‹ Histoire de ma vie. Tome 2Chapitre 81 sur 85 · LETTRE LVI · texte numérisé non relu

LETTRE LVI

Au quartier j^nOral il Ttirre ili Gamfulo , lt 27 prairial un VIII.

Historiens, taille/, vos plumes; poètes, montez sur Pégiise; peintres, aripivtra vos pinceaux; jour-

CHAPITRE QUATORZIÈME. "9 nslistes, mentez tout h votre aise ! Jamais sujet plus beau ne Miua fui offert. Pour ir.oi, ma bonne mèru , je rais te conter le fait tel que je l'ai VU, ri tel qu'il s'est passé.

Aptes la glorieuse affaire de Montebello, nous arrivons le 23 a Voghcra. Le lendemain nous en partons à six heures du malin, conduits par notre héros, et a quatre de l'après-midi nous arrivons dans les plaines dr San <i:u!ia;so. Nous y trouvons l'ennemi, nous l'attaquons, uous le battons et l'acculons o la Bormidn, sous les murs d'Alexandrie. Lu nuit iép:.tt: le- ct'iukuUiii Ls ; le penrn' emiMil et le général en chef vont se loger dans une ferme a Torre di Garofolo. Nous nous étendons par terre sans souper, et l'on dort,

Le lendemain matin, l'ennemi nous attaque, fions nous rendons sur le champ de bataille et nous y trouvons l'affaire engagée. C'était sur un front de deux lieues. Une canonnade et une fusillade a rendre sourd! Jamais, au rapport des plus anciens, on n'avait vu l'ennemi :-j fo:l ■>'■ artillerie. Sur les neuf heures, le carnage ileveniiil tel. que deuv culmineré Entoile- de. blessés et île. mus qui les portaient s'étaient formées sur la route de Marengo à Torre dl Garofolo. Il ejii hsh batui ilun. liaient; repousses de Marengo. La droite était tournée par l'ennemi, dont l'artillerie formait un feu crois* avec le centre. Les boulets pouvaient de taules parte. L' état-major était

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

frise la ;:reupc dp mm cheval. Un obus tombe au milieu de nous, éclate et ne blesse personne. Oti délibère pourtant sur ee qu'il est boa de faire. Lo général en chef envoie h lu gaudieundeses aides de camp, nommé Laborde, avec nui je suis asseï lié. Il n'a pas fait cent pas que son cheval est tué. Je vais à la gauche avec l'adjudant général Stabenrath. Chemin faisant, nous trouvons un peloton du l"Ce

nous montre dôme hommes qu'il avait avec lui et nous dit que c'est le reste de cinquante qui formaient son peloton le matin, Pendant qu'il parlait, un boulet passe sous le nez de mon cheval, et l'étourdit tellement qu'il se renverse sur moi comme mort. Je mu dégage lestement de dessous lui. Je le croyais tué et fut fort étonné quand je le vis se relever. Il n'avait aucun mal. Je remonte dessus, et nous nous rendons il la gauche, l'adjudant général et mol. Nous la trouvons rétrogradant, cous rallions de notre mieux un bataillon. Mois a peine l'était-il, que cous voyons encore plus sur la gauche uot' cokouc 1.L1; luy.inlH à t,iiiti:> ja^ln s. 1..'

fourrai m'envoie t'arréto. C'était là chose impossible. Je trouve l'Infanterie pêle-méle avec la cavalerie, les bi.ijiijiL ^ et lcsr.tn'i.r.,\ dv mm: , les blesses ai;ji;.lui)i:;: .-sur I:i :v.:te lit écrans vi;:r k'i- euissors

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

CHAPITRE QUATORZIÈME. Ml et l'artillerie. Des cris Mieux , une pousfitre à ne pas vuir ;\ tlem \v,;s i!c so'. Dans erttr. r\tré:r.i1i'-, je

/ui/fe « /a ;. : .'r:.' Je cour; toujours : r„is ni) chef, pas un officier. Je rencontre Cauluiueourt le jeune, blessé à la tète et fuyant emporté par son cheval. Eufiu je trouve un aide de camp. Nous Taisons nos efforts ponr arrêter le désordre. Nous donnons des. coupa ■ !c plii île snli-n nux un;, di-s ilotf.-. a:n li.l'.is, car parmi ces désespérés il y avait encore bien des braves. Je descends de cheval, je fais mctlre une

Nous voyons Buormparte battre eu retraite.

