‹ Histoire de ma vie. Tome 2Chapitre 49 sur 85 · LETTRE XXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVI

Cologne, 27 floréal (avril 98).

Tu me grondes, mn bonne mère, et je ne le mûrite pas. Car, à l'heure qu'il est , tu as dû recevoir 1*5 lettres que je t'ai écrites de *** et d'Hervé, sur la route de Cologne. Je maudis la poste qui te euuse de telles inquiÉtUilrs. Suis il.i'jc suis, une fois pour tluitiw, i|uc ces ^ tard s r.c ihii.itiI - f i m :iÏH venir de mon fait, que je ne peux pas oublier de récrire, et nantir eu tliapifj-o des ^LYiiinr.s. sonvnii-tu-i qi.itj'e suis invulnérable, qu'il ne m'arrive jamais rien, et qu'un chasseur de ma taille ne se perd pas comme un mouchoir de poche.

Le général te tient parole et me donne tant d'occupation que je ne sais à qui entendre. Je suis maintenant dans la maison comme maitre Jacques. A qui le général veut-il parler? A son ordonnance, ou à son secrétaire? remplissant double, emploi, el, tomme M. Thibaudier, un homme au poil et a la plume. Les amis, les amies, les réponses, les courses, je n'ai pas un instant pour respirer. Le général est tmlhousiaimé de mon écriture. Il n'est vraiment pas difficile. Au reste, j'y fais de mon mieux,

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puisque tu veux absolument que Je travaille de cette façon ; mois j'aime mieux porter les lettres que de les écrire. L'autre jour il m'a envoyé a Bonn, a six grandes lieues n"i«, porter due dépêche au général Virion. Je suis revenu le jour même. Toute la ma-

oreilles. Sans cet équipage, j'ai rencontré le géni ml qui se promenait a^ee les daines du chapitre, donnant le bras à la solennelle madame Àugusla. Dès qu'il m'aperçut il m'appela par un signe amical. Je m'avance vers lui sa trot, je lui remet» la réponte, et je m'éloigne après lui avoir présenté mon respect. Je remarquai que ces dames, me vojaut le harnais sur le due, me regardaient avec Intérêt. Mu ehanolnesse se trouvait là , un peu en arrière des autres , pour cacher son émotion. Je vis ses jeux devenir rouges et humides, et moi , j'oubliai ma fatigue. Quoique harassé un instant auparavant, J'aurais maintenant «mru comme un lièvre et sauté comme une chèvre. Les femmes sont nées pour noua consoler de tous les maux de la terra. Ou ne trouve que chez elles ces soins attentifs et charmants auxquels la grâce et la sensibilité donnent tant de pris.

.. Oh! si toutes les mères le lessemblaieut ,

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CHAPITRE DIXIÈME. Mi jamais la paix et le boiiheur n'eussent abandonné les familles 1 Chaque lettre de toi, chaque jour qui s'écoule, augmentent ma reconnaissance et mun amour pour toi. (lui non, 11 ne faut pas abandonner cette faible créature. Je sais bien que tu ne l'abandonneras pas. INe justifions pas cette sentence terrible pour [•espèce humaine, que l'on fuit prononcei' a de jeunes oiseaui :

Tefi réflexions, ma bonne mère, m'ont vivement touché. J'aurais du les faire plus lût ! Si ta conduite en cette occasion n'eût réparé les suites imprévues de mou entraînement, j'aurais peut-être été réduit i: H en ùiiiT c;uc t!c iLirilrh ?t (lixiloircim*. Professer et pratiquer la vertu , c'est ton lot et ton habitude. Adieu , nia bonne mère , ma mère excellente et chérie, On m'appelle chez le général. Je n'ai que le temps de l'embrasser de toute mon ame.

Hitnici.

Voici l'explication de la lettre qu'on vient de lire. Une jeune femme, attachée au service de la maison, venait de donner le jour à un beau garçon , qui a

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été plus tard le compagnon de mou enfance et l'ami de ras jeunesse. Cette jolie personne n'avait pas été victime de la séduction. Elle avait cédé, comme mon père, à l'entraînement de son Age. Me grand'mére l'éloigna sans reproche, pourvut à sou existence, garda l'enfant et l'éleva.

Il fut mis eu nourrice, sous ses yeux, chez une piiysiiime ïurl propre, qui initirt presque porte a porte avec nous. On volt, dans la suite des lettres df: mon péri!, qu'il n'i'oit par sa rnrrt. lIl'S ml m fik'S de cet enfant, et qu'ils le désignent entre eux, à mot couvert, sous le nom de la Petite Maison. Ceci ne ressemble guère au* petites mations des seigneurs débauches du bon temps. Il est bien question d'une maisonnette rustique, mais il n'y u là de rendeiyoiis qu'entre une tendre gracd'mère, nne honnête nourrice villageoise et un bon gros enfant qu'on n'a pas laissé à l'hôpital et qu'on élèvera avec autant de soin qu'un fils légitime. L'entraînement d'un jour Sera réparé par une sollicitude de toute la vie. Ma grand'mère avait lu et chéri Jean-Jacques : elleavait profité de ses vérités et de ses erreurs; car c'est faire tourner le mal au profit du bien que de se servir d'un mauvais exemple pour en donner un

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