’héroïsme social , né de la source la plus pure, par lequel tant de prélats distingués et . vénérables se sont signalés , que l’Église doit sa conservation au milieu des opinions terribles que la Providence envoie de temps à autre sur la terre , comme pour rappeler l’avenir qui attend le genre humain. Combien de fois et à combien d’époques différentes le pieux zèle et l'exemple irréprochable du clergé n’ont-ils pas répandu une vie nouvelle dans les veines empoisonnées de la société humaine! La corruption de la société n’a jamais entraîné à sa suite la corruption du clergé. Ce n’est que quand le clergé a commencé à contempler avec une tranquille indifférence le bourbier de la démoralisation générale, qu’il en a été lui-même atteint. Le corps du clergé
éprouva alors à son tour les effets de ta contagion universelle.
. Quand les nouvelles sociétés protestantes dis seizième siècle , je veux dire celles des luthérien* et des réformés, crurent pouvoir échapper à la démoralisation générale qui s’était empa~ fée de la société*. en prenant part aux bacchantes et aux orgies impies de leurs apôtres, leur - • corruption morale devint d’autant plus grande
qu’elle se communiqua en meme temps, à l'esprit , et les pénétra par conséquent corps et ante ; tandis que l’Église catholique s’étant débar assée de cette affreuse lèpre * se retrouva pure dans ses principes , et put de nmmasr r revêtue du saint manteau de la charité, suivre sa divine destination et combattre, avec un redoublement de courage, te èém&m~ lisation spirituelle et sociale de FhuflKiajtit& Le coitfile de Trente, seule réri table réforme, et seule réforme possible de FÉgltse , pour me servir de la belle expression de M. de Maistre mit des bornes à ce mal , et jugea irrévocablement la réformation de Luther et de Calvin ,
née de la, eoacuphceDce. L’ancienne vie apostolique pénétra alors de nouveau l’Église catholique et ses adhérera» sincères, tandis que les Églises nouvelles, traînant une eaieteace pénible et maladive, ne se soutenaient que par FaUrait.de la nouveauté, et à, Faide du mensonge et de la calomnie qui s’efforçaient de perpétuer cet attrait. Luther lui-même et ses plus habiles partisans se virent forcé* de reconnaître que la morale et la vie pure et spirituelle ne.se, trouvaient que dians Faneienne Église qt que la sienne était désolée par une dégéné» lotion matérielle et spirituelle (4). c Par cette » doc tr in e ( la si ean e) , i dit Luther, c le monde a va de mal en pis» Autrefois les gens a étaient ^ possédés que d’un seul défnoh , maintenant § ils en ont sept dans le corps. Le diable entre I aujourd’hui par Légions dan* les gens, et sous « la pure lumière del’Évangile > ils semontrent > plus avares , plus rusés, plus intéressés , plus i dépourvus de miséricorde , plus licencieux
( 1 ) Sermons familiers , dans le 2 e sermon pour l’a vent. Séna, 1550, in-folio.
» qu’ils ne Tétaient autrefois sous le papisme, i L’interprétation de la Bible m’a coûté beaui coup de peine , mais elle est peu estimée de y vous; nos adversaires la lisent beaucoup plus y que les nôtres. Je crois que le duc George i (prince catholique de Saxe) « a lu plus assit duement la Bible que tous nos gentils- » hommes (l).
» Chez nous autres, luthériens, la noblesse y est si audacieuse et si hère, que Ton dirait y qu’elle ne sait si elle doit marcher sur les y pieds ou sur la tête, et les paysans sont y si capricieux et si pleins d’orgueil , qu’ils y se croient les seigneurs de tous les seiy gneurs, tandis que la noblesse et les payy sans ensemble ne se bornent pas à mépriser y Dieu , mais vont jusqu’à piller et voler , au y nom de l’Évangile, qui ne leur a pourtant pas y été donné pour cela. Je crains bien que nous y ne tentions Dieu par trop, et, à force de le
(1) Conversation de table, édit. d’Eisleben, page
y tourmenter , de l'irriter et de l’aigrir sans lai i laisser aucun repos , il sera enfin obligé de i lancer ses foudres sur nous (1).