Il était deux heures; nous avions déjà perdu, tant prises que dcmimtécs, douze pièces de canon. In consternation était L'éntrak, les chevaux et liis hommes harsssrs de faillie. J.c; jilessés Uionmbraient les routes. J« voyais déjà le Pû, le Tcsin à rcr>a?ser, un pu vu à traverser dont chaque habitant est notre ennemi, lorsque au milieu de ces tristes réflexbîis un jiroit consolai™:- vii :it ranii'iPr i;os ri.iii-:i;:cs. [.<•• iiiof.s Dïiiilx et KellcrTi-.oji umvci.i avec trei/.c pièces de canon. On retrouve des (orées, ou arrête lus fuyards. Les divisions arrivent. Ou bat la charge et on retombe sur ses ç.as. On enfonce

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

ÎSî MSTOIIŒ DE MA VIE.

l'Ennemi, il fuit à son tour, l'enthousiasme est à son comble. On charge en riant. Nous prenons huit drapeaui,Bii mille hommes, deux généraux, vingt pièces de canon, et la nuit seule dérobe le reste à notre fureur.

Le lendemain matin le général Mêlas envole un parlementaire. (Tétait un général, on le reçoit dans la cour de notre ferme au sou de la musique de la j;.ir;lt' i.ïnisulaiM'. et \eiuU-. In jifjrri:: sir.i< les iirrv.i-;.. Il Apporte des propositions. On nous cède Gènes, Milan, Tortone, Alexandrie, Acqni, Piiîighitone, enfin une nartie de l'Italie et le Milanais. Ils s'avouent vaincus. Nous allons aujourd'hui diucr «lie?, eux à Alexandrie. L'armistice est conclu. Nous donnons di's urJi-cs Jim? le ,xiUi.s (lu f'fni'ral Meta*. Les officiers autrichiens viennent me demander de parler pour eux au général Dupnnt. C'est eu vérité trop plaisant. Aujourd'hui l'armée française et l'armée autrichienne n'en forment plus qu'une. Les officiers impériaux enragent de se voir ainsi donner des lois. Mais ils ont beau enrager, ils sont battus. Vte vicia!

Ce soir le général Stabenrath, nommé pour l'exécution des articles du traité, et avec lequel j'étais le matin de la bataille, m'a dit en me serrant la main qu'il était content de moi, que j'avais été comme un beau diable, et que le général Dupont en était instruit. Dans le fait, je puis t« dire, ma bonne

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

CIUI'IUIF (JL'A'fOHZiiiVIE. ïj3 mère, que j'ai été ee qui s'appelle ferme, et toute la journée sous le boulet. Nous avons un nombre infini de blessés, et comme ils le sont tuus par le canon, très-peu en reviendront On en apporta hier une centaine au quartier général, et ce matin la cour était pleine de morts. La plaine de Maren"o est jonchée de cadavres sur un espace de dem lieues. L'air est empesté, la chaleur étouffante. Kons allons demain à To. tone; j'en suis fort aise, car outre que l'on meurt de faim ici, l'infection devient telle que dans deux jours il ne serait plus possible d'y tenir. Eh, quel spectacle! on ne s'habitue pas a cela.

Pourtant nous sommes tous de fort bonne humeur, voilà la guerre! Le général en chef a des aides de camp fort aimables et qui me témoignent beaucoup d'amitié. Plus d'inquiétude, ma bonne mère ; voila la paix. Durs sur les deux oreilles. Bientôt nous n'aurons plus qn'à nous reposer sur nos lauriers. Le général Dupont va me faire lieutenant. Vraiment j'allais oublier de le le dire, tant je me suis oublié depuis quelques Jours. Comme son aide de camp a été blessé, je lui en sers provisoire- Adieu, ma tonne mère; je suis harassé de bOgae et vais me coucher sor la paille. Je t'embrasse de toute mon âme. A Milau , où nous allons ces joursci, je t'en dirai plus long et j'écrirai a mon oncle de Beau mon t.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Ï5i HISTOIRE Dtt MA VIE.

Page 1