* Les paysans sont devenus encore plus in- » disciplinés par la prédication de l'£vangile. t Ils croient pouvoir faire tout ce qui leur y plaît ; ils ne craignent ni l’enfer ni le pur- » gatoire , et disent : Je crois , donc je serai y sauvé (2). y
D’après cela , nous pouvons hardiment soutenir que le protestantisme est un météore qui a brillé pendant quelque temps sur l’horizon , mais qui a déjà disparu , si ce n’est du domaine de la réalité, dans lequel les intérêts immoraux du siècle le retiennent toujours , du moins aux* regards du monde spirituel et intellectuel. Rien ne saurait donc^être plus vrai que l’arrêt porté par le grand et sage Fénelon , qui , dans son bel entretien avec Ramsay, philosophe écossais et protestant, soutient que le chrétien qui
(1) Conversation de table, éd. de Leipzig, p. 471.
(2) Id. éd* d’Eislebcn, p. 209.
cherche sincèrement la vérité, n’a d'antre choix que d'être catholique ou déiste (i)* Le protestantisme est devenu aujourd’hui une chimère , tandis que le déisme , en se plaçant momentanément sur le trône du monde , à l’aide de sou digne agent, Robespierre , a fait vdir toute soit insuffisance comme principe régénérateur dé lit société humaine ; il s’est en conséquence anéanti lui-même, et a prononcé en dernière instance sa propre condamnation. Cette noble et sainte conviction, qui avait dicté ce sublime arrêt à Fénelon , inspira aussi le comte de Maistre, lorsque, dans une situation toute semblable à celle de l’arche céque de Cambrai, R écrivait à une dame protestante : « Nous » autres, catholiques , possédons une liste
(1) Œuvres de Fénelon, t. ni, p. 2®, édition de Paris, 1827, in-8°. C’est cft arrêt de Fénelon qui a inspiré le célèbre Thomas Moore dans la composition de son ouvrage intitule : Voyages d'un Irlandais à la recherche d'une religion . Voyez la critique de cet ouvrage dans le Monthly Review de mai 1833.
» d’hommes distingués par le rang et par les » dignités , par l'esprit et parles talons, qui,
> renonçant à tous les préjugés de secte et » d éducation , ont reconnu la vérité, et sont i rentrés dans le giron de l’Église, Leur nom- * hre est si grand qu’il remplirait des colonnes i entières. Essayez à votre tour, je vous en » prie, de former une liste de ceux qui ont » abandonné le catholicisme , pour embrasser t une secte quelconque. Vous ne trouverez vguères, j’en suis sur, que des libertins, » des esprits inquiets ou des hommes* cor-
> rompus. »
Notre église doit le fondement de sa renaissance spirituelle et sociale, fruit du saint zèle et de l’inspiration divine des pères du concile de Trente, principalement à l’éducation morale de ses prêtres, et surtout à l’organisation des séminaires rédigée par ces mêmes pères, La grande question du moment au moins pour l’Allemagne, c’est le maintien de cette iustitu-
(1) Revue Catholique de Kenz , année,
mai p. 27l.
tion ecclésiastique modifiée selôn les besoins du temps. Nous répondrons -plus bas aux reproches que l*on a * coutume de lui adresser. Moi-même j’avoue que j’étais prévenu contre elle et qu’elle m’inspirait de la méfiance, je la regardais comme une pépinière de moines et comme une école d’hypocrites et de bigoterie. Mais après l'expérience que j’ai acquise à Saint- Eusèbe , je n’ai pas tardé à me convaincre du contraire.
J’étais tellement enchanté dés heureux résultats d’une institution qui fournissait à l’ame tant de nourriture céleste, que dès le quatrième jour de la retraite, je formai le plan d’un grand ouvrage qui devait avoir pour sujet l'histoire critique et pragmatique des séminaires. Jusqu’à ce moment aucune pensée de ce genre ne m’était jamais entrée dans la tète. Dans la joie de mon cœur je communiquai mon projet à un jésuite français , le père Maurel, que l’on m’avait donné pour conseiller spirituel pendant mon séjour à Saint-Eusèbe, ce qui m’était d’autant plus agréable que je ne me sentais pas
encore bien ferme dans la langue italienne.
Les soins vraiment paternels dont il daignait me combler firent sur moi l’effet le plus avantageux. J’en conserverai toute ma vie l’impressiota favorable.
Si d’un côté je fus peu satisfait du conseil que me donna ce père, d’attendre, pour faire le plan de mon ouvrage que j'eusse pris l’avis du père Kohlmann, de l'autre je ne pus m'empêcher d’applaudir à la sage prudence de cet homme «aimable, chez qui brillait avec tant d’éclat l’esprit de son ordre. J’attendis donc le père Kohlmann; je lui fis part avant ma confession, de la consolation que j’avais pui^e dans les exercices, et de la résolution que j’avais prise de composer un ouvrage sur ce sujet et sur les séminaires en général. J’exprimai à cette occasion tous mes regrets de l’état déplorable des séminaires en Allemagne, que je regardais comme la cause de la décadence de notre clergé, et je lui exposai la grande utilité d’un pareil ouvrage. Il partagea mon opinion à ce sujet, mais il m’engagea à suspendre l’exé-
cutionde mon projet, qu’il rangeait peut-être au nombre des pieux désirs. Je ne me ponten* tai pourtant pas de cette défaite. Le lendemain» quand le p^re m’eut imposé la pénitence que je devais faire, je lui fis observer que la joie 4e notre conversation de la veille an spir Jui avait fait oublier on point important qui m’obliger rait à m’occupe? pendant long-temps de ma pénitence d’uqe façon à la fois agréable et utile, e| lui donnerait tout-àrfait la tournure decejle de la primitive église. Comme il me démodait ce que j’entendais par là, je lui répondis qu’il aurait dû m’imposer l’obligation d eeiajre l’our vrage dont je lui ayai? parié sur les séminaires. Il mç permit sur-le-champ de regarder la composition de ce livre comme friant parîip de ma pénitence.
Telle est l’origine de l^uvrage que je présente aujourd’hui au public,. Fruit de la péui^ tence, je suis loin d’y prétendre à la perfection, La pénitence moral e^quelque impérieusement qu’on l’exécute , laisse toujours quelque chose à désirer au cœur du vrai pénitent. Je réser* ^
vai à nn autre moment l'accomplissement de ces désirs. 11$ ne guideront dans les travaux à venir de ma vie spirituelle, et me feront arriver, j’espère, à cette perfection qui sera désormais le seul but de mes efforts.
Puisse donc cet ouvrage, quiva entrer dansle monde sous l’auguste habit de pénitent, réparer le mal qu’ont fait les écrits que j’ai composés du temps que j'étais séparé de l’Église. Si jamais *os ouvrages opt scandalisé ou troublé le repos de la conscience soit des laïques, soit des yen érables ministres de notre sainte Église, puisse celui-ci effacer mes erreurs et faire oublier surtout à ses ministres les désirs impurs que je leur ai peut-être ipspirés, et dont l'exemple si cruej n’aurait pu que leur préparer les f haines les plus honteuses. Le souvenir de mes fautes blesse profondément mon ame. Quand j’ai cpmmis cette erreur j’agissais de bonne foi, trompé que j’étais par une séduisante, mais déplorable illusion. Aujourd’hui que je la reconnais, ma bonne foi n’est pas moins pure, n) moins parfaite. Je me sens heureux de pouvoir
désormais obéir aux décisions de l'Église , ce que je ne me sentais pas en état de faire auparavant, alors surtout qu’elles étaient en opposition directe avec ma conviction personnelle et ma susceptibilité.
Il est une circonstance qui imprime à mes yeux une plus grande importance à la décla-‘ ration franche et sincère que je fais, afin de donner respectueusement et en toute humilité à l’Église et à son auguste chef, une garantie des nouvelles dispositions de mon ame. Dès le 31 août de l’année dernière, j'adressai aux aurites constituées de mon pays une déclaration semblable, en leur demandant la permission d'être pour quelque temps au séminaire de Saint-Stanislas à Paris , afin d'y continuer mes études théologiques et de compléter quelques ouvrages littéraires , à l'aide des secours que je puiserais dans les bibliothèques nationales de Paris. Son excellence le ministre des cultes et de l’instruction publique , baron d'Àlteinstein me répondit le 6 octobre 1852 , qu’une plus longue absence de mes foyers pourrait
nuire aux interets sacrés de ma patrie, et il m’engagea en conséquence à y rentrer.
Une preuve non moins frappante de la sincérité de mon changement se trouve dans l’article que vers la fin de juillet de l'année dér • nière j’adressai de Paris à la revue trimes* trielle de Tubingue , sur l'état de l’Église de France... Cet article aura toujours de l'intérét pour moi, car il offre sous beaucoup de rapports une autobiographie naïve de mit personne, et l'histoire de mon triste séjour à Paris. Quoique je fusse encore bien indécis à cette époque, ce qui explique le style vague et incertain de cet article , j'éprouvais cependant une grande satisfaction de l'avoir écrit. C’était une dénonciation adressée au grand et implacable aréopage théologien de l’Allemagne; elle me donna le courage de faire plus tard cette confession générale que je dépose aujourd'hui aux pieds du public de mon église.
Ma nouvelle direction spirituelle remonte à une époque où je ne pensais pas du tout encore à Rome , et où je ne connaissais pas
d’autre jésuite que ce Kobler, le professeur de ma jeunesse , et qui était caché dans le elotigé séculier. Aussi les aaûs peu an ombreux, mais orespeetable^que j’ai laissés à Rome savent que quand j’y suis arrivé, cette direction était déjà chez moi tien décidément prise, puisque je »! ai eu besoin d’y rien ajouter. Ils furent poème obligés de réfuter plusieurs préjugés de mop zèle, sans quoi j’aurais peut-être quitté Home depuis long-temps. Je dois à la grâce divine tout ce que je suis devenu. J’ai d’ailleurs chèrement acheté mon changement. Je lui ai sacrifié tant en France qu’en Angleterre, plusieurs positions sociales, belles et honora r fcles; j’ai rejeté les offres qui m’ont été faites par des académies , des collèges et autres mai* «ans d’éducation , puis même par le prince Joseph de Chimay, à Blois, et même par le gouvernement. Je ne voulais couler ma vie ni dans un insignifiant cynisme , ni dans un trop doux bien-être. Je préférais une existence pauvre et pythagoricienne, consacrée à la recherche de la sagesse. Je voulais agir dans le
vaste domaine de la science ; tel a été, tel sera toujours mon unique désir.
Une juste et noble fierté m’attafehera too-> jours à ma chère patrie , quand même je n r y serais pas uni par un sentiment de reconnais^ Sànce. Si je reste encore quelque temps loin dcr pays natal, c’est? seulement pour y rentrer plue digne de lui.
Si je n’écrivais pas dans nu siècle oà Unè abominable avidité pour l’argent dévore totales intérêts moraux et intellectuels du genre humain, et où la vertu ne passe qn’après l’argent, j’aurais mis plus en saillie quelques détails de ma position; mais je crois en avoir déjà trop dit.
Je m’attends à voir juger ma conduite de bien des manières différentes. Quant au reproche d’être devenu un sot, un pauvre imbécile, et d’autres calomniés plus basses , plus passionnées encore, je crois au-dessous de ma
i*UP la nWla>4re attention ; j 'ai ^àj^pW^Die^eul pour jul^h^^^M^tlirement dans
Digitizec
'ses mains. Je me sens heureux d’avoir adopté cette sottise, cette imbécilité , parce que je n’en devien drague piu$ fort dans la sagesse céleste. * J’ai préféré me placer à côté de ce» petits enfants inconnus que le Seigneur aimait tant, et pour le salutdesquels il est principalement venu dans le monde, que dan* les rangs de oes scribes hypocrites qui demandaient à Jésus-Christ la lettre et le sceau de sa miséricorde.
Je vous embrasse fraternellement, et je sq|§ dans un pur élan de tendresse chrétienne, votr,e ami et admirateur,
Augustin THEINER